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jeudi 30 avril 2026

Tous les trois l’aiment ( el talata yuhebbunaha, 1965)

الثلاثه يحبونها
إخراج: محمود ذو الفقار


Mahmous Zulficar a réalisé Tous les trois l'aiment en 1965.
Distribution : Soad Hosny (Ehman), Hassan Youssef (Kamal Azmi), Mary Ezz El Din (la mère d’Ehman), Youssef Chaban (Essam, le patron d’Ehman), Youssef Fakhr El Din (Adel Sabry), Nahed Sherif (Layla, l’amie et la collègue d’Ehman), Hussein Ismaïl (le portier du club)
Scénario : Amin Youssef Ghorab
Musique du générique : “the waltzing cat” de Leroy Anderson
Production : la Compagnie Cinématographique du Caire


Nahed Sherif, Soad Hosny, Youssef Fakhr El Din





Soad Hosny, Youssef Chaban





Hassan Youssef






Soad Hosny, Youssef Chaban






Soad Hosny, Hassan Youssef





 
Nahed Sherif, Soad Hosny


















Résumé

Ehman est une jeune femme moderne qui vit seule avec sa mère. Après la mort de son père, elle a dû interrompre ses études et accepter un poste de secrétaire pour subvenir aux besoins du foyer. Bien décidée à profiter de la vie sans se laisser enfermer par le qu’en‑dira‑t‑on, elle sort beaucoup, danse, s’amuse… mais garde une limite qu’elle ne transgresse pas : elle refuse de céder sa virginité pour une aventure sans lendemain.

Autour d’elle gravitent plusieurs prétendants.

Le premier est Essam, son patron, qui l’aide à préparer ses examens et lui a demandé sa main. Ehman refuse de s’engager tant qu’elle n’a pas obtenu son diplôme.

Le second est Adel Sabry, un camarade qu’elle retrouve au club qu’elle fréquente. Intellectuel, lecteur assidu, aspirant écrivain, il a tout pour plaire… mais Ehman le trouve trop sérieux, trop rigide. À l’inverse, Layla, amie et collègue d’Ehman, est secrètement amoureuse de lui.
Un jour, Adel adresse une lettre d’amour à Ehman. Cette dernière la montre à Layla et la laisse répondre à sa place. Touché par la sensibilité de cette réponse qu’il croit d’Ehman, Adel tombe encore plus amoureux, ignorant que c’est Layla qui a mis dans ces mots tout son cœur.

Le troisième soupirant est Kamal, un jeune employé récemment arrivé dans l’entreprise. Entre lui et Ehman, la complicité est immédiate : même goût pour la fête, même insouciance. Mais Kamal, déjà fiancé, se persuade que la jeune femme est une fille facile et qu’il pourra la séduire sans effort. Lors d’un séjour à la mer organisé par l’entreprise, il s’introduit dans la tente d’Ehman et tente d’abuser d’elle. Ses cris alertent leurs collègues qui interviennent à temps. Layla essaie alors de lui faire comprendre que son attitude très libre peut être mal interprétée par certains hommes.
De retour au bureau, Ehman refuse de dénoncer Kamal. Touché par sa générosité, le garçon lui voue dès lors une amitié sincère.

Décidée à tourner la page de ses imprudences, Ehman accepte finalement de se fiancer avec Adel. Essam, son patron, feint de s’en réjouir mais ne supporte pas l’idée de la perdre. Sous prétexte de l’aider à réviser, il l’attire chez lui, lui fait boire un verre contenant un puissant somnifère et abuse d’elle. Lorsqu’il découvre qu’elle était vierge, il réalise l’ampleur du mal qu’il vient de commettre.

Anéantie, Ehman rompt ses fiançailles avec Adel et encourage Layla à prendre sa place. Ils finiront par se marier. Essam demande sa mutation et rédige un rapport élogieux sur Ehman pour son successeur, ultime tentative de réparer l’irréparable.
Il ne reste auprès d’elle que Kamal, déterminé à la soutenir et à l’aider à reconstruire sa vie.


Critique

Le film s’ouvre comme une comédie légère avant de basculer progressivement vers le drame.

En 1965, Soad Hosny est devenue la jeune première la plus courtisée du cinéma égyptien, et son image a déjà beaucoup évolué depuis ses débuts au début des années 60. Longtemps cantonnée aux rôles de jeune fille sage issue d’un milieu aisé, elle incarne désormais la figure de la jeune Égyptienne moderne, avide de liberté et déterminée à mener sa vie selon ses propres règles, loin des traditions et du regard pesant de la société. Le personnage d’Elham s’inscrit pleinement dans cette nouvelle identité : une jeune femme active, indépendante, et surtout désireuse de profiter de la vie.

Cette représentation reflète sans doute les aspirations d’une partie de la jeunesse citadine dans une Égypte en pleine transformation sous Nasser. Pourtant, le film en propose un contrechamp sombre : Elham se heurte à un patriarcat que l’on croyait en recul, mais qui se révèle d’une brutalité intacte. Violée par son patron, elle perd sa virginité et se retrouve immédiatement rejetée par une société qui ne lui laisse aucune possibilité de rédemption.

Si l’on peut saluer la volonté des auteurs de s’éloigner de l’optimisme un peu artificiel du cinéma commercial de l’époque, le film n’échappe pas à une dimension moralisatrice ambiguë. Il laisse entendre que l’héroïne porte une part de responsabilité dans son malheur, comme si sa sociabilité et sa liberté d’allure avaient attiré le drame. Cette idée est d’ailleurs relayée par sa meilleure amie, dont la conduite plus « sage » est récompensée par un bonheur conjugal auquel Elham n’aura jamais accès.

Entre 1964 et 1969, Mahmoud Zulficar tournera quatre films avec Soad Hosny et Hassan Youssef. "Tous les Trois l’aiment" est le deuxième. Les deux acteurs, qui ont débuté la même année, en 1959, se connaissent bien et s’apprécient. Leur première collaboration remonte à « « Aucune entente » d’Atef Salem (1961) et, après une dizaine de films tournés ensemble dans les années soixante, leurs trajectoires finiront par diverger.

