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vendredi 31 janvier 2025

Le Jeu de l’Amour et du Mariage ( laabet el hub wa el zawaj, 1964)

لعبة الحب والجواز
إخراج : نيازى مصطفى


Niazi Mostafa a réalisé Le Jeu de l'Amour et du Mariage en 1964.
Distribution : Soad Hosny (Amira), Farid Shawki (Abbas), Mohamed Reda (Hassouna, le père d’Amira), Samir Sabri (Medhat), Soheir El Bably (Kawthar), Layla Fahmy (Fatima, la femme de chambre), Samia Roshdi (la mère d’Abbas), Hassan Mostafa (Mahmoud Abou Al Rous), Mohamed Shawky (le policier), Abdel Hamid Badawy (le père de Mohamed Abou Al Rous) Hussein Ismaïl (le mazoun), Hassan Hamed (un ami d’Amira)
Scénario : Bahgat Amar et Abdel Hay Adib
Production : Mounir Helmy Rafla

Soad Hosny





Samir Sabri




Farid Shawki, Soad Hosny, Soheir El Bably






Mohamed Reda





Soheir El Bably et Soad Hosny





Hassan Mostafa





Soheir El Bably et Farid Shawki

















Résumé

Amira est la fille unique d’Hassouna, un homme fortuné qui peut satisfaire tous ses caprices. Elle a épousé par amour Medhat, un bellâtre superficiel et cupide. Celui-ci n’en voulait qu’à son argent et n’éprouvait aucun sentiment pour elle. Il a rapidement rompu et s’affiche sans vergogne avec sa nouvelle conquête. Amira ne supporte pas cette séparation et elle veut se suicider en se jetant dans le Nil. Mais le chauffeur de taxi qui l’a conduite jusqu’au fleuve l’empêche de réaliser son funeste projet et la ramène chez elle. Le lendemain matin, Abbas, le chauffeur, se présente chez sa cliente désespérée pour lui rendre son portefeuille qu’elle a oublié dans son véhicule. La jeune femme, reprenant une idée que lui a soufflée sa femme de chambre, décide d’embaucher son sauveur comme « homme de compagnie » afin d’éveiller la jalousie de Medhat. Pour que son père ne soit pas un obstacle à son stratagème, Amira présente Abbas comme le mari de sa meilleure amie Kawthar. 

Le soir même, la jeune femme accompagnée de son « employé » se rend dans le restaurant où Medhat a ses habitudes. Evidemment, il est installé à une table avec sa nouvelle amie. Amira et Abbas s’assoient à une table voisine. Pendant tout le repas, Amira surjoue la jeune femme qui a retrouvé le bonheur. Son petit numéro n’impressionne pas beaucoup son ex-mari. En revanche, Abbas est troublé et commence à éprouver de tendres sentiments pour sa patronne. Mais en fait, Medhat souhaiterait renouer avec son ex-femme car il a un besoin pressant d’argent. Lors d’une soirée, il parvient à avoir une conversation en tête à tête avec elle et il comprend qu’il n’aura pas grande difficulté à la reconquérir. 

Entretemps, Hassouna, le père d’Amira, ne reste pas inactif. Il veut que sa fille oublie ce méprisable Medhat et il lui a trouvé un futur mari : un garçon au physique ingrat mais sérieux et de bonne famille. Medhat poursuit son entreprise de reconquête. Lui et Amira doivent se retrouver sur la côte avec tous leurs amis et surtout sans l’encombrant Abbas. Après de multiples péripéties, ce dernier, missionné par Hassouna lui-même, parvient à retrouver sa « protégée ». Il fait fuir toute la bande et, à son grand désespoir, Amira va devoir passer la nuit seule avec Abbas sur la plage déserte. 

A leur retour au Caire, Medhat ne s’avoue pas vaincu : il retrouve sa proie chez elle, dans sa chambre, mais cette fois-ci la jeune femme a compris le manège de son ex. Elle lui demande de quitter la maison quand soudain son père fait irruption dans la pièce. Il est furieux. Il fait fuir le Dom Juan et exige que sa fille épouse le garçon qu’il lui a trouvé. Lors de la signature du contrat, Amira s’enfuit de la maison paternelle pour en finir. Elle appelle un taxi et, miracle, au volant, c’est Abbas. Comme il se doit, tout se termine par un baiser.


