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dimanche 9 août 2020

Les Portes de la Nuit (Abwab El Leil, 1969)

أبواب الليل
إخراج : حسن رض




Hassan Reda a réalisé Les Portes de la Nuit en 1969.
Distribution : Youssef Chaban (Mohamed Salameh), Layla Taher (Kawthar, la femme d’Hosni Munir)), Madiha Kamel (Zizi, la maîtresse d’Hosni), Salah Mansour (Hosni Munir), Saïd Saleh (Badran), Said Khalil (le complice d’Hosny et de Kawthar), Zizi Mostafa (Safia), Naima El Saghir (la tenancière du bar), Shafik Nour El Din (Al Haj Salameh, le père de Mohamed), Aleya Abdel Moneim (Amina, la tante de Mohamed)), Hamed Morsi (le chanteur du bar), Abdel Ghani El Nagdi (le voisin), Eskandar Menassa (Sayed, le père de Safia), Ahmed Abou Abia (un ouvrier de l’imprimerie)
Scénario : Saad Mekawy 
Musique : Andre Ryder
Production : Kamel El Hefnawy

Youssef Chaban

Madiha Kamel

Saïd Khalil

Ahmed Abou Abia et Salah Mansour

Salah Mansour et Madiha Kamel

Layla Taher et Youssef Chaban

Abdel Ghani El Nagdi

Shafik Nour El Din

Eskandar Menassa

Zizi Mostafa et Youssef Chaban


Résumé

Mohmed Salameh travaille dans une imprimerie comme dessinateur mais une altercation très violente avec son patron le contraint à quitter son emploi. Mohamed vit avec son père qui est graveur sur métal et il doit épouser Safia, sa cousine. C’est une jeune fille douce et dévouée qui s’occupe du petit kiosque de vente de cigarettes appartenant à son père aveugle. 
Mohamed est un jeune homme tourmenté, sujet à de fréquents maux de tête. Il est sans cesse déchiré entre le désir de sortir de la pauvreté par tous les moyens et la morale très stricte que son père lui a inculquée. Ses soucis professionnels et une rencontre vont le faire basculer dans la délinquance. Il fait la connaissance d’un commerçant, Hosni Munir, qui lui propose de se lancer dans la contrefaçon de billets de banque. Cet homme à l’aspect débonnaire possède une quincaillerie, sa vitrine légale, mais dans l’arrière-boutique, il a installé une presse permettant la fabrication de fausse monnaie. Mohamed accepte de participer à l’entreprise. Hosni est marié à Kawthar, une femme qui n’hésite pas à jouer de sa séduction pour motiver le jeune dessinateur et cela avec l’approbation de son mari qui lui-même entretient une relation adultère avec une jeune femme. Hosni a promis à celle-ci de l’épouser, une fois fortune faite. Kawthar a appris le projet de son mari et pour sa part, elle envisage de s’installer à Alexandrie en espérant que Mohamed l’accompagne. Ce dernier travaille jour et nuit pour produire les faux billets, ce qui ne l’empêche pas d’être assailli par les scrupules. Il n’ose plus revoir ses proches mais Safia qui l’aime toujours le retrouve et tente de le convaincre de regagner le domicile de son père. En vain. Mohamed a terminé le travail pour lequel Hosni l’avait embauché. Ils se partagent les billets et chacun part de son côté. Mais le bonheur des faux-monnayeurs est de courte durée : Hosni et sa femme sont aussitôt arrêtés par la police. Dans le même temps, Mohamed se rend chez son père et découvre que celui-ci est alité, très malade. Il est bouleversé. Il décide alors d’aller de lui-même au commissariat pour se dénoncer. Safia lui promet de l’attendre…

 
Critique

Nous avons donc un drame dans lequel le héros entraîné sur le chemin du crime ne cesse d’être tourmenté par sa conscience. Il a le sentiment douloureux d’avoir trahi les siens et connaît toutes les affres du sentiment de culpabilité. Le bien et le mal sont représentés par deux figures féminines que tout oppose et bien sûr au final, le héros fera le bon choix, celui de la vertu et de la morale. C’est avec ce schéma manichéen et simpliste que l’on fait les bons navets édifiants dont le cinéma égyptien n’est pas avare. Il n’empêche que ce film vaut mieux que son sujet et qu’il serait dommage de le ranger dans le placard aux vieilleries abandonnées. 

On est d’abord frappé par le soin apporté à la réalisation. Chaque scène, chaque plan sont élaborés avec la plus grande rigueur et avec un sens aigu de l’esthétique et on doit louer le travail du directeur de la photographie qui joue avec toutes les possibilités qu’offre le noir et blanc et qui utilise la profondeur de champ avec un certain brio. Et comme c’est souvent le cas dans les grands films égyptiens, nous avons aussi de très beaux portraits des différents personnages. La caméra magnifie chaque visage et en scrute tous les détails afin d’en restituer toute l’humanité et parfois tout le mystère. 

On retrouve cette rigueur dans la conception des scènes oniriques, à la symbolique parfois un peu lourde. Elles sont entièrement tournées en studio et leur atmosphère rappellent certaines comédies musicales des années cinquante : même caractère factice des décors et même choix de la pantomime et de la danse pour le jeu des acteurs. 

Ce qui permet aussi de supporter le caractère un tantinet moralisateur du scénario, c’est que ce drame psychologique est tourné comme un film d’action. Le destin du héros bascule dès les premières minutes du film avec la gifle qu’il assène à son patron et ensuite tout s’enchaîne très vite pour conduire à la chute inévitable. On ne sera donc pas étonné de rencontrer dans ces Portes de la Nuit maintes références au film noir américain. 

Terminons par l’interprétation : elle est remarquable. On considère ce film comme un pic dans la carrière de Youssef Shabaan. Il a su rendre palpable l’angoisse de son personnage sans cesse tiraillé entre des inclinations contraires. Il incarne avec une grande conviction un personnage qui physiquement ne va pas bien et qui semble en permanence au bord de la rupture. Avec conviction mais aussi avec sobriété : il ne tombe jamais dans l’outrance et Dieu sait si le combat du bien et du mal y conduit trop souvent ! 

Pour ma part je retiendrai surtout les prestations de Layla Taher et de Salah Mansour. Tous les deux forment un couple de petits commerçants d’un cynisme et d’un amoralisme affichés. Ce sont deux escrocs médiocres que la perspective de devenir riches plonge dans un état d’euphorie permanente. 

Layla Taher est parfaite dans ce rôle de femme mature sans illusion sur l’amour et les hommes et qui tremble d’une excitation presque sexuelle à la vue de l’argent. Son pouvoir de séduction, son franc parler ainsi qu’une certaine agressivité font de son personnage une sœur de ceux incarnés par l’actrice française Stéphane Audran. 

Et puis il y a Salah Mansour que je considère comme l’un des plus grands acteurs de sa génération. Un embonpoint assumé et un visage tout rond lui donneraient la physionomie d’un personnage sympathique de dessin animé (Je l’imagine très bien dans Oui-Oui au Pays des Jouets !) s’il n’y avait ces petits yeux noirs qui trahissent une perversité hors norme et une indifférence presque animale à la souffrance des autres. Dans ce rôle de quincaillier saisi par le luxe et la débauche, il est magistral ! 

Appréciation : 4/5
****

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

dimanche 31 mai 2020

Les Maris Diaboliques (Al'azwaj alshayatin, 1977)


 الازواج الشياطين
ﺇﺧﺮاﺝ : أحمد فؤاد





Ahmed Fouad a réalisé Les Maris Diaboliques en 1977. 
Distribution : Nahed Sharif (Naïma Abbas), Adel Imam (Mamdouh), Saïd Saleh (Kamal), Youssef Fakhr Eddine (Fathy), Layla Taher (Karima, la femme de Kamal), Hayat Kandel (Samia, la femme de Fathy), Wedad Hamdy (Wedad Hamdy), Madiha Kamel (Magda, la belle sœur de Kamal), Tawfik El Deken (le voleur en prison), Ahmed Nabil (un autre voleur en cellule), Zayan (le policier), Ibrahim Saafan (le voisin de Mamdouh), Buthaïna Nassar (Afaf, la servante), Ahmed Nabil, Mohamed Hamdy (l’officier de police)
Scénario : Ahmed Abdel Wahab


Adel Imam et Madiha Kamel

Layla Taher et Saïd Saleh

Adel Imam et Buthaïna Nassar

Tawfik El Deken et Ahmed Nabil

Youssef Fakhr Eddine, Saïd Saleh, Adel Imam

Wedad Hamdy

Nahed Sherif

Hayat Kandel

Layla Taher


Résumé

Fathy, Mamdouh et Kamal sont trois amis travaillant dans la même fabrique de réfrigérateurs. Kamal est marié à Karima, Fathy à Samia. Mamdouh est célibataire. Il vit dans une péniche où le rejoignent régulièrement Fouad et Fathy pour passer du bon temps loin de leurs épouses. Un jour, Mamdouh prend dans sa voiture une jeune femme qui semble désemparée. Ce que Mamdouh ne sait pas c’est qu’elle vient de voler des bijoux au domicile de sa patronne qui n’est autre que la comédienne Wedad Hamdy. Cette dernière s’en est aperçue et, avec l’aide son jardinier, elle s’est lancée aux trousses de son employée indélicate. Peine perdue ! Grâce à la voiture de Mamdouh, la voleuse échappe à ses poursuivants. Elle parvient même à apitoyer son chauffeur qui accepte volontiers de l’accueillir sous son toit, non sans avoir quelques arrière-pensées. La jeune femme qui s’appelle Naïma prend tout de suite ses aises dans la péniche : elle se sent comme chez elle. Surviennent les deux amis de Mamdouh. Ils sont enchantés de faire la connaissance d’une invitée aussi séduisante. Pour fêter, cet « heureux événement », on débouche une bouteille de vin, on met un disque et Naïma danse pour les trois garçons. Malheureusement, ils sont interrompus par l’irruption de la police qui est à la recherche des bijoux volés. Naïma a juste le temps de les dissimuler dans le canapé du salon. Tout le monde est emmené au poste et placé en cellule. Si Naïma reste en prison, les trois hommes sont vite relâchés. Mais cette mésaventure a mis Kamal et Fathy dans une situation délicate : leurs épouses ont été informées des circonstances de leur arrestation et elles n’ont guère apprécié la plaisanterie. Les deux hommes mariés ont décidé de rompre avec Mamdouh et de tout faire pour regagner l’affection de leurs femmes. Kamal a même tenu à reprendre le canapé qu’il avait prêté à son camarade, sans savoir que s’y trouvaient les bijoux volés par Naïma. Mamdouh n’a pas l’intention de se faire oublier et il n’hésite pas à reparaître aux domiciles de ses ex-camarades. C’est ainsi qu’il fait la connaissance de Magda, la belle-sœur de Kamal. Il en tombe immédiatement amoureux tandis que la jeune fille est conquise par la joie de vivre et la fantaisie de Mamdouh. Mais Kamal et Fathy veillent : il est hors de question que le célibataire endurci fréquente Magda sans s’engager. Mamdouh finit par accepter l’idée de mariage. Le jour des noces, Naïma sort de prison et se rend sans perdre un instant à la péniche pour récupérer son magot. Elle tombe sur Mamdouh qui doit rejoindre au plus vite sa future femme et leurs invités. Elle n’en a cure et veut le retenir. L’homme a le plus grand mal à lui échapper de telle sorte qu’il arrive en retard à son mariage. Naïma ne s’avoue pas vaincue et s’invite à la noce . Elle propose aux trois amis un marché : soit ils acceptent de la revoir le lendemain, soit elle fait un scandale. Et voilà comment les trois amis, malgré leurs bonnes résolutions, se retrouvent dans la péniche avec Naïma. Cette dernière a décidé de racheter l’embarcation mais elle s’aperçoit que le canapé a disparu. Ils font tout de même la fête et les trois hommes rentrent chez eux ivres morts. Pour expliquer son retour tardif, chacun invente un mensonge qui ne trompe aucune épouse. Les trois maris tiennent à leur femme et sont rongés par le remords. Pour se débarrasser définitivement de Naïma, ils ont compris qu’il fallait lui restituer le canapé auquel elle tient tant. Ils vont le chercher chez Kamal et le rapportent à sa nouvelle propriétaire. Malheureusement, ils ont été suivis par leurs épouses qui font irruption dans la péniche. Elles se jettent toutes les trois sur Naïma pour la corriger. C’est alors qu’arrive la police. Pendant la bagarre, le sac de bijoux qu’avait réussi à récupérer Naïma s’est éventré et tout ce qu’il contenait s’est répandu sur le canapé. Tout le monde est emmené au commissariat pour une grande explication.