Leur complicité évidente apporte un charme certain à la première partie, mais elle ne suffit pas à compenser les scènes répétitives et les situations trop prévisibles qui jalonnent le film. Plus gênant encore : le jeu de Soad Hosny manque ici de nuances, et ses minauderies, d’ordinaire irrésistibles, finissent par fatiguer. Il faut dire que son personnage, comme la plupart des autres, souffre d’une cruelle absence de relief et de singularité, ce qui réduit d’autant la portée émotionnelle du récit.

Reste un détail savoureux : voir Nahed Sherif incarner une jeune fille sage et conventionnelle, elle qui deviendra dans les années soixante-dix l’un des sex-symbols les plus sulfureux du cinéma arabe, allant jusqu’à être l’une des rares actrices de la région à s’être entièrement dénudée devant une caméra.

Appréciation : 2/5
**

dimanche 31 mai 2020

Les Maris Diaboliques (Al'azwaj alshayatin, 1977)


 الازواج الشياطين
ﺇﺧﺮاﺝ : أحمد فؤاد





Ahmed Fouad a réalisé Les Maris Diaboliques en 1977. 
Distribution : Nahed Sharif (Naïma Abbas), Adel Imam (Mamdouh), Saïd Saleh (Kamal), Youssef Fakhr Eddine (Fathy), Layla Taher (Karima, la femme de Kamal), Hayat Kandel (Samia, la femme de Fathy), Wedad Hamdy (Wedad Hamdy), Madiha Kamel (Magda, la belle sœur de Kamal), Tawfik El Deken (le voleur en prison), Ahmed Nabil (un autre voleur en cellule), Zayan (le policier), Ibrahim Saafan (le voisin de Mamdouh), Buthaïna Nassar (Afaf, la servante), Ahmed Nabil, Mohamed Hamdy (l’officier de police)
Scénario : Ahmed Abdel Wahab


Adel Imam et Madiha Kamel

Layla Taher et Saïd Saleh

Adel Imam et Buthaïna Nassar

Tawfik El Deken et Ahmed Nabil

Youssef Fakhr Eddine, Saïd Saleh, Adel Imam

Wedad Hamdy

Nahed Sherif

Hayat Kandel

Layla Taher


Résumé

Fathy, Mamdouh et Kamal sont trois amis travaillant dans la même fabrique de réfrigérateurs. Kamal est marié à Karima, Fathy à Samia. Mamdouh est célibataire. Il vit dans une péniche où le rejoignent régulièrement Fouad et Fathy pour passer du bon temps loin de leurs épouses. Un jour, Mamdouh prend dans sa voiture une jeune femme qui semble désemparée. Ce que Mamdouh ne sait pas c’est qu’elle vient de voler des bijoux au domicile de sa patronne qui n’est autre que la comédienne Wedad Hamdy. Cette dernière s’en est aperçue et, avec l’aide son jardinier, elle s’est lancée aux trousses de son employée indélicate. Peine perdue ! Grâce à la voiture de Mamdouh, la voleuse échappe à ses poursuivants. Elle parvient même à apitoyer son chauffeur qui accepte volontiers de l’accueillir sous son toit, non sans avoir quelques arrière-pensées. La jeune femme qui s’appelle Naïma prend tout de suite ses aises dans la péniche : elle se sent comme chez elle. Surviennent les deux amis de Mamdouh. Ils sont enchantés de faire la connaissance d’une invitée aussi séduisante. Pour fêter, cet « heureux événement », on débouche une bouteille de vin, on met un disque et Naïma danse pour les trois garçons. Malheureusement, ils sont interrompus par l’irruption de la police qui est à la recherche des bijoux volés. Naïma a juste le temps de les dissimuler dans le canapé du salon. Tout le monde est emmené au poste et placé en cellule. Si Naïma reste en prison, les trois hommes sont vite relâchés. Mais cette mésaventure a mis Kamal et Fathy dans une situation délicate : leurs épouses ont été informées des circonstances de leur arrestation et elles n’ont guère apprécié la plaisanterie. Les deux hommes mariés ont décidé de rompre avec Mamdouh et de tout faire pour regagner l’affection de leurs femmes. Kamal a même tenu à reprendre le canapé qu’il avait prêté à son camarade, sans savoir que s’y trouvaient les bijoux volés par Naïma. Mamdouh n’a pas l’intention de se faire oublier et il n’hésite pas à reparaître aux domiciles de ses ex-camarades. C’est ainsi qu’il fait la connaissance de Magda, la belle-sœur de Kamal. Il en tombe immédiatement amoureux tandis que la jeune fille est conquise par la joie de vivre et la fantaisie de Mamdouh. Mais Kamal et Fathy veillent : il est hors de question que le célibataire endurci fréquente Magda sans s’engager. Mamdouh finit par accepter l’idée de mariage. Le jour des noces, Naïma sort de prison et se rend sans perdre un instant à la péniche pour récupérer son magot. Elle tombe sur Mamdouh qui doit rejoindre au plus vite sa future femme et leurs invités. Elle n’en a cure et veut le retenir. L’homme a le plus grand mal à lui échapper de telle sorte qu’il arrive en retard à son mariage. Naïma ne s’avoue pas vaincue et s’invite à la noce . Elle propose aux trois amis un marché : soit ils acceptent de la revoir le lendemain, soit elle fait un scandale. Et voilà comment les trois amis, malgré leurs bonnes résolutions, se retrouvent dans la péniche avec Naïma. Cette dernière a décidé de racheter l’embarcation mais elle s’aperçoit que le canapé a disparu. Ils font tout de même la fête et les trois hommes rentrent chez eux ivres morts. Pour expliquer son retour tardif, chacun invente un mensonge qui ne trompe aucune épouse. Les trois maris tiennent à leur femme et sont rongés par le remords. Pour se débarrasser définitivement de Naïma, ils ont compris qu’il fallait lui restituer le canapé auquel elle tient tant. Ils vont le chercher chez Kamal et le rapportent à sa nouvelle propriétaire. Malheureusement, ils ont été suivis par leurs épouses qui font irruption dans la péniche. Elles se jettent toutes les trois sur Naïma pour la corriger. C’est alors qu’arrive la police. Pendant la bagarre, le sac de bijoux qu’avait réussi à récupérer Naïma s’est éventré et tout ce qu’il contenait s’est répandu sur le canapé. Tout le monde est emmené au commissariat pour une grande explication.



Critique


C’est peu de dire que nous sommes en terrain connu ! Une comédie typique des années soixante-dix qui tourne autour d’histoires de couples menacés par le comportement volage des maris. Les personnages et les situations nous rappellent maintes productions dans lesquelles nous retrouvons à peu près les mêmes comédiens qui connaissent sur le bout des doigts la partition qu’on leur demande de jouer. Après avoir vu le film, on peut s’étonner du titre choisi, les Maris Diaboliques, alors que les trois personnages masculins sont de braves bougres dont le comportement est bien inoffensif. Au contraire de ce que pourrait suggérer le titre, ce ne sont pas des héritiers de Dom Juan et encore moins du Marquis de Sade. Notons au passage l’usage immodéré que font les réalisateurs et scénaristes égyptiens de mots "démon", "diable" ou "diabolique". La plupart du temps, nous avons affaire à des hyperboles trompeuses, à la limite du contresens, pour la plus grande déception du spectateur. Ce film d’Ahmed Fouad n’échappe pas à la règle. Loin d’être des débauchés immoraux et cyniques, les trois amis font preuve d’un grand sens moral. Après leur écart de conduite -qui a consisté à boire de l’alcool en compagnie d’une femme (On a connu plus sulfureux !)- les deux personnages qui sont déjà mariés sont assaillis par les remords et se promettent de ne plus jamais recommencer. ils vont même finir par inciter leur ami resté célibataire jusque-là, à les rejoindre dans le droit chemin, celui de la conjugalité heureuse. Car c’est bien toute la morale du film : le bonheur réside dans le mariage, pour la femme comme pour l’homme. Mais Ahmed Fouad est un moraliste de son temps qui parle à ses contemporains et pour lui, au cœur du bonheur conjugal, il y a la sexualité. Celle-ci doit concourir à l’épanouissement mutuel des deux époux et pour cela le consentement de la femme est un impératif comme l’est l’entretien du désir au sein du couple. C’est ainsi que dans les Maris Diaboliques, les épouses sont toujours dotées d’un sex-appeal affriolant alors que, paradoxalement, la femme de mauvaise vie incarnée ici par Nahed Sharif arbore des tenues beaucoup plus sages. On comprend alors pourquoi la plus grande peur des maris, c’est un jour que leurs femmes puissent décider de se soustraire à leurs étreintes. Ce qu’elles font dans un autre film d’Ahmed Fouad, 24h d’amour tourné en 1974. C’est une comédie qui conte l’histoires de trois camarades dont les compagnes se refusent à eux pour les punir de leur supposé infidélités.

Jusque dans les années soixante, le cinéma égyptien nous proposait deux figures antithétiques de l’épouse : la femme tyrannique et la femme martyrisée. 
La première fait vivre un enfer à son mari et celui-ci cherche par tous les moyens à échapper à son autoritarisme et à son mauvais caractère pour s’offrir des instants de liberté et de plaisir avec ses camarades. Il sait néanmoins que cela finira par lui coûter très cher. 
La seconde vit un enfer avec un mari despotique qui passe ses nuits loin du domicile conjugal avec des prostituées. Humiliée, trompée, rudoyée, l’épouse vit cloîtrée, souvent seule, et sans espoir d’une libération prochaine. 
Dans les deux cas, la femme ne suscite plus aucun désir chez son mari. 
Avec Ahmed Fouad, on est très loin de ces archétypes. Dans ses films, non seulement, l’épouse reste désirable aux yeux de son mari mais c’est elle qui décide de leurs relations. Elle garde toujours la liberté de dire oui ou non et si la conduite de son mari lui déplaît, elle n’hésite pas exercer de terribles représailles. 
Ahmed Fouad est donc un réalisateur de comédies bourgeoises pour citadins éduqués et aisés, qui se montre conservateur sur le plan social mais progressiste sur le plan moral. Par certains côtés, ses films peuvent nous rappeler ceux de Claude Lelouch ou bien ceux du tandem Yves Robert Jean-Loup Dabadie. 

Les Maris Diaboliques n’est certes pas un grand film mais c’est une comédie honnête et agréable qui se laisse voir sans déplaisir. 

Appréciation : 3/5
***


Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin


mercredi 29 août 2018

Les Illusions de l’Amour (Awham Alhoub,1970)

اوهام الحب
ﺇﺧﺮاﺝ:ممدوح شكري






















Mamdouh Shoukri a réalisé Les Illusions de l'Amour en 1970.
Distribution : Nagla Fathy, Mohsen Sarhan, Zouzou Madi, Youssef Fakhr El Din, Youssef Chaban, Safa Abou Al-Saoud, Abdel Halim Nasr, Fathy Abdel Sattar
Scénario : Mamdouh Shoukri

Youssef Fakhr El Din et Safa Abou Al Saoud

Youssef Chaban

Youssef Chaban et Nagla Fathy

Youssef Chaban et Nagla Fathy

Fathy Abdel Sattar


Safaa Abou El Saoud et Nagla Fathy

Mohsen Sahran et Youssef Chaban

Nagla Fathy et Safaa Abou El Saoud


Résumé

Nadia rencontre Samir à l’aéroport. C’est immédiatement le coup de foudre. Ils deviennent amants puis se marient. Ils s’installent à Alexandrie. Très vite, leur relation se dégrade. Samir semble lointain : il est constamment plongé dans les livres. Nadia s’ennuie. Elle décide de sortir régulièrement avec des amis. Un jour, elle est victime d’un accident alors qu’elle est enceinte. Elle fait une fausse couche et perd beaucoup de sang. Samir accepte de lui donner du sien mais les tests effectués à l’hôpital révèlent qu’il est atteint d’une leucémie. Il refuse d’en parler à sa femme. Un fois rétablie, Nadia reprend sa vie insouciante d’avant. Parmi le groupe qu’elle fréquente, se trouve Farouk, un jeune homme qu’elle apprécie beaucoup. Ils sortent régulièrement ensemble. Elle finit par accepter de prendre un verre dans son appartement... La rupture entre Nadia et Samir devient inévitable. Enfin, un ami apprend à la jeune femme la maladie de son époux. Cette nouvelle la bouleverse mais il est déjà trop tard. Samir sait qu'il devra affronter seul la mort qui l'attend.

samedi 25 novembre 2017

Une épouse pour cinq hommes (Zawga le-Khamsat Regal, 1970)

زوجة لخمس رجال
إخراج : سيف الدين شوكت




Seif El Din Shawkat a réalisé Une épouse pour cinq hommes en 1970.
Distribution : Magda Al Sabahi (Afaf), Imad Hamdi (Alsamnoudy Bey), Youssef Fakhr El Din (Ihsan Reffaat), Mohamed Reda (Tawfiq Mercedes), Samiha Mohamed (la première épouse de Tawfiq), Aziza Helmy (la mère d’Afaf), Abou Bakhr Ezzat (l’inspecteur Salah), Rushdy Abaza (l’inspecteur Saïf), Abdel Ghani El Nagdi (le paysan), Salah Mansour (le maire du village), Ahmed Morsi (le beau-père d’Afaf), Mohamed Abaza (le fou), Mumtaz Abaza (le médecin), Nour Al Sharif (le procureur)
Scénario : Abou Al Seoud Al Ebiary, Wagih Naguib, Seif Eddine Shawkat, Ehab Al-Azhari
Musique : André Ryder
Production : Magda Al Sabahi

Abou Bakhr Ezzat et Rushdy Abaza











Salah Mansour










Magda


















Ahmed Morsi









Youssef Fakhr El Din




















Résumé

Afaf vient d’épouser Alsamnoudy Bey et elle semble heureuse. Pourtant, alors qu’ils ont regagné la chambre de l’hôtel où ils passeront leur nuit de noce, la jeune femme s’enfuit . Elle est recueillie par un automobiliste qui l'invite chez lui. Le « sauveur » d’Afaf s’appelle Ihsan Reffaat . C’est un enseignant qui souhaiterait émigrer au Koweït. Pour cela, il faut d’abord qu’il trouve une fiancée et se marie, le Koweït refusant l’installation sur son sol des travailleurs étrangers célibataires. Afaf accepte de l’épouser. Après la cérémonie, ils se retrouvent seuls dans l’appartement d’Ihsan. Mais quand ce dernier tente d’embrasser sa jeune épouse, celle-ci s’échappe par la fenêtre. Elle tombe sur le toit d’un taxi. Le chauffeur, Tawfiq Mercedes, accepte de l’aider à fuir en échange de tous ses bijoux en or. Il la conduit dans son appartement mais son épouse refuse d’accueillir la jeune femme. Tawfiq passe outre et va même jusqu’à épouser sa protégée. Comme pour ses mariages précédents, Araf disparaît quand l’homme se présente dans sa chambre pour faire valoir ses droits.
Au commissariat, les inspecteurs Salah et Saïf reçoivent la mère d’Afaf très inquiète de la disparition de sa fille. Peu après, les trois époux abandonnés viennent apporter leur témoignage. Saïf et son collègue décident d’enquêter sur cette mystérieuse fugitive. Ils commencent par fouiller sa chambre dans l’appartement de sa mère. Ils comprennent vite qu’Afaf est une professionnelle de l’imposture. Ils retrouvent sa trace dans un hôtel. Pour l’approcher, Salah se fait passer pour un avocat. Ils dînent ensemble et dansent un peu. Leur tête-à-tête s’interrompt brutalement avec l’intervention d’un homme ivre mort. Une bagarre éclate. Des agents de police font irruption dans la salle. Effrayée, Afaf parvient à s’enfuir et se cache dans un champ. Elle finit par s’assoupir, morte de fatigue. Quand elle se réveille, elle s’aperçoit qu’on lui a changé sa robe et qu’elle est sous la surveillance d’un paysan armé. Ce dernier la conduit chez le maire du village, Khalil Abou Khalil qui la trouve à son goût. Il souhaiterait qu’elle rejoigne son petit harem. Il charge ses autres femmes de préparer Afaf pour la cérémonie des fiançailles. Evidemment, la captive tente de s’enfuir aussitôt. Elle est récupérée par Saïf et Salah qui avec leurs hommes l’avaient cherchée toute la nuit et patrouillaient dans les rues du village. Ils l'amènent chez le juge qui ordonne une expertise psychiatrique. Le médecin comprend que la jeune femme souffre d’un traumatisme infantile causé par les hommes de son entourage. Il la fait interner. Saïf ne l’abandonne pas et va la voir à l’hôpital. Ils tombent amoureux l’un de l’autre. Mais Afaf découvre qu’il n’est pas avocat mais policier. Elle se sent trahie. Elle ne veut plus le voir. Pourtant, Saïf s’obstine à l’aider dans son long chemin vers la guérison. Des souvenirs douloureux de son passé lui reviennent : on apprend qu’elle a vécu une enfance très malheureuse à cause de la cruauté et de la violence de son beau-père. Saïf quitte la police pour devenir avocat. Il veut se charger de la défense d’Afaf lors du procès qui s’annonce. Elle est accusée de détournements de fonds, de fraude et de polygamie. Lors de sa plaidoirie, Saïf montre qu’elle était psychologiquement malade mais qu'elle n'a jamais renoncé à sa vertu : elle est toujours vierge ! Le tribunal acquitte la jeune femme. Afaf et Saïf se marient.

lundi 28 août 2017

Jeunesse d'Aujourd'hui (Shabab al Youm, 1958)

شباب اليوم
إخراج: محمود ذو الفقار



Mahmoud Zulficar a réalisé Jeunesse d'Aujourd'hui en 1958.
Distribution : Mariam Fakhr Eddine (Fathia), Omar El Hariri (le docteur Mamdouh), Cariman (Nawal), Youssef Fakhr El Din (Youssef, le frère de Fathia), Mahmoud El Meleigy (le père de Fathia), Rafia El Shal (la mère de Fathia), Doha Amir (la sœur cadette de Fathia), Thuraya Fakhry (la mère de Nawal), Olwiya Gamil (la véritable mère de Fathia), Nahed Samir (la mère du docteur Mamdouh), Saab Kotb (Rashad, l’ami de Youssef), Hassan Abdul Salam (Sobhi, le fils du paysan)
Scénario : Abdel Aziz Salam et Mahmoud Zulficar
Musique : Moukhtara et Mohamed Abdel Wahab
Production : les films Mariam Fakhr Eddin


Cariman et Youssef Fakhr El DIn

















Shafik Nour El Din

















Hassan Abdul Salam, Cariman, Youssef Fakhr El Din

















Cariman et Omar El Hariri

















Mahmoud El Meleigy et Youssef Fakhr El Din

















Mariam Fakhr Eddine


















Résumé

Fathia vit avec son père, Ahmed Fathi, un homme d’affaires très malade ainsi qu'avec sa mère et son jeune frère Youssef. Le garçon passe ses journées avec leur charmante voisine Nawal et sa jeune sœur Soheir.

Le docteur Mamdouh se rend régulièrement chez les Fathi pour contrôler l’évolution de la maladie du père. Au fil de ses visites, Mamdouh et Fathia sont tombés amoureux l’un de l’autre, à la grande joie des parents de la jeune femme. Mais de son côté, Nawal aussi aimerait bien se marier et elle trouve le jeune médecin tout à fait à son goût. Elle entreprend de le séduire, encouragée par sa mère.

Dans la maison, Fathia s’occupe de tout : elle supervise les tâches ménagères, elle veille à ce que son père prenne bien tous se médicaments, elle surveille son frère et le conseille.

Un soir, Youssef se rend chez son ami Rachad pour participer à la petite fête que celui-ci donne à l’occasion de son anniversaire. Il est accompagné de Nawal. Là, ils rencontrent Sobhi, un jeune garçon qui prétend être très riche et qui aime évoquer tous ses voyages en Europe. Alors que la fête bat son plein et que le whisky coule à flots, le père de Sobhi fait son apparition. On comprend que c’est un simple paysan qui a vendu tout ce qu’il possédait pour financer les études de son fils. Le vieil homme est désespéré de constater que tous ses sacrifices n’ont servi qu’à financer ses beuveries. Sobhi, honteux, quitte la fête avec son père.

Le lendemain, Youssef doit se faire faire une carte d’identité et il a besoin de son certificat de naissance. Il accompagne son père dans son bureau et tandis que celui-ci cherche le document dans ses papiers, Youssef aperçoit une grande enveloppe sur laquelle est inscrit « Papiers Adoption Fathia ». Fathia n’était donc pas sa sœur ! Son père est obligé de le reconnaître mais il demande à son fils de garder le secret.

Peu après, le docteur Mahmoud fait officiellement sa demande en mariage. Fathia est au comble du bonheur et toute la famille approuve cette union. Evidemment, Nawal est dépitée par la nouvelle : elle a échoué. Lors des fiançailles, Youssef et Nawal ont trop bu. Ils finissent par s’embrasser. Fathia qui a tout vu est scandalisée par une telle attitude. Elle les sermonne sans ménagement. Youssef s’emporte, Fathia le gifle. Le garçon, hors de lui, lui révèle le secret de sa naissance. La jeune femme bouleversée, court demander des explications à son père. Celui-ci lui révèle que sa mère biologique l’avait abandonnée car elle n’avait plus les moyens de l’élever après la mort de son père. Elle avait donc accepté qu’Ahmed l’adopte. Il conclut en promettant à Fathia de retrouver l’adresse de sa mère. Il obtient ses coordonnées et lui rend visite. Il lui annonce que sa fille sait la vérité et qu’elle souhaite la voir. La vieille femme ne souhaite pas que sa fille vienne revivre avec elle car elle abandonnerait une existence agréable pour la vie éprouvante des pauvres. Elle veut bien la recevoir mais elle lui dira qu’elle est une amie de sa mère morte depuis très longtemps. Les deux femmes se rencontrent et, malgré son émotion, à aucun moment la vieille dame ne révèle sa véritable identité. Après cette entrevue qui l’a bouleversée, Fathia se rend chez le docteur Mamdouh. Ils discutent quelques instants et Fathia profite d’une courte absence du médecin pour s’enfuir après avoir déposé sur la table sa bague de fiançailles : elle ne veut pas le déshonorer et préfère rompre.

Mais les sentiments du docteur n’ont jamais varié et tous les membres de la famille Fathi finiront par convaincre la jeune femme de l’épouser comme il était convenu.


Critique

Voilà un mélodrame bien conventionnel ! C’est l’histoire d’une jeune fille sage et méritante appartenant à la meilleure société qui découvre brutalement qu’elle est une enfant adoptée. Elle apprend qu’elle été abandonnée par sa mère biologique, une miséreuse qui n’avait pas les moyens de l’élever. Avec un tel sujet, on comprend que le premier souci des auteurs n’a pas été de concevoir une œuvre originale mais de se conformer à un modèle qui a fait ses preuves tant au cinéma qu’en littérature. Lieux communs et clichés à la sauce pathos.
Les personnages sont réduits à des stéréotypes, notamment les deux héroïnes qui incarnent deux images de la femme diamétralement opposées : l’une est méritante, attentionnée, vertueuse ; l’autre, ambitieuse, amorale, sans scrupule. Cette opposition est soulignée de manière grossière par les toilettes portées par l’une et par l’autre. Dans l’une des toutes premières scènes du film, Mariam Fakhr Eddine apparaît dans une robe très stricte avec un col bien fermé jusqu’au cou ; ses cheveux sont tirés en arrière et maintenus par un serre-tête. Face à elle, nous trouvons Cariman, robe légère, épaules dénudées et chevelure luxuriante. La seconde jouera de tous ses appas pour dérober à la première son fiancé, le bon docteur Mamdouh mais, soyons rassurés, ce dernier n’est pas homme à se laisser séduire par une petite mijaurée. Dans ce film, la vertu triomphe de tout, hélas !
Visiblement, les auteurs ont pris très au sérieux leur mission moralisatrice : ils fustigent sévèrement les excès de la jeunesse dorée de l’époque (des excès bien timides pour le spectateur d’aujourd’hui) et son ingratitude à l’égard de parents qui travaillent dur pour assurer le bonheur de leur famille. Cela nous vaut l’une des scènes les plus fastidieuses du film : un vieux père prématurément usé fait irruption au milieu d’une fête où se trouve son fils. Le discours que tient l’homme est comme une douche froide pour tous ces jeunes gens insouciants. Son fils, comprenant alors sa coupable légèreté, jette son verre de whisky et sort avec son père. Il est sauvé !
Mais le caractère éminemment réactionnaire du film éclate dans la dernière scène. C’est le jour des noces de Fathia et du docteur Mamdouh. On voit les mariés entourés des parents et amis sortir de la villa de la famille Fathi. Et derrière la muraille entourant le jardin de la propriété, il y a la vieille maman qui , émue aux larmes, regarde sa fille si belle dans sa robe blanche. Evidemment, elle n’a pas été invitée. Elle aurait fait tache.

Appréciation : 2/5
**
Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin


jeudi 4 août 2016

Elle et les Démons (Heya wal Shayatin, 1969)

هى والشياطين
إخراج : حسام الدي مصطفى 



Elle et les Démons a été réalisé par Houssam Al Din Mustafa en 1969.
Distribution : Ahmed Ramzy (Prince), Chams Al Baroudi (Warda), Adel Adham (Zizou), Nawal Abou El Foutouh (Hamida), Youssef Fakhr Eddin (Kamal), Alya Fawzy (la mère de Warda), Sally Wood (la touriste)
Scénario : Faysal Nada, Sabri Ezzat, Houssam Al Din Mustafa


Adel Adham

Shams Al Baroudi et Youssef Fakhr El Din















Ahmed Ramzy et Nawal Abou El Foutouh















Ahmed Ramzy















Shams Al Baroudi



Résumé

Kamal est le petit ami de Warda qui travaille comme danseuse dans un cabaret. Il rêve de gagner beaucoup d’argent pour l’épouser et lui faire quitter son métier. Son meilleur ami est Prince. Celui-ci travaille dans la région des marais comme pêcheur. Pour accroître ses revenus, il promène les touristes à bord de sa petite barque. Comme Kamal, il est amoureux d’une jeune fille. Elle s’appelle Hamida et tient une petite épicerie tout près de sa cabane de pêcheur. Lui aussi rêve d’épouser sa bien-aimée mais il n’a pas le sou.
Zizou est une connaissance de Kamal. C’est un voleur spécialisé dans la contrebande. Il propose une affaire à l’amoureux de Warda : Petro, un chef de gang, l’a chargé de transmettre la somme de 250 000 dollars à Georges, un complice qui se trouve sur un bateau à 8 kilomètres des eaux territoriales. Pour ne pas attirer l’attention de la police, il faut parcourir la distance à la nage avec l’argent caché dans une ceinture. Malgré la difficulté de la mission, Kamal l’accepte aussitôt. Les 250 000 dollars n’arriveront jamais à destination. Kamal a décidé de les garder pour lui et les a cachés sur un îlot au milieu des marais salants. Petro est furieux. Il fait corriger sévèrement Zizou par ses complices mais celui-ci n’a aucune information sur ce qu’est devenu l’argent. Zizou parvient à échapper au gang. Il dénonce à la police Petro et Georges puis retrouve Kamal. Sous la menace d’une arme, ce dernier doit lui remettre la carte qu’il avait griffonnée pour localiser la cache du butin. Une fois obtenu le précieux document, Zizou le poignarde. Agonisant, Kamal parvient à se trainer jusqu’à l’immeuble où réside Warda. Il meurt dans les bras de sa bien-aimée.
Cette dernière est bien décidée à se venger. Elle se rend dans les marais salants et fait la connaissance de Prince. Elle se présente comme une touriste souhaitant visiter la région et aimant la pêche. Au même moment, Zizou fait son apparition. Il s’est installé dans l’une des cabanes de la zone pour récupérer au plus vite le butin. Il est tout de suite séduit par Warda dont il ignore les liens avec Kamal. Tous les deux, ils font de longues promenades en barque au milieu des marais. C’est lors de l’une de ces sorties que Zizou finit par retrouver l’endroit où sont cachés les 25000 dollars. Il met dans la confidence celle qu’il aime. Warda braque un revolver dans sa direction et dévoile son identité. Zizou parvient à désarmer la jeune femme. Une lutte s’engage. L’homme fait un faux pas et tombe dans des sables mouvants. Il disparaît. Prince a rejoint Warda et ils regagnent ensemble la zone des cabanes. Les y attendent des anciens complices de Zizou, prêts à tout pour s’emparer de l’argent. Bagarres et courses-poursuites ne prendront fin qu’avec l’intervention de la police.


Critique

Houssan El Din Mustafa est un cinéaste inégal : dans sa filmographie on trouve le pire et le meilleur (le pire l’emporte quand même). Il fut très souvent la cible des critiques qui lui reprochèrent son manque d’ambition artistique et son recours aux procédés les plus grossiers du cinéma commercial. Sa marque de fabrique, c’est la violence et l’érotisme. Et reconnaissons que dans ce registre, il fait preuve d’une certaine efficacité. Houssan El Din Mustahfa avait étudié le cinéma aux Etats-Unis et il en a gardé un sens de l’action et du mouvement qui manque cruellement à bon nombre de ses pairs. Chez lui, on ne trouve pas ces scènes interminables dans lesquelles les personnages sagement assis dans des fauteuils déblatèrent à l’infini. Les héros d’ Houssan El Din Mustafa ne causent pas, ils frappent et ils flinguent (s’ils causent, c’est mauvais signe : le film risque d’être mauvais comme c’est le cas pour les Trois Prisonniers de sinistre mémoire !) Et en amour, c’est la même chose : pas de longues déclarations mais des bouches qui se mélangent et des corps qui s’étreignent.
Dans Elle et les démons, la première scène donne le ton : une petite bande tend un piège à un routier pour dévaliser sa marchandise. La séquence est brève, sans fioritures. Le camion vidé, les bandits s’évanouissent dans les champs tandis qu’on suit le chef du groupe et l’un de ses complices s’enfuyant sur une charrette tirée par un cheval au galop. Hommage au western américain et à sa fougue ! Toute la première partie du film est sur ce tempo. Dans la seconde, après le meurtre de Kamal, ça piétine un peu. Dommage !
L’histoire réunit des personnages qui ont le même dessein : changer de vie, sortir une bonne fois pour toutes de la misère. Pour y arriver, ils sont prêts à tout. Alors quand un pactole tombe entre leurs mains, la fièvre s’empare de tous ces hommes et les complices d’hier finiront par s’entretuer. L’essentiel de l’intrigue se passe dans un seul lieu : les marais. C’est un labyrinthe inextricable dans lequel on ne peut circuler qu’en barque entre des îlots couverts d’herbes hautes. Loin de la ville, de la police et des lois, les personnages s’y sentent libres. Comme le montre l’une des premières scènes où l’on voit Prince conduire dans sa barque une jeune touriste étrangère à demi-nue qui offre sans pudeur son corps au soleil et au regard de son guide. Mais en fait, cet eden est piégé : il réserve bien des chausses trappes à tous ceux qui s’y aventurent. Un lieu dangereux aussi car pour le criminel, c’est le cadre idéal pour se cacher ou accomplir ses forfaits en toute impunité. Il faut voir comment Zizou, ce malfrat sans scrupules joué par le toujours excellent Adel Adham, s’y épanouit. Il s’est installé dans une cabane et recherche le butin caché quelque part par Kamal. Il est heureux, Zizou, car il a éliminé tous ses anciens complices et il est le seul à pouvoir récupérer le trésor. Alors il ne se presse pas. Il a adopté le rythme placide de la vie dans ce petit coin de nature à mille lieux du tumulte et de la frénésie des grandes villes.
Mais ce qu’il ne sait pas, c’est qu’on n’échappe pas au marais (cet eden est en fait une prison !) et que son destin sera aussi tragique que celui des autres personnages. Zizou sera happé par les sables mouvants sous les yeux de la fiancée de Kamal. Au final personne ne profitera du butin et les survivants reprendront leur existence laborieuse comme naguère.
Pour finir, ajoutons que l’interprétation masculine est excellente. Les trois principaux acteurs jouent dans un registre différent avec la même énergie et le même naturel.
Et Chams El Baroudi ? A la fin des années soixante et au début des années soixante-dix, elle est l’une des figures les plus populaires du cinéma égyptien. Son sex appeal ravageur accompagne le mouvement de libération des mœurs que connaît la société égyptienne à cette époque. Dans Elle et les Démons, elle me semble sous-employée, comme n’étant pas vraiment à sa place dans cette histoire d’hommes. Ce qui m’a toujours frappé chez Chams El Baroudi, c’est la passivité des personnages qu’elle incarne. Des personnages qui n’existent qu’à travers le désir que l’actrice suscite chez ses partenaires ou bien chez le réalisateur. Ici, il est évident qu’on ne l’a pas désirée assez fort.

Appréciation : 3/5
***
Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

samedi 10 octobre 2015

Rendez-vous avec un inconnu (Maweed maa maghoul, 1959)


موعد مع المجهول
 إخراج : عاطف سالم


Atef Salem a réalisé Rendez-vous avec un inconnu en 1959.
Distribution : Omar Sharif (Magdi), Samia Gamal (Nana, auxiliaire de police), Hala Shawkat (Nadia), Fakher Fakher (Soubhy), Youssef Fakhr El Din (Rachad), Omar Al Hariri (officier de police), Reyad El Kasabgy (le gardien de l'usine), Kamal Hussein (Amin), Thuraya Fakhry (mère de Rachad), Salah Nazmi (le médecin)
Scénario : Youssef Issa
Musique : Mohamed Abdel Wahab
Production : les Films Mohamed Abdel Wahab et les Films Barakat
 
Omar Sharif et Hala Shawkat

Reyad El Kasabgy et Omar Sharif

Fakher Fakher et Omar Sharif

Samia Gamal et Omar Sharif

Fakher Fakher

Hana Shawkat et Youssef Fakhr El Din



Résumé

Amin est un industriel. Depuis qu’il a constaté que son entreprise était l’objet d’importants détournements de fonds, il reçoit des lettres anonymes lui enjoignant de garder le silence. Amin veut lui-même enquêter avant de prévenir la police. Il convoque Rachad, son jeune comptable. Lors de leur entretien, Amin explique à son interlocuteur qu’il est certain de son innocence mais que quelqu’un a tenté de le faire accuser en falsifiant ses livres de comptes. Tandis qu’ils discutent, un homme s’est introduit dans la voiture de Rachad pour se saisir du revolver qui se trouve dans la boîte à gants. L’inconnu pénètre dans les locaux de l’entreprise et tire sur Amin qui s’effondre mortellement blessé. Poursuivi par le gardien, Rachad se sauve. Sur la route, il est arrêté par un étrange personnage qui lui garantit l’impunité bien que tout l’accuse. Il doit disparaître et garder le silence sur tout ce dont il a été le témoin. Après avoir fait ses adieux à sa mère et à sa sœur, Rachad s’envole pour le Soudan. La police a pris l’affaire en main mais elle ne parvient pas à identifier un coupable. Magdi est le jeune frère d’Amin qui fait des études à l’étranger. Il rentre en Egypte pour mener sa propre enquête. Il découvre l’existence de Rachad qui a disparu le lendemain de la mort de son frère. Il veut le joindre et il compose le numéro de téléphone qu’il a retrouvé dans les papiers du défunt. Il tombe sur la sœur du comptable. Il raccroche aussitôt.
La sœur de Rachad est infirmière. L’une des chambres de l’hôpital est occupée par une patiente qui donne beaucoup de fil à retordre à toute l’équipe soignante. C’est une ancienne infirmière qui est devenue danseuse. Elle revient régulièrement dans cet hôpital pour se reposer mais surtout pour narguer ses ex collègues.
Magdi se présente au domicile de Nadia. Ils font connaissance. Arès cette première rencontre, ils sortent régulièrement ensemble. Magdi est amoureux de la jeune femme mais celle-ci souhaite que leurs relations restent sur le plan strictement amical. En fait, elle est mal à l’aise : elle soupçonne son frère d’avoir tué Amin. De son côté Magdi pense que Nadia maintient une distance entre eux car elle est amoureuse d’un autre homme. Ils finissent par se disputer. Magdi a échoué dans un cabaret où il rencontre Nana la danseuse (Quelle coïncidence !) Ils deviennent amants. Le jeune homme ne se présente plus à l’usine. Il préfère passer ses journées à la plage avec la belle Nana. Cependant, il n’a pas oublié son premier amour. Un jour qu’il se promène avec sa maîtresse sur la côte, il croit voir Nadia, seule sur la falaise. Il se précipite dans sa direction. C’est bien elle. Ils tombent dans les bras l’un de l’autre.
Ils se marient. Ils ont une petite fille. Les années passent. Un beau jour, un officier de police, ami de Magdi, vient le voir à l’usine. Il souhaite reprendre l’enquête sur la mort d’Amin. Il devient un familier du couple même si ses questions embarrassent Nadia. Un soir, ils dînent ensemble dans le cabaret où se produit Nana. Cette dernière vient les saluer en tant qu’ancienne collègue de travail de Nadia. En revanche, elle fait mine de ne pas connaître Magdi. Pourtant elle va provoquer les rencontres avec son ex-amant, passant le voir à son usine ou même à son domicile. Un jour, alors que Nana est chez eux, Nadia reçoit un coup de téléphone de son frère. Il est de retour à Alexandrie et souhaite que sa sœur le rejoigne immédiatement dans un hôtel de la ville. Elle s’y rend. Nana est persuadée que Nadia a un amant. Elle en informe le mari qui chasse sa femme du domicile conjugal.
Pendant ce temps, l’enquête progresse à grands pas : Rachid s’est présenté au commissariat. L’officier de police est convaincu de son innocence. On va vite comprendre que c’est le sous-directeur de l’usine qui est le coupable. Celui-ci pour échapper à la police prend en otage Nadia et sa fille. Il les séquestre dans une maison isolée. Heureusement Nana a poursuivi les ravisseurs mais ceux-ci ont repéré sa présence. Elle est jetée dans la cave où se trouvent déjà les deux otages.
Pendant ce temps-là, à l’usine Magdi et le sous-directeur ont une explication. Le criminel tente de fuir en escaladant les échafaudages de l’un des ateliers de l’usine. Magdi l’a rattrapé. Après une courte lutte, le sous-directeur bascule sur la rampe et fait une chute mortelle.
Nadia et sa fille sont libérées. La dernière scène met en présence Magdi et Nana. Cette dernière explique qu’elle est en fait membre de la police et qu’elle collaborait à l’enquête sur la mort d’Amin.
 

Critique
  
Rendez-vous avec un inconnu plonge le spectateur dans un abîme de perplexité. Certes, le film a des qualités. Il est bâti comme un thriller américain avec  en voix off, le récit des événements raconté par le personnage principal. Toutes les scènes se déroulant sur la côte aux alentours d’Alexandrie sont empreintes  d’un charme qui rappelle les productions Cinecitta des années 60. Les personnages  ne sont pas réduits aux stéréotypes habituels ; ils conservent tous une part de mystère. Le réalisateur a su nous rendre palpable l’inquiétude permanente qui ronge Magdi. Celui-ci est confronté à toute une série d’énigmes qu’il désespère de pouvoir résoudre : qui a tué son frère ? Qui aime-t-il vraiment, sa femme ou bien sa maîtresse ? Qui est vraiment son épouse ? Que lui cache-t-elle ? La grande force du film tient sans doute à ce que chaque personnage a quelque chose à dissimuler. Et on voit le héros se débattre comme un beau diable pour échapper à cette atmosphère toxique : il fume cigarette sur cigarette, se jette avec fougue dans les bras de Nana et une fois marié, s’oublie dans le travail.

Mais voilà, Rendez-vous avec un inconnu comporte aussi de grandes faiblesses. Le dénouement accumule  les scènes d’action  filmées d’une manière grossière peu digne du talent d’Atef Salem. La femme et la fille du héros sont enlevées par des « méchants » d’opérette. Heureusement, Nana, l’ancienne maîtresse de Magdi va les rejoindre et leur permettre de recouvrer la liberté. S’ensuit une course dans les marais avec trois femmes poursuivies par des bandits eux-mêmes poursuivis par la police. Les vilains ravisseurs sont si patauds qu’on n’est pas bien inquiets quant à l’issue de l’affaire.
Le plus gênant,  c’est le personnage de Nana lui-même.  Il apparaît au début du film dans une première scène incongrue : on découvre une jeune femme très agitée hospitalisée dans l’établissement où elle fut jadis infirmière. Elle nargue ses anciennes collègues, dont Nadia, car elle est devenue une danseuse célèbre. Le spectateur se demande à quoi rime cette séquence  qui semble orienter le récit sur une toute nouvelle voie. Par la suite elle devient la maîtresse de Magdi quand celui-ci rompt avec Nadia. Mais le jeune homme finit par épouser cette dernière. Nana s’efface instantanément. Les années passent. Elle reparaît soudain comme elle avait disparu. La dernière scène a pour fonction de jeter toute la lumière sur le comportement étrange de Nana. Cette dernière révèle à Magdi qu’elle est en fait une auxiliaire de la police et qu’elle avait pour mission de les surveiller, lui et Nadia. Stupeur du spectateur ! C’est en totale contradiction avec d’autres éléments du scénario qui insistent sur la passion sensuelle que la jeune femme éprouve pour le futur mari de Nadia . Les auteurs ont dû s’en apercevoir car  dans sa confession finale, Nana précise que la relation qu’elle a nouée avec Magdi n’était pas purement « professionnelle » et qu’il y avait quand même de l’amour dans tout ça.  Nous voilà rassurés !
Nana est une anomalie mais c'est une anomalie qui nous offre les scènes les plus torrides du film. Alors, on sera indulgent...
Appréciation : 3/5
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Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin