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lundi 14 juillet 2025

Les Trois Amis (Al'asdiqa' althlath, 1966)

الأصدقاء الثلاثة
إخراج : أحمد ضياء الدين


Ahmed Diaa Eddine a réalisé Les Trois Amis en 1966.
Distribution : Hassan Youssef (Galal), Mohamed Awad (Hamouda), Ahmed Ramzy (Essam), Youssef Chaban (Ezzat, l’escroc), Nagwa Fouad (Nana), Nagla Fathy (Zahra, la sœur de Nana), Nabila Ebeid (Soad), Magda El Khatib (Nadia),Abdel Azim Kamal (le père de Nadia et de Soad), Aleya Abdel Moneim (Madame Amina, la mère d’Essam), Anwar Madkor (le directeur de l’école), Abdel Ghany Qamar (un gardien de prison), El Deif Ahmed (El Deif, un complice d’Ezzat), Samir Ghanem (Samir, un complice d’Ezzat)
Scénario : Adly El Moled et Abdel Fattah El Sayed
Production : Les Films Gomhouria

Hassan Youssef, Samir Ghanem, Mohamed Awad



Hassan Youssef et Nagwa Fouad



Magda El Khatib, Ahmed Ramzy, Nabila Ebeid



Nagwa Fouad et Youssef Chaban



Ahmed Ramzy, Abdel Azim Kamal, Aleya Abdel Moneim



Nagla Fathy et Ahmed Ramzy
















Résumé


Avertissement : le texte qui suit est un résumé simplifié du film qui comporte un grand nombre de péripéties inutilement complexes et souvent inracontables.

Galal et Hamouda sont étudiants dans un établissement technique. Ils se conduisent comme de véritables cancres et ils ne cessent d’irriter leurs professeurs parmi lesquels se trouve leur cousin Essam. Ce jour-là, les deux garçons ont dépassé les bornes et ils sont renvoyés de l’établissement pour une semaine, au grand dam d’Essam. Ce dernier vit toujours chez sa mère qui est veuve. Pour gagner sa vie, elle effectue des travaux de couture. Galal et Hamouda ont l’habitude de se rendre chez leur tante pour y réviser. Mais il y a aussi une autre raison. Dans le même immeuble résident avec leur père Soad et Nadia, deux jeunes lycéennes très séduisantes. La première est amoureuse d’Essam et la seconde de Galal. Tandis que les quatre jeunes gens flirtent dans l’escalier, Hamouda sert de guetteur et doit prévenir si le père des deux filles fait son apparition. Quand celui-ci entre enfin dans l’immeuble, il ne rentre pas chez lui mais pénètre d’abord dans l’appartement de la mère d’Essam. Le jeune professeur en est convaincu : sa mère entretient une liaison adultère avec son voisin.

Il quitte l’immeuble précipitamment tandis que Galal et Hamouda ont pris une voiture pour le rejoindre. Essam est accosté par une prostituée. Il prend un air menaçant qui effraie la jeune femme. Cette dernière s’enfuit et traverse la rue sans voir qu’au même moment une voiture surgit. La collision est inévitable. Dans l’automobile, bien évidemment, ce sont les deux cousins d’Essam. La police intervient aussitôt et les trois garçons se retrouvent en détention. Le jour de leur libération, la mère d’Essam, accompagnée des deux sœurs Soad et Nadia, les attend à la porte de la prison. L’ancien professeur refuse de saluer sa mère et se précipite dans un taxi.

Pour gagner leur vie, les trois cousins décident de créer un atelier de décoration mais, à cause de leur condamnation récente, ils ne peuvent gérer une entreprise. Ils ont trouvé un homme qui accepte d’enregistrer la petite société à son nom. Malheureusement, les trois associés vont découvrir que cet individu est un véritable escroc qui non seulement a dilapidé une partie de leur capital mais veut mettre la main sur leur atelier. Pour ce faire, il demande à sa maîtresse, la danseuse Nana, d’embaucher les trois décorateurs et de tenter de séduire Essam. Mais rien ne se passe comme prévu. En fait c’est Nana qui tombe amoureuse d’Essam et qui rompt avec son amant. Celui-ci n’a pas dit son dernier mot : la société est mise aux enchères et il pense pouvoir la racheter grâce à l’argent volé. Mais Galal et Hamouda sont plus malins que lui : non seulement, ils ont récupéré leur argent mais ils ont racheté la société au nom de la mère d’Essam. S’ensuit une très longue course poursuite durant laquelle Nana et son ex-amant trouvent la mort. Happy end : joie des trois garçons et de leurs proches qui peuvent enfin rentrer chez eux..


Critique

Le scénario de ces « Trois Amis » est signé Adly El Moled à qui l’on doit d’autres navets mémorables comme « Une Fille Turbulente » (réalisé par Houssam Al Din Mustafa en 1967) ou « Secrets de Filles » (réalisé par Mahmoud Zulficar en 1969). Grâce à lui, certains cinéastes de renom ont fait l’expérience de la médiocrité et de l’insignifiance. Je ne suis pas sûr qu’il faille l’en remercier. Pour ce film d'Ahmed Diaa Eddine, il s’est surpassé !

L'art d'Adly El Moled, c’est celui du patchwork improbable : il met bout à bout des scènes qu’il a empruntées à d’autres films de genres très différents, sans se soucier de la vraisemblance ni de la cohérence. Dans "Les Trois Amis", ce brillant auteur, sûr de son talent multiforme, a voulu mêler le comique et le dramatique. Pourquoi pas mais il le fait de manière si maladroite que les deux registres s’annulent l’un l’autre. Ahmed Ramzy incarne Essam, un personnage dramatique. Il croit avoir entendu sa mère faire l’amour avec le voisin et depuis, traumatisé, il entretient une haine absolue des femmes. On voudrait bien y croire mais le problème, c’est que le malheureux est entouré par deux « comiques » qui multiplient les gags pas drôles et les plaisanteries puériles, une spécialité du très agité Mohamed Awad. Une des séquences les plus éprouvantes est celle du séjour en prison de nos trois amis. Les gags ratés succèdent aux gags ratés et on a vraiment hâte qu’ils recouvrent la liberté.

Ce film souffre aussi d’un grave problème de rythme : le montage souvent chaotique ne parvient pas à masquer la répétition monotone des mêmes situations et le vide vertigineux de certaines scènes. Trop souvent, on a des personnages qui ne savent pas quoi faire. Ils attendent, les bras ballants, puis passent d’une pièce à une autre. Le plus navrant, c’est pour la toute jeune Naglaa Fathy dont c’est la première apparition au cinéma. On lui a confié un rôle qui n’a strictement aucune fonction dans le récit si bien que durant tout le film, on la voit descendre l’escalier de sa maison pour ouvrir aux visiteurs qui se présentent à la porte. Très gratifiant !

Comme beaucoup de comédies, « Les Trois Amis » se termine par une course poursuite des gentils et des méchants à laquelle vient se mêler la police (On ne comprend pas très bien ce qu’elle vient faire dans cette séquence déjà particulièrement confuse.). En général, c’est long mais ici, la course poursuite bat tous les records : elle ne fait pas moins de quinze minutes, soit pratiquement 1/6eme du film total. Voilà peut-être la seule véritable originalité de l’œuvre !

Pour conclure, nous dirons que « Les trois Amis » est sans doute le plus mauvais film d’un excellent cinéaste.

Appréciation : 1/5
*

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

jeudi 22 août 2019

Le Pardon (Al Ghofran, 1971)

الغفران
ﺇﺧﺮاﺝ: عبدالرحمن شريف



Le Pardon a été réalisé par Abdel Rahman Sherif en 1971.
Distribution : Ahmed Ramzy, Mervat Amine, Salah Kabil, Tawfik El Deken, Mona Ibrahim, Wafiq Fahmi, Mohsena Tawfik, Khalid Macheal, Nayra Wali
Une histoire de Wali El Sayed 
Scénario : Ahmad Abdel Wahab 
Musique : Baligh Hamdy


Mohsena Tawfik

Salah Kabil

Mona Ibrahim

Tawfik El Deken

Mona Ibrahim et Ahmed Ramzy

Wafiq Fahmy et Salah Kabil

Tawfik El Deken et Ahmed Ramzy

Khalid Macheal et Nayra Wali

Mervat Amine et Salah Kabil

Ahmed Ramzy et Mervat Amine


Résumé

Abdul Rahman meurt laissant toute sa fortune à sa femme Inahyat et à son fils unique Mohsen. Inahyat voue un amour sans borne à son fils. Elle ne peut rien lui refuser et le garçonnet en profite. Ses plus proches compagnons sont ses cousins Samira et Magdy. Ce sont les deux enfants d’Abdel Gawad et ils sont en tous points opposés à Mohsen : ils vivent modestement avec leur père mais ce sont des élèves très studieux. Et puis, Mohsen tombe gravement malade. Le médecin lui annonce qu’il n’y a plus d’espoir. Alors, Inahyat accuse Dieu de l’avoir abandonnée puis elle s’effondre, inanimée. Quand elle se réveille, elle apprend que son fils est à l’hôpital et qu’il est sorti d’affaire. Elle se précipité hors de chez elle pour rejoindre Mohsen. Dans sa chambre, elle retrouve Abdel Gawad et ses deux enfants. Tout le monde a bien changé : Samira, Magdy et Mohsen sont devenus des jeunes gens. Samira est médecin tandis que Magdy est devenu officier de police. Mohsen a eu un accident de voiture. C’est la troisième automobile qu’il casse à cause de son imprudence. Il demande aussitôt à Inahyat de lui en racheter une autre en lui promettant d’être plus sage au volant. Samira est effarée par le comportement de Mohsen. Elle l’aime, ils doivent se marier et lui continue à se comporter comme un enfant gâté. Il ne travaille pas mais préfère passer ses jours et ses nuits à jouer aux cartes et à boire de l’alcool. Evidemment, dès qu’il est sur pied, il reprend sa vie de noceur, dépensant sans compter. C’est ainsi que tout son héritage s’est volatilisé et il commence à entamer les économies de sa mère. Dans le cabaret qu’il fréquente, il est en relation avec Layla, une danseuse. Cette dernière lui présente son frère, un escroc. Tandis que la sœur joue de ses charmes pour séduire Mohsen, le frère lui propose d’investir son argent dans une affaire qui, selon ses dires, peut rapporter très gros. Le garçon ne comprend pas qu’on veut lui ravir tout ce qu’il possède. Il n’hésite pas à engager le nom et les économies de sa mère dans le projet de ses nouveaux amis. Les conséquences seront dramatiques : Inahyat est ruinée et doit vendre sa villa. Elle trouve refuge chez Abdel Gawad. Mohsen réalise enfin l’étendue du désastre pour lui et sa mère. Fou de rage, il se rend chez le frère de Layla et l’étrangle puis il se précipite au domicile de la danseuse pour la tuer elle aussi mais les cris de la domestique et l’arrivée d’un groupe de personnes le contraignent à fuir. Mohsen rejoint sa mère chez Abdel Gawad. Le lendemain matin Layla se rend à la police pour dénoncer son agresseur qui est aussi le meurtrier de son frère. C’est Magdy lui-même qui a ordre d’arrêter Mohsen. Quand il arrive avec ses hommes chez son père, Mohsen s’est enfermé dans la maison avec sa mère. Cette dernière le supplie de se rendre. Il refuse et sort un revolver. Quelqu’un entre. Il tire. C’et Samira. Elle s’effondre. C’est à cet instant qu’on retrouve Inahyat dans son fauteuil. Toute cette histoire n’était qu’un rêve. Son enfant est bien mort. Mais maintenant, elle accepte les décrets divins.



mardi 3 juillet 2018

À la recherche du scandale (Albahth A'n Fediha, 1973)

البحث عن فضيحة
إخراج : نيازى مصطفى




Niazi Mostafa a réalisé A la recherche du scandale en 1973.
Distribution : Adel Imam (Magdy), Mervat Amine (Hanan), Samir Sabri (Sami), Hamdi Salem (le père de Sami), Youssef Wahby (le père d’Hanan), Ahmed Ramzy (Fakry), Imad Hamdi (le père de Sana), Zizi El Badraoui (Sana), Mohamed Reda (Abou Sari), Nawal Abou El Foutouh (la femme mariée), Salah Nazmi (le mari de la femme mariée), Tawfik El Deken (Saber), Hassan Hamed (le cambrioleur), Nagwa Fouad (elle-même), Zouzou Madi (la mère de Sana), George Sedhom (Abdel Azim), Mimi Chakib (la mère de Hanan), Angel Aram (Mona), Sayed Ibrahim (le père de Mona), Mohamed Awad (Aziz), Rakia Damati (la secrétaire), Mohamed Farid (le barman), Naguib Abdo (le dentiste)
Scénario : Farouk Sabry et Abou Al Seoud Al Ebiary
Musique : Samir Sabri et Ahmed Hamouda
Production : Gamal Al-Leithi