Critique

Certains critiques ont signalé la similitude de ce film avec « Embrasse-moi dans le noir » de Mohamed Abdel Gawad qui date de 1959 et aussi avec le drame américain « L’Evadée » réalisé par Arthur Ripley en 1946. Il se peut que les scénaristes du « Jeu de l’Amour et du Mariage » se soient inspirés de ces deux précédents films (même situation de départ) mais le titre choisi nous incite à regarder dans une autre direction, du côté de Marivaux, l’auteur du « Jeu de l’Amour et du Hasard » (1730). Toute l’œuvre de ce dramaturge français tourne autour de l’amour, de ses masques et de ses faux-semblants. Et justement, dans « le Jeu de l’Amour et du Mariage », nous suivons les tribulations d’un couple mal assorti qui joue à être amoureux et qui finit par le devenir réellement. Empressons-nous de préciser tout de même que ce film de Niazi Mustafa n’a rien d’un chef d’œuvre du septième art, c’est juste un bon divertissement sans prétention.

L’intrigue bien que prévisible vaut pour tous les quiproquos qu’elle permet. L’héroïne est dans une situation délicate : elle doit afficher son amour pour son employé afin de provoquer la jalousie de son ex-mari mais elle doit aussi manœuvrer pour que son père ne soit pas informé de son petit jeu. Les péripéties s’enchainent sans temps mort et on a plaisir à suivre l’héroïne qui multiplie les subterfuges pour parvenir à ses fins. On appréciera les excellentes prestations de Soad Hosny et de Soheir El Bably qui forment un duo plein d’entrain et d’espièglerie, sans oublier celles de leurs partenaires masculins, Farid Shawki, Samir Sabri et Hassan Mostafa. Tous les trois sont très drôles, chacun dans son registre, le premier en brute au grand cœur, le deuxième en dom juan sans scrupule et le troisième en prétendant maladroit. Bien sûr tout n’est pas parfait et notamment la séquence dans laquelle l’héroïne passe la nuit sous une tente en compagnie de son chauffeur nous a semblé bien longuette. Néanmoins, cette petite comédie bien sympathique ne mérite pas les critiques très sévères qu’on lit souvent à son sujet.

Appréciation : 3/5
***

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

jeudi 30 septembre 2021

Interdit pendant la Nuit de Noces (Mamnou' Fi Layla Al Dokhla, 1975)

ممنوع في ليلة الدخلة
إخراج: حسن الصيفي





















Hassan El Seifi a réalisé Interdit pendant la Nuit de Noces en 1975.
Distribution : Soheir Ramzy (Mona), Adel Imam (Tahsin, le professeur d’arabe), Mohamed Reda (Achour, le père de Mona), Nabila El Sayed (Madame Zarifa, la mère de Mona), Samir Ghanem (Khamis, le professeur d’arabe), Adly Kasseb (le directeur de l’école), Nagwa Fouad (Zuba), Wahid Seif (le psychiatre), Fadia Okasha (la prostituée), George Sedhom (Lola, une prostituée), Tawfik El Deken (le sorcier), Naima Al Saghir (la mère de Tahsin), Nelly (Danseuse), Nagwa Sultan (Danseuse), Fifi Abdo (Danseuse)
Scénario : Farouk Sabry
Musique : Helmi Bakr, Mounir Mourad, Fathy Koura

Mohamed Reda et Nabila El Sayed


Soheir Ramzy et Adel Imam


Samir Ghanem


Soheir Ramzy et Adel Imam


Samir Ghanem et Wahid Seif


Adel Imam et Fadia Okasha


George Sedhom


Soheir Ramzy et Nagwa Fouad














Résumé

Madame Zarifa est une femme autoritaire, au fort caractère. Elle se conduit en véritable tyran domestique à l’égard de son mari Ashour et de sa fille Mona. Cette dernière est tombée amoureuse de leur voisin, Tashin, un jeune professeur d’histoire. Ashour qui voit d’un très bon œil cette union, invite l’enseignant à venir chez lui pour faire sa demande officielle. Malheureusement, Madame Zarifa est catégoriquement opposée à ce mariage. Elle considère que sa fille mérite mieux qu’un petit professeur comme mari. Non seulement, elle met à la porte sans ménagement le prétendant mais elle interdit à sa fille de le revoir. Tashin fait alors appel à son collègue Khamis pour contourner l’interdit maternel. Déguisés en agents des télécommunications, ils vont pénétrer dans l’appartement de Madame Zarifa et Tashin va pouvoir passer quelques instants en compagnie de Mona. Ils vont être très vite démasqués par la maman irascible et celle-ci ne va pas hésiter le lendemain matin à se rendre à leur école pour porter plainte auprès de leur directeur. Ce dernier engage ses deux professeurs à tenter de calmer l’ire de la dame. Alors qu’ils la raccompagnent pour la convaincre de retirer sa plainte, Madame Zarifa disparaît dans une bouche d’égout dont le couvercle avait été retiré. Elle meurt noyée. Cette disparition soudaine fait beaucoup d’heureux. Bien sûr, Tashin et Mona qui vont enfin pouvoir se marier mais aussi Ashour qui désormais est libre de s’unir à Zuba, la femme qu’il a toujours aimé et qui elle aussi est désormais veuve. Il y aura donc deux noces à la suite. Les premiers à convoler sont les plus jeunes. La cérémonie se déroule sans accroc mais la nuit venue, quand les deux époux se retrouvent pour la première fois dans la même chambre, le fantôme de la mère se dresse devant Tashin et lui fait perdre tous ses moyens. L’infortuné mari croit que c’est l’effet du vin mais le lendemain, le phénomène paranormal se reproduit de la même manière. Il en parle à tous ses proches mais personne ne croit à la réalité de ces apparitions surnaturelles. Son ami Khamis le conduit chez un psychiatre. Celui-ci se demande si Tashin ne souffre pas d’impuissance. Pour en avoir le cœur net, il organise une rencontre de son patient avec une prostituée particulièrement affriolante. Pendant la « séance », le médecin s’est installé dans une autre pièce avec Khamis et le beau-père. Les trois compères peuvent suivre les performances de Tashin grâce à un compteur relié à un capteur placé dans le lit. Les résultats balaient toutes leurs inquiétudes : le marié est un homme, un vrai. Le médecin prescrit alors au jeune couple un séjour au calme, loin de la capitale. Mona et Tashin s’installent dans un grand hôtel d’Alexandrie mais cela n’arrange en rien la situation. Au contraire : Madame Zarifa se manifeste aussi auprès de sa fille et elle a bien l’intention de ne pas les quitter d’une semelle. La vie des deux jeunes gens devient un enfer, ils décident de rentrer. Madame Zarifa, aussi retourne au Caire. Entretemps, Ashour et Zuba avaient décidé de se marier sans plus attendre. Le fantôme arrive juste à temps pour gâcher leur nuit de noces. En désespoir de cause, les deux couples décident de s’adresser à un sorcier. Celui-ci explique qu’il faut opposer au fantôme de Zarifa un fantôme au caractère encore plus fort. Ce sera celui de la mère de Tashin. On assiste alors à un combat sans merci entre les deux défuntes. Tout se termine par l’arrivée de la police de l’au-delà qui arrête Madame Zarifa. Les deux couples peuvent enfin s’unir charnellement.



Critique

Interdit pendant la Nuit de Noces est une comédie typique des années 70. Le rôle principal a été confié à Adel Imam qui à trente-cinq ans à peine est devenu le Roi de la Comédie Arabe. Dans tous ses films, cet acteur exceptionnellement doué incarne l’Egyptien moyen, peu courageux mais débrouillard, qui ne peut compter que sur lui-même pour se sortir de toutes les difficultés de l’existence. Dans Interdit pendant la Nuit de Noces, Adel Imam est entouré d’actrices et d’acteurs avec qui il a l’habitude de tourner : Soheir Ramzy, Nagwa Fouad, Samir Ghanem ou encore George Sedhom. Ensemble et avec quelques autres, ils formèrent dans ces années soixante-dix ce qu’on pourrait appeler une « joyeuse bande » que le public avait plaisir à retrouver de film en film.

A cette époque, la mode est à la comédie de mœurs et l’intrigue est à chaque fois à peu près la même : de jeunes citadins, plutôt d’origine modeste, rêvent d’amour et de liberté mais pour accéder au bonheur il leur faudra combattre la morale traditionnelle incarnée par les parents. Ce schéma est bien sûr déjà présent dans le cinéma égyptien des années cinquante et soixante mais la grande différence, c’est que désormais quand on parle d’amour, on pense sexe. Ce que souhaitent obtenir tous ces personnages d’une vingtaine d’années ou plus, les femmes comme les hommes, c’est le droit d’avoir des relations sexuelles avec qui bon leur semble. En effet, le sexe est la grande affaire de la comédie des années soixante-dix et elle l’aborde comme dans ce film de manière explicite. A chaque fois on est étonné par la liberté de ton et par l’audace dans la représentation de certaines situations intimes. L’air de rien, ces productions accompagnent et même promeuvent une véritable révolution dans les mœurs, une révolution portée par le climat politique de l’époque qui est à la libéralisation dans tous les domaines (Cela ne durera pas : les islamistes sont en embuscade et ils remporteront une première victoire avec l’assassinat d’Anouar el Sadate.). Rappelons tout de même que ces auteurs de comédies ne font que poursuivre la tâche accomplie par le grand cinéaste des années cinquante et soixante, Fateen Abdel Wahab qui dans ses films n’hésitait pas à railler les défenseurs de la vertu et de la tradition.

Le réalisateur d’ Interdit pendant la Nuit de Noces est Hassan El Seifi. C’est un cinéaste qui a déjà une longue carrière derrière lui : il débute comme assistant réalisateur en 1947, alors qu’il a à peine vingt ans et à partir des années cinquante, il réalise ses propres films dont un grand nombre sont devenus des classiques du cinéma égyptien. En voyant cette comédie de 1975, on ne peut qu’admirer la capacité d’Hassan El Seifi à s’adapter au changement même si nous y retrouvons des thématiques ou des procédés qui firent le succès des films comiques des années cinquante. Dans Interdit pendant la Nuit de Noces, le cinéaste reprend notamment la caricature de la belle-mère acariâtre et autoritaire qui s’immisce dans la vie du jeune couple pour la rendre insupportable. On pense bien sûr à Ma belle-mère est une bombe atomique (hamati kombola zorria, 1951) et aux Jolies Belles-Mères ( Al Hamawat Al Fatenat, 1953), deux comédies d’Helmy Rafla mais aussi ,dans une version plus dramatique, à La Photo de Mariage de Hassan Amar (Soreat al zefaf, 1952).

Mais ce qui fait la modernité de ce film, c’est la dimension psychanalytique que les auteurs ont tenu à donner à leur histoire. La belle-mère est dépeinte comme une figure castratrice qui réduit à l’impuissance les hommes de son entourage et à la frustration leurs compagnes. Et une fois morte, son fantôme continue à combattre impitoyablement toute manifestation du désir sexuel au sein de sa famille, s’invitant dans les chambres des couples pour interdire tout rapprochement. Cette idée de fantôme tyrannique illustre de manière plaisante comment une instance répressive continue à agir même après la disparition du membre de la famille qui l’incarnait. En l’occurrence la mort physique de la belle-mère n’apporte pas la libération escomptée car il faut aussi la tuer dans les têtes et là c’est plus difficile.

Interdit pendant la Nuit de Noces est un très bon divertissement pour adultes (avertis ?), bien dans l’esprit des productions de Mohamed Abdel Aziz, le cinéaste qu’on présentait comme le Fateen Abdel Wahab des années soixante-dix. On pourra néanmoins regretter quelques scènes d’un goût douteux. Celle dans laquelle apparaît George Sedhom travesti en fille de joie et accumulant les chutes grotesques ne restera pas dans les annales de la comédie égyptienne.


Appréciation : 3/5
***


Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

samedi 25 novembre 2017

Une épouse pour cinq hommes (Zawga le-Khamsat Regal, 1970)

زوجة لخمس رجال
إخراج : سيف الدين شوكت




Seif El Din Shawkat a réalisé Une épouse pour cinq hommes en 1970.
Distribution : Magda Al Sabahi (Afaf), Imad Hamdi (Alsamnoudy Bey), Youssef Fakhr El Din (Ihsan Reffaat), Mohamed Reda (Tawfiq Mercedes), Samiha Mohamed (la première épouse de Tawfiq), Aziza Helmy (la mère d’Afaf), Abou Bakhr Ezzat (l’inspecteur Salah), Rushdy Abaza (l’inspecteur Saïf), Abdel Ghani El Nagdi (le paysan), Salah Mansour (le maire du village), Ahmed Morsi (le beau-père d’Afaf), Mohamed Abaza (le fou), Mumtaz Abaza (le médecin), Nour Al Sharif (le procureur)
Scénario : Abou Al Seoud Al Ebiary, Wagih Naguib, Seif Eddine Shawkat, Ehab Al-Azhari
Musique : André Ryder
Production : Magda Al Sabahi

Abou Bakhr Ezzat et Rushdy Abaza











Salah Mansour










Magda


















Ahmed Morsi









Youssef Fakhr El Din




















Résumé

Afaf vient d’épouser Alsamnoudy Bey et elle semble heureuse. Pourtant, alors qu’ils ont regagné la chambre de l’hôtel où ils passeront leur nuit de noce, la jeune femme s’enfuit . Elle est recueillie par un automobiliste qui l'invite chez lui. Le « sauveur » d’Afaf s’appelle Ihsan Reffaat . C’est un enseignant qui souhaiterait émigrer au Koweït. Pour cela, il faut d’abord qu’il trouve une fiancée et se marie, le Koweït refusant l’installation sur son sol des travailleurs étrangers célibataires. Afaf accepte de l’épouser. Après la cérémonie, ils se retrouvent seuls dans l’appartement d’Ihsan. Mais quand ce dernier tente d’embrasser sa jeune épouse, celle-ci s’échappe par la fenêtre. Elle tombe sur le toit d’un taxi. Le chauffeur, Tawfiq Mercedes, accepte de l’aider à fuir en échange de tous ses bijoux en or. Il la conduit dans son appartement mais son épouse refuse d’accueillir la jeune femme. Tawfiq passe outre et va même jusqu’à épouser sa protégée. Comme pour ses mariages précédents, Araf disparaît quand l’homme se présente dans sa chambre pour faire valoir ses droits.
Au commissariat, les inspecteurs Salah et Saïf reçoivent la mère d’Afaf très inquiète de la disparition de sa fille. Peu après, les trois époux abandonnés viennent apporter leur témoignage. Saïf et son collègue décident d’enquêter sur cette mystérieuse fugitive. Ils commencent par fouiller sa chambre dans l’appartement de sa mère. Ils comprennent vite qu’Afaf est une professionnelle de l’imposture. Ils retrouvent sa trace dans un hôtel. Pour l’approcher, Salah se fait passer pour un avocat. Ils dînent ensemble et dansent un peu. Leur tête-à-tête s’interrompt brutalement avec l’intervention d’un homme ivre mort. Une bagarre éclate. Des agents de police font irruption dans la salle. Effrayée, Afaf parvient à s’enfuir et se cache dans un champ. Elle finit par s’assoupir, morte de fatigue. Quand elle se réveille, elle s’aperçoit qu’on lui a changé sa robe et qu’elle est sous la surveillance d’un paysan armé. Ce dernier la conduit chez le maire du village, Khalil Abou Khalil qui la trouve à son goût. Il souhaiterait qu’elle rejoigne son petit harem. Il charge ses autres femmes de préparer Afaf pour la cérémonie des fiançailles. Evidemment, la captive tente de s’enfuir aussitôt. Elle est récupérée par Saïf et Salah qui avec leurs hommes l’avaient cherchée toute la nuit et patrouillaient dans les rues du village. Ils l'amènent chez le juge qui ordonne une expertise psychiatrique. Le médecin comprend que la jeune femme souffre d’un traumatisme infantile causé par les hommes de son entourage. Il la fait interner. Saïf ne l’abandonne pas et va la voir à l’hôpital. Ils tombent amoureux l’un de l’autre. Mais Afaf découvre qu’il n’est pas avocat mais policier. Elle se sent trahie. Elle ne veut plus le voir. Pourtant, Saïf s’obstine à l’aider dans son long chemin vers la guérison. Des souvenirs douloureux de son passé lui reviennent : on apprend qu’elle a vécu une enfance très malheureuse à cause de la cruauté et de la violence de son beau-père. Saïf quitte la police pour devenir avocat. Il veut se charger de la défense d’Afaf lors du procès qui s’annonce. Elle est accusée de détournements de fonds, de fraude et de polygamie. Lors de sa plaidoirie, Saïf montre qu’elle était psychologiquement malade mais qu'elle n'a jamais renoncé à sa vertu : elle est toujours vierge ! Le tribunal acquitte la jeune femme. Afaf et Saïf se marient.

mardi 28 juillet 2015

Les Secrets des Filles (Asrar Al Banat, 1969)

أسرار البنات
إخراج : محمود ذو الفقار


Mahmoud Zulficar a réalisé Les secrets des Filles en 1969. 
Distribution : Nelly (Mona), Hassan Youssef (Ahmed), Fatima Mazhar (Elham), Nagla Fathy (Sonia), Youssef Fakhr El Din (Samir),Tawfik El Deken (le père d’Elham), Mohamed Reda (le père de Sonia), Poussy (Nani), Mimi Chakib (la mère de Nani), Fifi Youssef (la directrice), Nazim Sharawy (le père d’Ahmed), Zizi Mustafa (Sounia, danseuse et belle-mère de Sonia), Samir Wali Eddine (le père de Mona)
Scénario : Abdel Fattah El Sayed, Farouk Sayed, Adly Al Mouled

Youssef Fakhr El Din

Nelly

Hassan Youssef

Fatima Mazhar

Mohamed Reda, Nagla Fathy, Nelly


Résumé

L’intrigue du film tourne autour de plusieurs lycéennes scolarisées dans la même institution. Elles connaissent toutes des situations familiales difficiles.
Les parents de Mona sont séparés. Pour ne pas irriter leurs nouveaux compagnons respectifs, le père et la mère rejettent leur fille. Cette dernière n’en peut plus de se sentir de trop. Elle décide de fuguer. Heureusement, elle est aimée par Ahmed qui l’accueille chez lui. Le soir il l’invite dans un cabaret. Elle s’aperçoit avec horreur que sur la scène de celui-ci, c’est sa belle-mère qui danse tandis que son père s’alcoolise à une table. 
Sonia a un père tyrannique qui refuse qu’elle sorte avec des amies. Elle est courtisée par Samir, le meilleur ami d’Ahmed. Elle échange avec lui une correspondance passionnée.
Elham est celle qui connaît la situation la plus dramatique : son père est un alcoolique sans emploi et sa mère est gravement malade. Pour acheter les médicaments et nourrir ses petits frères, elle vole le bijou de l’une de ses camarades.
Toutes ces petites malheureuses ont de la chance : une enseignante de l’institution est à leur écoute. Elle organise une conférence à laquelle elle invite tous ses élèves et leurs parents. Elle incite ces derniers à faire preuve d’une plus grande bienveillance à l’égard de leurs adolescentes sensibles et fragiles. 
La péripétie principale du film repose sur une accumulation d’invraisemblances. Les filles partent en bus pour une excursion. Ahmed, l’amoureux de Mona a une idée lumineuse. Non loin de la route que doit emprunter le bus, il a ouvert un hôtel avec ses amis (Il fallait y penser !). Il faut donc attirer les lycéennes dans leur établissement. Rien de plus simple ! On détourne les panneaux de signalisation, on immobilise le bus, on distrait le chauffeur pour mettre en panne le véhicule et on indique à toute la petite colonie la direction de l’hôtel . S‘ensuit une nuit mouvementée (et bourrée de gags !) pendant laquelle on tente d’échapper à la vigilance de la directrice et du surveillant général pour se retrouver entre jeunes.
Happy end : les parents de Mona ont pris conscience de la souffrance de leur fille et décident de reprendre la vie commune. Ellah a avoué son larcin ; son père décide d’abandonner l’alcool . Le père de Sonia accepte que sa fille fréquente Samir.


Critique

Tout est dans le résumé. Un navet. On peut éventuellement retenir une chose dans ce salmigondis : le portrait au vitriol des pères de famille. On en a quatre, chacun illustrant une tare particulière, ce qui nous vaut une belle galerie d’êtres veules et tyranniques. La vedette du film est la jeune Nelly qui défend son personnage avec une belle énergie mais c’est insuffisant pour sauver l'ensemble du désastre. Même Naglaa Fathy ne convainc guère ici. Il est vrai qu'elle n'a que dix-huit ans et qu'on lui a confié un rôle  pas du tout  à la mesure de son immense talent.
La mise en scène est signée Mahmoud Zulficar, un cinéaste de talent à qui l'on doit de très bons films. Il meurt quelques mois après la sortie de ces misérables Secrets. Heureusement, avant de mourir, il réalise "La Femme de Mon Mari", une comédie très réussie ave à nouveau Nelly et Naglaa Fathy.
Appréciation : 1/5
 *

jeudi 11 septembre 2014

Le Marché aux Poissons (Shader Essamak, 1986)

شادر السمك
على عبدالخالق : إخراج


 

Ali Abdel Khalek a réalisé Le Marché aux Poissons en 1986.
Distribution : Ahmed Zaki, Nabila Ebeid, Mohamed Reda, Khloud, Ali El Sherif, Mohamed Abou Achich, Ahmed Abou Abeya
Une histoire de Nabil Nasar
Scénario : Abdel Gawad Youssef
Musique : Hassan Abo El Saoud et Yahya Al Muji 

Ahmed Zaki

Nabila Ebeid et Ahmed Zaki

Mohamed Reda


Mohamed Abou Achich

Khloud et Ahmed Zaki

Ahmed Abou Abeya



Résumé

Le mari de Gamalat travaille au marché aux poissons. Il meurt brutalement. Pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa fille, Gamalat veut reprendre l’activité de son mari. Les négociants du marché s’y opposent. Ahmad prend sa défense et se met à son service.   Grâce à leur association, leur affaire se développe très rapidement. Ils se marient et Gamalat abandonne leur commerce pour s’occuper de son foyer. Malgré la rivalité des autres marchands, Ahmad devient l’un des plus gros commerçants du marché. Il roule en Mercédès et fréquente les milieux aisés de la capitale. Il rencontre une jeune fille, riche héritière, et en tombe amoureux. Il décide de l’épouser après avoir divorcé de sa première femme. Gamalat est folle de rage. Ahmad n’en a cure car il nage en plein bonheur. Pendant ce temps-là les autres marchands se regroupent pour lutter contre Ahmad dont ils ne supportent plus la réussite insolente. Ils décident de l’éliminer. Un matin, Ahmad entre dans le marché aux poissons. Il meurt sous les balles de tueurs postés à l’étage.


Critique

 En 1956, Salah Abou Seif réalise Le Costaud. C’est l’histoire d’Haridi, un jeune villageois qui trouve un emploi dans le marché central des fruits et légumes du Caire. Il va prendre la tête de la rébellion contre le vieil Abou Zeid, le roi du marché qui imposait des règles injustes à tous les autres marchands. Celui-ci sera emprisonné et Haridi prendra sa place, usant des mêmes méthodes que son prédécesseur pour asseoir son pouvoir.
Trente ans plus tard, Ali Abdel Khalek reprend le sujet et il ya bien des similitudes entre le destin d’Ahmad, le héros du Marché aux Poissons et celui du Costaud. Mais les temps ont changé. Au début du film de Salah Abou Seif, Haridi veut donner à son combat une dimension collective. Ahmad, lui, reste seul dans sa lutte contre les autres marchands. Il ne veut pas abolir un ordre injuste mais s’y intégrer et en profiter. De même, en 1986, ce ne sont plus les faibles qui s’insurgent contre un système imposé par les puissants mais les puissants qui se liguent contre un petit nouveau qui veut devenir plus puissants qu’eux. Le Marché aux Poissons est donc une fable politique sur la société égyptienne des années 80. Ce film montre comment le libéralisme économique a conduit les gens du peuple à considérer la  réussite personnelle comme la seule issue possible. Et pour réussir, il faut s’endurcir. Au début du film, c’est un mouvement de compassion qui pousse Ahmad  à prendre la défense de la veuve sans ressource. Fortune faite, il s’en débarrasse sans aucun regret. Avec ses concurrents, même attitude et il n’hésite pas à les rudoyer s’ils osent se plaindre.
Au final, le propos d’Ali Abdel Khalek est encore plus pessimiste que celui de Salah Abou Seif. 
Le Marché aux Poissons ne fait pas trop pâle figure à côté de son prestigieux modèle. Ali Abdel Khalek l’a tourné comme un western. Les nombreuses scènes de bagarre sont toujours impressionnantes. La fin est digne d’un film de Sergio Leone : le marché est brusquement déserté par tous les employés ; les marchands baissent les uns après les autres le rideau métallique de leur  boutique ; le héros vêtu d’un impeccable costume blanc,  reste seul ; les armes des tueurs embusqués entrent en action ;  le corps d’Ahmad est déchiqueté par les balles ; les marchands relèvent leur rideau métallique, ils sourient. Durant toute la scène, pas un mot, pas un cri.
Dans cette oeuvre d'Ali Abdel Khalek, Ahmed Zaki et Nabila Ebeid dominent l’interprétation de tout leur exceptionnel talent.

appréciation : 4/5
****

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin