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samedi 29 mai 2021

Le Village des Amoureux (Qaryat al Usshaq, 1954)

قرية العشاق
إخراج : أحمد ضياء الدين


Ahmed Diaa Eddine a réalisé Le Village des Amoureux en 1954.
Distribution : Magda (Fatima), Yehia Chahine (Abdel Karim), Samira Ahmed (Shahira Fadel), Hussein Riad (l’imam de la mosquée), Abdel-Wareth Asr (Salem, le père de Fatima), Ferdoos Mohamed (la mère d’Abdel Karim), Wedad Hamdy (Shalabiya), Salah Nazmi (Farid), Mohamed El Tokhy (le médecin), Hamdy Gheith (Kamel), Abdel Moneim Ibrahim (Fathy, le camarade de Farid), Abdel Moneim Ismail (le chauffeur du camion), Nemat Mokhtar (Danseuse), Ibrahim Hechmat (le père de Shahira)
Scénario : Hussein Helmy El Mohandes et Amin Youssef Ghorab
Musique : Ibrahim Haggag
Production : les films Yahia Chahine

Samira Ahmed et Yehia Chahine

Hussein Riad et Yehia Chahine

Magda

Salah Nazmi et Samira Ahmed

Samira Ahmed et Salah Nazmi

Abdel Wares Asr


Résumé

Abdel Karim est un jeune paysan travailleur, honnête et pieux. Il vit modestement avec sa mère et leur principale source de revenus est une bufflonne dont ils vendent le lait. Abdel Karim a des projets : acheter une seconde bufflonne et acquérir une bicyclette. Sa mère se désole qu’à son âge il soit toujours célibataire. Pourtant il plaît aux femmes. Shalabiya, une jeune paysanne qui, comme beaucoup de femmes des environs, travaille à la cueillette des oranges est amoureuse de lui. Mais Abdel Karim est plutôt attiré par Fatima, la fille du fabriquant de clayettes. Tous les deux se retrouvent régulièrement au bord du Nil pour parler de choses et d’autres. Leur complicité est totale. Fatima est déjà convoitée par un prétendant, un jeune maçon, mais elle l’a repoussé car elle espère bien qu’Abdel Karim ne tardera pas à se déclarer. Malheureusement pour la jeune femme, une rivale fait son apparition : c’est Shahira, la fille du propriétaire des orangeraies où travaillent Shalabiya et ses collègues. Son père étant très malade, elle a dû le remplacer pour superviser la cueillette des fruits. Elle a tout de suite remarqué Abdel Karim et elle est bien décidée à le séduire. Elle lui propose de lui céder l’une de ses bufflonnes et l’invite à passer dans sa propriété pour examiner la bête. Quand il s’y rend, Abdel Karim a bien du mal à résister aux avances de la jeune femme. Il repart avec la bufflonne, profondément troublé. La rencontre suivante se déroule dans un champ : cette fois-ci, pour Abdel Karim, la tentation est trop forte. Il cède au désir de Shahira. Plus tard, tourmenté par le remords, le jeune homme demande conseil à l’imam de la mosquée. Ce dernier est catégorique : il doit rompre avec Fatima et épouser Shahira. Malgré la différence sociale, le père de celle-ci accepte de donner la main de sa fille à un simple paysan. Quelque temps après les fiançailles, Shahira rencontre Farid, un ancien camarade, fils d’un propriétaire terrien. Le garçon est impressionné par la transformation physique de celle qu’il a connue encore enfant. Le jour même où doit avoir lieu le mariage de Shahira et d’Abdel Karim, Farid offre une bague à la jeune femme et la supplie de fuir avec lui au Caire. Shahira est séduite par ce play-boy de bonne famille qui est l’exact opposé d’Abdel Karim. Fatima qui a tout vu et tout entendu met en garde son ancienne rivale contre les intentions réelles de son séducteur. Shahira ne veut rien savoir. Elle disparaît avec Farid. Le scandale est considérable. Abel Karim tombe malade et doit s’aliter. On croit sa dernière heure arriver mais il se rétablit peu à peu. Il a renoué avec Fatima qui l’aime toujours. Ils se marient et peu après, Fatima tombe enceinte. De son côté, Shahira mène une existence oisive dans la capitale. Avec Farid, ils vont de fête en fête et se livrent à tous les excès. Mais très vite, cette vie finit par lasser Shahira, d’autant plus que son mari la délaisse et que les amis de celui-ci la méprisent ouvertement. En fait, elle est toujours amoureuse d’Abdel Karim. Elle décide de retourner au village pour tenter de le récupérer. Face à celle qui l’a humilié, Abdel Karim est à deux doigts de succomber à nouveau mais il finit par la repousser. Peu après, Fatima donne naissance à un petit garçon. La joie du jeune père est à son comble. Mais Shahira n’a pas abandonné la partie. Elle revient au village et tente à nouveau de reconquérir son ancien amant. Cette fois-ci, Abdel Karim se montre plus ferme : il a désormais un fils et il doit se consacrer à son bonheur. Shahira, folle de rage, décide de se venger : alors que les deux parents vaquent à leurs occupations, elle tire un coup de carabine sur l’enfant qui dormait dans son hamac. Elle jette ensuite son arme dans la rivière et s’enfuit. Après la mort de leur fils, Abdel Karim change radicalement d’attitude envers son épouse : il ne lui parle plus et lui manifeste une hostilité constante. Fatima comprend qu’il ne l’avait jamais aimée et que seul comptait à ses yeux leur enfant. Au Caire, Shahira donne à son tour naissance à un petit garçon. Elle est à la fois heureuse mais aussi terriblement angoissée : elle est convaincue qu’on veut tuer son fils. Inquiet pour son équilibre mental, le médecin lui conseille de retourner au village pour pouvoir se reposer. Elle s’y installe avec son mari et son enfant. Elle retrouve Abdel Karim et lui donne rendez-vous chez elle, à la nuit tombée : Farid doit retourner au Caire le jour même pour ses affaires. Elle ne sait pas qu’elle scelle ainsi son destin. La soirée sera tragique : Shahira abat son mari le prenant pour un tueur alors qu’il revenait chercher son portefeuille puis, après avoir tiré sur Abdel Karim, elle se tue en tentant de fuir : la carriole tirée par un cheval au grand galop se renverse, Shahira est projetée dans le fleuve et elle disparaît à tout jamais. Fatima et Abdel Karim décident d’adopter le petit orphelin.    


Critique

Ahmed Diaa Eddine a réalisé une œuvre forte qui nous plonge dans un monde apparemment immuable , celui des campagnes avec sa population humble et laborieuse dont l’existence est rythmée par les travaux des champs et les soins du bétail.
Le Village des Amoureux se présente d’abord comme un drame rural. Ce genre très prisé par le public égyptien nous a donné des œuvres de qualité très diverse mais qui suivent toujours à peu près le même schéma. De film en film, nous retrouvons la lutte ancestrale des paysans miséreux contre les seigneurs cruels et cupides. Ce conflit nous est souvent conté avec un certain manichéisme qui laisse peu de place à la nuance ou à l’ambiguïté. En plus de cette dimension sociale ou politique, il y a toujours une histoire d’amour impossible entre la fille du propriétaire et le fils d’un paysan pauvre mais le bien (et donc l’amour) finit toujours par triompher (On aura reconnu le synopsis de Ciel d’Enfer de Youssef Chahine avec Faten Hamama et Omar Sharif, un excellent film au demeurant.)
Le film d’Ahmed Diaa Eddine  ne reprend pas cette trame stéréotypée et se distingue par bien des aspects des autres productions du même genre.

Le Village des Amoureux a été tourné en 1954, deux ans après la chute de la monarchie. On pourra donc lui trouver à juste titre un accent « réaliste socialiste » : c’est avec une empathie manifeste que le réalisateur évoque le travail des ouvriers agricoles et des petits paysans, il nous montre les jeunes villageoises qui, embauchées pour la cueillette des oranges, se rendent dans les plantations en chantant un hymne patriotique. Il souligne aussi l’opposition entre la jeunesse laborieuse des campagnes et la jeunesse oisive des grandes villes. Enfin, il n’hésite pas critiquer la religion en montrant comment l’imam du village, au nom de valeurs surannées, entraîne les trois héros dans le malheur et le chagrin. En revanche il est peu question ici des grands propriétaires qui n’apparaissent quasiment pas. La lutte des classes n’est pas le sujet du film même s’il met en scène des personnages appartenant à des classes sociales différentes. On pourra juste noter le traitement caricatural de Farid (interprété par Salah Nazmi), le fils du propriétaire terrien, un jeune homme vaniteux à l’élégance tapageuse qui oublie le vide de son existence dans d’interminables fêtes.

L’intérêt du film est ailleurs et notamment dans l’étude psychologique des deux personnages principaux, Abdel Karim et Shahira. Chaque nouvelle péripétie du film éclaire un aspect différent de leurs personnalités complexes. Tous les deux nous sont présentés comme des êtres tourmentés, écartelés entre des aspirations contradictoires. Abdel Karim rêve d’une vie de famille paisible mais il ne peut résister à l’attrait physique qu’il éprouve pour son ancienne maîtresse. C’est un fils aimant qui travaille dur pour que sa mère ne manque de rien mais il est aussi un mari brutal et injuste avec sa femme qui l’aime par-dessus tout. Même déchirement pour Shahira : elle abandonne celui qu’elle devait épouser pour se marier avec un jeune bourgeois qui lui promet une vie facile et agréable. Néanmoins, toutes les nuits, tandis que son mari dort, elle brûle d’un désir insatiable pour Abdel Karim. Et ce qu’elle ressent pour ce dernier est au-delà de la sensualité, c’est un amour fou qui l’entraînera à sa perte.

Il y a du mélodrame dans ce Village des Amoureux, essentiellement à travers le personnage incarné par Magda. La jeune femme subit avec courage les épreuves les plus terribles : l’homme qu’elle aime veut en épouser une autre, une fois qu’elle est enfin mariée avec lui, leur enfant est abattu d’un coup de fusil, enfin, après ce drame, elle comprend que son mari ne l’a jamais aimée. Mais la tonalité dominante est bien la tragédie. Nous avons des personnages dominés par des passions violentes, emportés par un destin funeste. Et sans doute le personnage le plus tragique est Shahira (sublime Samira Ahmed), véritable Médée égyptienne qui par sa fureur destructrice se transforme en monstre semant la mort autour d’elle.

Enfin, dans sa manière de peindre le drame de la passion amoureuse non partagée, ce film nous rappelle certaines œuvres du plus prestigieux des dramaturges français de l’époque classique. Le Village des Amoureux ou Racine sur le Nil.

Appréciation : 4/5
****

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin


vendredi 24 février 2017

Je ne dors pas (La Anam, 1957)


لا أنام
إخراج : صلاح ابو سيف


Salah Abou Seif a réalisé Je ne dors pas en 1957.
D'après un roman d'Ihsan Abdul Quddus
Distribution : Mariam Fakhr Eddine (Safia), Yehia Chahine (Ahmed), Faten Hamama (Nadia), Hind Rostom (Kawsar), Imad Hamdi (Mostafa), Rushdy Abaza (Samir), Omar Sharif (Aziz)
Scénario : Salah Ezz Eddin, Saleh Gawdat, El Sayed Bedeir
Musique : Fouad El Zahry


Mariam Fakhr Eddine, Yehia Chahine, Faten Hamama

Hind Rostom et Faten Hamama

Hind Rostom, Yehia Chahine, Faten Hamama

Faten Hamama

Rushdy Abaza et Hind Rostom

Rushdy Abaza et Omar Sharif

Hind Rostom, Faten Hamama, Yehia Chahine

Yehia Chahine et Faten Hamama

Faten Hamama

Faten Hamama et Imad Hamdi

Imad Hamdi

Mariam Fakhr Eddine et Yehia Chahine

Faten Hamama

Imad Hamdi


Résumé

Nadia Lotfi vit avec son père, Ahmed, qui a divorcé de sa mère quand elle était encore petite fille. Il ne s’est jamais remarié pour se consacrer entièrement à son éducation. Mais alors qu’elle a 16 ans, Ahmed rencontre Safia, une jeune femme à la beauté aristocratique. Il en tombe follement amoureux et l’épouse. Nadia ne supporte pas qu’une femme puisse prendre sa place auprès de son père. Pour oublier ses tourments, elle noue en secret une relation amoureuse avec Mostafa, un homme beaucoup plus âgé qu’elle. Un soir, lors d’une fête, Mostafa fait la connaissance d’Ahmed et de sa nouvelle épouse. Il est sous le charme de Safia et Nadia s’en aperçoit. La jeune femme, folle de jalousie, décide d’éliminer cette encombrante belle-mère. Elle fait croire à son père que sa femme entretient une relation adultère avec son jeune oncle Aziz qui vit avec eux. Le cocu imaginaire chasse sa femme de son domicile. Nadia peut reprendre sa place dans le cœur d’Ahmed, la première. Mais au fil du temps, la jeune femme comprend qu’elle a mal agi. Le sentiment de culpabilité la ronge. Alors quand à Alexandrie, elle retrouve Kawsar, une amie de lycée au sex-appeal dévastateur, elle s’empresse de la présenter à son père. Le quadragénaire est aussitôt séduit par la camarade de sa fille. Il l’épouse. Nadia croit avoir réparé la faute qu’elle avait commise en calomniant Safia, mais elle découvre très vite que Kawsar a un amant et qu’elle projette de s’accaparer la fortune de son mari pour vivre avec cet homme. Nadia ne sait plus que faire : elle ne veut pas ruiner le tout nouveau bonheur de son père. Comble de malheur pour la jeune femme : un jour, Ahmed surprend sa femme et sa fille en compagnie de Samir, l’amant de la première. Nadia est obligée de faire croire à son père que l’homme est amoureux d’elle et qu’il souhaite l’épouser. Ahmed est enchanté : il décide d’organiser le mariage au plus vite. Ne sachant comment réagir, Nadia se rend chez Mostafa pour obtenir une aide, un soutien. Dans l’appartement de celui-ci, elle trouve Safia, son ex-belle-mère qui partage désormais la vie de son vieil amoureux. Elle fuit aussitôt et retourne chez elle. Elle se résigne à accepter le mariage. Heureusement, Aziz, son jeune oncle, reparaît. Elle lui explique la situation. Aziz est indigné. Il fera tout pour annuler la cérémonie. Le jour J, grâce à son intervention, les deux amants son démasqués. Nadia s’est réfugiée dans sa chambre. Par un malheureux concours de circonstances, un cierge enflamme sa robe de mariée. Son père et son oncle parviennent à la sauver mais son corps restera à jamais marqué par cet accident.

Ce film est donc l'adaptation d'un roman d'Ishan Abdul Quddus, auteur très célèbre dans le monde arabe mais totalement inconnu en Occident. Ce qui est troublant dans ce Je ne dors pas ce sont les similitudes avec Bonjour Tristesse, le premier livre de la romancière française Françoise Sagan, paru en 1954. Les ressemblances sont si nombreuses qu'on peut douter qu'elles soient uniquement le fruit du hasard. Il serait excessif de parler de plagiat mais on peut penser à juste titre qu'Ishan Abdul Quddus s'est inspiré de l'oeuvre de sa jeune consoeur.
Bonjour Tristesse a fait lui aussi l'objet d'une adaptation cinématographique. C'est Otto Preminger qui la réalise en 1958.




Critique

Le film de Salah Abou Seif est un chef d’œuvre qui non seulement marquera l’histoire du cinéma égyptien mais connaîtra un immense succès populaire dès sa sortie.
Les raisons de ce succès sont diverses : c’était l’un des premiers films en couleur, il réunissait sept des plus grandes stars du moment et parmi elles, le couple mythique du cinéma égyptien : Faten Hamama et Omar Sharif, les décors, les costumes évoquaient un univers luxueux et chatoyant très proches de celui représenté dans les drames hollywoodiens de la même époque, enfin l’intrigue avait tout pour attirer un large public : de l’amour, de la séduction, de la jalousie, de la trahison, de la vengeance. Un soap opera à l’Egyptienne enrobé d’une partition somptueuse avec envolées de violons mélodramatiques, une partition signée Fouad Al Dhahery, l’un des plus grands compositeurs de musique de films.
Mais si ce film constitue une étape importante dans le cinéma égyptien, c’est surtout parce qu’il ose briser les règles de la bienséance et les conventions qui régissaient la construction des personnages jusqu’alors. Salah Abou Seif et son scénariste font preuve d’une audace toute particulière pour l’héroïne incarnée par Faten Hamama. On raconte que la star fut un peu effrayée par son personnage et qu’elle craignait beaucoup les réactions de son public. Qu’on en juge : elle doit jouer une jeune fille qui éprouve un amour presque incestueux pour son père, un amour qui la conduit à tout faire pour saccager le bonheur de celui-ci, une jeune fille qui se jette dans les bras d’un homme deux fois plus âgé qu’elle, une jeune fille qui ment à ceux qui l’aiment, une jeune fille malheureuse qui répand le malheur autour d’elle. Et malgré cela, le personnage doit garder toute l’innocence et la fraîcheur de l’adolescente à peine sortie de l’enfance. Seule, Faten Hamama était capable de rendre toute la complexité de cette Nadia par son incroyable talent et notamment grâce à cette voix inimitable qui nous raconte sur le ton de la confession cette terrible histoire. Ce personnage, loin des clichés de l’époque, reste l’un des plus mémorables de sa longue carrière.
Je ne Dors Pas est rarement diffusé à la télévision car il choque encore. Des scènes ont soulevé l’indignation des traditionalistes comme celle on l’on voit Nadia, l’héroïne, se changer dans l’ascenseur avant de retrouver son amant, ou bien encore celle où elle écoute à travers la porte son père et sa nouvelle épouse dans l’intimité de leur chambre. Et le châtiment qu’elle s’inflige dans la dernière partie du film ne suffira pas à calmer le courroux des censeurs.
Il n’empêche que le personnage de Nadia Lotfi marquera profondément les esprits au point que la jeune actrice Paula Mohammed Shafiq choisira ce nom comme pseudonyme dès son premier film en 1958.

Appréciation : 5/5
 *****

En 1957, Salah Abou Seif et Ishan Abdul Quddus collaborent à un autre film : l'Impasse, avec de nouveau dans le rôle principal, Faten Hamama.


Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

samedi 5 mars 2016

La Petite Poupée (El aroussa el saghira, 1956)

العروسة الصغيرة
إخراج: أحمد بدرخان


Ahmed Badrakhan a réalisé La Petite Poupée en 1956.
Distribution : Saïd Mekawi (le chanteur aveugle), Saïd Abou Bakr (le compagnon du chanteur aveugle), Yehia Chahine (Kamel), Mahmoud El Meleigy (Mahmoud Fahmy), Wedad Hamdy (Wedad), Salah Sarhan (le peintre), Mariam Fakhr Eddine (Siham), Nadia El Shennawi (Nadia), Serag Mounir (le patron), George Yordanis (le barman), Metawa Oweis (le vendeur de billets de loterie), Abbas Rahmy (le docteur)
Scénario et dialogue : Youssef Gohar
Musique : André Ryder
Production : les studios Misr

Saïd Abou Bakr et Saïd Mekawi

Mahmoud El Meleigy et Yehia Chahine

Wedad Hamdy et Yehia Chahine

Salah Sarhan et Mariam Fakhr Eddine

Salah Sarhan et Mariam Fakhr Eddine

Yehia Chahine et Serag Mounir


Résumé

Kamel est un modeste employé. Il vit avec sa femme Siham et sa petite fille Nadia. Un jour, son directeur l’invite, lui et sa petite famille, à une soirée dans un cabaret. Après le dîner, le chef d’entreprise demande à Kamel de retourner au bureau pour y effectuer un travail urgent. Une fois son subordonné parti, il en profite pour courtiser Siham. En reconduisant la femme et sa fille chez elles, il a un geste déplacé à l’égard de Siham. Elle le repousse. Vexé, il dépose dans la rue ses deux passagères qui doivent continuer leur route sous une pluie battante. Quand elles regagnent enfin leur petit appartement, Siham raconte tout à son mari. Le lendemain matin, Kamel fou de rage veut corriger son patron. Il est maîtrisé par ses collègues et il est aussitôt licencié. Peu après, Nadia tombe malade. Malheureusement, ses parents ne peuvent payer le lourd traitement nécessaire à sa guérison. La petite fille meurt . Commence alors pour Kamel et Siham une longue descente aux enfers. Ils se séparent. Lui se jette à corps perdu dans le jeu et devient un truand redouté ; elle, multiplie les conquêtes puis finit par se prostituer. ..


Critique

Un mélodrame classique dont le scénario a été écrit par le romancier Youssef Gohar. Pour cette Petite Poupée, celui-ci a usé de toutes les (grosses) ficelles du genre. Et à cet égard, la fin constitue un bouquet final qui ne manquera pas de blesser la sensibilité délicate du spectateur d’aujourd’hui : alors qu’il vient d’acheter la poupée dont rêvait sa petite fille, le héros, complètement ivre, fait monter dans sa voiture une prostituée sans voir que c’est son ex femme. Celle-ci reconnaît aussitôt son ancien mari. Elle est bouleversée. Tout leur passé lui revient en mémoire et le visage de la petite morte se dessine sur la vitre de la voiture. C’en est trop, la jeune femme ouvre la portière et se jette hors du véhicule. L’homme freine brutalement et se précipite vers la désespérée qui gît sur la route. Il la reconnaît enfin mais elle meurt dans ses bras. Etendue à côté de celle qui vient d’expirer, il y a la poupée et pour que le spectateur comprenne bien qu’elle représente la petite défunte, le visage de celle-ci apparaît quelques secondes à la place de la tête en celluloïd. Evidemment, ça fait beaucoup…

Néanmoins, le film vaut mieux que ce dénouement franchement pompier car il a bien des qualités. Toutes les scènes baignent dans un clair-obscur aux mille nuances (la photo magnifique est signée Abdelaziz Fahmi) qui s’accorde parfaitement au destin tragique de ce couple sans histoire. La chute des deux personnages est racontée sans mièvrerie, avec même une certaine dureté. Kamel et Siham ne s’apitoient pas sur eux-mêmes ni sur les autres : leur désespoir leur a enlevé toute sensibilité et ils éprouvent une sombre délectation à se venger de tous ceux qui ont voulu profiter de leur honnêteté ou de leur détresse avant et après le drame. Pour l’interprétation, on retiendra la performance de Mariam Fakhr Eddine dont le visage aristocratique n’est jamais aussi beau que dans la douleur. On appréciera aussi les interventions enjouées du duo formé par Saïd Abou Bakr et Saïd Makawi, le célèbre chanteur aveugle. Les deux acteurs jouent des mendiants au grand cœur qui tentent de venir en aide à leurs infortunés voisins. 
Appréciation : 3/5
***

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin


mercredi 25 novembre 2015

Pomme d'Adam (Touffahat adam,1966)

تفاحة آدم
إخراج : فطين عبد الوهاب 


Pomme d'Adam a été réalisé par Fateen Abdel Wahab en 1966.
Distribution : Hind Rostom, Yehia Chahine, Hassan Youssef, Salah Mansour, Naima Wasfy, Nahed Sabri, Mohamed Al Ezaby, Malak Elgamal
Scénario : Fathi Zaki, Ismaël Al Qadi, Seif El Din Shawkat
Musique : Mohamed Al Mogi, Ali Farag et Andre Ryder
Production : Abdul Aziz Fahmi

Malak Elgamal

Hind Rostom

Hind Rostom

Mohamed Al Ezaby

Salah Mansour et Hind Rostom

Hassan Youssef

Naima Wasfy

Nahed Sabri

Nahed Sabri

Yehia Chahine

Hind Rostom


Résumé

Galila et sa sœur Nakawa travaillent dans le cabaret de leur beau-père. Tandis que Nakawa danse, Galila sert les clients. Son beau-père l’oblige à les voler et il n’hésite pas à battre la jeune femme quand le butin n’est pas à la hauteur de ses attentes. Un soir, elle se révolte et s’enfuit du cabaret. Elle atteint un petit village et s’endort dans un parc. Sans le savoir, elle est dans la propriété d’un notable de la commune, Youssef Bey. Celui-ci décide de la prendre à son service. Tous les hommes de la maison tombent sous son charme : Youssef Bey, bien sûr, mais aussi le régisseur et son propre fils, Hassan, qui est étudiant en école de vétérinaire.
Repoussant les avances du régisseur, tenant a distance son pressant patron, Galila n’est pas insensible au charme du fils de la maison. Malheureusement, sa présence finit par créer une situation explosive. Youssef Bey et son épouse se déchirent. Prévenu par le régisseur, le beau-père fait irruption dans la propriété et menace tout le monde. Galila décide de fuir à nouveau. Craignant qu’elle ne commette un acte désespéré, tout le monde se lance à sa poursuite. Hassan est le premier à la retrouver. Il lui déclare son amour mais toutes ses espérances s’effondrent brusquement. Son père et la sœur de Galila les ont rejoints. Ils sont accompagnés d’un inconnu : c’est le mari de sa bien-aimée. Elle doit repartir avec lui. Hassan est désespéré.


Critique

De la part du maître de la comédie qu’est Fateen Abdel Wahab, cette Pomme d’Adam a un goût bien étrange. En effet, le film oscille sans cesse entre différents tons :
au début, nous avons un drame social avec deux jeunes femmes exploitées par leur beau-père handicapé;
au milieu, une comédie centrée sur le personnage de Hind Rostom qui joue du décolleté et du déhanchement pour affoler tous les hommes du domaine dans lequel elle a trouvé refuge ;
au dénouement, un drame psychologique avec une scène de séparation dans les dunes fouettées par les vents.
Mais in fine, c’est quand même la comédie qui l’emporte avec en guise de générique, une présentation des comédiens sur la scène d’un théâtre. Tout le monde est en tenue de soirée et a un petit mot spirituel pour ses partenaires et les spectateurs qui applaudissent à tout rompre. Encore plus incongru, ce final est en couleur alors que le film est en noir et blanc.
L’interprétation est sans surprise : Hind Rostom se prend pour Marilyn Monroe, Yehia Chahine surjoue le gentleman farmer débonnaire possédé par le démon de midi, Hassan Youssef fait ce qu’il sait faire avec toujours le même entrain (Je ne connais pas d’acteur ayant un jeu plus limité.) 
La Pomme d’Adam offre quelques séquences divertissantes. On pourra s’amuser du quiproquo inspiré des vaudevillistes français Feydeau et Labiche : l’épouse de Youssef Bey est cachée dans le lit de Galila, attendant son mari. Survient le régisseur qui s’introduit dans le lit pour abuser de la jeune citadine. L'épouse n'offre aucune résistance aux avances de l'homme puisqu'elle est convaincue que c'est son mari qui l'honore ainsi. Ce dernier arrive enfin : comme le régisseur, il veut posséder Galila. Son désappointement est extrême quand il découvre sa femme dans les bras de son employé. Autre scène réjouissante par sa perversité à peine voilée : en présence de son épouse, Youssef Bey se fait masser les pieds par Galila tandis qu’il contemple les photos de charme d’un numéro de la revue Esquire. Buñuel n’est pas loin !
Ce que je retiens du film : la participation de Nahed Sabri à qui le réalisateur a confié toutes les danses. Il a bien fait car elle est extraordinaire.
Ceci dit, on a connu Fateen Abdel Wahab plus inspiré.

Appréciation : 2/5
**

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

lundi 19 octobre 2015

C'est Moi l'Amour (Ana Al Hob, 1954)

أنا الحب
إخراج :  هنري بركات


Henry Barakat a réalisé C'est Moi l'Amour en 1954. 
Distribution : Mohsen Sarhan (Nagy), Shadia (Olfat), Yehia Chahine (Mourad, le cousin de Nagy), Hussein Riad (Amin Azmi), Mona Fouad, Zahrat Al Oula (Hoda, l’amie d’Olfat), Zaki Al Harami (le père d’Olfat), Zaki Ibrahim (le médecin), Mona Fouad (Linda), Zinat Sedky (la présidente de l’association féministe)
Scénario : Ibrahim Al Wardani et Henry Barakat
Musique : Abdel Aziz Mohamed
Production : Mohsen Sarhan


Mona Fouad et Mohsen Sarhan






 










Shadia et Hussein Riad

















Shadia et Mohsen Sarhan

















Yehia Chahine et Mohsen Sarhan

















Shadia et Mohsen Sarhan

Shadia, Zahrat Al Oula et Mohsen Sarhan



















Résumé

Nagy est un jeune ingénieur qui revient à Alexandrie, sa ville natale, après six ans passés à l’étranger. En flânant sur la corniche de la cité balnéaire il fait la rencontre d’une jeune femme, Olfat. Ils se revoient à plusieurs reprises et progressivement l’amour naît entre eux. Malheureusement Olfat disparaît brutalement sans aucune explication. Nagy est au désespoir : sa bien-aimée ne lui a laissé ni son nom ni son adresse. 
Entretemps, il a été embauché dans une grande entreprise d’Alexandrie. Celle-ci appartient à Amin Azmi, un industriel, ami des parents de Nagy. C’est grâce à lui qu’il a pu faire ses études à l’étranger après la mort de son père. Mais un jour, le jeune ingénieur découvre le portrait de sa bien-aimée posé sur le bureau d’Amin. Il est persuadé que c’est sa fille mais il découvre très vite que c’est en réalité sa femme. Nagy est bouleversé. Il est aussi furieux contre Olfat qui a sans vergogne trompé son mari pour flirter avec lui. La jeune femme décide de se rendre chez l’ingénieur pour lui raconter son histoire : son père avait toujours été très sévère à son égard et quand elle est devenue en âge de se marier il a voulu qu’elle épouse un homme qu’elle n’aimait pas. Elle avait demandé de l’aide à Amin, l’associé de son père. Pour la soustraire à la tyrannie paternelle, celui-ci lui propose un mariage blanc. Olfat accepte et devient la femme d’Amin. Mais jamais, ils n’ont partagé le même lit. Nagy est soulagé. 
C’est à ce moment-là qu’Amin fait son apparition dans l’appartement de son subordonné. Il est au courant depuis le début des tendres sentiments que partagent les deux jeunes gens. Il propose de se retirer pour les laisser librement s’aimer. Nagy refuse et décide de s’éloigner d’Alexandrie afin d’oublier Olfat. Il part travailler dans le désert. C’est dans sa retraite qu’Amin le rejoint et finit par lui avouer un lourd secret : Olfat est sa propre fille, elle est le fruit de la relation adultère qu’il a entretenue avec celui qui fut autrefois son partenaire. Et s’il a accepté de l’épouser, c’est pour qu’elle hérite légalement de toute sa fortune. Désormais, grâce à Nagy, Amin peut réaliser son rêve : partir en voyage vers des destinations lointaines. Il sait que sa fille sera heureuse.


Critique

Dans la carrière d’Henry Barakat, l’année 1954 est particulièrement bien remplie. Il réalise pas moins de cinq films, record qu’il avait déjà atteint en 1952. L’actrice principale, Shadia, est, à 25 ans, au faîte de sa gloire. Cette même année 1954, elle tourne dans une dizaine de films.  Barakat et Shadia ont déjà travaillé ensemble avant ce Je suis l’Amour et leur collaboration se poursuivra bien après. Le dernier long métrage qui les réunira s'intitule Le Doute, mon Amour et il date de 1979 !
Je suis l’Amour est un drame de facture classique qui est un peu à l’image de son réalisateur : sensible et  élégant, ne tombant jamais dans l’outrance malgré le caractère scabreux du sujet. Un père qui épouse sa fille pour qu’elle échappe à un mariage forcé, avouons que ce n’est pas banal  et qu’il faut avoir bien du talent pour faire un bon film avec un scénario pareil. Heureusement, Henry Barakat n’en manque pas et il nous offre une œuvre légère et lumineuse nimbée de mélancolie, très loin du mélodrame lourdaud que l’on pouvait craindre.  Henry Barakat, c’est le Douglas Sirk du cinéma arabe. 
Je suis l’amour se présente comme une déclaration d’amour à Alexandrie. Le héros revient dans la ville de son enfance après des années d’absence. Au début du film,  il prend sa voiture, une décapotable aux formes arrondies, et longe la corniche de la station balnéaire la plus célèbre d’Egypte. Les images sont d’une beauté stupéfiante, le personnage semble évoluer dans un décor irréel comme ceux peints par Giorgio de Chirico. Un peu plus tard, pour une scène se passant à la terrasse d’un café face à la mer, on peut entendre l’orchestre reprendre La Mer de Charles Trenet. Concordance parfaite entre l’univers du chanteur français et celui du réalisateur égyptien.
Le film comprend de nombreuses  scènes d’anthologie comme celle dans laquelle Nagy sur le pont du roi Farouk fait la rencontre d’Olfat et de son amie, deux jeunes femmes graciles en robe légère, ou bien celle de la réception que donne dans sa demeure Amin, le patron de Nagy,  et qui est l’occasion d’échanges de regards éloquents entre les différents protagonistes du drame,  ou bien encore,  celle dans laquelle chante Shadia, le visage uniquement éclairé par la flamme des allumettes  successives que tient Mohsen Sarhan.

Appréciation : 4/5
****


Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

mardi 30 juin 2015

La Confession (Al Egihteraf, 1965)

الأعتراف
إخراج : سعد عرفه

 


La Confession a été réalisée par Saad Arafa en 1965.
Distribution : Yehia Chahine, Faten Hamama, Salah Mansour, Madiha Yousri, Galal Eissa, Ahmed Louxer
Scénario : Youssef Gohar
Musique : Andre Ryder et Ahmed Shafek Abou Auf
Production : Helmy Rafla

 
Yehia Chahine

Madiha Yousri

Galal Eissa et Faten Hamama

Galal Eissa

Faten Hamama

Salah Mansour et Yehia Chahine

Ahmed Louxer

Ahmed Louxer et Salah Mansour



Résumé

Nous sommes sur une île dont on exploite les carrières de pierre. Ahmed et Nawal sont deux enfants qui ne se quittent jamais.  Le garçon vit avec son grand frère, Ibrahim. Nawal vit avec ses parents.  Ibrahim et Abbas,  le père de la petite fille, sont tous les deux mineurs. Les deux enfants vivent dans l’insouciance mais le malheur guette. Premier drame : depuis un certain temps, les parents de Nawal ne s’entendent plus. Aziza, sa mère, ne cache plus le désir qu’elle éprouve pour d’autres hommes. Un jour elle disparaît. Second drame : Ibrahim doit quitter l’île. Ahmed et Nawal ne se verront plus. Les années passent. Un beau jour Ibrahim et son petit frère qui est devenu un jeune homme font leur retour sur l’île. Ils retrouvent Nawal et son père. La petite fille est devenue une jeune femme séduisante. La complicité qui unissait les deux enfants  se transforme en amour. C’est sans compter le père  dont l’humeur s’est assombrie. Outre la disparition de sa femme, il a été victime d’un accident qui l’a laissé diminué. Quand il voit sa fille flirter avec le frère de son collègue, il devient fou furieux. Pour poursuivre ses études Ahmed s’installe au Caire.  Les deux amoureux sont à nouveau séparés. Troisième drame : le père de Nawal meurt noyé lors d’une sortie en mer avec un ami. La jeune femme reste seule. Progressivement, elle se rapproche d’Ibrahim. Elle finit par accepter de l’épouser. Ibrahim  souhaite annoncer à son frère l’heureux événement. Le couple arrive à l’improviste chez Ahmed. Ce dernier et la jeune femme ont du mal à cacher les sentiments qu’ils éprouvent l’un pour l’autre. Quand le garçon apprend la « bonne nouvelle » qu’on est venu lui annoncer, il devient fou de rage. Le lendemain soir, tous les trois  se rendent à la fête foraine. Ahmed et Nawal ont pris place dans l’une des nacelles de la grande roue. Ils peuvent parler librement. Ahmed annonce à la jeune femme le terrible secret qu’il a découvert par hasard : sa mère est devenue une prostituée qui racole les clients dans les rues de la capitale. Nawal ne peut supporter un tel déshonneur. Elle se jette dans le vide.


Critique

Ce  mélodrame égyptien  a toutes les apparences d’une tragédie grecque. On y retrouve la fatalité, les amours impossibles, la culpabilité, la honte, la solitude,  la chute etc. Mais le lieu, tout d’abord : une île méditerranéenne d’une blancheur éblouissante. Les hommes y mènent une existence difficile. Ce sont des mineurs qui tout le jour taillent la pierre dans des galeries où règne une chaleur suffocante.  Cette île est une prison à ciel ouvert et il est bien difficile de s’en évader. Nawal, l’héroïne, ne la quittera qu’une fois ; elle en mourra.
Faten Hamama trouve dans ce film l’un de ses grands rôles*, celui d’une jeune fille que la fatalité accable sans répit. A chaque coup du destin,  sa petite silhouette noire semble se rétracter un peu plus . Nulle révolte, nulle colère contre cette injustice qui la condamne au malheur mais une résignation sans limite comme si elle devait payer pour quelque chose ou plutôt pour quelqu’un. Et ce quelqu’un , c’est bien sûr sa mère qui a fui l’île pour assouvir sa sensualité dévorante. Le personnage est joué de manière magistrale par Madiha Yousri . Et quand on la retrouve se prostituant dans les rues du Caire, son visage impressionne par la force maléfique qui s’en dégage
La faute de sa mère, Nawal devra le payer de sa vie même. Dans la tragédie le dévoilement de la vérité est souvent catastrophique. Dans Confession, cette vérité sort de la bouche de l’être aimé ce qui la rend encore plus insupportable. Nawal n’a plus d’issue : elle se jette  du haut d’une grande roue de fête foraine  comme les héros antiques se précipitaient dans le vide du haut d’une falaise ou d’une tour. Forcément tragique !

* Période faste pour l’actrice. Cette même année 1965, elle triomphe dans le Péché d’Henry Barakat. Ce film est considéré comme le chef d’œuvre du réalisateur. Le Péché occupe la deuxième place dans la liste des quinze meilleurs films égyptiens de tous les temps.

Appréciation : 4/5
****

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin