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mercredi 19 novembre 2025

Les réalisateurs : Mohamed Fadel (né en 1938)

محمد فاضل

Mohamed Fadel a fait l'essentiel de sa carrière artistique à la télévision. A vingt-neuf ans, il réalise son premier feuilleton, Le Caire et les Gens, dont les quatre-vingt quatre épisodes rencontreront un succès considérable. En cinquante-cinq ans de carrière, il ne tourne que six longs métrages pour le cinéma. Le plus remarquable est sans conteste Nasser 56 réalisé en 1996. En revanche, il est aussi l'auteur de ce que certains critiques ont considéré comme l'un des films les plus ratés de l'histoire du cinéma égyptien, L'Etoile de l'Orient (1999). Dans ce biopic de la grande chanteuse Oum Kalthoum, il avait choisi pour incarner celle-ci sa propre épouse, Ferdoos Abdel Hamid. Le fim ne resta à l'affiche qu'une seule journée.


Un seul film de Mohamed Fadel a fait l'objet d'une présentation dans ce blog :

L’Amour en Prison (Hob Fel Zenzana, 1983)
avec Soad Hosny (Fayza Hassan), Adel Imam (Saleh), Yehia El Fakharany (Farouk, le faux-monnayeur), Gamil Rateb (Al Shirnwabi, l’homme d’affaires), Abdel Moneim Madbouly (le second d’Al Shirnwabi), Ali Al Sharif (un tueur à gages), Mohamed Ahmed Almasry (Shamshon, un prisonnier), Mohamed Kamel (Tawfiq, un des prisonnier), Samy Maghawry (Docteur Sami, le frère de Fayza), Naima El Sagheir (la gardienne de prison), Mohamed Shawky (le marchand de cuir), Badr Nofal (le gardien de la prison), Ahmed Al Badry (un inspecteur de police), Mahmoud Masoud (Houssam Ali), Mohammad Farid (l’agent d’entretien de la prison), Magda Zaki (la femme de Farouk)
Scénario : Mohamed Fadel et Ibrahim El Mougi
Musique : Ammar El Sheraie
Production : Wasif Fayez


Al Shirnawabi est un homme d’affaires sans scrupule. Il importe à très bas prix des denrées alimentaires impropres à la consommation humaine et il les revend sur le marché égyptien comme des produits parfaitement comestibles. Il vient d’acheter un vieil immeuble dans le but de le détruire afin de réaliser une opération immobilière. La présence de locataires met à mal son projet. Il prend alors une décision radicale : il fait incendier le bâtiment. Le résultat est à la hauteur de ses espérances : les locataires ont disparu et ce qui était leur logement n’est plus qu’un amas de cendres. Pour éloigner les soupçons de la police concernant le rôle d’Al Shirnwabi dans ce drame, son bras droit entre en contact avec Saleh, un résident de l’immeuble. Il lui demande de prétendre que c’est lui l’incendiaire et en échange on lui offrira un luxueux appartement. L’assistant de l’homme d’affaire est formel : il écopera au plus d’une peine de trois mois d’emprisonnement. Saleh se laisse convaincre. Malheureusement, au procès, les choses ne se passent pas comme prévu. Il est condamné à dix ans de détention. Ses protestations n’y font rien, il devra purger sa peine. Il se retrouve dans une cellule qu’il partage avec deux autres condamnés. Entre eux la bonne entente est immédiate. Saleh découvre que leur centre pénitencier fait face à celui des femmes. A heures fixes, les prisonniers et leurs consœurs de l’autre bâtiment se pressent devant les fenêtres pour tenter de communiquer entre eux. C’est ainsi que Saleh aperçoit une femme un peu à l’écart coiffée d’un foulard vert. Il en tombe aussitôt amoureux.

Notre avis : Dans les années soixante, de nombreuses comédies évoquent de manière pittoresque le monde de la prison. Dans ce film des années quatre-vingt, la description se veut beaucoup plus réaliste même si les conditions de détention du héros sont adoucies par l’amitié avec ses codétenus et l’amour avec une femme incarcérée dans la prison d’en face. Mohamed Fadel a fait sa carrière essentiellement à la télévision. Dans les années quatre-vingt, il ne réalise que deux films pour le cinéma dont celui-ci. On pouvait craindre le pire mais contre toute attente le film est d’une qualité tout à fait honorable. Mohamed Fadel a su restituer avec justesse et empathie le petit monde de la prison. Evidemment l’intérêt principal du film repose sur le couple formé par Adel Imam et Soad Hosny. Les deux stars sont parvenues à incarner magnifiquement ces deux êtres maltraités par la vie mais rendus plus fort par l’amour fou qui les unit. Cette comédie dramatique dénonce aussi la corruption sans bornes des puissants, notamment à travers le personnage de l’homme d’affaires joué avec une jubilation évidente par Gamil Rateb, magistralement odieux.

jeudi 10 octobre 2024

Les réalisateurs : Hassan Seif El Din (1913-1993)

حسن سيف الدين

Hassan Seif El Din est un réalisateur qui a fait toute sa carrière à la télévision (1966-1992). Pour le cinéma, il n'a tourné qu'un seul film. 


Désolé pour l’Erreur ( Nasaf lhdha alkhata, 1986)
avec Boussy (Thana, la voisine de Sadiq), Farouq Al Fishawy (Essam), Sayed Saleh (Sadiq, l’assistant d’Essam), Hassan Hosny (Shafiq, l’oncle de Thana), Farida Saif Al Nasr (la danseuse Hamdya, la femme de Shafiq), Fakry Sadiq (le propriétaire de la boutique), Elham Shahin (Ola Zaher), Mariam Fakhr Eddine (la mère d’Ola), Salah Nazmi (Fodil, le beau-père d’Ola), Imad Moharam (Rachid, l’amant d’Ola), Aziza Helmy (la mère d’Essam), Hussein Al Sherif (le policier), Rashwan Mustafa (un avocat)
Scénario : Mohamed Ragab, Sherif El Minyawi
Musique : Hassan Aobu El Saud, Yahya Al Mouji


Sadiq est un modeste employé qui travaille pour Essam, un jeune avocat très brillant. Il est amoureux de Thana, sa voisine qui vit avec son oncle et la femme de celui-ci. Thana travaille comme vendeuse dans une boutique mais elle ne supporte plus son patron qui la harcèle. Elle demande à Sadiq de lui trouver un autre emploi. Il parvient à la faire embaucher comme secrétaire dans le cabinet de son patron bien qu’elle n’ait aucun diplôme. Essam est au début un peu déconcerté par cette nouvelle recrue mais très vite il apprécie toutes les qualités qu’elle manifeste dans son travail. Entre temps, dans le cadre de son métier, l’avocat a fait la connaissance d’une jeune femme très séduisante qui a été impliquée dans un accident de la circulation. Pour le remercier de son intervention, Ola, c’est le nom de la jeune femme, l’invite chez ses parents. Ceux-ci se présentent comme un couple très pieux consacrant tout leur temps à la prière. Essam tombe sous le charme de sa nouvelle amie au point qu’il décide de la présenter à sa mère. Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’Ola est la maîtresse d’un gangster et que ses parents tiennent un cercle de jeux…

Notre avis : un drame insipide avec des gentils qui sont vraiment très gentils et des méchants qui ne sont pas vraiment méchants. On aime bien la ravissante Elham Shahin dans son rôle de garce ; en revanche, la grande Mariam Fakhr Eddine n’est guerre convaincante en tenancière de tripot ! Ce film offre à Sayed Saleh, l’un des acteurs comiques les plus populaires de son temps, son premier rôle dramatique. Du coup, pendant tout le film, il adopte un ton pleurnichard et scène après scène, il reproduit le même jeu sommaire, démarche hésitante et serviette de cuir serrée fébrilement contre son coude : crispant.

dimanche 29 septembre 2024

Les réalisateurs : Ismaïl Hassan (né en 1930)

إسماعيل حسن

Ismaïl Hassan est un réalisateur égyptien. Il commence sa carrière en 1949, à l'âge de 19 ans, comme assistant réalisateur. Il réalise un  premier film en 1954 puis un deuxième l'année suivante. Après ces deux premières tentatives, il redevient assistant pendant trente-deux ans !  Ce n'est qu'en 1986 qu'il se lance à nouveau dans la réalisation. Malheureusement toutes ces années passées à l'ombre de cinéastes plus talentueux que lui ne l'ont pas fait progresser d'un iota. Il  tournera quand même vingt-sept films, pour l'essentiel des séries B ou Z sans grand intérêt.


Deux films d'Ismaïl Hassan ont fait l'objet d'une présentation dans ce blog :

Falih et Mahtas (Falih we Mihtas, 1954)
El Sayed Bedeir (Mahtas), Omar El Gizawy (Falih), Sherifa Mahear (la chanteuse Karawan), Samiha Tawfiq (la danseuse Astak), Mohsen Hassanein (Tawfiq), Mahmoud Shoukoko (le gérant du cabaret), Abdel Moneim Basiony (Ahmed Suleiman, le nouveau propriétaire du cabaret), Abdel Nabi Mohamed (Amin Effendi, l’assistant d’Ahmed Suleiman), Wedad Hamdy (la femme de ménage), Abdul Moneim Abdul Rahman (le conducteur de train), George Yordanis (le barman), Salama Elias (un serveur), Zaki Mohamed Hassan (un serveur), Zinat Sedki (Oum Mahtas, la mère de Mahtas et la tante de Falih), Mounir El Fangary (employé à la billetterie)
Scénario : Gamal Hamdy
Musique : Extraits de Pierre et le loup de Prokofiev
Producteur : Emile Barak
appréciation : 1/5


Falih et Mahtas, deux cousins issus du même village, décident de fuir l’autorité écrasante de la mère de Mahtas, bien déterminée à les marier chacun à la sœur jumelle de l’autre. Après avoir vendu leurs terres, ils prennent le train pour Le Caire. En route, ils rencontrent Astik, une danseuse, et Karawan, une chanteuse, deux jeunes femmes ambitieuses prêtes à tout pour se faire une place dans la capitale.

En découvrant que les deux villageois transportent une importante somme d’argent, Astik et Karawan redoublent d’amabilité. Rapidement, elles comprennent tout ce qu’elles peuvent tirer de ces deux naïfs. Les quatre compagnons s’installent dans la même pension, et les deux artistes parviennent à convaincre Falih et Mahtas d’acheter un cabaret prétendument en vente, « Fleurs Ouvertes ».

Un escroc leur vend alors l’établissement à l’aide de faux actes de propriété. Par un concours de circonstances, le véritable propriétaire informe son gérant qu’il a vendu le cabaret et que le nouvel acquéreur doit arriver sous peu. Lorsque Falih et Mahtas se présentent, le gérant, persuadé qu’ils sont les acheteurs légitimes, leur remet les clés...



Le Sergent (El Shawish Hassan, 1988)
avec Younes Shalaby (le sergent Hassan), Dalal Abdel Aziz (Nadia), Naima El Saghir (la mère de Nadia), Ahmed Bedir (Ratib, le cousin de Nadia), Wahid Seif (le Prince), Diaa El Merghany (Adham), Hiam Toama (Dalal, la maîtresse de Ratib), Hussein Al Sharif (Major Galal), Abdel Hamid Anis (l’officier de police), Hosny Abaza (Shalabi, un trafiquant)
Scénario : Nabil Gholam et Mohamed El Hamawi
Musique : Baher Hariri, Zuhair Sabri, Sayed Makawi, Salah Gahin,
Production : Galal Zahra


Le Sergent Hassan, un gentil garçon sensible et maladroit, travaille dans le service qui s’occupe de la surveillance des plans d’eau. Il est amoureux de sa voisine Nadia mais la mère de celle-ci aimerait que sa fille épouse son neveu Ratib. Ce dernier est officiellement marchand de poisson. En réalité, il participe aux activités criminelles d’un gang spécialisé dans le trafic de drogue. La police cherche à mettre ce réseau criminel hors d’état de nuire. Des membres des forces de l’ordre sont intervenus lors d’une transaction et ont tué l’un des trafiquants. L’officier de police Hisham veut connaître l’identité du chef de ce groupe. Il s’aperçoit que le malfrat tué ressemble comme deux gouttes d’au au sergent Hassan. Hisham demande à celui-ci de se faire passer pour le mort et d’intégrer le gang…

Notre avis : encore un gang de trafiquants de drogue infiltré par un personnage qui est le sosie d’un autre. Cette « intrigue » a déjà été dupliquée de nombreuses fois, avec plus ou moins de bonheur. Ici, on est très clairement dans le moins. Confier le rôle principal à Younes Shalaby n’était peut-être pas très judicieux. A voir à la rigueur pour Dalal Abdel Aziz qui porte dans ce film les robes les plus laides de toute sa très longue carrière.

vendredi 26 janvier 2024

Les réalisateurs : Youssef Francis (1934-2001)

يوسف فرنسيس

Youssef Francis fut à la fois scénariste et réalisateur.  Il écrit son premier scénario en 1965, L'Impossible, un film réalisé par Hussein Kamal et il sera aussi l'un des scénaristes de la célèbre comédie musicale Mon Père sur l'Arbre du même réalisateur avec Abdel Halim Hafez et Nadia Lotfi (1969). Il passe à la réalisation en 1972 avec Fleurs Sauvages, un drame sur l'émigration des jeunes en ce début des années 70. Il réalisera onze films. Dans l'un d'eux, il fera jouer le grand écrivain Tawfiq El Hakim (Oiseau d'Orient, 1986).


Un seul film de Youssef Francis a fait l'objet d'une présentation dans ce blog :


Le Drogué (Al Modmen, 1983)
avec Nagwa Ibrahim (Layla, la fille du docteur Ahmed Halim), Ahmed Zaki (khaled Abdel Hamid), Adel Adham (Docteur Ahmed Halim), Laila Taher (Docteur Souad), Moshira Ismail (Iman), Ihab Nafia (le docteur Samy), Aziza Helmy (une malade), Salah Nazmi (l’antiquaire), Neima El Soghaiar (Mounira), Ahmed Hussein (médecin à l’hôpital), Hafez Amin (un vieux malade), Raafat Maher Labib (Hamada, le fils de Khaled Abdel Hamid), Adib El Trabelsy (le pharmacien)
Scénario : Youssef Francis
Musique :Gamal Salamah
Production : Les films Héliopolis


Le docteur Ahmed Halim qui est psychiatre à l’hôpital fait réparer sa voiture dans un garage tenu par Khaled Abdel Hamid. Ce dernier est un de ses anciens étudiants en médecine mais son amour de la mécanique a été plus forte et il a préféré abandonné ses études. Khaled s’est marié et a eu un petit garçon. Ce bonheur sera de courte durée car la petite famille sera victime d’un terrible accident de la route dans lequel la femme de Khaled et son fils perdront la vie. Pour le survivant, la douleur, physique comme psychologique, est si intense que les médecins lui prescrivent au des doses massives de morphine. C’est ainsi que le jeune homme devient toxicomane et une fois sorti de l’hôpital, il erre dans les rues à la recherche de la drogue dont il ne peut plus se passer. Un jour, il est arrêté par la police qui le confie au docteur Ahmed Halim. Celui-ci le prend en charge dans son établissement. Le docteur a une fille, Layla, qui travaille avec lui. La jeune femme a aussi beaucoup souffert. Son fiancé l’a abandonnée pour une autre femme et il lui a fallu de longs mois pour se remettre d’une terrible dépression. Layla décide d’aider Khaled à sortir de l’enfer dans lequel il vit depuis le décès de sa femme et de son fils…

Notre avis : un film qui montre l’enfer vécu par un toxicomane avec un souci constant de vérité mais en se gardant de tout sensationnalisme. Ahmed Zaki est incroyable de justesse dans un rôle où plus d’un se serait laissé aller à l’outrance et au pathos.

mardi 16 janvier 2024

Danse : Lucy, 1982

لوسي





Lucy danse dans la comédie de Mohamed Abdel Aziz, A la Porte du Ministre (1982). Elle a vingt-deux ans*. Elle a fait ses premiers pas au cinéma en 1975 alors qu'elle n'avait que quinze ans. C'était dans Le Train de la Vie est Passé d'Atef Salem. Lucy a une formation de danseuse mais c'est son talent d'actrice qui lui permettra de faire une belle carrière aussi bien au cinéma qu'à la télévision. En 1996, sa prestation dans Le Voleur de Joie de Daoud Abdel Sayed (1995) lui vaudra un prix d'interprétation au festival d'Alexandrie. 

* Certains commentateurs mettent en doute cet âge. Lucy ne serait pas née en 1960 mais en 1956.


mardi 2 janvier 2024

Les réalisateurs : Mohamed Radi (1939-2017)

محمد راضي


Au début des années soixante, Mohamed Radi fait conjointement des études de droit et de cinéma. Sa carrière commence à la télévision pour laquelle il réalise documentaires et courts métrages. Parallèlement à cette activité, il devient l’assistant de grands cinéastes comme Youssef Chahine ou Fateen Abdel Wahab.

En 1968, il fonde avec d’autres jeunes réalisateurs le groupe du nouveau cinéma. L’objectif de ce collectif est de promouvoir un cinéma délivré des diktats commerciaux pour permettre à chacun d’exprimer librement sa créativité. Soutenu par l'Organisation générale égyptienne pour le cinéma, ces « jeunes cinéastes en colère » se lancent dans la production et c’est ainsi que Mohamed Radi peut tourner son premier long-métrage en 1972, La Barrière avec Nadia Lutfi, Nour Al Sherif et Yehia Shahin (Aujourd’hui, on a peine à voir en quoi ce mélodrame fort conventionnel a pu passer à son époque pour une œuvre « novatrice ».)

Dans les années soixante-dix, ses films les plus célèbres sont des œuvres engagées évoquant la défaite de 1967 et ses conséquences morale et politiques : Les Fils du Silence (1974), Derrière le Soleil (1978), La Vie est un Instant (1978).

La décennie suivante sera marquée par sa collaboration avec Adel Imam devenu la star du grand écran.

Mohamed Radi a réalisé quinze longs-métrages de fiction.


Deux films de Mohamed Radi ont fait l'objet d'une présentation dans ce blog :



Les Fils du Silence (Abnaa Al-Samt, 1974)
avec Mervat Amine (Nabila), Mahmoud Morsi (le rédacteur en chef du journal), Madiha Kamel (Raïfa Mansour, la maîtresse du rédacteur en chef), Nour El-Sherif (Magdi), Ahmed Zaki (Mahmoud), Mohamed Sobhi (Samir), Hamdy Ahmed (Sabri), Sayed Zayan (Shalabi), Fathia Shahin (la mère de Nabila), Elhamy Fayed (le commandant), Farida Saif Al Nasr (Sanaa, la femme de Mahmoud), Nabila Afaf El Baz (Elham, la fiancée de Samir)
Scénario : Magid Tubia
Musique : Baligh Hamdi
Production : les Films Radi


Mohamed Radi a tourné trois films sur la guerre de 67 et celle de 73. Dans les Fils du Silence, on suit un groupe de soldats qui vont se battre de manière héroïque pour venger la défaite de 1967. Ils sont six jeunes hommes en première ligne face à une position tenue par des israéliens. A l’occasion de leurs permissions, on fait la connaissance de leurs proches restés au Caire. L’un d’eux, Magdi, retrouve sa fiancée qui est journaliste…


Les Hommes et les Djinns (Alans wa al gins, 1985)
avec Adel Imam (Galal Sultan), Yousra (Docteur Fatima Ismaïl), Ezzat Al Alaily (docteur Oussama), Amina Rizq (la mère de Fatima Ismaïl), El Sayed Radi (Idriss), Nahed Gabr (Nadia, la sœur de Fatima), Hussien El Sherbiny (Hussein), Samira Mohsen (la mère de Galal Sultan), Mamdouh Wafi (Mohamed, le beau-frère de Fatima), Magdy Emam (Galal Khalifa), Nadia Shams El Dine (la belle-mère de Nadia)
Scénario : Mohamed Othman
Musique : Shaban Abou El Sayed
Production : Mohamed Radi


Le film s’ouvre avec une citation coranique, le verset 56 de la sourate « Ad-Daryiat » : « Et je n’ai créé les djinns et les hommes que pour qu’ils m’adorent. »
Le docteur Fatima Ismaïl est dans l’avion qui la ramène en Egypte après un long séjour aux Etats-Unis où elle a passé son doctorat. Lors du voyage, elle s’aperçoit qu’un homme l’observe avec insistance. A leur arrivée au Caire, il lui adresse la parole. Il s’appelle Galal Sultan et il travaille dans le tourisme. Il affirme qu’ils se sont déjà rencontrés. A l’aéroport, Fatima est attendue par ses parents, sa sœur et son mari ainsi que par son oncle Hussein. Chose étrange : aucun d’eux n’a remarqué qu’elle était accompagnée par un homme. Une fois chez ses parents, elle se rend compte qu’elle a avec elle la mallette que portait son mystérieux interlocuteur. Elle se promet de le retrouver afin de la lui remettre. Dans sa chambre, elle découvre au fond d’un tiroir un vieil album de photo. Il rassemble des clichés d’elle et de son fiancé Galal. Leur relation s’était terminée tragiquement. Ils s’étaient disputés à propos de sa carrière professionnelle juste avant qu’il ne meure dans un accident de voiture en essayant de poursuivre le taxi dans lequel elle avait pris place. Depuis, elle est rongée par le sentiment de culpabilité. Le lendemain, elle se rend dans le centre de recherche qui doit l’employer. Elle y retrouve le docteur Othman, son ancien professeur, qui lui avoue son amour et la demande en mariage. Fatima est déconcertée par cette démarche et elle souhaite attendre avant de se prononcer. Elle a commencé à travailler depuis quelque temps quand elle a la visite de Galal Sultan. L’entretien est cordial mais son visiteur reste toujours aussi mystérieux. Il prétend venir chercher sa mallette qui contient des documents importants concernant sa mère. Fatima lui dit qu’elle est chez ses parents mais qu’elle pourra la lui restituer le lendemain. Le soir, alors que la jeune scientifique a décidé avec sa sœur d’ouvrir la fameuse mallette, les deux jeunes femmes constatent que celle-ci a disparu…

Notre avis : difficile de faire moins angoissant que ce film d'"horreur". Des effets spéciaux au rabais et une interprétation mollassonne. Adel Imam à contre-emploi et à contresens.

dimanche 31 décembre 2023

Les réalisateurs : Adel Sadeq (1934-2017)

عادل صادق

Adel Sadeq a étudié le cinéma aux Etats-Unis. De retour en Egypte, il fera l'essentiel de sa carrière à la télévision. Pour le grand écran, il tournera huit films.  Il réalise son premier long-métrage en 1966, Mon Amour au Caire, un mélodrame avec en vedette le chanteur yéménite Ahmed Qassem dont ce sera l'unique apparition au cinéma.


Deux films d'Adel Sadeq ont fait l'objet d'une présentation dans ce blog :


La Fin d’un Homme Marié (Nehayet Ragol Tazawag, 1983)
avec Samir Ghanem (Samson), Mamdouh Wafi (Mustafa), Mazhar Abu Al Naga (un ami de Samson), Boussy (Hadya), Ali Al Sharif (Mahmoud Al Samak, le père d’Hadya), Sayed Zayan (Al Trabelsi), Dalal Abdel Aziz (Enas, l’ancienne petite amie de Samson et l’épouse d’Al Trabelsi), Hanem Mohamed (Oum Al Khair), Hala Fakher (Na’asa, la seconde épouse de Samson)
Scénario : Faysal Nada
Musique : Abdul Azim Halim
Production : Hamdi Youssef et William Rizk


Samson est un célibataire endurci, très satisfait de sa condition jusqu’au jour où il fait la connaissance d’une jeune femme qui fréquente le même club de tir que lui. Elle s’appelle Hadiya, elle est traductrice pour l’UNESCO et elle est la fille d’un riche commerçant. Tout va aller très vite entre eux et comme il se doit, cela se termine par un mariage. Dès leur lune de miel, Samson comprend que sa femme a un très fort caractère et qu’elle a bien l’intention d’imposer ses choix et ses désirs au détriment de ceux de son mari. Le jeune marié croyait s’engager dans une vie de joie et de bonheur sans fin, il ne connaîtra que frustrations et désillusions. Hadiya a peu de temps à consacrer à son mari : elle voyage constamment et quand elle est à la maison c’est pour se livrer à d’interminables séances de yoga. Cerise sur le gâteau : Hadiya possède un chien qui monopolise toute son affection et se manifeste bruyamment si Samson tente de se rapprocher de sa maîtresse. Lors d’une soirée, le mari délaissé retrouve une ancienne petite amie. Elle est devenue la femme d’un collègue du père d’Hadiya mais elle ne cache pas à Samson qu’elle l’aime toujours…

Notre avis : Adel Sadeq et son scénariste Faysal Nada ont fait l’essentiel de leur carrière à la télévision ce qui explique l’esthétique un peu sommaire de ce film : la plupart des scènes ont été tournées en intérieur et mettent face à face les deux héros englués dans des discussions interminables. Ce qui change, ce sont les costumes. Le sujet, l’homme déconcerté par l’indépendance de son épouse qui travaille, est un poncif de la comédie des années soixante et soixante-dix.


Un Mari à la Demande (Zoug Taht Eltalab, 1985)
avec Adel Imam (Mamdouh Fatiah), Nabaweya Sayed (la mère de Mamdouh), Youssef Dawood (le chef de Mamdouh), Fouad El Mohandes (Zuhdi Bey, le directeur), Sally (Dawlat Hanem, la femme de Zuhdi), Wahid Hamdy (le premier témoin du mariage), Ali Al Sherif Al Saghir (le deuxième témoin du mariage), Othman Abdel Moneim (le mazoune), Mohamed Reda (Naïm Bey), Layla Olwi (Nahed, la femme de Naïm Bey), Sayed Abdel Ghani (Shaker Bey), Hala Sedqy (Hala), Mahmoud Rashad (le père de Zuhdi), Mona Darwesh (la secrétaire de Zuhdi)
Scénario : Helmy Salim
Musique : Hani Mehanna
Production : Wasif Fayez


Mahmoud est un petit employé qui vit avec sa mère dans un minuscule appartement sur le toit d’un immeuble. Son quotidien lui offre peu de satisfaction et, chaque jour, il subit résigné les mille soucis du citadin sans le sou. Un jour, il est convoqué par son directeur qui veut lui confier une mission très délicate. C’est le chef de bureau qui l’a présenté à leur supérieur comme un employé digne de confiance. Le directeur explique le problème à son employé : il a divorce trois fois de son épouse et il souhaite reprendre la vie commune. Mais comme l’exige la religion après un troisième divorce, la femme doit épouser un autre homme puis divorcer avant de pouvoir retourner avec son précédent mari. La mission de Mahmoud est simple : il doit se marier avec la femme de son directeur, passer la nuit à leur domicile puis au matin divorcer. Pour ce « service », Mahmoud empochera une grosse somme d’argent. Evidemment, il accepte. Le contrat est signé dans le salon du directeur mais en l’absence de sa femme. Avant de s’éclipser l’homme conduit Mahmoud dans une chambre en lui demandant de n’en sortir sous aucun prétexte puis il quitte son domicile pour passer la nuit dans un hôtel. Peu après, la femme du directeur fait irruption dans la chambre, mettant très mal à l’aise son nouveau mari avec qui elle a bien l’intention de vivre une véritable nuit de noces…

Notre avis : on retrouve Adel Imam dans un rôle que l'on connaît bien, celui du petit employé pauvre et sans talent qui subitement change de condition grâce aux femmes dont il satisfait tous les désirs. L’intrigue de cette comédie repose entièrement sur cette règle qui veut qu’après avoir divorcé trois fois, un couple peut à nouveau se reformer à la seule condition que la femme ait épousé un autre individu puis ait divorcé. Le mari doit donc trouver un homme de confiance qui acceptera contre une confortable indemnité d’épouser sa femme, de passer la nuit avec elle, sous le même toit mais pas dans le même lit, et au petit matin de divorcer. Evidemment, on peut imaginer le succès qu’une telle situation peut avoir auprès des auteurs de comédies pour toutes les péripéties plus ou moins scabreuses qu’elle autorise. Dans ce film, Adel Imam devient un professionnel du mariage éclair que des maris fortunés embauchent à leurs risques et périls. Cela donne lieu à des séquences un peu répétitives : à chaque fois, on assiste à la soirée, toujours un peu coquine, que le héros passe avec son épouse d’un soir tandis que le vrai mari passe la nuit seul, torturé par la jalousie. La séquence la plus réussie est sans doute la première : l’actrice Sally joue avec un grand naturel et une délicieuse sensualité l’épouse insatisfaite prête à tout pour profiter de son nouveau mari. Une comédie sans originalité mais distrayante.

jeudi 16 février 2023

Les réalisateurs : Abdul Latif Zaky (1946-2022)

عبداللطيف زكي


Abdul Latif Zaky est un réalisateur égyptien né en 1946. Il est diplômé de l’Institut supérieur du cinéma. Il commence sa carrière comme assistant puis réalise son premier film La Toile d’Araignée en 1985.
 
En 1988, son mélodrame Deux Femmes et un Homme s’est vu décerner le prix du meilleur film par le centre catholique égyptien. On y retrouve Mervat Amine qui joue le rôle d’une jeune veuve, mère d’un petit garçon, qui se bat contre une maladie incurable.

Sa filmographie sans grand relief illustre assez bien ce que devient le cinéma égyptien dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix : une industrie artistique en déclin qui produit à la chaîne de petits films sans âme, pâles copies des blockbusters américains.


Un seul film d'Abdul Latif Zaki a fait l'objet d'une présentation dans ce blog :


Lutte Fratricide (Sirae al'ahfad, 1989)
avec Nour El Sherif (Higazi Noha), Noura (Nahla), Salah El Saadani (Barhan Noha), Ashraf Al Kenzi (Magdi Noha), El Said Radi (le directeur de théâtre), Hassan Hosny (Barei Badran), Saeid Abdel Ghani (l’escroc), Farida Saif Al Nasr (Habiba), El Montaser Bellah (le clown), Abla Kamel (la servante), Sabri Abdel Aziz (le père de Nahla), Abdel Ghany Nasser (l’avocat), Naima El Soghaiar (la mère de Magdi), Amina Rizq (la grand-mère), Farouk Youssef (l’acteur de théâtre), Raafat Raji,Kamal El Zeiny (le procureur), Ashraf Tulba (le critique de théâtre), Haridi Omran (marchand de bétail)
Scénario : Karam El Niggar
Musique : Omar Khairat
Production : Screen 2000


Ibrahim Noha, un homme très riche, vient de mourir. Il avait trois fils qui ont tous disparu dans des circonstances dramatiques. Il lui reste trois petits enfants : Higazi, le paysan, Magdi, le boxeur raté et Barhan, le seul qui ait fait des études. Celui-ci est aussi fiancé à la fille d’un général mais il n’a jamais pu l’épouser faute d’argent. Après les obsèques du grand-père, les trois cousins se retrouvent chez la grand-mère pour la lecture du testament. Ils apprennent que leur grand-père était à la tête d’une véritable fortune et que tout cet argent est désormais entre les mains de son épouse. Le défunt a décidé de léguer tout ce qu’il possède au meilleur de ses trois petits enfants. Il pose au préalable une condition : ils devront tous être mariés et la grand-mère offre une première prime de cinq mille guinées à qui sera marié le premier. Magdi, le boxeur, se met aussitôt en chasse. Il demande à une danseuse du cabaret qu’il fréquente de l’épouser mais celle-ci refuse. Il se rabat sur la servante de sa mère et, une fois marié, il se précipite chez l’avocat de la famille avec le précieux acte de mariage. Las ! Son cousin Barhan l’avait déjà devancé : il avait enfin épousé sa fiancée et avait donc empoché les cinq mille guinées. Higazi lui aussi finit par se mettre en couple : son meilleur ami est clown dans un cirque et celui-ci avait incité Habiba, sa patronne, à séduire le paysan dans l’espoir de récupérer l’héritage du grand-père…

dimanche 7 février 2021

Les réalisateurs : Khairy Bishara (né en 1947)

خيري بشارة


Khairy Bishara s’intéresse au cinéma dès son plus jeune âge. Il entre à l’Institut supérieur du cinéma du Caire et en sort diplômé en 1967. En 1968, il part étudier en Pologne. C’est là qu’il rencontre sa femme. De retour en Egypte, il travaille comme assistant-réalisateur tout en enseignant le théâtre et l’écriture. A partir de 1974, il réalise un grand nombre de documentaires et de courts-métrages.
Il se lance dans le long-métrage de fiction en 1982 avec La Péniche n°70 (Al-Awwama Raqam 70)
Ses deux films les plus célèbres sont Le Collier et le Bracelet, sorti en 1986 et Ice Cream à Glim qui date de 1992.
A partir des années 2000, Khairy Bishara travaille essentiellement pour la télévision.
En 2018, il réalise la série la Malédiction du Karma avec en vedette la chanteuse libanaise, reine du glamour, Haïfa Wehbe.


Deux films de Khairy Bishara ont fait l'objet d'une présentation dans ce blog :


Le Collier et le Bracelet (Al-Towq wal-Uswura, 1986)
avec Ezzat El Alaily, Sherihan, Fardous Abdel Hamid, Ahmed Abdel Aziz, Abdullah Mahmoud, Ahmed Bedir, Mohamed Mounir, Hanan Youssef, Mohamed Dardiry, Fathia Tantawy, Hassan El Adl, Mahmoud Al-Bezzawy, Salma Al Nagar, Fathya Qandil
Scénario : Yahya El-Taher Abdullah, Khairy Beshara, Abdel Rahman El Abnoudy, Yahia Azmy
Musique : Intisar Abdel Fattah


L’action se passe en 1933, dans le village de Karnak, près de Louxor. Hazina vit pauvrement avec son mari infirme et leur fille Fahima. Elle espère que le retour de leur fils Mustafa parti travailler au Soudan leur permettra de connaître des jours meilleurs. Mais son mari meurt. Pour échapper à la misère, Hazina marie sa fille au forgeron du village. Les mois passent et Fahima n’est toujours pas enceinte. En fait, le forgeron est impuissant. Hazina craint que l’héritage de son gendre leur échappe s’il n’y a pas d’héritier. Comme tous les habitants du village elle croit en la superstition, c’est pourquoi elle décide de mener sa fille au temple. Quelques mois plus tard, Hazina découvre qu’elle est enceinte. Ce ne sont pas les esprits qui ont permis un tel miracle mais plus simplement, le gardien du temple qui a su agir de manière décisive. Quand Hazina met au monde une petite fille, son mari refuse de la reconnaître : il sait pertinemment qu’il ne peut être le père. Quelque temps après, la jeune mère meurt des suites d’une fièvre mal soignée. Farahna, la petite orpheline, est élevée par sa grand-mère.
Dans la liste des quinze meilleurs films égyptiens de tous les temps, Le Collier et le Bracelet est classé sixième.


Ice Cream à Glim (Ice cream fi Glim, 1992)
avec Amr Diab, Ashraf Abdelbaky, Simone, Hussein El Emam, Gihan Fadel, Ali Hassanein, Ezzat Abu Ouf, Hossam Hosni, Alaa Wali El Din, Hesham Nazih, Tamer Hagras, Ahmed Al Nasir, Faten Hamama (pour une très brève apparition lors d’un concert que donnent le héros et ses camarades)
Scénario : Medhat Al Adl et Mohamed El-Mansy Kandil
Musique : Amr Diab, Hossam Hosni


Seif travaille comme coursier pour une société de vente en gros de cassettes vidéo et Il vit dans un garage. Toute la journée, il circule à moto pour fournir en nouveautés les vidéos-clubs et autres commerces de la capitale. Il est fiancé à Badria, une jeune fille pauvre comme lui. Elle est vendeuse dans une boutique de luxe qui se trouve sur la route d’Alexandrie. Le soir, Seif vient la chercher à moto. Si le jeune homme supporte avec bonne humeur cette existence précaire, c’est qu’il a un rêve : depuis toujours il chante et il espère qu’un jour son talent intéressera des producteurs. En attendant, les soucis s’accumulent. Un soir, il est agressé par une bande de voyous qui lui dérobent sa moto et toute sa cargaison de cassettes. Il devra tout rembourser à son patron. Peu après, entre lui et Badria, l’ambiance se dégrade brutalement. La jeune vendeuse a toujours manifesté son impatience, sa frustration à l’égard de leur situation. Elle a fait la connaissance d’un homme mûr très riche qui lui fait miroiter une autre existence. La rupture est inévitable…

Notre avis : la vedette de ce film est Amr Diab, un jeune chanteur qui dans les années 90 est devenu la star de la chanson arabe. Comme il se doit, il a joué dans quelques films tout à sa gloire dont ce « Ice Cream à Glim » qui rencontra auprès du public un succès considérable. Dans cette comédie musicale, l’influence américaine est clairement assumée : Amr Diab porte le même blouson de cuir et arbore la même coiffure que John Travolta dans « Grease » (1978). Le personnage qu’il incarne travaille dans un vidéo club dont les murs sont tapissés d’affiches de films hollywoodiens et on entend même la voix d’Elvis Presley. Sur le plan cinématographique, « Ice Cream à Glim » n’a rien de remarquable et Amr Diab, au demeurant un jeune homme sympathique, ne manifeste pas des dons exceptionnels dans l'art dramatique. L’essentiel ce sont les chansons interprétées par celui-ci ou quelques-uns de ses partenaires. Et c’est peut-être ce qu’il y a de plus daté dans ce film : l’omniprésence du synthétiseur est parfois difficile à supporter ! Cette comédie date de 1992 mais elle baigne dans une atmosphère furieusement années 80. Si aujourd’hui, elle a toujours autant de succès c’est qu’elle permet à toute une génération de spectateurs de replonger dans sa jeunesse.

mercredi 23 décembre 2020

Les réalisateurs : Omar Abdel Aziz (né en 1953)

عمر عبدالعزيز

Omar Abdel Aziz est diplômé de l’institut supérieur du Cinéma du Caire (1976). Il débute comme assistant réalisateur pour son frère, le cinéaste Mohamed Abdel Aziz. C’est ainsi qu’on retrouve son nom au générique des comédies les plus célèbres de ce dernier. Omar Abdel Aziz réalise son premier film en 1982, Qu’il repose en Paix avec Farid Shawqi et Yousra. Cette même année, il tourne un remake de The Party de Black Edwards sous le titre d’Un Invité très Spécial. Depuis la fin des années quatre-vingt-dix, il travaille aussi pour la télévision comme réalisateur de séries.


Trois films d'Omar Abdel Aziz ont fait l'objet d'une présentation dans ce blog :


Rien à faire, c’est ainsi (Tgebha keda Tgelha Keda Heya Keda, 1983) 
avec Madiha Kamel (Souad), Samir Ghanem (Hassan), Farouk El Feshawi (Ezzat), Layla Olwi (Magda), Ibrahim Saafan (Amin Effendi, Waheid Seif (Hamdy), El-Montaser Bellah (Moselhi), Soheir Zaky (danseuse), Soheir Salem (Nabila), Mahmoud Al Zohairy (le directeur), Hussein Al Sharif (l’officier de police), Shokry Mansour (le père de Magda), Samia Mohsen (la mère de Magda) 
Scénario : Ahmed Abdel Wahab 
Musique : Fouad El Zahry (qui est crédité pour la bande originale et non pour la musique accompagnant les danses. La contribution de Fouad El Zahry est donc très modeste car le film comporte assez peu de scènes avec musique. De plus, parmi celles-ci, la plus longue est une course poursuite chorégraphiée et comme accompagnement musical, on s’est contenté de reprendre la bande originale de West Side Story !)


Hassan et Ezzat travaillent dans la même société et partagent le même appartement. Hassan avoue à son compagnon qu’il est amoureux de Soad, la secrétaire de leur directeur. Sa timidité l’empêche de se déclarer et il demande à Ezzat de parler à la jeune femme en son nom. Ezzat est très embarrassé car lui aussi est amoureux de Soad mais il finit tout de même par accepter de se faire le porte-parole de son ami. Lors de leur conversation, la secrétaire lui explique qu’elle n’est pas amoureuse d’Hassan car elle aime un autre homme. Et Ezzat comprend que cet homme, c’est lui-même…

Notre avis : une contribution exemplaire à l’enlaidissement progressif (et irrémédiable ?) du cinéma égyptien tel qu’on peut l’observer à partir de la fin des années soixante-dix. Ce film est à lui tout seul une anthologie du n’importe quoi et du n’importe comment. Il semble avoir été tourné dans une grande improvisation et pour chaque scène, les acteurs sont placés dans des lieux dont le choix n’a pas dû exiger beaucoup d’efforts aux « repéreurs » . Le plus souvent, pour masquer la misère, on filme en plans américains ou en plans rapprochés si bien que le spectateur n’aperçoit derrière les acteurs qu’un bout de mur lépreux ou une moitié de fenêtre aux volets clos. Deux scènes en extérieur mériteraient de recevoir le prix du décor le plus laid et le plus déprimant de la décennie : celle de la bagarre sur la plage et celle de la course poursuite « dansée » (on aimerait connaître le nom du chorégraphe pour le féliciter) dans un jardin public. Le scénario ? On raconte qu’il n’a fallu qu’une nuit à l’équipe pour en échafauder les grandes lignes. On s’en doutait.


Ici Le Caire (Hona Elqahera, 1985)
avec Muhammad Subhi (Sanussi), Souad Nasr (Sabrina), Medhat Ghaly (le directeur de l’hôtel), Ahmad Abu Abya (le chauffeur de taxi), Adawy Gheith (le directeur de la chambre d’agriculture), Sayed Sadek (le propriétaire du magasin de jouets), Mustafa Tawfiq (Fathy), Adel Abu Al Ghit (l’homme à l’arrêt de bus), Ahmad Al Adal (le conducteur agressif), Ali El Sherif El Sagheer (le pickpocket), Bondok Hassan (le vendeur d’eau), Fayza Abdel Gawad (la femme violente)
Scénario : Saïd Mohamed Marzouk
Adaptation du film américain Escapade à New York (The Out-of-Towners) réalisé par Arthur Hiller en 1970 avec dans les rôles principaux Jack Lemmon et Sandy Dennis.
Musique : Modi El Imam
Production : Films Mohamed Youssef


Sanussi est employé à la chambre d’agriculture de Louxor. Il a inventé un procédé pour améliorer la qualité du pain et augmenter sa conservation. Il doit se rendre au Caire pour présenter au ministère son invention. Sabrina, sa femme, l’accompagne. C’est la première fois qu’ils ont l’occasion de visiter la capitale. Après un voyage en avion qui fut une première épreuve, le couple est pris en charge par un taxi dès son arrivée à l’aéroport. Sanussi et Sabrina ne savent pas encore qu’ils vont devoir affronter bien des désagréments et bien des vicissitudes dans les rues effervescentes de l’une des plus grandes villes du monde…

Notre avis : un couple de provinciaux se retrouve plongé dans le tourbillon de la vie cairote et il devra affronter des épreuves auxquelles il n’était guère préparé. L’idée n’est pas neuve mais dans les années quarante et cinquante, il s’agissait souvent de se moquer de ces pauvres ruraux qui avaient toutes les peines du monde à s’adapter aux manières de vivre des citadins si raffinés et si élégants. Dans cette comédie, le propos est inversé : l’objet de la satire est la capitale. On nous la présente comme un monde de bruit et de fureur qui broie sans pitié les cœurs trop purs comme nos deux héros. Les péripéties sont un peu prévisibles et on ressent plus d’une fois une forte impression de déjà vu (l’inévitable scène du bus !) mais cette déambulation dans les rues du Caire des années quatre-vingt n’est pas sans intérêt. La capitale égyptienne nous est dépeinte avec un réalisme sobre, sans aucune concession ni au pittoresque ni au sordide. Les deux acteurs principaux Mohamed Subhi et Souad Nasr portent sur leurs seules épaules l’intégralité du film et ils ne s’en sortent pas si mal. On notera que le jeu de Mohamed Subhi est parfois très proche de celui d’Adel Imam. Il est vrai que son personnage aurait parfaitement convenu à ce dernier.


Les Joueurs  (Allaeiba, 1987)
avec Hussein Fahmy (Aziz, le directeur de la société), Yousra (Soso), Sayed Zayan (Basaber), Hassan Mostafa (Chawki, l’un des deux propriétaires de la société), Hamdy Youssef (Mansour, l’un des deux propriétaires de la société), Fouad Khalil (le voisin de Soso), Abdel Ghany Nasser (le directeur de la sécurité de la société), Abdallah Meshref (le domestique), Ola Ramy (Gigi), Thuraya Ezzelddin (la secrétaire), Nabawyah Saïd (la mère de Basaber)
Scénario : Ahmed Samir
Musique : Munir El Wasimi
Production : Medhat Al Sharif

Un remake du film américain Un fauteuil pour deux (Trading Places), réalisé par John Landis et sorti en 1983.


Chawki et Mansour avaient créé une société financière qui vivotait jusqu’à ce qu’ils en confient la direction à Aziz. Grâce à la rigueur de ce dernier, l’entreprise s’est rapidement développée et a généré des profits de plus en plus importants. Les deux propriétaires étaient ravis et Aziz menait grand train : il vivait dans un luxueux appartement, possédait une voiture avec chauffeur et s’apprêtait à épouser une jeune parente des deux fondateurs. Mais depuis peu, le marché est entré en récession et les bénéfices de la société ont fondu comme neige au soleil. Chawki et Mansour sont très inquiets. C’est alors qu’ils rencontrent un agent financier au chômage qui leur promet monts et merveilles. Les deux frères décident de se débarrasser d’Aziz pour confier la direction de leur société à ce « sauveur ». ils chargent leur directeur de la sécurité de tout entreprendre pour éliminer celui qui leur a pourtant fait gagner tant d’argent. En quelques heures, Aziz va tout perdre. On va l’accuser de détournement de fonds et on va le jeter en cellule le temps que son appartement soit perquisitionné. Tous ses biens sont saisis et cerise sur le gâteau : le directeur de la sécurité paie une prostituée pour qu’elle embrasse Aziz sous les yeux de sa fiancée qui rompt sur le champ. L’ancien chef d’entreprise est au désespoir mais la prostituée, qui a pourtant contribué à sa chute, va le prendre sous son aile…

vendredi 31 juillet 2020

Les réalisateurs : Ahmed Yehia (1947-2022)


أحمد يحيى

Ahmed Yehia est encore un enfant quand il fait ses premiers pas dans le cinéma. Il joue aux côtés d’Abdel Halim Hafez dans Histoire d’Amour (1959) et dans Les Filles et l’Eté (1960).
Après des études à l’institut Supérieur du Cinéma, il se forme auprès de grands réalisateurs dont il devient l’assistant. Il réalise son premier film en 1975 et il s’impose très vite comme un cinéaste de premier plan. Il remportera de nombreux prix tout au long de sa carrière. Certains critiques l’ont considéré comme le digne successeur d’Ezzel Din Zulficar.


Quatre films d'Ahmed Yehia ont fait l'objet d'une présentation dans ce blog.


La Nuit où pleura la lune (Laila Baka Feha Al Qamar,1980)
avec Sabah (Hanan), Hussein Fahmy (Ahmed), Nazim Sharawy, Nabila El Sayed, Waheid Seif, Menirva, Mohamedd Abu Hasheesh, Nabil El Dessouky, Alia Ali‏
Scénario : Farouk Sabry
Musique et chansons : Gamal Salamah, Mohamed Hamza et Abdelrahman El Abnoudy
Production : Ahmed Yehia


Mélodrame musical. Hanan est une chanteuse célèbre. Un jour, elle tombe en panne en plein désert. Elle est secourue par un jeune homme nommé Ahmed. Malgré leur différence d’âge, ils s’éprennent l’un de l’autre et se marient. Ahmed est un metteur en scène de théâtre qui n’a pas encore réussi à percer. Il compte bien exploiter les relations de sa femme pour lancer sa carrière. 
Cette histoire est inspirée d’un épisode de la vie de Sabah qui avait épousé un homme de treize ans son cadet. Grâce à elle, ce mari était devenu un metteur en scène célèbre mais pour la « remercier », il l’avait trompée avec une femme beaucoup plus jeune qu’elle.


Pour que la fumée ne s’envole pas (Hata la Yatir Al-Dukhan, 1984)
avec Adel Imam (Fahmy Abdel Hamid), Alia Ali (la mère de Fahmy), Soheir Ramzi (Sonia, la femme de chambre), Alsayed Talib (Mahrous, le restaurateur trafiquant de drogue), Fakry Abaza (Medhat Shalaby), Youssef Fawzi (Kamal), Sanaa Chafie (Raouf Mourad), Nadia Arslan (Rhaira Mourad), Mahmoud Rashad (Pacha Mourad, le père de Rhaira et de Raouf), Hamdy Youssef (Rifaat Bey), Nagwa Al Mogy (Lola, la femme de Rifaat Bey)
Scénario : Mostafa Moharam d’après une histoire de l’écrivain Ihsan Abd al-Qudus (1929–1990)
Musique : Gamal Salamah
figure dans la liste des 100 films les plus importants de l'histoire du cinéma égyptien. 


Fahmy Abdel Hamid a quitté son village pour faire des études de droit au Caire. Il devient l’ami de jeunes gens qui sont issus d’un milieu beaucoup plus aisé que le sien. Il ne tarde pas à tomber amoureux de la sœur de l’un d’entre eux. Il aimerait bien l’épouser mais la jeune fille se moque de lui quand elle découvre qu’il porte les vieux habits de son frère. Peu après, la mère de Fahmy tombe malade. Sonia, la femme de chambre de la pension dans laquelle il réside, lui propose aussitôt son aide. En revanche ses nouveaux camarades n’ont aucune compassion. Ils refusent de lui prêter l’argent nécessaire à payer l’opération qui sauverait sa mère. Cette dernière meurt. Fahmy décide de se venger. Une fois son diplôme obtenu, il va user de tous les moyens, même les plus douteux, pour devenir un personnage puissant que l'on respecte et que l'on craint...

Notre avis : un drame social qui dénonce la corruption et l'égoïsme des jeunes bourgeois convaincus que tout leur est dû, que tout leur est permis. Malheureusement, dans cette fable, le trait est parfois très gros. Les dialogues et les situations sont traités de manière trop caricaturale pour être vraiment crédibles. Adel Imam joue un jeune étudiant en droit alors qu'il a quarante-quatre ans au moment du tournage. Sa frêle silhouette et sa chevelure de jais lui permettent d'endosser sans difficulté ce rôle de composition, mais son jeu manque de nuance : durant tout le film, il arbore le même air fermé de celui qui encaisse les coups sans mot dire mais qui un jour saura les rendre. Au passage, relevons une scène qui mettra mal à l'aise plus d'un spectateur d'aujourd'hui. Alors que Fahmy, le personnage joué par Adel Imam, est présent dans l'appartement, l'un de ses condisciples s'enferme dans la chambre avec Sonia, son amie et confidente, pour la violer. La jeune femme hurle, Fahmy tente d'ouvrir la porte en vain puis décide de quitter l'appartement. Quand ils se retrouvent, Fahmy exhorte Sonia à la patience : un jour, elle sera vengée. On est consterné de voir cette dernière acquiescer au discours de celui qui n’a rien entrepris pour la sauver.
On pourrait s'étonner que ce drame figure dans la liste des 100 films les plus importants de l'histoire du cinéma égyptien. Une occasion supplémentaire de rappeler à quel point les films des années quatre-vingt ont fait l'objet d'une bienveillance toute particulière de la part des auteurs de cette liste.


Le Suicide du Propriétaire de l’Appartement (Intihar Saheb Al-shaqqa, 1986)
avec Nabila Ebeid (Farida), Kamal Al Shennawi (Abdel Aziz), Hatem Zulfikar (Hamdi), Taheya Carioca (la belle-mère de Farida), Mimi Gamal (Mervat), Wael Nour (le frère d’Hamdi), Liza (la petite fille), Amel Ibrahim (Sawsan), Samia Mohsen (Fahima, la femme de l’oncle de Farida), Hosny Abdel Jalil (l’oncle de Farida), Etedal Chahine (la directrice d’école)
Une histoire d'Ihsan Abdul Quddus
Scénario : Mostafa Moharam
Musique : Hassan Abo El Suood, Yehia Al Muji


Farida est mariée à Hamdi et tous les deux vivent encore dans l’appartement de la famille de celui-ci. Epoux à la ville, ils sont aussi devenus collègues au bureau. Mais voilà, Farida ne supporte plus l’attitude de sa belle-mère qui fait tout son possible pour monter son fils contre elle. N’y tenant plus, elle finit par quitter son mari et s’installe chez une collègue. Abdel Aziz, le directeur de la société pour laquelle elle travaille ne lui a jamais caché tout l’intérêt qu’il lui portait. Après son divorce, Farida accepte de l’épouser. Elle ne tarde pas à comprendre que son nouveau mari a non seulement un certain penchant pour l’alcool mais que c’est aussi un coureur de jupons invétéré. Après l’avoir quitté une première fois, elle revient avec une idée très précise en tête : devenir l’unique propriétaire du luxueux appartement de son mari…

Notre avis : quoi que l’on puisse penser de l’œuvre littéraire d’Ihsan Abdul Quddus, il faut reconnaître que ses histoires ont su séduire un grand nombre de cinéastes et qu’elles nous ont donné des films parfois très intéressants. Dans ses romans, Ihsan Abdul Quddus traite de la condition féminine dans la société égyptienne de son époque. Il dénonce le machisme triomphant et ses héroïnes sont souvent des femmes qui tentent de se libérer des carcans qui les oppressent. C’est le cas dans ce film d’Ahmed Yehia qui brosse un tableau très sombre des relations entre hommes et femmes. C’est la guerre et il est illusoire d’espérer une fin prochaine des hostilités. Les hommes sont des êtres veules et égoïstes et pour s’en délivrer, l’héroïne doit se montrer dure et impitoyable. Comme le montre le dénouement, la moindre faiblesse conduit à une nouvelle capitulation. Nabilla Ebeid excelle dans ce type de rôles et son partenaire, Kamal El Shennawi est formidable en grand bourgeois saisi par la débauche. Un film fort, sans complaisance, mais à l’esthétique un peu daté.


Karakoun dans la rue (karakun fi alshaarie, 1986)
avec Adel Imam (Shérif Mohamed Al-Masry), Yousra (Souad, la femme de Sherif), Liza (la petite fille), Raafat Maher Labib (le petit garçon), Ali Al-Sharif (Abou Douma, le squatteur du caveau familial de Sherif), Naima Al-Saghir (la mère de Sherif), Youssef Daoud (Shaaban), Amal Ibrahim (Ilham), Hussein Sherif (un officier de police), Abdel Moneim Elmarsfy (le magistrat), Adawi Ghaith (Hajj Nadi, le promoteur escroc), Angel Aram (l’une des victimes de Hajj Nadi), Diaa Al-Mirghani (un officier de police), Afaf Abdel Razik (la présentatrice de la télévision), Hamdi Youssef : (Hamdi)
Scénario : Ahmed Al Khatib
Dialogue : Basyouni Othman
Musique : Amar Al Charia
Production : New Art Film (Ahmed Yehya)


L'ingénieur Sharif est marié à Souad, une jolie enseignante. Ils ont déjà une fille Sarah et un fils Hani, et Souad attend un troisième enfant. La petite famille réside dans un grand appartement dans lequel vit aussi la mère de Sharif. Leur existence va soudain basculer : ils doivent quitter précipitamment leur immeuble qui menace de s’effondrer. Les autorités de la ville dressent des tentes pour accueillir tous les résidents mais la promiscuité imposée devient vite insupportable. Heureusement, une collègue de Souad leur propose de s’installer chez elle, le temps qu’ils trouvent un autre logement. Le mari de cette collègue accepte mal la présence de toute cette famille et il se comporte en véritable tyran, multipliant les petites humiliations à l’encontre de ses invités. L’homme finit même par rudoyer Hani, le fils de Sharif et de Souad. C’en est trop pour Sharif. Il se jette sur l’individu pour le rosser à son tour. Evidemment, toute la famille se retrouve dans la rue à la recherche d’un nouveau refuge. Sharif décide de s’installer au cimetière, dans le tombeau familial. En arrivant, ils découvrent que les lieux sont déjà occupés par un homme qui revendique le droit d’y demeurer. Sharif et son squatteur se retrouvent devant un juge. Ce dernier décide que les deux parties devront cohabiter…

Notre avis : une chronique sociale qui évoque les difficultés de logement rencontrées par les Cairotes de la classe moyenne dans les années 1980. De nombreux films s’intéressent à ce problème et, en cette même année 1986, Ali Abdel Khalek propose lui aussi une œuvre sur le sujet, avec des péripéties assez semblables : "Cimetières meublés à louer" (Madafen Mafrosha Lligar).
Pour incarner les deux héros, le cinéaste réunit Adel Imam et Yousra, un couple bien connu des spectateurs égyptiens. Et on les retrouve dans des situations que l’on a déjà rencontrées dans d’autres films de la même époque. Le parcours est balisé et l’on ne sera pas déstabilisé par ce récit assez convenu.
« Karakoun dans la rue » raconte, sur un ton doux-amer, les multiples obstacles qui se dressent devant le citoyen ordinaire en quête d’un toit. Les auteurs dénoncent la grande vulnérabilité de celui-ci face à une administration dénuée d’empathie et face à des entreprises dirigées par des escrocs sans scrupule. L’ensemble n’est pas déplaisant, même si le rythme demeure un peu languissant : les scènes semblent étirées au maximum de leurs potentialités et l’on souhaiterait parfois que le cinéaste recoure davantage à l’ellipse ou au raccourci. Rien de véritablement original donc dans cette satire, si ce n’est la dernière partie où l’on nous assène un étonnant plaidoyer en faveur du caravaning.

samedi 30 mai 2020

Les réalisateurs : Mohamed Shebl (1949-1996)

محمد شبل

Mohamed Shebl était un réalisateur et scénariste égyptien. Il a d’abord entrepris des études de chinois et de russe en Union Soviétique puis il a séjourné aux Etats Unis afin de se former aux métiers du cinéma. Il s’est très vite spécialisé dans le film d’horreur. Il réalise son premier film en 1981 ; il est intitulé Anyaab (Crocs) et c’est un remake à la mode égyptienne de la comédie musicale déjantée The Rocky Horror Picture Show réalisée en 1975 par l’américain Jim Sharman. On doit aussi à Mohamed Shebl une série de documentaires sur l’œuvre et la personnalité de Youssef Chahine. Il meurt en 1996, à l’âge de 47 ans.


Un seul film de Mohamed Shebl a fait l'objet d'une présentation dans ce blog :


L’Amulette (Al Tawidhah, 1987)
avec Mahmoud Yassin (Mahmoud, le père), Yousra (Rawya, la mère), Maher Esam (le fils), Taheya Carioca (la mère de Mahmoud), Abla Kamel (Faten, la sœur de Mahmoud), Adel Abou Gheit (le Tarek Al Desouki (le policier Atef Abdel Hamid), Marwa El Khatib (Nadia, la sœur cadette de Mahmoud), Naïma El Soghaiar (la fausse magicienne), Fayza Abdel Gawad (une autre « magicienne »), Fouad Khalil (Salim Bey), Mahmoud Al Bazawi (un agent de la police scientifique))
Scénario et musique : Mohamed Shebl


Film d’horreur "grand guignol"C’est l’histoire d’une famille ordinaire composée d’un couple, de son jeune fils, de la grand-mère et des deux jeunes sœurs du mari. Tous les six vivent dans la vielle demeure familiale. Mahmoud, le père, est professeur d’histoire et son modeste salaire ne permet pas d'entretenir l'antique bâtisse qui se délabre année après année. Une nuit, toute la famille est réveillée par des phénomènes étranges. Ceux-ci ont été provoqués par un serviteur du Démon qui souhaite acquérir la maison. Un jour, il se rend au domicile de Mahmoud : il se présente comme un homme d’affaires investissant dans l'immobilier et très intéressé par leur propriété. Il ouvre la mallette qu'il tenait à la main : elle est bourrée de gros billets. C'est assez pour convaincre la grand-mère mais les enfants refusent catégoriquement d’abandonner un bien que leur ont légué leurs ancêtres. A partir de là, les incidents maléfiques vont se multiplier : les meubles prennent feu, l'eau devient du sang etc. 

Notre avis : devrait figurer en bonne place dans toute encyclopédie mondiale du nanar. Le réalisateur a certes des références. On sent que dans sa jeunesse il a beaucoup visionné « Shining » ou bien « Carrie » et qu’il tente de faire un peu la même chose avec, il est vrai, des moyens beaucoup plus modestes. Le résultat est catastrophique. La dernière séquence atteint des sommets dans le gore grand guignol. Le sang coule à flots !

lundi 6 avril 2020

Les réalisateurs : Samir Séif (1947-2019)

سمير سيف

Biographie de Samir Séif sur cette page du blog 

Neuf films de Samir Séif ont fait l'objet d'une présentation dans ce blog : 

Le Cercle de la Vengeance (Da’irat Al-Intiqam, 1976)
avec Nour Al Sherif, Mervat Amine, Shwikar, Youssef Chaban, Ibrahim Khan, Salah Kabil, Omar El-Hariri, Hayat Kandel, Abdel Salam Mohamed, Fatheia Shahin, Mustafa Metwalli, Muhamed Faraj, Mohamed Shawky, Zizi Mostafa, Mahmoud Kamel, Helmy Hilaly, Hanem Mohamed, Lucy, Saleh Al-Eskandarani, Tawfiq Al Kurdi, Eetedal Shahin, Abdul Moneim Al Nimr, Hussein Arar, Mohamed Suleiman, Ahmad Bedir, Myrna Loy
Adaptation du Comte de Monte-Christo, un roman d'Alexandre Dumas
Scénario : Samir Seif et Ibrahim EL Mougy
Musique : Fouad El Zahry


Quatre voleurs réussissent à s’emparer d’une somme d’argent considérable. Mais Gaber Abdel Wared, celui qui a réussi à percer le coffre-fort, est trahi par les trois autres. Il se retrouve en prison. Ses anciens camarades se sont partagé le butin et pendant des années ils vont mener l’existence heureuse des nouveaux riches. Quand Gaber sort enfin de prison, il n’a plus qu’une idée en tête : se venger.


Le Suspect (Al Mashbouh, 1981)
avec Soad Hosny (Batta), Adel Imam (Maher), Said Saleh (Bayoumi, le frère aîné de Maher), Farouk El Feshawi (Tarek, l’officier de police), Fouad Ahmed (Hamouda, le complice des deux frères), Ali El Sherif (Afyonah, un bandit), Saïda Galal (une prostituée), Karim Abdel Aziz (l’enfant de Maher), Mona Abdallah (l’infirmière), Kasem El Daly (le mazoun), Mohamed Ashoub (le barman), Hamdi Youssef (le père de l’officier de police)
Scénario et dialogues : Ibrahim El Mougy et Samir Seif
Adaptation du film Les Tueurs de San Francisco (Once a Thief, 1965) du réalisateur américain Ralph Nelson avec Alain Delon et Jack Palance
Musique : Hany Shenouda


Chronique sociale. Maher est un voleur. Alors qu’il est en train de cambrioler un appartement, il fait la connaissance de Batta, une prostituée qui y reçoit ses clients. Les policiers font leur apparition. Pour leur échapper, Maher se bat comme un beau diable, il est blessé à la jambe mais il blesse à son tour l’officier de police Tarek. Il parvient à s’enfuir et trouve refuge au domicile d’Oum Al Ayyal, la receleuse. Il y retrouve ses deus complices, Bayoumi, son frère aîné et Hamouda. On lui enlève la balle fichée dans sa jambe et une fois rétabli, Maher n’a plus qu’une idée en tête : retrouver Batta. Il erre dans les bars et les cabarets où travaillent les prostituées mais c’est la jeune femme qui le retrouve chez Oum Al Ayyal. Maher et Batta s’avouent leur amour et décident de se marier, malgré l’opposition de Bayoumi, le frère du jeune homme. Quelques mois plus tard, Batta est enceinte. Alors que Maher l’accompagne à l’hôpital où elle doit accoucher, il est arrêté et conduit au commissariat. Là, il retrouve Oum Al Ayyal qui attend d’être interrogée. Elle lui apprend qu’Hamouda avait été arrêté et qu’il les avait tous dénoncés mais que son frère avait réussi à fuir. Dans la cellule où il est transféré, Maher retrouve Hamouda et l’agresse violemment. Pour cette agression, il est condamné à cinq ans de prison. Pendant ce temps-là, l’inspecteur Tarek recherche toujours le malfrat qui l’a blessé…

Notre avis : c’est le premier grand rôle dramatique d’Adel Imam et il s’y révèle remarquable, à la grande surprise de beaucoup (On raconte que même le réalisateur n’était pas au départ favorable au choix d’Adel Imam pour son personnage mais qu’il reconnaitra très vite son erreur d’appréciation.) Dans cette chronique sociale en forme de thriller, l’acteur incarne avec un réalisme stupéfiant, un petit délinquant dont toutes les tentatives pour mener une vie normale sont vouées à l’échec, comme si le destin s’acharnait à le faire replonger dans le monde des voyous et des truands. « Le Suspect » est un film d’action qui évite tout manichéisme. Les personnages sont montrés avec toute leur complexité et sont traités avec la même humanité, les truands comme les flics, les braves comme les lâches. Autour d’Adel Imam, les autres acteurs sont tout aussi sensationnels, notamment Soad Hosny* dans le rôle de la compagne du héros, Saïd Saleh dans celui du frère et Farouk El Feshawi dans celui de l’inspecteur Tarek. Dans ce film, Soad Hosny forme avec Adel Imam l’un des couples les plus émouvants du cinéma des années 80.
*1981 marque le grand retour à l’écran de l’actrice après le semi-échec du film «La Sauvage « réalisé en 1979 par ce même Samir Seif. Cette année-là elle tourne aussi avec Salah Abou Seif, Mohamed Khan et son mari, Ali Badrakhan.


Un Inconnu dans ma maison  (Ghareeb fi Baity, 1982)
avec Soad Hosny (Afaf), Moamen Hassan (le fils d’Afaf), Nour El Sherif (Shehata Abou Kaf), Ali El Sherif (un des acheteurs), Ibrahim Kadri (l’agent immobilier), George Sedhom (Saad Marzouk, l’ancien propriétaire de l’appartement), Hassan Mostafa (Ali Nachif, l’entraîneur du club), Nabila El Sayed (Kaouther, la collègue d’Afaf), Wahid Seif (le réceptionniste de l’hôtel de passe), Seif Allah Mokhtar (l’assistant d’Ali Nachif), Hayatem (la séductrice), Mohamed Abou Dawoud (l’officier de police)
Scénario et dialogues : Wahid Hamid
Remake d’Adieu, je reste (The Goodbye Girl), un film américain réalisé par Herbert Ross en 1977.
Musique : Hany Shenouda


Comédie. Shehata est un jeune footballeur d’Al Minya, la capitale de la Moyenne-Egypte. Il a reçu un télégramme du prestigieux club de Zamalek qui a décidé de l’engager et qui lui demande de rejoindre au plus vite Le Caire. C’est la première fois que Shehata se rend dans la capitale et les difficultés commencent dès sa sortie de la gare. Il hèle un taxi et s’apprête à y monter mais une jeune femme (On apprendra plus tard qu’elle se prénomme Afaf.) prétend qu’elle lui avait fait signe avant lui. Tandis que la discussion s’envenime, un voleur s’empare du porte-monnaie de l'une et du portefeuille de l'autre puis s’enfuit en prenant le taxi que Shehata et Afaf se disputaient. Les deux antagonistes constatent la disparition de leur argent et s’accusent mutuellement. Ils se retrouvent au commissariat pour s’expliquer. L’officier de police est au départ assez mal disposé à l’égard de Shehata mais c’est l’entraîneur du club de Zamaleck lui-même qui vient le délivrer. Le policier est confus d’avoir rudoyé une future étoile du football. Shehata et Afaf ressortent libres du commissariat.
Afaf est une infirmière qui depuis la mort de son mari élève seule son fils. Après les mésaventures de la journée, la mère et l’enfant retrouvent la petite chambre qu’ils occupent dans une pension modeste. De son côté, Shehata s’est installé dans un hôtel sans savoir que celui-ci accueille essentiellement des prostituées et leurs clients. Le soir même, des policiers investissent l’établissement et embarquent tout le monde. C’est ainsi que le footballeur se retrouve encore une fois en cellule.
Afaf cherche à acheter un appartement qui puisse l’accueillir elle et son fils. Elle l’a enfin trouvé et a hâte de s’y installer. Pour le récompenser de ses bons résultats, le club de Zamaleck offre à Shehata un logement. Mais ce que vont découvrir Afaf et Shehata, c’est qu’ils ont été victimes d’un escroc et qu’ils vont devoir cohabiter dans le même appartement…

Notre avis : quand elle tourne dans ce film, Soad Hosny est âgée d’à peine quarante ans et elle se trouve déjà au crépuscule de sa carrière. Elle jouera ensuite dans quelques films sans grand intérêt et quittera définitivement le monde du cinéma en 1991. « Un Inconnu dans ma maison » est sa dernière comédie et on doit reconnaître qu’elle n’y brille pas de manière particulière. On est très loin de la star qui dans les années soixante et soixante-dix ravissait le public par sa sensualité, sa bonne humeur et son énergie. Dans ce film, Soad Hosny semble un peu l’ombre d’elle-même donnant consciencieusement la réplique à son partenaire Nour El Sherif. Il est vrai que le scénario n’offre rien d’excitant pour une actrice ou un acteur. On reste dans la comédie gentiment sociale et pleine de bons sentiments. A voir quand même pour la prestation explosive d’Hayatem à qui nous devons l'une des scènes les plus drôles du film. Signalons enfin que c’est l’un des très rares films dans lesquels Soad Hosny joue une mère de famille (Elle-même n’a jamais eu d’enfant, ceci expliquant peut-être cela.)


L’Ogre (Al Ghoul, 1983)
avec Adel Imam (Adel), Nelly (Moushira, la fille non reconnue de Fahmy), Farid Shawki (Fahmy Al Kashef), Salah El Saadani (le procureur général), Hatem Zu El-fakar (Nash’at Al Kashef), Sherifa Zayton (Fadia), Osama Abbas (Youssef Nahran), Abdel Salam Mohamed (Morsi), Nadia Ezzat (la femme de Morsi), Badr Nofal (le médecin), Samir Wahid, Nawal Fahmy (Hayat, l’épouse de Fahmy), Mahmoud El Zohairy (le rédacteur en chef), Said Tarabik (le barman), Fouad Khalil (un journaliste), Youssef Fawzy (le patron du bar)
Scénario : Wahid Hamid 
Musique : Hany Shenouda, Hany Kota


Adel est un journaliste. Depuis son divorce, il vit seul et il passe ses soirées dans les bars. C’est dans l’un d’eux, le Canaria, qu’il fait la connaissance de Nash’at Al Kashef, le fils d’un puissant homme d’affaires. Dans le bar se trouvent aussi Fadia, une danseuse et Morsi, son musicien. Ils ne savent où passer la nuit et Nash’at propose de les héberger. Le trio quitte le bar pour se rendre dans l’appartement du fils de l’homme d’affaires. Mais les événements ne vont pas se dérouler comme prévu. Nash’at tente d’agresser Fadia. Morsi intervient pour libérer la danseuse. Les deux artistes parviennent à quitter l’appartement. Une fois dans la rue, ils se croient hors de danger mais Nash’at les a suivis. L’homme monte dans sa voiture et se lance à la poursuite des deux fugitifs. Aveuglé par la rage, Nash’at renverse Morsi et Fadia puis disparaît dans la nuit. Le premier meurt sur le coup et la seconde est conduite à l’hôpital. Adel s’est rendu sur le lieu de l’accident et il devine que Nash’at a forcément une responsabilité dans ce drame. Il prévient la police mais le père du meurtrier intervient pour empêcher les poursuites contre son fils. Le journaliste s’obstine : il parvient à joindre Fadia et il la convainc de témoigner devant les policiers. Nash’at est arrêté…


Méfie-toi du Khott (Aihtaras min alkhut, 1984)
avec Adel Emam (Khasous), Lebleba (Boulboul), Samir Sabri (Samy), Layla Fahmy (Fahima, la mère de Boulboul), Abdallah Farghaly (l’entrepreneur Massad), Fouad Khalil (le docteur), Ahmed Shokry (Sukkar), Abdelsalam Mohamed (tueur à gages), Omaima Selim (la cuisinière), Mohamed Farid (le voleur), Zakaria Mowafy (l’employé de la morgue), Mustafa Kamal (le juge)
Scénario : Sherif El Minyawi
Musique : Hani Shenouda
Production : Egypt Arabian Films (Wassef Fayez)


Khasous travaille dans l’entreprise de bâtiment fondée par son oncle, aujourd’hui dirigée par sa cousine Boulboul dont il est follement amoureux.
Sami, le directeur financier, se présente comme son ami, mais c’est un homme profondément corrompu. Englué dans des opérations frauduleuses avec d’autres entrepreneurs, il nourrit un objectif précis : épouser Boulboul pour prendre le contrôle de l’entreprise. La foncière honnêteté de Khasous devient alors un obstacle à éliminer.
Sami se rend chez Boulboul et sa mère pour calomnier Khasous, l’accusant de n’être intéressé que par leur argent. Puis, cyniquement, il pousse Khasous à faire sa demande en mariage. Le jeune homme, sincère mais naïf, obéit… et se fait humilier. Chassé de la maison, il est aussitôt licencié.
Désespéré, Khasous se confie à Sami, qui feint la compassion et lui souffle une idée monstrueuse : commettre un suicide pour donner une leçon à celles qui l’ont rejeté. Il lui promet même de trouver quelqu’un pour « l’aider ».
Mais le tueur engagé, plus humain que prévu, refuse d’abattre l’infortuné et lui conseille plutôt de feindre sa mort pour observer la réaction de ses proches.
Le lendemain, les journaux annoncent le décès de Khasous. Sami en profite pour l’accuser de falsification et de détournement de fonds, espérant ainsi effacer tout obstacle et épouser Boulboul en toute tranquillité.
C’était sans compter Khasous, bien décidé à se venger. Le jour du mariage, il réapparaît, déguisé en paysan de Haute‑Égypte, prétendant être le frère du défunt…

Notre avis : cette histoire de vengeance semble taillée sur mesure pour Adel Imam, qui y déploie toutes les facettes de son génie comique. Grimé tour à tour en paysan ou en vieille femme, vociférant avec une belle énergie, il transforme chaque scène en numéro d’acteur. Les admirateurs de la star goûteront cette farce où un homme du peuple, humilié et calomnié, parvient à reprendre la main et à se faire justice. Le public ne s’y est pas trompé : le film connut un succès considérable à sa sortie.
Outre la présence magnétique d’Imam, la dénonciation de la corruption et de la cupidité qui gangrènent certains milieux a sans doute contribué à séduire un large public. Samir Sabri, loin de ses rôles de bellâtre sympathique des années 1970, incarne avec une conviction inattendue l’infâme Sami, archétype de l’arriviste sans scrupules prêt à tout pour conquérir pouvoir et argent.
Le spectateur d’aujourd’hui accueillera sans doute cette comédie avec plus de réserve : elle recycle les procédés du théâtre de boulevard égyptien, un registre dont l’exubérance passe souvent mal à l’écran. Reste un divertissement populaire, porté par un Adel Imam en pleine forme malgré un rythme de tournage infernal : en 1984, il est à l’affiche de huit films !


La Foire  (Al Mouled, 1989)
avec Adel Imam (Ibrahim/Hema), Yousra (Amara), Amina Rizk (Baraka), Mostafa Metwali (Jaber), Eman (Didi), Ahmed Samy Abdallah (Idriss, le mari de Baraka), Gamal Ismaïl (Abou Al Nazar), Abdallah Farghaly (Ali, le boiteux), Karim Al Husseini (le plus jeune fils de Baraka), Saïd Tarabiq (Sawi, membre du gang), Ahmed Salama (Saïd, membre du gang), Ali Qaoud (Ismaïl, membre du gang), Nour al-Demerdash (le Pacha, chef de gang), Aziza Rachid (Suzy)
Scénario : Mohammed Galal Abdel Kawy
Musique : Hany Shenouda 
Production : Wasef Fayez


Thriller. Lors d’une fête religieuse, des parents perdent leur petit garçon dans la foule. Il est recueilli par un vendeur ambulant qui va l’élever avec sa fille dans un bidonville. L’enfant grandit au milieu des bandits et des voyous et devenu adulte, il a entamé une carrière de délinquant. Mais il finit par se repentir et souhaite mener une vie honnête. Malheureusement, la police l’arrête pour un délit qu’il n’a pas commis. Avec l’aide de sa « sœur » (la fille de son ravisseur), il parvient à s’échapper. Parce qu’il a besoin d’argent, il décide faire un dernier cambriolage. Il a choisi une luxueuse villa et la nuit venue, il parvient sans peine à s’y introduire. Il ne sait pas que cette belle maison appartient à Didi, une jeune femme blonde très séduisante qui dirige une bande de malfaiteurs spécialisée dans la contrebande. Le jeune homme est tout de suite repéré par la propriétaire et ses hommes de main. La confrontation est violente mais Didi est impressionnée par l’audace et le courage de son voleur. Elle veut en faire son associé…

Notre avis : dans les années quatre-vingt, Adel Imam et Samir Seif ont tourné ensemble à maintes reprises. Ce thriller est l’un des derniers de leur fructueuse collaboration. Nous sommes plongés dans un monde où la violence règne sans partage. Il faut tuer pour ne pas être tué. Et du coup on peine à éprouver la moindre sympathie à l’égard du héros qui fait preuve de la même férocité que ceux qu’il combat. Outre le fait que le personnage joué par Adel Imam est terriblement déplaisant, on a beaucoup de mal à croire au « happy end » imaginé par les auteurs. On soulignera néanmoins l’excellente prestation des deux partenaires féminines d’Adel Imam : Yousra, très émouvante en femme meurtrie et amoureuse et Eman, impressionnante en chef de gang aussi belle que redoutable.


la Danseuse et le Politicien (Al-raqissa wa-l-siyasi, 1990)
avec Nabila Ebeid (Sonia Salim), Salah Kabil (Khaled Madkour), Mustafa Metwali (le chef de cabinet de Khaled Madkour devenu ministre), Farouk Falawkas (Shafiq Tarar, l’homme d’affaires de Sonia), Roshdy El Mahdy (Abdel Barr, haut-fonctionnaire), Mustafa Hashish, le policier), Mohamed El Tagy (le journaliste), Mustafa Hachem (l’avocat), Ezzat Al Mashad (le responsable du parti)
Scénario : Wahid Hamid
Adapté d’un roman d'Ihsan Abdul Quddus
Musique : Mohamed Sultan, Farouk Salamah, Khaled El Amir
Production : Screen 2000
appréciation : 2/5


Sonia Salim est une célèbre danseuse. Un jour elle voit à la télévision un ministre qui lui rappelle une ancienne relation. En effet c’est Abdel Hamid Rafat qu’elle a connu il y a une dizaine d’années. Il était venu la voir dans le cabaret où elle travaillait. Il lui avait demandé de danser pour un homme politique important lors d’une soirée privée. Elle serait très bien payée. Elle avait accepté. Après sa prestation, il l’avait raccompagnée à son domicile et ils avaient passé la nuit ensemble. Elle ne reçut jamais la somme promise et puis elle avait fini par oublier totalement cet amant d’un soir. Le revoir soudain à la télévision dans les habits de ministre l’a totalement bouleversée. Sonia veut reprendre contact avec lui. Grâce à son assistant, elle obtient ses coordonnées. Abdel accepte un rendez-vous. Ils couchent à nouveau ensemble. Mais Abdel comprend que cette liaison peut lui porter préjudice. Les élections approchent et un scandale aurait de fâcheuses conséquences pour lui et son parti. Il décide de rompre définitivement. Il donne des consignes très strictes à son équipe pour que tous les appels de Sonia soient impitoyablement rejetés.

Notre avis : « la Danseuse et le Politicien » se présente comme un film engagé plein de bonnes intentions : on suit le combat d’une femme courageuse qui ose s’en prendre à un ministre pour réaliser un projet cher à son cœur, la construction d’un orphelinat.
Le film dénonce les préjugés qui ont toujours cours à l’encontre des danseuses ravalées au rang de prostituées. Les hommes de pouvoir les emploient volontiers pour agrémenter une manifestation officielle tout en leur vouant un mépris absolu.
On peut saluer la performance de Nabila Ebeid, qui à quarante-cinq ans passés, exécute plusieurs danses et joue dans des scènes d’amour assez osées. Elle qui fut l’une des actrices les plus populaires du cinéma égyptien tient à dire à son public qu’elle est toujours à la hauteur de sa réputation et qu’on aurait tort de la considérer comme une has been. Soit.
Mais ce qui nous gêne le plus dans ce film, c’est son caractère hypocrite car au final, les auteurs partagent les préjugés qu’ils prétendent dénoncer : la danse reste un art immoral, et pour se racheter, Sonia emploie toute sa fortune mal acquise pour le bonheur des enfants abandonnés. La morale est claire : le salut passe forcément par l’abandon du métier de danseuse.



Shams al-Zanati (1991)
avec Adel Imam (Chams Al Zunati), Mahmoud Hemeida (le Marshall Boraie), Sawsan Badr (Hena), Mahmoud El Gendy (Salama Al-Tafshan), Mustafa Metwalli (Sayed Saberto), Abdullah Mahmoud (Awad Al Kalaf), Ahmed Maher (Abdo Qarnas), Ibrahim Nasr (Jeidi), Roshdy El Mahdy (Cheikh Atman), Ali Abdel Rahim (Sambo), Noha El Amroussy (Nana'a), Sayed Trabik (Dadour), Ahmed Samy Abdallah (le propriétaire de la forge), Gharib Mahmoud (le patron de la carrière)
Scénario : Magdy Hedaya
Adaptation du film américain Les Sept Mercenaires réalisé par John Sturges en 1960
Musique : Hani Shenouda
Production : Pop Art Film


Pendant la seconde guerre mondiale, les bédouins d’une petite oasis sont régulièrement attaqués par une bande d’hommes armés dirigée par le Marshall Boraie. Ces criminels s’emparent de tous leurs vivres et exécutent ceux qui osent s’opposer à leur pillage. Le Cheikh Atman, le chef de l’oasis, décide de réagir et d’organiser la résistance : il se rend au Caire à dos de chameau pour acheter des armes. Dans la capitale, il retrouve Hena, une jeune veuve qui a quitté l’oasis pour tenir un petit commerce. Elle le met en relation avec Chams Al Zanati, un résistant qui lutte activement contre les occupants anglais. Par amour pour la jeune femme, celui-ci accepte d’aider Cheikh Atman à se débarrasser du Marshall Boraie et de ses complices. Il contacte cinq hommes qui furent ses compagnons à l'armée : Sayed Saberto, lanceur de poignards dans un cirque, Salama, marginal sans le sou, Jeidi, forgeron, Sambo, ouvrier dans une carrière et enfin Abdo Qarnas, souteneur et trafiquant de drogue. Un sixième personnage, Awad Al Kalaf, se joindra à eux et c'est donc à sept qu'ils prennent la route pour l’oasis, accompagnés du Cheikh et de Hena…


Fiché Dangereux (Musagal Khatar, 1991)
avec Adel Imam (Sayed Kabaka), Salah Kabil (Mustafa), Sayed Abdel Ghani (le proxénète Badr Salim), Mustafa Metwalli (Tariq Shahin), Sanaa Shafea (Safwat Shalabi), Hadel (Yasmine, la fille de Mustafa), Nadia Rafik (Madame Salima, la voisine de Mustafa), Fouad Farghaly (le marchand d’armes), Mohamed Abou El Enein (le trafiquant de drogue), Hatem Zulficar (Toto, l’assistant de Badr), Mohamed El Dafrawi (l’ancien tueur à gages), Hend Akef (la secrétaire), Bardees (la danseuse)
Scénario : Wahid Hamed
Musique : Hani Shenouda


Sayed, Mustafa et Badr se sont connus en prison. Sayed est un ancien mécanicien qui a trouvé une activité plus lucrative en volant dans les voitures, Badr est un proxénète flamboyant et enfin Mustafa avait accepté d’être condamné tout seul pour cambriolage afin que ses deux complices échappent à la justice. En échange ceux-ci avaient promis de s’occuper de sa fille mais aussi de sa femme qui était gravement malade. Ils s’étaient engagés à payer tous les frais médicaux que son état exigeait. Sayed, Mustafa et Badr sont libérés en même temps. Sayed reprend aussitôt ses vols et Badr renoue avec sa vie de nabab entouré de toutes ses filles. Pour Mustafa, le retour est plus dramatique : en rentrant chez lui, il retrouve un appartement vide. Sa vieille voisine lui apprend que sa femme est morte et que sa petite fille a été placée dans un orphelinat. Il comprend que ses deux "amis" n’ont pas tenu leur parole. Mustafa a décidé de se venger. Il recontacte Badr, le proxénète…

Notre avis : assurément, pas le meilleur film d’Adel Imam. Un thriller poussif qui nous propose une vision très folklorique du proxénétisme et de la prostitution. Tout le film est construit sur les stéréotypes qu’affectionnent les réalisateurs de films de série B ou plutôt de série Z : les bandits portent des lunettes de soleil et fument le cigare tandis que les filles se prélassent sur les canapés du salon, toujours disponibles pour leurs hommes ou les amis de ceux-ci. On notera que les personnages sont très souvent au volant de leurs voitures : comme dit la chanson, ça fait passer le temps…