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vendredi 31 décembre 2021

Les réalisateurs : Inas El-Degheidy (née en 1953)

إيناس الدغيدي

Inas El-Degheidy est une réalisatrice, scénariste et productrice égyptienne. Née en 1953 au Caire, elle sort diplômée de l’Institut supérieur du cinéma en 1975. Elle commence sa carrière comme assistante d’Henry Barakat puis passe à la réalisation en 1985 avec Désolé la Loi. Ce film qui réunit Mahmoud Abdel Aziz et Naglaa Fathy raconte le drame d’un couple confronté à l’impuissance de l’homme. Dès ce premier long-métrage, Inas El Degheidy défend une conception du cinéma à laquelle elle restera fidèle tout au long de sa carrière : le Septième Art a une fonction politique et sociale. Il doit aborder tous les problèmes que connaissent les sociétés arabes, même les plus tabous. Le combat d’Inas El Degheidy est avant tout féministe et de film en film, elle dénonce la condition des femmes dans son pays et dans les autres pays arabes. Cela lui a valu d’être régulièrement l’objet de menaces de la part des islamistes. Malgré les risques encourus, elle n’hésite pas à prendre position publiquement sur des sujets « sensibles ». Il y a quelques années elle a notamment défendu la légalisation de la prostitution.

Ses œuvres les plus marquantes sont De la Chair Bon Marché en 1995 et Dantella en 1998, ce dernier film offrant à Yousra l’un de ses plus beaux rôles. La dernière réalisation d’Inas El Degheidy date de 2009 mais elle continue à être une figure populaire en Egypte grâce à la télévision où elle apparaît régulièrement comme animatrice ou invitée d’émissions « people ».


Trois films d'Inas El Degheidy ont fait l'objet d'une présentation dans ce blog :


Loi, excuse-nous (Efwaan ayuha alqanun, 1985)
avec Nagla Fathy (Houda), Mahmoud Abdel Aziz (Ali), Farid Shawqy (Abdel Qawi, le père d’Ali), Laila Taher (Anayat, l’avocate), Hayatem (Loubna), Sayed Zayan (Salah), Saleh El Aweil (un policier), Ahmed Khamis (docteur Magdy), Shady (un enfant), Nevine (une petite fille), Amal Ibrahim (Thuraya, la sœur d’Houda), Farouk Falawkas (Mahmoud, le beau-frère de Houda), Randa (Suzanne), Ali Azzab (officier de police), Thuraya Ezz Eddin (Zinat, l’épouse d’Abdel Qawi), Shoukry Mansour (le juge), Shaaban Hussein le procureur), Khaled Khattab (Khaled)
Scénario : Ibrahim El Mougy et Inas El-Degheidy
Musique : Omar Khairat
Production : Wassef Fayez


Houda et Ali, deux professeurs de l’enseignement supérieur, ont décidé de se marier. Pour la cérémonie, ils ont invité parents et amis et la fête se prolonge tard dans la nuit. Quand les deux jeunes époux se retirent dans leur chambre, la fébrilité d’Ali est palpable. Il est obligé d’avouer à Houda qu’il souffre d’impuissance depuis de nombreuses années. La jeune femme est certes désarçonnée par cette révélation mais elle refuse toute idée de séparation. Elle veut aider son mari et elle souhaiterait qu’il consulte des médecins. Mais Ali se complait dans sa situation et ne fait rien pour guérir. Les relations entre les deux jeunes mariés se dégradent très vite au point que Houda finit par quitter le domicile conjugal. Ali part à sa recherche et finit par la retrouver chez son père à lui. Qu’Houda ait pu se confier à ce dernier met Ali hors de lui. Il l’entraîne dans une chambre et l’aurait étranglée si son père n’était intervenu. Cette explosion de violence ravive en la mémoire d’Ali un traumatisme infantile qui expliquerait son impuissance…


La Meurtrière (Al Qatila, 1992)
avec Farouk El Feshawi, Eman, Fifi Abdo, Hassan Hosny, Hisham Abdalla, Nadia Rafik, Hamdy Youssef, Tawfiq Al Kurdi, Awatif Tikla, Nahla El Khatib
Scénario et dialogues : Magda Khiralla
Musique : Rageh Daoud
appréciation : 1/5


Une petite fille en sortie scolaire dans un parc se perd. Un jardinier qui l’a repérée l’entraîne dans une cabane et la viole. Un vingtaine d’années plus tard, l’inspecteur Houssam Salem doit se rendre sur les lieux d’un crime. Un homme a été retrouvé mort dans sa voiture. Il a été poignardé dans le dos, comme la victime d’un précédent crime. Après son travail, le policier retrouve son appartement qu’il partage avec sa mère. Souvent il passe chez une fleuriste pour y acheter un bouquet. La fleuriste, madame Ragaa El Sayed est devenue une amie. Alors quand des agents de la ville annonce à celle-ci qu’elle doit fermer son kiosque car il se trouve sur un emplacement illégal, elle s’adresse à Houssam pour qu’il intervienne en sa faveur. Il obtient un délai d’un mois. L’enquête sur les mystérieux crimes se poursuit. On soupçonne d’abord des homosexuels mais cette piste ne donne rien. Le spectateur découvre la vérité avant Houssam : un soir, seule chez elle, Ragaa regarde la télévision qui diffuse un film. On voit un couple qui s’étreint violemment. Un viol ? La fleuriste est bouleversée par le spectacle et sans doute excitée. Tout son corps semble la démanger. Elle revêt une tenue de soirée hyper sexy et se rend dans un établissement de nuit.



De la Chair Bon Marché (Laham Rikhis, 1995)
avec Kamel Al Shennawi (Maître Mabrouk), Fouad Khakik (l’avocat corrompu), Elham Shahin (Tawida), Wafaa Mekky (Nagfa Hanafi), Abdel Hafiz El Tetawy (Cheikh Salem), Abdullah El Katib (Kamel, l’amoureux de Nagfa), Tarek al-Nahry (Zia Jamaan) , Mahmoud Kabil (Hecham), Mohamed Henedy (le chauffeur de taxi), Jihan Salama (Ikhalas), Osman Abdel Moneim (le père de Nagfa)
Scénario : Salah Fouad


Maître Mabrouk travaille dans l’immobilier mais une part non négligeable de ses revenus provient des jeunes paysans pauvres qu’il envoie à l’étranger. Si les garçons sont employés pour leur force de travail, les filles sont mariées à de riches et vieux arabes.
Le film raconte l’histoire de trois victimes de Maître Mabrouk, trois jeunes femmes qui viennent du même village. Il y a d’abord Nagfa Hanafi qui accepte d’épouser Cheikh Salem. Quand elle arrive chez lui, elle découvre qu’il a déjà trois épouses et plus d’une dizaine d’enfants. Ensuite, il y a Ikhalas qui devient la femme d’un homme très riche et dans un premier temps, elle savoure pleinement cette nouvelle existence uniquement dédiée aux plaisirs. Enfin, la troisième, c’est Tawida qui n’a pas accepté d’épouser un homme qu’elle n’aime pas. Elle est placée comme domestique chez un couple qui a l’habitude de recevoir et de faire la fête. Le comportement très libre des hôtes et de leurs invités choque un peu la petite paysanne mais elle s'adapte très vite à son nouveau cadre de vie…


vendredi 17 décembre 2021

Les réalisateurs : Abdel Moneim Shoukry (1922-1998)

عبدالمنعم شكري

Abdel Moneim Shoukry a fait des études d’histoire mais dès les années quarante, il se tourne vers le cinéma. Il commence sa carrière comme accessoiriste et décorateur. A partir de 1949, il devient l’assistant de grands réalisateurs de l’époque. Dans les années soixante, il se rend en Europe et en Union Soviétique pour parfaire sa formation de cinéaste et de retour en Egypte, il tourne son premier film, Jeunes Mariés, Ne Pas Déranger avec Hassan Youssef et Nahed Sherif (1968).
Il va réaliser dix-huit longs-métrages et un grand nombre de séries pour la télévision. L’essentiel de sa production est constituée de comédies sans grand relief, voire, pour certaines, d’une rare médiocrité.


Trois films d'Abdel Moneim Shoukry ont fait l'objet d'une présentation dans ce blog :


Bonjour, ma chère épouse (sabah al khayr ya zawjati aleaziza, 1969)
avec Salah Zulficar (Hassan), Nelly (Samia), Taheya Carioca (la mère de Samia), Nabil El Hegrassy (Hanafi), Fathia Shahin (la directrice de l’école), Fahmy Amman (Oncle Rajab), Kawthar El Assal (Karima, une employée de la société), Hussein Ismaïl (le directeur du bureau de placement), Layla Yousry (une baby-sitter), Hassan Hussein (le portier), Wasila Hussein (une collègue de Samia), Seif Allah Mokhtar (le passager dans le bus), Zeinat Olwy (la danseuse)
Scénario : Sami Amin
Musique : Ahmed Abou Zeid
Production : les films Samaha
appréciation : 3/5


Hassan occupe un poste de direction dans une entreprise. C’est un homme très rigoureux qui ne supporte pas que ses subordonnés arrivent en retard au bureau. Samia, sa femme, est institutrice. Tous les deux forment un couple heureux et ils ont hâte après une longue journée de travail de se retrouver dans leur petit appartement pour une soirée en amoureux. Leur bonheur n’est troublé que par les visites de la mère de Samia. Celle-ci n’a jamais vraiment accepté ce mariage car elle souhaitait que sa fille épouse un cousin. Elle ne rate pas une occasion pour manifester son hostilité à l’égard de son gendre. Tout se complique quand arrive l’enfant. Samia a le plus grand mal à concilier ses impératifs professionnels avec ses devoirs maternels. Dans un premier temps, elle est obligée de faire appel à sa mère qui s’installe chez eux avec son neveu...



Criminel à l’essai (Mogrem Taht Al-Ekhtebar,1969)
avec Hassan Youssef (Medhat Souleiman), Nelly (Nadia), Soheir El Morshedi (Aziza, la maîtresse d’Abdel Maqsoud), Hassan Hamed (Abdel Maqsoud/l’acteur Fawzi Salem), Hassan Mostafa (Abdel Khaleq, le producteur), Nabil El Hagrassy (le réalisateur), Seif Allah Mokhtar (Barai’), Hassan Hussein (le photographe de presse), Ahmad Abu Abiya (un membre du gang d’Abdel Maqsoud), Salama Elias (le directeur de la prison), Lola Mohamed (la danseuse), Mohamed El Helwa (un membre du gang), Galal El Masry (l’assistant du metteur en scène), Abdel Ghani El Nagdi (le portier de la société de production)
Scénariste : Ahmed Abdel Wahab
Musique : Salah El Din Mustafa



Abdel Maqsoud est un dangereux chef de gang. Lui et ses hommes sont poursuivis par tout un groupe de policiers et ils se retrouvent piégés dans la montagne. Abdel Maqsoud n’hésite pas à sacrifier ses hommes pour sauver sa peau. Le lendemain sa mort fait les gros titres de la presse. Il aurait péri dans l’incendie de sa voiture. En fait, c’était un stratagème d’Abel Maqsoud pour pouvoir vivre tranquillement dans la clandestinité avec sa maîtresse. Les seuls à le savoir, ce sont ses anciens complices qui sont bien décidés à se venger. Lors de l’affrontement avec la police, un jeune journaliste était présent sur les lieux avec son photographe. Il s’appelle Medhat Souleiman et l’histoire de ce terrible gangster l’a tellement impressionné qu’il décide d’en tirer un scénario. La maîtresse d’Abdel Maqsoud sera jouée par Nadia, sa fiancée qui travaille comme dompteuse et acrobate dans un cirque. Pour interpréter le gangster lui-même, il a trouvé un acteur du nom de Fawzi Salem. Il n’a aucun talent et il est d’une intelligence médiocre mais c’est le parfait sosie du héros. Dans sa planque, Abdel Maqsoud apprend le projet du film et pour en savoir plus, il fait enlever l’acteur qui doit jouer son rôle. Quand celui-ci lui révèle le cachet qu’il touchera pour sa prestation, le vrai gangster décide de séquestrer son double et de se présenter à sa place dans les bureaux du producteur…

Notre avis : l’idée de départ du scénario n’est pas mauvaise : un gangster en cavale joue dans un film qui évoque sa propre histoire mais le tournage sera bouleversé par le caractère très mouvementé de son existence. On devine les potentialités comiques d’une telle situation mais le résultat est bien décevant. On se retrouve devant une petite comédie mal filmée et mal jouée. Le double rôle du gangster et de son sosie a été confié à Hassan Hamed plutôt habitué aux seconds rôles et le film a sans doute pâti de son jeu limité. Mais le plus gênant ce sont les gags gâchés par une réalisation d’une rare maladresse. L'actrice Soheir El Morshedi qui incane la maîtresse du gangster constitue la bonne surprise de cette comédie mais c’est bien la seule.


L'Important, c'est l'Amour (Al Mohem El Hob, 1974)
Adel Imam, Sayed Zayan, Nahed Sherif, Samir Ghanem, Imad Hamdi, Safaa Abou El Saoud, Osama Abbas, Ahmed Nabil, Zizi Moustapha, Louis Youssef, Mohamed Shawky
Scénario : Farouk Saïd
Musique : Taghrid El Beshbishy
appréciation : 3/5


Shahinaz (Nahed Sherif) est une fille de bonne famille qui est atteinte d’alcoolisme sévère. Elle est suivie par le docteur Fekry (Imad Hamdi), Celui-ci doit s’absenter et il confie sa malade à son assistant Fahmy (Adel Imam) qui a pour consigne de ne jamais la contrarier et de satisfaire ses moindres désirs. Shahinaz tombe amoureuse de Fahmy qui est pourtant déjà fiancé à Nanahé (Safaa Abou El Saoud). Pour continuer à voir elle-ci en présence de Shahinaz, il la fait passer pour sa sœur. Il n’empêche qu’il doit se plier à tous les caprices de la patiente de son patron et la situation devient explosive quand celle-ci lui demande de l’épouser et qu’il accepte.


samedi 10 avril 2021

Les réalisateurs : Ahmed Fouad (1931-1992)

أحمد فؤاد

Ahmed Fouad commence sa vie professionnelle dans le cinéma au milieu des années cinquante mais ce n’est qu’en 1969 qu’il réalise son premier film, Lune de Miel d’un Jour. Pendant les deux décennies qui suivent, il tournera près d’une trentaine de films. Il est le spécialiste de la comédie populaire dont le ressort principal est le sexe. Il surfe sur la libération des mœurs de son époque et n’hésite pas à dénuder ses actrices, du moins autant que le permettent la censure et l’opinion publique. Il faut lui reconnaître une certaine audace dans les sujets abordés même si on pourra lui reprocher le côté racoleur d’un grand nombre de ses comédies.


Trois films d'Ahmed Fouad ont fait l'objet d'une présentation dans ce blog : 


24 Heures d'Amour (24 saaha hob, 1974)
avec Zizi Al Badraoui (Laïla), Adel Imam (Ahmed), Soheir Ramzy (Mona), Samir Ghanem (Samir), Mohie Ismaïl (le voisin célibataire), Lebleba (Amira), Hassan Youssef (Sherif), Sayed Zayan (le notaire), Nabila El Sayed (la mère d’Amira), Aziza Helmy (la mère de Sherif), Khadiga Mahmoud (la servante), Mohamed Reda (le chauffeur)
Scénario : Farouk Saïd
Musique : Fathy Qoura, Ali Ismaïl, Lebleba
Production : Al Masry Films
appréciation : 3/5


Après six mois passés en mer, trois officiers de marine rentrent chez eux pour un jour de congé. Mais, au lieu de les accueillir avec amour et tendresse, leurs compagnes les fuient car elles sont persuadées qu’elles ont été trompées durant une si longue séparation. Les trois marins ont vingt-quatre heures pour retrouver leurs bien-aimées et jouir enfin du repos du guerrier.



Tout le monde veut aimer (El Kol Awez Yeheb, 1975)
avec Soheir Ramzy, Nour Al Sherif, Adel Imam, Hassan Hamed, Nabila El Sayed, Nadia Arslan, Ibrahim Saafan, Seif Allah Mokhtar, Medhat Gamal, Dina Abdallah, Mohamed Shawky, Gamal Ismail, Qadria Kamel, Motawa Owis, Ibrahim Kadri, Mazhar Abol Naga, Saleh Al-Eskandrani
Scénario : Yahya Al Leithi
Production : Ahmed Fouad


Ahmed, un playboy de la capitale, rend visite à son ami Abdel Salam, un instituteur qui réside à Fayoum. Il est accompagné par deux jeunes femmes, Diana et Maria. Celles-ci vont à l’hôtel tandis qu’Ahmed traverse la vile pour rejoindre Abdel Salam dans son école. En cheminant, il rencontre Layla. C’est le coup de foudre immédiat. Quand il retrouve enfin son ami, Ahmed lui raconte aussitôt ce qui vient de lui arriver. Abdel Salam lui conseille de ne pas tenter d’approcher à nouveau celle dont il est tombé amoureux. La jeune femme habite en face de chez lui et elle est étroitement surveillée par son cousin qui rêve de l’épouser bien qu’il soit déjà marié. Un détail qui a son importance : ce cousin, du nom de Massoud, est un commerçant prospère et une force de la nature qui effraie tout le monde par sa violence. Ahmed n’a cure de l’avertissement d’Abdel Salam. Il veut revoir Layla.


Les Maris Diaboliques (Al'azwaj alshayatin, 1977)
avec Nahed Sharif (Naïma Abbas), Adel Imam (Mamdouh), Saïd Saleh (Kamal), Youssef Fakhr Eddine (Fathy), Layla Taher (Karima, la femme de Kamal), Hayat Kandel (Samia, la femme de Fathy), Wedad Hamdy (Wedad Hamdy), Madiha Kamel (Magda, la belle sœur de Kamal), Tawfik El Deken (le voleur en prison), Ahmed Nabil (un autre voleur en cellule), Zayan (le policier), Ibrahim Saafan (le voisin de Mamdouh), Buthaïna Nassar (Afaf, la servante), Ahmed Nabil, Mohamed Hamdy (l’officier de police)
Scénario : Ahmed Abdel Wahab
appréciation : 3/5


Fathy, Mamdouh et Kamal sont trois amis travaillant dans la même fabrique de réfrigérateurs. Kamal est marié à Karima, Fathy à Samia. Mamdouh est célibataire. Il vit dans une péniche où le rejoignent régulièrement Fouad et Fathy pour passer du bon temps loin de leurs épouses. Un jour, Mamdouh prend dans sa voiture une jeune femme qui semble désemparée. Ce que Mamdouh ne sait pas c’est qu’elle vient de voler des bijoux au domicile de sa patronne qui n’est autre que la comédienne Wedad Hamdy. Cette dernière s’en est aperçue et, avec l’aide son jardinier, elle s’est lancée aux trousses de son employée indélicate. Peine perdue ! Grâce à la voiture de Mamdouh, la voleuse échappe à ses poursuivants. Elle parvient même à apitoyer son chauffeur qui accepte volontiers de l’accueillir sous son toit, non sans avoir quelques arrière-pensées. La jeune femme qui s’appelle Naïma prend tout de suite ses aises dans la péniche : elle se sent comme chez elle. Surviennent les deux amis de Mamdouh. Ils sont enchantés de faire la connaissance d’une invitée aussi séduisante. Pour fêter, cet « heureux événement », on débouche une bouteille de vin, on met un disque et Naïma danse pour les trois garçons. Malheureusement, ils sont interrompus par l’irruption de la police qui est à la recherche des bijoux volés. Naïma a juste le temps de les dissimuler dans le canapé du salon. Tout le monde est emmené au poste et placé en cellule. Si Naïma reste en prison, les trois hommes sont vite relâchés. Mais cette mésaventure a mis Kamal et Fathy dans une situation délicate : leurs épouses ont été informées des circonstances de leur arrestation et elles n’ont guère apprécié la plaisanterie. Les deux hommes mariés ont décidé de rompre avec Mamdouh et de tout faire pour regagner l’affection de leurs femmes.


mercredi 23 décembre 2020

Les réalisateurs : Omar Abdel Aziz (né en 1953)

عمر عبدالعزيز

Omar Abdel Aziz est diplômé de l’institut supérieur du Cinéma du Caire (1976). Il débute comme assistant réalisateur pour son frère, le cinéaste Mohamed Abdel Aziz. C’est ainsi qu’on retrouve son nom au générique des comédies les plus célèbres de ce dernier. Omar Abdel Aziz réalise son premier film en 1982, Qu’il repose en Paix avec Farid Shawqi et Yousra. Cette même année, il tourne un remake de The Party de Black Edwards sous le titre d’Un Invité très Spécial. Depuis la fin des années quatre-vingt-dix, il travaille aussi pour la télévision comme réalisateur de séries.


Trois films d'Omar Abdel Aziz ont fait l'objet d'une présentation dans ce blog :


Rien à faire, c’est ainsi (Tgebha keda Tgelha Keda Heya Keda, 1983) 
avec Madiha Kamel (Souad), Samir Ghanem (Hassan), Farouk El Feshawi (Ezzat), Layla Olwi (Magda), Ibrahim Saafan (Amin Effendi, Waheid Seif (Hamdy), El-Montaser Bellah (Moselhi), Soheir Zaky (danseuse), Soheir Salem (Nabila), Mahmoud Al Zohairy (le directeur), Hussein Al Sharif (l’officier de police), Shokry Mansour (le père de Magda), Samia Mohsen (la mère de Magda) 
Scénario : Ahmed Abdel Wahab 
Musique : Fouad El Zahry (qui est crédité pour la bande originale et non pour la musique accompagnant les danses. La contribution de Fouad El Zahry est donc très modeste car le film comporte assez peu de scènes avec musique. De plus, parmi celles-ci, la plus longue est une course poursuite chorégraphiée et comme accompagnement musical, on s’est contenté de reprendre la bande originale de West Side Story !)


Hassan et Ezzat travaillent dans la même société et partagent le même appartement. Hassan avoue à son compagnon qu’il est amoureux de Soad, la secrétaire de leur directeur. Sa timidité l’empêche de se déclarer et il demande à Ezzat de parler à la jeune femme en son nom. Ezzat est très embarrassé car lui aussi est amoureux de Soad mais il finit tout de même par accepter de se faire le porte-parole de son ami. Lors de leur conversation, la secrétaire lui explique qu’elle n’est pas amoureuse d’Hassan car elle aime un autre homme. Et Ezzat comprend que cet homme, c’est lui-même…

Notre avis : une contribution exemplaire à l’enlaidissement progressif (et irrémédiable ?) du cinéma égyptien tel qu’on peut l’observer à partir de la fin des années soixante-dix. Ce film est à lui tout seul une anthologie du n’importe quoi et du n’importe comment. Il semble avoir été tourné dans une grande improvisation et pour chaque scène, les acteurs sont placés dans des lieux dont le choix n’a pas dû exiger beaucoup d’efforts aux « repéreurs » . Le plus souvent, pour masquer la misère, on filme en plans américains ou en plans rapprochés si bien que le spectateur n’aperçoit derrière les acteurs qu’un bout de mur lépreux ou une moitié de fenêtre aux volets clos. Deux scènes en extérieur mériteraient de recevoir le prix du décor le plus laid et le plus déprimant de la décennie : celle de la bagarre sur la plage et celle de la course poursuite « dansée » (on aimerait connaître le nom du chorégraphe pour le féliciter) dans un jardin public. Le scénario ? On raconte qu’il n’a fallu qu’une nuit à l’équipe pour en échafauder les grandes lignes. On s’en doutait.


Ici Le Caire (Hona Elqahera, 1985)
avec Muhammad Subhi (Sanussi), Souad Nasr (Sabrina), Medhat Ghaly (le directeur de l’hôtel), Ahmad Abu Abya (le chauffeur de taxi), Adawy Gheith (le directeur de la chambre d’agriculture), Sayed Sadek (le propriétaire du magasin de jouets), Mustafa Tawfiq (Fathy), Adel Abu Al Ghit (l’homme à l’arrêt de bus), Ahmad Al Adal (le conducteur agressif), Ali El Sherif El Sagheer (le pickpocket), Bondok Hassan (le vendeur d’eau), Fayza Abdel Gawad (la femme violente)
Scénario : Saïd Mohamed Marzouk
Adaptation du film américain Escapade à New York (The Out-of-Towners) réalisé par Arthur Hiller en 1970 avec dans les rôles principaux Jack Lemmon et Sandy Dennis.
Musique : Modi El Imam
Production : Films Mohamed Youssef


Sanussi est employé à la chambre d’agriculture de Louxor. Il a inventé un procédé pour améliorer la qualité du pain et augmenter sa conservation. Il doit se rendre au Caire pour présenter au ministère son invention. Sabrina, sa femme, l’accompagne. C’est la première fois qu’ils ont l’occasion de visiter la capitale. Après un voyage en avion qui fut une première épreuve, le couple est pris en charge par un taxi dès son arrivée à l’aéroport. Sanussi et Sabrina ne savent pas encore qu’ils vont devoir affronter bien des désagréments et bien des vicissitudes dans les rues effervescentes de l’une des plus grandes villes du monde…

Notre avis : un couple de provinciaux se retrouve plongé dans le tourbillon de la vie cairote et il devra affronter des épreuves auxquelles il n’était guère préparé. L’idée n’est pas neuve mais dans les années quarante et cinquante, il s’agissait souvent de se moquer de ces pauvres ruraux qui avaient toutes les peines du monde à s’adapter aux manières de vivre des citadins si raffinés et si élégants. Dans cette comédie, le propos est inversé : l’objet de la satire est la capitale. On nous la présente comme un monde de bruit et de fureur qui broie sans pitié les cœurs trop purs comme nos deux héros. Les péripéties sont un peu prévisibles et on ressent plus d’une fois une forte impression de déjà vu (l’inévitable scène du bus !) mais cette déambulation dans les rues du Caire des années quatre-vingt n’est pas sans intérêt. La capitale égyptienne nous est dépeinte avec un réalisme sobre, sans aucune concession ni au pittoresque ni au sordide. Les deux acteurs principaux Mohamed Subhi et Souad Nasr portent sur leurs seules épaules l’intégralité du film et ils ne s’en sortent pas si mal. On notera que le jeu de Mohamed Subhi est parfois très proche de celui d’Adel Imam. Il est vrai que son personnage aurait parfaitement convenu à ce dernier.


Les Joueurs  (Allaeiba, 1987)
avec Hussein Fahmy (Aziz, le directeur de la société), Yousra (Soso), Sayed Zayan (Basaber), Hassan Mostafa (Chawki, l’un des deux propriétaires de la société), Hamdy Youssef (Mansour, l’un des deux propriétaires de la société), Fouad Khalil (le voisin de Soso), Abdel Ghany Nasser (le directeur de la sécurité de la société), Abdallah Meshref (le domestique), Ola Ramy (Gigi), Thuraya Ezzelddin (la secrétaire), Nabawyah Saïd (la mère de Basaber)
Scénario : Ahmed Samir
Musique : Munir El Wasimi
Production : Medhat Al Sharif

Un remake du film américain Un fauteuil pour deux (Trading Places), réalisé par John Landis et sorti en 1983.


Chawki et Mansour avaient créé une société financière qui vivotait jusqu’à ce qu’ils en confient la direction à Aziz. Grâce à la rigueur de ce dernier, l’entreprise s’est rapidement développée et a généré des profits de plus en plus importants. Les deux propriétaires étaient ravis et Aziz menait grand train : il vivait dans un luxueux appartement, possédait une voiture avec chauffeur et s’apprêtait à épouser une jeune parente des deux fondateurs. Mais depuis peu, le marché est entré en récession et les bénéfices de la société ont fondu comme neige au soleil. Chawki et Mansour sont très inquiets. C’est alors qu’ils rencontrent un agent financier au chômage qui leur promet monts et merveilles. Les deux frères décident de se débarrasser d’Aziz pour confier la direction de leur société à ce « sauveur ». ils chargent leur directeur de la sécurité de tout entreprendre pour éliminer celui qui leur a pourtant fait gagner tant d’argent. En quelques heures, Aziz va tout perdre. On va l’accuser de détournement de fonds et on va le jeter en cellule le temps que son appartement soit perquisitionné. Tous ses biens sont saisis et cerise sur le gâteau : le directeur de la sécurité paie une prostituée pour qu’elle embrasse Aziz sous les yeux de sa fiancée qui rompt sur le champ. L’ancien chef d’entreprise est au désespoir mais la prostituée, qui a pourtant contribué à sa chute, va le prendre sous son aile…

mercredi 18 mars 2020

Les réalisateurs : Hussein Sedki (1917-1976)

حسين صدقي

Hussein Sedki fut à la fois acteur, producteur et réalisateur. Il commence sa carrière comme acteur. dès les années trente, alors qu’il a à peine vingt ans. La réalisatrice Amina Mohamed l’ayant vu au théâtre décide de le faire tourner dans son film Titawong (1937). Il passe à la réalisation dix ans plus tard avec Trahison et Tourment (1947). Suivront quinze autres films. A chaque fois, il en est le producteur, le réalisateur et l’un des acteurs. 
En 1961, il met fin brutalement à ses activités cinématographiques pour marquer son désaccord avec la politique artistique et culturelle de Nasser. Cette année-là, ce dernier crée l’Organisme Général du Cinéma (qui sera nationalisé en 1963). Je suis la Justice sera le dernier film d’Hussein Sedki.
A la fin de sa vie, il est devenu très pieux et juste avant de mourir, il aurait demandé à ses enfants de brûler tous ses films. 

Trois films d'Hussein Sedki a fait l'objet d'une présentation dans ce blog : 


Route jonchée d’épines (1950, Tariq Elshoak)
avec Hussein Sedki (l’officier Magdy), Hassiba Roushdy (Saba, la bédouine), Mahmoud Shoukoko (Khamis), Farid Shawqy (Rachid, le cousin de Magdy), Lola Sedky (Salwa, la cousine de Magdy), Stephan Rosty (Salomon, le chef du gang), Minerva (une danseuse), Zaki Ibrahim (l’oncle de Magdy), Thuraya Fakhry (la tante de Magdy)
Scénario : Mohamed Kamel Hassan Al Mohami, Hussein Sedki
Musique : Mahmoud Shoukoko, Hassiba Roushdy
Musique du générique de début : "Samuel Goldenberg et Schmuyle", pièce issue des Tableaux d'une Exposition du compositeur russe Modeste Moussorgski
Dans une scène, on peut entendre un extrait de "la Chevauchée des Walkyries" de Wagner.
Production : Hussein Sedki


Magdy et Khamis sont en mission sur les traces d’un gang de trafiquants de drogue. Leur jeep tombe en panne en plein désert. Très vite, ils sont terrassés par la chaleur et le manque d’eau. Heureusement, le chien qui les accompagnait comprend que les deux hommes sont en grand danger. Il s’élance dans le désert et finit par trouver une bédouine et ses compagnes en train de garder leurs moutons. Il conduit les femmes jusqu’à ses maîtres qui avaient perdu connaissance. . Grâce à Saba et à ses compagnes, ceux-ci sont vite remis sur pied et tout le monde peut retourner au camp de la tribu à laquelle appartiennent les sauveuses des deux policiers. Grâce à leur chien, Magdy et Khamis découvrent que la tribu est en fait le repaire des trafiquants qu’ils recherchaient. Comprenant qu’ils ont été démasqués, les bédouins décident d’éliminer leurs deux visiteurs. Mais Saba qui a entendu la conversation prévient Magdy et Khamis qui s’enfuient aussitôt. Pour éviter les représailles, ils emmènent Saba avec eux. Magdy retrouve toute sa famille à qui il présente la jeune bédouine. Salwa, sa cousine et fiancée, n’apprécie pas du tout l’irruption de cette inconnue dans leur existence. D’emblée, elle la considère comme une rivale…

Notre avis : un film écrit, réalisé, produit et joué par Hussein Sedky. C’est d’abord un thriller car il est question de policiers bien sympathiques à la poursuite d’un gang de dangereux trafiquants de drogue. Disons le tout net : le suspens n’est pas insoutenable. Les revolvers sont souvent brandis mais on tire peu !
En réalité, « Route jonchée d’épines » est avant tout une comédie qui repose sur l’opposition vie citadine/vie bédouine. Lola Sedky endosse le rôle de la jeune fille de bonne famille convaincue de sa supériorité et qui méprise la bédouine dont va tomber amoureux son fiancé. Une tâche redoutable car avec un tel personnage, il est bien difficile d’éviter la caricature. Dans le rôle de la bédouine qui va vite assimiler les mœurs des citadins, Hassiba Roushdy s’en sort mieux. Cette actrice d’origine tunisienne et aussi une chanteuse très talentueuse comme elle le prouve à plusieurs reprises dans ce film.


Mon cœur t’aime (Qalby Yahwak, 1955) 
avec Hussein Sedky (Ahmed), Sabah (Souad), Samiha Ayoub, Nour El Demerdash (Zaki, collègue d’Ahmed), Abdel Ghany Kamar (Jamil, un vendeur du magasin), Zaki Ibrahim (le propriétaire du magasin de vêtements et le père de Souad), Samiha Ayoub (Afkar, la première femme d’Ahmed), Mohamed El Dib (Tawfiq, le gérant du magasin), Ibrahim Hechmat (le père d’Ahmed), Victoria Hobeika (la tante de Souad), Nadia Gamal (la danseuse), Akram Jawdat (Samiha, la cousine de Souad) 
Scénario : Hussein Sedky et Abdel Aziz Salam 
Musique : Abdel Aziz Salam, Zakaria Ahmed, Kamal Al Tawil, Mohammed Al Mogi, Mohamed Mohasen 
Production : Hussein Sedky


Ahmed a quitté Tanta, sa ville natale, pour s’installer au Caire. Il a trouvé un travail dans un grand magasin de vêtements. Grâce à son dynamisme, il obtient rapidement un poste de responsable. Il s'est aussi marié mais très vite la mésentente s’est installée dans le couple. Il a très vite divorcé. Ahmed est amoureux de Souad, la fille du patron qui, en compagnie de sa cousine, se rend fréquemment dans le magasin. Jamais Ahmed n’oserait lui avouer ses sentiments mais son ami et collègue Jamil lui certifie qu’elle aussi est amoureuse de lui. Quand il a dû s’absenter pour des raisons de santé, la jeune femme n’a pas caché son désappointement. Souad est déjà fiancée à Tawfiq, le gérant du magasin mais elle ne l’aime pas, elle le trouve même laid. Le jour de son anniversaire, elle décide d’inviter Ahmed à la petite fête qu’elle organise. Il accepte l’invitation mais il ne s’y rendra pas. Son ex-femme a fait irruption chez lui pour lui annoncer qu’elle est enceinte…


Je suis la Justice (Ana El Adala, 1961) 
avec Hussein Sedki (l’avocat Ahmed Sami), Maha Sabry (Fathia Kamal), Abbas Fares (Maher Salem, un avocat à la retraite), Nagwa Fouad (Ilham Alawi, la danseuse), Mohamed Reda (Hassan Al Kharboutli, le trafiquant de drogue), Nazim Sharawy (Mounir Wahid), Ahmed Loxer (docteur Medhat Abdel Azim), Ali Roushdy Aziza Helmy (Amina, la femme de Maher), Nadia Al Sabei (Nafisia, la servante de Fathia), Shawky Baraka (le secrétaire Hassanein Abdel Tawab) Mohamed Shawky (le chauffeur), Salwa Ezz Eddine (la servante, épouse du secrétaire) 
D’après les Dix Petits Nègres d’Agatha Christie (non créditée au générique !) 
Scénario : Hussein Sedki 
Dialogue : Abdel Aziz Salam 
Musique : Mohamed Dia Eddine 
Production : Hussein Sedki


Pour le réveillon du nouvel an, Izzat Amin a invité dans sa maison de campagne un certain nombre de ses amis. : l’avocat Ahmed Sami, la veuve Fathia Kamal, le docteur Medhat Abdel Aziz, la danseuse Ilham Alawi, le commerçant Hassan Al Kharbouli, l’avocat à la retraite Maher Salem. Quand les invités arrivent ils sont accueillis par les deux serviteurs de la maison, engagés depuis peu. Ils sont surpris de découvrir que leur hôte est absent mais qu’il a laissé pour eux un discours enregistré sur un magnétophone. Les convives sont réunis dans le salon tandis que la voix d’Izzat Amin s’élève. Celui-ci a décidé de révéler les fautes et les crimes dont se sont rendus coupables tous les personnages présents. Ces derniers ne savent pas encore que pour la plupart ce sera leur dernière nuit…

dimanche 29 septembre 2019

Les réalisateurs : Gamal Madkoor (1908-1982)

جمال مدكور

Au début des années trente, Gamal Madkoor séjourne à Paris pour étudier le cinéma. Il commence sa carrière comme monteur et c’est à partir de 1942 qu’il se lance dans la réalisation. Il tourne treize films puis en 1954 il abandonne brusquement la mise en scène. Il a à peine quarante-six ans.


Trois films de Gamal Madkoor ont fait l'objet d'une présentation dans ce blog :


Les Fleurs Charmantes (El zuhur el fatina, 1952)
avec Taheya Carioca (Ratiba), Faten Hamama (Karima), Chukry Sarhan (Baher), Ferdoos Mohamed (Hamida), Hussein Riad (Saleh Bey), Farid Shawki (Saïd), Aziza Helmy (la mère de Karima et de Ratiba), Abdel Aziz Ahmed (Sheikh Shehata, le mari d’Hamida), Mahmoud El Meleigy (Shukry Bey), Thoraya Helmy (Thoraya, l’amie de Ratiba), Thuraya Fakhry (la gouvernante), Mohamed Toufik (Morsi, le fils du Sheikh Shehata), Mohamed El Dib (le médecin)
Dialogues : Ahmed Shokry, Malika Fahmy Sorour et Gamal Madkoor
Musique : Mohamed Hassan Al Shugai
Production : Abdel Hamid Zaki


Ratiba et Karima sont deux sœurs. Elles vivent avec leur mère très malade. La mort du père a plongé les trois femmes dans la misère. Tandis que Karima la cadette travaille comme infirmière et s’occupe de leur mère, Ratiba a des rêves de luxe et de richesse. Elle décide de devenir danseuse et travaille dans un cabaret. C’est là qu’elle fait la connaissance de Saïd, un mauvais garçon qui va l’entraîner sur le mauvais chemin…


Aïcha (1953)
avec Zahrat El-Ola, Zaki Rostom, Faten Hamama, Abdel Aziz Al Ahmed, Ferdoos Mohamed, Zeinab Sedky, Farouk Ali, Abdel Moneim Basiony, Abdel Ghani El Nagdi, Goma Eddriss, Tawfik Sadek, Abdel Aziz Kamel 
Scénario : Saleh Gawdat et Gamal Madkoor 
Musique : Mohammad Hassan Al Shugai


Drame. Yahya Bey Saber, un homme fortuné, croise une jeune femme pauvre qui vend des billets de loterie dans les rues. Elle s’appelle Aïcha. L’homme est frappé par sa ressemblance avec sa propre fille qui est morte récemment. Il propose au père d’Aïcha de l’adopter contre une pension qu’il lui versera chaque mois. Le père accepte. Pour la jeune fille, c’est une nouvelle vie qui commence…


Traces dans le sable ( Athar Fi al-Rimal, 1954)
avec Faten Hamama (Ragia), Emad Hamdy (Ibrahim Mohsen), Hamdy Gheith (le docteur Ahmed Zaki), Wagdi Al Atrache (Ibrahim enfant), Zahrat Al Oula (Layla), Mohamed Abdul Qaddus (le cuisinier), Mohamed El Tokhy (le psychiatre), Abdul Aziz Ahmed (le grand-père de Ragia), Wedad Hamdy (Sounia), Aziza Helmy (la mère d’Ibrahim), Ali Roushdy (le père d’Ibrahim), Mahmoud Azmy (le cousin Abdel Rahman), Kawthar Shafik (l’infirmière)
Scénario : Gamal Madkoor et Youssef El Sebaei
Musique : Mohamed Hassan Al Shugai


Drame. Ibrahim Mohsen est un compositeur talentueux qui réside à Alexandrie. Ce jour-là, il doit se rendre chez son ami le docteur Ahmed Zaki. Sur la route, il est victime d’un choc nerveux qui le laisse totalement désorienté. Quand il reprend conscience, il est en compagnie de son ami qui l’emmène chez le psychiatre Tawfiq Mohamed. Ibrahim a totalement perdu la mémoire mais le médecin parvient à reconstituer des éléments de son passé. Le musicien était amoureux de Ragia, sa jeune voisine qui vit avec son grand-père, un homme exerçant de hautes fonctions. Tous les deux partageaient le même amour de la musique. Le médecin convoque la jeune femme. Celle-ci lui fait le récit de leur histoire d’amour. Grâce à elle, le psychiatre va découvir le traumatisme infantile qui est à l’origine de son malaise…

Notre avis : on ne compte plus les films dans lesquels Faten Hamama et Imad Hamdi sont fiancés ou amants. Leur différence d’âge, vingt-deux ans, ne semble pas avoir posé de problème aux producteurs et aux réalisateurs. Il est vrai que pour le public, Imad Hamdi est resté très longtemps l’archétype de l’amoureux romantique et tourmenté et c’est ce personnage que nous retrouvons ici. « Traces dans le Sable » est un joli mélodrame qui baigne dans une atmosphère d’une grande poésie. Les scènes enfantines, la mer, la musique, les voix off, tout concourt à donner un caractère onirique à cette histoire de traumatisme infantile. Le film doit beaucoup à Faten Hamama dont la beauté fragile et la voix inimitable possédaient ce pouvoir magique de plonger le spectateur dans une autre réalité, à la fois plus légère, plus pure et plus intense. Sa présence irradiante nous fait oublier certaines lourdeurs du scénario.

lundi 10 juin 2019

Les réalisateurs : Hassan Ibrahim (1931-2017)

حسن إبراهيم


Hassan Ibrahim fait ses premiers pas dans le septième art sous l’égide de Youssef Chahine dont il devient l’assistant en 1954 pour deux films très importants, Le Démon du Désert et Ciel d’Enfer. Pendant près de 25 ans (1954-1978), il restera à ce poste d’assistant et il travaillera pour de très nombreux réalisateurs. C’est ainsi que son nom se retrouve au générique de grands classiques du cinéma égyptien. Hassan Ibrahim réalise son premier film en 1979. Neuf autres suivront.


Trois films d'Hassan Ibrahim ont fait l'objet d'une présentation dans ce blog :


Une histoire en deux mots (Hikkaya fi Kelmetein, 1985)
avec Iman Al Bahr Darwish (Ahmed), Layla Olwi (Hanan), Eman (Nawal), Ahmad Mazhar (Salem Bey), Maryam Fakhr Eddine (la mère de Nawal), Souad Hussein (Enayat, la femme de Salem Bey), Wahid Seif (Saïkou, un voleur), Emad Moharam (Medhat, le fils d’Enayat), Badr Nofal (l’oncle d’Ibrahim), Najah Al Muji (Ibrahim, un voleur), Farouk Falawkas (Moustafa, un voleur), Shady Kamal (Ahmed enfant), Nesrine Fayez (Hanan enfant), Sayed Tarabik (le réalisateur), Adawy Gheith (Fahmy, l’employé de Salem Bey et le père d’Ahmed), Rashwan Mustafa (Sheikh Khalifa)
Scénario : Farouk Sabry
Musique : Mukhtar El Sayed et Sayed Darwish
Production : United Bros


Hanan est la fille de Salem Bey, un grand propriétaire terrien. Son meilleur ami est Ahmed, le fils d’un employé de son père. Quand Ahmed devient orphelin, Salem Bey prend soin de lui et le traite comme son fils. Pour les deux enfants, la situation s’assombrit quand Salem Bey se remarie avec Enayat qui a déjà un fils, Medhat. Les années passent. Hanan fait des études à l’étranger tandis que son père connaît des difficultés financières à cause des placements inconsidérés réalisés par le fils de sa femme. Quand Hanan revient enfin chez elle, elle retrouve avec bonheur Ahmed mais sa belle-mère a d’autres projets : elle veut que Hanan épouse son fils afin de mettre la main sur tout ce que possède le père. Mais il faut d'abord se débarrasser du bien-aimé. Pour cela, Enayat et Medhat vont faire croire qu’Ahmed a volé tout le contenu d’un coffre-fort. Le jeune homme est condamné à la prison...


Monsieur le Concierge (El Beih El Bawwab, 1987)
avec Fouad El-Mohandes (Fahrat), Ragaa Al-Gidawy (la femme de Fahrat), Mohamed Reda (Abdel Rahman Bey), Safia El Emari (la femme d’Abdel Rahman Bey), Sayed Zayan (l’escroc), Ahmed Zaki (Abdel Samia), Muhja Abdul Rahman (Zeinab, la femme d’Abdel Samia), Wael Nour (Salah, la fils de Fahrat), Azza Labieb (Samia, la fille de Fahrat), Raafat Labib (Mustafa, le plus jeune fils de Fahrat), Helmy Abdel Wahab (le garagiste), Farouk Soleiman (l’agent immobilier)
Scénario : Youssef Gohar
Musique : Hani Mehanna, Ibrahim Ragab, Ahmed Zaki


Abdel Samia et sa petite famille ont quitté la Haute-Egypte pour s’installer au Caire dans l’espoir d’une vie meilleure. Leur aventure commence très mal : dans le train, un escroc leur a dérobé leur argent et une partie de leurs affaires et, une fois arrivés dans la capitale, ils errent dans les rues à la recherche d’un travail et d’un logement. Après avoir essuyé de nombreux refus, ils finissent par rencontrer un garagiste qui aide Abdel Samia à obtenir un emploi de concierge dans une luxueuse résidence. La petite famille retrouve espoir. Abdel Samia gagne très vite la confiance des résidents de l’immeuble et il devient même le courtier officieux de certains d’entre eux…

Notre avis : une évocation pleine de truculence du Caire des années quatre-vingt et une illustration réjouissante de la dialectique du maître et de l'esclave chère à Hegel. Avec dans le rôle principal, un Ahmed Zaki magistral qui fait feu de tout bois. En ouverture, une scène d'anthologie : le héros et sa petite famille qui ont pris place dans le train pour la capitale se font escroquer par un Tartuffe joué par un Sayed Zayan époustouflant de verve et de drôlerie. Enfin, une galerie de personnages féminins haut en couleur. "Monsieur le Concierge" constitue une belle surprise en cette fin des années quatre-vingt qui nous ont habitués à tant de productions médiocres.
 
 
Le Chauffeur de Madame (Sawak el Hanem, 1994) 
avec Ahmed Zaki (Hamada), Sanaa Jamil (Madame Latifa), Adel Adham (Hosny Bey, le mari de Madame Latifa), Sabrin (Fathia), Sherein Seif El Nasr (Afkar, la fille de Madame Latifa), Abla Kamel (Awatef), Mamdouh Wafi (Fayek, le fils aîné de Madame Latifa), Qadria Kamel (la mère d’Awatef), Nadia Rafiq (Madame Shweikar), Ahmed Samy Abdallah (le régisseur), Sabah Mahmoud (la servante), Mohamed Al Taji (l’ancien chauffeur), Yvette Antoine (l’amie de Madame Latifa), Othman Abdel Moneim (un ami d’Hosny)
Scénario : Youssef Gohar
Musique : Mokhtar El Sayed, Baha’ Jahin, Irahim Ragab, Entasar Abdel Fattah, Ahmed Zaki


Madame Latifa est une descendante de la famille royale. Elle reste nostalgique du temps passé et rêve d’un retour de la monarchie. Dans sa maison, elle exerce une autorité impitoyable sur son mari, ses deux enfants et tout son personnel. Pour toutes ses sorties, elle se déplace dans sa vieille Rolls Royce conduite par un chauffeur. Un jour, ce dernier, excédé par les remontrances continuelles dont il fait l’objet, quitte brusquement son service. Il est remplacé au pied levé par Hamada, un modeste chauffeur de taxi. Le premier essai est concluant : il devient le chauffeur attitré de la famille. Mais l’arrivée d’Hamada va provoquer de nombreux remous au sein du petit monde bien ordonné de Madame Latifa. Ainsi, Afkar, la fille de la maison, tombe amoureuse de lui. Situation bien embarrassante pour le jeune homme : il est déjà épris d’Awatef, une voisine à qui il a promis le mariage…

dimanche 13 janvier 2019

Les réalisateurs : Kamel El Telmissani (1915-1972)

كامل التلمساني

Passionné par tous les arts, esthète et érudit, Kamel El Telmissany s’intéresse tout d’abord à la photographie et surtout à la peinture. Dès les années trente, il organise des expositions consacrées aux tendances les plus modernes de l’art et il y présente ses propres œuvres. A la veille de la seconde guerre mondiale, il fonde avec le poète Georges Henein (1914-1973), le groupe surréaliste égyptien « Art et Liberté ». Il est l’un des signataires du manifeste « Vive l’Art dégénéré ! », rédigé en arabe et en français et distribué dans les rues du Caire en décembre 1938. A cette époque, Kamel El Telmissany est un militant trotskiste, antifasciste et son œuvre picturale dénonce la misère dans laquelle est maintenue l’écrasante majorité du peuple égyptien. Il constate très vite que ses toiles n’ont aucun écho auprès des classes laborieuses alors qu’elles ont un très grand succès auprès de tous ces nantis qu’il méprise. Il renonce à la peinture et se tourne vers le cinéma qui lui semble un art authentiquement populaire. 
En 1943, il rejoint les studios Misr. Il est à la fois assistant, monteur, producteur. 
En 1945, il réalise Le Marché Noir, un film considéré aujourd’hui comme un classique. Malheureusement, ce film n’aura aucun succès à sa sortie et par la suite, Kamel El Telmissany sera contraint de tourner des œuvres beaucoup plus commerciales mais dénouées d'intérêt.
En 1961, il doit s'exiler et s’installe au Liban où il écrit pour la radio et la télévision. Il collabore notamment avec les frères Rahbani et leur protégée, la grande chanteuse Fayrouz. 
Il a écrit deux livres sur le cinéma. 


Trois films de Kamel El Telmissani ont été mentionnées dans ce blog :


Le Marché Noir (Al-Souq Al-Sawdaa, 1945)
avec Imad Hamdi (Hamed), Aqila Ratib (Nagiah), Zaki Rostom (Abu Mahmoud, le père de Nagiah), Thuraya Fakhry (la mère de Nagiah), Mohamed Kamal Al Masry (Hashem, le coiffeur), Thuraya Helmy (Naïma), Ferdoos Hassan (la seconde épouse d’Abu Mahmoud), El Sayed Bedeir (le boulanger), Abd El Fattah El Kossary (l’épicier), Abdel Hamid Zaki (le boucher), Hassan Kamel (le tailleur), Aziza Mohamed (la femme du coiffeur), Abdel Moneim Ismaïl, Abdel Meguid Choukry (le vendeur de cigarettes), Salha Kasin, Nagma Hussein
Scénario : Kamel El Telmissany
Musique : Mohammad Hassan Al Shugai, Abdel Halim Noweira, Abdul Hamid Hosman, Bayram El Tunsi
Production : les Studios Misr
figure dans la liste des 100 films les plus importants de l'histoire du cinéma égyptien


Classique. Nous sommes au Caire durant la seconde guerre mondiale. Hamed est un jeune homme qui vit dans un petit appartement sur le toit d’un immeuble qui appartient à Abu Mahmoud. La principale qualité d’Ahmed est sa générosité. Il a toujours à cœur de venir en aide à tous ceux qui autour de lui en ont besoin. Ahmed file le parfait amour avec Nagiah, la fille de son propriétaire. Ils veulent se marier. Mais entre temps la situation économique du pays se complique à cause de la guerre. Avec d’autres commerçants du quartier, Abu Mahmoud se lance dans le marché noir, profitant sans scrupules des difficultés d’approvisionnement que connaissent les habitants de la capitale. Quand Ahmed s’en aperçoit, il n’hésite pas à s’opposer au vieil homme…
Considéré comme l'un des premiers films politiques du cinéma égyptien. Il a été réalisé en 1943 mais à cause de la censure du roi Farouk et des Anglais, il ne sortira en salle que deux ans plus tard.


L'Ecole des Filles  (Madrasat Al Banat, 1955)
avec Zeinat Olwi, Serag Mounir, Kwathar Shafik, Aziza Helmy, Abdel Salam Al Nabulsi, Kamal Al Shennawi, Zinat Sedki, Reyad El Kasabgy, Safa El Gamil, Thuraya Fakhry, Aziza Helmy, Abdel Ghani El Nagdi, Layla Hamdy
Scénario : Ali El Zorkani et Helmy Halim
Musique : Mounir Mourad, Kamal El Tawil, Saïd Mostafa, Fathy Qoura
appréciation : 2/5


Kamal est un jeune homme qui mène une vie de Dom Juan multipliant les conquêtes. Il doit épouser sa cousine et malgré l’empressement de son oncle, il n’est pas disposé à s’assagir. Le jour même de son mariage alors que tout le monde l’attend, il préfère passer du bon temps dans son appartement avec une maîtresse. Et c’est son meilleur ami qui a la mission délicate de calmer la fureur de l’oncle et le dépit de la fiancée. La cérémonie est annulée. Un jour, Kamal fait la rencontre de Nadia. Elle est étudiante dans un pensionnat de jeunes filles où l’on enseigne le chant et la danse. Les deux jeunes gens sont séduits l’un par l’autre. Le bourreau des coeurs éprouve pour la première fois le véritable amour. Malheureusement, tout s’oppose à leur union. Si Kamal est déjà engagé auprès de sa cousine, Nadia doit aussi épouser un cousin resté au village avec toute sa famille.


Rendez-vous avec Satan (Maw’id ma’ iblis, 1955)
avec Zaki Rostom (le docteur Ragab Ibrahim), Mahmoud El Meleigy (le docteur Nabil/Satan), Abdel Moneim Ibrahim (Hassan, l’assistant du docteur Ragab Ibrahim), Cariman (Nadia, la fille du docteur Ragab Ibrahim), Wedad Hamdy (la servante), Abdel Ghani El Nagdi (le concierge), Soleiman El Gendy (Adel, le fils du docteur Ragab), Mounir Mourad (Mounir, le neveu du docteur Ragab), Lotfi Al Hakim (le fabricant d’appareils médicaux), Mohamed Shawki (le vendeur de bicyclettes)
Scénario : Galil El Bendary, d'après Faust de Goethe.
Musique : Mahmoud Al Sharif et Mounir Mourad + Rossini, l’Ouverture de l’opéra Guillaume Tell
Production : Films Ahmed Darwish
appréciation : 4/5

Fantastique. Le docteur Ragab Ibrahim dirige une clinique privée dans le quartier de la mosquée Hussein. Les affaires ne vont pas bien, les patients aisés se font soigner dans d’autres établissements plus réputés. Les maigres honoraires du docteur suffisent à peine à payer les charges de la clinique. Ragab vit avec sa fille Nadia, son petit garçon, Adel et son neveu Mounir qui s’est installé chez eux depuis la mort de son père. Mounir rêve de devenir chanteur et il très amoureux de sa cousine. Le médecin a perdu sa femme il y a longtemps déjà et après son travail il se consacre tout entier à ses enfants qu’il ne peut gâter comme il le souhaiterait. 
Un soir sa voiture tombe en panne sur une route isolée. Il est secouru par un certain docteur Nabil qui en réalité est Satan. La voiture redémarre et le docteur Ragab propose à son confrère de le ramener en ville. Pendant le trajet les deux hommes discutent et sympathisent. Ils promettent de se revoir.


Notre avis : en dépoussiérant le mythe de Faust et en mélangeant allègrement les genres et les registres, Kamel El-Telmissani a réussi à créer une œuvre unique, ne ressemblant à aucune autre. Il ne s’est pas laissé impressionner par l’ombre tétanisante de Goethe, le grand écrivain allemand du XIXe siècle dont les deux Faust constituent des œuvres majeures de la culture universelle. Contournant les références littéraires ou cinématographiques, Kamel El Telmissani a su s’approprier la légende germanique avec une totale liberté et une certaine impertinence pour nous offrir une œuvre pleine d’intelligence et d’humour. Ce «Rendez-vous avec Satan » constitue l’une des plus belles réussites d’un cinéaste égyptien dont la carrière a été gâchée par bien des vicissitudes.

mercredi 3 octobre 2018

Les réalisateurs : Medhat El Sebaie (1949-2014)


مدحت السباعي

Medhat El Sebaie a travaillé pour le grand écran comme pour la télévision. Il réalise son premier film en 1981. Il tournera une vingtaine de longs-métrages.


Trois films de Medhat El Sebaie ont fait l'objet d'une présentation dans ce blog :
  

Les Pauvres n’iront pas au Paradis (Fuqara' la yadkhulun aljana, 1984)
avec Moamen Hassan (Ahmed enfant), Mahmoud Abdel Aziz (Ahmed), Abdel Ghany Nasser (Hassan, le père d’Ahmed), Shorouq (la mère d’Ahmed), Athar El Hakeim (Salwa), Mohamed Reda (Monsieur Yacout), Aleya Abdel Moneim (la mère de Salwa), Ahmed Beder (le camarade d’Ahmed), Youssef Shabaan (le juge chargé de l’enquête), Hussien El Sherbini (Irfan Bey), Ahmed Beder (le camarade d’Ahmed), Saleh Al Eskandarani (le serviteur), Mohamed Abou Hashish (Marzouq)
Scénario : Medhat El Sebaie
Musique : Hassan Abou El Saud
Production : Hassan Yacout et Khalil Othman


Ahmed enfant est le témoin du meurtre de sa mère commis par son père. Ce dernier l’avait surprise quittant l’appartement d’un voisin avec qui elle entretenait une relation adultère. L’homme est condamné à une lourde peine de prison et il mourra durant son incarcération. Ahmed est placé dans un orphelinat où il sera malheureux. Les années passent. Désormais, Ahmed est un jeune homme qui mène une vie normale. Il réside dans un petit appartement sur le toit d’un immeuble. Il est tombé amoureux d’une voisine, Salwa qui vit avec sa mère, son petit frère et sa petite sœur. Les deux jeunes gens se retrouvent régulièrement et projettent de se marier un jour. Ahmed a aussi des projets professionnels. Grâce au psychiatre qui le suit, il travaille pour un avocat tout en suivant des cours à la faculté de Droit. Malgré le traumatisme qu’il a vécu enfant et qui continue à le tourmenter, Ahmed envisage l’avenir avec optimisme. C’était sans compter Monsieur Yacout, le propriétaire de l’immeuble. Ce notable est très attiré par Salwa et rêve d’en faire sa maîtresse. Un jour, profitant de l’absence de la mère et de ses deux plus jeunes enfants, il s’introduit chez la jeune femme et tente de la violer. Mais Salwa se défend et parvient à le faire fuir. L’homme ne s’avoue pas vaincu…

Notre avis : un constat implacable sur la condition des femmes dans les milieux les plus défavorisés mais le jeu « grand guignol » de Mahmoud Abdel Aziz affaiblit le propos des auteurs.


Agent n°13 (El Ameel Raqam 13, 1989)
avec Mohamed Sobhy (Sharif), Eman (Basma), Sabreen (Nahid), Nabil El Halafawi (Ali Hussein), Shaaban Hussein (Sabri), Afaf Rashad (Maha), Samir Wahid (Maher Abbas), Zouzou Nabil (la mère de Sharif), Ali El Gandour (le chef du gang), Hussein El Sherif (officier de police), Saïd Mostafa (officier de police), Ezzat El Mashad (le chef des douanes), Mahmoud Al Iraq (un gangster), Abdul Monem Al Nimr (un gangster), Saleh El Aweil (un gangster)
Scénario : Mahmoud Fahmy
Musique : Hany Shenouda
Production : Screen 2000


Thriller. Charif est un agent des douanes très expérimenté qui suscite la jalousie de bon nombre de ses collègues. Un jour, il est approché par la police. On souhaiterait qu’il infiltre une bande de trafiquants de drogue. Charif est très réticent au début mais il finit par accepter la mission. Il doit se faire passer pour un malfaiteur proposant ses services et on lui loue un appartement de luxe pour qu’il puisse recevoir les membres du gang. C’est ainsi qu’il rencontre Basma, une blonde très séduisante qui occupe une fonction importante dans la filière mise en place par les trafiquants. Sûre de son charme, elle tente de conquérir Charif qui se retrouve dans une situation bien embarrassante : il doit rester en bons termes avec la jeune femme sans pour autant céder à ses avances car il est fiancé à Nahed et l’appartement est truffé de micros…

 

Notre avis : une comédie mollassonne qui reprend un sujet archi exploité depuis les années cinquante : un policier infiltre un gang de trafiquants et y fait la connaissance d’une femme séduisante qui est soit le chef de l’organisation criminelle, soit la maitresse du chef. Rien de bien neuf donc et le fait qu’ « Agent n°13 » soit une comédie et non un thriller n’ajoute pas grand-chose à l’intérêt du film. Peut-être en aurait-il été autrement si l’on avait confié le rôle principal à un acteur comique talentueux, ce que n’est assurément pas Mohamed Sobhy. Et puis pour ne rien arranger, le film ne comporte quasiment aucune action. Le héros passe de chaise en chaise ou de fauteuil en fauteuil et cause encore et encore. Parfois, il est au lit mais seul ! Bref on s’ennuie ferme malgré la présence de la sémillante Eman qui fut l’un des sex-symbols du cinéma des années quatre-vingt.


Les Femmes (El Settat, 1992)
avec Mahmoud Yassine (Azmi Abou Alazm), Fifi Abdou (Shoukria), Eman (Nohran, l’actrice), Hala Sedqy (Suhair, la femme d’Azmi), Abla Kamel (Souad, la secrétaire), Ola Rami (Rawiah, la journaliste stagiaire), Nabil El-Hegrassy (Farid, un journaliste), Ibrahim Nasr (Fathi), Helali Mohamed (le chauffeur d’Azmi), Ateia Eweiss (rédacteur en chef)
Scénario : Magda Khirhalla
Musique : Hany Shenouda


Comédie. Azim est un journaliste à succès qui s’intéresse aux problèmes rencontrés par ses lecteurs dans leur vie quotidienne. Il s’oppose à Shukry, son rédacteur en chef qui défend une toute autre conception du métier de journaliste : pour celui-ci, il faut avant tout divertir le lecteur, lui faire oublier ses difficultés en faisant des articles sur les célébrités et leur existence dorée. Grâce à son talent et à son intégrité, Azim est nommé à la direction du journal en remplacement de Shukry. Pour lui, c’est enfin l’occasion tant espérée d’imposer ses principes à toute la rédaction mais il devra affronter maintes tentatives de corruption de la part de femmes qui souhaitent mettre sa plume au service de leur carrière artistique…

Notre avis : à la lecture du résumé ci-dessus, on pourrait s’attendre à une satire du petit monde journalistique. Déception assurée : de la presse, il n’en est peu question. « Les Femmes » est une comédie qui reprend un thème éculé d’un certain cinéma populaire : l’homme honnête et consciencieux assailli par de jolies jeunes femmes qui s’ingénient à lui faire quitter le droit chemin. Dans ce film, notre héros, joué avec application par Mahmoud Yassine, livre un combat acharné contre ses tentatrices mais il lui arrivera de succomber (C’est Fifi Abdo la grande gagnante grâce à une danse d’une rare laideur.). On pourra certes déplorer la misogynie de « l’œuvre » mais le plus grave, c’est son absence totale d’ambition artistique. Le réalisateur a tourné « à la paresseuse » : peu de décors (l’essentiel du film se déroule dans le bureau du héros), peu d’actions (la plupart des scènes mettent en présence deux personnages assis face à face ou côte à côte), un éclairage identique pour toutes les scènes, de jour comme de nuit. En revanche, la production n’a pas chipoté sur les costumes. Les actrices arborent d’innombrables tenues dont le seul point commun est le mauvais goût affiché et assumé. Les robes que porte Eman, la vedette du film, en sont l’exemple le plus saisissant. Nous terminerons par une question : avec ces « Femmes », peut-on encore parler de cinéma ?

mardi 14 août 2018

Les réalisateurs : Hussein Helmy El Mohandes (1920-2004)

حسين حلمي المهندس

Hussein Helmy El Mohandes réalise son premier film en 1959, Soleil de Minuit avec Zubaïda Tharwat et Kamal Al Shennawi. Il en tournera quatorze comme réalisateur. Dans l'histoire du cinéma égyptien, il s'est fait un nom essentiellement comme scénariste et dialoguiste. Il a écrit pour les cinéastes les plus importants de son temps : Youssef Chahine, Ezzel Dine Zulficar, Kamal Sheikh, Houssan Al Din Mostafa, Fateen Abdel Wahab etc.


Trois films de Hussein Helmy El Mohandes ont été mentionnés dans ce blog :

Le Soleil de Minuit  (Shams La Tgheeb, 1959)
avec Zubaida Tharwat (Soha), Kamal El Shennawi (Salah, l’ophtalmologue), Hussein Riad (Ahmed, le père de Soha), Youssef Fakhr El Din (Essam), Aida Helal (Kawthar, la fiancée d’Ahmed), Nazim Shaarawy (le directeur de l’institut pour aveugle), Thuraya Fakhry (la nourrice), Mary Ezz El Din (la mère d’Essam), Ahmed Loxer (le premier médecin), Ahmed Farahat (Mohamed, le petit bédouin)
Scénario : Hussein Helmy El Mohandes
Production : Youssef Obaid
 

Soha est une jeune fille qui mène une existence heureuse auprès de son père et de son petit frère. Depuis la disparition de la mère, une nourrice affectueuse et dévouée veille sur toute la petite famille. Pour parfaire son bonheur, Sohah est amoureuse d’un jeune garçon avec qui elle projette de se marier. Ce sont les vacances et Ahmed, le père, a décidé de séjourner au Fayoum avec ses deux enfants. Il en profite pour leur présenter Kawthar, la jeune femme qu’il compte épouser. A l’hôtel, Soha fait la connaissance de Mohamed, un petit bédouin qui vit dans le désert avec sa famille. Ensemble, ils se promènent dans la nature environnante. Soha s’est prise d’affection pour son petit compagnon et quand celui-ci tombe malade, elle passe ses journées à son chevet pour lui apporter soin et réconfort. Malheureusement, l’état de l’enfant s’aggrave et il meurt subitement. Soha est effondrée. Elle quitte précipitamment la tente de la famille bédouine et se perd dans le désert. Soudain, elle aperçoit au loin son père qui était parti à sa recherche. En voulant le rejoindre, elle chute et sa tête heurte violemment une grosse pierre. Elle perd connaissance. Quand Soha revient à elle, elle est à l’hôpital entourée de son père, de son frère et de son fiancé. Mais elle découvre en même temps qu’elle a perdu la vue. Toute la famille est bouleversée. Quand elle retourne chez elle, son père et sa nourrice lui manifestent toute l’affection dont ils sont capables. Mais elle aimerait avoir aussi auprès d’elle son fiancé Essam. Elle téléphone chez ses parents mais elle comprend qu’il a décidé de rompre…

Notre avis : « Le Soleil de Minuit » est le premier film que réalise Hussein Helmy El Mohandes. Il a déjà 39 ans et une longue carrière de scénariste derrière lui. On dit qu’il fut le découvreur de Zubaïda Tharwat, l‘actrice principale de ce film. Celle-ci apparaît pour la première fois à l’écran en 1956 mais sa carrière débute vraiment en 1957, alors qu’elle a 17 ans. Les quatre films dans lesquels elle joue avant « Le Soleil de Minuit » ont tous été écrits par Hussein Helmy El Mohandes. Ce dernier serait-il passé à la réalisation pour sa petite protégée ? On peut légitimement se poser la question. Ce premier film est un mélodrame lacrymal qui accumule dans sa première partie tous les poncifs du genre. On constatera quelques similitudes avec « Le Petit Ange », écrit aussi par Hussein Helmy El Mohandes et réalisé par Kamal El Sheikh en 1957. Zubaïda Tharwat y joue déjà une jeune adolescente que le destin accable et qui bouleverse son entourage par son courage et sa générosité. Hussein Riad joue exactement le même rôle dans les deux films : dans celui de 1957, il est le grand-papa qui pleure et dans celui de 1959, il est le papa qui pleure (Hussein Riad a toujours eu la larme facile. Pourtant ce n’est pas dans ce registre qu’il est le meilleur, tant s’en faut.*). Si « Le Petit Ange » était d’une insupportable mièvrerie, ce « Soleil de Minuit » nous semble nettement plus réussi, notamment la seconde partie qui narre l’affrontement entre l’ancien fiancé de l’héroïne, violent et sans scrupule et le jeune médecin qui veut tout tenter pour qu’elle recouvre la vue. Ces deux personnages sont joués par deux grands acteurs terriblement doués, Youssef Fakh El Din et Kamal El Shennawi. A noter qu’en cette même année 1959, Kamal El Shennawi et Zubaïda Tharwat triomphent dans l’excellent « Elle vécut pour l’amour » d’El Sayed Bedeir.

* Dans ce style « larmes et reniflements », Hussein Riad se surpasse dans « Rendez-vous avec la vie » d’Ezzel Dine Zulficar (1953). Il y incarne un médecin dont la fille unique est atteinte d’une maladie incurable.


Sous le Ciel de la Ville (Tahta Samaa Almadina, 1961)
avec Iman (Soad), Samia Roshdy (la mère de Soad), Kamal El Shennawy (Ahmed Kamal), Hussein Riad (Amin Azmy), Zouzou Chakib (Fayqa), Sherin (Bassima), Fatheia Chahine (Sharifa), Nahed Sharif (Layla), Tawfiq El Deken (Wahid), Amira Amir (Mona Hassan), Abdel Hamid Badawy (le portier), Abdel Moneim Basiony (Hamed), Nagwa Fouad (la danseuse), Mohamed Abdel Moteleb (le chanteur), Dalal (la chanteuse)
Scénario : Hussein Helmy El Mohandes
Musique : Abdel Azim Abdelhaqq


Drame social. Histoires croisées de trois femmes. Soad a épousé un jeune avocat réputé pour son honnêteté, une qualité qu’elle considère comme un frein à son ambition. Elle finit par le quitter. Bassima a été chassée de chez elle par son beau-père. Elle est recueillie par un couple de proxénètes qui va la forcer à se prostituer. Et enfin, Mona qui a été abandonnée par son amant, un homme d’affaires corrompu. Elle se retrouve dans la maison de passe que dirige Bassima pour le compte de ses deux « employeurs ».


Moi et mes filles (Ana wa banati, 1961)
avec Abdel Moneim Ibrahim (Fahmy), Salah Zulficar (Samir), Zahrat Al Oula (Mervat), Nahed Sharif (Maysa), Fathia Chahine (propriétaire de la boutique de mode), Fayza Ahmed (Mahasin), Amal Farid (Mona), Zaki Rostom (Mahmoud Abdel Fatah), Samia Roshdy (la mère d’Hamza), Ali Kamal (Gaber), Ahmed Bali (un ami de Mahmoud), Abdel Ghani El Nagdi (Hamza)
Scénario : Hussein Helmy El Mohandes
Musique : Attya Sharara, Ibrahim Haggag, Mohamed Al Mogi


Drame. Mahmoud Abdel Fatah est veuf et il élève seul ses quatre grandes filles : Mervat, Maysa, Mahasin, Mona. Il leur a donné une excellente éducation mais il n’a pas les moyens de financer leur futur mariage. La situation se complique quand il est mis brutalement à la retraite. Sur les conseils d’une relation, il investit toutes ses économies dans une société qui pourra lui faire gagner beaucoup d’argent. Il voit enfin l’avenir avec un certain optimisme. Las ! En se rendant au siège de la société, il s’aperçoit qu’elle a déménagé sans laisser d’adresse : il a été joué par des escrocs qui ont disparu avec son argent ! Il a un malaise et chute dans l’escalier. Il est hospitalisé. Désormais, ses quatre filles devront affronter seules les difficultés de la vie…

Notre avis : la chronique familiale est dans le cinéma égyptien un genre en soi. Nous retrouvons dans « Moi et mes filles tous les ingrédients qui ont fait le succès de ces productions. Le fil narratif est toujours à peu près le même : une famille nombreuse qui autrefois a connu l’aisance doit affronter des difficultés de toutes sortes, ce qui conduit certains de ses membres à faire des choix malheureux. Comme toujours, Zaki Rostom excelle dans ces rôles de patriarches qui vacillent sous les coups du destin. Mais l’intérêt du film repose essentiellement sur le très attachant quatuor formé par les quatre filles. Les deux plus jeunes actrices, Nahed Sharif et Amal Farid, sont d’une spontanéité et d’une justesses rares (Nahed Sharif était une excellente actrice et il est tout à fait regrettable que les producteurs, les critiques et le public n’aient voulu voir en elle que la petite pin-up sexy pour comédies vulgaires.). En revanche, Fayza Ahmed constitue le « maillon faible » de « Moi et mes filles » : si elle sait chanter, elle ne sait absolument pas jouer la comédie. Ce n’est sans doute pas un hasard si ce film est le denier dans lequel on lui a confié un rôle. Dans les suivants, elle se contentera de chanter.