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lundi 15 juin 2026

L’escalier de service (alsulm alkhalfiu,1973)

السلم الخلفي
 إخراج : عاطف سالم


Atef Salem a réalisé L'Escalier de Service en 1973.
Distribution : Abdel Moneim Ibrahim (Othman), Mervat Amine (Soheir, la femme d’Othman), Abdel Khaleq Saleh (Omar, le propriétaire de l’immeuble), Hassan Youssef (Sami, le fils d’Omar), Nifin (la sœur de Sami), Aleya Abdel Moneim (la mère de Sami), Fifi Abdou (la danseuse), Nagwa Fouad (la danseuse), Hassan El Baroudy (Mahmoud, le portier), Nour Al Sherif (Mohamed, le fils du portier), Mouwafak Bahgat (le leader du groupe), Safaa Abo El Saoud (Nousa, la servante), Amal Sharif (la femme qui tyrannise sa jeune servante), Dina Abdallah (la jeune servante tyrannisée), Ghassan Matar (Izzat), Kawthar El Assal (Ferdoos, la femme d’Izzat), Fatma Mazhar (Titi, la sœur de Ferdoos), Hussein Ismael (Madbouly), Salah El Masry (le médecin), Kawthar Ramzi (une servante)
Scénario : Kamel El Hefnawy
Musique et chansons : Fouad El Zahiry, Mohamed Diaa El Din, Hussein El Sayed, Jamal Al Hashemi
Production : The Egyptian Public Authority for Cinema, Television, Theater and Music

Mervat Amine et Abdel Moneim Ibrahim






Mouwafak Bahgat








Ghassan Matar










Mervat Amine et Abdel Moneim Ibrahim







Amal Sharif et Dina Abdallah










Abdel Khaleq Saleh









Kawthar El Assal et Fatma Mazhar



Nour Al Sherif et Hassan El Baroudy



Safaa Abo El Saoud et Abdel Moneim Ibrahim



Aleya Abdel Moneim, Nifin et Hassan Youssef



Safaa Abo El Saoud et Ahmed Nabil





Résumé

Le film s’ouvre avec la tournée matinale du livreur de lait. Celui-ci s’engouffre dans un immeuble et on fait connaissance avec les résidents qui lui ouvrent leur porte. Pour aller d’un étage à l’autre, le livreur emprunte l’escalier de service qui constitue un axe central dans la vie de tous les habitants de l’immeuble. Il permet d’aller et venir en toute discrétion, sans risquer de tomber nez à nez avec un conjoint jaloux, un patron intraitable, un parent autoritaire ou un propriétaire tatillon.

C’est par cet escalier que le film nous fait glisser dans l’intimité des familles, révélant leurs joies, leurs secrets ou leurs drames.

Le récit suit plus particulièrement quelques personnages.

Othman, employé de bureau, vient d’épouser Soheir, une jeune femme d’une beauté éclatante. Mais depuis leur mariage, un problème empoisonne leur vie : Othman est devenu impuissant. Les potions qu’il achète en cachette n’y changent rien. Soheir, dévorée par le désir et la frustration, souffre en silence, même si son amour pour son mari demeure intact.

Sami est le fils du propriétaire de l’immeuble. C’est un garçon qui néglige ses études et préfère se consacrer à ses plaisirs. Il passe des nuits entières avec ses camarades et rentre chez ses parents au petit matin, ivre mort. Pour gagner de l’argent facilement, il n’a pas hésité à sombrer dans la délinquance, en organisant vols de voitures et cambriolages. Il entretient des relations très conflictuelles avec sa sœur qui mène une vie d’étudiante studieuse.

À l’université, celle-ci est amie avec Mohamed, le fils du vieux portier. Travailleur et respectueux, Mohamed partage son temps entre ses études et l’aide qu’il apporte à son père pour l’entretien de l’immeuble. Malgré leurs différences sociales, les deux jeunes gens s’entendent à merveille.

Nousa, servante dans une famille avec un bébé, illumine l’immeuble par sa bonne humeur. Elle rêve de devenir artiste et passe ses journées à chanter et danser, au détriment du nourrisson qu’elle est censée garder. Elle se lie d’amitié avec un groupe de jeunes musiciens fauchés qui vivent dans un appartement voisin. Un jour, ils lui proposent de devenir leur chanteuse : Nousa accepte avec enthousiasme.

Dina Abdallah, petite fille employée comme servante, vit quant à elle un quotidien bien plus sombre. Exploitée et maltraitée par le couple qui l’emploie, elle travaille du matin au soir pendant que les autres enfants de l’immeuble jouent librement.

Enfin, Izzat, séducteur invétéré, multiplie les conquêtes malgré la grossesse de sa femme Ferdoos. Lorsque la jeune sœur de celle-ci vient les aider, il tente aussitôt de la séduire et finit par abuser d’elle. Il jette également son dévolu sur Soheir, la femme d’Othman, qu’il harcèle jusque dans son propre appartement.

Dénouements : les événements se précipitent et prennent une tournure nettement dramatique.

La petite servante pour échapper aux sévices de sa maîtresse se jette dans le vide du haut de l’escalier. Au début de l’enquête, les policiers soupçonnent le portier et son fils d’être responsables de la mort de la petite fille mais ils seront vite innocentés.

Sami est arrêté alors qu’avec sa bande il s’apprêtait à cambrioler une maison. En apprenant la nouvelle, son père fait un malaise cardiaque.

Profitant de l’absence du mari parti en voyage, Izzat s’est introduit dans l’appartement d’Othman et de Soheir grâce à la complicité de la femme de ménage. Il se jette sur Soheir et tente de la violer. Au début la jeune femme résiste mais progressivement, l’excitation monte en elle et elle s’apprête à totalement s’abandonner au désir d’Izzat. Heureusement, Othman arrive à temps pour faire fuir l’agresseur qui disparaît dans l’escalier de service avant que le mari n’ait pu entrer dans la chambre. Soheir est soulagée, et Othman lui annonce une nouvelle inespérée : grâce à un médecin qu’il a consulté, il a retrouvé sa virilité. Le couple entreprend aussitôt de le vérifier.



Critique

Le film se présente comme une véritable radiographie de la société cairote de l’après‑1967, à un moment où l’Égypte, encore sonnée par la défaite, voit vaciller les certitudes héritées du nassérisme. Atef Salem observe cette mutation avec une acuité presque clinique, choisissant pour terrain d’étude un immeuble dont chaque appartement dévoile une facette de la nouvelle société urbaine.

La démarche n’est pas sans rappeler le roman d’Emile Zola Pot-Bouille qui raconte le quotidien de plusieurs familles résidant dans le même immeuble parisien du second Empire. Dans ce roman, la cour intérieure sur laquelle donnent les cuisines des appartements constitue l’envers de l’apparence bourgeoise. C’est par cette cour intérieure que communiquent tous les domestiques révélant les détails les plus sordides de l’existence prétendument rangée de leurs maîtres. Chez Atef Salem, c’est l’escalier de service qui joue ce rôle de révélateur. C’est par lui que l’on accède à la vérité des habitants, et ce que l’on y découvre est rarement reluisant.

Les personnages, pourtant sympathiques au premier abord, se conduisent presque tous de manière indigne. L’égoïsme domine, la solidarité a disparu, et chacun s’affaire à défendre ses intérêts sans jamais se soucier des autres. Atef Salem, sociologue autant que moraliste, semble profondément pessimiste face à cette société qui, après la mort de Nasser et l’arrivée de Sadate, se recompose autour de comportements nouveaux, plus individualistes, plus brutaux.

Le portrait le plus emblématique est celui du fils du propriétaire, interprété par Hassan Youssef. Il incarne la dérive morale d’une jeunesse privilégiée : capricieux, violent, voleur, violeur même, entouré d’une bande de crétins veules et vulgaires. Dans la même veine, un autre résident, pourtant marié, se comporte comme un prédateur insatiable, persuadé que toutes les femmes de l’immeuble doivent céder à ses désirs. Salem ne cherche jamais à atténuer la noirceur de ces figures : il les filme dans leur crudité, comme les symptômes d’une société malade.

À côté de ces personnages odieux, le réalisateur propose des portraits plus nuancés. Comme celui de la jeune servante, toujours souriante, capable de générosité mais aussi d’une insouciance coupable. Elle abandonne le bébé dont elle a la charge pour rejoindre des musiciens qui rêvent de faire d’elle une chanteuse. Un comportement puéril et irresponsable, révélateur d’une jeunesse qui aspire à s’émanciper mais ne sait comment s’y prendre.

Les actions véritablement généreuses sont rares. On retient le fils du concierge, dévoué à son vieux père, ou ce petit garçon qui offre un morceau de gâteau à la jeune bonne maltraitée par ses maîtres. Des gestes minuscules, presque dérisoires, mais qui rappellent que l’humanité n’a pas totalement disparu.

Dans ce tableau sombre, le couple formé par Abd El Moneim Ibrahim et Mervat Amine apporte une respiration comique. Leur intrigue, fondée sur l’impuissance du mari face à la beauté renversante de sa jeune épouse, relève de la comédie de mœurs. Le mari multiplie les tentatives pour retrouver sa virilité, tandis que Mervat Amine, d’une sensualité éclatante, peine à contenir sa frustration. Cette parenthèse légère ne dissipe pas la noirceur du film : elle la souligne, en montrant par le rire les tensions du couple moderne.

Atef Salem ne regrette pas la société traditionnelle corsetée par une morale rigide, mais l’évolution qu’il observe ne semble pas le rassurer. Il constate l’avènement d’un monde où les repères se brouillent, où les comportements se durcissent, où l’individualisme triomphe. Sous ses airs de chronique d’immeuble, son film devient le témoignage inquiet d’une société en pleine mutation.

La filmographie de Salem, marquée par une grande disparité, s’essouffle à partir des années 1970. Cet Escalier de Service tranche avec d’autres réalisations plutôt médiocres, même si on peut trouver à celui-ci quelques faiblesses : une structure parfois relâchée, un entrelacement des fils narratifs qui manque de rigueur, des transitions de registre parfois abruptes, et le recours à des ficelles mélodramatiques un peu grosses comme le suicide de la petite fille.

Mais on retiendra surtout la représentation audacieuse — presque téméraire — de la société égyptienne de l’époque, quitte à choquer le grand public. Et puis, il y a Mervat Amine, la plus belle actrice de sa génération, qui prouve une fois encore sa capacité à jouer sur tous les registres. Ici, elle exprime avec une conviction troublante la frustration sexuelle qui ronge peu à peu l’âme et le corps de son personnage.

appréciation : 3/5
***

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

lundi 16 février 2026

Les réalisateurs : Taysir Aboud (1944-2023)

تيسير عبود

Taysir Aboud est un scénariste et réalisateur égyptien. Il commence sa carrière dans les années soixante comme assistant auprès de réalisateurs de séries B. Il passe à la réalisation en 1972 avec "Folie de l'Adolescence" (Junun almurahaqat). Il tournera quatorze films, pour l'essentiel des drames sans relief  dans lesquels se mêlent argent, jalousie et passion amoureuse. Dans les années soixante-dix, il dirige à plusieurs reprises Nahed Sherif, l'un des sex-symbols de l'époque. En 1993, il met un temre à sa carrière cinématographique et dès lors ne travaillera plus que pour la télévision.


Un seul film de Taysir Aboud a fait l'objet d'une présentation dans ce blog :


Des Nuits Révolues (Layla lan Tahoud, 1974)
avec Nahed Sherif (Mona), Salah Nazmi (Radwan, le mari de Mona), Nour Al Sherif (Hussein Qadri), Boussy (Layla, la fille de Radwan), Mohamed El Araby (Adel),Afaf Wagdy (la servante), Soheir Zaky (danseuse), Ali Ezz Eddin (l’inspecteur de police)
Scénario : Ahmad Abdel Wahab et Mohamed Osman
Musique : Fouad El Zahiry
Production : les Films du Nil
appréciation : 1/5


Mona est la jeune épouse de Radwan, un homme très riche. Avec eux, vit Layla, la fille de Radwan, issue d’un premier mariage. Cette dernière a fait la connaissance d’un jeune homme, Hussein et elle ne cache pas à sa belle-mère les sentiments qu’elle éprouve pour lui. Mona décide d’en parler à son mari et elle parvient à le convaincre de recevoir le jeune homme. Quand celui-ci fait son apparition à leur domicile, Mona découvre avec horreur que le futur fiancé de sa belle-fille est un homme qu’elle avait follement aimé autrefois et qui l’avait abandonnée sans aucun scrupule. Une fois Hussein parti, Mona conseille à son mari de ne pas précipiter le mariage. Par la suite, elle tente de chasser son ancien amant de leur existence mais celui-ci l’a menacée de révéler leur liaison passée à son mari. Hussein poursuit son entreprise de séduction non seulement auprès de Layla mais aussi auprès de son père avec qui il est devenu ami. Mais cela ne lui suffit pas : il propose à Mona de redevenir amants. C’en est trop pour celle-ci. Elle décide de tout révéler à son mari. Alors que ce dernier est en compagnie d’Hussein dans un cercle de jeux, elle lui demande au téléphone de la rejoindre immédiatement chez eux. Hussein comprend ce qui va se passer. Il se précipite sur le véhicule de Radwan et sectionne les câbles de freins. Le mari de Mona se tue sur la route et la police conclut à un accident car il avait consommé de l’alcool. Désormais, Mona s’est donné une mission : arracher Layla des griffes d’Hussein ...

Notre avis : disons-le sans ambages, le film est raté. La faute à un scénario décousu : il est constitué de deux parties indépendantes avec des lieux, des personnages et surtout un ton totalement différents. Seul point commun reliant ces deux parties, l’héroïne. On a l’impression que chacun des deux scénaristes s’est chargé d’une des deux parties sans vraiment se concerter avec son collègue (adeptes du cadavre exquis ?), ce qui donne quelque chose à la limite de l’incohérence. Comment expliquer que Layla, la belle-fille de l’héroïne, personnage central de la première partie, ne reparaisse à aucun moment dans la seconde ? Mais peut-être est-ce dû à l’agenda surchargé de Poussy, l’actrice qui l’incarne. En 1974, celle-ci est partout, à la télévision, au théâtre et bien sûr au cinéma. Petite précision en passant : Poussy et Nour El Sherif sont mari et femme depuis 1972 et le resteront jusqu’en 2006, date de leur divorce.

Initialement, le film devait s’intituler « Nue dans les rues d’Égypte ». Un titre prometteur mais mensonger — Nahed Sherif n’y apparaît jamais nue — qui annonce de manière explicite les intentions des auteurs. Les deux héroïnes, sont constamment vêtues de tenues provocantes : jupes ultra-courtes, décolletés vertigineux, souvent en décalage total avec la gravité des scènes. Ce contraste crée un mélange étrange de mièvrerie sentimentale et d’érotisme soft.. Du coup, il est difficile pour le spectateur de compatir au chagrin, à la détresse des deux héroïnes qui tout en sanglotant offrent à la vue de tous, leurs appâts les plus éloquents.

dimanche 31 août 2025

Des Nuits Révolues (Layla lan Tahoud, 1974)

ليالي لن تعود
إخراج : تيسير عبود


Taysir Aboud a réalisé Des Nuits Révolues en 1974.
Distribution : Nahed Sherif (Mona), Salah Nazmi (Radwan, le mari de Mona), Nour Al Sherif (Hussein Qadri), Boussy (Layla, la fille de Radwan), Mohamed El Araby (Adel),Afaf Wagdy (la servante), Soheir Zaky (danseuse), Ali Ezz Eddin (l’inspecteur de police)
Scénario : Ahmad Abdel Wahab et Mohamed Osman
Musique : Fouad El Zahiry
Production : les Films du Nil

Nahed Sherif et Salah Nazmi



Nour Al Sherif



Nahed Sherif



Boussy et Nahed Sherif



Nahed Sherif et Mohamed El Araby



Mohamed El Araby et Nahed Sherif



Mohamed El Araby















Résumé

Mona est la jeune épouse de Radwan, un homme très riche. Avec eux, vit Layla, la fille de Radwan, issue d’un premier mariage. Cette dernière a fait la connaissance d’un jeune homme, Hussein et elle ne cache pas à sa belle-mère les sentiments qu’elle éprouve pour lui. Mona décide d’en parler à son mari et elle parvient à le convaincre de recevoir le jeune homme. Quand celui-ci fait son apparition à leur domicile, Mona découvre avec horreur que le futur fiancé de sa belle-fille est un homme qu’elle avait follement aimé autrefois et qui l’avait abandonnée sans aucun scrupule. Une fois Hussein parti, Mona conseille à son mari de ne pas précipiter le mariage. Par la suite, elle tente de chasser son ancien amant de leur existence mais celui-ci l’a menacée de révéler leur liaison passée à son mari. Hussein poursuit son entreprise de séduction non seulement auprès de Layla mais aussi auprès de son père avec qui il est devenu ami. Mais cela ne lui suffit pas : il propose à Mona de redevenir amants. C’en est trop pour celle-ci. Elle décide de tout révéler à son mari. Alors que ce dernier est en compagnie d’Hussein dans un cercle de jeux, elle lui demande au téléphone de la rejoindre immédiatement chez eux. Hussein comprend ce qui va se passer. Il se précipite sur le véhicule de Radwan et sectionne les câbles de freins. Le mari de Mona se tue sur la route et la police conclut à un accident car il avait consommé de l’alcool. Désormais, Mona s’est donné une mission : arracher Layla des griffes d’Hussein . En surprenant une dispute entre sa belle-mère et Hussein, Layla finit par comprendre que son bien-aimé est un être abject responsable de la mort de son père. Mona conseille à la jeune femme de se réfugier chez une tante tandis qu’elle-même va s’installer dans un hôtel en bord de mer. 
C’est là qu’elle fait la connaissance d’Adel, un jeune avocat. Ils sympathisent immédiatement et tombent amoureux l’un de l’autre. Avec ce nouveau compagnon, Mona semble retrouver le goût du bonheur mais quand celui-ci la demande en mariage, elle refuse catégoriquement et se ferme. De retour dans sa chambre, Mona laisse libre cours à son désespoir et boit plus que de raison. Quand Adel la rejoint, la jeune femme est dans un triste état et l’avocat comprend qu’elle est rongée par un terrible secret. Au même moment, Adel est contacté par la police : pour les besoins d’une enquête, on lui demande d’installer des micros dans la chambre de Mona. Il s’exécute et peu après, la jeune femme fait une terrible confession à son jeune ami : elle a tué Hussein alors qu’il essayait de la violer. Aussitôt après, des policiers font irruption dans la chambre d’hôtel et arrêtent Mona. Avant leur séparation, Adel lui renouvelle sa demande en mariage et lui promet de l’attendre.


Critique

« Des Nuits Révolues » est un film construit autour de l’un des sex symbols de l’époque, la sulfureuse Nahed Sherif. Il a été réalisé par Taysir Aboud, un cinéaste sans grande envergure ayant beaucoup travaillé avec l’actrice dans les années soixante-dix, tout comme l’un des scénaristes du film, Ahmed Abdel Wahab, qui lui bénéficie d’une solide réputation. Mohamed Othman, un autre auteur expérimenté, s’est associé à son collègue pour nous concocter ce drame dans lequel deux femmes sont les malheureuses victimes du même séducteur sans scrupule. Ce personnage est incarné par Nour El Sherif qu’on a peu l’occasion de voir dans un rôle de méchant comme celui-ci.

Disons-le sans ambages, le film est raté. La faute à un scénario décousu : il est constitué de deux parties indépendantes avec des lieux, des personnages et surtout un ton totalement différents. Seul point commun reliant ces deux parties, l’héroïne. On a l’impression que chacun des deux scénaristes s’est chargé d’une des deux parties sans vraiment se concerter avec son collègue (adeptes du cadavre exquis ?), ce qui donne quelque chose à la limite de l’incohérence. Comment expliquer que Layla, la belle-fille de l’héroïne, personnage central de la première partie, ne reparaisse à aucun moment dans la seconde ? Mais peut-être est-ce dû à l’agenda surchargé de Poussy, l’actrice qui l’incarne. En 1974, celle-ci est partout, à la télévision, au théâtre et bien sûr au cinéma. Petite précision en passant : Poussy et Nour El Sherif sont mari et femme depuis 1972 et le resteront jusqu’en 2006, date de leur divorce.

Initialement, le film devait s’intituler « Nue dans les rues d’Égypte ». Un titre prometteur mais mensonger — Nahed Sherif n’y apparaît jamais nue — qui annonce de manière explicite les intentions des auteurs. Les deux héroïnes, sont constamment vêtues de tenues provocantes : jupes ultra-courtes, décolletés vertigineux, souvent en décalage total avec la gravité des scènes. Ce contraste crée un mélange étrange de mièvrerie sentimentale et d’érotisme soft.. Du coup, il est difficile pour le spectateur de compatir au chagrin, à la détresse des deux héroïnes qui tout en sanglotant offrent à la vue de tous, leurs appâts les plus éloquents.

En matière d’érotisme, il y a même une scène qui est à deux doigts de franchir les règles de la bienséance. C’est celle où l’héroïne se retrouve avec son jeune amant sur la plage. Le maillot de bain de celui-ci dissimule à peine l’émoi qu’éprouve l’acteur (ce n’est plus le personnage !) en tenant dans ses bras Nahed Sherif en petit bikini. 

On comprend donc que pour les producteurs, une esthétique racoleuse devait compenser la faiblesse du scénario. En vain, car le film connut un échec retentissant à sa sortie.

Pour conclure sur une note positive, les nostalgiques des années soixante-dix apprécieront la scène où les deux héros dansent sur un hit de 1972, « Pop Concerto Show » par le Pop Concerto Orchestra, groupe « fantôme » créé par les compositeurs à succès Paul de Senneville et Olivier Toussaint. Evidemment, cela ne suffira pas à trouver de l’intérêt à ce petit film mal ficelé.

Appréciation : 1/5
*

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

samedi 16 août 2025

Le Voyage des Merveilles (rihlat aleagayib, 1974)

رحلة العجائب
إخراج : حسن الصيفي






















Hassan El Seifi a réalisé Le Voyage des Merveilles en 1974.
Distribution : Mohamed Awad (Abbas Al -Masry), Nabila Ebeid (Awarah, la femme d'Abbas), Saif Allah (Mukhtar Hussein, le collègue d'Abbas dans l'usine), Wahd Seif (Massoud, le chauffeur de taxi), Nabil Al Hagrasi (Kamel Naguib, l’avocat), Simone (Susan, la cousine d'Abbas), Mohamed Taha (le chanteur)
Scénario : Sabri Ezzat et Hassan El Seifi
Musique : Omar Khorsheid
Production : Hassan El Seifi

Nabila Ebeid et Mohamed Awad















Nabil Al Nagrasi















Simone et Mohamed Awad















Mohamed Awad
















Résumé

Abbas El-Masry travaille comme technicien dans une usine automobile. Il est marié à Awarah qui perçoit quelques revenus d’un taxi dont elle est propriétaire. Un jour, ils reçoivent un télégramme en provenance des Etats-Unis. Le message est rédigé en anglais et Awarah demande à la fille de leur voisine de le traduire. C’est ainsi qu’ils apprennent la mort de Shaker El-Masry, l'oncle d'Abbas, qui avait émigré aux Etats-Unis. L’auteur du message, l'avocat Kamel Naguib, demande à Abbas de venir à Los Angeles pour qu’il puisse lui remettre sa part d’héritage. Un billet d’avion est à retirer dans l’agence d’une compagnie aérienne du Caire. Abbas et Awarah se précipitent à l’adresse indiquée. L’héritier récupère son billet mais sa femme insiste pour en acheter un second : elle souhaite accompagner son mari aux Etats-Unis. C’est l’avocat Kamel Naguib qui vient les chercher à l’aéroport pour les conduire à leur luxueux hôtel, la résidence préférée des stars du show-biz, le fameux Continental Hyatt House. Abbas et Awarah sont à la fois émerveillés et déconcertés par tout ce qu’ils découvrent. Abbas laisse sa femme à l’hôtel et repart en compagnie de son avocat. Ce dernier l’emmène à la villa de son oncle où réside toujours Suzan, la fille du défunt.

Quand ils arrivent, les deux hommes se retrouvent au milieu d’une fête organisée par la jeune femme. Elle a invité une quinzaine d’amis qui dansent autour de la piscine de la propriété. Suzan est une jolie blonde, très sympathique, qui accueille chaleureusement ce cousin venu d’Egypte. Très à l’aise, Abbas se mêle à la fête et sa fantaisie séduit tous les convives. Pendant ce temps-là, Awarah elle aussi prend du bon temps avec des résidents de l’hôtel. Accompagnée de l’orchestre de l’établissement, elle fait une démonstration de danse orientale pour ses nouveaux amis.

Le lendemain, Suzan et Abbas se retrouvent dans le bureau de l’avocat pour l’ouverture du testament. Ils découvrent que leur père et oncle a laissé une importante somme d'argent à son petit chien « Antar « et qu’Il a légué le reste de sa fortune à parts égales entre sa fille, Susan, et son neveu, Abbas, à la condition qu’ils se marient. Les deux héritiers rejettent cette condition qu’ils jugent inacceptable. Mais de retour à son hôtel, Abbas réfléchit. En fait, il suffit de se marier et de divorcer aussitôt après pour satisfaire les dernières volontés de l’oncle. Il se rend aussitôt chez Suzan en compagnie de l’avocat mais la jeune femme est sortie avec ses amis pour une virée au bord de la mer. Les deux hommes se lancent à sa poursuite et finissent par la retrouver. Dans un premier temps, l’ambiance est tendue entre Abbas et Suzan. Les amis de cette dernière s’en prennent physiquement à son cousin qui s’effondre inconscient. Mais Suzan n’accepte pas cette violence et porte secours à Abbas. Les deux parents se réconcilient et la jeune femme accepte l’idée du mariage.

Ils se marient peu après mais le problème, c’est que Suzan est réellement tombée amoureuse de son cousin et a bien l’intention de passer avec lui une véritable nuit de noces. Après avoir dîné dans un cabaret, Suzan entraîne Abbas dans la villa. Le jeune homme a toutes les peines du monde à résister aux ardeurs de sa nouvelle épouse mais il finit par lui échapper et rentre à l’hôtel pour retrouver Awarah. Las ! Le lendemain matin, Suzan se présente à l’hôtel pour récupérer son mari. S’engage alors un combat impitoyable entre les deux femmes. Mais rien n’y fera : Abbas veut rester avec Awarah et Suzan finira par accepter la situation et les laissera repartir en Egypte.


Critique

Dans les années soixante-dix, Mohamed Awad est devenu l’acteur comique le plus populaire de sa génération. C’est lui qui a repris à Ismaïl Yassin la couronne du roi de la comédie, hélas, et on lui doit un certain nombre de « navets rigolos » de l’ère post nassérienne.
 
Son style très particulier lui vient de sa formation théâtrale. Il a acquis sa notoriété sur les planches et quand il passe au cinéma, il conserve tous les tics de l’artiste de théâtre de boulevard avec une voix nasillarde qui porte loin et un jeu outré tout en grimaces et contorsions. De film en film, il incarne le même personnage loufoque, très agité et doté de la sensibilité et du QI d’un enfant de dix ans. Ce qui ne l’empêche nullement d’être toujours entouré de jeunes actrices courtement vêtues. A cet égard, il nous rappelle parfois le regretté comique britannique Benny Hill.
 
Ce Voyage des Merveilles nous permet de vérifier tous ces éléments et d’apprécier l’art de Mohamed Awad. Cet art est celui de la saturation : on ne laisse aucun répit au spectateur et tout est fait pour provoquer le rire. Chaque situation -l’achat du billet d’avion, le voyage en avion, la découverte de la chambre d’hôtel etc.-est exploitée au maximum de ses potentialités comiques ce qui nous vaut des rafales de gags laborieux. Les scènes grotesques s’enchaînent comme celle où le personnage joué par Mohamed Awad, vêtu d’un unique caleçon, tente d’échapper aux ardeurs de sa jeune épouse et se retrouve en pleine nuit sur le capot d’une voiture. Dans la dernière partie notre héros se déguise en cow-boy alors qu’il rejoint sa cousine et sa bande de hippies sur la plage. C’est incohérent mais les auteurs ont dû se dire que ça pouvait toujours amuser les enfants.

Bref, ce film accumule tant de naïvetés et de balourdises que le spectateur oscille sans cesse entre l’indulgence apitoyée et la consternation.

Malgré cela, nous avons bien aimé la manière dont cette comédie opère une inversion du regard : ici, c’est l’Egypte qui observe les Etats-Unis et on s’aperçoit que cette vision est tout aussi stéréotypée que la représentation du monde arabe en Occident. En fait, ce que reproduit le réalisateur, c’est l’univers rutilant des séries américaines : les grosses voitures décapotables, les hôtels de luxe, les filles qui dansent en maillot de bain, les hippies qui ne font rien. À tout moment, on s’attend à voir surgir Starsky et Hutch ! Et pour l’ambiance, on a même droit à un extrait du fameux "Theme from Shaft" d’Isaac Hayes !

La partenaire féminine de Mohamed Awad, c’est Nabilla Ebeid. Elle joue l’épouse du héros, un personnage très en retrait, sans grand intérêt. On se demande ce qui a pu inciter l’une des plus belles et talentueuses actrices de son temps à participer au tournage d’un film pareil pour un rôle si peu valorisant.

Appréciation : 2/5
**

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

vendredi 28 février 2025

La Femme de mon Mari (Emra'at Zawgy, 1970)

امرأة زوجي
إخراج: محمود ذو الفقار


Mahmoud Zulficar a réalisé La Femme de Mon Mari en 1970.
Distribution : Salah Zulficar (Adel), Nelly (Samia), Naglaa Fathy (Wafaa), Hassan Mostafa (Mamdouh), Mimi Gamal (Nani), Hussein Ismael (le père de Wafaa), Anwar Madkour (le médecin), Mokhtar El Sayed (le serveur), Layla Yousry (la bonne)
Scénario : Abou El Seoud El Ebiary
Musique : Ted Heath (Hot Summer Night), Marty Gold (How High the Moon), Mounir Mourad
Paroles des chansons : Fathy Koura
Production : Naguib Khoury

Nelly et Mimi Gamal



Salah Zulficar et Layla Yousri





Nelly et Salah Yousri





Hassan Mostafa et Salah Zulficar





Nagla Fathy et Salah Zulficar





Résumé

Cela fait trois ans que Samia mène une vie heureuse avec Adel, un pilote de ligne. Un jour, son amie Wafa se présente à son domicile : celle-ci vient de quitter Alexandrie pour des raisons professionnelles et elle est à la recherche d’un logement. En attendant d’en trouver un, Samia lui propose de s’installer chez elle. Peu après, Samia subit un examen médical et apprend que son cœur est très malade. Il ne lui reste que quelques mois à vivre. Elle n’en parle pas à son mari mais elle décide de faire chambre à part. Puis elle entreprend de trouver une remplaçante auprès d’Adel et son choix se porte tout naturellement sur Wafa. Elle va tout faire pour rapprocher son amie d’Adel. Pour cela, elle peut compter sur le soutien de Mamdouh qui est son cousin et le collègue de son mari. Elle prétend que son état la contraint de rester au lit pour laisser Wafa et Adel sortir seuls des journées et des soirées entières. Evidemment, ils finissent par tomber amoureux l’un de l’autre. Wafa ne supporte pas la situation et elle décide de quitter ses amis pour s’installer dans un appartement. Adel ne lui cache pas sa déception de la voir partir. Il l’accompagne dans son nouveau logement et c’est là qu’ils échangent leur premier baiser. Au même moment, Samia apprend qu’elle avait reçu par erreur des résultats d’examen qui concernaient un autre patient. En réalité, elle se porte à merveille. Désormais, Samia n’ a plus qu’une idée en tête : récupérer son mari. Elle met sa robe la plus sexy et au retour d’Adel, elle parvient sans mal à le séduire. Mais son mari lui annonce qu’il doit au plus vite partir car il est attendu à l’aéroport. Pour le garder près d’elle toute la nuit, Samia lui sert un thé dans lequel elle a versé un puissant somnifère. Le lendemain matin, Adel est aux quatre cents coups : son patron est furieux et surtout leur femme de ménage lui apprend que c’est Samia qui est la cause de son endormissement de la veille. Cette fois-ci, la séparation entre les deux époux est consommée. Adel peut désormais publiquement s’afficher avec Wafa tandis que Samia prétend être fiancée avec son cousin Mamdouh. La situation se complique quand Samia informe tout le monde qu’elle est enceinte. Bien qu’amoureux de Wafa, Adel est constamment préoccupé par la venue prochaine de son enfant. A tel point que sa nouvelle compagne finit par s’en inquiéter. Retournement de situation : en fait, Samia n’est pas enceinte. Elle a menti. Elle décide enfin de se confesser devant tout le monde : c’est parce qu’elle croyait que ses jours étaient comptés qu’elle avait poussé Adel et Wafa dans les bras l’un de l’autre. Elle aimait trop son mari pour envisager qu’il soit malheureux après son décès. Cet aveu bouleverse Adel qui décide de retourner auprès de sa femme.


Critique

C’est le dernier film de Mahmoud Zulficar (Il meurt le 22 mai 1970 à l’âge de 58 ans.). Pour cette comédie romantique, il a réuni autour de son frère Salah, deux jeunes actrices à l’aube d’une grande carrière, Naglaa Fathy et Nelly. L’année précédente, il avait déjà fait jouer celles-ci ensemble dans « Les Secrets des Filles » qui était, il faut bien l’avouer, l’un de ses plus mauvais films. « La Femme de mon Mari » est bien plus réussi.

C’est la deuxième fois que Nelly et Salah Zulficar incarne un couple moderne affrontant les vicissitudes de l’existence. La première fois, c’était l’année précédente dans un film d’Abdel Moneim Shoukry, « Bonjour, ma chère épouse ! ». On notera que dans les deux films, le personnage interprété par Nelly porte le même prénom. Malgré leur différence d’âge -la jeune actrice a tout juste vingt et un ans tandis que son partenaire en a quarante-trois- leur duo fonctionne à merveille et ion suit avec plaisir les disputes et les réconciliations de ce couple ordinaire terriblement sympathique.

L’intrigue ne manque pas d’intérêt : une jeune femme se croyant atteinte d’une maladie incurable se refuse à son mari et le jette dans les bras de sa meilleure amie, mais elle ne tardera pas à le regretter amèrement. Ce singulier trio amoureux nous vaut des scènes tantôt comiques tantôt touchantes et parfois très suggestives (nous sommes en 1970, autres temps, autres mœurs !). Evidemment, comme dans toute comédie romantique égyptienne de cette époque, on retrouve des situations convenues et des péripéties prévisibles mais le rythme enlevé du récit et le jeu naturel des acteurs compensent ces petits défauts.

La vedette du film est incontestablement Nelly qui nous enchante par son entrain et sa sensualité (sa danse en costumes constitue l’une des séquences les plus réussis de cette comédie). Malgré son jeune âge, elle fait preuve d’une aisance et d’une maturité tout à fait impressionnantes. Elle laisse peu d’espace à sa consœur Nagla Fathy qui ici semble en retrait (elle se rattrapera bien vite en devenant l’une des plus grandes actrices des années soixante-dix !). Enfin, n’oublions pas Mimi Gamal, irrésistible en bonne copine qui ne rate jamais une occasion pour pourrir la vie de ses amies.

A la sortie du film, certains censeurs se sont émus de son caractère indécent reprochant aux deux héros d’échanger un nombre incalculable de baisers. Sans vouloir froisser ces messieurs, il nous semble que cette indécence n’est guère caractérisée et que tous ces baisers (à pleine bouche, nous en convenons) concourent grandement à l’atmosphère pétulante de cette comédie tendre et alerte.

Appréciation : 3/5
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Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

dimanche 16 février 2025

Danse : Soad Hosny, 1972

سعاد حسني






Soad Hosny (1943-2001) est l'actrice principale de la comédie musicale Méfie-toi de Zouzou réalisé en 1972 par Hassan Al Imam. Elle chante, danse et joue dans ce qui deviendra le film le plus marquant de toute sa carrière. Celui-ci restera à l'affiche pendant plus d'une année battant tous les records d'entrées. 
Dans cette comédie musicale, la Cendrillon de l'Ecran (son surnom) incarne une jeune étudiante qui essaie de concilier sa vie à l'université et son activité de danseuse au sein de la troupe dirigée par sa mère et son beau-père. Contrairement à d'autres grandes actrices de l'âge d'or, Soad Hosny n'avait pas une formation de danseuse orientale et elle s''est entraînée de manière intensive dans cette discipline pour ce rôle de Zouzou. La mère de l'héroïne est interprétée par Taheya Carioca qui elle fut une très grande danseuse. Elle étair devenue célèbre dès 1940  en participant aux spectacles de Badia Masabni, une artiste et une femme d'affaires qui forma les  danseuses les plus talentueuses des années quarante et cinquante. 

vendredi 4 octobre 2024

Les réalisateurs : Hassan Ramzy (1912-1977)

حسن رمزي

Hassan Ramzy mena en parallèle une carrière de haut fonctionnaire et une carrière dans l'industrie cinématographique. Ce n'est qu'à l'âge de quarante-six ans qu'il décide de se consacrer exclusivement au septième art. Il fut à la fois réalisateur, scénariste, producteur, acteur, et il occupa jusqu'à sa mort le poste de président de la chambre égyptienne de l'industrie cinématographique. Il a réalisé quinze films. 


Cinq films d'Hassan Ramzy ont fait l'objet d'une présentation dans ce blog :


Maître Boulboul (Almelm boulboul, 1951)
avec Kamal El Shennawy (Wahid), Mahmoud Shoukoko (Donia), Mimi Aziz (Madame Flora, la propriétaire de la pension), Ismail Yassine (Gamil Abou Al Dahab), Hagar Hamdy (la danseuse Soheir/Bulbul), Soad Mekawi (Hahlouba, la sœur de Bulbul), Mohamed Kamel (Othman), Reyad El Kasabgy (Zalat, le propriétaire du café Al Yasmin), Mohamed El Deeb (Medhat, l’amant de Soheir), Lotfi El Hakim (Suleiman Bey, le mari de Soheir), Mohsen Hassanein (Hamido, l’un des hommes de Zalat)
Scénario : Al Sayed Ziada et Hassan Ramzy
Musique et chansons : Fathy Koura, Abdelaziz Mahmoud, Izzat El Gahely, Mohamed El Bakkar, Hassan Abou Zayed
Production : Kamal Al Shennawi


Comédie musicale. Wahid est un jeune réalisateur qui n’a pas un sou. Avec son ami Donia, il se rend chez le riche Gamil Abu Al Dahab qui accepte de financer un film dans lequel jouerait sa maîtresse, la très belle danseuse Soheir. Cette dernière est pour l’instant en tournée en Haute-Egypte mais dès son retour, Wahid pourra commencer le tournage. Hélas, peu après, on apprend que Soheir ne reviendra pas : elle s’est mariée avec un vieil homme très riche et elle a abandonné la danse. On découvrira plus tard qu’elle est la maîtresse du neveu de son mari et qu’elle s’est entendue avec lui pour accaparer la fortune du vieillard. Trahi, Gamil sombre dans le désespoir tandis que Wahid et son ami Donia voient leurs espérances s’envoler. Accablés, les deux amis errent par les rues de la ville quand par le plus grand des hasards, ils font la connaissance d’une jeune femme qui est le sosie de Soheir. Elle a repris avec sa sœur la direction du café de son père et elle se travestit en homme pour se faire respecter des clients et des concurrents…

Notre avis : à la fin des années quarante et au tout début des années cinquante, le cinéma égyptien offrit au public les plus belles comédies musicales de toute son histoire. Ce fut une période faste qui vit les artistes les plus talentueux travailler ensemble pour produire des chefs d’œuvre comme « Afrita Hanem » d’Henry Barakat (1949) ou bien « Soir de Fête » d’Helmy Rafla (1949) ou encore « Le Tigre » d’Hussein Fawzy (1952). « Maître Boulboul » n’a certes pas les qualités de ces productions mais c’est un divertissement de bonne tenue qui vaut essentiellement pour ses chansons le plus souvent burlesques. Les numéros dansés pêchent parfois par une certaine approximation : les danseuses qui accompagnent la vedette n’ont pas toutes la même aisance et quelques-unes semblent bien gauches. La vedette, c’est Hagar Hamdy et c’est la première fois qu’elle obtient le premier rôle féminin dans un film. Elle doit sans doute cet honneur à son mari, Kamal Al Shennawi qui est à la fois le héros et le producteur de « Maître Boulboul ». Le personnage qu’on lui a confié est ingrat : il lui faut jouer une jeune femme qui s’habille et se comporte comme un homme, et pour ce faire elle a tendance à surjouer maladroitement la virilité agressive. De sorte qu’on est soulagé quand enfin elle abandonne galabeya et turban pour nous laisser admirer sa beauté et sa grâce. Le duo que Hagar Hamdy forme alors avec la pétillante Soad Mekawi, la première à la danse, la seconde au chant, constitue l’un des agréments de cette comédie.

Hagar Hamdy et Kamal Al Shennawi ont tourné pour la première fois ensemble en 1947 mais ils ne se sont mariés qu'en 1951, peu avant le tournage de ce "Maïtre Boulboul". On raconte que la danseuse était d’une jalousie féroce et que les disputes étaient nombreuses. Ils se sépareront quelques mois plus tard et ne rejoueront plus jamais ensemble.


Nuits Chaudes (Al-Layaly Al-dafe'a, 1961)
avec Sabah (la chanteuse Layla), Imad Hamdy (Dr Ahmed Badr Eddine), Zahrat Al Oula (Soad, la sœur d’Ahmed), Kamal El Shennawi (Dr Omar), Negma Ibrahim (la mère d’Ahmed), Raga Hussein (Darya, l’amie de Layla), Poussy (Hoda, la fille de Layla), Ali Rushdy (Rafaat), Thuraya Fakhry (la servante)
Musique : Farid Al Atrache (On entend aussi une version instrumentale de la chanson "Histoire d’un Amour" popularisée par Dalida.)
Scénario : Hassan Ramzy, Nairouz Abdel Malak
Production : Gerges Fawzi et Hassan Ramzy


Le Dr Ahmed Badr Eddine est un chirurgien et un professeur d’université, très célèbre pour ses travaux de recherche qui ont permis des avancées majeures en matière médicale. Il vit avec sa mère et sa sœur Soad dans l’immense demeure familiale. Pour ses multiples tâches, il est assisté par le docteur Omar dont le père fut autrefois l’intendant de ses parents. Omar et Soad sont tombés amoureux l’un de l’autre mais ils ont convenu de se marier quand la jeune femme aura terminé ses études. Un événement va bouleverser leur projet : le fils d’un pacha demande Soad en mariage et son frère Ahmed est enchanté de cette proposition. Soad parvient à prévenir Omar : il faut qu’il fasse sa demande au plus vite. Malheureusement l’entretien entre Ahmed et son assistant se passe très mal. Le premier rappelle au second qu’ils n’appartiennent pas à la même classe sociale et qu’il est donc hors de question qu’il épouse sa sœur. Et pour que les choses soient bien claires, il lui interdit désormais de se présenter à son domicile. Soad est atterrée. Puisqu’elle ne peut épouser celui qu’elle aime, elle refuse toute idée de mariage et restera célibataire. Peu après, le docteur Ahmed assiste à un concert organisé par l’université pour récolter des fonds afin d’aider les étudiants les plus pauvres. Pour cette soirée, les organisateurs ont fait appel à la grande chanteuse Layla. Le professeur de médecine tombe immédiatement sous le charme de l’artiste. Mais, à la fin du concert, le rideau est à peine tombé que Layla est terrassé par une douleur insupportable. Ahmed est conduit à son chevet. Il faut immédiatement la transporter à l’hôpital pour qu’il puisse l’opérer. Après l’intervention qui est un succès, Ahmed fera de fréquentes visites à sa patiente et Ils finissent par tomber amoureux l’un de l’autre. Mais Layla ne tarde pas à comprendre que le médecin fait tout pour que leur liaison reste secrète…

Notre avis : « Nuits Chaudes » (Quel drôle de titre !) est un drame prenant qui dénonce le caractère mortifère des valeurs traditionnelles et la grande hypocrisie de certains de leurs zélateurs. Imad Hamdi a rarement incarné un personnage aussi odieux : un médecin réputé qui sauve des vies mais qui dans la sphère privée se montre inflexible avec tout le monde, n’hésitant pas à détruire le bonheur de sa sœur, de sa femme et de sa fille pour préserver la réputation du nom qu’il porte. Imad Hamdi joue à merveille les différentes facettes de son personnage : le médecin admiré, l’amoureux transi, le despote domestique. Et on observe, médusé, les agissements misérables de ce monstre d’égoïsme, incapable de la moindre empathie envers ses proches. En revanche, le dénouement détonne par son happy end invraisemblable. On a du mal à croire que ce médecin d’une rigidité absolue sur tout ce qui touche la famille devienne brusquement le plus gentil des hommes.
Sabah se révèle excellente dans son rôle d’épouse se pliant tant bien que mal aux exigences de son « mari » jusqu’à ce qu’elle se révolte et affronte son bourreau. Elle chante deux chansons dans ce film : la première qu’elle interprète entourée de danseurs constitue l’une des séquences les plus marquantes de ces « Nuits Chaudes ».


La Reine de la Nuit (Malikat el layl, 1971) 
avec Yehia Chahine (Docteur Mahmoud), Hind Rostom (Karima), Hussein Fahmy (Ahmed), Nagwa Fouad (la danseuse), Abdelalim Khattab (le père d'Ahmed), Madiha Salem (la fille du docteur), Abu Bakr Ezzat (Taher)
Scénario : Mohamed Othman et Hassan Ramzy
Musique : Soleiman Fathallah, Mounir Mourad, Hassan Abou Zayed
Production : Mohamed Al Ashry
appréciation : 3/5


Karima est une chanteuse d’âge mûr qui mène une revue dans un célèbre cabaret. Un jour alors qu’elle est au volant de sa voiture sur une petite route de campagne, un enfant traverse brusquement. Elle ne peut l’éviter, c’est l’accident. Le jeune paysan est projeté au sol et perd connaissance. Dans la voiture qui la suivait, se trouve le docteur Mahmoud. Il s’est arrêté et après avoir constaté que la petite victime est toujours en vie, il la conduit à l’hôpital. Karima et le docteur se retrouvent au commissariat pour faire leur déposition. Celui-ci rassure tout le monde en expliquant que les blessures du jeune garçon sont bénignes et qu’il se rétablira vite.
Après cet épisode qui aurait pu tourner au tragique, la meneuse de revue fait tout pour rencontrer à nouveau le médecin. Elle sait qu'il enseigne à l'université, qu’il est veuf et qu’il a une fille d’une vingtaine d’années. Elle passe le voir à son bureau, elle l’invite dans son cabaret. Dans un premier temps, le docteur Mahmoud reste très distant au grand désappointement de Karima qui n’a pas l’habitude qu’on lui résiste ainsi. Mais progressivement, il se laisse séduire et une grande complicité naît entre eux. Ils finissent par s’avouer leur amour. On parle mariage.
Cette situation n’est pas faite pour plaire à l’entourage des deux amoureux...



La Passion et la Chair (Al Atifa wa al Gasad, 1972)
avec Nagla Fathy (Houda), Mahmoud Yassin (docteur Ahmed), Rushdy Abaza (Zaki), Soheir El Bably (Dwala), Omar Khorsheid (Medhat), Sayed Zayan (le serviteur), Nabila El Sayed (la servante), Ali Ezz Al Din (le père de Houda)
Scénario : Nairouz Abdel Malak et Hassan Ramzy
Musique : Fathy Qoura, Gamal Al Hashemi, Hussein Abu Zeid, Helmy Amin, Omar Khorsheid, Suleiman Fatahallah, Mohamed Zia Eddin
Production : les Films Al Nasr (Hassan Ramzy)
appréciation : 2/5


Houda est la fille unique d’un riche homme d’affaires. Elle passe des vacances à Alexandrie. Un jour alors qu’elle bronze au soleil dans un endroit isolé, elle est agressée par quatre individus. Un jeune homme intervient et met en fuite les voyous. Le sauveur de Houda est un étudiant en médecine, le docteur Ahmed. Ils se revoient et très vite tombent amoureux l’un de l’autre. Mais cette idylle à peine commencée doit être mise entre parenthèses : Ahmed annonce à Houda que pour terminer ses études il doit séjourner un certain temps à Londres. La jeune femme est dévastée. Après le départ d’Ahmed, elle trouve un soutien auprès de Zaki et de Dwala, un couple d’âge mûr qui se trouvait à Alexandrie en même temps qu’elle. Au Caire, Houda reprend sa vie dans le luxueux appartement qu’elle occupe avec son père. Malheureusement, les affaires de celui-ci traversent une crise grave. La santé chancelante du vieil homme n’y résiste pas. Il meurt brutalement. Houda est inconsolable. Elle ne retrouve le sourire que le jour où elle reçoit un télégramme d’Ahmed lui annonçant son retour. A l’heure dite, elle se rend à l’aéroport pour l’accueillir. Hélas, elle apprend que l’avion de celui-ci a explosé en plein vol : aucun survivant. Houda a perdu les deux êtres qui lui étaient les plus chers au monde.



Jamais je ne reviendrai (Abadan Lan A'oud, 1975)
avec Nadia Lutfi, Rushdy Abaza, Imad Hamdi, Safia El Emary, Hala El Shawarby, Salah Nazmi. Hala El Shawarby, Afaf Wagdy
Scénario : Nairouz Abdel Malak, Hassan Ramzy, Ahmed Saleh
Musique : Fathy Qoura, Mounir Mourad, Hassan Abou Zayed, Tarek Sharara
Production : les Films Al Nasr (Hassan Ramzy)
appréciation : 1/5


Le docteur Ahmed vit heureux avec sa femme, Hoda, et son fils, Essam, dans une confortable maison bourgeoise. Alors qu’ils sont en vacances au bord de la mer, le garçon est sauvé de la noyade par Souad, une séduisante jeune femme. Hamed et Hoda la considèrent désormais comme un membre de leur famille et l’invitent régulièrement dans leur demeure. Souad est tombée instantanément amoureuse du docteur. Ce dernier finit lui aussi par succomber aux charmes de la jeune femme. Ils deviennent amants. Quelques mois plus tard, Souad est enceinte. Le docteur n’a plus le choix. Il avoue la vérité à sa femme et lui annonce qu’il souhaite vivre avec sa maîtresse.