Affichage des articles dont le libellé est Mariam Fakhr Eddine. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Mariam Fakhr Eddine. Afficher tous les articles

lundi 16 décembre 2024

Le Puits des Privations (Bir Al Hirman, 1969)

بئر الحرمان
إخراج : كمال الشيخ


Kamal El Sheikh a réalisé Le Puits des Privations en 1969. 
Distribution : Soad Hosny (Nahed/Mervat), Nour Al Sherif (Rouf Kamal, le fiancé de Nahed), Salah Nazmi (l’avocat Mohamed Fakhr Eddine, le père de Nahed), Mariam Fakhr Eddine (Mervat, la mère de Nahed), Hamdy Youssef (le docteur Fouad), Mahmoud El Meleigy (le psychiatre Talaat Farid), Mohie Ismail (l’artiste peintre), Hamza El Shimy (Suleiman, le chauffeur), Aqila Rafaat (Nahed enfant), Abdul Rahman Abu Zahra (Taha)
Scénario : Youssef Francis, Naguib Mahfouz
D'après un roman d'Ihsan Abdul Quddus
Production : Ramses Naguib
Ce film sur le dédoublement de la personnalité semble inspiré des Trois Visages d'Ève (The Three Faces of Eve), un film américain réalisé par Nunnally Johnson en 1957.

Soad Hosny et Abdul Rahman Abu Zahra


Hamdy Youssef



Soad Hosny et Mohie Ismaïl



Mahmoud El Meleigy



Nour Al Sherif et Mariam Fakhr Eddine



Nour Al Sherif




Salah Nazmi et Mariam Fakhr Eddine
















Résumé

Quand le film débute, nous sommes dans une boite de nuit. Seule sur la piste, une jeune femme portant une robe provoquante danse de manière frénétique. Les regards de tous les hommes présents sont braqués sur elle. A la fin du morceau, la danseuse s’installe au bar et elle est immédiatement abordée par un client. Elle accepte de l’accompagner chez lui et ils passent la nuit ensemble. Le lendemain, on retrouve la jeune femme chez elle, vêtue de manière beaucoup plus sage. Elle appartient à une famille très aisée, son père est un célèbre avocat. On comprend qu’elle souffre de schizophrénie. Le jour, elle est Nahed, une jeune fille très convenable fiancée à un champion d’escrime. La nuit, elle devient Mervat, une débauchée qui multiplie les aventures sexuelles. Et quand au matin, Nahed se réveille, elle n’a plus aucun souvenir de sa nuit passée. Elle a juste un mal de tête dont elle ne connaît pas la cause et qui l’inquiète. Nahed est aimée de ses deux parents mais elle se désole de leur mésentente. Son père surtout ne cache pas l’hostilité que lui inspire son épouse. Cette dernière, qui s’appelle Mervat comme le double de Nahed, passe ses journées, seule et triste, dans le salon de leur grande maison. Un jour, Nahed décide de consulter à propos de ses maux de tête. Après l’avoir examinée, le médecin de famille, le docteur Fouad, la rassure : il n’y a rien de préoccupant dans son état. La jeune femme passe ensuite la journée avec son fiancé. Mais le soir venu, elle s’enfuit à nouveau de chez elle pour se rendre dans une boîte de nuit. Cette fois-ci, elle fait la connaissance d’un artiste peintre qu’elle suit dans son atelier. Ils font l’amour puis elle rentre chez elle. Le lendemain matin, les maux de tête sont plus vifs qu’à l’ordinaire et elle se sent épuisée. Sa mère lui conseille de consulter à nouveau le docteur Fouad. Celui-ci ne trouve toujours rien d’anormal chez Nahed mais il découvre que son dos est couvert de peinture à l’huile. Le médecin décide de confier sa jeune patiente à un psychiatre, le docteur Talaat Farid. Ce dernier accepte de suivre Nahed mais il la prévient qu’il faudra une longue analyse pour comprendre ce dont elle souffre. En attendant, l’état de la jeune femme ne cesse d’empirer. La nuit venue, elle cherche des hommes pour satisfaire ses désirs : elle renoue avec un ancien amant et elle finit même par séduire le chauffeur de la famille. Celui-ci est persuadé que la jeune femme est amoureuse de lui et, en plein jour, il tente d’avoir une relation sexuelle avec elle. Nahed est indignée par son comportement et s’enfuit, morte de peur. Autre situation embarrassante créée par son dédoublement de personnalité : dans une exposition de peinture qu’elle visite avec son fiancée, elle tombe nez à nez avec son portrait peint par l’artiste peintre qui avait été son amant d’une nuit. Sa mère finit même par la surprendre alors qu’elle est Mervat et qu’elle s’apprête à quitter la maison. Mais avec l’aide du psychiatre, Nahed découvre enfin la raison de son état. C’est à cause d’un traumatisme infantile provoqué par l’infidélité passée de sa mère…


Critique

Ce film illustre l’évolution du cinéma égyptien en cette toute fin des années 60. Il marque aussi une étape importante dans la carrière de son actrice principale, Soad Hosny.

Nous sommes en 1969, deux ans après le traumatisme de la défaite cuisante subie par l’Egypte lors de la guerre des six jours. La société égyptienne est en train de changer sur tous les plans et cela va s’accélérer avec la mort de Nasser en 1970. Le cinéma naturellement accompagne ces bouleversements. Emportés par ce vent de libération qui balaie la planète entière, les cinéastes égyptiens se détournent des divertissements familiaux et osent aborder de nouvelles thématiques destinées à un public adulte. Ils sont de plus en plus nombreux à évoquer ouvertement les problèmes liés à la sexualité et on voit se multiplier les scénarios décrivant les troubles psychologiques provoqués par une morale trop rigide, source de frustration et de névrose. Soyons honnête : l’évocation de ces troubles est souvent le prétexte à montrer des scènes osées au contenu érotique plus ou moins caractérisé. C’est un peu le cas dans ce Puits des Privations. Kamal El Sheikh que l’on considère à juste titre comme l’un des plus grands cinéastes de son temps s’intéresse ici à une jeune femme atteinte d’une forme de schizophrénie : le jour, elle est une jeune bourgeoise menant une existence conventionnelle, la nuit, elle devient une nymphomane qui multiplie les aventures d’un soir. Kamal El Sheikh a toujours été un fervent admirateur d’Alfred Hitchcock et on retrouve dans son film l’atmosphère inquiétante de ceux du maître anglo-saxon. Autre point commun, le film prend la forme d’une enquête menée par le psychiatre pour découvrir le traumatisme subi dans le passé par l’héroïne, ce qui expliquerait son comportement déviant. On pense évidemment à Pas de Printemps pour Marnie qui date de 1964.

Le traumatisme infantile est justement le point faible de l’histoire. A coups de flashbacks dans la petite enfance de l’héroïne, on nous explique que ses troubles sexuels sont dus à l’infidélité de sa mère qui autrefois s’absentait fréquemment pour retrouver son amant. C’est pour cette raison que la nuit Nahed devient Mervat, reproduisant inconsciemment l’inconduite passée de sa mère. Sur le plan psychanalytique, ça ne tient pas la route et sur le plan dramatique, c’est franchement ridicule. (On trouve pourtant au scénario, Naguib Mahfouz !)

Nahed, l’héroïne, est jouée par Soad Hosny. Celle qui fut la Cendrillon du cinéma est à un tournant de sa carrière. Pendant toutes les années soixante, elle a incarné la jeune égyptienne moderne, sympathique et heureuse de vivre. On la retrouve dans les comédies les plus populaires de l’époque, des comédies, il faut bien le dire, souvent un peu superficielles. A la veille d’une nouvelle décennie, la star veut explorer des voies inédites, quitte à décevoir une partie de son public. Et ce Puits des Privations constitue une étape majeure dans sa mue artistique. On sent dans sa manière d’aborder son personnage, une envie de répondre exactement aux désirs de son réalisateur, en affichant une sensualité peu commune dans le cinéma égyptien des années soixante (mais qui deviendra un peu la norme dans les années soixante-dix avec des actrices comme Nahed Sharif ou bien Chams Al Baroudi). Il y a indubitablement une prise de risque de la part de Soad Hosny et on doit lui reconnaître un certain courage artistique. Néanmoins, nous trouvons que son jeu manque ici de naturel. Sa manière de jouer la jeune femme libertine ne nous convainc pas car un peu trop timide, un peu trop puéril. Dans ce domaine, Nadia Lutfy reste inégalée, comme le prouve avec éclat la comédie musicale Mon Père sur l’Arbre d’Hussein Kamal sorti en cette même année 1969.

Il est clair que le cinéaste et son actrice avaient conscience que leur film allait faire scandale. Les scènes les plus attendues et les plus commentées sont celles où la nuit venue, l’héroïne se livre à ses turpitudes avec ses amants. Mais aujourd’hui que reste-t-il de ce scandale ? Peu de chose et le caractère osé des scènes nocturnes s’est considérablement émoussé. Tout compte fait, Ce Puits des Privations n’est certes pas un mauvais film mais il pêche par une certaine maladresse et par une certaine naïveté. Paradoxe de ces œuvres qui à se vouloir « modernes » ont bien mal vieilli !

Appréciation : 3/5
***

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

samedi 17 juin 2023

Des Loups sur la Route (Dhiab ila al tariq, 1972)

ذئاب على الطريق
ﺇﺧﺮاﺝ : كمال صلاح الدين




















Kamal Salah El Din a réalisé Des Loups sur la Route en 1972.

Distribution :Mariam Fakhr Eldin (Nagwa), Salah Kabil (Salim), Omar Khorsheid (Maher), Sayed Zayan (Atef Salem), Nawal Abou El Fotouh (Lola, la maîtresse d’Atef Salem), Amal Ramzi (Amal, la petite amie de Salim), Hala El Shawarby (Narcisse, la servante de Nagwa), Momtaz Abaza (Mukhlis), Fouad Jafar (le directeur de production), Adly Kasseb (le réalisateur), Rawheya Khaled (Alhaja Zeinab), Ibrahim Saafan (un assistant du réalisateur), Khairy El Kalioby (l’officier de police), Suzi Khairy (la danseuse), Essam Wahid (Essam), Saida Galal (Saida), Ibrahim Emara (le médecin)
Scénario : Youssry Hakim, Salah Darwish
Musique : Michel Youssef
Production : Kamal Salah El Din

Omar Khorsheid



Hala El Shawarby



Momtaz Abaza



Amal Ramzy





Salah Kabil



Mariam Fakhr Eddine



Adly Kasseb



Ibrahim Safaan





Fouad Jafar















Résumé

Salim travaille comme assistant dans un studio de cinéma. Il vit avec Amal, une figurante, qu’il a toujours refusé d’épouser malgré les demandes répétées de celle-ci. En fait, il est secrètement amoureux de Nagwa, l’une des stars du studio. De manière anonyme, il dépose régulièrement dans sa loge une rose accompagnée d’une lettre d’amour. Mais Nagwa ne cherche pas à savoir qui est son soupirant car elle vit avec Mukhlis, un acteur dont elle est follement amoureuse.

Une journée de tournage vient de s’achever et Nagwa demande à Salim de faire des courses pour elle et de les lui apporter à son domicile. Mais quand l’actrice rentre chez elle, une très mauvaise surprise l’attend : elle surprend Mukhtlis dans leur lit en compagnie de Narcisse, sa servante. Révoltée, Nagwa met à la porte les deux amants. Elle veut se venger et quand Salim reparaît avec les courses, elle lui demande de l’accompagner dans une discothèque qu’elle a l’habitude de fréquenter avec Mukhlis. Elle y retrouve son ex-amant en charmante compagnie. Pour susciter sa jalousie, elle se montre très tendre à l’égard de Salim. Ce dernier est aux anges. Il est convaincu que Nagwa partage ses sentiments. Quand il rentre chez lui, il retrouve Amal qui lui annonce qu’elle est enceinte. Cette nouvelle met hors de lui Salim et, sans pitié, il met à la porte de son appartement la jeune fille. Pour lui, c’est déjà de l’histoire ancienne. Le lendemain au studio, Salim fait une terrible découverte : Nagwa a déjà un nouveau chevalier servant. C’est Maher, un acteur qui tourne dans le même film qu’elle. Il est beau, il est riche et il est prévenant. Salim est dépité mais il ne s’avoue pas vaincu. Le soir, il suit les deux amoureux et quand Nagwa se retrouve seule chez elle, il n’hésite pas à sonner à sa porte. Il veut la convaincre qu’elle se trompe sur Maher mais la jeune femme lui répond très sèchement et le congédie sans ménagement. Quand Salim rentre chez lui, il trouve Amal qui l’attend à sa porte. Désabusé, il accepte de la laisser entrer.

Salim a compris que Nagwa ne s’intéressait qu’aux hommes riches alors quand le directeur de la production lui demande de se rendre à la banque pour encaisser un gros chèque, une idée folle germe dans son esprit. Cet argent, il va le garder et proposer à Nagwa de s’enfuir avec lui pour le dépenser à leur guise. Il ne retourne pas au studio mais son absence inquiète très vite toute l’équipe du film. Quand, à la nuit tombée, Salim se présente chez l’actrice, celle-ci feint de l’accueillir chaleureusement mais dès qu’elle le peut, elle se précipite sur le téléphone pour prévenir la production. Salim surprend la conversation et s’enfuit aussitôt. Il se rend alors chez la mère d’un ami décédé. La vieille dame est très malade mais elle accepte de garder pour lui une partie du butin. Salim ne sait plus où se cacher. Désormais, la police aussi est à sa recherche et toutes ses fréquentations seront à un moment ou à un autre contactées. Il décide de se rendre chez son ami Atef à Alexandrie. Il y retrouve Amal qui elle aussi le recherche pour l’inciter à rendre l’argent. Chez Atef , il y a Lola, sa maîtresse mais aussi deux amis venus fumer le narguilé. Ceux-ci sont très intéressés par ce que transporte Salim et avec l’aide de Lola ils vont tenter de s’emparer du butin. Ce n’est qu’au terme d’une série de bagarres qu’ils parviendront à leurs fins. Ils laisseront Salim et Amal, à demi assommés, en plein désert. Heureusement un automobiliste s’arrête et les prend en charge. Il faut de tout urgence conduire Amal à l’hôpital car elle a reçu un très mauvais coup. Sur la route, Salim comprend que leur sauveur est un policier. Après avoir laissé son amie à l’hôpital, Salim décide de rendre l’argent qui lui reste. Il retourne chez la vieille dame à qui il avait laissé une partie du butin. Il apprend par sa fille qu’elle est en prison car on a retrouvé tous ces billets chez elle et on l’accuse d’être au centre d’un trafic de drogue. L’étau se resserre sur Salim : Lola et ses deux complices ont été arrêtés et ils n’ont pas manqué de donner des informations précieuses pour aider la police à le retrouver. Il retourne une dernière fois chez Nagwa pour s’expliquer mais il est agressé par Mukhlis avec qui l’actrice a repris la vie commune. Il se rend enfin l’hôpital pour avoir des nouvelles d’Amal mais elle meurt alors qu’il pénètre dans sa chambre. Des policiers font irruption à l’hôpital. Salim est arrêté.



Critique

L’unique intérêt de ce film c’est qu’il nous montre de manière très simple et très claire comment on peut réaliser un navet avec quelques sous et sans aucun talent. Dans les années soixante, on voit se multiplier ce genre de production bas de gamme qui alimentent la demande sans cesse croissante des salles de cinéma : de petits films vite tournés avec un scénario bâclé et d’obscurs seconds rôles qui entourent une ou deux vedettes sur le déclin. A ce titre, on peut considérer Des Loups sur la Route comme un cas d’école.

Le scénario de ce film cumule tant d’invraisemblances qu’on peut se demander si quelqu’un l’a vraiment lu avant le tournage. D’abord, il repose sur une idée grotesque : le héros, assistant de production, vole l’argent destiné à payer le personnel et propose à l'actrice principale du film qu’on est en train de tourner d’abandonner sa carrière et de s’enfuir avec lui pour profiter du magot. On se doute que les chances de succès d’une telle machination sont bien minces ! Ensuite le héros confie la majeure partie du butin à une vieille dame qui est la mère d’un ancien ami. Très malade, elle ne quitte pas son lit et cache l’argent sous son matelas. Evidemment, cela frise l’amateurisme le plus aberrant ! Après cela, notre voleur arpentera les rues de la ville, toujours avec un sac que l’on sait désormais pratiquement vide. Mais qui sait ? Peut-être veut-il le conserver pour être plus facilement repéré. Dans cette histoire, il n’est pas le seul à faire montre de son inconséquence. La vedette jouée par Myriam Fakhr Eddine se défend pas mal non plus. Quand elle veut avertir le réalisateur que le voleur se trouve chez elle, elle laisse son visiteur seul dans le salon et se rend dans sa chambre pour téléphoner discrètement. Las ! Elle laisse grand ouverte la porte de telle sorte que l’homme ne perd pas une miette de sa conversation. Il s’enfuit donc. On peut ainsi constater que tous les protagonistes de ce drame font preuve de la même finesse et que nous assistons à un duel au sommet où chacun rivalise d’intelligence tactique ! Après cette scène de la dernière entrevue entre l’actrice et son amoureux, le scénariste n’a plus aucune idée et on assiste à l’errance sans but du héros qui ne sait plus quoi faire de son argent. Une scène amusante tout de même : l’homme trouve refuge chez un ami qui meurt brusquement en fumant du haschich. Il fallait y penser !

Mais, ne l’oublions pas, Des Loups sur la Route est avant tout un film d’action et, comme on pouvait s’y attendre, l’action se résume à une course poursuite mollassonne et à quelques bagarres ratées. Soyons francs, les bagarres n’ont jamais constitué le point fort des films égyptiens, c’est le plus souvent d’une maladresse incroyable avec des effets ridicules : accélération de l’image, amplification des bruits. Dans ce domaine aussi, Des Loups sur la Route dépasse tous ses concurrents. Je recommande notamment la scène de lutte dans laquelle l’un des protagonistes fait une chute dans un escalier de quelques marches. C’est aussi impressionnant que la chute d’un enfant qui joue aux cow-boys et aux indiens avec ses copains.

La vedette du film est Myriam Fakhr Eddine. Dans les années cinquante et soixante, c’est une star de l’écran spécialisée dans les rôles de jeunes filles de bonne famille et plus tard dans les rôles de femmes fatales. A l’aube des années soixante-dix, son étoile a pâli et on la retrouve parfois dans des productions indignes de son talent. Elle même en a bien conscience et dans ce film elle assure le service minimum, débitant ses rares répliques avec une totale absence de conviction. Il est vrai aussi que son personnage est d’une inconsistance absolue et qu’il est bien difficile de trouver une cohérence à ses actions et à son comportement. Pour ajouter à la débâcle, on a tout fait pour enlaidir celle qui dans sa jeunesse avait remporté le prix du « plus beau visage ». Dans la première partie du film, elle arbore une coiffure improbable lui donnant l’allure d’une vieille mamie excentrique et porte des tenues style « sac à patates » soulignant avec tact sa silhouette alourdie.

Aux côtés de Myriam Fakhr Eddine, on trouve Omar Khorsheid. Ce virtuose de la guitare à l’air sympathique était un peu le Sacha Distel oriental (coïncidence étrange : Omar Khorsheid meurt en 1981 à 36 ans dans un accident de voiture et Sacha Distel lui aussi aura un terrible accident de voiture qui laissera sa passagère gravement handicapée). Dans sa courte carrière, Omar Khorsheid sera à l’affiche d’une vingtaine de navets dans lesquelles il jouera de la guitare fort bien et jouera la comédie fort mal. Point commun de tous les films auxquels il participera : de jeunes actrices de second plan qui s’exhibent en petite tenue. Des Loups sur la Route lui offre l’un de ses rôles les plus ineptes : quelques accords de guitare, trois ou quatre répliques, un large sourire, et puis s’en va.

Enfin, signalons pour les curieux et les historiens que Des Loups sur la Route est l’un des rares films égyptiens qui offrent aux spectateurs la vision fugitive du sein nu de l’une des actrices.

Appréciation : 1/5
*

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

vendredi 15 mars 2019

Souvenir d'une Nuit d'Amour (Zokara laila hob, 1973)


ذكرى ليلة حب
ﺇﺧﺮاﺝ: سيف الدين شوكت



Seif El Din Shawkat a réalisé Souvenir d'une Nuit d'Amour en 1973.
Distribution : Salah Zulficar, Nabila Ebeid, Nelly, Mona Wasef, Sabah Al-Jazayri, Maha Al Saleh, Rafiq Subaie, Nadia Arslan, Ziad Mawlawi, Mariam Fakhr Eddine
Scénario : Seif El Din Shawkat
Musique : Suhail Arafa


Salah Zulficar


Salah Zulficar et Nabila Ebeid

Maha Al Saleh et Ziad Mawlawi

Rafiq Subaie


Nelly et Salah Zulficar

Mona Wasef

Nelly

Salah Zulficar et Mariam Fakhr Eddine

Sabah Al Jazayra


Résumé

Adel vit heureux avec son épouse Layla. Celle-ci est gravement malade du cœur et son état nécessite un suivi médical constant. Pour des raisons professionnelles, Adel doit s’absenter un certain temps, loin de sa femme. Alors qu’il dîne dans un cabaret, il retrouve Camilia, une ancienne petite amie qui est la danseuse de l’établissement. Elle est toujours amoureuse de lui et Adel n’est pas insensible à son charme. Il essaie de l’oublier, de penser à autre chose mais un jour, pour échapper à un homme qui la harcèle, elle trouve refuge dans la chambre que loue Adel dans un motel de la ville. Evidemment, ils redeviennent amants. Le lendemain, Adel reprend le chemin du retour. Il a hâte de retrouver sa femme et d’oublier cette malheureuse aventure. Mais Camilia est dans un tout autre état d’esprit : elle veut faire sa vie avec lui. Elle se présente à son domicile alors qu’il s’y trouve seul et menace de tout dire à Layla. Le mari infidèle se précipite sur sa maîtresse et la rudoie de manière si brutale qu’elle s’effondre, inconsciente. Adel court à l’étage chercher de quoi la soigner mais quand il la rejoint, il ne peut que constater son décès. 
Adel est désespéré. Il décide de placer le corps de la jeune femme dans une malle et de jeter celle-ci dans la rivière. Au bout de quelques jours, la police repêche la malle et découvre le corps de la victime. Celui qui est chargé de l’enquête est un officier de police, grand ami d’Adel. Tous les indices finissent par accuser ce dernier. C’est tout à la fin qu’on découvre qu’il n’a pas tué sa maîtresse mais que le coupable est l’homme qui la harcelait. L’assassin s’était introduit dans la maison d’Adel et profitant du fait que Camilia inanimée était restée seule, il l’avait étranglée. Adel est donc innocent. Heureux et soulagé, il peut retrouver Layla.

lundi 30 octobre 2017

Lorsque le Corps Glisse (Indama yasqout al gasad, 1977)

عندما يسقط الجسد
إخراج :نادر جلال



Nader Galal a réalisé Lorsque le Corps Glisse en 1977.
Distribution : Mahmoud Yassin (Mahmoud), Saïd Abdel Rhani (le rédacteur en chef du journal), Azza Kamal (Fatima), Aziza Rashid (Nargis), Samir Ghanem (Talaat, le journaliste), Nahed Sherif (Lawahez, la danseuse), Mariam Fakhr Eddine (Angie), Noura (Madiha), Soheir Sabri (Chouchou), Enayat Saleh (Fifi), Mohamed Shawki (l’agent immobilier) 
Scénario : Helmy Salim et Mohamed Mostafa Samy 
Musique : Fouad El-Zahiry et Khaled El-Amir 
Production : Mary Queeny 


Mahmoud Yassin et Hussein Asar















Nahed Sherif














Mohamed Shawki et Mahmoud Yassin















Nahed Sherif







Aziza Rachid


Nahed Sherif















Samir Ghanem















Mahmoud Yassin et Noura


















Résumé

Mahmoud, un jeune intellectuel, quitte son village pour s’installer au Caire. Il a écrit un recueil de poèmes et il souhaiterait s’occuper de sa publication. Il pense trouver un emploi d’enseignant dans l’un des lycées de la capitale. Dans un premier temps, il loge chez un ami qui le déconcerte par sa vie dissolue. Au matin, il fait la connaissance des « fiancées » de son hôte et cela le met très mal à l’aise. Mahmoud préfère chercher un autre logement. Il trouve une chambre dans un grand appartement occupé par une danseuse. Un soir, il accepte l’invitation de son ami à une petite fête qu’il organise dans son appartement. On danse et l’alcool coule à flot. Au milieu de la foule, son regard s’arrête sur une toute jeune fille très belle. Elle s’appelle Madiha. Elle lui sourit. Il est sous le charme. Durant la soirée, il danse à plusieurs reprises avec elle. Le lendemain, il se rend pour la première fois dans le lycée de jeunes filles où il a trouvé un emploi de professeur d’arabe. Il découvre que Madiha est l’une de ses élèves. 
Il est très amoureux d’elle mais il souhaite qu’elle renonce à ces sorties nocturnes bien peu convenables pour une lycéenne. Elle lui promet d’abandonner fêtes et soirées dansantes. La vie sentimentale de Mahmoud se complique car deux autres femmes ont des vues sur lui : la danseuse chez qui il loge et qui sait se montrer très désirable et Angie, la femme richissime, avec qui il a une brève liaison. Mais l’élue de son cœur reste Madiha et il veut l’épouser. Il va même jusqu’à la présenter à sa famille lors d’un court séjour dans son village. 
Mahmoud semble enfin heureux : son recueil de poèmes a été édité et il va épouser la femme qu’il aime. Hélas, lors d’une soirée qu’il passe dans un cabaret avec son ami Talaat, il découvre que Madiha se prostitue. Dégoûté par la grande ville où règnent sans partage la débauche et la corruption, il décide de retourner vivre dans son village. 


lundi 28 août 2017

Jeunesse d'Aujourd'hui (Shabab al Youm, 1958)

شباب اليوم
إخراج: محمود ذو الفقار



Mahmoud Zulficar a réalisé Jeunesse d'Aujourd'hui en 1958.
Distribution : Mariam Fakhr Eddine (Fathia), Omar El Hariri (le docteur Mamdouh), Cariman (Nawal), Youssef Fakhr El Din (Youssef, le frère de Fathia), Mahmoud El Meleigy (le père de Fathia), Rafia El Shal (la mère de Fathia), Doha Amir (la sœur cadette de Fathia), Thuraya Fakhry (la mère de Nawal), Olwiya Gamil (la véritable mère de Fathia), Nahed Samir (la mère du docteur Mamdouh), Saab Kotb (Rashad, l’ami de Youssef), Hassan Abdul Salam (Sobhi, le fils du paysan)
Scénario : Abdel Aziz Salam et Mahmoud Zulficar
Musique : Moukhtara et Mohamed Abdel Wahab
Production : les films Mariam Fakhr Eddin


Cariman et Youssef Fakhr El DIn

















Shafik Nour El Din

















Hassan Abdul Salam, Cariman, Youssef Fakhr El Din

















Cariman et Omar El Hariri

















Mahmoud El Meleigy et Youssef Fakhr El Din

















Mariam Fakhr Eddine


















Résumé

Fathia vit avec son père, Ahmed Fathi, un homme d’affaires très malade ainsi qu'avec sa mère et son jeune frère Youssef. Le garçon passe ses journées avec leur charmante voisine Nawal et sa jeune sœur Soheir.

Le docteur Mamdouh se rend régulièrement chez les Fathi pour contrôler l’évolution de la maladie du père. Au fil de ses visites, Mamdouh et Fathia sont tombés amoureux l’un de l’autre, à la grande joie des parents de la jeune femme. Mais de son côté, Nawal aussi aimerait bien se marier et elle trouve le jeune médecin tout à fait à son goût. Elle entreprend de le séduire, encouragée par sa mère.

Dans la maison, Fathia s’occupe de tout : elle supervise les tâches ménagères, elle veille à ce que son père prenne bien tous se médicaments, elle surveille son frère et le conseille.

Un soir, Youssef se rend chez son ami Rachad pour participer à la petite fête que celui-ci donne à l’occasion de son anniversaire. Il est accompagné de Nawal. Là, ils rencontrent Sobhi, un jeune garçon qui prétend être très riche et qui aime évoquer tous ses voyages en Europe. Alors que la fête bat son plein et que le whisky coule à flots, le père de Sobhi fait son apparition. On comprend que c’est un simple paysan qui a vendu tout ce qu’il possédait pour financer les études de son fils. Le vieil homme est désespéré de constater que tous ses sacrifices n’ont servi qu’à financer ses beuveries. Sobhi, honteux, quitte la fête avec son père.

Le lendemain, Youssef doit se faire faire une carte d’identité et il a besoin de son certificat de naissance. Il accompagne son père dans son bureau et tandis que celui-ci cherche le document dans ses papiers, Youssef aperçoit une grande enveloppe sur laquelle est inscrit « Papiers Adoption Fathia ». Fathia n’était donc pas sa sœur ! Son père est obligé de le reconnaître mais il demande à son fils de garder le secret.

Peu après, le docteur Mahmoud fait officiellement sa demande en mariage. Fathia est au comble du bonheur et toute la famille approuve cette union. Evidemment, Nawal est dépitée par la nouvelle : elle a échoué. Lors des fiançailles, Youssef et Nawal ont trop bu. Ils finissent par s’embrasser. Fathia qui a tout vu est scandalisée par une telle attitude. Elle les sermonne sans ménagement. Youssef s’emporte, Fathia le gifle. Le garçon, hors de lui, lui révèle le secret de sa naissance. La jeune femme bouleversée, court demander des explications à son père. Celui-ci lui révèle que sa mère biologique l’avait abandonnée car elle n’avait plus les moyens de l’élever après la mort de son père. Elle avait donc accepté qu’Ahmed l’adopte. Il conclut en promettant à Fathia de retrouver l’adresse de sa mère. Il obtient ses coordonnées et lui rend visite. Il lui annonce que sa fille sait la vérité et qu’elle souhaite la voir. La vieille femme ne souhaite pas que sa fille vienne revivre avec elle car elle abandonnerait une existence agréable pour la vie éprouvante des pauvres. Elle veut bien la recevoir mais elle lui dira qu’elle est une amie de sa mère morte depuis très longtemps. Les deux femmes se rencontrent et, malgré son émotion, à aucun moment la vieille dame ne révèle sa véritable identité. Après cette entrevue qui l’a bouleversée, Fathia se rend chez le docteur Mamdouh. Ils discutent quelques instants et Fathia profite d’une courte absence du médecin pour s’enfuir après avoir déposé sur la table sa bague de fiançailles : elle ne veut pas le déshonorer et préfère rompre.

Mais les sentiments du docteur n’ont jamais varié et tous les membres de la famille Fathi finiront par convaincre la jeune femme de l’épouser comme il était convenu.


Critique

Voilà un mélodrame bien conventionnel ! C’est l’histoire d’une jeune fille sage et méritante appartenant à la meilleure société qui découvre brutalement qu’elle est une enfant adoptée. Elle apprend qu’elle été abandonnée par sa mère biologique, une miséreuse qui n’avait pas les moyens de l’élever. Avec un tel sujet, on comprend que le premier souci des auteurs n’a pas été de concevoir une œuvre originale mais de se conformer à un modèle qui a fait ses preuves tant au cinéma qu’en littérature. Lieux communs et clichés à la sauce pathos.
Les personnages sont réduits à des stéréotypes, notamment les deux héroïnes qui incarnent deux images de la femme diamétralement opposées : l’une est méritante, attentionnée, vertueuse ; l’autre, ambitieuse, amorale, sans scrupule. Cette opposition est soulignée de manière grossière par les toilettes portées par l’une et par l’autre. Dans l’une des toutes premières scènes du film, Mariam Fakhr Eddine apparaît dans une robe très stricte avec un col bien fermé jusqu’au cou ; ses cheveux sont tirés en arrière et maintenus par un serre-tête. Face à elle, nous trouvons Cariman, robe légère, épaules dénudées et chevelure luxuriante. La seconde jouera de tous ses appas pour dérober à la première son fiancé, le bon docteur Mamdouh mais, soyons rassurés, ce dernier n’est pas homme à se laisser séduire par une petite mijaurée. Dans ce film, la vertu triomphe de tout, hélas !
Visiblement, les auteurs ont pris très au sérieux leur mission moralisatrice : ils fustigent sévèrement les excès de la jeunesse dorée de l’époque (des excès bien timides pour le spectateur d’aujourd’hui) et son ingratitude à l’égard de parents qui travaillent dur pour assurer le bonheur de leur famille. Cela nous vaut l’une des scènes les plus fastidieuses du film : un vieux père prématurément usé fait irruption au milieu d’une fête où se trouve son fils. Le discours que tient l’homme est comme une douche froide pour tous ces jeunes gens insouciants. Son fils, comprenant alors sa coupable légèreté, jette son verre de whisky et sort avec son père. Il est sauvé !
Mais le caractère éminemment réactionnaire du film éclate dans la dernière scène. C’est le jour des noces de Fathia et du docteur Mamdouh. On voit les mariés entourés des parents et amis sortir de la villa de la famille Fathi. Et derrière la muraille entourant le jardin de la propriété, il y a la vieille maman qui , émue aux larmes, regarde sa fille si belle dans sa robe blanche. Evidemment, elle n’a pas été invitée. Elle aurait fait tache.

Appréciation : 2/5
**
Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin


mercredi 8 mars 2017

Avec les Souvenirs (Mahal zekrayat,1961)

مع الذكريات
إخراج : سعد عرفه


Saad Arafa a réalisé Avec les Souvenirs en 1961.
Distribution : Ahmed Mazhar (Sharif), Nadia Lutfi (Amal), Mariam Fakhr Eddine (Ilham), Salah Mansour (Madbouli), Fattoh Nashaty (le médecin), Mokhtar El Sayed (l’assistant réalisateur), Saïd Khalil (le réalisateur), Ahmed Loxer (Hamdy)
Scénario : Saad Arafa
Musique : André Ryder
Production : les films Al Shams


Ahmed Mazhar et Nadia Lutfi

















Mariam Fakhr Eddine
















Nadia Lutfi

















Salah Mansour

















Ahmed Mazhar
















Mariam Fakhr Eddine



















Résumé

Sharif est un acteur célèbre. Il file le parfait amour avec Ilham, une jeune actrice qui grâce à lui est devenue une vedette. Dans sa vie, il y a une autre jeune femme : Amal. Elle est orpheline et il l’a prise sous sa protection. Après ses études, elle est revenue vivre auprès de lui. Elle l’aime secrètement mais Sharif ne lui manifeste qu’une affection paternelle.

Le bonheur de Sharif et d’Ilham serait complet si cette dernière n’était pas sans cesse importunée par Madbuli, un technicien du studio dans lequel ils tournent un nouveau film. L’homme est bossu, boiteux et sans doute simple d’esprit. Une nuit, il s’introduit dans la chambre d’Ilham et tente de la violer. Heureusement, Sharif, alerté par les cris, fait irruption dans la pièce et chasse l’agresseur.

Madbuli est fou de rage. Le lendemain, le couple doit tourner une scène dans laquelle le personnage de Sharif tire au pistolet sur la femme jouée par Ilham. Le bossu doit s’occuper de l’arme. Il en profite pour remplacer les balles à blanc par de vraies balles. On tourne la scène. Sharif tire sur Ilham qui s’effondre. Après le clap de fin, elle ne se relève pas, elle est morte.

Sharif est fou de désespoir : il a tué celle qu’il aimait le plus au monde. Il sombre dans la dépression. Amal est restée à ses côtés et tente de lui redonner goût à la vie. En vain. La maison de Sharif a été transformée en temple à la mémoire de la défunte. On retrouve son portrait dans toutes les pièces de la maison. La santé de Sharif se dégrade rapidement. Impuissante, Alam ne sait plus que faire pour l’aider.

Un jour, Sharif reçoit la visite de Madbuli. Celui-ci lui avoue tout et lui révèle la véritable personnalité d’Ilham. C’était une manipulatrice qui s’est toujours jouée de Sharif. Elle n’était intéressée qua par son argent et sa célébrité. Plus grave encore : elle était restée la maîtresse de son premier amant, un acteur sans talent qu’elle entretenait . La tentative de viol n’a jamais existé. C’est Ilham qui, comprenant que Madbuli allait tout révéler à son compagnon, l’a introduit dans sa chambre puis s’est agrippée à lui en hurlant pour le discréditer auprès de celui-ci. Sharif est abasourdi. Il se jette sur les portraits d’Ilham fixés aux murs et les déchire rageusement. Puis il asperge la maison d’essence et met le feu. Lui et Madbuli ont juste le temps de fuir la maison avant qu’elle ne soit totalement dévorée par les flammes.


Critique

Le scénario de ce film repose sur un procédé classique : les mêmes événements sont racontés selon des points de vue différents, et c’est dans la dernière partie que toutes les illusions se dissipent et que la vérité éclate au grand jour dans toute sa monstruosité. Un procédé peu original mais efficace pour créer un suspens retenant l’attention du spectateur. Il n’empêche que dans ce film de Saad Arafa, ce n’est pas franchement réussi. La faute en incombe tout d’abord à une première partie qui accumule les maladresses : de longues scènes répétitives, des effets grossiers, un jeu d’acteur caricatural (notamment Ahmed Mazhar dans l’expression de son désespoir), des décors aussi pimpants et impersonnels qu’un intérieur de maison témoin. Bref tout cela finit par lasser le spectateur le plus indulgent quand soudain tout bascule avec le témoignage du bossu dont la fonction est de dessiller la vue du héros sur celle qui fut l’amour de sa vie. Le récit d’un coup retrouve de l’intérêt. Il y a notamment quelques scènes dans lesquelles Mariam Fakhr Eddine se hausse au niveau des grandes femmes fatales du film noir hollywoodien. On pense notamment à Rita Hayworth. Mais tout cela vient bien tard ! Le défaut principal du film, c’est que dans la première partie, rien n’annonce le vrai visage de l’héroïne. Du coup on a l’impression que Mariam Fakhr Eddine incarne non pas un seul personnage dont on aurait dès le début suggéré la complexité et l’ambivalence mais qu’elle joue deux personnages antithétiques, aussi sommaires l’un que l’autre. 
Dommage car avec un scénario plus subtil et une direction d’acteurs moins pataude, ce film aurait pu offrir à la plus nordique des actrices égyptiennes l’un de ses plus beaux rôles.

Appréciation : 2/5 
**

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin