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mercredi 16 mars 2022

Asmahan : année après année

 أسمهان


Amal Al Atrache, le vrai nom d'Asmahan,  naît le 25 novembre 1917 sur un bateau grec parti de Turquie et à destination du Liban.
Son père, Fahd Al Atrache (1875-1925) et sa mère, Alia Al Mundhir (1895-1967), accompagnés de leurs deux garçons, ont quitté précipitamment la Turquie pour rentrer en Syrie.
Fahd Al Atrache est un druze syrien et Alia Al Mundhir, une druze libanaise. Ils se sont mariés en 1908 ou 1909. Pour Fahd, c'est un deuxième mariage. Ils ont eu cinq enfants : Fouad, Farid, Amal, Anwar et Wedad. Les deux derniers meurent en bas âge.

Au premier plan, Farid, Amal, Fahd, Wedad

Fahd et sa famille retrouvent le Djebel El Druze, une région que la famille Al Atrache gouverne depuis 1879. A la tête du clan, on trouve Sultan Al Atrache, cousin de Fahd.   

En 1916, le chérif de la Mecque, Hussein Ben Ali, se soulève contre les Turcs, avec le soutien des Britanniques. L'année suivante, Sultan Al Atrache et ses hommes rejoignent les troupes arabo-britanniques pour combattre l'Empire Ottoman. On comprend pourquoi Fahd Al Atrache ne pouvait plus rester en Turquie sans mettre en grand danger sa vie et celle de toute sa famille. 


1925 :

En août, Sultan Al Atrache lance la révolution contre l'occupant français (en 1920, la SDN a donné à la France des mandats de protectorats sur la Syrie et le Liban.)

Fahd disparaît dans des circonstances inconnues. Pour échapper aux Français, Alia et ses trois enfants quittent la Syrie et s’installent au Caire. Ils trouvent un logement dans le vieux quartier d'El Fagala. Pour subvenir aux besoins de ses enfants, Alia effectue des travaux de couture et, grâce à sa formation de musicienne, elle chante en s'accompagnant du oud lors de fêtes privées.

Saad Zaghloul, le dirigeant nationaliste qui a été premier ministre de l'Egypte et qui est devenu président du parlement est un vieil ami du clan Al Atrache. Il intervient pour que toute la petite famille obtienne rapidement la nationalité égyptienne. 


1925-1931 :

Grâce à l'aide d'un bienfaiteur anonyme, la famille peut emménager dans un appartement plus luxueux. Farid et Amal sont scolarisés dans une école catholique française. Très vite, les deux enfants manifestent des dons exceptionnels en chant et en musique. Adolescent encore, Farid reçoit à leur domicile les plus grands auteurs et compositeurs de chansons de l'époque. C'est Farid Ghosn, un musicien libanais, ami de la famille, qui a permis ces rencontres. Parmi ces illustres invités, il y a le grand compositeur Daoud Hosni (1870-1937) qui un jour entend la Amal chanter. Impressionné par le talent de la jeune fille, il lui trouve son nom d'artiste : Asmahan, "la Sublime" en persan.


1931 :

Asmahan a commencé à se produire en public. La compagnie Columbia lui fait alors enregistrer son premier disque avec la chanson “Le Feu de Mon Coeur” (Ya nar fouadi). Les paroles sont de  Youssef Badros et la musique de Farid Ghosn. Pour le lancement du disque, on met en avant la jeunesse de l’interprète, 14 ans. Sa réputation s'accroît très rapidement. Elle se produit à l'Opéra du Caire et, avec son frère Farid, dans le cabaret dirigé par Mary Mansour.


Le grand compositeur Ahmed Zakaria (1896-1961) lui écrit plusieurs chansons dont "Promets-moi, mon coeur" sur des paroles de Mahmoud Ismaïl.



1933 :

Asmahan enregistre les chansons "Un mot, O Lumière des Yeux" (kalimat ya nur aleuyun) et "Je Souhaitais" (Kunt Al Amani) de Youssef Badros (paroles) et de Mohamed El Qasabgy (musique)

Son frère Fouad veut mettre un terme à sa carrière artistique. Pour lui, il est impensable qu'une fille Al Atrache s'exhibe dans des cabarets : c'est l'honneur de la famille qui est en jeu. Fouad entre en relation avec leur cousin Hassan Al Atrache (1905-1977) pour lui offrir la main de sa soeur. Quand celui-ci se rend au Caire pour rencontrer Asmahan, il est immédiatement conquis. La jeune chanteuse l'est beaucoup moins mais elle n'a pas le choix : elle épouse le prince Hassan A Atrache et retourne avec lui dans le Djebel El Druze. Elle s’installe dans le village d’Ura. Sur ce mariage, Asmahan dira qu'elle avait été vendue pour 500 livres-or et un appartement à Damas.

Assis, Hassan El Atrache et Asmahan

1937 :

Le 14 juillet, elle donne naissance à sa fille Camelia au Caire. Asmahan avait obtenu l'autorisation de son mari d'accoucher dans la capitale égyptienne. Le choix du prénom de l'enfant serait un hommage à l'oeuvre d'Alexandre Dumas fils, La Dame aux Camélias et sans doute à Greta Garbo qui incarnait Marguerite dans l'adaptation de ce roman réalisée par Georges Cuckor en 1936 (titre original : Camille ; titre français : le Roman de Marguerite Gautier).

Camelia et Asmahan

Elle enregistre la chanson "Je voulais dompter ma douleur" (nuayt adari alami) de Youssef Badros (paroles) et de  Farid Al Atrache (musique).


1939 :

Asmahan décide de divorcer et retourne définitivement au Caire. Elle laisse sa fille auprès de son père. Hassan El Atrache, bien que toujours amoureux de sa femme, ne semble pas s'être opposé à ce départ. Leur union a duré six ans mais très vite des tensions étaient apparues au sein du couple, Asmahan supportant de moins en moins cette existence de femme soumise à un ordre patriarcal qu'elle jugeait odieux. Il lui tardait de retrouver la liberté, la musique, le cinéma, bref, Le Caire. Les deux ex-époux resteront en bons termes, au point de se remarier en 1941, c'est à dire deux ans plus tard !

Asmahan fait la connaissance du grand journaliste Mohamed El Tabie (1896-1976), le « Prince du Journalisme », fondateur de l'hebdomadaire "La Dernière Heure". Il restera son ami le plus fidèle. Ils se sont rencontrés chez leur ami commun, le compositeur Mohamed Abdel Wahab. Après la mort de la chanteuse, Mohamed El Tabie déclarera : « C'était la seule femme que j'ai aimée dans ma vie et je l'aime toujours et je continuerai à l'aimer. ». Il semblerait qu'ils ne soient jamais devenus amants : le journaliste craignait de trop souffrir en raison de l'inconstance et de l'instabilité notoires d'Asmahan.


1940 :

Asamahn chante sans apparaître à l'écran dans le film Jour Heureux de Mohamed Karim, adaptation cinématographique de l'opérette de Mohamed Abdel Wahab, le Fou de Layla

Elle fait la connaissance de Mary Baines, une jeune femme d'origine anglaise venue enseigner l'égyptologie au Caire. Elle deviendra sa confidente, sa secrétaire et, trop souvent, son souffre-douleur.

Mary Baines et Asmahan


En février, elle devient la maîtresse d’Ahmed Hassanein (1889-1946), le chef du protocole du roi Farouk et l’homme le plus puissant d’Egypte. Ce serait lors d'une fête organisée par son ami Mohamed El Tabie qu'Asmahan rencontre pour la première fois cet éminent personnage. A cinquante ans, il a déjà une vie bien remplie derrière lui : diplomate, explorateur, écrivain et même athlète de haut niveau (il a participé aux jeux olympiques de 1920 et de 1924 en escrime.), il était devenu conseiller de Fouad 1er avant d'être celui du roi Farouk. Leur relation, quoique épisodique, se poursuivra jusqu'en 1944. En devenant la maîtresse d'Ahmed Hassanein, Asmahan pensait sans doute s'assurer une protection dont elle avait bien besoin. Son mariage avec Hassan El Atrache lui avait retiré la nationalité égyptienne et c'est donc comme émigrée qu'elle était revenue au pays des Pharaons. A tout moment, elle pouvait être expulsée, à la merci de décisions administratives qui variaient au gré de la situation politique fort troublée en ce début de seconde guerre mondiale. Malheureusement, cette relation amoureuse va avoir des conséquences inverses à celles qu'elle souhaitait. Ahmed Hassanein était l'amant officiel de la mère du roi Farouk et quand celle-ci s'est aperçue de l'intérêt que son "favori" portait à cette petite chanteuse, elle n'a eu de cesse de lui causer mille tracasseries et petites humiliations. Impossible pour Ahmed Hassanein d'intervenir sans se trahir.


Ahmed Hassanein


Cette année-là, Asmahan enregistre des chansons qui comptent parmi les plus belles de son répertoire : "Je suis entrée une fois dans un jardin" (Dakhalti marrah)  d'Abdel Aziz Salem (paroles) et Mehdat Assem (musique) ainsi que l'incroyable "O les Oiseaux" (Ya Touyour) de Youssef Badros (paroles) et Mohamed El Qasabgy (musique). 


1941 :

Sortie de son premier film : Victoire de la jeunesse (intisar al-shabab) d’Ahmed Badrakhan, une comédie musicale qui réunit Asmahan et son frère, Farid Al Atrache. Ce dernier en a composé la musique .
Victoire de la Jeunesse a été réalisée par Ahmed Badrakhan, un pionnier du cinéma égyptien. Il avait déjà réalisé deux films avec Oum Kalthoum, la grande diva qui n'a dû guère goûter l'apparition de cette jeune rivale.
L'intrigue du film n'est pas d'une folle originalité : un frère et une soeur, tous les deux chanteurs, ont quitté leur pays pour s'installer au Caire en espérant y connaître le succès et la gloire. La dernière partie du film présente de larges extraits de l'opérette composée par le frère, ce qui permet à nos deux héros de manifester tout leur talent devant leurs proches présents dans le public. La virtuosité vocale d'Asmahan contribue à faire de ce dénouement une apothéose.


Pendant le tournage de Victoire de la Jeunesse, elle tombe amoureuse (?) du réalisateur Ahmed Badrakhan (1909-1969) et l’épouse. Le mariage durera 55 jours. L'avait-elle épousé pour obtenir la nationalité égyptienne ? C'est ce que certains affirment. En tous les cas, après son divorce, elle est toujours syrienne. La manœuvre (si manœuvre il y a) a échoué. Inutile de dire que le comportement d'Asmahan était unanimement condamné dans la communauté druze. Il y avait eu un premier divorce, elle avait ensuite épousé un non-druze (ce qui  est contraire à la tradition) et maintenant, il y avait un deuxième divorce. La coupe était pleine ! Quand Victoire de la Jeunesse fut projeté dans le Djebel El Druze et qu'Asmahan fit son apparition sur l'écran, un spectateur dit-on se leva et tira à plusieurs reprises sur elle, ou du moins sur son image, avec un revolver.  

Ahmed Badrakhan entre ses deux acteurs

En butte à des tracasseries administratives de toutes sortes et vivant sous la menace permanente d’une expulsion du territoire égyptien, ce qui la contraindrait à retourner en Syrie, elle tente de se suicider. Elle est sauvée par Mohamed El Tabei  qui la découvre chez elle inconsciente, une boite d'antidépresseurs totalement vide sur sa table de chevet.  Et c'est encore son ami qui lui redonnera goût à la vie même si celui-ci ne pouvait guère se douter du tournant à quatre-vingt-dix degrés que s'apprêtait à prendre l'existence de  sa chanteuse préférée.

Asmahan et Mohamed El Tabei


En avril, Asmahan assiste en compagnie de Mohamed El Tabei à la conférence de presse que le Général de Gaulle donne au Caire. Elle est éblouie par le courage et la détermination du chef de la France Libre. 

En mai, les services secrets britanniques  approchent Asmahan pour lui confier une mission : on lui demande d’intervenir auprès des dirigeants druzes pour qu’ils cessent leur collaboration avec le gouvernement de Vichy et qu’ils ne s’opposent pas aux troupes de la France Libre dirigées par De Gaulle quand celles-ci traverseront leurs montagnes. Asmahan accepte d'autant plus aisément cette mission "diplomatique" qu'on lui remet une somme d'argent considérable pour elle et pour les représentants du peuple druze. Mohamed El Tabei la met en garde  contre les dangers d'une telle opération mais elle ne veut veut rien savoir et se lance dans l'aventure. L'une de ses motivations est sans doute la possibilité qui lui est offerte de jouer un rôle de premier plan dans le cours de cette seconde guerre mondiale et ainsi  contraindre sa communauté à la considérer, non plus comme une artiste immorale mais comme une personnalité politique parlant d'égale à égal avec les dirigeants des forces alliées présentes dans la région. On peut y voir un désir de revanche contre tous ceux qui l'ont méprisée et calomniée.
 
Asmahan se rend d'abord à Jérusalem puis franchit la frontière syrienne. Elle négocie avec les  responsables druzes et retourne à Jérusalem. Elle s’installe au King David.

L'hôtel King David de Jérusalem a été édifié par une famille de juifs égyptiens. Il a ouvert ses portes en 1931 et une partie de l'édifice abrite tous les services des autorités britanniques. 
Le 22 juillet 1946, des membres de l'organisation terroriste juive Irgoun feront sauter le bâtiment. Le bilan sera lourd : 92 morts. En 1957, l'hôtel de luxe sera racheté et reconstruit. 

Au King David 


Le 8 juin, début de l’opération « Exporter » menée par les Britanniques et les Français de la France Libre en Syrie et au Liban contre les forces de Vichy
Asmahan quitte Jérusalem pour le Djebel Druze. Le 3 juillet, elle se remarie avec Hassan, qui est nommé ministre de la Guerre du gouvernement de Damas. Elle déclare alors à la presse : « Je renonce à ma carrière dans le cinéma et la chanson pour me consacrer à mon pays et à mon mari. »

Asmahan et Hassan El Atrache

Le 11 juillet, les forces de Vichy se retirent du Liban et de Syrie.

Au Djebel Druze, en été, Asmahan reçoit le général Georges Catroux, chef des forces de la France Libre au Moyen-Orient.

Asmahan saluant le Général Catroux


Asmahan rencontre le Général de Gaulle à la Résidence des Pins (Qasr Es Sanawbar en arabe) à Beyrouth. Ce palais dont la construction avait commencé en 1916 était devenu propriété de l'état français en 1921.Le général de Gaulle y résida comme chef de la France libre en juillet 1941 et août 1942. 

Avec le Général de Gaulle


A l'automne, Asmahan se sépare de son mari et retourne à Jérusalem. Elle s’installe pour la seconde fois au King David et reprend sa vie dissolue faite de nuits blanches à jouer au poker jusqu’à l’aube.

Le King David à Jérusalem

Elle continue également à enregistrer de nouvelles chansons (Jérusalem compte à cette époque de nombreux studios d’enregistrement.).

Sur une intervention du haut-commissaire de Palestine, Sir Harold MacMichel, Asmahan retourne au Caire pour s’installer au Mena House en face des pyramides.
Elle adopte le même type d’existence qu’à Jérusalem, la vie nocturne et la boisson, le poker et la fête.

Mena House au Caire


1942 :

4 février : des chars britanniques encerclent le palais royal pour demander au roi de limoger son premier ministre. Sous la menace d’être destitué et exilé, Farouk cède aux exigences britanniques. Cet « incident du palais d’Abedin » a été vécu par tous les égyptiens comme une humiliation et a accru l’hostilité populaire aussi bien à l’égard des Britanniques et leurs alliés qu’à l’égard de la royauté incapable de défendre les intérêts de la nation.


Manipulée par un agent secret au service de l'Allemagne, Asmahan accepte de rencontrer Franz Von Papen, l’ambassadeur du troisième Reich à Ankara.
Les Britanniques sont informés du projet de la chanteuse. Enlevée dans le train qui l’amenait en Turquie, Asmahan est assignée à résidence à Jérusalem. Les Britanniques s’arrangent avec les autorités égyptiennes pour lui interdire l’entrée en Égypte. Pour expliquer ce revirement politique d'Asmahan, on avance trois raisons :
-Elle partage le sentiment d'humiliation éprouvé par les Egyptiens lors de l'incident du palais d'Abedin.
-Elle en veut aux Français de ne pas avoir tenu leur promesse de rendre leur indépendance au Liban et à la Syrie après le succès de l'opération "Exporter".
-Elle a besoin d'argent. Hassan Al Atrache dont elle s'est à nouveau séparée ne lui verse plus un sou et elle a dépensé sans compter le pactole que lui avaient remis les Alliés pour ses bons services. 


1943 :

Asmahan rencontre à Jérusalem Ahmed Salem, producteur et réalisateur, ancien directeur de Radio Egypte et des Studios Misr. Grâce à lui, elle va retravailler et pour qu’elle puisse retourner en Egypte, elle accepte de l’épouser.

Ahmed Salem et Asmahan

1944 :

Youssef Wahbi (1898-1982) lui propose de jouer dans son prochain film, une comédie musicale inspirée du Cid de Corneille et produite par les studios Misr. L'histoire est celle d'une femme qui tombe amoureuse de l'assassin de son mari.
Le film s’appellera Amour et Vengeance et la musique sera composée par Farid Al Atrache.
Pour sa participation, Asmahan recevra le plus gros cachet jamais donné à une actrice égyptienne.



3 juillet, violente dispute avec son mari, Ahmed Salem,  qui pointe son pistolet en sa direction. La police intervient et Ahmed Salem est touché par une balle au niveau du coeur.

Le 14 juillet, mort d’Asmahan et de son amie Mary Baines. Entre deux séances de tournage, l'actrice a décidé de se rendre sur la côte à Ras El-Bar pour se reposer. L'homme qui conduit la Rolls n'est pas le chauffeur habituel. Près de la ville de Mansoura, à mi-distance du Caire et de Ras El Bar, le véhicule se déporte brutalement et plonge dans le canal qui bordait la route. Les deux passagères meurent noyées. Le chauffeur qui se serait éjecté de la voiture avant sa chute n'aurait jamais été retrouvé. Ce même jour, Camelia, la fille d'Asmahan, fêtait ses sept ans. 
On ne saura jamais si ce fut un accident ou un assassinat. Pour beaucoup, la seconde hypothèse semble la plus vraisemblable mais par qui aurait été commandité ce meurtre ? Par les services secrets britanniques souhaitant se débarrasser d'une espionne devenue incontrôlable ? Par Fouad Al Atrache voulant protéger l'honneur de la famille ? Par Hassan Al Atrache souhaitant se venger d'une épouse inconstante ? Par Oum Kalthoum, jalouse d'une rivale si belle et si talentueuse ? Par Ahmed Salem dont l'amour se serait transformé en haine définitive? Par la mère du roi, voulant une fois pour toute se débarrasser de celle qui avait séduit son amant ?  Aucune de ces théories n'a jamais pu être étayée par la moindre preuve. 

Amour et Vengeance sort en décembre 1944 et c’est un succès sans précédent. 


lundi 28 février 2022

Amour et Vengeance (Gharam wa Intiqam, 1944)

غرام وانتقام
إخراج : يوسف وهبي


Youssef Wahby a réalisé Amour et Vengeance en 1944.

Distribution : Asmahan (Sohair), Anwar Wagdi (Wahid Ezzat), Youssef Wahby (Gamal Hamdy), Mahmoud El Meleigy (Safwat, le cousin de Wahid et le procureur du tribunal), Zouzou Madi (Inayat, l’amie de Sohair), Amina Sherif (Mounira, la sœur de Gamal), Bishara Wakim (le docteur Beshara), Fouad El Rashidi (le procureur), Menassa Fahmy ( le médecin de Gamal Hamdy), Gina (la danseuse), Mohamed Kamel (Oncle Rajab), Fakher Fakher (Badwi), Soad Ahmed (la mère de Gamal Hamdy), Rashad Hamed (le chauffeur), Abbas Rahmy (un admirateur), Ibrahim Hechmat (expert dans la police scientifique)
Scénario : Youssef Wahby
Une histoire inspirée du Cid, la célèbre tragédie du dramaturge français Pierre Corneille (1606-1684)
Musique : Mohamed Al Qasabji, Ryad Al Sunbati, Mohammad Hassan Al Shugai et Farid Al Atrache
Textes des chansons : Ahmed Rami, Bayram El Tunsi, Mahmoud Al Sinnawi
figure dans la liste des 100 films les plus importants de l'histoire du cinéma égyptien

Asmahan



Menassa Fahmy



Mohamed Kamel





Fouad El Rashidi



Bishara Wakim





Youssef Wahby et Bishara Wakim





Mahmoud El Meleigy





Mahmoud El Meleigy, Fakher Fakher, Fouad El Rashidi



Amina Sherif



Anwar Wagdi



Youssef Wahby



Zouzou Madi



Asmahan

















Résumé

Sohair, une chanteuse célèbre décide d’abandonner sa carrière pour épouser l’amour de sa vie, Wahid, un homme à la sulfureuse réputation, alcoolique et coureur de jupons. Malheureusement, celui-ci est assassiné le soir même où elle donne son dernier concert. Sohair est accablée par le chagrin. Safwat, le cousin de Wahid qui est aussi le procureur du tribunal lui promet que le coupable sera rapidement identifié. Le principal suspect est le compositeur Gamal Hamdy. Il est arrêté et interrogé par la police mais on ne trouve aucune preuve contre lui. Il est libéré. Sohair, qui est convaincue de sa culpabilité, croise à nouveau la route du musicien lors d’une fête donnée par Inayat, l’une de ses amies. Elle décide de faire semblant de tomber amoureuse de lui pour connaître toute la vérité et se venger. Sohair invite une première fois chez elle Gamal puis la fois suivante elle se rend chez lui. Elle lui raconte qu’elle est harcelée par Safwat qui veut l’épouser. Elle refuse cette union et pour échapper à ses sollicitations continuelles, elle souhaite partir un certain temps pour un long voyage au Levant. Elle demande au musicien de l’accompagner. Celui-ci accepte. 
Au Liban, leur complicité s’accroit, l’un comme l’autre semble apprécier cette escapade en « quasi » amoureux. Ils font la connaissance d’un médecin poète, le docteur Bishara Tmraya, qui les invite à un mariage puis à une autre fête. A chaque fois, Sohair accepte de chanter pour les invités. Gamal est tombé fou amoureux de la jeune femme et il finit par lui avouer ses sentiments. Pour sa part, Sohair ne peut plus dissimuler l’affection qu’elle éprouve pour celui qu’elle considérait comme l’assassin de son futur époux. Gamal lui promet de lui dire la vérité sur ce qui s’est passé entre lui et Wahid mais seulement à leur retour en Egypte. Une fois rentrée avec son compagnon, Sohair informe Safwat que Gamal est décidé à tout avouer mais elle refuse qu’il en informe la police. Le procureur passe outre et se rend avec des policiers chez Sohair, à l’heure du rendez-vous convenu pour la confession de Gamal . Quand ils arrivent, ils restent dissimulés dans le couloir et écoutent le récit du musicien par la porte entrebâillée : Wahid et Gamal sont des amis d’enfance mais quelque temps avant la mort du premier, cette amitié a été balayée d’un coup : Wahid a séduit la sœur de Gamal et celle-ci, naïve et innocente, s’est abandonnée à lui. Malgré les supplications de la jeune femme, le séducteur a refusé de l’épouser pour la simple et bonne raison qu’il était déjà engagé auprès de Sohair. Quand Gamal a appris la trahison de son ami, son sang n’a fait qu’un tour et il s’est jeté sur lui. Dans la bagarre, Wahid a sorti son pistolet mais Gamal a réussi à détourner l’arme et c’est son adversaire qui a reçu le coup en pleine poitrine. Pour Safwat et les policiers, l’affaire est entendue : c’est bien Gamal le coupable. Ils font irruption dans la pièce et arrête l’homme. Sohair est bouleversée par cette intervention. Elle essaie de convaincre Gamal qu’elle n’y est pour rien.
Gamal est inculpé pour meurtre mais à l’issue de son procès, il est relaxé. Il croit qu’il va pouvoir retrouver Sohair mais celle-ci meurt dans un accident de la route. Gamal, fou de chagrin, est interné dans un hôpital psychiatrique.

Asmahan meurt accidentellement avant la fin du tournage de ce film, ce qui contraint Youssef Wahby à modifier le dénouement de son scénario.


Les chansons interprétées par Asmahan


Première chanson : Douces Nuits à Vienne (Layali el Ouns fi Vienna)

Paroles : Ahmed Ramy 
Musique : Farid Al Atrache


Deuxième chanson : O toi qui dors  (Ayyuhal Na'im)

Paroles : Ahmed Ramy 
Musique : Ryad Al-Sunbati


Troisième chanson : J'aime le café (Ahwa)

Paroles : Mamoun El Shinnawy 
Musique : Farid Al Atrache


Quatrième chanson : O Ma tribu (ya dirati)

Paroles : Zaid Al Atrache (frère du Pacha Al Atrache, chef de la révolte contre les occupants français de la Syrie)
Musique : Farid Al Atrache


Cinquième chanson : Quand comprendrez-vous ? (Emta Hate'ref) 

Paroles : Mamoun El Shinnawy 
Musique : Mohamed Al-Qasabji


Sixième chanson : Je mérite tout ce qui m’arrive (Ana Elli Estahel)

Paroles : Youssef Badros
Compositeur : Mohamed Al-Qasabji

A l'origine, il y avait une septième chanson  "Fille du Nil" mais elle a été supprimée après 1952 car c'était un hymne à la gloire de la famille royale et du roi Farouk.


 

mardi 1 février 2022

Victoire de la jeunesse (intisar al-shabab, 1941)

انتصار الشباب
إخراج : أحمد بدرخان


Ahmed Badrakhan a réalisé Victoire de la Jeunesse en 1941.
Distribution : Asmahan (Nadia), Farid al-Atrache (Wahid), Abdel Fattah El Kosary (Maïtre Al Attar), Fouad Shafik (Gouz, l’un des membres du trio), Hassan Fayek (Louz, l’un des membres du trio), Hassan Kamel (Boundouk, l’un des membres du trio), Mary Mouneib (Oum Ismaïl), Bishara Wakim (le directeur du cabaret, Les Etoiles de la Nuit), Anwar Wagdi (Mahi, le fils du Pacha), Stephan Rosti (Taha Taha, le professeur de musique), Abdel Salam Al Nabulsi (Fawzy, l’ami de Mahi), Rawheya Khaled (Ehsan, la sœur de Taha), Olwya Gamil (la mère de Mahi), Aziz Sadek (le chef d’orchestre), Lotfi El Hakim (le régisseur du théâtre), Mahmoud Ismaïl (Mahmoud, l’employé du cabaret), Samia Gamal (une danseuse)
Scénario : Ahmed Badrakhan, à partir d’une histoire d’Omar Gamae
Dialogues : Badie’ Khairy
Musique : Farid Al Atrache
Production : Les Films du Nil

Abdel Fatah El Kosary

















Hassan Fayek


















Hassan Kamel

















Asmahan

















Bishara Wakim

















Anwar Wagdi

















Anwar Wagdi et Abdel Salam Al Nabulsi

















Farid Al Atrache
















Asmahan

















Stephan Rosti

















Mary Moneib

















Fouad Shafik
















Olwya Gamil

















Asmahan et Anwar Wagdi

















Farid Al Atrache

















Asmahan

















Rawheya Khaled

















Résumé

Wahid et sa sœur Nadia ont quitté la Syrie pour se rendre en Egypte. Ils sont tous les deux chanteurs et ils n’ont pas réussi à percer dans leur pays. Ils espèrent qu’en résidant au Caire, ils auront plus de d’opportunités pour faire reconnaître leur talent. Dans le train, ils font la connaissance de Maître Al Attar qui, une fois arrivés au Caire, les conduit à la pension tenue par Oum Ismaïl. Wahid et Nadia s’y installent. Ils ont pour voisins de chambre, un trio d’artistes sans le sou, Gouz, Louz et Boundouk. Les trois hommes ont entendu chanter Wahid et Nadia et ils incitent ceux-ci à présenter leur candidature avec eux au cabaret Les Etoiles de la Nuit. Bachar, le directeur, hésite puis engage les cinq artistes. Nadia sur scène fait sensation. Dans la salle, se trouve Mahi, un fils de Pacha avec Fawzi, son meilleur ami et quelques connaissances. La beauté de la chanteuse bouleverse le riche héritier et il transmet à la jeune femme une invitation à venir à sa table prendre un verre. Nadia refuse. Mahi se plaint aussitôt au directeur. Ce dernier tente de fléchir Nadia mais elle reste intraitable. Bachar décide de renvoyer le frère et la sœur. Quand Mahi l’apprend, il supplie le directeur de reprendre dans son établissement les deux chanteurs. C’est ainsi que Nadia peut à nouveau chanter sur scène sans avoir à rejoindre dans la salle les clients du cabaret après sa prestation. Un peu plus tard, Mahi invite Nadia à se produire dans son hôtel particulier lors d’une soirée entre amis. Il en profite pour lui exprimer son amour et la demander en mariage. Devenue l’épouse d’un fils de grande famille, Nadia renonce à sa carrière artistique. Bachar n’apprécie guère ce retrait et en représailles, il met à la porte Wahid et le trio comique. Pour eux, la situation devient difficile : ils ne peuvent plus payer leur loyer. Heureusement, Wahid découvre dans le journal une petite annonce informant qu’on recherche des chanteurs pour le cinéma et que des auditions ont lieu chez le professeur de musique Taha Taha. Wahid se rend aussitôt à l’adresse indiquée. Il chante devant le professeur et plusieurs personnalités du monde de la musique. Taha Taha est impressionné par le talent du jeune chanteur mais il se garde bien de lui en faire part. Au contraire, mu par la jalousie, il donne un avis très sévère sur ce qu’il vient d’entendre. Pour autant, Wahid est satisfait de son audition. Il a fait la connaissance d’Ehsan, la jeune sœur du professeur de musique et il en est instantanément tombé amoureux. Mais ce n’est pas tout : l’un de ses auditeurs, le directeur d’une maison de disques a tenu à lui exprimer toute son admiration et veut l’aider à se lancer dans le monde de la musique. C’est ainsi que Wahid se produit à la radio et devient célèbre. Il a pu louer un grand appartement pour lui tout seul mais il n’a pas rompu avec les trois artistes qui sont devenus de véritables amis. De leur côté, la situation s’est aussi améliorée : l’un d’entre eux a épousé Oum Ismaïl et à la pension ils sont désormais chez eux. En revanche, pour Nadia, son bonheur aura été de courte durée : sa belle-mère a appris que son frère était chanteur et qu’elle-même s’était produite sur des scènes de cabarets. La vieille femme ne peut accepter que des saltimbanques fasse partie de sa famille et elle ne cache pas son indignation à sa belle-fille. Elle exige que son fils divorce sur le champ. Malgré l’amour que lui porte son mari, Nadia décide de le quitter et de retourner au Caire. Découvrant la fuite de sa femme, Mahi prend sa voiture et se lance à sa poursuite. Malheureusement, arrivant en trombe sur un passage à niveau, il heurte un train et se retrouve à l’hôpital. Nadia lui rend visite et lui demande de retourner auprès de sa mère. La jeune femme s’installe dans l’appartement de son frère et peu après elle se retrouve nez à nez avec Ehsan, la sœur du professeur de musique. Elle lui fait croire qu’elle est l’épouse de Wahid. Bouleversée par cette nouvelle, Ehsan accepte d’accompagner son frère pour un grand voyage hors d’Egypte. Dans le même temps, Wahid a terminé la composition de son opérette mais il désespère de pouvoir la monter. Pour l’aider, les trois artistes comiques font croire à Bachar, le directeur des Etoiles de la Nuit, que Nadia va divorcer et qu’elle accepterait de l’épouser. Les trois compères conseillent à Bachar de produire le spectacle de Wahid s’il souhaite obtenir au plus vite la main de Nadia. Le directeur de cabaret accepte. La dernière partie du film est entièrement consacrée à la représentation de l’opérette de Wahid. Dans le public se trouvent Ehsan ainsi que Mahi et sa mère. Happy end : Taha Taha accepte que Wahid épouse sa sœur et la mère de Mahi ne s’oppose plus au bonheur de son fils et de Nadia.


Critique

Victoire de la Jeunesse constitue la première apparition d’Asmahan au cinéma. Elle joue avec son frère, Farid Al Atrache qui a aussi composé la musique du film. En 1941, cela fait à peine deux ans que la jeune chanteuse est de retour en Egypte. En 1939, elle a quitté mari et enfant restés en Syrie pour reprendre ses activités artistiques au Caire.

Victoire de la Jeunesse a été réalisée par Ahmed Badrakhan, un pionnier du cinéma égyptien qui a une expérience solide en matière de comédie musicale. Il avait déjà réalisé deux films avec Oum Kalthoum. On raconte d’ailleurs que la diva est entrée dans une colère noire en apprenant que son réalisateur allait tourner avec cette rivale, jeune, belle et terriblement talentueuse.

Dans les années quarante, la comédie musicale est le genre roi en Egypte. Le public populaire va au cinéma pour admirer les danseuses, les chanteuses et les chanteurs qui ont commencé à se faire un nom dans les cabarets de la capitale. La plupart du temps, l’intrigue est secondaire, ce qui importe ce sont les séquences chantées et dansées. Ainsi, dans Victoire de la Jeunesse, l’histoire n'est pas d'une folle originalité. : un frère et une soeur, tous les deux chanteurs, ont quitté leur pays pour s'installer au Caire en espérant y connaître le succès et la gloire. L’intrigue repose sur un cliché que le cinéma usera jusqu’à la corde : les parents fortunés qui s’opposent à ce que leur enfant se marie à un ou une «saltimbanque». Dans Victoire de la Jeunesse, le thème est doublement exploité, le frère et la sœur étant tous deux confrontés à l’hostilité de la famille de leurs bien aimés. Une hostilité qui finira par se dissiper devant le talent éclatant des deux jeunes chanteurs.

Il y a une dimension clairement autobiographique dans ce film, notamment concernant Asmahan. Nadia, le personnage qu’elle joue, a dû abandonner la chanson pour épouser l’homme qu’elle aime. Il lui a fallu aussi quitter son frère, les amis et la vie trépidante du Caire pour se cloîtrer dans la maison de la famille du mari, maison dirigée d’une main de fer par une belle-mère acariâtre. Cela fait écho au mariage d’Asmahan avec son cousin Hassan Al Atrache en 1932. Elle aussi a dû quitter Le Caire et renoncer à ses activités artistiques pour s’enfermer dans le palais de son mari, loin de tout.
A noter que l’art et la réalité continueront à s’ « alimenter » l’un l’autre puisque à l’issu de ce tournage Asmahan épousera le réalisateur Ahmed Badrakhan et que leur brève union (à peine deux mois !) déplaira à leurs familles respectives.

Le film comporte huit chansons, toutes composées par Rachid Al Atrache et les paroles de six d’entre elles ont été écrites par le poète Ahmed Rami. On retiendra surtout la grande réussite sur le plan musical de la dernière partie du film, celle consacrée à l’opérette. Solos, duos, chœurs se succèdent dans un équilibre parfait. Les mélodies mêlant les styles occidental et oriental permettent aux deux chanteurs de donner la pleine mesure de leur talent et la virtuosité vocale d’Asmahan laisse pantois.

Si le frère et la sœur sont des chanteurs exceptionnels, en revanche comme acteurs, ils se révèlent plus limités. L’un comme l’autre semble peu à l’aise et leur jeu manque de naturel. Le visage d’Asmahan est certes d’une grande beauté mais il n’est guère expressif. Pour signifier qu’elle est triste , elle tamponne sans conviction ses yeux avec un mouchoir : service minimum ! Heureusement, ils sont entourés d’acteurs plus aguerris et Beshara Wakim, le Saturnin Fabre égyptien, est incroyable en directeur de théâtre fantasque.
Mais le caractère hiératique du jeu de Farid et d’Asmahan est sans doute dû aussi à la mise en scène. Au début des années quarante, en Egypte, le modèle n’est pas encore la comédie musicale américaine mais l’opérette , d’où le style très théâtral de l’interprétation. Après la guerre, les choses changeront rapidement et l’emblème de ce changement c’est le couple artistique que Farid Al Atrache formera avec la danseuse Samia Gamal : désormais le mouvement doit primer et le drame laisse la place à la comédie. A l’aube des années cinquante, l’Egypte se convertit à l’Entertainment hollywoodien, grâce notamment au réalisateur Henry Barakat.

Victoire de la Jeunesse connut un succès considérable pendant des mois et propulsa Asmahan et Farid au rang de stars. En revanche l’accueil fut plus tiède en Syrie, notamment auprès du peuple druze (Asmahan et Farid Al Atrache appartiennent à l’une des familles les plus puissantes de la communauté druze). Le comportement d'Asmahan était unanimement condamné. Elle avait divorcé et s’était remariée à un non-druze (ce qui est formellement interdit par la tradition) et maintenant, il y avait un deuxième divorce. La coupe était pleine ! Quand Victoire de la Jeunesse fut projetée à Damas et qu'Asmahan fit son apparition sur l'écran, un spectateur dit-on se leva et tira à plusieurs reprises des coups de pistolet dans sa direction, ou du moins en direction de son image. Ambiance !

Appréciation : 4/5
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 Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin