dimanche 29 mai 2016

le Festival du Film Faten Hamama (Le Caire)

مهرجان فاتن حمامة السينمائي


Depuis vendredi se déroule au Hanager Arts Center de Zamalek  la seconde édition du festival du film Faten Hamama. La manifestation a pris ce nom en hommage à la grande actrice décédée l'année dernière.
La fondatrice du festival est la cinéaste Maggie Anwar. La programmation est essentiellement tournée vers les courts-métrages et les documentaires. Pour cette édition, une trentaine de films ont été sélectionnés. Le but de ce festival est de faire connaître les jeunes talents d'Egypte et des autres pays arabes.
Un hommage sera rendu à Faten Hamama à travers la projection de deux courts-métrages du début des années 70 : "Je veux cet homme" d'Henry Barakat (1972) et "la Sorcière" (1971)


samedi 28 mai 2016

Sublime Amour (Houb Hatta al Ibadah, 1959)


حب حتى العباده
ﺇﺧﺮاﺝ: حسن الإمام


Hassan Al Imam a réalisé Sublime Amour en 1959.
Distribution : Zizi Al Badraoui, Salah Zulficar, Ferdoos Mohamed, Taheya Carioca, Hussein Riad, Zouzou Nabil, Wedad Hamdy, Kamal Anwar, Mounir Al Fangary, Mohamed Soleiman, Abdel Moneim Ismaïl
Scénario : Youssef Issa et Hassan Al Imam
Musique : Fouad El Zahry 


Zizi Al Badraoui et Salah Zulficar

Ferdoos Mohamed

Taheya Carioca et Salah Zulficar

Salah Zulficar et Hussein Riad

Salah Zulficar et Taheya Carioca

Zouzou Nabil

Zizi Al Badraoui

Salah Zulficar et Omar El Hariri


Résumé

Hussein travaille comme ingénieur dans une usine de textile à Alexandrie. Il aime une jeune fille prénommée Nehmat. Il est très apprécié par ses collègues et ses ouvriers pour son activité syndicale. Mais il a un rival : Ahmed Fahmy qui souhaiterait prendre sa place, et dans le syndicat et dans le cœur de Nehmat. Ahmed ne cesse de poursuivre la jeune femme mais celle-ci reste sourde à ses avances. De son côté, Hussein prie son père Abdul Hamid de demander pour lui la main de sa bien aimée à sa mère Latifa Hanim. Le père ne veut pas en entendre parler et il ordonne à son fils d’oublier cet amour. Le vieil homme se rend chez Latifa et tente de la convaincre de refuser le mariage. Il la menace même de révéler certains secrets. Abdul Hamid a gagné : le mariage ne se fera pas. Hussein est blessé par l’attitude de son père et il s’installe au Caire. Pour tromper sa solitude, il fréquente les champs de courses. C’est lors d’une de ces sorties qu’il fait la connaissance d’Aïcha, une grande danseuse d’âge mûr. Entre eux, l’entente est immédiate et ils tombent amoureux l’un de l’autre, malgré la différence d’âge. Hussein est descendu dans le même hôtel que la danseuse et il occupe la chambre voisine de la sienne. Un jour, après avoir eu une longue conversation avec Nehmat Abdul Hamid rend visite à son fils. Dans le hall de l’hôtel il tombe sur Aïcha. Elle l’invite dans son appartement. Le spectateur a découvert plus tôt que la danseuse est la mère de Hussein. Au tour d’Aïcha et de Hussein de l’apprendre. Ils sont d’abord bouleversés puis fous de bonheur, l’un d’avoir retrouvé une mère, l’autre un fils. Mais les événements ont eu raison du cœur fragile d’Abdul : il décède brutalement. Hussein et sa mère retournent à Alexandrie pour l’enterrement et s’installent dans la maison paternelle. A l’usine, la situation est tendue : ce sont les élections syndicales et Hussein doit affronter Ahmed Fahmy son rival. Malgré la campagne de dénigrement orchestré par Ahmed, Hussein triomphe et, avec la bénédiction de sa mère, il pourra épouser Nehmat.


Critique

Ce film de 1959 fait parties de ces œuvres que tous les arabes de plus de quarante ans ont vues au moins une fois. Sublime Amour est sans cesse rediffusé par les chaînes satellitaires et ce succès jamais démenti lui confère une place de choix dans le patrimoine de la culture populaire arabe du XXe siècle. Pourtant cette réalisation de Hassan El Imam ne peut que déconcerter une spectateur occidental par son recours aux procédés grossiers du mélodrame et par son manque assumé d’unité esthétique. Les tenants du classicisme en art seront sans doute effrayés mais ce qui fait à mes yeux le prix d’un tel film comme de bien d’autres dans le cinéma égyptien, c’est cette totale indifférence à « la sobriété », à «la retenue », à « la cohérence » qui sont la marque des œuvres de qualité en Occident. J’aime cet art du patchwork et du collage, ce goût pour l’outrance et le scabreux (au risque, pas toujours évité, du grand n’importe quoi).
Reconnaissons que tout commence fort mal avec un titre ridicule et totalement hors-sujet : « Sublime Amour ». Et pourtant, à bien y réfléchir, il n’est pas si mal, ce titre, avec son caractère kitsch qui évoque celui d’un (très) mauvais roman-photo ou le nom d’un parfum oublié dans l’armoire d’une vieille dame. Nous allons assister à un drame, il sera question d’amour, de trahison, de jalousie. Rien de bien neuf dira-t-on. Certes mais le scénariste a ajouté dans son intrigue des éléments moins communs ce qui fait de Sublime Amour un film plus original qu’il n’y paraît.

Ce film se divise en trois parties bien distinctes.

La première est dans le style néo réaliste italien : une histoire d’amour chez des gens ordinaires avec de nombreuses scènes se déroulant dans l’usine où travaille le héros. Rivalités amoureuse et professionnelle sont intrinsèquement liées. Mais ce premier volet s’ouvre sur une séquence (très réussie) qui rappelle plutôt la Nouvelle Vague : Hussein (Salah Zulficar) et Nehmat (Zizi al Badroui), les deux amoureux, courent sur la jetée d’Alexandrie battue par les vents à la recherche d’un café pour s’abriter et s’embrasser loin des regards. On se souvient alors que ces deux personnages sont les exacts contemporains de ceux incarnés par Jean-Pierre Léaud et Marie-France Pisier (dans Antoine et Colette réalisé par François Truffaut en 1962). Le ton est résolument léger. Rentrée chez elle, Nehmat danse avec sa bonne sur un succès italien joué sur l’électrophone familial. La vie lui sourit, l’avenir est à elle. Evidemment, elle va vite déchanter…

La seconde partie constitue le cœur du film. Apparaît enfin Taheya Caroioca et nous plongeons en plein drame. Pour créer le suspens, ce volet est construit sur un quiproquo : Aïcha et Hussein finissent par s’aimer mais ils ne savent pas qu’ils sont mère et fils. En revanche, le spectateur, lui, le sait. Si bien qu’à chaque scène où les personnages se retrouvent seuls dans une chambre celui-ci retient son souffle.  Heureusement, à chaque fois un incident empêche l’étreinte incestueuse.
Et la scène fameuse dans laquelle Aïcha chante tandis que Hussein, seul à une table, la dévore des yeux a dû mettre à rude épreuve bien des âmes sensibles. Le réalisateur filme en gros plan les yeux du jeune homme et on peut y voir les feux du désir qui monte tandis que la femme chante et danse entre les tables du cabaret, vêtue d’une robe étincelante qui épouse ses courbes généreuses et on lit aussi dans ses yeux à elle qu’elle consentira enfin à céder au désir de son jeune amoureux. Cette nuit, après le spectacle, c’est sûr, ils s’appartiendront. La scène suivante se déroule dans la chambre avec comme seule lumière, celle des étoiles que l’on voit à travers la fenêtre. Les deux personnages sont face à face. Tout va chavirer mais soudain le tonnerre gronde et la foudre brise la vitre. Les deux « amants » sont rejetés loin l’un de l’autre. Encore une fois le crime ne sera pas consommé. Une analyse plan par plan de cette scène montrerait à quel point Hassan El Imam fait preuve ici d’une grande maîtrise dans l’art du récit cinématographique.

En revanche je suis moins convaincu par les deux danses exécutées par Taheya Carioca au début de cette seconde partie. Je trouve les chorégraphies un peu pataudes (il est vrai aussi que Taheya n’a plus la silhouette de ses débuts !) et carrément ridicule celle qui fait évoluer la diva autour d’une bougie géante.(même si son caractère hautement symbolique peut faire sourire)

Dans la troisième partie, on retrouve l’usine à Alexandrie. Cette dernière séquence se déroule presque entièrement dans une grande salle où est rassemblé tout le personnel de l’entreprise pour élire le prochain dirigeant du syndicat et donc le directeur de l’usine. On est en plein réalisme soviétique. Hussein fait figure de héros positif et Ahmed représente l’arriviste petit bourgeois sans scrupules. L’issue de la lutte est donc prévisible : dans un premier temps conspué par la foule, Hussein reçoit moult projectiles puis grâce à son discours, il retourne la situation en sa faveur. Ahmed reconnaitra sa défaite et prêtera allégeance au nouveau chef. On peut trouver sympa de convoquer les masses pour assister au triomphe final du héros mais on est en droit de préférer les deux premières parties.

Remarque : le générique nous apprend que la maison de production s’appelle Dinar Film, et la société de production, Dollar Film : les intentions des producteurs sont claires. 

Appréciation : 3/5
***

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

lundi 23 mai 2016

Les films à la télé (Rotana Classic du 24 mai au 5 juin)


 روتانا كلاسيك

Les films qui ont été cités dans ce blog et qui sont diffusés sur Rotana Classic (heure de Paris).


1) La Volonté  de Kamal Selim (Al Azima, 1939)
      avec Abd Al-Aziz Khalil, Hekmet Fahmy, Fatma Rouchdi

 
Mardi 24 mai à 13h
Mercredi 25 mai à 4h


2) Avec les Souvenirs de Saad Arafa (Ma' al-dhikrayat, 1961)
    avec Ahmed Mazhar, Mariam Fakhr Eddin, Nadia Lotfi


 Mardi 24 mai à 18h
Mercredi 25 mai à 8h


3) Si j'étais riche d'Henry Barakat (Law kunt ghani, 1942)
    avec Assia Dagher, Ehsane El Gazaerli, Abdel Fatah Al Kasri


Mercredi 25 mai à 20h
Jeudi 26 mai à 10h


4) Nous ne sommes pas des anges de Mahmoud Farid (lasna mala'ikah, 1970)
     avec Hassan Mostafa, Adwaa Al Masrah, Chahinaz


Vendredi 27 mai à 20h
Samedi 28 mai à 10h


 5) Une demi-heure de mariage de Fateen Abdel Wahab (Noss Saha Jawaz, 1969)
      avec Rushdy Abaza, Shadia, Adel Imam, Magda El-Khatib, Hassan Mostafa


Mardi 31 mai à 20h


6) Rencontre au crépuscule de Saad Arafa (Liqa fil ghouroub, 1960)
    avec Mariam Fakhr Eddin, Rushdy Abaza, Adli Kasab


Samedi 4 juin à 10h


7) Princesse Aziza de Tolba Radwan (El Safira Aziza,1961)
avec Wedad Hamdy, Soad Hosny, Abdel Moneim Ibrahim, Chukry Sarhan, Adli Kasab


Samedi 4 juin à 18h
Dimanche 5 juin à 8h


8) Rendez-vous avec un inconnu d'Atef Salem (Maweed maa maghoul, 1959) 
    avec Omar Sharif, Samia Gamal, Hala Shawkat, Fakher Fakher


Samedi 4 juin à 20h 
Dimanche 5 juin à 10h




                                                 La Page Facebook de Rotana Classic

                        Tout le programme à l'adresse suivante : le guide Tv du site elcinema
 

dimanche 22 mai 2016

Nilwood de Mohammad Bakri

ملصقات السينما المصرية


Orients Editions est une toute jeune maison d’édition créée par Ysabel Saïah Baudis. Elle publie  des ouvrages illustrant le patrimoine culturel du monde arabo-musulman et elle présente ainsi son projet : « Essais, textes inédits et traductions, calligraphies, dessins, photo et bande dessinée, tout ce qui dit l’intemporalité de cette terre marquée par le terrestre et le céleste et son renouveau libéré constitueront cette collection, Orients. »
Ysabel Saïah Baudis est elle-même l’auteur d’une biographie d’Oum Kalthoum « Oum Kalsoum, l’étoile de l’orient » aux Editions du Rocher.
Parmi les nouvelles parutions d’Orients Editions, il y a ce petit ouvrage Nilwood rassemblant 38 affiches de l’âge d’or du cinéma égyptien en format carte postale.
Ces affiches ont été choisies par Mohammad Bakri, professeur d‘arabe et webmestre du site ministériel « Langue et cultures arabes ».

Mohammad Bakri survole 50 ans de cinéma égyptien. Il ouvre sa collection avec « Les Mille et une Nuits » de Togo Mizrahi qui date de 1941 et la clôt avec  « Le Citoyen : égyptien » que Salah Abou Seif réalisa en 1991. Comme il se doit, il fait la part belle aux années 50 et 60.
On lit en quatrième de couverture que « ce livre présente les plus grands films », affirmation un peu étrange car on n'y trouve aucun de ce que d’ordinaire  l’on considère comme les chefs d’œuvre du cinéma égyptien mais sans doute n’était-ce pas non plus l’intention de l’auteur que de présenter un tel palmarès. L’affiche de cinéma occupe une place éminente dans l’art populaire égyptien du XXe siècle et son intérêt n’est pas subordonné à la qualité du film qu’elle doit illustrer. Ainsi, on découvre dans cet ouvrage la reproduction de l’affiche réalisée pour la comédie Une Fille Turbulente d' Houssam Al Din Mustafa (1967) Elle est chatoyante, pétillante, d’une sensualité provocante alors que le film est un sinistre nanard qui baigne dans une atmosphère grisâtre (A ce niveau, on peut presque parler de tromperie sur la marchandise !). Mais ceci obéit à une certaine logique économique : un bon film n’a pas forcément besoin d’une belle affiche. En revanche, c’est vital pour un navet tourné à la va-vite et les producteurs égyptiens l’avaient fort bien compris. D’aucuns affirment même qu’il est arrivé que l’affiche coûte plus cher que la réalisation du film lui-même.

Si les films évoqués dans ce Nilwood ne sont donc pas tous des chefs d’œuvre, en revanche les affiches présentent toutes de grandes qualités artistiques. Elles étaient souvent l’oeuvre de peintres arméniens ou grecs formés aux techniques occidentales de l’illustration et de la publicité. Le cahier des charges qui leur était soumis laissait peu de place à l’originalité. D’où le caractère un peu répétitif des motifs : par exemple, on retrouve souvent l’actrice principale en petite tenue entourée de ses partenaires mâles qui n’apparaissent qu’en buste. Mais sur un modèle très contraignant, les artistes ont su réaliser de véritables petits chefs d’œuvre à la gloire de la beauté féminine et de tout ce qui constitue les plaisirs de la vie. Un art hédoniste résolument kitsch qui égayait les murs des grandes villes arabes et qui aujourd’hui a totalement disparu. Mohammad Bakri conclut ainsi son petit texte de présentation : « C’est un âge d’or haut en couleur qu’installa Nilwood durant plusieurs décennies, abordant sans tabous ni exceptions tous les sujets sociétaux du moment, avec un esprit ouvert, espiègle, profane, spirituel, moderne, multicolore, civilisé, humain et surtout tolérant et cosmopolite. Cet esprit éclairé manque cruellement aujourd’hui. »  On ne peut que souscrire à une telle déclaration.
De toute façon, au tournant des années quatre-vingt quatre vingt-dix, le cinéma égyptien abandonne l’affiche peinte au profit de la photo, ce dont témoigne l’avant-dernière carte postale de Nilwood (Le Marionnettiste d’Hani Lachine, 1989).

Des collectionneurs de par le monde consacrent leur vie à rassembler ces vestiges d’un monde qui n’est plus. Parmi eux, citons Abboudi Abou Jaoudé, un libanais qui a amassé plus de 20 000 affiches !

Nilwood de Mohammad Bakri, Orients Editions, 2016 


Sur le site « Langue et Cultures Arabes », Mohammad Bakri a posté d’autres affiches du cinéma égyptien.


mardi 17 mai 2016

Le Voyage de la Vie (Rihlat al oumr, 1974)

رحلة العمر
ﺇﺧﺮاﺝ: سعد عرفه





















Saad Arafa a réalisé le Voyage de la Vie en 1974.
Distribution : Chams Al Baroudi, Ahmed Mazhar, Mariam Fakhr Eddine, Ali Kamal, Samia Roshdi, Naïma Wasfi, Hamdy Youssef
Scénario : Saad Arafa
Musique : Gamal Salama

Ali Kamal

Ahmed Mazhar

Ahmed Mazhar et Chams Al baroudi

Chams Al Baroudi et Ahmed Mazhar


Résumé

Salwa (Chams Al Baroudi) est une jeune femme qui vit au Caire avec sa tante. Elle fréquente un garçon de son âge, Essam. Ils ont projeté de passer quelques jours à Sidi Abdel Rahman (station balnéaire à l’ouest d’Alexandrie). Salwa s’y rend sans son compagnon qui doit la rejoindre plus tard. Elle lui réserve une chambre à côté de la sienne. Mahmoud (Ahmed Mazhar), un directeur de banque d’âge mûr arrive à l’hôtel. C’est un habitué et il occupe toujours la même chambre, celle qu’a réservée Salwa pour Essam. Le responsable de l’établissement demande à la jeune femme de la céder à l’homme d’affaires jusqu’à l’arrivée de son ami. Elle accepte. Salwa et Mahmoud se retrouvent à cohabiter dans un hôtel désert. Pour tromper son ennui, la jeune femme entreprend de séduire son voisin Celui-ci est mariée à Madiha (Mariam Fakhr Eddine) mais il ya bien longtemps qu’entre eux la passion s’est envolée. Il cède donc facilement aux avances de Salwa. Loin de tout, ils vont vivre une relation torride. Quand Essam arrive à son tour, Salwa l’informe aussitôt qu’elle veut rompre. Le jeune homme retourne au Caire. Peu de temps après, les deux amants rentrent à leur tour dans la capitale. Le banquier tente de reprendre sa vie d’avant mais c’est impossible : il est obsédé par sa jeune maîtresse et il ne peut même plus faire l’amour à sa femme. En revanche Salwa a retrouvé les compagnons et les activités de son âge. Elle s’éloigne de celui qui fut pendant quelques jours son amour de Sidi Abdel Rahman. Mahmoud est désespéré. Il essaie d’oublier la jeune femme mais rien n’y fait. Un soir, il se rend à son appartement pour une explication. L’entretien prend une tournure dramatique : Mahmoud, aveuglé par la passion, tente de violer Salwa mais elle parvient à lui résister. Quand il recouvre la raison, le quadragénaire comprend qu’il l’a définitivement perdue. Il rentre chez lui. La maison est vide. Madiha l’a quitté car elle a découvert sa liaison adultère.


Critique

Dans les années soixante-dix, l’actrice Shams Al Barudi est au zénith de sa carrière de sex-symbol du cinéma arabe. Elle apparaît dans un grand nombre de productions où elle joue invariablement les jeunes femmes libérées à l’activité sexuelle débridée. Elle est tantôt une étudiante qui séduit ses condisciples et ses professeurs, tantôt une mère de famille qui entretient une relation adultère avec le patron de son mari, tantôt une criminelle qui, avec les armes que lui a données la nature, manipule ses redoutables complices. A chaque fois on retrouve la séductrice qui dévoile ses appas pour attirer tous les hommes de son entourage, sans distinction de classe ou d’âge.
Elle était donc l’actrice idéale pour ce Voyage d’Une Vie, film « scandaleux » qui traite sans fard de l’amour et de la sexualité dans la société égyptienne post-nassérienne.
On n’est pas très loin de certains films occidentaux de cette époque dans lesquels on mélange, selon une recette éprouvée, érotisme soft et vacances au soleil. Au départ tout oppose Salwa, jeune fille délurée et Mahmoud, l’homme d’affaires d’âge mur. Mais la sexualité va les réunir. A l’hôtel ou sur la plage, ils vont connaître un amour sans contrainte. Ils vont jouir d’une liberté absolue et vivre leur relation en pleine lumière. Nul souci de se cacher : les conjoints, les parents, les collègues sont loin, les serviteurs de l’hôtel à peine présents. C’est un peu sea, sex and sun à Sidi Abdel Rahman. Les images chatoyantes d’un amour de vacances sont accompagnées d’une musique sensuelle avec chœurs gémissants. L’homme d’âge mûr semble nager en plein rêve et on comprend que le retour à la réalité sera pour Mahmoud une épreuve insupportable, ce retour qui sera l’objet de la seconde partie du film.
Mais le plus singulier dans ce film, c’est que ce rêve a toutes les caractéristiques d’un cauchemar. Les deux personnages évoluent dans des lieux totalement déserts : la plage qui s’étend à l’infini sans âme qui vive, le hall de l’hôtel où n’apparaît qu’un réceptionniste froid et poli, l’immense salle du restaurant où ne déjeunent que les deux héros. Ces derniers sont souvent filmés à l’arrière plan, comme pour souligner le vide qui les entoure. Ce traitement de l’espace rappelle celui de Stanley Kubrick dans 2001 l’Odyssée de l’Espace ou bien dans Shining. L’angoisse est décuplée avec la bande-son: les bruits sont distordus, les voix toujours accompagnées d’un écho désagréable. Salwa possède un transistor qui diffuse une musique nasillarde à la limite du supportable et surtout, elle rit, elle rit beaucoup jusqu’à créer le malaise chez le spectateur lui-même : est-ce le diable ? ou bien est-elle tout simplement folle ? On comprend alors que le point de vue adopté est celui de Mahmoud. Il connaît à la fois les délices d’une passion amoureuse inespérée et un très fort sentiment de culpabilité sans cesse ravivé par les conversations téléphoniques avec sa femme restée au Caire. Ahmed Mazhar, avec un jeu d’une extrême subtilité, parvient à restituer tous les tourments de son personnage plongé dans la plus grande des félicités. Ce grand acteur est aussi extraordinaire dans la seconde partie du film. De retour au Caire, le chef d’entreprise qu’il incarne n’est plus qu’une coquille vide. Il ne parvient plus à retrouver goût à son existence d’avant et erre dans les rues, obsédé par l’image de celle qu’il a possédée et qui s’éloigne inexorablement. En réalité le cours séjour paradisiaque dans cet hôtel de Sidi Abdel Rahman constituait le premier acte d’une tragédie dont le réalisateur, Saad Arafa, nous laisse imaginer le dénouement. 
Dans le Sexe et l’Effroi, Pascal Quignard oppose l’érotisme des Grecs et celui des Romains. Chez les Grecs, la sexualité est heureuse, sans tabou. En revanche chez les latins, elle est à la fois effrayante et fascinante, toujours associée à la mort.
Risquons un parallèle : si la libération sexuelle dans l’occident des années 70 fut d’inspiration grecque, alors, en orient, à la même époque elle fut plutôt romaine. Ce que prouve avec éclat ce Voyage d’Une Vie. 

Appréciation : 4/5
****

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

dimanche 15 mai 2016

Festival de Cannes 2016 (France)

مهرجان كان السينمائي الدولي


Jeudi matin, la projection du dernier film de Mohamed Diab  (Le réalisateur des Femmes du Bus 678) a ouvert cette nouvelle édition du festival de Cannes.  Le film s'intitule Clash (Eshtebak) et il évoque les affrontements de l'été 2013 entre partisans et adversaires des Frères Musulmans. Sélection  "Un certain regard".

Argument : Nous sommes au Caire en 2013. Deux après la révolution égyptienne, le président islamiste Morsi a été destitué. De violentes émeutes secouent la capitale. Un jour, des dizaines de militants aux convictions radicalement opposées se retrouvent enfermés ensemble dans un fourgon de police.
Distribution :  Nelly Karim (Nagwa), Hani Adel (Adam), Tarek Abdel Aziz (Hossam)
Une production franco-égyptienne



lundi 9 mai 2016

Les films à la télé (Rotana Classic du 9 au 23 mai)

روتانا كلاسيك

Les films qui ont été cités dans ce blog et qui sont diffusés sur Rotana Classic (heure de Paris).


1) Le Fils de Hamido de Fateen Abdel Wahab (Ibn Hamido, 1957)
    Avec Ismaël Yassin, Hind Rostom, Ahmed Ramzy


Lundi 9 mai à 8h


 2)  Ice-Cream in Gleam  de Khairy Bishara (Ice-Cream fi Gleam, 1992) 
       Avec Amr Diab, Simon, Ahsraf Abdelbaky, Hussien Elemam, Ali Hasaneen, Gehan Fadeel


Mercredi 11 mai à 23h 


3) Le Prix de l'Amour de Mahmoud Zulfikar ((Thaman el hub, 1963)
     avec Mariam Fakhr Eddine, Chukry Sarhan, Fouad El-Mohandes


Vendredi 13 mai à 8h


4) Histoire d'une vie d'Helmy Halim (Hikayat al oumr koullouh, 1965)
     avec Faten Hamama, Farid Al-Atrache, Ahmed Ramzy 


Vendredi 13 mai à 18h 
Samedi 14 mai à 8h

  
5) Salama va bien de Niazi Mostafa (Salama fi Kheir, 1937)
      avec Naguib al Rihani, Raqiya Ibrahim, Rawhiyya Khaled


Vendredi 13 mai à 20h 
Samedi 14 mai à 10h
 

6) Voix du Passé d'Atef Salem (Saut min el madi,1956)
     avec Eman, Ahmed Ramzy, Abdel Wares Asar, Nadia El Shennawy, Nelly Mazlom,  Fardos Mohamed


Samedi 14 mai à 13h
 

7) Le Monstre de Salah Abou Seif (Al Wahsh, 1954)
   Avec Anwar Wagdi, Mahmoud El Meliguy, Samia Gamal


Samedi 14 mai à 18h
Dimanche 15 mai à 8h


8) Je t'aime, Hassan de Hussein Fawzi (Ahibbak ya Hasan, 1958)
    avec Naïma Akef, Chukry Sarhan, Stephan Rosti


Dimanche 15 mai à 23h


9) Adieu mon amour de Houssam Al-Din Mustafa (wedan ya hob, 1960)
    avec Mariam Fakhr Eddine, Nagwa Fouad, Moharam Fouad


Lundi 16 mai à 23h


10) La Prière du Rossignol  de Henry Barakat (Doaa Al-Karawan, 1959)
     avec Faten Hamama et Ahmed Mazhar


Mardi 17 mai à 18h
Mercredi 18 mai à 8h



11) Lutte sur le Nil d'Atef Salem (Seraa fil Nil, 1959)
    avec Hind Rostom, Rushdy Abaza, Omar Sharif, Ahmed El Haddad


Mercredi 18 mai à 23h


12) Dahab d'Anwar Wagdi (1953)
      avec  Anwar Wagdi, Fayrouz,  Ismaël Yassin


Vendredi 20 mai à 18h

Samedi 21 mai à 8h


13) la Lanterne Magique de Fateen Abdel Wahab (Al Fanous Al Serhi, 1960)
      avec Ismaël Yassin, Abdel Salam Al Nabulsi, Sherifa Mahear, Cariman


Lundi 23 mai à 8h



La Page Facebook de Rotana Classic

Tout le programme à l'adresse suivante : le guide Tv du site elcinema