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mercredi 31 mai 2023

La Rue du Polichinelle (Share'e Al-Bahlawan, 1949)

شارع البهلوان
إخراج : صلاح ابو سيف


Salah Abou Seif a réalisé La Rue du Polichinelle en 1949.

Distribution : Camilia (Amina Shawkat), Kamal El Shennawi (Saïd), Lola Sedky (Mervat), Hassan Fayek (Kamel), Ismail Yassin (Khamis), Zinat Sedki (Zahira), Abdel Hamid Zaki (Ibrahim), Elias Moadab (le propriétaire de l’appartement), Hassan Kamel (le médecin), Gracia Qassin (la tante de Saïd), Mohamed Abu El Saoud (le chef cuisinier), Abdel Moneim Ismail (le policier), Hosna Solomon (la servante), Aly Abd El Al (l’amoureux d’Amina)
Scénario : Salah Abou Seif, Ali El-Zorkani, Abdel Halim Morsy
Musique : Fathy Qoura, Mohamed Hassan Al Shugai
Production : les films Gabriel Talhami

Lola Sedky



Kamal Al Shennawi et Camilia



Kamal Al Shennawi et Camilia



Kamal Al Shennawi et Hassan Fayek



Zinat Sedky et Shafiq Nour El Din



Ali Abd El Al et Kamal Al Shennawi



Abdel Hamid Zaki et Hassan Fayek



Gracia Qassin



Ismaïl Yassin et Hosna Suliman

















Résumé

   Saïd, Kamel et Ibrahim sont trois amis qui dirigent ensemble une grande entreprise. L’histoire commence le jour du mariage d’Ibrahim avec une jeune femme prénommée Mervat. Saïd et sa jeune épouse Amina se préparent pour la cérémonie. Comme d’habitude, la tension est extrême entre les deux époux à cause de la jalousie féroce du mari. Ce dernier reproche à sa femme de tout faire pour susciter le désir des autres hommes en portant des tenues provocantes. Pour ne rien arranger, la vieille tante de Saïd vit avec eux et celle-ci n’a qu’un objectif : inciter son neveu à divorcer pour qu’il épouse sa fille.

Pendant ce temps là, la cérémonie nuptiale a commencé. Kamel est déjà là avec sa femme Zahira, une artiste peintre au caractère bien trempé. Quand il découvre Mervat, l’épouse de son ami Ibrahim, il en tombe instantanément amoureux et ne s’en cache pas, mettant dans l’embarras la jeune femme. Arrivent enfin Saïd et Amina. Immédiatement, cette dernière attire le regard des hommes présents et suscite leurs commentaires flatteurs. Très vite, un certain nombre d’invités fait cercle autour d’elle. Saïd, fou de rage, se jette sur les admirateurs de sa femme. La bagarre est générale.

Peu de temps après, Saïd pense avoir trouvé le moyen infaillible de surveiller sa femme. Kamel a des dons d’hypnotiseur et il a plongé dans un sommeil profond un acolyte qui ainsi peut suivre en esprit les faits et gestes d’Amina. Le compte-rendu de l’hypnotisé est sans ambiguïté : Saïd a un rival ! Sans attendre, l’infortuné rentre chez lui et évidemment Amina ne s’y trouve pas. Quand elle rentre, la crise est terrible mais Saïd finira par comprendre qu’il s’est trompé. Malheureusement le jaloux devra affronter une autre épreuve : encouragée par Zahira et Mervat, Amina se présentera à un concours de beauté et sera élue reine de l’année. Un magazine publiera même sa photo en première page !

Mais revenons aux deux autres couples. Les nouveaux mariés se sont rendus chez Kamel et Zahira car Ibrahim souhaite que la femme de son ami fasse un portrait de Mervat. Quand Kamel découvre celle-ci posant en maillot de bain dans l’atelier de sa femme, il n’y tient plus : il faut qu’elle devienne sa maîtresse. Pour cela, il a une idée : il va lui envoyer une lettre d’amour mais pour ne pas être démasqué, il demande à Saïd de la recopier et de la signer sous un faux nom sans lui révéler que c’est pour la femme de leur ami. Saïd entrevoit une nouvelle occasion de tester sa propre femme : il lui enverra la lettre originale écrite de la main de Kamel. Pour parfaire leur plan, les deux amis décident de louer un appartement qui sera l’adresse d’Hassan Al-Muhallab, l’auteur fictif de la double déclaration d’amour. 

Comme Kamel l’espérait, Mervat est touchée par la lettre et elle accepte un rendez-vous dans l’appartement. En revanche, Amina n’est pas du tout séduite et elle n’hésite pas à se confier à Zahira en lui montrant ce qu’elle reçoit. L’artiste peintre reconnaît l’écriture de son mari. Elle veut le confondre et demande à Amina de l’accompagner à l’adresse indiquée sur la lettre.

C’est ainsi que tout le monde va se retrouver dans l’appartement, soit pour y débuter une relation adultère, soit pour y surprendre les conjoints infidèles. Pour Ibrahim qui est venu comme témoin à la requête de Saïd, la découverte de sa femme dans cette garçonnière est une cruelle désillusion, lui qui croyait avoir une épouse soumise et vertueuse. Kamel qui était arrivé les bras chargé de cadeaux peut difficilement cacher la raison véritable de sa présence ici et il va lui falloir subir l’ire de sa femme. En revanche, tout est bien qui finit bien pour Saïd et Amina : Saïd est définitivement convaincu de l’amour et de la fidélité de celle qui partage sa vie.

............

A propos du tournage de ce film, on retrouve dans moult publications, une anecdote très célèbre impliquant Camilia et Kamal Al Shennawi, les deux vedettes de cette comédie. Ce serait le réalisateur lui-même qui l’aurait révélé dans un entretien ou peut-être dans un récit (Je n’ai pas pu vérifier.) Salah Abou Seif raconte qu’il s’apprête à tourner une scène dans laquelle les deux acteurs doivent s’embrasser de manière passionnée. Malheureusement, Kamal Al Shennawi refuse de jouer car c’est le mois du Ramadan et il est impensable pour lui d’embrasser sa partenaire, du moins avant l’iftar. Salah Abou Seif devra déployer des trésors de diplomatie pour convaincre le jeune premier de tourner la scène. Entretemps, Camilia a appris que Kamal Al Shennawi ne veut pas l’embrasser et elle le prend très mal, refusant à son tour de jouer. La scène se fait enfin et, aux dires du réalisateur lui-même, ce baiser fut l’un des plus beaux qu’il ait tourné, un baiser d’une telle fougue et d’une telle sensualité que les censeurs ne manquèrent pas de s’en émouvoir.




Critique

Salah Abou Seif est surtout connu pour ses drames réalistes. Cette Rue du Polichinelle est l’une de ses rares comédies parmi lesquelles on trouve tout de même l’un de ses chefs d’œuvre Entre Ciel et Terre qui date de 1959.

Ce film de 1949 est bien dans l’air du temps . A la fin de ces années 40, la mode est à la comédie légère et brillante à la manière du grand maître du genre, Helmy Rafla. Et l’une des vedettes que l’on retrouve dans bon nombre de ces productions, c’est la délicieuse Camilia. Cette dernière fait ses premiers pas au cinéma en 1947 et elle devient une star en 1949, un statut dont elle jouira très brièvement puisqu’elle mourra tragiquement en 1950 dans un accident d’avion. En quelques années, elle va tourner avec les cinéastes les plus renommés : Hussein Fawzi, Niazi Mostafa, Helmy Rafla, Ezzel Dine Zulficar et donc Salah Abou Seif. Une question nous vient à l’esprit : ce dernier a-t-il choisi Camilia parce qu’il allait tourner une comédie ou choisit-il de faire une comédie parce qu’il veut (doit ?) tourner avec Camilia ? Dans tous les cas il se lance dans l’aventure avec la détermination et avec la rigueur qui le caractérise.

Salah Abou Seif et ses scénaristes ont certainement beaucoup étudié les vaudevilles français du XIXe siècle où se succèdent les quiproquos et les situations les plus farfelus. Cette dimension théâtrale est clairement revendiquée : ce film a été tourné exclusivement en intérieur à l’exception d’une scène. Aucun procédé du vaudeville n’est oublié : on retrouve le rythme effréné des actions, les traditionnels jeux de cache-cache d’une pièce à l’autre, la minutie dans le réglage du mouvement afin que tous les effets fassent mouche. On retrouve aussi la satire du monde bourgeois avec sa galerie de personnages haut en couleur, maîtres ou valets. Certains se livrent avec plus ou moins de succès à l’adultère (dans le rôle du bourgeois à la recherche d’une bonne fortune, Hassan Fayek est inégalable.), d’autres défendent sans relâche la vertu assiégée de leurs épouses (l’excellent Kamal Al Shennawi qui d’ordinaire joue plutôt les amants.). Et comme il se doit, un personnage féminin en dessous affriolants sera surpris dans une situation très compromettante (Ici, c’est Lola Sedki qui s’y colle et elle est épatante !). En fait cette Rue du Polichinelle se présente comme l’équivalent égyptien de l’Hôtel du Libre Echange de Georges Feydeau. On notera enfin le caractère très féministe du film : tous les hommes sont dépeints de manière ridicule et ceux qui ont voulu attenter à la liberté de leurs femmes sont sévèrement punis.

Bref, La Rue du Polichinelle est une comédie irrésistible qui n’a aucunement vieilli.

Appréciation : 5/5
*****

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

lundi 22 mars 2021

La Fille du Maire (Bint Al Oumdah, 1949)

بنت العمدة
ﺇﺧﺮاﺝ: عباس كامل




Abbas Kamel a réalisé La Fille du Maire en 1949.
Distribution : Kamal El Shennawi (Docteur Adel), Hagar Hamdy (Aziza, la femme d’Adel), Houda Shams El Din (la danseuse Lola), Mohamed Kamel (l’assistant du docteur Adel), Lola Abdo (Saadia), Yacoub Tanuse (le photographe), Alya Fawzy (la servante), Aziza Badr (la mère d’Aziza), Adel Abbas (le petit chanteur), Dorrya Ahmed (la chanteuse), Mohsen Hassanein (un patient du docteur Adel), Abdel Ghany El Sayed (le paysan chanteur), Abdel Hamid Zaki (le père d’Aziza et l’oncle du docteur Adel)
Scénario : Abbas Kamel
Musique : Abdel Azim Abdel Haq, Mahmoud El Sherif, Abbas Kamel

Kamal El Shennawi et Houda Shams El Din
















Hagar Hamdy
















Kamal Al Shennawi et Houda Shams El Din
















Mohamed Kamel
















Houda Shams El Din et Kamal Al Shennawi
















Houda Shams El Din et Kamal Al Shennawi
















Hagar Hamdy
















Dorrya Ahmed


















Résumé

Le jeune docteur Adel est marié à sa cousine Aziza. Celle-ci, bien que diplômée, a renoncé à toute ambition pour se consacrer entièrement à son foyer. Pour elle, seul compte le bien-être de son mari. Elle refuse que leur servante s’occupe des repas et elle passe chaque jour de longues heures dans sa cuisine pour concocter les plats qui lui feront plaisir. Dans son absolu dévouement, elle a renoncé à toute coquetterie : elle laisse aux autres le parfum, le maquillage car elle veut rester naturelle. C’est ainsi, pense-t-elle, qu’elle continuera à être aimée.
Pour ses consultations, Adel s’est installé dans un grand appartement d’un immeuble de la rue Soleiman. Un soir, alors qu’il s’apprête à rentrer chez lui, une jeune femme très séduisante fait irruption dans le cabinet. Elle vient de faire une chute et craint s’être fait une fracture à la jambe. Le docteur Adel l’examine aussitôt : rien de grave, juste une égratignure au niveau du genou. Cette nouvelle patiente habite dans un appartement au-dessus du cabinet médical. Elle est danseuse et s’inquiète beaucoup de savoir si elle pourra danser dès ce soir. Le docteur Adel la rassure. La sonnerie du téléphone retentit. C’est Aziza qui s’étonne du retard de son mari. Ce dernier lui explique qu’il a été retenu par un jeune homme qui a la jambe cassée. L’épouse est rassurée. Avant de rentrer chez lui, le docteur Adel conduit la danseuse à son cabaret. Elle lui révèle qu’elle s’appelle Lola et exige qu’il lui donne son numéro de téléphone afin de pouvoir le joindre en cas de complication. Quand il rentre chez lui, le docteur Adel est toujours troublé par sa rencontre. A peine a -t-il terminé de manger que le téléphone sonne. Au bout du fil, c’est Lola qui veut qu’il la retrouve dans son cabaret. Adel ne se fait pas prier. Il dit à sa femme qu’il doit retourner au chevet du jeune homme à la jambe cassée et fonce en direction du cabaret de Lola. Il rejoint la danseuse dans sa loge après le spectacle et fait la connaissance de ses consœurs. Ce que ne sait pas Adel, c’est que Lola a décidé de le séduire uniquement pour s’amuser et qu’elle ne ressent rien pour lui. Ils passent tous les deux la nuit dans le cabinet médical et Adel ne retourne chez lui qu’à l’aurore. Il sombre dans un profond sommeil et ne se réveille qu’au milieu de la matinée. Quand il arrive enfin au cabinet, il y a foule dans la salle d’attente. Il expédie tous ses patients et part déjeuner dans un restaurant avec sa maîtresse tandis que sa femme l’attend chez eux. 
Le lendemain, Aziza part pour plusieurs jours dans son village natal afin d’assister à un mariage. Adel a refusé de l’accompagner pour passer du bon temps avec Mona. Au village, les parents d’Aziza sont un peu intrigués de l’absence de leur gendre et soupçonnent une mésentente entre les deux époux. Aziza leur certifie qu’ils s’aiment comme au premier jour. Pendant ce temps-là, Adel et Mona ne se quittent plus, ni le jour, ni la nuit. Ils ne font même pas l’effort de se cacher et à la piscine, ils posent complaisamment pour un photographe. Le père d’Aziza a demandé à sa fille de rentrer chez elle au plus vite pour retrouver son mari. Ce retour soudain irrite au plus haut point Adel et il invente une consultation dans un hôpital pour quitter aussitôt le domicile conjugal et passer la soirée avec Mona. Cette dernière est de plus en plus exigeante : elle veut qu’Adel l’épouse. Le lendemain, c’est le père d’Aziza qui arrive en ville pour un procès. Il décide de se rendre avec ses filles au cabinet de son gendre. Evidemment, Mona s’y trouve déjà. Adel la présente comme une patiente. La danseuse affiche tout le mépris qu’elle éprouve pour ces paysans mais il en faut davantage pour que ceux-ci perdent leur bonne humeur. Aziza est heureuse de passer du temps avec ses sœurs : elles chantent et elles dansent, ce qu’Aziza ne se permet jamais de faire en présence de son mari. 
Mais, après le départ de sa famille, Aziza fait une cruelle découverte. Elle tombe sur les photos de son mari et de sa maîtresse enlacés au bord de la piscine. La jeune épouse est effondrée. Elle décide de se rendre chez Mona pour la supplier de lui laisser son mari mais celle-ci lui oppose que c’est elle qui n’a pas su le garder et qu’elle ne peut donc rien lui reprocher. Aziza part se réfugier chez ses parents. Elle est à deux doigts de céder au désespoir mais elle se ressaisit et décide de se battre. Elle rentre au Caire et échafaude un plan. Elle oblige Mona à l’aider en la menaçant avec un revolver. Elle va danser, le visage masqué, dans le cabaret de sa rivale. Dans la salle, se trouve Adel. Il est subjugué par la beauté et la sensualité de cette danseuse inconnue. Il veut absolument la rencontrer. Ils se revoient lors d’une fête organisée par Mona puis seuls dans un appartement. C’est là que la femme mystérieuse danse pour son admirateur et que celui-ci, définitivement conquis, lui déclare sa flamme. Ce n’est qu’une fois de retour chez lui qu’Adel découvre qu’il est tombé amoureux de sa femme.



Critique

Ce film est d’Abbas Kamel, un réalisateur à qui on doit les comédies les plus brillantes de la fin des années quarante.

La Fille du Maire repose sur un canevas archi-revu : un jeune homme de bonne famille, séduit par une danseuse, délaisse sa tendre et fidèle épouse, et sur cette trame, on retrouve l’opposition traditionnelle entre la ville et la campagne. Tout cela pourrait nous valoir une leçon de morale bien sentie qui nous enjoindrait de ne pas quitter le droit chemin et nous sommerait de condamner fermement ces femmes libertines des grandes villes qui détruisent sans scrupule les familles honnêtes. Mais n’attendons pas d’Abbas Kamel qu’il s’en tienne à ce manichéisme bien-pensant. Ce qui frappe chez lui, c’est la modernité de ses conceptions. On remarquera qu’il manifeste une même empathie pour tous ses personnages. Même la séductrice qui s’amuse à détruire un jeune couple n’est pas fondamentalement méchante. Ce n’est pas une femme fatale même si elle se montre égoïste et hautaine. D’ailleurs, à la fin, c’est grâce à elle que l’épouse pourra reconquérir son mari, en lui permettant d’utiliser les mêmes armes que les siennes. Et c’est d’ailleurs sur ce point qu’Abbas Kamel se montre le plus hardi. La morale de sa fable est très claire : ce n’est pas en affichant une vertu sans faille que l’on sauve son couple de la ruine mais bien en maintenant le désir de l’autre. Si la jeune épouse veut retrouver l’amour de son mari, ça sera en usant des sortilèges de la danse (qu’elle considérait avant la « faute » de son époux comme un art indigne d’une femme mariée respectable). Et en agissant ainsi, l’héroïne ne fait que retrouver sa propre personnalité. Abbas Kamel ne cesse de rappeler tout au long du film, combien ce rôle de l’épouse vertueuse et fidèle n’est pas la vraie nature de son héroïne. Au contraire, ce qu’elle aime c’est chanter avec ses sœurs, danser lors de fêtes familiales, manifester sans entraves son énergie et sa sensualité. Et elle a cru, à tort, qu’elle devait renoncer à tout cela pour complaire à son mari. Par cette expérience douloureuse de l’infidélité, la jeune épouse a fait son éducation sentimentale. Au passage, on notera que cette Fille du Maire se présente aussi comme un hommage à Marivaux puisque le mari redevient amoureux de sa femme quand celle-ci se présente à lui masquée et déguisée.

La modernité de La Fille du Maire réside aussi dans son féminisme affiché. Pendant tout le film, ce sont les femmes qui mènent le cours des événements. Le héros est d’une passivité consternante, d’abord le jouet de sa maîtresse seule puis de celle-ci unie à son épouse. La tâche des deux femmes est facilitée par la psychologie sommaire de cet homme guidé, comme tous ses congénères, par ses pulsions et ses désirs. La femme légitime est sans doute la plus déterminée des deux, notamment quand elle repousse la tentation du désespoir et qu’elle décide de tout entreprendre pour récupérer son mari volage. Elle n’hésite pas à jouer du revolver pour obtenir ce qu’elle souhaite.

Inutile de préciser que l’interprétation est remarquable, aussi bien pour les rôles principaux que pour les emplois secondaires et on sent le bonheur de tous les acteurs de jouer dans cette comédie alerte et revigorante. Abbas Kamel, à la manière de Franz Capra sait allier sensibilité, intelligence et optimisme. Cette Fille du Maire prouve encore une fois que la place de ce réalisateur est parmi les plus grands du cinéma mondial et que son nom devrait figurer en bonne place dans les histoires du 7ème art. Mais voilà, Abbas Kamel est Egyptien, et cela suffit à le rendre invisible aux yeux de la critique occidentale. Ajoutons pour faire bonne mesure qu'il est confronté à la même indifférence dans le monde arabe : aucun de ses films n'apparaît dans les filmographies sélectives établies par les médias orientaux au cours de ces vingt dernières années. Foutue postérité !

Appréciation : 4/5
****

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

vendredi 24 avril 2020

La Veuve Joyeuse (El armala el tarub, 1956)

الأرملة الطروب
إخراج : حلمى رفلة



Helmy Rafla a réalisé La Veuve Joyeuse en 1956.
Distribution : Leila Fawzi (Samira, la fille d’Abdel Aal), Kamal Al Shennawi (Magdy), Abdel Salam Al Nabulsi (Asim Bey Kayamakli), Zinat Sedki (la femme de chambre de Samira), Hassan Fayek (Abdel Aal, le père de Samira), Adly Kasseb (Mahdi Effendi), Mohamed Gamal (Hechmat), Zeinat Olwi (danseuse), Kitty (danseuse), Victoria Hobeika (la mère d’Hechmat)
Scénario : Aboul Seoud Al Ibiary, Helmy Rafla, Mustafa El Sayed, Fathy Qoura
Musique : Mohamed Gamal et Mahmoud El Sherif

Hassan Fayek et Kamal Al Shennawi

Leila Fawzi

Mohamed Gamal

Leila Fawzi et Kamal Al Shennawi

Hassan Fayek

Kamal Al Shennawi et Mohamed Gamal

Abdel Salam Al Nabulsi et Leila Fawzi

Zinat Sedki et Leila Fawzi

Kitty




Résumé

Abdel Aal aime l’argent et la bonne chère. Il a forcé sa fille Samira à épouser Rostom Bey Kayamakli, un riche turc de quarante ans son aîné. Samira s’est installée dans le pays de son mari et a mené une vie luxueuse mais sans amour. 
Au bout de cinq ans de vie commune, son mari meurt. Toute la famille est réunie pour entendre les dernières volonté du défunt : sa veuve jouira de sa fortune tant qu’elle restera seule. Si elle se remariait, l’héritage reviendrait à sa famille. Au cas où elle mourrait, en étant restée célibataire, c’est son père qui récupérerait l’argent de Rostom. Asim Bey Kayamakli, le frère du défunt, est prêt à tout pour que cette fortune reste dans leur famille. Il a trouvé la solution : il va épouser Samira. Quand cette dernière lui signifie son refus d’un tel « arrangement », il menace de la tuer. Elle est obligée d’accepter. Mais profitant de l’absence de son beau-frère, elle fuit en compagnie de Lawahiz, sa servante et rentre en Egypte. 
 Asim Bey constatant le départ de sa « future femme », contacte un parent résidant en Egypte, Mahdi Effendi, un haut fonctionnaire, sous-secrétaire d’état. Celui-ci a une idée : il convoque Magdy, un parent lui aussi, qui travaille dans l’administration et qui est célèbre pour ses conquêtes féminines. Il lui donne une mission : il sera généreusement récompensé s’il parvient à séduire Samira et à l’épouser. Magdy se présente au domicile de l’héritière tant convoitée. Dans le jardin, il voit une femme courir après une poule : c’est Samira. Il est frappé par sa beauté et il est très étonné d’apprendre pas la bouche de celle-ci qu’elle n’est qu’une simple servante. Elle le devance dans la maison pour prévenir sa maîtresse, dit-elle. Samira demande à sa femme de chambre de se faire passer pour elle. Lawahiz reçoit avec rudesse le visiteur qui est interloqué par cet accueil. Ils sont rejoints peu après par le père de Samira qui lui aussi est mis dans la confidence. Il est enchanté de ce tour, ne souhaitant évidemment pas que sa fille se marie et que son héritage tombe dans l’escarcelle d’Asim Bey Kayamakli. 
La difficulté, c’est que Magdy est tombé amoureux de Samira, toute servante qu’elle prétend être et Samira, elle aussi finit par succomber au charme du nouveau venu. Naturellement, Magdy refuse de rester le complice d’Asim er de Mahdy et quand le frère du défunt arrive en Egypte pour vérifier le bon déroulement des opérations, le jeune homme lui annonce qu’il est désormais impossible pour lui d’épouser Samira. Heureusement, le remplaçant est tout trouvé : c’est Hechmat, un jeune collègue de Magdy qui accepte la mission. Le lendemain, Asim, déguisé en vieille femme et accompagné d’Hechmat, rencontre le père de Samira. Il prétend être la mère du garçon et il vient demander en son nom la main de la jeune fille. Il précise que la dot sera importante. Abdel Aal, sachant qu’il n’est pas question de sa fille mais de Lawahiz, accepte volontiers ce projet d’union. 
Une réception est organisée pour officialiser les fiançailles. Asim Bey Kayamakli y paraît, toujours déguisée en vieille femme. Malheureusement pour lui, la véritable mère d’Hechmat fait son apparition et le démasque. C’est alors que tous les masques tombent. Magdy comprend que la femme qu’il aime est bien Samira, l’héritière de Rostom, Abdel Aal découvre que sa fille est amoureuse de Magdy, ce qui compromet leur chance de conserver l’héritage. Abdel Aal chasse Magdy de chez lui et enferme sa fille dans sa chambre. Pendant ce temps-là, Asim Bey Kayamakli ne s’avoue pas vaincu. Il enlève Samira mais celle-ci parvient à s’échapper. Elle se rend aussitôt chez Magdy pour tenter de s’expliquer sur les raisons qui l’ont poussé à lui cacher son identité. Son bien-aimé n’ a guère apprécié d’avoir été ainsi trompé et il lui marque une très grande froideur. Tous les autres protagonistes de l’histoire font leur apparition et chacun veut faire valoir ses revendications à l’imam qui les a accompagnés. Il faut que Samira menace de se jeter dans le vide pour qu’enfin on accepte de prendre en compte ses propres désirs et volontés.


Critique

Cette Veuve Joyeuse est un petit chef d’œuvre, une comédie brillante qui illustre admirablement ce que l’âge d’or du cinéma égyptien fut capable de produire grâce aux talents conjoints de ses acteurs, de ses réalisateurs et de ses scénaristes. Pendant une vingtaine d’années, ces artistes offrirent au public d’innombrables films qui sont aujourd’hui devenus des classiques, aussi bien dans le drame que dans la comédie. La formule « Hollywood sur le Nil »n’ était alors nullement galvaudée. A partir des années soixante-dix, le secret de ce savoir-faire semble progressivement se perdre et dans les années quatre-vingt, le cinéma égyptien n’est plus que l’ombre de lui-même, tentant de survivre en proposant des films dont on dissimulait la médiocrité par un discours prétendument « engagé ». Evidemment, il y eut des exceptions mais trop peu nombreuses pour influer en quoi que ce soit sur une tendance bien regrettable. 
Revenons donc à notre Veuve Joyeuse, paradigme de la comédie pétillante de ces années cinquante. C’est un divertissement, certes mais un divertissement haut de gamme. Nous avons d’abord une intrigue à la Marivaux : la servante et la maîtresse qui échangent leur rôle, un séducteur cynique qui découvre soudain l’amour véritable. Le scénariste, Aboul Seoud Al Ibiary (ici, au zénith de son talent) multiplie les rebondissements, sans tordre le cou à la vraisemblance mais sans rien s’interdire : les deux héros font connaissance en poursuivant une poule ! Nous avons aussi un réalisateur, Helmy Rafla, qui filme cette histoire, avec une légèreté, une élégance hors pair, ce qui permet à cette Veuve Joyeuse de rivaliser avec les meilleures comédies d’Hollywood. On pense plus d’une fois à Howard Hawks, le réalisateur de Chéri, je me sens rajeunir ou des Hommes préfèrent les Blondes. Autre qualité du film : Helmy Rafla parvient à faire rire son public tout en veillant à garder une touche romantique à son histoire et certaines scènes sont d’une grande beauté comme celle du baiser dans l’arbre ou bien celle de l’héroïne au bain entourée de ses servantes. 
Si l’intention première des auteurs de ce film est d’amuser le public, ils ne s’interdisent pas d’évoquer des sujets graves, comme celui de la condition féminine dans la société musulmane. En effet, cette Veuve joyeuse est tout sauf joyeuse. Non seulement, elle a été « vendue » par son père à un homme qui a quarante ans de plus qu’elle, mais celui-ci mort, il lui est interdit de refaire sa vie comme elle l’entend et elle retombe sous l’autorité d’un beau-frère et d’un père qui ont pour seul souci, non son bonheur mais leur intérêt personnel. Et l’un comme l’autre n’hésite pas à la menacer d’une arme pour obtenir de sa part soumission et obéissance. Pour l’héroïne, la situation devient insupportable et elle devra menacer à son tour de se suicider pour qu’on daigne enfin l’entendre. 
Enfin, la grande réussite de ce film tient aussi à la qualité de l’interprétation et notamment à la prestation époustouflante de Leila Fawzi dont le naturel, la sensibilité et bien sûr la beauté en font l’égale de Katharine Hepburn. 
A propos d’interprétation, on notera l'absence d’Ismaïl Yassin au générique. A l’époque, c'est tout à fait exceptionnel car cet acteur règne sans partage sur la comédie populaire. Helmy Rafla tournera avec lui 22 films et, rien qu'en 1956, année de la sortie de La Veuve Joyeuse, Ismaïl Yassin est présent sur les écrans de cinéma égyptiens avec pas moins de neuf films ! Une omniprésence qui finira d’ailleurs par lasser son public. Sans vouloir offenser quiconque, on peut supposer que cette absence a sans doute contribué à la qualité de notre comédie : si Ismaïl Yassin y avait participé, nul doute que l'atmosphère et l'esprit en eussent été radicalement changés, la vedette comique y aurait imposé son style, celui de la farce parfois un peu grossière, à mille lieues donc de cette Veuve Joyeuse (Même si on peut considérer le travestissement d'Abdel Salam Al Nabulsi dans la dernière partie du film comme un hommage à l'interprète de Mademoiselle Hanafi !) .

Appréciation : 5/5
*****

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

mercredi 10 janvier 2018

La Punition (El Ikab, 1948)

العقاب
إخراج : هنري بركات



Henry Barakat a réalisé La Punition en 1948.
Distribution : Faten Hamama (Ibtisam, la fille de Mohsen), Mahmoud El Meleigy (Mohsen, l’amant de Houria), Zouzou Madi (Houria), Ferdoos Mohamed (Roukaya, la bonne), Samia Fahmy (Doha, la fille de Roukaya), Zaki Ibrahim (le mari de Houria), Reyad El Kasabgy (le mari de Roukaya), Thuraya Fakhry (Oum Ali, la voisine de Roukaya), Kamal Al Shennawi (Amir, le fils de Houria)
Scénario : Henry Barakat
Dialogues : Badie' Khairy
Production : Assia Dagher

Zouzou Madi et Zaki Ibrahim

Mahmoud El Meleigy et Faten Hamama

Samia Fahmy et Kamal Al Shennawi

Ferdoos Mohamed et Reyad El Kasabgy

Mahmoud El Meleigy et Kamal Al Shennawi


Résumé

Houria est une jeune femme mariée à un vieil homme, Muharam. Elle le trompe avec l’un de ses meilleurs amis, Mohsen, qu’elle couvre de cadeaux et de gros billets. Pour justifier ses absences quotidiennes, Houria prétend qu’elle doit se rendre à la clinique pour des examens. Houria et Muharan ont à leur service une femme dévouée, Roukaya. Cette dernière est mariée à un homme alcoolique et sans emploi qui lui réclame sans cesse de d’argent.
Muharam finit par comprendre que sa femme a une liaison avec Mohsen. Il trouve un prétexte pour faire venir ce dernier chez lui afin d’avoir une explication. Entre les deux hommes le ton monte très vite. Mohsen pousse le vieil homme qui fait une chute mortelle. Au même moment, le mari de Roukaya fait irruption dans la villa de Muharan. Il est totalement ivre et hurle qu’il veut de l’argent. Pour le calmer, sa femme accepte de solliciter son patron. Elle monte au salon et découvre le corps de Muharan gisant au sol. Elle appelle au secours. Pour tout le monde, elle devient la seule coupable et le mobile est tout trouvé : l’argent que réclamait son mari.
Elle est condamnée à 25 ans de prison. Mohsen convainc Houria de vendre la propriété qui pourtant appartient au fils qu’elle a eu avec Muharan. Avec une partie de l’argent de la vente, Mohsen achète une voiture de luxe. Il délaisse progressivement sa maîtresse qui est rongée par la culpabilité. Il rencontre une jeune femme, l’héritière d’un homme très fortuné. Pour se débarrasser de son ex-maîtresse, il envoie à un juge une lettre dans laquelle il l’informe qu’Houria a déshérité son fils. La veuve est condamnée à cinq ans de réclusion. Son petit garçon est placé en pension. En prison, Houria retrouve sa servante, Roukaya. Les deux femmes se réconcilient. 
Mohsen épouse sa riche héritière. Neuf mois plus tard, c’est la naissance de leur petite fille. Les années passent. Mohsen a perdu sa jeune épouse et il élève seul son enfant. Il est à la tête d’une fortune considérable. En prison, Houria qui s’apprête à recouvrer la liberté, finit par dire toute la vérité à sa servante. Mais quelque temps après, elle meurt subitement avant même sa libération : les autorités judiciaires n’auront jamais connaissance de son ultime aveu et Roukaya devra purger sa peine jusqu’au bout. Quand enfin le jour de sa libération arrive, elle est accueillie par son amie Oum Ali qui s’occupe de sa fille Doha depuis son arrestation. Les deux femmes avaient décidé de cacher la vérité à l’enfant et celle-ci croit toujours qu’Oum Ali est sa véritable mère. Roukaya se fera passer pour une amie venue d’Alexandrie. Chez Oum Ali, Roukaya apprend que Doha est fiancée à Amir le fils d’Houria et de Muharan ! Cette nouvelle la bouleverse mais quand elle fait la connaissance des deux fiancés, tout se passe au mieux.
Peu après, Amir fait la rencontre d’ Ibtissam, la fille de Mohsen. Cette dernière tombe aussitôt sous le charme du garçon. Apprenant qu’il est sans emploi, elle le fait embaucher par son père. Mais quand ce dernier fait la connaissance de son nouvel employé et découvre qu’il est le fils de celui qu’il a assassiné, il le fait aussitôt renvoyer. Ibtissam apprend la nouvelle et exige que son père reprenne sur-le-champ son bien-aimé dans sa société. Mohsen s’incline. Il va même plus loin : pour qu’Ibtissam puisse épouser Amir, il rencontre Doha et lui demande de se retirer contre une somme d’argent. Evidemment, celle-ci refuse catégoriquement. Alors Mohsen décide d’enquêter sur Doha et sa famille : il découvre qu’elle est la fille de l’ancienne servante d’Houria. Il s’empresse de transmettre ses informations à Amir qui décide de rompre avec Doha, la fille de celle qui a tué son père. Roukaya riposte : elle donne vingt-quatre heures à Mohsen pour dire la vérité sinon elle produira la preuve qu’elle a en sa possession : une lettre d'Houria dans laquelle celle-ci affirme que son ex-amant est bien le meurtrier de Muharan (petite question qui vient immédiatement à l'esprit : pourquoi ne l'a-t-elle pas produite plus tôt pour obtenir une révision de son procès et une réduction de peine ? Le film ne le dit pas !). La conversation a été entendue par Ibtissam. Cette dernière se rend chez Roukaya . Elle veut voir la lettre ! A cet instant, Mohsen fait à son tour irruption dans la maison. Ibtissam se cache dans une chambre. L'homme menace d’un revolver Roukaya pour qu’elle consente à lui donner la lettre. Celle-ci feint d’accepter et disparaît dans la chambre ou se trouve déjà Ibtissam. Elle a fermé la porte à clef. Mohsen parvient tout de même à l’ouvrir et fou de rage tire plusieurs coups de revolver qui tous atteignent sa fille. Cette dernière meurt. Mohsen est arrêté. Amir et Doha se marient.



dimanche 3 décembre 2017

Sous le Ciel de la Ville (Tahta Samaa Almadina, 1961)

تحت سماء المدينة
ﺇﺧﺮاﺝ: حسين حلمي المهندس


Hussein Helmy El Mohandes a réalisé Sous le Ciel de la Ville en 1961.
Distribution : Iman (Soad), Samia Roshdi (la mère de Soad), Kamal El Shennawy (Ahmed Kamal), Hussein Riad (Amin Azmy), Zouzou Chakib (Fayqa), Sherin (Bassima), Fatheia Chahine (Sharifa), Nahed Sharif (Layla), Tawfiq El Deken (Wahid), Amira Amir (Mona Hassan), Abdel Hamid Badawy (le portier), Abdel Moneim Basiony (Hamed), Nagwa Fouad (la danseuse), Mohamed Abdel Moteleb (le chanteur), Dalal (la chanteuse)
Scénario : Hussein Helmy El Mohandes
Musique : Abdel Azim Abdelhaqq


Sherin et Iman








Kamal Al Shennawi et Amira Amir

















Iman et Tawfik El Deken

















Hussein Riad












Sherin, Samia Rosshdi, Iman






Résumé

Histoires croisées de trois femmes : Mona, Soad et Bassima
Mona Hassan est devenue la maîtresse de son patron, Amin Azmi, un homme d’affaires corrompu qui lui a promis le mariage puis s’est désisté. Celui-ci vient de signer un contrat avec une société qui va lui faire gagner beaucoup d’argent. Pour conclure l’affaire, il a besoin d’un avocat  qui apporte sa caution. Il se tourne vers Ahmed Kamal, un jeune juriste à peine sorti de l’université. Dans un premier temps, celui-ci refuse. Mais sa fiancée, Soad, a des goûts de luxe et  rêve d’une vie fastueuse. Pour la satisfaire, Ahmed finit par accepter la proposition malhonnête mais lucrative d’Amin Azmi. Soad et Ahmed peuvent se marier.
Bassima vit avec son beau-père qui est tapissier. Les affaires de celui-ci marchent bien et il a coutume de fumer du hachich avec son ami Hamid. Ce dernier est très intéressé par Bassima. Un jour que le beau-père s’est endormi, Hamid en profite pour déclarer sa flamme à la jeune femme qui le repousse. Il se jette sur elle mais  elle lui échappe et se précipite sur son beau-père pour qu’il intervienne. Contre toute attente celui-ci prend la défense de son ami et chasse Bassima de chez lui. La jeune fille erre sans but dans les rues de la ville. Elle est recueillie par un couple de proxénètes, Fayqa et Qarni.
Ahmed regrette de s’être associé à Amin Azmi.  Il se rend dans l’entreprise spoliée par l’escroc et promet de rembourser tout l’argent  indûment perçu.  Cette décision met en rage Soad. Elle décide de retourner vivre chez sa mère et demande le divorce. Ahmed prie son ami Wahid d’intervenir auprès de sa femme pour qu’elle renonce à son projet.  Malheureusement l’ami devient un traître car il souhaite conquérir la jeune femme. Il l’incite à divorcer et à réclamer une pension alimentaire qui lui permettra de vivre comme elle l’entend. Wahid  emmène Soad danser dans un cabaret. Elle revient chez sa mère au milieu de la nuit, totalement ivre. Furieuse, sa mère la frappe violemment. Soad  s’enfuit et s’installe dans un appartement que lui a trouvé Wahid.  Au retour d’une fête, ce dernier tente d’abuser de sa protégée. Elle se débat et s’effondre, inconsciente. La croyant morte, Wahid s’enfuit.  
Amin Amzi envoie sa maîtresse chez Ahmed pour qu’elle récupère des documents.  Mais Mona  sympathise avec l’avocat et lui révèle ce que trame l’homme d’affaires véreux.  Apprenant la trahison de la jeune femme, Amin la chasse de chez lui. C’est ainsi que Mona retrouve Bassima dans l’établissement qu’elle gère pour le compte du couple de proxénètes, Fayqa et Qarni.  Elle lui raconte son histoire. Bassima décide de faire chanter Amin Amzi. Elle se rend ensuite chez Soad qui est complètement seule. La jeune divorcée a essayé de renouer avec Ahmed puis avec sa mère mais les deux l’ont rejetée.  Elle devient à son tour une pensionnaire de Fayqa et Qarni.
 Un jour, la police fait irruption dans la « pension ».  Tout le monde est arrêté. On retrouve les trois héroïnes au tribunal, accompagnées d’Ahmed, avocat de la défense. Dans sa plaidoirie, le jeune homme dénonce  Amir Azmi qui prend conscience du mal qu’il a fait. Même chose pour Wahid qui est venu témoigner en faveur de Soad.  Bref, on regagne le droit chemin et on se réconcilie. Bassima a été condamnée à trois ans de prison mais Mona et Soad ont été acquittées. 




lundi 24 juillet 2017

Je ne reviendrai pas (Lan A'Oud, 1959)

لن أعود
إخراج : حسن رضا



Hassan Reda a réalisé Je ne Reviendrai pas en 1959.
Distribution : Samira Ahmed (Nahed), Kamal Al Shennawi (Fathi), Abbas Fares (Shakar), Abdel Moneim Ibrahim (Mohsen), Taheya Carioca (Alya), Rhaireya Rhairy (la tante Zeinab), Shafik Nour El Din (l’oncle Radwan), Fayza Ibrahim (la chanteuse), Fifi Salama (la danseuse), Layla Yousri, Nadia Nour, Soheir El Bably, Abdel Hamid Badawi
Scénario : Hassan Reda et Kamal El Hafnawi
Musique : Abdel Aziz Salam et Baligh Hamdy
Production : Ahmed Kamal Hafnawi

Samira Ahmed et Kamal Al Shennawi


Shafik Nour El Din et Kamal Al Shennawi

















Samira Ahmed

















Taheya Carioca

















Kamal Al Shennawi

















au centre, Abdel Moneim Ibrahim

















Taheya Carioca


















Résumé

Shakar est un industriel prospère. Il s’est pris d’affection pour un jeune ingénieur Fathi. Il lui a confié le poste de directeur général adjoint et l’a logé dans un appartement près du sien. Ce qu’il ne sait pas, c’est que le jeune ingénieur est aussi l’amant de sa femme, Alya. Fathi s’absente pendant trois mois afin d’ acheter des machines ultra-modernes pour la nouvelle usine en construction. Durant son absence, un ami de son patron meurt laissant derrière lui une jeune fille, Nahed. Shakar décide de lui venir en aide. Il l’emploie chez lui comme intendante. Fathi est revenu de l’étranger et a repris son existence de jeune ingénieur brillant et séduisant. Outre sa relation avec la femme de Shakar, il se rend régulièrement avec l’un de ses collègues dans un cabaret où il se divertit entouré de danseuses aux mœurs légères. 
La présence de Nahed ne laisse pas indifférent Fathi. Il entreprend de la séduire et un jour, croyant sa nouvelle proie prête à succomber, il tente de l’embrasser. Celle-ci se débat, le gifle violemment et s’enfuit. Fathi comprend qu’il est tombé amoureux de la jeune femme et qu’il a fait fausse route. Il tente par tous les moyens de se faire pardonner. Il invite régulièrement l’élue de son coeur à sortir avec lui et il parvient à la convaincre de la sincérité de ses sentiments. Malheureusement, un soir, de sa fenêtre, Nahed voit Alya se rendre en cachette chez Fathi. Celui-ci n’est jamais parvenu à rompre avec sa vieille maîtresse et il continue à la recevoir régulièrement dans son appartement. Nahed est bouleversée. Elle décide de quitter la maison de Shakar et de s’installer chez son oncle Radwan et sa tante Zainab. Radwan qui travaille à l’usine révèle à Fathi où s’est réfugiée la jeune femme. L’ingénieur prend deux décisions : il rompt avec sa maîtresse et demande en mariage Nahed. La jeune fille cette fois-ci croit en l’amour de son soupirant et accepte sa proposition. Quand Shakar apprend la nouvelle, il est aux anges et son épouse est obligée de cacher la fureur qui l’étreint. Après leur mariage, le jeune couple doit s’installer en Syrie car Fathi doit superviser le lancement d’une nouvelle usine. Le patron veut profiter de la création de la République Arabe Unie pour étendre son activité. 
Mais Alya n’a pas pour autant renoncer à récupérer son amant. Elle s’est toujours ingéniée pour conserver la confiance de Nahed . Elle lui a même appris à conduire. Un jour, alors qu’elles se trouvent toutes les deux dans un restaurant situé tout en haut d’une falaise à Mokattam, elle trouve un prétexte pour que l’épouse de son ex-amant prenne seule le volant. Elle a auparavant sectionné le tuyau du liquide de frein. Alors que Nahed s’apprête à démarrer, surgit Fathi qui se propose de faire lui-même la course dont l’a chargée Alya. La jeune femme accepte et retrouve son amie à l’intérieur de l’établissement. Désespérée, cette dernière se précipite à l’extérieur du restaurant et assiste à la sortie de route de la voiture qui plonge dans le vide. Elle-même se jette du haut de la falaise. Elle meurt. Fathi survivra à l’accident et pourra fonder une famille avec la femme qu’il aime. 


Critique 

Ce n’est pas la première fois que Taheya Carioca joue les vieilles maîtresses abusives et cela ne sera pas non plus la dernière. Evidemment, on pense d'abord à son rôle dans La Sangsue de Salah Abou Seif en 1956 mais il y en eut bien d'autres. Et il faut avouer que dans ce registre, elle est tout bonnement magistrale. Il aura fallu qu’elle arrête de danser pour que le public comprenne à quel point, c’était une remarquable actrice qui dans son jeu atteignait une vérité et une profondeur peu communes. Dans Je ne reviendrai pas, Taheya Carioca montre la grande tragédienne classique qu’elle aurait pu être (On aurait rêvé la voir dans le rôle de Phèdre !) notamment, dans les scènes où, seule, sans témoin, elle exhale sa souffrance et sa fureur.
Je parlais plus haut des grandes similitudes entre les deux personnages joués par l’actrice dans La Sangsue et dans ce film. Mais ici s’arrêtent les convergences entre les deux œuvres. En effet, Salah Abou Seif et Hassan Reda font évoluer leurs personnages dans des univers radicalement opposés. Très loin du réalisme cher au premier, le second nous offre un mélodrame hollywoodien. Nous sommes entre gens aisés, roulant en grosses voitures et résidant dans des villas modernes. En soirées, les femmes portent des robes élégantes et en leur compagnie, les hommes boivent et fument sans modération pour oublier leurs longues journées de travail. 
Mélodrame ne signifie pas roman-photo : Hassan Reda s’intéresse à la société de son temps et à son évolution. Il brosse ici le tableau d’une classe sociale, celle de ces bourgeois diplômés qui sont bien décidés à profiter du nassérisme, du panarabisme et de la création de la république arabe unie (union de l’Egypte et de la Syrie) pour développer leurs activités et s’enrichir. Fathi, le jeune héros du film, est un jeune égyptien ambitieux qui a tout pour réussir : c’est un ingénieur brillant et un redoutable séducteur. Il est le représentant de tous ces jeunes loups qui à l’aube des années soixante, dans le monde arabe et au-delà, nourrissent des rêves de puissance et de fortune, le représentant de tous ces petits Rastignac à qui la prospérité économique semble donner des ailes. Pourtant le réalisateur refuse de tomber dans la caricature. Il fait de son héros un portrait tout en nuance, loin des stéréotypes attendus. Au contraire, on assiste à sa rédemption et ce qui sauve Fathi du cynisme et de la vanité, c’est tout simplement l’amour. 
Dans ce film, Hassan Reda manifeste un grand sens de la progression dramatique. Chaque scène est une nouvelle étape vers la catastrophe, et ce n’est que dans les ultimes instants du dénouement que tout bascule. C'est aussi un fin psychologue : il montre comment l’adultère, jeu mondain entre adultes consentants, se transforme inexorablement en passion destructrice conduisant au meurtre et au suicide.
Enfin, il faut absolument évoquer la beauté sidérante de certains plans, de certaines séquences, que ce soit les scènes nocturnes de la première partie où l’on voit la vieille maîtresse, folle de désir, filant sans bruit à travers la maison ou le jardin pour retrouver son jeune amant, que ce soit dans la seconde partie, les scènes de plein jour, dans le paysage blanc et minéral de Mokattam, hommage à la Grèce antique, mère de la Tragédie.
Dans les dernières minutes du film, le réalisateur adopte une esthétique proche de celle des grands classiques d'Alfred Hitchcock : le héros est au volant d’un splendide cabriolet et il roule à vive allure dans la lumière éblouissante du jour. Il se sent heureux et léger, alors que sur la route qui serpente parmi les rochers, il devra affronter la mort.

Appréciation : 4/5 
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Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin