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jeudi 16 juin 2022

La Colère des Parents (ghadab el waldeen, 1952)

غضب الوالدين
ﺇﺧﺮاﺝ: حسن الإمام






















Hassan Al Imam a réalisé La Colère des Parents en 1952

Distribution : Shadia (Nahemat), Mohsen Sarhan (Wahid), Amina Rizq (la mère de Wahid), Hussein Riad (Imam Mohamed, le père de Wahid), Samia Tawfik (Kawthar, la maîtresse de Wahid), Zouzou Hamdi El Hakim (la tante de Nahemat), Chukry Sarhan (Mahmoud), Ahmed Allam (le directeur d’Imam Mohamed), Fakher Fakher (le jeune homme riche), Mohamed El Dib (l’amant de la tante de Nahemat), Thuraya Fakhry (Oum Mahmoud), Abdel Moneim Ismail (le patron du café), Nadia El Shennawy (Nahemat, petite fille), Awatef Youssef (une danseuse)
Scénario : Hassan Al Imam et Hassan Abdel Wahab
Dialogues : Mohamed Mostafa Samy
Musique : Mahmoud Al Sharif, Fathy Qora, Ibrahim Haggag

 

Chukry Sarhan et Shadia




Hussein Riad



Mohsen Sarhan



Shadia



Amina Rizq et Mohsen Sarhan



Zouzou Hamdi El Hakim et Mohamed El Dib



Samia Tawfik et Fakher Fakher


 













Synopsis

Mélodrame. Imam Mohamed est concierge dans une entreprise. C’est un homme vertueux et travailleur qui a tout sacrifié à la réussite de Wahid, son fils unique. Malgré ses revenus modestes, Imam a pu financer les études de son fils dans une école de commerce. Mais Wahid ne manifeste aucune gratitude à l’égard de ses parents. Il a toujours souffert d’appartenir à une famille modeste face à ses condisciples plus aisés. A son père et à sa mère, il réclame sans cesse davantage afin de mener une existence conforme à ses désirs.
Une fois Wahid diplômé, son père a obtenu de son patron qu’il l’embauche. Si Iman est fier de ce fils sans doute voué à un bel avenir en revanche Wahid ne goûte guère devoir travailler auprès d’un père qui occupe un poste subalterne. Malgré cet emploi, le jeune homme a bien du mal à satisfaire les exigences de sa maîtresse. Cette dernière s’appelle Kawthar et c’est une danseuse qu’il a connue dans un cabaret. Pour elle, Il décide d’hypothéquer la maison de ses parents afin de louer un appartement luxueux. Il peut ainsi y accueillir sa bien-aimée. Mais la cupidité de sa compagne est sans limite. Il finit par détourner de l’argent dans son entreprise. Le patron ne tarde pas à s’en apercevoir. Imam est désespéré. Pour étouffer le scandale, il rembourse toutes les sommes détournées par son fils en puisant dans les économies qu’il destinait à payer son pèlerinage.
Malgré cela, Wahid reste passionnément amoureux de Kawthar qu’il épouse sans en avertir ses parents. Mais le bonheur conjugal des tourtereaux est de courte durée. Le directeur de la société a passé l’éponge sur le détournement de fonds mais il exige que Wahid soit muté à Louxor. Kawthar refuse de quitter Le Caire et elle laisse son mari partir seul. Les deux époux vivent séparément mais Wahid revient régulièrement au Caire pour retrouver sa femme. C’est ainsi qu’ils donnent naissance à une petite fille, Nahemat. Mais Kawthar est toujours aussi avide et son mari se laisse corrompre pour la satisfaire. De leur côté, les parents de Wahid ont dû quitter leur appartement qui a été vendu aux enchères afin d’honorer les dettes de leur fils. Ils ont trouvé refuge chez des proches. Pendant ce temps-là, Kawthar mène une vie agréable sans aucun souci d’argent. Régulièrement, elle fait la fête avec ses amis et, un soir, elle se laisse séduire par Ikram, un camarade de Wahid appartenant à une famille très riche. Un jour, Wahid, de retour de Louxor, surprend sa femme dans les bras de son amant. Fou de rage, il sort de sa poche un revolver et tire sur Kawthar. Pour ne pas subir le même sort, Ikram sort précipitamment de la maison mais en traversant la rue, il est renversé par un camion.
Pour le meurtre de sa femme, Wahid est condamné à quinze ans de travaux forcés. Sa petite fille, Nahemat, est confiée à Lawahiz, la sœur de Kawthar qui ne lui manifestera aucune tendresse. Les années passent, Nahemat a grandi. Le jour, elle travaille comme ouvrière dans une fabrique de bonbons et le soir, elle chante dans le cabaret de Mahrous, l’amant de sa tante. A l’usine, elle a fait la connaissance d’un jeune employé, Mahmoud. Ils sont tombés amoureux l‘un de l’autre et projettent de se marier. Mahmoud présente Nahemat à son oncle Imam et à sa tante Fatima qui sont immédiatement conquis par le charme de la jeune fille. Ils ne se doutent pas que celle-ci est en fait leur petite-fille, l’enfant de leur fils unique Wahid toujours en prison. En revanche, Lawahiz, la sœur de Kawthar n’est guère enthousiasmée par ce projet de mariage et quand elle rencontre pour la première fois Mahmoud, son oncle et sa tante, elle se conduit de manière désagréable. Mahrous, l’amant de Lawahiz qui vient de sortir de prison, est lui aussi opposé à ce mariage car il est bien décidé à épouser la jeune femme. Et pour s’assurer de son accord, il menace de s’en prendre à Mahmoud.
Wahid est enfin libéré et il se rend au domicile de ses parents. Il y retrouve sa mère qui est folle de bonheur de revoir son fils unique. Mais Wahid ne s’attarde pas. Il souhaite trouver du travail et en prison il a rencontré Mahrous dont il ne connaît pas les liens avec Naehmat et qui lui a promis un emploi dans son cabaret. Quand il arrive chez son ancien compagnon de détention, il ignore qu’il va tomber en plein drame. Lawahiz n’a pas supporté que son amant la quitte pour épouser Nahemat. Folle de rage, elle asperge d’essence l’appartement alors que sa jeune rivale a été enfermée dans sa chambre par Mahrous. Elle met le feu à un rideau et l’incendie se propage très vite dans l’appartement. Les fumées envahissent déjà la chambre où se trouve Nahemat. La jeune femme hurle son désespoir. Mahrous qui était descendu pour accueillir le maazun se retrouve dans l’escalier nez à nez avec Lawahiz qui lui révèle son crime. Les anciens amants se battent. Mahrous poignarde la femme et se précipite dans les flammes pour libérer Nahemat. C’est au tour de Whahid de faire son apparition . Les deux hommes se battent à leur tour. Wahid parvient à se débarrasser de Mahrous et à lui reprendre sa fille. Dans un ultime effort, Lawahiz s’empare du couteau et poignarde son amant. Tandis que les policiers font leur apparition. Nahemat et son père retrouvent Mahmoud, Fatima et Imam pour un happy end bien mérité.


Critique

La Colère des Parents est sorti au printemps 1952, quelques mois avant le renversement du roi Farouk par le mouvement des officiers libres conduit par Nasser. Il illustre assez bien ce qu’était le cinéma égyptien à cette époque, un cinéma commercial qui depuis les années quarante exploite les mêmes filons censés plaire au public populaire : la comédie, la comédie musicale mais surtout le mélodrame. Ne goûtant guère l’audace et encore moins l’originalité, les producteurs s’en tenaient toujours aux mêmes recettes d’où cette impression de « déjà vu » que le spectateur ne manquait pas de ressentir à chaque « nouveau » film. Et dans le mélodrame, cette impression était encore plus marquée car ce genre repose sur des procédés en nombre très limité.

Hassan Al Imam au tout début des années cinquante est devenu un spécialiste du mélodrame. Il a même réalisé l’adaptation de deux classiques français de cette littérature qui au XIXe siècle faisait « pleurer dans les chaumières » : Les Deux Orphelines d’Adolphe d'Ennery et Eugène Cormon (onzième adaptation de ce drame nous apprend Wikipedia !) et La Porteuse de Pain de Xavier de Montépin. Il adaptera aussi deux romans de Jules Mary, un feuilletonniste totalement oublié aujourd’hui mais qui fut en son temps l’un des plus illustres représentants de ce qu’on a appelé « le roman de la victime ». Hassan Al Imam tournera deux versions, en 1951 et en 1976, de Roger la Honte, le roman le plus célèbre de cet écrivain prolifique. Précisons qu’Hassan Al Imam parlait couramment le français et avait une très bonne connaissance de la littérature française.

Comme chez ces auteurs du XIXe siècle, la figure centrale des mélodrames d’Hassan Al Imam est l’orpheline, toujours maltraitée et humiliée par un entourage hostile, voire cruel. Dans La Colère des Parents, c’est Shadia qui a la lourde charge de l’incarner, ce qu’elle fait avec une conviction mesurée. Autour d’elle, on retrouve tous les personnages attendus dans ce type de récit : un fils ingrat détourné du droit chemin par une femme de mauvaise vie, des parents aveuglés par la dévotion qu’ils portent à leur fils unique, un jeune homme riche qui détruit une famille pour son plaisir personnel, une mère adoptive qui n’hésitera pas à tenter de tuer sa pupille pour se venger de l’homme qu’elle aime, un patron exigeant mais bienveillant avec son petit personnel etc. La première partie du film conte l’histoire tragique du père et la seconde évoque la rude existence de sa fille alors qu’il est en prison. Le dénouement réunira enfin ces deux personnages après une succession très rapide d’actions et de coïncidences à la limite de l’invraisemblable et du ridicule. Mais n’est-ce pas la loi du genre ?

Disons-le tout net : La Colère des Parents n’est pas le meilleur film d’Hassan Al Imam. Les conventions « despotiques » du mélodrame semblent cette fois-ci avoir annihilé tout désir d’originalité chez le réalisateur. C’est une œuvre impersonnel qui ne parvient jamais à susciter la moindre émotion chez le spectateur. En revanche, l’agacement finit par poindre chez ce dernier devant le spectacle récurrent de ce couple âgé (joué de manière caricaturale par Amina Rizk et Hussein Riad) qui ne cesse de geindre à cause d’un fils qui les entraîne au fond du précipice. Et à chaque nouvelle épreuve, on a droit à une nouvelle scène de jérémiades parentales que l’on pourrait résumer par « Mais qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? » Le titre La Colère des Parents est bien mal choisi, Les Lamentations des Parents aurait mieux convenu.

Hassan El Imam tournera en 1976 un remake de La Colère des Parents sous le titre plus impérieux Sois Bon avec Tes Parents. Etait-ce vraiment nécessaire ?

Appréciation : 2/5
**

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

dimanche 27 décembre 2020

Rendez-vous avec la Vie (Mawid Maa El Hayat, 1953)

موعد مع الحياة
إخراج : عز الدين ذو الفقار


Ezzel Dine Zulficar a réalisé Rendez-vous avec la Vie en 1953.
Distribution : Faten Hamama (Amal), Shadya (Fatima), Chukry Sarhan (Ahmed), Omar El-Hariri (docteur Hamdouh), Abdel-Wares Asr (Oncle Hamza, le régisseur du domaine), Zinat Sedki (Zahra), Said Abou Bakr (l’invité alcoolisé), Nour El Demerdash (le cousin), Hussein Riad (docteur Ali Sabri), Ibrahim Hechmat, Ahmed Darwish, Rafeaa El Shal
Scénario : Youssef Issa et Ezzel Dine Zulficar 
Inspiré du film américain Victoire sur la Nuit d’Edmund Goulding (1939) 
Musique : Fathy Qoura, Mahmoud El Sherif, Mounir Mourad 
Production : les films Faten Hamama, Ramses Naguib

Hussein Riad



Abdel Wares Asr et Shadia



Faten Hamama



Chukry Sarhan



Saïd Abou Bakr et Faten Hamama



Faten Hamama et Chukry Sarhan



Zinat Sedki



Nour El Demerdash


Shadia et Omar El Hariri


















Résumé

Ali Sabri est un médecin réputé qui grâce à son travail a amassé une grosse fortune. Il a élevé seul sa fille unique Amal. C’est un père aimant et généreux pour qui seul compte le bonheur de son enfant. Afin qu’Amal ne souffre pas de solitude, il a accueilli chez lui Fatima, la fille de son régisseur. Les deux jeunes fille ont grandi ensemble comme des sœurs et elles ne se sont jamais quittées. Elles sont devenues de séduisantes jeunes femmes qui ne rêvent que d’une seule chose : l’amour. Fatima est tombée amoureuse du docteur Mamdouh, l’assistant du docteur Sabri mais celui-ci ne lui prête aucune attention, totalement accaparé par son travail. En revanche, le destin semble plus favorable à Amal. Celui qu’elle aime depuis l’enfance est de retour. Ahmed est le fils de l’ancien régisseur du domaine de son père. Il était parti à l’étranger pour terminer ses études et il revient avec un diplôme d’ingénieur en poche. Les deux jeunes gens découvrent qu’ils éprouvent les mêmes sentiments l’un pour l’autre. Ils envisagent de se marier malgré l’opposition du cousin d’Amal qui juge cette union déshonorante pour la famille. La situation s’éclaircit enfin pour Fatima : le docteur Mamdouh a enfin daigné s’intéresser à elle et lui a même déclaré sa flamme. Comble de joie : les deux couples annoncent publiquement leurs fiançailles en même temps lors d’une réception réunissant parents et amis. Mais tout s’assombrit brusquement : Amal s’effondre, inconsciente. Elle est aussitôt hospitalisée. Les examens révèlent une grave anomalie cardiaque. Les cardiologues annoncent au docteur Sabri que sa fille chérie n’a plus que quelques mois à vivre. Le père, terrassé par cette nouvelle, décide de cacher la vérité à Amal. Il met dans la confidence son assistant le docteur Mamdouh qui se chargera de surveiller discrètement l’évolution de la maladie. Le jeune médecin prend très à cœur sa tâche et profite de tous les prétextes pour se rapprocher d’Amal. Il finit par totalement négliger Fatima qui pense ne plus être aimée. La jalousie de cette dernière à l’égard de sa « sœur » croît chaque jour. Les événements prennent un tour vraiment dramatique quand Amal découvre la gravité de son état. Elle comprend que cette mort annoncée sera aussi un drame pour Ahmed qui sans doute ne s’en remettra pas. Elle prend alors une décision radicale : rompre pour permettre à l’homme qu’elle aime de continuer à vivre sans trop souffrir. Alors que son père part à l’étranger pour tenter de trouver un traitement qui la sauverait, Amal organise une soirée dans la grande maison paternelle. Elle a invité tous les noceurs qu’elle connaît. Elle s’enivre et se comporte de manière odieuse sous le regard exaspéré d’Ahmed. Cette situation alimente les soupçons de Fatima d’autant plus qu’à la fin de la soirée Amal et Mamdouh se sont éloignés pour converser longuement. Les jours qui suivent sont particulièrement éprouvants pour tout le monde. Amal ne supporte plus de voir tous ces gens qui souffrent à cause d’elle. Elle a décidé d’en finir : elle court vers la falaise avec la ferme intention de se jeter dans le vide. Mais miracle : elle s’évanouit à quelques centimètres du précipice tandis qu’elle est rejointe par tous ses proches. Parmi eux, il y a son père qui revient de son voyage avec d’excellentes nouvelles : il a trouvé un chirurgien allemand qui peut l’opérer. Enfin guérie, Amal retrouve Ahmed tandis que Fatima et Mamdouh sont plus amoureux que jamais.


Critique

Quand Faten Hamama tourne Rendez-vous avec la Vie, elle a 22 ans. Le metteur en scène, c’est son mari, Ezzel Dine Zulficar qu’elle quittera l’année suivante pour Omar Sharif. Grâce à lui, elle va enfin accéder aux premiers rôles dans des comédies romantiques et des mélodrames. Avec un autre grand cinéaste, Henry Barakat, Ezzel Dine Zulficar adopte une recette permettant d’utiliser toutes les facettes du talent de Faten Hamama. Dans la plupart des films que l’un et l’autre lui feront tourner, on retrouve les procédés du flash-back et de la voix-off. C’est à chaque fois une jeune fille qui raconte les événements dramatiques auxquels elle a été mêlée. A l’écran, la présence magnétique de la jeune actrice d’une beauté sans égal, en off, la tessiture si particulière de sa voix à la fois grave et juvénile. D’un côté, les images nostalgiques d’une innocence à jamais perdue, de l’autre, le doux murmure d’une âme mortellement blessée qui se confie. Tous ces éléments composent un mélange unique qui ne manque pas de produire chez le spectateur une intense émotion. Et sans jamais se lasser, nos deux cinéastes reprendront maintes fois ces deux procédés. En 1959, Henry Barakat y aura encore recours pour son chef d’oeuvre L’appel du Courlis d’après un roman de Taha Hussein. 

Ce Rendez-vous avec la Vie ne fait pas exception à la règle : on est d’abord frappé par la beauté de l’actrice et le réalisateur multiplie les gros plans de son visage, comme hypnotisé par la pureté des traits, la sensualité de la bouche et surtout la courbe parfaite des deux grands yeux. On doit aussi louer la performance vocale que constitue la lecture du long monologue en voix off. Le charme opère, comme toujours et tous les autres acteurs du films sont réduits à la fonction de faire-valoir de la star. Même Shadia fait pâle figure à côté de sa jeune collègue, bien qu’ elle chante avec grand talent dans l’une des scènes les plus importantes du film. Une mention spéciale tout de même à Nour El Demerdash qui est parfait en jeune homme hautain et méprisant. 
Mais voilà, il y a le scénario : il exploite toutes les grosses ficelles du mélodrame jusqu’au dénouement tellement prévisible qu’on en est un peu gêné pour les « auteurs » . Dans ce film, les personnages pleurent beaucoup, vraiment beaucoup. Vouloir émouvoir le public en montrant un père au désespoir qui tente de cacher maladroitement ses larmes en présence de sa fille gravement malade n’est déjà pas d’une grande subtilité mais nous infliger ce jeu à chaque scène réunissant les deux personnages finit par produire l’effet inverse de celui escompté. Oui, on s’ennuie dans ce Rendez-vous avec la Vie qui n’en finit pas d’accumuler les clichés larmoyants et on préfère voir Faten Hamama dans des rôle moins stéréotypés et plus ambigus. Il est vrai aussi que la Dame de l’écran a conquis le cœur du public populaire en incarnant comme ici les jeunes filles pures et généreuses, qui aiment tout le monde et que tout le monde aime mais que le destin frappera de manière bien cruelle.

Appréciation : 2/5
**

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

lundi 16 décembre 2019

Rêves de jeunes filles (Ahlam Al-Banat, 1959)

أحلام البنات
ﺇﺧﺮاﺝ: يوسف معلوف




Youssef Maalouf a réalisé Rêves de jeunes filles en 1959.
Distribution : Berlanti Abdel Hamid (Doria), Shokry Sarhan (Ahmed), Abdel Salam Al Nabulsi (Mounir), Zizi Al Badraoui (Hoda), Mary Moneib (Nargiss), Mary Ezz El Din, Nadia Ezzat, Mahmoud Lotfi (Ragab), Abdel Halim Elqala'awy, Abdel Moneim Basiony, Hassan Tawfik, Nahed Samir, Maha Sabry (Nahed), Hussein Riad (Sami, le propriétaire du magasin), Roshdy Abaza (Kamal), Omar El-Hariri (Mamdouh), Hassan Fayek (Fayek), Imthethal Zaki 
Scénario : Abdel Aziz Salam 
Musique : Baligh Hamdy, Farid Ghosn, Izzat El Gahely, Youssef Saleh, Mounir Mourad 
Production : Nahas Films

Hassan Fayek et Omar El Hariri

Berlanti Abdel Hamid

Maha Sabry

Mary Moneib

Berlanti Abdel Hamid et Abdel Salam Al Nabulsi

Hussein Riad et Zizi Al Badraoui

Maha Sabry et Zizi Al Badraoui

Chukry Sarhan

Rushdy Abaza et Berlanti Abdel Hamid


Résumé

Doria, Hoda et Nahed sont trois filles qui travaillent comme vendeuses dans un grand magasin. Elles partagent un appartement dans un quartier populaire de la capitale. Chacune a un rêve : Hoda souhaiterait connaître le grand amour et rencontrer un jeune homme pauvre comme elle. Nahed veut devenir chanteuse. Doria, quant à elle, rêve d’épouser un homme fortuné. Mounir, le directeur du magasin, est amoureux d’elle mais Doria le repousse : il n’est pas assez riche. 

Ahmed est le fils de Sami, le propriétaire du magasin. Après des études à l’étranger, il souhaite faire un stage chez son père pour parfaire sa formation. Sami le confie à son directeur sans lui dire que c’est son fils. Mounir l’engage comme coursier. Ahmed prendra son poste le lendemain matin. Doria et ses deux amies sortent du magasin en même temps que le jeune homme. Prenant celui-ci pour un riche client, Doria feint de se fouler la cheville pour qu’il les reconduise toutes les trois chez elles dans sa puissante automobile. Mais quand le lendemain, elle s’aperçoit qu’il n’est qu’un simple employé du magasin, elle se détourne de lui et c’est la douce Hoda qui tombe amoureuse du jeune homme. 

Les trois filles quittent leur quartier populaire pour s’installer à Garden City, un quartier très chic du Caire. Elles ont trouvé des chambres à louer dans la maison de Nargiss, une ancienne chanteuse. La vieille dame est aussitôt conquise par ses nouvelles locataires. Elle veut aider Nahed à devenir chanteuse et elle l’envoie chez M. Fayek, un directeur de théâtre. Quand Nahed pénètre dans l’établissement, une répétition est en cours et autour de M. Fayek, il y a Mamdouh, le metteur en scène et Kamal, le producteur. Malheureusement, cette fois-là, Nahed chante horriblement faux. Elle est aussitôt expulsée. Mais la jeune chanteuse ne s’avoue pas vaincue : elle pénètre à nouveau dans le théâtre et enregistre une chanson sur le magnétophone du metteur en scène. Peu après, Fayek et ses deux collègues écoutent la bande enregistrée. Ils sont transportés par la beauté de la voix de Nahed. Kamal part à la recherche de la jeune fille. Il se rend dans la maison de Nargiss et fait la connaissance de Doria. 

Pour les trois filles, les événements se précipitent et semblent combler les désirs de chacune. Nahed est engagée par M. Fayek et une inclination mutuelle naît entre elle et Mamdouh, le metteur en scène. Ahmed et Hoda sont très épris l’un de l’autre et ils projettent de se marier. Enfin, Kamal a promis à Doria de lui offrir tout ce dont elle rêve. 

Mais pour Hoda et Doria, les choses vont être plus difficiles que prévu. Hoda apprend enfin qu’Ahmed est le fils du propriétaire du magasin. Elle veut rompre immédiatement : leur différence sociale empêche toute union fondée sur l’amour et la confiance. Il faut l’intervention du père d’Ahmed, pour que la jeune femme accepte d’épouser le riche héritier. Quant à Doria, la désillusion est brutale : Kamal n’a jamais eu l’intention de l’épouser mais veut juste profiter d’elle. Un soir, alors que le jeune homme a bu de manière excessive, il tente de la violer. Elle est sauvée par l’irruption dans l’appartement de Mounir, le directeur du magasin. Elle comprend enfin que chez un homme l’amour véritable est plus important que la fortune. Mounir et Doria retrouvent tous leurs amis au théâtre où se produit Nahed.

samedi 7 avril 2018

L’égocentrique (achiqat nafsiha, 1972)

عاشقة نفسها
إخراج : منير التوني



Mounir Al Toni a réalisé L’Egocentrique en 1972.
Distribution : Fifi Saïd (la tante de Dalal), Badr Nofal (Joseph, le mari de la tante de Dalal), Omar Nagy (Farid), Nagla Fathy (Dalal), Chukry Sarhan (docteur Mukhtar), Salah Mansour (Othman), Hamdi Youssef (docteur Mafouz), Mervat Kazem (la mère du docteur Mukhtar), Ahmed Abdel Halim (docteur Badr Amin), Mahmoud Al Iraq (le père de Dalal)
Scénario : Bakr Al Sharqawy
Production : Mounir Al Toni


Salah Mansour









Badr Nofal et Fifi Saïd








Nagla Fathy et Omar Nagy









Mahmoud Al Iraq et Nagla Fathy







Salah Mansour et Nagla Fathy









Salah Mansour et Chukry Sarhan














Résumé

A la mort de ses parents, Dalal est confiée à sa tante et à son oncle. Ce dernier travaille dans la société du très riche et très puissant Othman Bey. Les années passent. Dalal est devenue une ravissante étudiante, un peu trop fière d’elle-même. Elle est entourée de prétendants mais elle les repousse tous par peur du mariage. Elle se souvient de ses parents et du calvaire de sa mère. Au début, son père aimait passionnément sa mère et puis, d’autres enfants sont venus, la beauté de celle-ci a disparu, son père est devenu agressif et il a fini par contracter un second mariage. Dalal a vécu cela comme un véritable traumatisme et elle en est même arrivée à souhaiter mourir avant de voir sa beauté disparaître. Pourtant, trois hommes ont une grande importance dans sa vie. Il y a d’abord, Farid, le secrétaire d’Othman qui l’aime passionnément, il y a ensuite le docteur Amin Badr qu’elle aime en secret et enfin il y a son professeur de psychologie à la faculté, le docteur Mukhtar. Elle a toujours cherché à se rapprocher de cet enseignant bien qu’il n’ait jamais manifesté un quelconque intérêt pour sa beauté. Mukhtar est aussi le neveu d’Othman Bey, le patron de son oncle. Lors d’un repas familial qui réunit Mukhtar , sa mère et Othman, on discute du choix d’une épouse pour le chef d’entreprise qui à soixante ans est toujours célibataire. Le nom de Dalal surgit dans la conversation. Tout le monde est d’accord pour dire que la jeune femme ferait une excellente épouse.

Le lendemain, Othman demande la main de Dalal à son oncle Joseph tout en lui offrant une promotion. Malgré son amour pour le docteur Amin Badr, Dalal accepte le mariage. Sans doute est-elle rassurée par le grand âge d’Othman et sa fortune n’est pas non plus pour lui déplaire. Avec son fiancé, ils multiplient les activités : le soir, c’est restaurants et dancings et dans la journée, c’est équitation. Le sexagénaire fait tout ce qu’il peut pour plaire à sa future épouse et elle semble heureuse. Les difficultés apparaissent après le mariage : la jeune épouse refuse l’accès de sa chambre à son mari. Elle craint par-dessus tout de perdre sa virginité. La situation inquiète légitimement Othman et il fait appel à son neveu. Celui-ci accepte d’intervenir. Mais sur les conseils de l’oncle et de la tante de Dalal, Othman a fait aussi appel à des escrocs et des charlatans. Il se soumet à des séances de sorcellerie et ingurgite des pilules qui sont censées lui donner une virilité exceptionnelle. Il fait aussi avaler à sa jeune femme des comprimés qui doivent augmenter sa libido.

Un soir, alors qu’il la fait boire plus que de raison, et qu’il la ramène inconsciente à leur domicile, il parvient à lui faire l’amour. Mais quand Dalal se réveille, c’est le drame : elle a le sentiment d’avoir été violée. Elle devient hystérique et Othman appelle Mokhtar pour la calmer. Peu après, le vieux mari a un malaise. Son médecin lui prescrit un repos absolu. Pendant deux semaines, il restera au fond de son lit. Son secrétaire Farid vient souvent chez eux pour lui faire signer des documents importants. Un jour, alors que l’employé prend le café avec Dalal, il perd tout contrôle de lui-même et tente de l’embrasser. Les cris de sa femme attirent Othman qui chasse son secrétaire. A partir de cet incident, l’homme malade va devenir excessivement jaloux. Même son neveu Mukhtar fait l’objet de ses soupçons. D’ailleurs, on lui apprend un peu plus tard que Dalal est enceinte. Il est persuadé que le père du futur enfant est l’un de ses nombreux amants.

Pour Dalal cette grossesse est une catastrophe : c’est la malédiction de ses parents qui retombe sur elle. Mais un autre drame survient : Othman meurt subitement. La jeune femme est terrassée par la douleur. Pour l’aider à surmonter cette épreuve, Mukhtar passe beaucoup de temps avec elle. Progressivement, ils tombent amoureux l’un de l’autre. Les angoisses de la future mère n’ont pas disparu pour autant. Elle a pris rendez-vous avec le docteur Amin Badr. Mukhtar l’accompagne. En l’auscultant, le médecin découvre que l’état de Dalal est d’une gravité extrême. Le fœtus est mort et elle aussi mourra si elle n’est pas immédiatement opérée. C’est Amin Badr lui-même qui effectue l’opération. Avec succès : Dalal a la vie sauve.

jeudi 15 juin 2017

Aziza (1954)

عزيزة
إخراج : حسين فوزي
 

Hussein Fawzi a réalisé Aziza en 1954.
Distribution : Zinat Sedki (la propriétaire du bar), Zeinab Sedky (la directrice de l’école), Naïma Akef (Aziza/Zeinab), Saïd Abu Bakr (le serveur), Thuraya Fakhry (la mère d’Hassan), Farid Shawki (Khalil Al Bono), Mohamed Sobeih (un ami de Khalil), Chukry Sarhan (le fils de la directrice de l’école), Imad Hamdi (Hassan Al Masry)
Scénario : Hussein Fawzi
Dialogues : Abou Al Seoud Al Ibiary
Musique : Ahmed Sedky, Ali Farag, Mohamed Abdel Wahab, Mahmoud El Sherif, Ahmed Sabra
Production : les films Hussein Fawzi

Zinat Sedki


Naïma Akef

Naïma Akef, Zinat Sedki, Saïd Abu Bakr

Zinat Sedki

Naïma Akef, Saïd Abu Bakr, Zinat Sedki

Naïma Akef

Chukry Sarhan et Naïma Akef

Naïma Akef

Cheikh Mohamed Fayoumi

Thuraya Fakhry

Wafaa Sharif

Petro Tanouss, Farid Shawki, Wafaa Sharif


Farid Shawki, Imad Hamdi

Naïma Akef

Imad Hamdi, Naïma Akef

Naïma Akef


Résumé

Aziza est une danseuse qui se produit dans un bar. Son activité lui permet de financer les études de sa petite sœur Zeinab dans un pensionnat pour jeune filles. Elles sont orphelines et Aziza doit assumer seule toutes les charges de l’existence de l’une et de l’autre. Elle le pourrait sans grande difficulté si elle n’était pas sans cesse harcelée par un gangster qui lui vole régulièrement son argent. Heureusement, elle peut compter sur la protection d'Hassan Al Masry, un officier de police qui est amoureux d’elle. Aziza rend fréquemment visite à sa sœur dans son école. Elle est toujours reçue par la directrice qui ne cache pas son affection pour Zeinab. Aziza n’a jamais révélé qu’elle était danseuse dans un cabaret mais se fait passer pour une infirmière. 
La fin de l’année est proche et les élèves de l’école doivent donner un spectacle dans lequel Zeinab joue et chante. Malheureusement, la veille, le gangster a une nouvelle fois agressé Aziza et la police est intervenue. En l’absence d'Hassan Al Masry, c’est un autre officier qui dirigeait l’opération. Celui-ci a décidé de placer en prison Aziza pour procéder à différentes vérifications. Elle n’assistera donc pas à la petite fête de l’école. Le lendemain elle se rend au pensionnat pour s’excuser et la directrice lui apprend qu’elle souhaite que son fils unique épouse sa petite sœur. Aziza est folle de joie. 
Le gangster qui a appris l’existence de Zeinab menace de tout lui révéler si l’artiste vedette du cabaret continue à refuser de lui céder une partie de ses revenus. Aziza décide d’abandonner la danse et d’épouser Hassan Al Masry. Fou de rage à l’idée que la jeune femme lui échappera définitivement, le malfrat veut se venger. Le jour des noces de Zeinab et du fils de la directrice, Il s’introduit dans la maison du policier où Aziza se trouve seule. Il se précipite sur elle mais sa victime s’empare d’un couteau et le poignarde. Avant de mourir, il tire sur elle avec son pistolet. Hassan apparaît enfin. Aziza est transportée à l’hôpital mais c’est trop tard : elle meurt. Le policier a la douloureuse tâche de prévenir Zeinab qui a déjà revêtue sa robe de mariée et qui attend ses derniers invités, entourée de la famille de son futur époux.

Critique

L’essentiel de la carrière cinématographique de Naïma Akef se fera sous l’égide du réalisateur Hussein Fawzi qui l’a découverte à la fin des années quarante. De 1949 à 1958, date de leur divorce (ils s’étaient mariés en 1952), ils tourneront quatorze films, des comédies musicales construites autour des multiples talents de madame qui joue, chante et danse de la première scène à la dernière. Et dans certains cas, comme ici, on va jusqu’à lui donner deux rôles ce qui lui assure une présence quasi permanente à l’écran ! On se doute que cela a dû faire grincer bien des dents de partenaires forcément moins bien lotis, souvent cantonnés aux rôles de faire valoir de la star !
Ceci dit, Aziza est l’une des comédies musicales les plus réussies du couple. Hussein Fawzi et Naïma Akef ont déjà tourné onze films ensemble et celui-ci peut être considéré comme une œuvre de la maturité. Le réalisateur et son actrice y sont au faite de leurs carrières respectives et leur savoir-faire est indéniable.
Aziza est avant tout un mélodrame avec deux orphelines, un policier amoureux et un malfrat sans pitié. Des stéréotypes, certes, mais qui fonctionnent grâce à une réalisation de très bonne facture : la photographie, le jeu des acteurs, la musique (notamment les quelques notes d’accordéon qui accompagnent le passage d’une scène à l’autre), tout concourt à créer une atmosphère d’une grande intensité dramatique.
La reconstitution du cabaret est sans doute le point fort du film avec sa patronne trônant à sa caisse, et cette galerie de prostituées et de mauvais garçons. A nous, Français, cela rappelle l’univers de la chanson populaire des années vingt et trente. On s’attend presque à voir surgir dans la salle enfumée de l’établissement la chanteuse Damia ou bien Kiki de Montparnasse.
Ce film comporte de nombreuses scènes d’anthologie : la plus connue est celle dans laquelle Naïmat descend lentement l’escalier de bois du cabaret pour danser sur un air de Mohamed Abdel Wahab. Mais il ya aussi ces scènes qui se déroulent dans les ruelles en escaliers du vieux quartier et où l’on voit s’affronter tous les protagonistes du drame. C’est là que Farid Shawki, en vrai méchant de mélodrame, se déchaîne contre sa pauvre victime ! C’est là qu’Imad Hamdi, impeccable dans son costume d’officier de police, défend celle pour qui il se consume d’amour !
En revanche, toutes les séquences où l’on retrouve la petite sœur d’Aziza, jouée aussi par Naïma Akef, constituent la partie la plus faible du film. On assiste notamment au spectacle de fin d’année donné par les élèves du pensionnat aux parents et amis rassemblés, et cela a très mal vieilli. On est plus proche de la petite fête de patronage que de la comédie musicale hollywoodienne. Certains spectateurs pourront être sensibles à l’hommage rendu à la littérature française à travers l’évocation des Trois Mousquetaires et de Notre Dame de Paris mais cela accentue aussi le caractère terriblement scolaire de la prestation de Naïma Akef et de ses partenaires. A noter qu’on retrouvera la représentation du pensionnat quasiment à l’identique dans le film tourné l’année suivante par la star, L'Ecole des Filles de Kamel El Telmisany (1955). Et le résultat est encore moins convaincant.

Appréciation : 4/5
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Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin