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jeudi 16 juillet 2026

Un Crime dans un Quartier Tranquille (garimat fi alhayi alhadi, 1967)

جريمة في الحي الهادي
إخراج : حسام الدي مصطفى



Houssam Al Din Mustafa a réalisé Un Crime dans un Quartier Paisible en 1967. 
Distribution : Mahmoud Rashad (Lord Moyne), Nadia Lutfi (Gina, l’assistante d’Aziza), Rushdy Abaza (Ahmed Ezzat, l’enquêteur égyptien), Zouzou Nabil (Aziza, la chef du réseau égyptien de l’organisation sioniste), Suhair Al-Morshedy (Souad, la femme d’Ahmed Ezzat), Sanaa Mazhar (Aliyah, l’amie de Souad), Zein Al-Ashmawy (Eliyahu Beit Zori, le premier tueur), Rashwan Tawfiq (Eliyahu Hakim, le second tueur), Ali Gohar (Major David), Mohamed Sobeih (un membre du gang), Ola Rami (la fille d’ Ahmed Ezzat), Abdul Qader Hussein (un membre du gang), Nasr Saif (un membre du gang), Ola Rami (la fille d’ Ahmed Ezzat), Yacoub Tanios (un officier égyptien), Nazim Shaarawi (un officier des renseignements égyptiens)
Scénario : Hassan Ramzy, Abdel Monsef Mahmoud, Al Sayed Ziada
Musique : divers emprunts à des B.O de films américains dont celle du film Hotel de Richard Quine sorti la même année. Celle-ci a été composée par Johnny Keating et Houssam Al Din Mustafa reprend le thème intitulé "Elevator".
Production : Hassan Ramzy

Zouzou Nabil






Ali Gohar








Nadia Lutfi








Rashwan Tawfiq et Zein Al Ashmawy







Nadia Lutfi








Nadia Lutfi








Ola Rami








Sanaa Mazhar








Rushdy Abaza et Nadia Lutfi








Rushdy Abaza et Suhair Al-Morshedy

















Résumé

Le film s’inspire d’un événement réel : l’assassinat, le 6 novembre 1944 au Caire, de Lord Moyne, représentant du gouvernement britannique en Egypte par deux membres du Lehi (groupe Stern), Eliyahu Beit Tsouri et Eliyahu Hakim. Le réalisateur précise d’emblée que l’action est transposée dans l’Égypte des années 60, sans reconstitution de l’époque.

Le groupe Stern, convaincu que Lord Moyne s’oppose à la création d’un État juif en Palestine, décide de l’éliminer. Deux de ses militants, Eliyahu Hakim et Eliyahu Mitsuri, sont envoyés en Égypte. Sur place, ils sont pris en charge par un réseau clandestin dirigé par Aziza, secondée par Gina, danseuse de cabaret. Cette dernière, chargée de les « accueillir », passe la nuit avec eux dès leur arrivée.

Après une longue période d’attente, l’ordre d’exécution tombe enfin. Les deux hommes se rendent à la résidence de Lord Moyne en se faisant passer pour des réparateurs de téléphones. Lorsque la voiture du gouverneur pénètre dans la cour, ils l’abattent ainsi que son chauffeur, puis s’enfuient à vélo dans les rues encombrées du Caire. Mais la police les rattrape rapidement.

L’enquête est confiée à l’officier Ahmed Ezzat, qui devait pourtant partir en vacances avec sa famille. Les deux assassins refusent de parler, mais Ahmed parvient à remonter la piste jusqu’à l’immeuble où réside Gina. Il se fait passer pour un homme d’affaires et entreprend de séduire la jeune femme. Elle l’invite à la retrouver dans son cabaret le lendemain soir. A partir de là, ils ne vont plus se quitter et deviennent amants.

Une nuit, alors qu’Ahmed raccompagne Gina et qu’ils s’embrassent fougueusement au pied de son immeuble , une amie de Soad, la femme d’Ahmed, passe en voiture et les surprend. Evidemment, cette amie va aussitôt prévenir l’épouse bafouée. Cette dernière décide de rencontrer Gina pour lui demander de renoncer à son mari. C’est lors de l’entretien que Soad comprend qu’Ahmed est en relation avec cette femme pour les besoins d’une enquête mais il est trop tard. Gina a la certitude que son bel amant lui ment. Aziza charge un membre du réseau d’enquêter sur lui et c’est ainsi que les deux femmes découvrent sa véritable identité.

Elles décident alors de kidnapper la fille d’Ahmed pour le contraindre à libérer les deux tueurs et à les exfiltrer clandestinement. Ahmed feint d’obéir. Une fois les assassins dans l’avion, la police investit le repaire du réseau, libère l’enfant et arrête tout le monde. Quant aux deux tueurs, leur avion ne quitte pas l’Égypte : il revient se poser sur le même tarmac où les attend une escorte en uniforme.


Critique

Houssam Al Din Mustafa aime dérouter son public et ce film en offre une nouvelle illustration. « Un crime dans un Quartier Paisible » est sorti en septembre 1967, peu après la guerre des six jours. Le tournage s’est donc déroulé dans un contexte de grande tension entre les deux pays. Le cinéaste choisit d’évoquer l’assassinat de Lord Moyne par des militants sionistes en 1944 au Caire. On se dit qu’il ne manquera pas de faire des allusions à l’actualité pour stigmatiser l’agressivité du camp israélien et louer le courage des responsables égyptiens. En fait, il n’en est rien. Lord Moyne et son assassinat ne sont que des prétextes à tourner un thriller noir et intense, sans véritable portée politique. Nous l’avons noté plus haut, Houssam Al Din Mustafa fait si peu cas de l’événement à la base de son récit qu’il ne prend même pas la peine de reconstituer le contexte historique et le revendique en début de film de manière assez désinvolte.

« Un Crime dans un Quartier Paisible » constitue l’un des sommets de l’œuvre du cinéaste. Le récit mêle angoisse, machination, meurtre et érotisme avec une audace inattendue et un sens indéniable du suspens. Les deux héroïnes du film sont les deux dirigeantes du groupe terroriste campées avec grand talent par Zozo Nabil et Nadia Lotfi. Ce sont deux personnages inquiétants, sans morale, envisageant la mort d’un enfant sans la moindre hésitation. Nadia Lotfi est impressionnante en femme fatale qui met sa séduction au service de sa cause. Il est loin le temps où elle jouait les jeunes filles sentimentales et un peu naïve à l’instar de sa collègue et rivale Soad Hosny. Progressivement, elle s’est spécialisée dans les rôles de jeunes femmes aussi belles que dangereuses inspirant au public un mélange de fascination et de répulsion. Dans « Un Crime dans un Quartier Paisible », elle se surpasse. Je pense d’abord à cette scène troublante où les deux tueurs se présentent à la porte de sa chambre qu’ils entrouvrent. Elle est en train de se déshabiller et loin de les chasser, elle les invite à la rejoindre dans son lit en les embrassant l’un puis l’autre. Mais le plus prenant, c’est la relation que son personnage noue avec l’inspecteur de police chargé de l’arrêter. Celui-ci est joué par Rushdy Abaza, le grand séducteur du cinéma égyptien des années soixante. Pour obtenir des informations, il n’hésite pas à s’engager dans une liaison dont il perd rapidement le contrôle. Le mari, le père, le fonctionnaire exemplaire vacille, emporté par une passion qu’il croyait pouvoir instrumentaliser.

La mise en scène, enfin, surprend par son inventivité. Chaque plan semble pensé pour renouveler le regard, varier les angles, créer une tension visuelle continue. Houssam Al Din Mustafa compose un univers où la morale s’efface, où l’idéologie se tait, où seuls comptent le désir, la peur et la violence des rapports humains.
En résumé, « Un crime dans un quartier paisible » n’est pas un film politique : c’est un thriller nerveux, sensuel, sans concession, qui plonge le spectateur dans un monde où les êtres s’entredévorent avec effroi et passion.

appréciation : 4/5


Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

jeudi 16 février 2023

Mon Père sur l’Arbre (Aby Fawq Al-Shagara, 1969)

أبي فوق الشجرة
إخراج : حسين كمال






















Hussein Kamal a réalisé Mon Père sur l'Arbre en 1969.

Distribution : Abdel Halim Hafez (Adel Kamal), Imad Hamdi (Kamal, le père d’Adel), Nahed Samir (la mère d’Adel), Amira (la sœur d’Adel), Fathy Abdel Sattar (Khaled), Mahmoud Rashad (le père de Khaled), Fathia Shahin (la mère de Khaled), Mervat Amine (Amal, la sœur de Khaled), Samir Sabri (Ashraf), Nadia Lutfi (la danseuse Ferdoos), Salah Nazmi (Khamsy), Mohamed Salman (un client de Ferdoos), Nabila El Sayed (Mahasin, une collègue de Ferdoos), Ehsan Sherif (la servante de Ferdoos), Farouk Youssef (Essam), Soheir Mostafa (Nadia), Hamed Morsi (Abdul Mawgoud, un des clients de Ferdoos)

Scénario : Ihsan Abdul Quddus, Saad Eddin Wahba, Youssef Francis
Musique : Mohamed Abdel Wahab, Baligh Hamdy, Mohamed El Mougy, Mounir Mourad, Ali Ismaïl
Paroles des chansons : Morsi Gamil Aziz, Abdel Rahman El Abnoudy, Mohamed Hamza
Chorégraphie : Hamada Hossam Eddin
Production : Aflam Sawt Al Fan (Mohamed Abdel Wahab, Abdel Halim Hafez, Wahid Farid)

Abdel Halim Hafez et Amira






Salah Nazmi






Mervat Amine








Hamed Morsi et Nadia Lutfi








Nadia Lutfi et Ehsan Sherif



Imad Hamdi et Nabila El Sayed
















Fathy Abdel Sattar et Abdel Halim Hafez


Abdel Halim Hafez et Nadia Lutfi















Résumé

Adel vient de terminer son année universitaire. Après les examens, il décide de passer l’été à Alexandrie comme les années précédentes. Il dit au revoir à ses parents et à sa petite sœur et prend le train pour la station balnéaire. A son arrivée, il est accueilli par son ami Khaled. Les deux garçons se rendent d’abord au petit cabanon qu’Adel occupera durant son séjour. Celui-ci se change rapidement et ils repartent pour la plage où les attendent tous leurs compagnons. Ces vacances s’annoncent aussi joyeuses que les précédentes : le jour, des danses et des jeux, le soir, des fêtes conviviales et animées.

Mais pour Adel, le plus important est de retrouver Amal, la sœur de Khaled. Il est follement amoureux de la jeune femme qui elle-même n’est pas insensible au charme de l’étudiant. Malheureusement, Adel ne parvient jamais à être seul avec elle. Amal refuse toutes ses invitations pour des sorties à deux. En cela, elle obéit aux instructions de ses parents qui lui ont interdit de sortir seule avec l’ami de son frère. Adel ne supporte plus cette situation et les disputes entre les deux jeunes gens se multiplient. Un jour alors qu’il sort de chez lui, ruminant son ressentiment, il est accosté par des camarades de fac qui l’invitent à une fête. C’est ainsi qu’Il se retrouve avec un groupe de joyeux drilles ne s’interdisant aucun plaisir. Le soir, ils se rendent dans un cabaret où se produit la danseuse Ferdoos. Après sa prestation, celle-ci va à la rencontre des clients. La jeune femme remarque très vite Adel qui est resté seul à une table où il boit et fume avec excès. Elle finit par s’asseoir à ses côtés et engage la conversation. La complicité est immédiate, ils passeront la nuit ensemble dans l’appartement de Ferdoos. Cette dernière, qui est passionnément éprise de son jeune amant, convainc celui-ci de s’installer chez elle.

Désormais, Adel mène l’existence un peu vide du « gigolo » qui passe ses journées et ses soirées à boire et à jouer aux cartes tandis que sa maîtresse lui donne tout l’argent dont il a besoin. Ses amis ont été intrigués par sa disparition soudaine et Amal ne cache pas son angoisse. Khaled, qui est l’un des premiers à découvrir la liaison d’Adel, tente de le convaincre de revenir parmi eux. En vain. Les deux amants s’envolent pour le Liban afin d’y passer des vacances de rêve : Baalbek, Beyrouth, la plage, les boites de nuit… Mais à leur retour à Alexandrie, ils sont confrontés à une réalité beaucoup plus désagréable : Ferdoos n’a plus d’argent. Pour se renflouer, elle invite chez elle de riches clients qu’elle divertit durant de longues soirées alcoolisées. Tout se passe sous les yeux d’Adel.

Ce dernier comprend alors quelle situation abjecte est la sienne : il est entretenu par une entraîneuse d’âge mûr qui le traite comme un jouet. Il se souvient avec nostalgie de son ancienne vie avec Khaled, Amal et tous leurs amis. Il souhaite les retrouver mais quand il les recontacte, on lui oppose une fin de non-recevoir. Entre temps, ses parents ont été informés de sa nouvelle vie à Alexandrie. Son père a décidé de se rendre dans la station balnéaire pour arracher son fils des griffes de sa vieille maîtresse. Quand il se présente au cabaret dans lequel travaille Ferdoos, cette dernière demande à l’une de ses collègues de séduire le quinquagénaire, ce qui s’avérera une tâche peu difficile. Le père d’Adel devient à son tour l’amant d’une entraîneuse. Dès qu’Adel l’apprend, il se rend au cabaret où son père dîne avec sa nouvelle conquête. Il rencontre d’abord Ferdoos avec qui il rompt définitivement puis rejoint son père. Les deux hommes ont une violente explication mais ils finiront par se réconcilier grâce à l’intervention de Ferdoos elle-même. Dans la foulée, Adel retrouve Amal qui a assisté à la scène et qui est heureuse de regagner enfin le cœur de celui qu’elle aime.



Histoire du film

Mon Père sur l’Arbre est un film hors normes à bien des points de vue. Pour sa réalisation, Hussein Kamal et ses producteurs ont dû surmonter de nombreux obstacles. D’abord, le scénario d’après un roman d’Ihasan Abdul Quddus publié en feuilleton dans la revue Rose Al Youssef, fut maintes fois remanié. On embaucha le scénariste Saad Eddin Wahba avec pour consigne de transformer l’œuvre très littéraire d’Ihsan Abdul Quddus en scénario de comédie musicale. La tâche ne s’annonçait pas simple mais Saad Eddin Wahba finit par proposer une adaptation qui mit d’accord toutes les parties.

Le casting ne fut pas non plus une mince affaire, notamment pour les deux rôles féminins principaux. Pour le rôle d’Amal, le réalisateur aurait souhaité Nagla Fathy qui elle-même rêvait de jouer avec Abdel Halim Hafez mais celui-ci n’a pas voulu travailler avec elle . On a alors proposé le rôle à Zizi Mustafa mais elle n’était pas libre et c’est ainsi qu’on a choisi la toute jeune Mervat Amine. Pour le rôle de la danseuse, même difficulté. Les producteurs ont d’abord contacté Hind Rostom qui était à l'époque la plus grande séductrice du cinéma égyptien mais celle-ci a refusé de jouer un personnage qu’elle jugeait sans intérêt. Sans doute aussi a-t-elle craint les réactions de son public et de ses proches en la voyant incarner une entraîneuse qui s’amourache d’un petit jeune. C‘est donc Nadia Lutfi qui a emporté le rôle. On raconte que durant le tournage, les tensions entre elle et son partenaire Abdel Halim Hafez n’ont cessé de croitre et que ce fut l’une des causes de la dépression dans laquelle sombra le réalisateur une fois le film terminé.

Mon Père sur l’Arbre est le dernier film d’Abdel Halim Hafez qui est déjà très malade. Sa très grande fatigue compliquera le tournage. Ainsi les techniciens devront déployer des trésors d’ingéniosité pour dissimuler les cicatrices laissées par les multiples opérations sur le corps de la star. En 1969, le Rossignol Brun a quarante ans et il doit jouer un jeune étudiant d’une vingtaine d’années dans une comédie musicale où il faut chanter et danser. Malgré l’âge et la maladie, il parvient à être tout à fait crédible dans ce rôle de composition. Sans doute est-ce dû à son talent, qui est immense, mais aussi à sa silhouette de frêle adolescent qu’il gardera jusqu’à sa mort.

Le film conserve aujourd’hui encore une réputation sulfureuse pour ses nombreuses scènes un peu hardies qui à l’époque firent scandale. A sa sortie, on polémiqua à l’infini sur le nombre de baisers que les deux personnages principaux échangent tout au long du film. Il paraît que des spectateurs s’amusaient à les compter lors de la projection et qu’on en dénombrerait plus de cinquante, ce qui propulse Mon Père sur un Arbre à la première place du nombre de bisous à l’écran dans le cinéma égyptien, toutes périodes confondues. Certains critiques, adeptes de l’hyperbole, l’appelèrent « le film aux cent baisers ».

Ce caractère « licencieux » explique en partie le succès phénoménal du film à sa sortie : il restera à l’affiche du cinéma Diana au Caire pendant 53 semaines. Les traditionnalistes et les religieux eurent néanmoins leur revanche : Mon Père sur l’Arbre ne sera jamais diffusé à la télévision.


Critique

Aujourd’hui, la ferveur qui accompagna la sortie de Mon Père sur l’Arbre pourrait nous sembler bien excessive. Mais en 1969, ce film fit l’effet d’une bombe. Le technicolor, la présence d’ Abdel Halim Hafez et de Nadia Lufti, les danses endiablées sur le sable dans une ambiance très yéyé et surtout les scènes légèrement osées réunissant les deux vedettes, tout cela explique le succès phénoménal de cette comédie musicale qui restera à l’affiche au Caire pendant plus d’une année.

Pourtant, ce n’est pas la première fois qu’on nous présente à l’écran une bande de jeunes gens sympathiques qui s’amusent comme des petits fous sur la plage. Niazi Mustafa et Houssam Al Din Mustafa avaient précédé leur collègue. Le premier réalise en 1967 Jeunesse Très Folle (Shabab magnoun geddan, 1967) qui se passe aussi à Alexandrie et la même année le second sort Le Rivage de la Gaieté (Chatei el Marah). Ces productions « Love and beach » constituent un genre à part entière, copié sur le cinéma américain des années cinquante et soixante. Ce genre connaîtra un certain succès jusqu’au milieu des années soixante-dix comme l’atteste la comédie de Mohamed Abdel Aziz, En été, il faut aimer (fil-seyf lazem neheb) réalisée en 1974.

Le point commun de ces films c’est de mettre en scène des jeunes, la plupart du temps en maillot de bain, qui s’amusent et se disputent, de préférence en dansant et en chantant. Garçons et filles ont une préoccupation unique : l’amour, bien évidemment. Enfin, le flirt pour les personnages secondaires et la passion exclusive pour les personnages principaux. Comme il se doit, les garçons sont autorisés à passer de l’un à l’autre, pas les filles. Cela nous donne de gentilles petites comédies, au rythme enlevé, dans lesquelles le héros ou l’héroïne connaît de petits chagrins et de grandes joies, sous l’œil bienveillant de ses petits camarades.

Le film d’Hussein Kamal semble au début baigné dans la même atmosphère. La première partie comporte une longue séquence qui se déroule sur la plage. Plusieurs dizaines de jeunes danseurs dans des tenues de couleurs vives chantent et dansent autour d’ Abdel Halim Hafez qui fait le pitre. La chanson s’intitule «Qadi Al Balaj », littéralement « le Juge de la Plage » et elle s’ouvre sur ces mots : « Au nom de l'air et du soleil et de la plage/Au nom de la jeunesse, de l'amour et des vacances » tandis que les danseurs lèvent les bras vers le ciel, comme dans un geste d’adoration païenne au soleil. On se doute que plus d’un conservateur a dû s’étrangler en entendant ces paroles détournant le texte liturgique avec une telle désinvolture. Pour nous, cette séquence représente l’un des moments forts de Mon Père sur l’Arbre. Les paroles de la chanson "Qadi Al Balaj" écrites par le poète Morsi Gamil Aziz et les danses chorégraphiées par Hamada Hossam Eddin composent un manifeste enflammé en faveur de la joie de vivre et du bonheur d’exister, un hymne à la beauté des corps, au plaisir et à la sensualité. Nous retrouverons cet hédonisme dans d’autres scènes du film comme celles tournées au Liban où séjournent les deux héros. On ne peut qu’être touché par ces images radieuses de Beyrouth, de Baalbek, de Journieh, autant de cartes postales d’un monde qui ne sait pas encore qu’il va sombrer dans le chaos et on suit avec une ineffable nostalgie, les escapades des deux amoureux au Pays du Cèdre. Ce que nous rappelle le film d’Hussein Kamal, c’est que le Moyen-Orient fut à une certaine époque, une terre bénie des dieux où l’homme pouvait vivre heureux.

Mais Hussein Kamal ne s’en tient pas à cette vision idyllique « sea, sex and sun » de son époque et dans la seconde partie, c’est comme si un voile se déchirait pour laisser transparaître une réalité plus sombre. Niazi Mustafa et Houssam Din Mustafa se contentaient d’exploiter le mythe un peu puéril d’un eden estival pour teenagers, Hussein Kamal en propose une version moins naïve, plus complexe.

Dans Mon Père sur l’Arbre, très vite, la bonne humeur s’estompe car ce que nous raconte le cinéaste, c’est un drame qui concerne principalement deux personnages, Adel, l’étudiant et Ferdoos, la danseuse. Paradoxalement, cette rencontre conduit le héros à faire l’expérience de la solitude. Il a rompu avec ses amis et il passe ses journées et ses nuits à attendre sa maîtresse qui travaille dans un cabaret. Pour oublier le vide de son existence, il fume, boit et joue aux cartes. Et le retour du voyage au Liban va être terrible pour lui. Sa maîtresse n’a plus d’argent, elle décide donc d’organiser des soirées avec de vieux messieurs très généreux, des soirées auxquelles Adel participe. La vérité éclate aux yeux du pauvre garçon : sa maîtresse est une entraîneuse et c’est grâce à ses complaisances qu’elle peut l’entretenir. Adel comprend alors que leur amour était un mensonge, une chimère. L’expérience est tout aussi cruelle pour Ferdoos, la danseuse, qui finira par être violemment rejetée par son jeune amant bien qu’il ait profité de sa générosité. Pour les deux héros, la désillusion est complète.

On pourra déplorer le moralisme étroit du dénouement qui semble tout droit sorti d’un film des années cinquante : "ne sacrifions pas l’amour d’une jeune fille honnête à une aventure torride mais sans lendemain avec une femme impudique !" Pourtant, à la fin des années soixante, la comédie égyptienne était parvenue à se libérer du carcan de la morale traditionnelle. Dans Mon Père sur un Arbre, non seulement celle-ci triomphe à la fin mais c’est l’enfant et non les parents qui s’en fait le porte-parole : dans la dernière scène, Adel intervient énergiquement auprès de son père pour qu’il revienne dans « le droit chemin » (Imad Hamdi est épatant en papa saisi par la débauche !). Cette fin édifiante étonne car Hussein Kamal ne peut être rangé parmi les bien-pensants et les conservateurs. Les baisers passionnés qu’échangent les deux personnages principaux durant tout le film le prouvent suffisamment. Il est possible que cette allégeance in fine à la morale traditionnelle soit un moyen pour faire passer toutes les scènes « osées » qui précèdent. Il n’a pas été le seul cinéaste à user de ce stratagème pour faire avaler des couleuvres aux censeurs !

Enfin, il faut absolument voir ce film, à la fois solaire et ténébreux. C’est le dernier d’Abdel Halim Hafez qui, bien que diminué par la maladie, joue, chante et danse avec une énergie et un art incroyables. Enfin, et surtout, il y a Nadia Lutfi, immense actrice, dans l’un de ses meilleurs rôles, celui d’une femme mûre qui revendique son droit au plaisir et qui devra affronter l’abandon, inéluctablement.

Appréciation : 4/5
****

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

mardi 4 février 2020

Nadia Lutfi (3 janvier 1937-4 février 2020)

نادية لطفي


Sur la photo, avec Ahmed Mazhar dans "Jours d'Amour" d'Helmi Halim (1968)

Paula Mohamed Shafik. est née en 1937 au Caire . Très jeune, elle se passionne pour le théâtre. A l’âge de vingt ans, elle prend le pseudonyme de Nadia Lotfi après avoir vu le film Je ne dors pas de Salah Abou Seif (1957). Nadia Lotfi est le nom du personnage incarné par Faten Hamama. C’est le producteur Ramsis Naguib qui la découvre et lui permet de jouer pour la première fois au cinéma en 1958 dans Sultan de Niazi Mustafa. La même année, on la retrouve dans un petit rôle dans Gare Centrale de Youssef Chahine. Sa carrière explose dans les années soixante. Elle partage l’affiche de bon nombre de classiques du cinéma égyptien avec les plus grandes stars de l’époque comme Abdel Halim Hafez, Soad Hosny ou bien Yehia Chahine. 

Parmi ses rôles les plus marquants, citons le personnage de Madi dans Les Lunettes Noires de Houssam Al Din Mustafa en 1963 ; toujours en 1963, le rôle de Louisa dans Saladin de Youssef Chahine ; et en 1969, celui de Zinat dans la Momie de Shadi Abdel Salam. 

A la fin des années soixante-dix, son étoile pâlit très rapidement. Sa carrière suit le déclin du cinéma égyptien. L’Age d’or s’achève en éloignant des projecteurs et des caméras toutes celles et tous ceux qui en furent les personnalités les plus éminentes. Dans les années quatre-vingt, elle ne tournera que dans quatre films. 

Nadia Lutfi est aussi connue pour ses divers engagements. Elle milita en faveur des Palestiniens et défendit la cause des enfants handicapés. 

La blonde la plus populaire du cinéma arabe est morte ce mardi matin à l’âge de 83 ans.

dimanche 16 décembre 2018

Elle tomba dans une mer de miel (Wa saqatat Fe Bahr El Asal,1977)

وسقطت في بحر العسل 
إخراج : صلاح ابو سيف 


Salah Abou Seif a réalisé Elle tomba dans une mer de miel en 1977.
Distribution : Mahmoud Yassin (Abu Bakr), Nabila Ebeid (Maysa), Taheya Carioca (Nafousa), Nadia Lutfi (Zeze), Faten Anwar (Amina), Tarek El Nahry, Omar El-Hariri (Fahmi), Ali Ezz Eddin, Samir Ghanem (Essam), Aziza Helmy (la mère de Maysa), Layla Mukhtar (Didi), Rawia Saïd (Sameha), Fatheia Shahin (Farida), Younes Shalaby (Samïa)
Scénario : Salah Abou Seif
D'après une histoire d'Ihsan Abdul Quddus
Musique : Omar Khorsheid

Mahmoud Yassin

Mahmoud Yassin et Nabila Ebeid

Mahmoud Yassin et Nabila Ebeid

Nabila Ebeid

Rawia Saïd, Nabila Ebeid et Nadia Lutfi

Nabila Ebeid

Nadia Lutfi et Omar El Hariri

Fatheia Shahin et Nadia Lutfi

Taheya Carioca



Résumé

Maysa est une jeune fille appartenant à une famille aisée d’Alexandrie. Ses parents lui laissent beaucoup de liberté et elle passe le plus clair de son temps avec ses amis. Un soir, dans une fête, elle rencontre un jeune étudiant en architecture Abu Bakr. Après la soirée, le garçon propose à Maysa de la raccompagner chez elle. Sur la route, ils font un crochet par chez lui : il veut prêter un livre à la jeune femme. C’est ainsi qu’elle découvre le petit appartement de son nouvel ami. Le désordre est indescriptible, il ya des piles de livres à même le sol mais Maysa est séduite par cet intérieur d’étudiant amoureux de la culture et des arts. Entre les deux jeunes gens, si les choses ne vont pas plus loin cette nuit-là, l’attirance qu’ils éprouvent l’un pour l’autre est manifeste. Ils décident de se revoir et ils passent une journée à la plage, rien que tous les deux. Pour Maysa, c’est le bonheur. Elle en est certaine : ils sont faits pour s’aimer et vivre ensemble. Les rencontres se multiplient. Ils deviennent inséparables. Un jour, elle décide de présenter Abu Bakr à sa mère. Les deux femmes organisent un goûter mais « l’invité » ne viendra pas. Maysa est affreusement déçue. Elle soupçonne Abu Bakr d’avoir une autre femme dans sa vie. Elle veut en avoir le cœur net et elle décide de l’interroger. Il n’essaie pas de nier : il est effectivement lié à une autre femme à qui il doit beaucoup et qu’il ne peut quitter mais Maysa doit savoir que c’est elle qu’il aime et uniquement elle. Cette révélation consterne la jeune femme. Elle cherche à connaître l’identité de sa rivale. Elle soupçonne d’abord Zizi, une personnalité bien connue de la ville. Sur la plage, elle la voit fumer des cigarettes de la même marque que celles fumées par Abu Bakr. Mais elle se trompe : elle découvre par la suite que la maîtresse cachée, c’est en fait Madame Nafousa. Cette femme, obèse et âgée, est la logeuse d’Abu Bakr mais c’est aussi sa bienfaitrice: elle le nourrit et veille sur lui afin qu’il puisse préparer ses examens, débarrassé de tous les soucis de la vie quotidienne. Elle l’a enfin mis en relation avec un certain nombre d’entrepreneurs de la région susceptibles de l’aider dans sa carrière. 
Après son entrevue avec cette femme, Maysa décide de ne pas abandonner le combat et elle fait bien : Abu Bakr finit par rompre avec sa logeuse pour l’épouser.

mercredi 8 mars 2017

Avec les Souvenirs (Mahal zekrayat,1961)

مع الذكريات
إخراج : سعد عرفه


Saad Arafa a réalisé Avec les Souvenirs en 1961.
Distribution : Ahmed Mazhar (Sharif), Nadia Lutfi (Amal), Mariam Fakhr Eddine (Ilham), Salah Mansour (Madbouli), Fattoh Nashaty (le médecin), Mokhtar El Sayed (l’assistant réalisateur), Saïd Khalil (le réalisateur), Ahmed Loxer (Hamdy)
Scénario : Saad Arafa
Musique : André Ryder
Production : les films Al Shams


Ahmed Mazhar et Nadia Lutfi

















Mariam Fakhr Eddine
















Nadia Lutfi

















Salah Mansour

















Ahmed Mazhar
















Mariam Fakhr Eddine



















Résumé

Sharif est un acteur célèbre. Il file le parfait amour avec Ilham, une jeune actrice qui grâce à lui est devenue une vedette. Dans sa vie, il y a une autre jeune femme : Amal. Elle est orpheline et il l’a prise sous sa protection. Après ses études, elle est revenue vivre auprès de lui. Elle l’aime secrètement mais Sharif ne lui manifeste qu’une affection paternelle.

Le bonheur de Sharif et d’Ilham serait complet si cette dernière n’était pas sans cesse importunée par Madbuli, un technicien du studio dans lequel ils tournent un nouveau film. L’homme est bossu, boiteux et sans doute simple d’esprit. Une nuit, il s’introduit dans la chambre d’Ilham et tente de la violer. Heureusement, Sharif, alerté par les cris, fait irruption dans la pièce et chasse l’agresseur.

Madbuli est fou de rage. Le lendemain, le couple doit tourner une scène dans laquelle le personnage de Sharif tire au pistolet sur la femme jouée par Ilham. Le bossu doit s’occuper de l’arme. Il en profite pour remplacer les balles à blanc par de vraies balles. On tourne la scène. Sharif tire sur Ilham qui s’effondre. Après le clap de fin, elle ne se relève pas, elle est morte.

Sharif est fou de désespoir : il a tué celle qu’il aimait le plus au monde. Il sombre dans la dépression. Amal est restée à ses côtés et tente de lui redonner goût à la vie. En vain. La maison de Sharif a été transformée en temple à la mémoire de la défunte. On retrouve son portrait dans toutes les pièces de la maison. La santé de Sharif se dégrade rapidement. Impuissante, Alam ne sait plus que faire pour l’aider.

Un jour, Sharif reçoit la visite de Madbuli. Celui-ci lui avoue tout et lui révèle la véritable personnalité d’Ilham. C’était une manipulatrice qui s’est toujours jouée de Sharif. Elle n’était intéressée qua par son argent et sa célébrité. Plus grave encore : elle était restée la maîtresse de son premier amant, un acteur sans talent qu’elle entretenait . La tentative de viol n’a jamais existé. C’est Ilham qui, comprenant que Madbuli allait tout révéler à son compagnon, l’a introduit dans sa chambre puis s’est agrippée à lui en hurlant pour le discréditer auprès de celui-ci. Sharif est abasourdi. Il se jette sur les portraits d’Ilham fixés aux murs et les déchire rageusement. Puis il asperge la maison d’essence et met le feu. Lui et Madbuli ont juste le temps de fuir la maison avant qu’elle ne soit totalement dévorée par les flammes.


Critique

Le scénario de ce film repose sur un procédé classique : les mêmes événements sont racontés selon des points de vue différents, et c’est dans la dernière partie que toutes les illusions se dissipent et que la vérité éclate au grand jour dans toute sa monstruosité. Un procédé peu original mais efficace pour créer un suspens retenant l’attention du spectateur. Il n’empêche que dans ce film de Saad Arafa, ce n’est pas franchement réussi. La faute en incombe tout d’abord à une première partie qui accumule les maladresses : de longues scènes répétitives, des effets grossiers, un jeu d’acteur caricatural (notamment Ahmed Mazhar dans l’expression de son désespoir), des décors aussi pimpants et impersonnels qu’un intérieur de maison témoin. Bref tout cela finit par lasser le spectateur le plus indulgent quand soudain tout bascule avec le témoignage du bossu dont la fonction est de dessiller la vue du héros sur celle qui fut l’amour de sa vie. Le récit d’un coup retrouve de l’intérêt. Il y a notamment quelques scènes dans lesquelles Mariam Fakhr Eddine se hausse au niveau des grandes femmes fatales du film noir hollywoodien. On pense notamment à Rita Hayworth. Mais tout cela vient bien tard ! Le défaut principal du film, c’est que dans la première partie, rien n’annonce le vrai visage de l’héroïne. Du coup on a l’impression que Mariam Fakhr Eddine incarne non pas un seul personnage dont on aurait dès le début suggéré la complexité et l’ambivalence mais qu’elle joue deux personnages antithétiques, aussi sommaires l’un que l’autre. 
Dommage car avec un scénario plus subtil et une direction d’acteurs moins pataude, ce film aurait pu offrir à la plus nordique des actrices égyptiennes l’un de ses plus beaux rôles.

Appréciation : 2/5 
**

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin



samedi 28 février 2015

Jamais je ne reviendrai (Abadan Lan A'oud, 1975)

أبدًا.. لن أعود
إخراج : حسن رمزي


  

Hassan Ramzy a réalisé Jamais je ne reviendrai en 1975.
Distribution : Nadia Lutfi, Rushdy Abaza, Imad Hamdi, Safia El Emary, Hala El Shawarby, Salah Nazmi. Hala El Shawarby, Afaf Wagdy
Scénario : Nairouz Abdel Malak, Hassan Ramzy, Ahmed Saleh
Musique : Fathy Qoura, Mounir Mourad, Hassan Abou Zayed, Tarek Sharara


Rushdy Abaza

Safia El Emary et Hala El Shawarby

Safia El Emary et Rushdy Abaza

Nadia Lutfi

Safia El Emary et Rushdy Abaza

Hala El Shawarby

Imad Hamdi

Safia El Emary et Rushdy Abaza


Résumé

Le docteur Ahmed vit heureux avec sa femme, Hoda, et son fils, Essam, dans une confortable maison bourgeoise. Alors qu’ils sont en vacances au bord de la mer, le garçon est sauvé de la noyade par Souad, une séduisante jeune femme. Hamed et Hoda la considèrent désormais comme un membre de leur famille et l’invitent régulièrement dans leur demeure. Souad est tombée instantanément amoureuse du docteur. Ce dernier finit lui aussi par succomber aux charmes de la jeune femme. Ils deviennent amants. Quelques mois plus tard, Souad est enceinte. Le docteur n’a plus le choix. Il avoue la vérité à sa femme et lui annonce qu’il souhaite vivre avec sa maîtresse. Mais la rupture se révèle beaucoup plus difficile que prévu. Les deux amoureux doivent affronter le désespoir d’Essam et la colère d’Hoda. Et puis, c’est le drame : Souad fait une chute dans l’escalier, l’enfant qu’elle porte succombe. La situation devient insupportable. Ahmed comprend que leur couple n’a pas d’avenir. Avec l’assentiment de Souad, il retourne vivre avec son fils et sa femme.


Critique

Jamais je ne reviendrai a le charme des cartes postales des années 60-70 qu’on retrouve froissées et défraîchies aux étals des vide greniers.
C’est un pur roman-photo. L’histoire est sans risque : on frise le drame sans jamais y tomber. Les personnages sont sympathiques. On a un mari généreux, une femme aimante, une maîtresse scrupuleuse, un petit garçon heureux de vivre. Tout ce petit monde rit beaucoup, ça s'appelle le bonheur. Hoda (Nadia Lutfi) et Souad ( Safia El Emary) s’entendent comme deux soeurs et rivalisent de blondeur dans des scènes balnéaires ou bucoliques. Les producteurs ont convoqué pour des seconds rôles Salah Nazmi et Imad Hamdi . On ne sait pas quelle est leur fonction. Imad Hamdi ne doit pas le savoir non plus car il passe son temps à lire le journal dans un fauteuil. Dans ce film Safia El Emary ne se contente pas de jouer la comédie, elle chante et danse aussi. On peut lui savoir gré de ne pas ménager ses efforts pour tenter de chasser l’ennui qui s’est abattu sur le pauvre spectateur. Malheureusement, elle ne sait absolument pas danser si bien que les scènes de « comédie musicale » sont les plus ratées du film. Beaucoup plus fin, Rushdy Abaza ne chante pas, ne danse pas et joue à peine. La seule à tirer son épingle du jeu, c’est la pétillante Hala El Shawarby qui n’apparaît jamais sans sa cigarette et sa bouteille de whisky.
On le sait, le cinéma commercial égyptien dans les années soixante-dix a cultivé le mauvais goût avec un zèle et une constance admirables. Dans ce film, Hassan Ramzy peut se vanter d’en donner des exemples sans nombre. En voici deux :

Pour accompagner les scènes "émouvantes", le réalisateur a choisi de reprendre jusqu’à l’écoeurement le thème principal du film The Way we Were de Sydney Pollack. Cette mélodie doucereuse supporte mal la répétition et l’effet est désastreux. 

Comme dans d’autres films de ce début des années 70, on retrouve ces gros plans sur des massifs de fleurs. Je ne sais qui est le premier à avoir eu cette idée de génie mais on ne le remerciera jamais assez d’avoir été à l’origine d’une passion horticole sans précédent dans le cinéma égyptien . 

Du mauvais goût à la laideur, le pas est vite franchi. Celle-ci s’est infiltrée partout : dans la chambre des époux meublée dans un style rococo avec statuettes et dorures monumentales, sur le maillot de bain de Safia El Emary taillé dans un tissu à grosses fleurs bleues et marron, sur la tête de Nadia Lutfi arborant une coiffure Louis XIV à la plage (voir photo). 
Hassan Ramzy (1912-1977) n’a réalisé qu’une quinzaine de films. C’est peu pour un réalisateur égyptien. Il faut dire qu’il fut aussi producteur. Il créa la société de production Nasr Films. Son fils Mohamed Hassan Ramzy lui avait succédé et a dirigé la société jusqu’à sa mort en janvier dernier.

Appréciation : 1/5
*

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

lundi 10 mars 2014

Une Fille Turbulente (Bint Shaqiyat, 1967)

بنت شقية
 اخراج : حسام الدين مصطفى


Houssam Al Din Mustafa a réalisé ce film en 1967.
Distribution : Mohamed Awad (Sami Ibrahim) , Nadia Lutfi (Samira) , Hassan Youssef (Choukri) , Nawal Abou el Foutouh (la première fiancée de Sami) , Abdel Moneim Madbouly (le père de Samira et le patron des deux amis), Zizi Mustafa (la danseuse), Samir Ghanem (infirmier) , George Sedhom (l’homme de l’hôtel dont la lune de miel avec sa jeune épouse est gâchée par les interventions récurrentes des deux amis) , Ahmed El Deif (infirmier). Ces trois derniers acteurs sont les membres du trio comique Thalathy Adwa’a El Masrah (Les Trois Lumières du Théâtre) très célèbre dans les années soixante.
Scénario et dialogues : Adly Al Mouled et Abdel Fattah El Sayed

En 1967, Houssam Al Din Mustafa tourne quatre films. Dans l'un d'eux, Le Rivage de la Gaieté, on retrouve l'intégralité de la distribution masculine d'Une Fille Turbulente (et aussi, hélas, les même scénaristes)


Hassan Youssef et Nadia Lutfi

















Nadia Lutfi

















Malgré leurs perpétuelles chamailleries, Choukri et Sami sont deux amis inséparables. Ils travaillent dans la même usine de fabrication d’objets en plastique et passent tout leur temps libre ensemble. Mais quand ils rencontrent la fille de leur patron, ils en tombent tous les deux éperdument amoureux. Entre eux, la lutte devient alors sans merci.
 Qu’y a-t-il de plus consternant dans ce navet ? Les mauvaises farces que se font les deux "copains" ? Les grimaces  de Mohamed Awad qui se prend pour Jerry Lewis ? Les interventions irritantes des deux infirmiers psychiatriques plus fous que les malades dont ils ont la charge ? L’abus, au-delà du supportable, du comique de répétition ? Le scénario bâclé au point qu’on a l’impression que des séquences entières du film ont été réalisées dans la plus grande improvisation ? Les plans mal cadrés ? Les scènes mal éclairées ? 
On le sait, les filmographies des plus grands cinéastes égyptiens présentent toujours de mauvaises surprises. Mais là, on atteint un niveau de nullité tout à fait exceptionnel pour un réalisateur de la trempe de Houssam Al Din Mustafa.
Et puis une dernière question concernant Nadia Lutfi : mais que diable allait-elle faire dans cette galère ? Certes, il faut bien manger...
Bref, une petite comédie idiote à oublier très vite.

Appréciation : 1/5