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jeudi 18 juillet 2019

Flirt de jeunes filles (Ghazal Al-Banat, 1949)

غزل البنات
إخراج :أنور وجدي




Anwar Wagdi a réalisé Flirt de jeunes filles en 1949.
Distribution : Layla Mourad (Layla), Anwar Wagdi (Wahid, le pilote d’avion), Youssef Wahby (lui-même), Naguib Al Rihani (Hamam), Stephan Rosti (le directeur du cabaret), Ferdoos Mohamed (la gouvernante), Soliman Naguib (le père de Layla), Mahmoud El Meleigy (Anwar, le séducteur malhonnête), Abdel Wareth Asr (le secrétaire du père de Layla), Abdel Meguid Choukry (un domestique), Saïd Abou Bakr (le serviteur de Youssef Wahbi), Abdel Hamid Zaki (le directeur de l’école), Zinat Sedki (l’ex-petite amie d’Anwar), Mohamed Abdel Wahab (lui-même), Farid Shawki (un client du cabaret), Nabila El Sayed (une écolière)
Première apparition à l’écran d’Hind Rostom comme figurante. Elle joue dans la première scène du film, le retour d’une promenade à cheval, et elle se tient à la droite de Layla Mourad.
Scénario : Anwar Wagdi
Dialogues : Naguib Al Rihani, Badie Khairy
Musique : Mohamed Abdel Wahab, Layla Mourad, Naguib Al Rihani 
Production : Anwar Wagdi
figure dans la liste des quinze meilleurs films égyptiens de tous les temps

Abdel Wareth Asr et Naguib Al Rihani

Naguib Al Rihani et Fouad Al Rachidi

Layla Mourad et Naguib Al Rihani

Layla Mourad

Naguib Al Rihani et Layla Mourad

Layla Mourad, Naguib Al Rihani, Mahmoud El Meleigy

Anwar Wagdi et Naguib Al Rihani

Stephan Rosti et Zinat Sedki

Youssef Wahby

Mahmoud El Meleigy et Layla Mourad

Mohamed Abdel Wahab

Soliman Naguib


Résumé

Hamam est un vieux professeur d’arabe. Il enseigne dans une institution pour jeunes filles mais son absence totale d’autorité conduit le directeur de l’établissement à le licencier. Heureusement, le secrétaire d’un très riche pacha lui propose aussitôt un emploi : son patron a une fille qui vient d’échouer à un examen et Hamam sera chargé de lui donner des cours afin qu’elle puisse le repasser avec succès. Le vieux professeur accepte. Il découvre un monde dont il ignorait tout. Même les domestiques se comportent en aristocrates aux manières raffinées. Layla, son élève, est une ravissante jeune femme qui passe ses journées à chanter, danser et se promener à cheval. D’emblée, elle manifeste à l’égard de son nouveau professeur une sympathie et une affection auxquelles celui-ci n’est guère accoutumé. Troublé par tant de sollicitude, Hanam tombe amoureux de son élève mais fait tout pour le cacher. La complicité entre le vieil homme et la jeune femme atteint un tel degré qu’une nuit, la gouvernante surprend le premier en pyjama dans la chambre de la seconde. Pour ne pas provoquer la colère du pacha, la domestique décide de ne rien dire mais il s’en est fallu de peu que le scandale éclate aux yeux de tous les habitants du palais. . 
Layla considère son professeur un peu comme son confident. C’est ainsi que celui-ci apprend qu’elle est amoureuse d’un jeune homme. Un soir, il l’accompagne dans un cabaret. Il découvre que son élève doit y retrouver le garçon qu’elle aime. Hamam laisse les deux tourtereaux et s’installe au bar. En surprenant la conversation d’un couple, il comprend que l’homme dont s’est entichée Layla est un séducteur sans scrupule. Il veut aussitôt intervenir et forcer sa protégée à quitter immédiatement ce lieu mais des serveurs du cabaret s’emparent de lui et le chassent. Il retourne aussitôt à l’intérieur mais il est à nouveau jeté dans la rue. Apparaît un pilote en uniforme. Hamam le supplie de l’accompagner dans le cabaret pour l’aider à récupérer Layla. Quand les deux hommes arrivent dans la grande salle de l’établissement, la jeune fille danse avec son « amoureux ». L’officier est ébloui par sa beauté. A la fin de la danse, une femme en colère se rue sur le partenaire de Layla : c’est son ex-maîtresse qui est folle de rage d’avoir été abandonnée alors que, dit-elle, il lui doit tout. Pour le pilote, tout est clair : il doit sauver Layla. Après quelques échanges de coups, les voilà tous les trois dehors. L’officier fait monter dans sa voiture Layla et son professeur mais ce dernier a compris qu’entre les deux jeunes gens un sentiment très fort était en train de naître. Ne voulant pas révéler leur adresse véritable, il fait arrêter le véhicule devant une maison inconnue. Mais le pilote attend qu’ils disparaissent à l’intérieur pour repartir, alors Hamam est bien obligé de sonner à la porte. Un domestique leur ouvre. Après quelques explications, l’homme les fait entrer. Sans le savoir, ils viennent de pénétrer dans la demeure du grand acteur Youssef Wahbi. Ce dernier les reçoit chaleureusement et les invite à prendre place dans les fauteuils du salon. Au fil de la conversation, l’artiste devine la nature des sentiments qu’Hamam éprouve pour son élève mais il lui fait comprendre qu’ elle ne l’aime pas de la même manière. Il lui conseille de renoncer à satisfaire sa passion et de laisser sa protégée libre d’aimer qui bon lui semble. Quand ils quittent la maison de leur hôte, le pilote les attend toujours, pour le plus grand bonheur de Layla. Cette fois-ci, ils prennent la direction du palais du pacha. Le dernier plan du film nous montre le visage d’Hamam traversé par des sentiments contraires.


Critique

Anwar Wagdi réalise sept films* avec en vedette sa femme Layla Mourad. Ils se sont mariés en 1945 et leur collaboration artistique prendra fin avec leur divorce en 1953. « Flirt de Jeunes Filles » est le cinquième film qu’ils tournent ensemble et c’est sans doute le plus célèbre. A cela, plusieurs raisons mais la principale est qu’on y voit pour la dernière fois à l’écran l’immense acteur Naguib Al Rihani qui meurt à peine le tournage terminé. Il joue un vieux professeur qui au soir de sa vie est touché par l’amour. Ce personnage à la fois ridicule et pathétique constitue le testament artistique de Naguib Al Rihani et l’inscrit à tout jamais parmi les légendes du cinéma égyptien.
Sur le film lui-même, ce qui nous frappe, c’est sa grande modernité. La logique du récit est celle du rêve, notamment dans la dernière partie. Les personnages semblent évoluer, comme en apesanteur, dans un univers onirique libéré de toutes les lois qui régissent notre monde. Les événements s’enchainent de manière improbable au fil de rencontres aussi hétéroclites que miraculeuses. A cet égard, la séquence au domicile du grand écrivain prend une dimension quasi surréaliste. Et pour finir, dans la scène du cabaret, le caractère ouvertement fantasmatique des danses n'échappera à personne !

*Layla, fille de Pauvres (1945), Layla, fille de Riches (1946), Mon Cœur me Guide (1947), Anbar (1948), Flirt de Jeunes Filles (1949), L’Amour de mon Cœur (1951), La Fille des Aristocrates (1953)

Appréciation : 4/5
**** 

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

mercredi 17 février 2016

la Femme et le Pantin (Lea'bet El Sett, 1946)

لعبة الست
إخراج : ولى الدين سامح


Waley Eddin Sameh a réalise La Femme et le Pantin en 1946.
D'après le roman de Pierre Louÿs paru en 1898.
Distribution : Naguib al Rihani, Soliman Naguib, Mary Moneib, Hassan Fayek, Mahmoud Lotfi, Abd El Fatah El Kosary, Taheya Carioca, Bishara Wakim, Aziz Othman
C’est dans ce film que Taheya Carioca danse sur la célèbre chanson « Taht al Shabbak » (Sous la fenêtre), interprétée ici par Aziz Othman qui en est aussi le compositeur.



Soliman Naguib et Naguib al Rihany

Bishara Wakim et Mary Moneib

Hassan Fayek et Naguib al Rihani

Naguib al Rihani

Mahmoud Lotfi

Abd El Fatah El Kosary

Taheya Carioca

Naguib al Rihani et Taheya Carioca



Résumé

L’action se déroule au Caire pendant la seconde guerre mondiale. Hassan est un pauvre homme sans emploi qui vit dans une petite chambre au dernier étage d’un immeuble. Il erre dans les rues de la capitale cherchant désespérément de quoi vivre. Un jour il se présente dans un grand magasin pour une place de vendeur. Le directeur est impressionné par la franchise et l’honnêteté de ce candidat. Il l’embauche aussitôt. Peu après, une jeune femme nommée Leaba se présente au domicile du nouvel employé. Elle vient voir sa tante qui résidait dans cette chambre avant Hassan. Elle ne savait pas que sa tante avait déménagé. La jeune femme est désemparée : le couvre-feu lui interdit de retourner chez elle. Hassan accepte de l’héberger pour la nuit. Ainsi commence une idylle qui conduira les deux tourtereaux au mariage.
Laeba a été repérée par un réalisateur qui lui fait tourner son premier film. Elle devient une actrice célèbre. Pour des raisons professionnelles, elle doit faire un voyage qui la retiendra loin du Caire pendant plusieurs mois. Elle est accompagnée de ses parents et de son cousin. Hassan, lui, est resté dans la capitale pour travailler. De son épouse, il reçoit régulièrement des lettres qu’il lit et relit. Quand il apprend son retour, il est fou de joie mais son bonheur sera de courte durée : durant son voyage, Leaba a fait la connaissance d’un homme très riche qui souhaite l’épouser. Elle revient donc pour obtenir le divorce. Amer, Hassan accepte la séparation.
Entretemps, la guerre s’est intensifiée et la vie quotidienne en Egypte devient difficile pour une grande partie de la population (Guerre du désert : les Allemands et les Britanniques s'affrontent de part et d'autre de la frontière égypto-lybienne. A plusieurs reprises, les troupes de l'Axe sont à deux doigts d'envahir l'Egypte.). Le patron d’Hassan décide de quitter le pays. Il confie son entreprise à son employé modèle. Hassan est devenu un homme important. En revanche, pour Leaba, c’est la désillusion. Son riche fiancé se retire après avoir appris son comportement avec son précédent mari. La jeune femme comprend qu’elle a mal agi et que ses parents ont exercé une influence négative sur elle. Elle décide de renouer avec Hassan. Celui-ci l’aime toujours. Ils reprennent la vie commune. 


Critique

Ce n’est pas la première fois que Naguib El Rihani adapte avec son scénariste et ami Badeih Khairy une œuvre française. Mais cette fois, il ne reste pas grand-chose du roman original même si le personnage joué par Taeya Carioca emprunte bien des traits à la Conception Perez de Pierre Louys. A travers cette histoire d’homme naïf trompé par une jeune femme trop séduisante, les deux auteurs nous parlent de l’Egypte de leur temps, celle de la guerre avec son lot de misères et de souffrances, même si, comédie oblige, tout cela reste suggéré. Comme dans ces précédents films, Naguib El Rihani incarne un pauvre bougre qui tente de survivre en ces temps difficiles et comme dans ces précédents films, son talent éclate à chaque plan. Son surnom de « Charlie Chaplin de l’Orient » n’est pas usurpé. A l’instar de son modèle, c’était un humaniste qui ne sacrifiait jamais ses convictions à la farce démagogique. Les premières scènes de La Femme et le Pantin dans lesquelles on le voit, costume élimé et tarbouche sur la tête, errant dans les rues à la recherche d’un moyen de subsistance témoignent de cet engagement jamais pris en défaut pour les plus humbles.
L’autre atout du film c’est bien sûr la présence de Taheya Carioca. Elle crève l’écran par sa beauté, son jeu et ses danses, imposant le style « Carioca » tout en nuance et en retenue. Précisons que Taheya Carioca débuta la danse dans le cabaret de Badea Masabny qui fut la femme de Naguib El Rihani.
La Femme et le Pantin est aussi une satire du cinéma, véritable miroir aux alouettes qui pervertit les êtres contre la promesse de la gloire et la fortune. Celui qui joue le réalisateur est Hassan Fayek. C’est avec ce même rôle qu’on le retrouvera un an plus tard dans La Fille du Patron d’Abbas Kamel. Le chanteur et compositeur Aziz Othman apparaît aussi dans les deux films. 

Appréciation : 4/5
****

On compte cinq autres adaptations cinématographiques du chef d'oeuvre de Pierre Louÿs :

En 1920, un film américain intitulé The Woman and the Puppet de Frank Lloyd avec Geraldine Farrar



En 1929, un film français intitulé La Femme et le Pantin de Jacques de Baroncelli avec Conchita Montenegro



En 1935, un film américain intitulé The Devil is a Woman de Josef von Sternberg avec Marlène Dietrich



En 1959, un film français intitulé La Femme et le Pantin de Julien Duvivier avec Brigitte Bardot



En 1977, un film franco-espagnol intitulé Cet obscur objet du désir de Luis Buñuel avec Fernando Rey et Carole Bouquet




Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

dimanche 2 novembre 2014

Monsieur Omar (Si Omar, 1941)

سي عمر
 إخراج : نيازى مصطفى



Niazi Mostafa a réalisé Monsieur Omar en 1941.
Distribution : Zouzou Chakib (Lola, la sœur d’Omar), Naguib Al Rihani (Gaber/Omar), Mohamed Kamal El Masry (Gamil Bey, l’oncle d’Omar), Abd El Fatah El Kosary (Abdul Majid Sattour, le complice de Berlanta), Mimi Chakib (Berlanta), Stefan Rosti (l’avocat), Serag Mounir (le cousin d’Omar), Eglal Zaki (la chanteuse), Ali Kamal (l’employé indélicat), Mary Moneib (la tante d’Omar), Victoria Hobeika (la mère d’Omar), Abdel Aziz Khalil (le directeur de la pension), Abdel Aziz El Gahely (le vieux serviteur), Ali Abd El Al (le commerçant), Ahmed Shoukry (l’astrologue indien), Abdel Aziz Al Ahmed (Kawara, le voleur de rue), Eskandar Menassa (le traducteur de l’astrologue)
Scénario : Naguib Al Rihani et de Badie Khairy d’après la pièce du premier Si j’étais beau (1938). L'épisode du collier volé semble inspiré du film américain The Desire réalisé en 1936 par Frank Borzage avec Marlène Dietrich et Gary Cooper.
Musique : Mohamed Hassan Al Shugai, Riad Al Sonbati, Badyah Sadek, Ibrahim Hussein, Mohamed El-Kahlawy

Mohamed Kamal El Masry

Naguib Al Rihani et Naguib Al Rihani

Mary Monuib

Abd El Fatah El Kosary

Abdel Aziz Ah Ahmed et Naguib Al Rihani

Mimi Chakib

Naguib Al Rihani

Abd El Fatah El Kosary et Naguib Al Rihani


Résumé

Gaber est un modeste employé travaillant dans l’exploitation agricole du très puissant Omar Al Alfy. Un jour il découvre dans les comptes du domaine de nombreuses irrégularités. Il en informe la direction. On le licencie aussitôt. Gaber décide de monter au Caire pour trouver du travail. Dans le train il se retrouve en compagnie d’une jeune femme très séduisante et d’un homme à la mine patibulaire. Ce dernier est un chef de gang du nom d’Abdel Majid Satour. Il est recherché par la police et pour échapper à l’arrestation en gare du Caire, il glisse un collier de très grande valeur dans la poche de Gaber. La jeune femme a surpris la manœuvre du voleur. En descendant du train, Abdel Majid Satour est intercepté par la police. La jeune femme en profite pour entraîner chez elle Gaber afin de récupérer le collier. Elle parvient à faire croire au pauvre employé qu’elle est la propriétaire de ce bijou et qu’elle pourrait très bien le dénoncer pour ce vol. Gaber la supplie de n’en rien faire. Cette femme qui se prénomme Berlanta est à la fois amusée et intriguée par sa « victime ». Elle est amusée par sa naïveté mais aussi intriguée par sa ressemblance frappante avec le milliardaire Omar Al Alfy dont elle prétend être l’épouse mais qui vit depuis plus de vingt en Inde. Elle est bien décidée à exploiter cette similitude. En attendant, Gaber se retrouve à la rue, ne sachant où dormir, et c’est la malchance qui le poursuit impitoyablement : il tombe entre les griffes d’un voleur qui le dépouille de tout ce qu’il possède, puis il se retrouve nez à nez avec Abdel Majid Satour. Ce dernier est très heureux de cette rencontre : il a cherché Gaber dans tous les hôtels de la ville afin de récupérer son collier. Quand Satour comprend que Gaber ne l’a plus, il décide de le séquestrer dans son repaire. Il va même le forcer à devenir un voleur comme lui. Un jour, Gaber voit par la fenêtre Berlanta monter dans une voiture. Avec Satour, il décide de la suivre. C’est ainsi qu’ils se retrouvent devant le palais de la famille d’Omar Al Alfy. Les domestiques qui les reçoivent sont convaincus d’être en présence de leur maître de retour après une si longue absence…
Les femmes du clan fêtent le retour de l’enfant prodigue. En revanche, le vieil oncle du richissime entrepreneur ne se laisse pas abuser. Il est vrai que ce retour n’arrange pas ses affaires. Il rêve de voir son fils épouser la sœur d’Omar afin de mettre la main sur toute la fortune du « disparu ». Il finit par surprendre une discussion entre Gaber et son « épouse » qui lève tous ses doutes. Les choses pourraient mal tourner pour Gaber mais il réduit l’oncle au silence en le menaçant de révéler toutes ses malversations et autres opérations douteuses. C’est alors qu’apparaît le véritable Omar. Après une série de quiproquos, le happy end est de rigueur : les voleurs sont arrêtés et Gaber épouse la sœur de son ex-employeur.

 
Critique

Naguib Al Rihani est considéré comme le père de la comédie égyptienne. Il crée sa compagnie théâtrale en 1910 et commence sa carrière cinématographique en 1931 comme réalisateur et acteur avec un film qu’il co-réalise avec Stephan Rosti Sahib Al Saada . 
Si Omar est la deuxième collaboration entre Naguib Al Rihani et Niazi Mostafa. La première était Salama fi Khair (Salama va bien, 1937) qui figure dans la liste des cent meilleurs films de l’histoire du cinéma égyptien. La réputation de Salam fi Khair a rejeté dans l’ombre Si Omar et c’est injuste.

Si Omar se compose de deux parties très différentes l’une de l’autre. Dans la première heure du film, on assiste à l’arrivée de Gaber au Caire après son renvoi. Il tombe sous la coupe du terrible Abd Al Majid Satour et progressivement devient son complice. Niazi Mostafa a fait ses études cinématographiques en Allemagne et l’influence de certains cinéastes européens est évidente dans la manière d’évoquer le petit peuple, honnête ou pas, de la capitale égyptienne. Les scènes se déroulant dans le repaire d’Abd Al Majir Satour rappellent aussi bien le réalisme poétique français que l’expressionnisme allemand.
La seconde partie se passe dans un lieu unique : Gaber et son mentor s’installent dans l’hôtel particulier de la famille de Si Omar. Nous retrouvons l’atmosphère des comédies conventionnelles se déroulant dans un milieu aisé avec domestiques, jeunes femmes élégantes et messieurs en smoking. Le tout est un peu théâtral. Bien que plus faible que la première, c’est toujours cette seconde partie que l’on présente dans les synopsis et résumés du film, comme si tout ce qui précédait n’était qu’une longue entrée en matière.
Concernant cette différence étonnante entre les deux moitiés du film, le site Elcinema, souvent bien informé, propose une explication : Niaizi Mostafa n’aurait réalisé que la première partie car les vicissitudes de l’époque (nous sommes en 41) l’auraient contraint à céder son poste à Naguib Al Rihani qui termina Si Omar. Naguib Al Rihani est un comédien exceptionnel et il le montre encore dans ce film. C’est en revanche un réalisateur de second rang qui n’a pas le talent et/ou le savoir-faire de Niazi Mostafa.

Appréciation : 3/5

***

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

lundi 11 novembre 2013

Les 100 films les plus importants (1) Les années 30



En 2006, la bibliothèque d’Alexandrie forme un comité de trois spécialistes (Ahmed El-Hadari, Samir Farid et Kamal Ramzi) afin de dresser la liste des 100 films les plus importants de l’histoire du  cinéma égyptien.
Les réalisateurs les plus représentés : Salah Abu Seif  (8 films), Youssef Chahine (7 films), Henry Barakat (4 films).

Les Années Trente


1) Al-Warda Al-Bida (La Rose Blanche, 1933, Mohamed Karim)
الوردة البيضاء

avec Mohamed Abdel Wahab, Dawlad Abiad, Suleiman Biek


 La Rose Blanche est le troisième film de Mohamed Karim qui fit ses études de cinéma dans les années vingt à Rome et à Berlin. Il réalisa en 1929, Zeinab et en 1932, Fils à Papa.

C’est le premier film musical égyptien à connaître un grand succès dans l’ensemble des pays arabes.
Il est certainement à l’origine de l’engouement des égyptiens pour la comédie musicale, genre qui dominera le cinéma oriental pendant près de trente ans.
C’est aussi le premier film dans lequel apparaît le compositeur et chanteur Mohamed Abdel Wahab. Ce dernier fera avec Mohamed Karim sept films.


2) Nasheed Al-Amal (Le Chant de l’Espoir, 1937, Ahmed Badrakhan)
منيت شبابي (قصة نشيد الأمل)


avec Oum Kalthoum, Hassan Fayek, Stephan Rosti, Fouad Shafik, Mary Moneib et Zaki Toleimat
D’après un roman d’Edmond Tuema
Scénario et dialogues : Ahmed Rami
Musique : Mohamed El Qasabji et Riad El Sonbati
figure dans la liste des 100 films les plus importants de l'histoire du cinéma égyptien

C’est le premier film réalisé par Ahmed Badrakhan et c’est le second interprété par la chanteuse Oum Kalthoum.
Ismail abandonne sa femme Amal, la laissant seule avec leur fille Salwa. Celle-ci tombe malade et Alwa consulte le docteur Assem . Tout en soignant la fille, le médecin découvre le talent de chanteuse de la mère. Il décide de l’aider à se lancer dans la carrière artistique.


 3) Salama fi Kheir (Salama va bien, 1937, Niazi Mostafa)
سلامة في خير

avec Naguib al Rihani, Raqiya Ibrahim, Rawhiyya Khaled
Scénario et dialogues de Naguib al Rihani

Salama, employé dans un grand magasin de tissus, doit porter à la banque une grosse somme d’argent. Celle-ci étant fermée, il décide de passer la nuit dans le luxueux Nefretiti Palace Hotel pour protéger son trésor d’éventuels voleurs. Les problèmes surviennent lorsqu’à la suite d’un quiproquo il est pris pour le richissime Prince Kindahar du Bloudestan.
Salama va bien est le premier film que réalise Niazi Mostafa. Un premier film d’une longue série puisqu'il lui arrivait d'en tourner cinq par an. A ce jour, il reste le réalisateur le plus prolifique de toute l’histoire du cinéma égyptien.


 4) Lachine (1938, Fritz Kramp)
لاشين

avec Hassan Ezzat, Hussein Riad et Nadia Nagui

 En 1938, les Studios Misr (fondés en 1935)  produisent un film du réalisateur allemand Fritz Kramp : Lachine. Le film salué par la critique dresse le portrait de la situation politique et sociale au temps du roi Farouk.
Lachine, chef des armées, fidèle au sultan se fait emprisonner suite à un complot mené par le Premier ministre. La population affamée décide d’agir pour libérer le général adulé.  La révolte se termine par la chute du sultan et de son chef de gouvernement. Le film est interdit le lendemain de sa première. Les projections ne reprirent que huit mois plus tard avec un scénario modifié : le dénouement est devenu un « happy end » dans lequel on assiste à la réconciliation du sultan et du général.


5) Othman wi Ali (Osman et Ali, 1939, Togo Mizrahi)
عثمان و علي


avec Ali Al Kassar, Bahiga El Mahdy, Ahmed El Haddad, Aly Abd El Al, Saneya Shawky, Ibrahim Hechmat, Abdo Youssef, Ahmed El-Hamaky
Scénario : Togo Mizrahi

Othman est employé à la United Telephone Copany. Avec Bunduq, son fidèle compagnon, il est chargé d’installer les lignes chez les clients. C’est lors d’une de ses missions qu’un jour, il fait la connaissance d’une jolie femme de chambre Yasmina. Ils tombent aussitôt amoureux l’un de l’autre. Si côté cœur, tout se passe à merveille, il n’en est pas de même côté travail. Othman et Bunduq sont licenciés et il leur faut chercher un autre emploi. Ils en trouvent un chez un pharmacien. Installés dans l’arrière-boutique, ils préparent potions et autres médicaments. Un jour, leur patron les envoie livrer des commandes chez des particuliers. Dans la rue, alors qu’ils se sont arrêtés quelques instants au pied d’un immeuble, un énorme sac jeté des étages supérieurs leur tombe sur la tête. Othman et Bunduq perdent connaissance. Quand ils se réveillent, ils sont dans un bureau, entourés de personnes pleines de sollicitude. Nos héros finissent par comprendre qu’ils sont au siège d’une très grosse entreprise et qu’Othman est le sosie parfait de Ali Bey, le directeur de la société parti en voyage…


 6) Al-Azima (La Volonté, 1939, Kamal Selim)
العزيمة


avec Abd Al-Aziz Khalil, Hekmet Fahmy, Fatma Rouchdi

Mohamed Hanafi, nouvellement diplômé cherche un emploi et se prépare au mariage avec sa bien-aimée Fatima que le boucher Etr veut aussi épouser.

La Volonté est considérée comme l’un des plus grands films égyptiens de tous les temps.En montrant avec un réalisme avant-gardiste pour l’époque la vie quotidienne des habitants d’un quartier pauvre du Caire, Kamal Selim se fait le précurseur du néoréalisme italien.
Apparaît à la septième place dans la liste des meilleurs films égyptiens de tous les temps.