Critique


C’est peu de dire que nous sommes en terrain connu ! Une comédie typique des années soixante-dix qui tourne autour d’histoires de couples menacés par le comportement volage des maris. Les personnages et les situations nous rappellent maintes productions dans lesquelles nous retrouvons à peu près les mêmes comédiens qui connaissent sur le bout des doigts la partition qu’on leur demande de jouer. Après avoir vu le film, on peut s’étonner du titre choisi, les Maris Diaboliques, alors que les trois personnages masculins sont de braves bougres dont le comportement est bien inoffensif. Au contraire de ce que pourrait suggérer le titre, ce ne sont pas des héritiers de Dom Juan et encore moins du Marquis de Sade. Notons au passage l’usage immodéré que font les réalisateurs et scénaristes égyptiens de mots "démon", "diable" ou "diabolique". La plupart du temps, nous avons affaire à des hyperboles trompeuses, à la limite du contresens, pour la plus grande déception du spectateur. Ce film d’Ahmed Fouad n’échappe pas à la règle. Loin d’être des débauchés immoraux et cyniques, les trois amis font preuve d’un grand sens moral. Après leur écart de conduite -qui a consisté à boire de l’alcool en compagnie d’une femme (On a connu plus sulfureux !)- les deux personnages qui sont déjà mariés sont assaillis par les remords et se promettent de ne plus jamais recommencer. ils vont même finir par inciter leur ami resté célibataire jusque-là, à les rejoindre dans le droit chemin, celui de la conjugalité heureuse. Car c’est bien toute la morale du film : le bonheur réside dans le mariage, pour la femme comme pour l’homme. Mais Ahmed Fouad est un moraliste de son temps qui parle à ses contemporains et pour lui, au cœur du bonheur conjugal, il y a la sexualité. Celle-ci doit concourir à l’épanouissement mutuel des deux époux et pour cela le consentement de la femme est un impératif comme l’est l’entretien du désir au sein du couple. C’est ainsi que dans les Maris Diaboliques, les épouses sont toujours dotées d’un sex-appeal affriolant alors que, paradoxalement, la femme de mauvaise vie incarnée ici par Nahed Sharif arbore des tenues beaucoup plus sages. On comprend alors pourquoi la plus grande peur des maris, c’est un jour que leurs femmes puissent décider de se soustraire à leurs étreintes. Ce qu’elles font dans un autre film d’Ahmed Fouad, 24h d’amour tourné en 1974. C’est une comédie qui conte l’histoires de trois camarades dont les compagnes se refusent à eux pour les punir de leur supposé infidélités.

Jusque dans les années soixante, le cinéma égyptien nous proposait deux figures antithétiques de l’épouse : la femme tyrannique et la femme martyrisée. 
La première fait vivre un enfer à son mari et celui-ci cherche par tous les moyens à échapper à son autoritarisme et à son mauvais caractère pour s’offrir des instants de liberté et de plaisir avec ses camarades. Il sait néanmoins que cela finira par lui coûter très cher. 
La seconde vit un enfer avec un mari despotique qui passe ses nuits loin du domicile conjugal avec des prostituées. Humiliée, trompée, rudoyée, l’épouse vit cloîtrée, souvent seule, et sans espoir d’une libération prochaine. 
Dans les deux cas, la femme ne suscite plus aucun désir chez son mari. 
Avec Ahmed Fouad, on est très loin de ces archétypes. Dans ses films, non seulement, l’épouse reste désirable aux yeux de son mari mais c’est elle qui décide de leurs relations. Elle garde toujours la liberté de dire oui ou non et si la conduite de son mari lui déplaît, elle n’hésite pas exercer de terribles représailles. 
Ahmed Fouad est donc un réalisateur de comédies bourgeoises pour citadins éduqués et aisés, qui se montre conservateur sur le plan social mais progressiste sur le plan moral. Par certains côtés, ses films peuvent nous rappeler ceux de Claude Lelouch ou bien ceux du tandem Yves Robert Jean-Loup Dabadie. 

Les Maris Diaboliques n’est certes pas un grand film mais c’est une comédie honnête et agréable qui se laisse voir sans déplaisir. 

Appréciation : 3/5
***


Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin


dimanche 5 janvier 2014

Saladin (El Naser Salah el Dine - 1963)

الناصر صلاح الدين
إخراج: يوسف شاهين


Saladin est un film réalisé par Youssef Chahine en 1963.

Distribution :
 Ahmed Mazhar : Saladin 
Omar El-Hariri : Philippe II de France 
Mahmoud El-Meliguy : Conrad de Montferrat 
Leila Fawzi : Virginir, princesse de Kerak 
Hamdi Geiss : Richard Cœur de lion 
Nadia Lutfi : Louise de Lusignan  
Laila Taher : La reine Berengère de Navarre 
Salah Zulfikar : Issa
  
Scénario: Mohamed Abdel Gawad, Youssef Chahine, Abderrahman Charkawi, Youssef El Sebai, Ezzel, Dine Zulficar, Naguib Mahfouz

Concernant la participation de Naguib Mahfouz au scénario du film, voilà ce que déclare Raymond Stock, son traducteur et biographe : 
"Interestingly, one of his best known film credits — as the scenarist for Chahine's classic historical film, al-Nasir Salah al-Din (The Conqueror Saladin) — was misplaced, both he and Chahine told me, because Chahine had largely discarded the original screenplay that Mahfouz had worked on in favor of another, but still kept his name in the final product."

Nadia Lutfi
                              


Ahmed Mazhar
                                                                                                          


Hamdi Geiss
                            


Salah Zulficar
 


A la fin du  XIIe siècle, Saladin, vizir d’Egypte,  libère Jérusalem occupée par les chrétiens. Les Rois de France et d’Angleterre lancent la troisième croisade afin de récupérer la ville sainte.





Résumé 

Jérusalem est attaqué par les croisés et la population arabe souffre terriblement. Saladin arrive avec ses troupes pour libérer la ville sainte. L’espoir renaît. Le gouverneur d’Acre l’accueille chaleureusement alors qu’on retrouve celui-ci dans la scène suivante en compagnie du prince Renaud et de la princesse Virginie à qui il jure fidélité. Le prince Renaud  de Chatillon rencontre Guy de Lusignan, le roi de Jérusalem. Il lui demande de prendre les armes contre Saladin. Le roi souhaiterait négocier. Le prince affirme qu’il n’en est plus temps et annonce qu’il prend la direction des armées. Le roi s’incline. Violant les traités conclus avec les musulmans, le Prince ordonne l’attaque des caravanes des pèlerins pour financer la reprise de Jérusalem. Dans la scène suivante, on assiste à un massacre de pèlerins pendant la prière.
Les croisés se sont installés au sommet d’une colline près d’Hattin. Dans la vallée, les arabes commandés par Saladin. 120000 hommes d’un côté, 40000 de l’autre.
La nuit, Issa, l’un des seconds de Saladin surprend une chrétienne se baignant nue dans le lac de Tibériade. Elle lui demande de fermer les yeux afin de se rhabiller. Elle en profite pour lui planter une flèche dans l’épaule et s’enfuit. De retour au camp, il prétend avoir été attaqué par cinq croisés alors qu’il se baignait dans le lac. Il dit avoir vu les lumières du campement chrétien non loin de là. Saladin lance en pleine nuit une attaque contre les croisés. Issa s’apprête à tuer un seigneur chrétien quand il reconnaît l’inconnue du lac. Il lui laisse la vie sauve mais ramasse la croix qu’elle a abandonnée sur le sable. Avant de se retirer, les arabes ont crevé les citernes d’eau des chrétiens. Quand le soleil se lève, c’est un spectacle de désolation qu’offre le camp des croisés. Pour étancher leur soif, les survivants sont prêts à s'entretuer. Le roi de Jérusalem souhaite négocier avec Saladin mais Renaud veut poursuivre la lutte. Celui-ci jette ses troupes contre les arabes. La défaite est assurée. Lui-même est fait prisonnier.  Après la bataille, Isaa retrouve son inconnue. Il lui avoue qu’il est chrétien mais avant tout arabe. Elle lui révèle qu’elle est Louise de Lusignan.
Pendant ce temps là, la princesse Virginie charge le gouverneur d’Acre de se rendre auprès du prince Conrad pour le convaincre de venir en renfort contre l’armée de Saladin. Elle promet au gouverneur de le faire roi de Jaffa.
Saladin se rend chez le roi de Jérusalem pour lui signifier ses exigences. Le prince Renaud les refuse. Ce dernier et Saladin se battent. Le chrétien meurt.
Virginie, la veuve de Renaud se rend à la cour de Richard Cœur de Lion. Ce dernier est convaincu par le discours de la jeune femme. Il libérera Jérusalem au nom de la croix. La Prince Jean est ravi du départ de Richard car il y voit la possibilité de s’emparer du trône.
Elle se rend ensuite chez Philippe-Auguste, le roi de France qui lui aussi se laisse séduire. Ainsi commence la troisième croisade.
A Jérusalem, Saladin a confié Louise de Lusignan à Issa. Elle refuse cette condition d’esclave et préfère rejoindre les rangs chrétiens.
Les navires français et anglais  parviennent près des côtes palestiniennes et lancent l’attaque contre la ville d’Acre. Grâce à la trahison du gouverneur, les chrétiens s’introduisent dans la ville et massacrent soldats et civils.
Le soir même, les combattants du Christ fêtent leur victoire mais les dissensions ne tardent pas à apparaître : la cupidité des uns et la soif de pouvoir des autres ne sont guère compatibles et tout le monde s’apprête à trahir ceux qui étaient naguère des alliés.
Une entrevue a lieu entre arabes et chrétiens. Chacun reste sur ses positions : Saladin refuse de rendre Jérusalem mais promet que les Européens seront toujours la bienvenue. Ses interlocuteurs ne peuvent accepter une telle situation. La guerre reprend.
Après une première confrontation qui fut terrible pour les deux camps, on se déchire encore chez les croisés : Richard Cœur de Lion demande une trêve de six mois tandis que le roi de France soutenu par Virginie veut aussitôt reprendre la guerre quelque soit le prix à payer. Pour parvenir à leurs fins, les deux bellicistes enragés font tuer les émissaires que Richard avait envoyés auprès de Saladin afin d’obtenir une trêve. Convaincu que le responsable de ces morts est le chef des Musulmans, Richard ordonne qu’on exécute les trois mille prisonniers détenus par leur camp. Au même moment, apparaissent les prisonniers que Saladin a libérés. Trop tard : le roi de France donne l’ordre de tirer. Mais Richard a compris qu’il a été manipulé par Philippe-Auguste. Il lui ordonne de rentrer en son royaume.
Saladin charge Issa de rejoindre à Acre l’inventeur de l’explosif qui permettra de venir à bout des machines de guerre des chrétiens. Sur le retour  Issa est blessé par des soldats. Il ne doit la vie sauve qu’à sa qualité de chrétien. Dans le dispensaire où il est soigné, il retrouve Louise qui s’est mise au service de tous les blessés du conflit.
Pendant ce temps-là, Virginie tente de convaincre Conrad d’assassiner Richard Cœur de Lion.
Louise aide Issa à quitter Acre et à rejoindre le camp arabe. Malheureusement, on les a surpris. La jeune femme est traduite devant le tribunal militaire pour haute trahison. Au même instant le gouverneur d’Acre est présenté devant Saladin qui laisse éclater sa colère.
Conrad est chargé de l’accusation contre Louise. Il réclame le bûcher. De manière imprévue, Richard Cœur de Lion se retourne conte Conrad et l’accuse de haute trahison.  Du côté des Arabes, Saladin condamne à mort le traitre.
Avec le Duc Arthur, Virginie met en place une machination qui doit leur permettre de réaliser leur plan.
Issa a rejoint Jérusalem. Il est accueilli par Saladin. Ce dernier, fou de joie, invite Richard Cœur de Lion à venir à Jérusalem pour Noël. Le roi anglais accepte.  A peine a-t-il franchi la prote de la ville sainte, qu’il est transpercé par une flèche. Aussitôt chez les chrétiens, on crie vengeance et on veut passer tous les musulmans par le fil de l’épée. Virginie jubile et pour récompenser le duc Arthur, l’auteur de ce coup de maître, elle s’abandonne à lui.
Dans la nuit, Saladin rejoint la chambre de Richard pour le soigner. Il parvient à le soustraire des griffes de la mort. Au petit matin, s’engage une conversation animée entre les deux souverains. Richard réaffirme son désir de s’emparer de Jérusalem. Il est impensable pour lui de rentrer en Angleterre sans les clefs de la ville sainte. Saladin s’emporte : il accuse Richard de conduire à la mort ses hommes uniquement par vanité. Saladin repart pour Jérusalem. Richard rassemble ses hommes et passe à l’offensive. C’était sans compter le nouvel explosif que Saladin a fait produire en grande quantité. Les  machines des chrétiens qui leur avaient assuré un avantage certain lors des précédents  affrontements s’embrasent. L’une d’elles s’effondre sur Virginie. Cette dernière est secourue par Louise . Elle lui avoue tout. Apparait Arthur qui l’étrangle. C’est la nuit de Noël. Pour respecter la foi de ses adversaires, Saladin refuse de poursuivre le combat. Tandis que s’élèvent des chants religieux, les chrétiens s’agenouillent et prient.  Richard se rend chez Saladin et l’informe de son désir de cesser la guerre.
Le lendemain, Richard quitte la terre sainte mais autorise Louise à rester auprès de celui qu’elle aime.


Critique

On prend plaisir à suivre cette évocation en technicolor de la troisième croisade (1189-1192) qui vit s’affronter Saladin et les monarques chrétiens pour le contrôle de Jérusalem. Bien sûr, le point de vue adopté ici est celui des arabes. Les combattants musulmans sont en toute circonstance  exemplaires et le premier d'entre eux, Saladin, concentre en sa personne toutes les vertus du chef idéal (d’où l’idée souvent défendue qu’à travers le héros médiéval, c’est Nasser que le réalisateur aurait dépeint. Alors un Chahine courtisan ?)
On s'amuse aussi à voir les Chrétiens, à l'exception de Richard Coeur de Lion,  affublés des défauts que d'ordinaire on attribue à leurs adversaires : lâches, fourbes, cupides, intolérants.  Et celui qui remporte la palme de l’infamie, c'est sans conteste le Roi de France.
Très moderne dans ce film est le rôle déterminant joué par les femmes, notamment les deux chrétiennes incarnées par Nadia Lutfi et Leila Fawzi. Cette dernière est sans doute la figure la plus extraordinaire de ce Saladin.  Elle campe à la perfection le personnage de la princesse haineuse, prête à toutes les machinations pour faire triompher la cause des croisés.
Le film de Youssef Chahine a bien des qualités mais je trouve excessif l'enthousiasme de certains commentateurs qui le rangent parmi les chefs-d’œuvre du cinéma égyptien.
Les scènes de bataille qui ont pourtant fait la réputation de ce film  me semblent un peu figées. Et puis je n’ai guère gouté son manichéisme parfois outrancier et son ton édifiant, même si les intentions du réalisateur sont tout à fait louables et que Saladin est effectivement l’une des personnalités les plus remarquables de l’histoire du monde arabo-islamique.

Appréciation : 3/5
***
Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin