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mardi 30 juin 2026

Danse : Kitty Fotsaty (Voutsaki), 1949

كيتى فوتساتى







Voici la danseuse d'origine grecque Kitty dans l'un de ses tout premiers films, Monsieur Al Masry réalisé en 1949 par Hussein Sedky avec dans les rôles principaux lui-même, Madiha Yousri et Ismael Yassin. Ce dernier deviendra le roi de la comédie dans les années cinquante et il entraînera dans son sillage Kitty qui multipliera les participations à ses côtés comme danseuse mais aussi comme actrice. 

Kitty a commencé à se produire très jeune dans les cabarets d'Alexandrie. En 1946, elle et sa famille s'installe au Caire. Elle est aussitôt remarquée par le réalisateur Abdel Fattah Hassan qui l'engage pour son film "Jalousie' (Al Ghira).
En 1948, Kitty rejoint la célèbre Badia Masabni au mythique Casino Opera House qui a vu défiler toutes les plus grandes danseuses de l'époque. Dans un premier temps, la directrice de l'établissement lui confie uniquement l'exécution des danses européennes mais très vite, impressionnée par son talent, elle laissera la jeune grecque se produire comme danseuse orientale à part entière et le succès sera considérable. C'est ainsi que pendant des années, Kitty ménera une double carrière, à la fois sur la scène du Casino Opera House et sur les plateaux de cinéma, déployant toujours une énergie et une joie de vivre qui raviront le public.
Monsieur Al Masry est un mélodrame dans lequel le malheur s'abat sans relâche sur tous les membres d'une famille. Kitty apparaît dans la dernière partie du film.

vendredi 29 mai 2026

Sur la Scène de la Vie (Ala Masrah Al Hayat, 1942)

على مسرح الحياة
إخراج : أحمد بدرخان





















Ahmed badrakhan a réalisé Sur la Scène de la Vie en 1942
Distribution : Hussein Riad (Rushdy Kamal), Rawheya Khaled (Wafia, la belle-sœur de Rushdy), Zeinab Sedky (Ramzia, la femme de Rushdy), Ferdoos Mohamed (la belle-mère de Rushdy), Anwar Wagdi (Amin), Mohamed Attiah (le docteur Raouf), Thuraya Fakhry (la mère d’Amin), Soad Zaki (la danseuse Riri), Mahmoud Ismaïl ( un ami d’Amin), Mohamed Ibrahim (Mourad Bey), Mary Kafoury (une enseignante), Sophie Dimitri (une enseignante), Amina Sherif (Saadia), Soad Ahmed (la directrice)
Scénario : Hassan Helmy, Abbas Younes, Sayed Kassab, Abdel Hamdy Hamid, Ahmed Badrakhan
Musique et chansons : Farid Ghosn, Abdel Halim Ali, Ibrahim Fawzy, Bayram El Tunsi, Abdel Aziz Salam, Saleh Gawdat, Mohamed El Kahlawy, Abdul Hamid Tawfiq Zaki
Production : studios Misr

Rawheya Khaled


Hussein Riad






Rawheya Khaled et Hussein Riad



Zeinab Sedky








Rawheya Khaled et Hussein Riad

















Résumé

Drame. Rushdy Kamal est un homme engagé qui souhaite œuvrer pour le bien de la société. Il posséde un journal et dirige un orphelinat. Il vit dans une immense demeure avec sa femme, Ramzia, sa jeune belle-sœur, Wafia, et sa belle-mère. Toute la famille est dans une grande agitation car c’est le jour du mariage de Wafia. Elle doit épouser Amin. 
Ce garçon est en fait un bon à rien qui a dilapidé la fortune de son père dans les plaisirs auxquels il s’adonne sans compter avec toute une bande d’amis. Il a une maîtresse qui le convainc de ne pas épouser Wafia. Alors qu’on n’attend plus que lui pour débuter la cérémonie, il téléphone à sa mère pour dire qu’il ne peut pas se marier car il prétend  que sa fiancée est atteinte de la tuberculose. Le mariage est annulé. 
Pensant être réellement malade, Wafia tente de mettre fin à ses jours mais grâce à l'intervention rapide de ses proches, les médecins parviennent à la sauver. Pour la rassurer, on lui fait passer une radio des poumons qui prouve qu'elle est en parfaite santé. Wafia retrouve se vie d'autrefois entre sa soeur, son beau-frère et sa mère mais elle  reste accablée par une profonde dépression. 
Pour essayer de lui redonner goût à la vie, la femme de Rushdy a une idée : elle souhaiterait que son mari s’occupe de sa sœur comme s’il était son chevalier servant, qu’il sorte avec elle, qu’ils fassent ensemble les activités les plus diverses. Au début très réticent, Rushdy finit par accepter. 
Au fil de leurs sorties en amoureux, l'homme se sent de plus en plus attiré par sa belle-soeur et un soir il s'embrassent dans son bureau. Par la porte entrouverte, Ramzia a été témoin de ce baiser et elle comprend qu'elle a commis une grave erreur en resserrant les liens entre son mari et sa soeur. Elle décide de quitter le domaine pour s'installer au Caire avec Rushdy. Ce dernier est désespéré de vivre loin de celle qu'il aime. Il reprend ses activités mais le coeur n'y est plus. 
Peu après, le docteur Raouf qui avait soigné Wafia lors de sa tentative de suicide demande celle-ci en mariage. Elle refuse car elle aime toujours Rushdy. Pour la convaincre d'accepter la proposition du médecin, sa soeur lui révèle que l'amour que lui portait Rushdy était fictif, que c'était elle, Ramzia,  qui avait incité son mari à jouer l'amoureux auprès d'elle afin de l'aider à retrouver goût à la vie. Wafia est terrassée par ces révélations, elle consent à épouser le docteur Raouf. 
Le jour des noces, alors qu'elle veut rejoindre Rushdy qui s'était isolé pendant la fête, elle chute de la terrasse et se tue. Rushdy est fou de désespoir. Après une entrevue tendue avec sa femme, il décide de partir sur la côte et s'installe dans un hôtel en laissant la conduite de ses affaires à ses collaborateurs. 
La seconde guerre mondiale vient de commencer. Des avions sillonnent le ciel égyptien et bombardent villes et villages. Rushdy en profite pour faire croire qu'il a péri lors de l'un de ces bombardements en glissant ses papiers dans les vêtements d'un cadavre. Il retourne incgnito au Caire et abat Amin, l'homme qui avait abandonné Wafia le jour de ses noces. 
Il disparaît à nouveau et reparaît deux ans plus tard pour assister à une cérémonie dans son orphelinat en hommage à son action. Il est devenu méconnaissable et quand il tente d'entrer dans l'établissement, il est repoussé sans ménagement. Alors qu'on s'apprête à dévoiler une statue à son effigie, Rushdy croit voir dans le ciel Wafia en robe de mariée. Il traverse la rue sans voir la voiture qui fonce vers lui. La collision est inévitable. Il meurt sur le coup.



Critique

Un mélodrame très original bien qu’il reprenne tous les codes du genre. On y retrouve tous les ingrédients traditionnels : la trahison, la maladie, la passion sans espoir, la déchéance, la guerre et la mort. Comme il se doit, l’intrigue met face à face deux figures masculine antithétiques : d’un côté, l’homme de bien, respecté, engagé dans une œuvre caritative et à qui tout semble réussir ; de l’autre, un noceur qui dilapide son argent dans les cabarets. Cette dualité, assez classique, sert pourtant de tremplin à un élément autrement plus audacieux.

Car l’étrangeté du film — et ce qui en fait toute la singularité — tient à l’attitude de l’épouse de l’homme de bien. C’est elle qui pousse son mari à courtiser sa propre sœur abandonnée par son fiancé pour lui redonner goût à la vie. Elle lui demande littéralement de jouer les soupirants. Le mari, d’abord réticent, finit par obéir. Et l’inévitable se produit : les deux parents tombent réellement amoureux. L’épouse assiste même à leur premier baiser dans le bureau — l’un des baisers les plus sensuels du cinéma égyptien, d’une ardeur inattendue de la part de l’acteur Hussein Riad.

La réussite du film repose d’ailleurs en grande partie sur lui. C’est sans doute l’un de ses plus grands rôles : d’abord homme respectable, vénéré de tous, puis amant fervent, prêt à renoncer sans hésiter à tout ce qui a fait sa vie pour rester fidèle à son cœur. Sa métamorphose est d’autant plus saisissante que son physique de cadi provincial semble à mille lieues du héros romantique que campait si souvent Hamid Hamdy. Ce décalage crée une émotion rare, amplifiée par la présence de la partenaire d’Hussein Riad, la sublime Rawheya Khaled, fragile et frémissante comme un oiseau blessé.

« Sur la scène de la vie » est un titre parfaitement choisi : celui d’un homme qui, brusquement, cesse de jouer la comédie sociale dans laquelle il excellait pour assumer sa vérité profonde — l’amour absolu qu’il porte à sa belle-sœur.

Court, intense, d’une audace morale qui surprend encore aujourd’hui, ce film demeure un objet singulier, presque scandaleux, et profondément émouvant.

appréciation : 4/5
****

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

samedi 1 novembre 2025

Cléopâtre

كليوباترا


Taheya Carioca en Cléopâtre 
dans la comédie J'aime les Erreurs d'Hussein Fawzy (1942)






Depuis juin 2025, l’Institut du Monde Arabe consacre une exposition à Cléopâtre, dernière souveraine d’Égypte. Intitulée « Le Mystère Cléopâtre », cette manifestation explore les multiples facettes d’une figure historique dont la légende, tissée de faits et de fictions, continue de captiver plus de deux millénaires après sa disparition.

Le cinéma s’est très tôt emparé de ce mythe. Dès 1899, Georges Méliès réalise un court-métrage de deux minutes évoquant la reine égyptienne. Parmi les œuvres marquantes qui lui sont consacrées, citons La Reine des Césars (1917) de J. Gordon Edwards, avec Theda Bara, premier sex-symbol du grand écran ; Cleopatra (1934) de Cecil B. DeMille, portée par la flamboyante Claudette Colbert ; et bien sûr le somptueux Cleopatra (1963) de Joseph L. Mankiewicz, où Elisabeth Taylor incarne une Cléopâtre inoubliable et devient l’archétype de la reine d’Égypte pour des générations de spectateurs.

Paradoxalement, le cinéma égyptien s’est peu intéressé à cette figure pourtant emblématique. Peut-être jugeait-on que cette souveraine, jalouse de son pouvoir et farouchement libre dans ses amours, heurtait de manière trop provoquante les normes morales traditionnelles. Pourtant, le cinéma égyptien de l’âge d’or n’a pas hésité à mettre en lumière des héroïnes audacieuses, affirmant leurs désirs face aux hommes. Il est plus probable que des raisons économiques aient freiné les ambitions : les péplums exigent des budgets colossaux. Rappelons que le Cleopatra de Mankiewicz a failli précipiter la 20th Century Fox dans la faillite.

Il existe néanmoins une Cléopâtre égyptienne, réalisée en 1943 par Ibrahim Lama, aujourd’hui malheureusement perdue. En guise de consolation, on peut se tourner vers la comédie J’aime les Erreurs (1942) d’Hussein Fawzy. Ce film ne raconte pas directement la vie de Cléopâtre, mais suit l’ascension d’une jeune actrice, incarnée par Taheya Carioca, qui accède à la célébrité en jouant le rôle de la maîtresse de César et de Marc-Antoine. Une séquence mémorable montre la projection du film dans le film : une dizaine de minutes muettes, avec accompagnement musical, où l’on assiste aux dernières péripéties de l’existence de Cléopâtre. Le charisme, la beauté et le jeu de Taheya Carioca y sont éclatants, à la hauteur des plus grandes actrices ayant incarné la reine. On ne peut s’empêcher de regretter qu’aucun cinéaste n’ait songé à lui confier le rôle principal dans une véritable fresque dédiée à Cléopâtre.

 

 

mercredi 15 octobre 2025

J’aime les erreurs (Uhibu alghalt, 1942)

أحب الغلط
إخراج : حسين فوزي













Hussein Fawzi a réalisé J'aime les erreurs  en 1942.
Distribution : Taheya Carioca (Badawya), Hussein Sidqi (docteur Alawi), Fouad Shafik (le cinéaste Rifqi), Ferdoos Mohamed (la mère de Badawya), Anwar Wagdi (Mamdouh, le frère de lait de Badawya), Amina Sherif (Nahed, la fiancée de Mamdouh), Ismail Yassin (Hassouneh, l’assistant de Rifqi), Menassa Fahmy (Shawkat Pacha), Gina (danseuse), Amal Hussein (chanteuse)
Scénario : Hussein Fawzy
Dialogues : Badie Khairy
Paroles des chansons : Abdel Halim Noweira, Abdel Aziz Salam, Bayram Al Tunisi
Musique : Farid Ghosn, Abdel Halim Noweira
Production : Emile Yazbek

Taheya Carioca et Hussein Sidqi



Ismaïl Yassin



Fouad Shafik



Ismaïl Yassin, Ferdoos Mohamed, Taheya Carioca



Taheya Carioca



Taheya Carioca et Hussein Sidqi



Taheya Carioca et Hussein SIdqi



Anwar Wagdi et Ferdoos Mohamed
















Résumé

Badawya est une jeune danseuse et chanteuse qui rêve de gloire. Quand elle apprend que le cinéaste Rifqi cherche une nouvelle artiste pour incarner Cléopâtre dans son prochain film, elle décide de se rendre chez lui. Au bas de l’immeuble, elle croise un homme avec qui elle a une violente altercation. Elle finit même par jeter des pierres sur la voiture de l’individu et le pare-brise éclate en mille morceaux. Elle ne sait pas que cet homme, c’est justement Rifqi. Après cet incident, elle entre dans l’immeuble et s’introduit dans l’appartement du jeune docteur Alawi. Croyant être en présence du cinéaste, elle chante et danse devant lui. Son spectateur manifeste bruyamment son admiration mais l’informe de son erreur. Il accepte néanmoins de la conduire au studio où travaille Rifqi. Quand ce dernier voit son agresseuse, il la chasse aussitôt. Qu’à cela ne tienne : sur les conseils d’Alawi, Badawya improvise un spectacle dans la rue. Sa voix et sa danse captivent les passants — et finissent par convaincre Rifqi. Elle sera sa Cléopâtre. Badawya se rend aussitôt chez elle pour annoncer à sa famille la bonne nouvelle : sa mère ainsi que Mamdouh, son frère de lait et Nahed, sa fiancée, sont ravis pour elle.

Dès le lendemain matin, l’assistant de Rifqi vient chercher Badawya pour la conduire au studio où elle doit commencer à répéter les chansons et les danses du film. Malgré ces longues séances de travail, la jeune artiste continue à voir Alawi et ils sont tombés amoureux l’un de l’autre. Le film sort enfin et c’est un triomphe. Badawya est devenue une star. Alawi, plus épris que jamais, la demande en mariage. Mais le père du jeune homme est un aristocrate qui ne plaisante pas avec l’honneur. Il refuse que son fils épouse une danseuse. Il fait irruption chez celui-ci et menace de le déshériter. Alawi refuse de céder à la volonté de son père. Ce dernier sort furieux de l’appartement et s’effondre dans la cage d’escalier, victime d’un malaise cardiaque. Au même instant, Rifqi et Badawya entrent dans l’immeuble et découvrent le vieil homme. Ils le transportent chez le cinéaste sans savoir qui il est. Badawya est restée au chevet du vieil homme jusqu’à ce qu’il se rétablisse. Le Pacha n’a pas caché toute la gratitude qu’il éprouvait pour son « infirmière ». Il avoue qu’il aurait aimé que son fils épouse une femme comme elle mais malheureusement, celui-ci s’est entiché d’une mauvaise femme, une danseuse qui fait du cinéma. Ces déclarations mettent dans l’embarras Rifqi et Badawya, et quand le vieillard les quitte, la jeune femme est atterrée. Elle décide de rompre avec Alawi.

Pour cela, elle lui fait croire qu’elle flirte avec Mamdouh, son frère de lait. Le jeune médecin ignore leur parenté et il est convaincu qu’ils ont entamé une liaison amoureuse. Et quand il les surprend dans un cabaret en train de filer le parfait amour, il devient fou de rage. Il gifle son ex fiancée et assomme son prétendu rival. Par la suite, Alawi sombre dans l’alcool puis se résigne à retourner dans le domaine de son père. C’est alors que Rifqi et Badawya s’installent dans une propriété voisine de celle du pacha pour tourner un nouveau film. La presse annonce ce nouveau tournage et c’est ainsi que le père d’Alawi découvre que la jeune femme qui l’a sauvé et la danseuse aimée par son fils sont une seule et même personne. Conscient de son erreur, Il décide d’inviter Badawya et ses amis chez lui. Pour faire une surprise à Alawi, ils arrivent tous déguisés et révèlent les uns après les autres leur véritable identité. Réconciliation générale.


Critique

 Ce long-métrage est le deuxième d’Hussein Fawzi et il n’est pas encore le maître de la comédie musicale qu’il deviendra quelques années plus tard aux côtés des deux grandes artistes Sabah et Naïma Akef. Ici, la vedette féminine, c’est Taheya Carioca, danseuse de grand talent qui se révèlera au fil des tournages une actrice exceptionnelle. Après celui-ci, elle jouera sous la direction d’Hussein Fawzi dans trois autres films, en 1944 et 1945, puis dans un tout dernier en 1961.

Hussein Fawzi aime les actrices et les acteurs, la danse et le chant, la comédie et le mélodrame, bref le spectacle. Ce film le prouve à maintes reprises et notamment dans l’une des séquences les plus réussies, celle où l’héroïne incarnée par Taheya Carioca tourne un péplum évoquant les derniers épisodes de la vie de Cléopâtre. Dans cette séquence muette et entièrement dansée, Taheya Carioca incarne la reine d’Egypte avec une aura qui la hisse au niveau des autres grandes stars qui ont endossé ce rôle mythique, avant elle ou après elle. Malheureusement, « J’aime les Erreurs » révèle bien des insuffisances et on se dit que ce titre ne vaut pas que pour l’héroïne.

D’abord, le scénario manque singulièrement de rigueur : il multiplie les quiproquos et les hasards heureux, sans aucun souci de vraisemblance. Mais le plus gênant, c’est certainement l’interprétation de Taheya Carioca, mise à part sa magnifique prestation en Cléopâtre. Diction traînante, élocution trop appuyée, absence de naturel… autant de défauts étonnants chez une actrice qui nous a si souvent montré combien elle savait jouer juste, se gardant de toute emphase. Un problème de direction d’acteurs ?

L’histoire d’amour impossible entre la vedette de cinéma d’origine modeste et le jeune médecin de bonne famille est bien trop conventionnelle pour nous émouvoir. En revanche, nous avons beaucoup apprécié l’hommage au cinéma à travers la reconstitution d’un tournage avec ses techniciens, ses vedettes et ses figurants. Le duo comique formé par Fouad Shafik en réalisateur exalté, et Ismaël Yassin en assistant zélé, apporte une énergie burlesque qui à nos yeux sauve le film.

On est frappé enfin par la splendeur des images. Rien d’étonnant à cela, le chef opérateur est Ahmed Khorshed que l’on retrouve au générique d’un grand nombre de classiques du cinéma égyptien. Un maître de la photographie ! Nous ne le répéterons jamais assez : le pouvoir de fascination du cinéma égyptien de l’âge d’or repose en très grande partie dans l’incroyable talent de ses chefs opérateurs.

Appréciation : 3/5
***

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

lundi 30 octobre 2023

Danse : Naïma Akef, 1949

نعيمة عاكف




Naïma Akef (1929-1966) fait sa première apparition à l'écran comme danseuse en 1949. C'est dans le film d'Ahmed Kamel Morsi, La Maîtresse de Maison avec dans les rôles principaux, Faten Hamama et Imad Hamdi. Elle y danse à deux reprises pour accompagner le chanteur Abdel Aziz Mahmoud. La semaine qui suit la sortie de ce film, sort Pain et Sel d'Hussein Fawzi et dans cette comédie, c'est Naïma Akef elle-même qui tient le rôle principal.

mercredi 31 mai 2023

La Rue du Polichinelle (Share'e Al-Bahlawan, 1949)

شارع البهلوان
إخراج : صلاح ابو سيف


Salah Abou Seif a réalisé La Rue du Polichinelle en 1949.

Distribution : Camilia (Amina Shawkat), Kamal El Shennawi (Saïd), Lola Sedky (Mervat), Hassan Fayek (Kamel), Ismail Yassin (Khamis), Zinat Sedki (Zahira), Abdel Hamid Zaki (Ibrahim), Elias Moadab (le propriétaire de l’appartement), Hassan Kamel (le médecin), Gracia Qassin (la tante de Saïd), Mohamed Abu El Saoud (le chef cuisinier), Abdel Moneim Ismail (le policier), Hosna Solomon (la servante), Aly Abd El Al (l’amoureux d’Amina)
Scénario : Salah Abou Seif, Ali El-Zorkani, Abdel Halim Morsy
Musique : Fathy Qoura, Mohamed Hassan Al Shugai
Production : les films Gabriel Talhami

Lola Sedky



Kamal Al Shennawi et Camilia



Kamal Al Shennawi et Camilia



Kamal Al Shennawi et Hassan Fayek



Zinat Sedky et Shafiq Nour El Din



Ali Abd El Al et Kamal Al Shennawi



Abdel Hamid Zaki et Hassan Fayek



Gracia Qassin



Ismaïl Yassin et Hosna Suliman

















Résumé

   Saïd, Kamel et Ibrahim sont trois amis qui dirigent ensemble une grande entreprise. L’histoire commence le jour du mariage d’Ibrahim avec une jeune femme prénommée Mervat. Saïd et sa jeune épouse Amina se préparent pour la cérémonie. Comme d’habitude, la tension est extrême entre les deux époux à cause de la jalousie féroce du mari. Ce dernier reproche à sa femme de tout faire pour susciter le désir des autres hommes en portant des tenues provocantes. Pour ne rien arranger, la vieille tante de Saïd vit avec eux et celle-ci n’a qu’un objectif : inciter son neveu à divorcer pour qu’il épouse sa fille.

Pendant ce temps là, la cérémonie nuptiale a commencé. Kamel est déjà là avec sa femme Zahira, une artiste peintre au caractère bien trempé. Quand il découvre Mervat, l’épouse de son ami Ibrahim, il en tombe instantanément amoureux et ne s’en cache pas, mettant dans l’embarras la jeune femme. Arrivent enfin Saïd et Amina. Immédiatement, cette dernière attire le regard des hommes présents et suscite leurs commentaires flatteurs. Très vite, un certain nombre d’invités fait cercle autour d’elle. Saïd, fou de rage, se jette sur les admirateurs de sa femme. La bagarre est générale.

Peu de temps après, Saïd pense avoir trouvé le moyen infaillible de surveiller sa femme. Kamel a des dons d’hypnotiseur et il a plongé dans un sommeil profond un acolyte qui ainsi peut suivre en esprit les faits et gestes d’Amina. Le compte-rendu de l’hypnotisé est sans ambiguïté : Saïd a un rival ! Sans attendre, l’infortuné rentre chez lui et évidemment Amina ne s’y trouve pas. Quand elle rentre, la crise est terrible mais Saïd finira par comprendre qu’il s’est trompé. Malheureusement le jaloux devra affronter une autre épreuve : encouragée par Zahira et Mervat, Amina se présentera à un concours de beauté et sera élue reine de l’année. Un magazine publiera même sa photo en première page !

Mais revenons aux deux autres couples. Les nouveaux mariés se sont rendus chez Kamel et Zahira car Ibrahim souhaite que la femme de son ami fasse un portrait de Mervat. Quand Kamel découvre celle-ci posant en maillot de bain dans l’atelier de sa femme, il n’y tient plus : il faut qu’elle devienne sa maîtresse. Pour cela, il a une idée : il va lui envoyer une lettre d’amour mais pour ne pas être démasqué, il demande à Saïd de la recopier et de la signer sous un faux nom sans lui révéler que c’est pour la femme de leur ami. Saïd entrevoit une nouvelle occasion de tester sa propre femme : il lui enverra la lettre originale écrite de la main de Kamel. Pour parfaire leur plan, les deux amis décident de louer un appartement qui sera l’adresse d’Hassan Al-Muhallab, l’auteur fictif de la double déclaration d’amour. 

Comme Kamel l’espérait, Mervat est touchée par la lettre et elle accepte un rendez-vous dans l’appartement. En revanche, Amina n’est pas du tout séduite et elle n’hésite pas à se confier à Zahira en lui montrant ce qu’elle reçoit. L’artiste peintre reconnaît l’écriture de son mari. Elle veut le confondre et demande à Amina de l’accompagner à l’adresse indiquée sur la lettre.

C’est ainsi que tout le monde va se retrouver dans l’appartement, soit pour y débuter une relation adultère, soit pour y surprendre les conjoints infidèles. Pour Ibrahim qui est venu comme témoin à la requête de Saïd, la découverte de sa femme dans cette garçonnière est une cruelle désillusion, lui qui croyait avoir une épouse soumise et vertueuse. Kamel qui était arrivé les bras chargé de cadeaux peut difficilement cacher la raison véritable de sa présence ici et il va lui falloir subir l’ire de sa femme. En revanche, tout est bien qui finit bien pour Saïd et Amina : Saïd est définitivement convaincu de l’amour et de la fidélité de celle qui partage sa vie.

............

A propos du tournage de ce film, on retrouve dans moult publications, une anecdote très célèbre impliquant Camilia et Kamal Al Shennawi, les deux vedettes de cette comédie. Ce serait le réalisateur lui-même qui l’aurait révélé dans un entretien ou peut-être dans un récit (Je n’ai pas pu vérifier.) Salah Abou Seif raconte qu’il s’apprête à tourner une scène dans laquelle les deux acteurs doivent s’embrasser de manière passionnée. Malheureusement, Kamal Al Shennawi refuse de jouer car c’est le mois du Ramadan et il est impensable pour lui d’embrasser sa partenaire, du moins avant l’iftar. Salah Abou Seif devra déployer des trésors de diplomatie pour convaincre le jeune premier de tourner la scène. Entretemps, Camilia a appris que Kamal Al Shennawi ne veut pas l’embrasser et elle le prend très mal, refusant à son tour de jouer. La scène se fait enfin et, aux dires du réalisateur lui-même, ce baiser fut l’un des plus beaux qu’il ait tourné, un baiser d’une telle fougue et d’une telle sensualité que les censeurs ne manquèrent pas de s’en émouvoir.




Critique

Salah Abou Seif est surtout connu pour ses drames réalistes. Cette Rue du Polichinelle est l’une de ses rares comédies parmi lesquelles on trouve tout de même l’un de ses chefs d’œuvre Entre Ciel et Terre qui date de 1959.

Ce film de 1949 est bien dans l’air du temps . A la fin de ces années 40, la mode est à la comédie légère et brillante à la manière du grand maître du genre, Helmy Rafla. Et l’une des vedettes que l’on retrouve dans bon nombre de ces productions, c’est la délicieuse Camilia. Cette dernière fait ses premiers pas au cinéma en 1947 et elle devient une star en 1949, un statut dont elle jouira très brièvement puisqu’elle mourra tragiquement en 1950 dans un accident d’avion. En quelques années, elle va tourner avec les cinéastes les plus renommés : Hussein Fawzi, Niazi Mostafa, Helmy Rafla, Ezzel Dine Zulficar et donc Salah Abou Seif. Une question nous vient à l’esprit : ce dernier a-t-il choisi Camilia parce qu’il allait tourner une comédie ou choisit-il de faire une comédie parce qu’il veut (doit ?) tourner avec Camilia ? Dans tous les cas il se lance dans l’aventure avec la détermination et avec la rigueur qui le caractérise.

Salah Abou Seif et ses scénaristes ont certainement beaucoup étudié les vaudevilles français du XIXe siècle où se succèdent les quiproquos et les situations les plus farfelus. Cette dimension théâtrale est clairement revendiquée : ce film a été tourné exclusivement en intérieur à l’exception d’une scène. Aucun procédé du vaudeville n’est oublié : on retrouve le rythme effréné des actions, les traditionnels jeux de cache-cache d’une pièce à l’autre, la minutie dans le réglage du mouvement afin que tous les effets fassent mouche. On retrouve aussi la satire du monde bourgeois avec sa galerie de personnages haut en couleur, maîtres ou valets. Certains se livrent avec plus ou moins de succès à l’adultère (dans le rôle du bourgeois à la recherche d’une bonne fortune, Hassan Fayek est inégalable.), d’autres défendent sans relâche la vertu assiégée de leurs épouses (l’excellent Kamal Al Shennawi qui d’ordinaire joue plutôt les amants.). Et comme il se doit, un personnage féminin en dessous affriolants sera surpris dans une situation très compromettante (Ici, c’est Lola Sedki qui s’y colle et elle est épatante !). En fait cette Rue du Polichinelle se présente comme l’équivalent égyptien de l’Hôtel du Libre Echange de Georges Feydeau. On notera enfin le caractère très féministe du film : tous les hommes sont dépeints de manière ridicule et ceux qui ont voulu attenter à la liberté de leurs femmes sont sévèrement punis.

Bref, La Rue du Polichinelle est une comédie irrésistible qui n’a aucunement vieilli.

Appréciation : 5/5
*****

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

vendredi 12 mai 2023

Elle possède quelques sous (Sahibat al Malalim, 1949)

صاحبة الملاليم
إخراج : عز الدين ذو الفقار











Ezzel Dine Zulficar a réalisé Elle Possède Quelques Sous en 1949.

Distribution : Mohamed Fawzy (Samir), Camilia (Siham), Shadia (Nabila), Ismail Yassin (Antar, un des serveurs de l'hôtel), Thuraya Helmy (Sonia), Salah Nazmi (Kamal), Mohamed Abdel Qodos (le père de Kamal), Hind Rostom (Fawaki, la rivale de Siham), Nelly Mazlom (danseuse), Abdel Hamid Zaki (le domestique), Abdel Aziz Hamdy (Sabat Effendi)
Scénario : Youssef Gohar, Ezzel Dine Zulficar
Musique : Mohamed Fawzy, Mamoun Al Shinnawi, Abdel Aziz Salam, Mostafa Al Sayed
Production : Raymond Kourba

Camilia et Mohamed Fawzi





Camilia



Shadia



Ismaël Yassin



Mohamed Abdel Qodos



Thuraya Helmy



Camilia et Salah Nazmi

















Résumé

Siham, Nabila et Sonia sont trois sœurs orphelines. Leur oncle décède et leur laisse pour tout héritage 500 livres. Elles réfléchissent à comment utiliser au mieux cette somme pour obtenir ce dont elles rêvent : un mariage avec un jeune homme riche. Elles se rendent à Alexandrie et s’installent dans un hôtel luxueux fréquenté par des millionnaires. Siham se fait passer pour une riche héritière en villégiature qui est accompagnée de sa secrétaire, en fait Nabila, et de sa femme de chambre, en réalité Sonia. Siham ne tarde pas à rencontrer un homme comme elle le souhaite. Il s’appelle Samir. De son côté, Nabila a jeté son dévolu sur Kamal, le fils du Pacha Adham. Quant à Sonia, elle sympathise avec Antar, l’un des serveurs de l’hôtel. Malheureusement pour les trois sœurs, la suite des événements va offrir à chacune d’elles son lot de désillusions. Nabila comprend très vite qu’elle n’intéresse pas Kamal. Ce dernier est très attiré par Siham et il se pose en rival de son ami Samir. Le bonheur de Siham est aussi de courte durée : Samir lui avoue que sa situation financière est peu reluisante et qu’il doit trouver au plus vite une épouse fortunée. Siham lui révèle alors qu’elle n’a pas un sou. Samir se détourne aussitôt d’elle pour courtiser la fille d’un très riche marchand d’Alexandrie. De son côté, Siham se rapproche de Kamal et accepte de se fiancer avec lui. Pour Sonia aussi la situation se complique : Antar a appris la condition réelle des trois sœurs et il est offusqué qu’elles aient pu ainsi mentir. Il est hors de lui et menace de les dénoncer. Heureusement, les trois filles doivent quitter immédiatement l’hôtel. En effet, Kamal a décidé de se rendre chez son père avec sa fiancée qui tout naturellement vient accompagnée de sa secrétaire et de sa femme de chambre. Dans la maison du pacha, ils retrouvent Samir et Antar. Le père de Kamal est un homme aux idées larges et il accueille avec bienveillance tous ces jeunes gens. En fait, malgré leurs nouveaux engagements respectifs, Siham et Samir sont restés amoureux l’un de l’autre et ils finissent par se l’avouer. Alors qu’ils s’embrassent dans l’un des salons de la demeure, Kamal entre et les surprend. Loin de s’en offusquer, le fils du Pacha ne cache pas sa satisfaction. Il a eu une longue conversation avec Nabila et il a compris que c’était elle qu’il voulait épouser. Pour ne pas être en reste, Antar et Sonia se réconcilient. Les trois couples peuvent rentrer à Alexandrie, la joie au cœur !


Critique

Ezzel Dine Zulficar fut l’un des réalisateurs les plus doués de sa génération. Malgré sa mort prématurée à l’âge de 43 ans, il laisse une œuvre importante qui a influencé bon nombre de réalisateurs égyptiens.
Sa filmographie compte essentiellement des drames. Elle possède quelques piastres est l’une de ses rares comédies et il s’y affirme comme un maître du genre
A la fin des années quarante, quelques réalisateurs égyptiens vont nous donner des comédies extrêmement brillantes. Leurs œuvres manifestent une intelligence, une élégance, un humour qu’on ne retrouvera guère dans le cinéma comique des décennies suivantes, comme si les secrets de fabrication de ces grands artistes avaient disparu avec eux. Elle possède quelques sous fait partie de ces œuvres rares.

Pièce maîtresse de ce film : la pétulante Camilia. Ezzel Dine Zulficar avait déjà travaillé avec l’actrice en 1947 dans Tout le Monde Chante. Pour elle comme pour le metteur en scène, c’était leur tout premier film. Camilia est devenue en quelques années une star que tous les producteurs et réalisateurs s’arrachent. Dans cette comédie, elle partage l’affiche avec une autre actrice qui deviendra elle aussi très vite une vedette du grand écran, Shadia.  Rappelons que Camilia, sur laquelle les rumeurs les plus folles ont couru et courent toujours disparaitra dans des circonstances tragiques l’année suivante.

Elle possède quelques sous se présente comme un petit conte philosophique à la française dans lequel des jeunes gens recherchent l’âme sœur par pur intérêt avant de comprendre que pour être heureux l’amour compte bien plus que l’argent. Cela pourrait nous donner une leçon de morale pataude comme dans beaucoup de mélodrames de la même époque mais rien de tel ici. La comédie impose son tempo. Quelles que soient les situations, le ton reste toujours enjoué, le rythme enlevé. Le premier plan nous donne le programme, on y voit les jambes de Shadia qui actionne vigoureusement la pédale d’une machine à coudre : vivacité et légèreté !

L’intrigue tourne autour des manœuvres des uns et des autres pour obtenir ce qu’ils désirent. Les personnages du film n’ont guère de scrupules, leur cynisme et leur cupidité s’affichent sans fard. A noter que s’ils sont ambitieux, jamais il ne leur viendrait à l’idée de travailler. On n’est pas très loin des mœurs aristocratiques de l’ancien régime : si l’on est riche, c’est par héritage, et si on ne l’est pas ou on ne l’est plus, on cherche à bien se marier pour le devenir ou le redevenir.

Mais les deux personnages Samir et Siham, vont faire une expérience déplaisante : Leur sollicitude intéressée l’un pour l’autre est déçue car l’un comme l’autre n’a pas un sou. La déception est cependant de courte durée : on se dépêche de rompre pour trouver très vite un parti plus avantageux sans autre forme de procès. Siham jette son dévolu sur Kamal, l’ami de Samir dont est amoureuse sa sœur Nabila. Tandis que Samir s’empresse de se fiancer avec une jeune héritière. Le dénouement les réunira, pour le plus grand bonheur de Nabila qui ainsi retrouvera Kamal. Siham et Samir se mentent l’un à l’autre mais aussi et surtout ils se mentent à eux-mêmes. Ils finiront par convenir qu’ils s’aiment et qu’ils ne peuvent vivre l’un sans l’autre. Avec ce jeu subtil des sentiments entre des personnages qui avancent masqués, on pense évidemment à Marivaux, d’autant plus que les amours compliquées des maîtres sont dupliquées comme en miroir par celles des valets (Antar et Sonia).

Ezzel Dine Zulficar maîtrise tous les genres, tous les tons et s’amuse à les entrechoquer pour piéger le sentimentalisme du spectateur trop sensible. Prenons comme exemple cette longue scène (9 mn) où Samir et Siham se promènent en barque à la nuit tombée. Cette séquence capitale apparaît très précisément au milieu du film et c’est par elle que l’intrigue bascule. Ezzel Din Zulficar y utilise tous les procédés de la scène romantique : la barque qui file lentement sur la rivière, les deux amoureux transis, la chanson « Mon Cœur t’Appelle », la beauté de Camilia, le baiser furtif échangé. Et puis brusquement tout s’effondre, la vérité éclate : Camilia avoue qu’elle veut épouser un millionnaire et qu’elle a été séduite par Samir car elle croyait qu’il l’était. Même dépit pour Samir qui pensait échapper à la ruine par cette union. Leur bonheur sur cette barque n’était qu’une illusion et le retour sera bien morose.

Dans Elle possède quelques sous l’influence du cinéma américain n’échappera pas aux cinéphiles avertis (ou pas !). Le luxe et le glamour hollywoodiens ne sont jamais bien loin. Par exemple, la scène dans laquelle Camilia en maillot de bain noir est sur un bateau entourée de ses deux soupirants rappellera à certains Rita Hayworth dans la Dame de Shangaï d’Orson Welles (1947).  
On trouve même une scène de danse aquatique à la manière des films d’Esther Williams. Camilia évolue dans la piscine entourée de nageuses. Malheureusement, le résultat est une très pâle copie des numéros exécutés par l’actrice américaine et ses compagnes (En cette même année 49, Esther Williams est sur les écrans américains dans La Fille de Neptune) Ce numéro ne fut peut-être pas la meilleure idée du réalisateur mais peut-être était-il comme beaucoup aveuglé par la beauté magnétique de sa vedette. Alors on se gardera de lui en tenir rigueur !

Appréciation : 4/5
****

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

samedi 30 avril 2022

Les réalisateurs : Fouad Al Gazairly (1910-1979)

فؤاد الجزايرلي

Fouad Al Gazairly est un réalisateur égyptien né en 1910 en Haute Egypte. Il n’a pas encore dix ans quand il joue avec son père dans un court-métrage, Madame Loretta. Par la suite, on le retrouve dans diverses compagnies de théâtre, notamment dans celle fondée par Youssef Wahby, la compagnie Ramsès. Il réalise son premier film, Monsieur Bahbah, en 1935. Il tournera en tout dix-sept longs-métrages avant de mettre un terme à sa carrière cinématographique en 1954.


Un seul film de Fouad Al Gazairly a fait l'objet d'une présentation dans ce blog :


Bonne Chance (Al-Haz Al-Saïd, 1945)

avec Hussein Sedky (Saïd Effendi), Nagat Ali (Samiha), Beshara Wakim (Farid Bey El Sakari, propriétaire d’une laiterie), Mohamed El Dib (Sobhi Bey), Abdel Moneim Ismail (le chiffonnier), Yahya Najati (l’avocat), Houda Shams El Din (la sœur de Samiha), Reyad El Kasabgy (le propriétaire du restaurant), Ali Tabangat (le marchand de journaux), Hassan Kamel (le musicien Hegazi), Mohamed Edriss (Gamil Bey)
Scénario : Abo El Seoud El Ebiary
Musique : Mahmoud El Sherif, Farid Al Atrache, Farid Ghosn
Production : Hussein Sedky


Saïd est sans emploi et il vit seul dans une petite chambre misérable. Il peut néanmoins compter sur la solidarité de ses voisins, Hegazy, le musicien, et Hachem, le vendeur de journaux, qui font tout leur possible pour que Saïd trouve un emploi. Mais celui-ci semble poursuivi par la malédiction : à chaque fois qu’il est embauché, l’entreprise est confrontée peu après à un drame : incendie, faillite, voire décès du patron. Un jour alors qu’il erre dans les rues, la faim au ventre, il rencontre un ancien camarade d’école. L’homme est attablé à la terrasse d’un grand restaurant et il invite Saïd à se joindre à lui. Notre héros est ravi de l’aubaine : il va enfin pouvoir manger. Las ! Son camarade est lui aussi sans le sou et il parvient à s’éclipser avant que le serveur ne revienne avec la note. Saïd n’est évidemment pas en mesure de la régler. En guise de dédommagement, le patron de l’établissement lui prend son costume et Saïd doit retourner chez lui en caleçon et chemise. Après cette nouvelle expérience malheureuse, il retrouve tout de même espoir : dans le journal, le directeur d’une laiterie a publié une petite annonce pour recruter un employé. Saïd se présente aussitôt dans l’entreprise.

lundi 28 février 2022

Amour et Vengeance (Gharam wa Intiqam, 1944)

غرام وانتقام
إخراج : يوسف وهبي


Youssef Wahby a réalisé Amour et Vengeance en 1944.

Distribution : Asmahan (Sohair), Anwar Wagdi (Wahid Ezzat), Youssef Wahby (Gamal Hamdy), Mahmoud El Meleigy (Safwat, le cousin de Wahid et le procureur du tribunal), Zouzou Madi (Inayat, l’amie de Sohair), Amina Sherif (Mounira, la sœur de Gamal), Bishara Wakim (le docteur Beshara), Fouad El Rashidi (le procureur), Menassa Fahmy ( le médecin de Gamal Hamdy), Gina (la danseuse), Mohamed Kamel (Oncle Rajab), Fakher Fakher (Badwi), Soad Ahmed (la mère de Gamal Hamdy), Rashad Hamed (le chauffeur), Abbas Rahmy (un admirateur), Ibrahim Hechmat (expert dans la police scientifique)
Scénario : Youssef Wahby
Une histoire inspirée du Cid, la célèbre tragédie du dramaturge français Pierre Corneille (1606-1684)
Musique : Mohamed Al Qasabji, Ryad Al Sunbati, Mohammad Hassan Al Shugai et Farid Al Atrache
Textes des chansons : Ahmed Rami, Bayram El Tunsi, Mahmoud Al Sinnawi
figure dans la liste des 100 films les plus importants de l'histoire du cinéma égyptien

Asmahan



Menassa Fahmy



Mohamed Kamel





Fouad El Rashidi



Bishara Wakim





Youssef Wahby et Bishara Wakim





Mahmoud El Meleigy





Mahmoud El Meleigy, Fakher Fakher, Fouad El Rashidi



Amina Sherif



Anwar Wagdi



Youssef Wahby



Zouzou Madi



Asmahan

















Résumé

Sohair, une chanteuse célèbre décide d’abandonner sa carrière pour épouser l’amour de sa vie, Wahid, un homme à la sulfureuse réputation, alcoolique et coureur de jupons. Malheureusement, celui-ci est assassiné le soir même où elle donne son dernier concert. Sohair est accablée par le chagrin. Safwat, le cousin de Wahid qui est aussi le procureur du tribunal lui promet que le coupable sera rapidement identifié. Le principal suspect est le compositeur Gamal Hamdy. Il est arrêté et interrogé par la police mais on ne trouve aucune preuve contre lui. Il est libéré. Sohair, qui est convaincue de sa culpabilité, croise à nouveau la route du musicien lors d’une fête donnée par Inayat, l’une de ses amies. Elle décide de faire semblant de tomber amoureuse de lui pour connaître toute la vérité et se venger. Sohair invite une première fois chez elle Gamal puis la fois suivante elle se rend chez lui. Elle lui raconte qu’elle est harcelée par Safwat qui veut l’épouser. Elle refuse cette union et pour échapper à ses sollicitations continuelles, elle souhaite partir un certain temps pour un long voyage au Levant. Elle demande au musicien de l’accompagner. Celui-ci accepte. 
Au Liban, leur complicité s’accroit, l’un comme l’autre semble apprécier cette escapade en « quasi » amoureux. Ils font la connaissance d’un médecin poète, le docteur Bishara Tmraya, qui les invite à un mariage puis à une autre fête. A chaque fois, Sohair accepte de chanter pour les invités. Gamal est tombé fou amoureux de la jeune femme et il finit par lui avouer ses sentiments. Pour sa part, Sohair ne peut plus dissimuler l’affection qu’elle éprouve pour celui qu’elle considérait comme l’assassin de son futur époux. Gamal lui promet de lui dire la vérité sur ce qui s’est passé entre lui et Wahid mais seulement à leur retour en Egypte. Une fois rentrée avec son compagnon, Sohair informe Safwat que Gamal est décidé à tout avouer mais elle refuse qu’il en informe la police. Le procureur passe outre et se rend avec des policiers chez Sohair, à l’heure du rendez-vous convenu pour la confession de Gamal . Quand ils arrivent, ils restent dissimulés dans le couloir et écoutent le récit du musicien par la porte entrebâillée : Wahid et Gamal sont des amis d’enfance mais quelque temps avant la mort du premier, cette amitié a été balayée d’un coup : Wahid a séduit la sœur de Gamal et celle-ci, naïve et innocente, s’est abandonnée à lui. Malgré les supplications de la jeune femme, le séducteur a refusé de l’épouser pour la simple et bonne raison qu’il était déjà engagé auprès de Sohair. Quand Gamal a appris la trahison de son ami, son sang n’a fait qu’un tour et il s’est jeté sur lui. Dans la bagarre, Wahid a sorti son pistolet mais Gamal a réussi à détourner l’arme et c’est son adversaire qui a reçu le coup en pleine poitrine. Pour Safwat et les policiers, l’affaire est entendue : c’est bien Gamal le coupable. Ils font irruption dans la pièce et arrête l’homme. Sohair est bouleversée par cette intervention. Elle essaie de convaincre Gamal qu’elle n’y est pour rien.
Gamal est inculpé pour meurtre mais à l’issue de son procès, il est relaxé. Il croit qu’il va pouvoir retrouver Sohair mais celle-ci meurt dans un accident de la route. Gamal, fou de chagrin, est interné dans un hôpital psychiatrique.

Asmahan meurt accidentellement avant la fin du tournage de ce film, ce qui contraint Youssef Wahby à modifier le dénouement de son scénario.


Les chansons interprétées par Asmahan


Première chanson : Douces Nuits à Vienne (Layali el Ouns fi Vienna)

Paroles : Ahmed Ramy 
Musique : Farid Al Atrache


Deuxième chanson : O toi qui dors  (Ayyuhal Na'im)

Paroles : Ahmed Ramy 
Musique : Ryad Al-Sunbati


Troisième chanson : J'aime le café (Ahwa)

Paroles : Mamoun El Shinnawy 
Musique : Farid Al Atrache


Quatrième chanson : O Ma tribu (ya dirati)

Paroles : Zaid Al Atrache (frère du Pacha Al Atrache, chef de la révolte contre les occupants français de la Syrie)
Musique : Farid Al Atrache


Cinquième chanson : Quand comprendrez-vous ? (Emta Hate'ref) 

Paroles : Mamoun El Shinnawy 
Musique : Mohamed Al-Qasabji


Sixième chanson : Je mérite tout ce qui m’arrive (Ana Elli Estahel)

Paroles : Youssef Badros
Compositeur : Mohamed Al-Qasabji

A l'origine, il y avait une septième chanson  "Fille du Nil" mais elle a été supprimée après 1952 car c'était un hymne à la gloire de la famille royale et du roi Farouk.