Samir Sabri et Adel Imam
Youssef Wahby et Mervat Amine
Sayed Ibrahim et Mohamed Awad
Salah Nazmi et George Sedhom
Mimi Chakib et Youssef Wahby


Résumé

Ce film est inspiré d'une comédie américaine réalisée par Gene Kelly en 1967, Petit guide pour mari volage (A Guide for the Married Man).
Magdy quitte son village pour travailler au Caire comme ingénieur. Avant son départ, son père lui donne ses dernières instructions : pour l’honneur de la famille, il faut qu’il se marie au plus vite. Dans la capitale, c’est son collègue Sami qui va l’aider à trouver une fiancée. Celui-ci invite Magdy à l’accompagner dans un club de loisirs qu’il fréquente régulièrement. Le petit provincial repère aussitôt une jeune fille très belle. Il en tombe amoureux fou. Ce sera sa future femme ! Sami lui conseille d’abord de s’assurer qu’elle est bien libre. Après une petit enquête, ils apprennent que la jolie inconnue s’appelle Hanan, qu’elle est célibataire et qu’elle vit chez ses parents. Détail plus embêtant : sa mère souhaite qu’elle épouse l’un de ses cousins. 
Sami propose à Magdy une première méthode d’approche. Alors que la jeune femme quitte le parking du club au volant de sa voiture, il s’agit de se jeter devant le véhicule, de rouler sur le capot et enfin de tomber à terre en feignant d’éprouver mille souffrances. Rien ne se passe comme prévu : la chute de Magdy est si maladroite que Hanan n’a aucune pitié pour sa « victime ». Elle est même furieuse. Pire encore : deux jeunes hommes qui ont assisté à la scène prennent notre héros pour un fâcheux sans éducation et le rossent de façon sévère. Evidemment, l’aspirant au mariage et son conseiller ne s’avouent pas vaincus. Deuxième tentative pour approcher la belle : cette fois-ci se sera avec la complicité d’un cascadeur embauché par Samy. Ce spécialiste en combat à mains nues devra importuner Hanan ce qui déclenchera l’intervention de Magdy. Le ton montera , on en viendra aux mains, la bagarre se conclura par la défaite du malabar qui fuira à toutes jambes et par la victoire du justicier intrépide. Ce plan échoue lamentablement car Magdy se trompe de partenaire : il s’en prend à un inconnu à la musculature imposante. Le résultat est sans appel : Magdy est vaincu par KO. Mais ô miracle, cette fois-ci, Hanan prend son parti et lui manifeste une attention et une tendresse qui le consolent de tous les coups reçus. Magdy et Hanan se revoient lors d’un concert donné au club. Après la manifestation, ils restent seuls tous les deux et la jeune femme avoue à son amoureux qu’elle partage ses sentiments. 
Peu après, Magdy se rend chez les parents de l’élue de son cœur pour faire sa demande en mariage mais la mère reste intraitable : elle veut que sa fille épouse leur neveu. 
Sami est un homme de ressources : il conseille à son élève de se faire surprendre dans la chambre de Hanan. Les parents pour éviter le déshonneur seront les premiers à réclamer le mariage. L’idée géniale est mise à exécution mais encore une fois, les événements prennent un tour imprévu : le soir où Magdy doit rejoindre Hanan, la chambre est occupée par la fille d’un couple de paysans venus visiter la capitale. Par un malheureux concours de circonstances, c’est Sami qui se retrouve, contre son gré, au lit dans les bras de la jouvencelle au physique ingrat. Catastrophe : le père fait irruption dans la chambre. Sami devra épouser le laideron. Magdy a plus de chance : le père de Hanan qui a toujours soutenu sa fille a fini par imposer sa volonté à sa femme. Magdy et Hanan deviendront mari et femme !


Critique

Pour la première fois dans sa carrière, ’Adel Imam obtient le rôle principal dans un film. Et pour cette comédie romantique, sa partenaire n’est autre que la sublime Mervat Amine, plus belle que jamais. Voilà un jeune acteur comblé ! Si "A la Recherche du Scandale" comporte quelques bons moments, la succession de gags faciles et donc prévisibles finit par lasser. On notera aussi un défaut de structure. Le film ressemble un peu à une comédie à sketches. En effet, le cinéaste et son scénariste ont inséré dans leur récit de courtes séquences réalisées avec la collaboration de « guest stars ». Mais cela fonctionne mal : ces saynètes d’un intérêt très inégal (Celle avec George Sedhom est particulièrement inepte.) cassent le rythme de l’histoire principale sans lui apporter grand-chose.
On remarquera enfin que Niazi Mostafa a fait des emprunts évidents à "Chuchotements d’Amour" de Fateen Abdel Wahab, notamment avec le personnage du père, joué dans les deux films par Youssef Wahbi et celui du cousin « yéyé ». "A la Recherche du Scandale" nous aura au moins permis d’entendre Samir Sabri chanter une version arabe du tube des Middle of The Road, "Chirpy Chirpy Cheep Cheep". Il est à la piscine entouré de nombreux danseurs et la scène rappellera aux plus anciens les émissions de variétés des années 70 conçues par les producteurs français Maritie et Gilbert Carpentier !

Appréciation : 2/5
**

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

mercredi 18 octobre 2017

Ismaël Yassin dans la marine (Ismaïl Yassine fil ostool, 1957)

إسماعيل يس في الأسطول
إخراج : فطين عبد الوهاب




Fateen Abdel Wahab a réalisé Ismaël Yassin dans la Marine en 1957.
Distribution : Ismaël Yassin (Ragab), Zahrat Al Oula (Nadia), Ahmed Ramzy (Mounir), Mahmoud El Meleigy (Abbas Al Zafer), Zinat Sedki (la mère de Nadia), Abdel Wareth Asr (le père de Nadia), Zeinat Olwi (la danseuse), Abdel Moneim Ibrahim (Abdul Bar), Reyad El Kasabgy (le sergent instructeur à bord du navire), Malak El Gamal (l’entremetteuse), Layla Karim (la petite amie de Mounir), Layla Hamdy (épouse d’Abbas Al Zafer), Mary Bay Bay (épouse d’Abbas Al Zafer) 
Scénario : Hassan Tawfik et El Sayed Bedir 
Musique : Mounir Mourad 
Production : Films Memphis/Ramsès Naguib

Zahrat Al Oula

Mahmoud El Meleigy et Zinat Sedki

Zahrat Al Oula et Abdel Wares Asr

Ahmed Ramzy

Ismaël Yassin, Ahmed Ramzy, Reyad El Kasabgy



Résumé

Ragab est un gentil garçon dont le seul défaut est la peur de la mer. Il aime sa cousine Nadia qui est infirmière à l’Hôpital de la marine. Hanfi, le père de Nadia, accepterait que sa fille épouse son neveu, en revanche la mère souhaite que sa fille épouse Maître Abbas Al Zafer, un homme d’âge mûr riche et puissant. Nadia exhorte son amoureux à surmonter sa peur de la mer et l’incite à s’engager dans la marine pour impressionner sa mère. Ragab se rend au centre de recrutement de la Marine. Là, il rencontre deux autres engagés, Abdul Bar et Mounir, avec qui il sympathise tout de suite. Après la visite médicale, les trois jeunes gens commencent leur formation. Elle se déroule d'abord à terre puis ils doivent partir en mer pour d’autres exercices. Avant leur départ, ils ont une permission. Ragab en profite pour rendre visite à sa cousine Nadia. Mais, dans la maison de son oncle, il retrouve son rival, Maître Abbas qui est reçu par sa tante comme un membre de la famille. Ragab apprend que son oncle a une dette de 150 guinées envers Maître Abbas et qu’il est donc obligé d’accepter le mariage de sa fille avec lui. Le pauvre Ragab retrouve ses amis totalement désespéré. Abdul Bar et Mounir ont une idée pour empêcher cette union : ils organisent une loterie sur le navire et parviennent à recueillir les 150 guinées. Ils les donnent à Ragab qui obtient 24 heures de permission pour se marier. A terre, le jeune homme se rend chez Abbas pour le rembourser alors que la cérémonie du mariage est déjà commencée mais l’étourdi a oublié l’argent sur le bateau. Heureusement Mounir et Abdul Bar s’en sont aperçus et avec d’autres soldats ils décident de rejoindre leur compagnon. Ils sont accueillis par les hommes de Maître Abbas. Une bagarre éclate. C’est l’intervention inopinée des deux premières épouses de Maître Abbas qui scelle la défaite définitive de celui-ci. Mais Ragab et ses amis n’en ont pas fini avec les tracas : ils sont arrêtés pour s’être battus avec des civils.


Critique

A la lecture du scénario de cet Ismaïl Yassin dans la Marine on se dit qu'il y a bien des similitudes avec le film Ismaïl Yassin à l'Armée tourné deux ans auparavant, en 1955. En effet, l'acteur comique joue à nouveau un bon bougre que l’'armée va transformer en valeureux soldat. Dans sa formation militaire, il est encore accompagné de deux camarades et comme dans l'opus précédent, il y a une histoire d'amour. Ragab doit épouser sa cousine, Nadia, et c'est elle d'ailleurs qui l'a incité à rejoindre l’armée, mais la présence d’un rival compromet les projets matrimoniaux du héros. La trame des deux films est donc identique mais ce qui a changé, c’est le contexte historique. Nous sommes en 1957, c'est-à-dire juste après la crise du canal de Suez qui a débouché sur sa nationalisation et ce film se présente comme un hommage à tous ces marins qui ont rendu possible cette restitution du canal à la mère patrie. Le caractère martial est donc nettement plus prononcé dans ce film que dans celui de 1955. C’est évident dès le générique constitué d'images de vaisseaux militaires avec sur leur pont, tous les membres d’équipage et, au premier plan, toujours les canons dressés vers le ciel, prêts à entrer en action . Comme il se doit, l’accompagnement musical est confié aux cornemuses et tambours d’un orchestre militaire. 

Paradoxalement, dans toute la première partie du film, le scénario s’intéresse uniquement à l'intrigue amoureuse au détriment du récit guerrier annoncé pourtant de manière si tonitruante dès le générique. Ce n’est que dans la deuxième partie que nous retrouverons la marine avec des scènes quasi documentaires sur la vie à bord des nouvelles recrues. Et tout le film va fonctionner sur l’alternance séquence familiale/séquence militaire. Le résultat : on se retrouve avec deux univers qui suivent deux trajectoires parallèles et qui peinent à s’entremêler. Ce qui accentue cette impression, c’est sans doute que le rival d’Ismaïl Yassin n’est pas dans ce film un militaire mais un marchand et qu’une grande partie de l’intrigue repose sur la confrontation entre ce dernier et le père de la bien aimée. 

Il faut attendre la dernière partie du film pour que les deux fils narratifs se rejoignent : c’est grâce à l’intervention de tous ses camarades que Ragab pourra épouser Nadia. La solidarité entre soldats est ainsi glorifiée même si cela conduit dans le cas présent à un happy end non dénué d’ambiguïté : le héros et tous se compagnons sont emprisonnés pour s’être battus avec des civils. 

Comme Ismaïl Yassin à l’Armée, ce film ne sombre jamais dans la pure propagande car avec Fateen Abdel Wahab, la comédie ne capitule jamais ! Malgré les uniformes et les canons, il est parvenu à créer un monde plein de fantaisie et de fraîcheur où les éléments les plus opposés cohabitent naturellement. Les deux derniers plans du film sont à cet égard éloquents : d’abord, un plan serré sur les deux personnages les plus âgés qui s’étreignent et s’embrassent longuement à pleine bouche puis Ismaïl Yassin, tout sourire et en uniforme, qui fait le salut militaire. La preuve qu’on peut être patriote et libertin ! 

Appréciation : 3/5 
***

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

vendredi 28 octobre 2016

Le Chuchotement du Diable (Hamset Al Shaytan, 1969)


همسة الشيطان
إخراج : سيد طنطاوى





Sayed Tantawi a réalisé Le Chuchotement du Diable en 1969.
Distribution : Marina (Souad), Imad Hamdi (Aziz), Ahmed Ramzy (Sélim), Randa (Doria), Layla Karim (la mère de Sélim), Abdullah Timor (Ehsan)
Ce film libano-égyptien est sorti sous le titre Les Maudits.
Scénario : Abdulaziz Salam
C'est une adaptation très libre du roman de D.H. Lawrence L'Amant de Lady Chatterley (1928).


Imad Hamdi
















Ahmed Ramzy

















Randa et Imad Hamdi

















Ahmed Ramzy et Marina

















Randa et Layla Karam

Randa
















Timor Abdullah
















Randa

















Résumé

Aziz est un homme riche et puissant qui vient d’épouser la jeune et jolie Doria. Il possède une grande propriété où il élève des chevaux. Ceux-ci sont soignés par deux garçons d’écurie, Ehsan et Sélim. La mère de ce dernier travaille aussi chez Aziz, comme servante. Sélim est fiancé à Souad, la fille du forgeron.
Un jour, Aziz monte un cheval particulièrement nerveux. L’animal se cabre et le fait tomber. L’homme, blessé, est transporté dans sa chambre. Il souffre terriblement. Le médecin assure qu’il s’en sortira mais la convalescence sera longue. Une chose est certaine : Aziz restera impuissant.
Tandis que son mari passe ses journées dans son lit, Doria s’ennuie. Elle essaie de se rapprocher de Sélim. Celui-ci garde ses distances d’autant plus que Souad est harcelée par Ehsan. Il a même tenté de l’embrasser mais Sélim est accouru à temps et a corrigé son rival. Quand tout le monde dort dans la grande maison, Doria a pris l’habitude de se rendre à l’écurie où Sélim s’est aménagé une petite chambre. Elle l’observe alors qu’il dort torse nu. Une nuit n’y tenant plus, elle se jette sur lui mais le jeune homme repousse ses avances. Ils finissent tout de même par devenir amants, pour la plus grande joie de la mère du jeune homme.
Aziz, qui s’est rétabli, a remarqué la nouvelle complicité entre sa femme et son employé. Il a l’imprudence de s’en ouvrir auprès de la mère de celui-ci. La vieille femme sent la menace qui pèse sur son fils. Elle passe à l’action. Une nuit, elle injecte à l’aide d’une seringue un produit toxique dans la croupe de la jument préférée d’Aziz. Le lendemain, quand l’homme monte la pouliche, celle-ci devient folle et part au galop. Aziz fait une chute mortelle. La mère de Sélim est aux anges : son fils va devenir le maître du domaine en épousant Doria. Mais celui-ci a compris le rôle joué par sa mère dans cette fin tragique. Rongé par le remords, il quitte le domaine.
De son côté, Souad a rompu avec Sélim et a accepté d’épouser Ehsan. Mais le soir de la cérémonie, l’ex-fiancé reparaît et enlève celle qu’il n’a jamais cessé d’aimer. Toute la famille du marié se lance à la poursuite des deux fuyards. Ehsan est armé. Il tire. La mère de Sélim qui avait rejoint le couple s’effondre et meurt dans les bras de son fils. Ehsan est arrêté. Sélim épouse Souad et devient l’assistant de son beau-père à la forge.


Critique

Ce qui reste du roman de Lawrence, l’Amant de Lady Chatterley dans ce Chuchotement du Diable ? Peu de chose sinon la trame : une femme dont le mari est devenu impuissant retrouve le plaisir dans les bras  d’un employé du domaine de celui-ci. Avec ce sujet, tout est possible, le pire comme le meilleur et, en l’occurrence, nous pouvions craindre le pire :  le film a été tourné au Liban (rarement un gage de qualité à l’époque, les cinéastes égyptiens y commettant leurs réalisations les plus médiocres) et on pouvait s’attendre à une production bâclée destinée au public mâle et adulte venant dans les salles obscures pour soulager sa frustration et ses tourments.
En fait, ce Chuchotement du Diable se laisse voir sans déplaisir, si l’on aime les films de série B ou…Z. C’est une sorte de western érotique dont l’atmosphère sensuelle doit beaucoup à la présence de  Randa. Cette chanteuse et actrice libanaise va tourner dans une dizaine de films dans les années soixante avant de disparaître brutalement des écrans. Ici, elle joue une jeune femme qui s’ennuie dans la propriété de son vieux mari. Toute la journée elle déambule dans les différentes parties du domaine, arborant  des robes, bien peu rustiques, qui soulignent ses formes avantageuses. Et dès que l’occasion se présente, elle  découvre sa poitrine opulente et ses larges cuisses . Elle affole ainsi Imad Hamdy avant de jeter son dévolu sur le pauvre Ahmed Ramzy qui n’en peut mais. Car elle brûle de désir et semble vouloir propager l’incendie sur tout ce qui l’entoure.
Les chevaux, les écuries, les nuits torrides, tout cela peut faire penser aux comédies érotiques de Russ Meyer (en beaucoup plus timide, évidemment). Et sans doute que les scènes les plus réussies sont celles des rencontres nocturnes entre la femme et le palefrenier. Ce dernier pétrifié subit les assauts de l’épouse adultère et, entre ses mains, devient un simple objet sexuel.  
Concernant l’érotisme, ce film use d’un procédé que l’on retrouve fréquemment  à partir des années soixante.  Dans le cinéma égyptien, le corps de la femme ne se dévoile que de manière partielle et furtive, la nudité féminine étant rigoureusement proscrite En revanche, pour l’homme, la Loi est plus clémente. Si bien que dans les scènes d’amour, c’est le mâle qui dénude son torse et qui l’offre à la femme (voir dans ce film comment Ahmed Ramzy abandonne sa poitrine nue aux embrassements avides de Randa). Ainsi les rôles sont inversés : l’homme devient l’objet désiré qui est vu et la femme le sujet désirant qui regarde (avec les spectatrices et, peut-être, les spectateurs !). Ce renversement,  permet au cinéaste de créer une atmosphère érotique tout en respectant les règles très strictes de la bienséance. Et dans les années soixante et soixante-dix, parmi les acteurs qu’on déshabille le plus volontiers, nous trouvons, comme ici, Ahmed Ramzy mais aussi Rushdy Abaza et Hassan Youssef.  


Comme dans toute série B qui se respecte, nous avons  un certain nombre de maladresses et j’ai relevé une erreur de montage :

Plan A : le cheval est gris.



Plan B :  le cheval devient noir et c'est maintenant la main droite qui tient les rênes !



Plan C : on retourne au gris !


Appréciation : 3/5
***
Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

jeudi 4 août 2016

Elle et les Démons (Heya wal Shayatin, 1969)

هى والشياطين
إخراج : حسام الدي مصطفى 



Elle et les Démons a été réalisé par Houssam Al Din Mustafa en 1969.
Distribution : Ahmed Ramzy (Prince), Chams Al Baroudi (Warda), Adel Adham (Zizou), Nawal Abou El Foutouh (Hamida), Youssef Fakhr Eddin (Kamal), Alya Fawzy (la mère de Warda), Sally Wood (la touriste)
Scénario : Faysal Nada, Sabri Ezzat, Houssam Al Din Mustafa


Adel Adham

Shams Al Baroudi et Youssef Fakhr El Din















Ahmed Ramzy et Nawal Abou El Foutouh















Ahmed Ramzy















Shams Al Baroudi



Résumé

Kamal est le petit ami de Warda qui travaille comme danseuse dans un cabaret. Il rêve de gagner beaucoup d’argent pour l’épouser et lui faire quitter son métier. Son meilleur ami est Prince. Celui-ci travaille dans la région des marais comme pêcheur. Pour accroître ses revenus, il promène les touristes à bord de sa petite barque. Comme Kamal, il est amoureux d’une jeune fille. Elle s’appelle Hamida et tient une petite épicerie tout près de sa cabane de pêcheur. Lui aussi rêve d’épouser sa bien-aimée mais il n’a pas le sou.
Zizou est une connaissance de Kamal. C’est un voleur spécialisé dans la contrebande. Il propose une affaire à l’amoureux de Warda : Petro, un chef de gang, l’a chargé de transmettre la somme de 250 000 dollars à Georges, un complice qui se trouve sur un bateau à 8 kilomètres des eaux territoriales. Pour ne pas attirer l’attention de la police, il faut parcourir la distance à la nage avec l’argent caché dans une ceinture. Malgré la difficulté de la mission, Kamal l’accepte aussitôt. Les 250 000 dollars n’arriveront jamais à destination. Kamal a décidé de les garder pour lui et les a cachés sur un îlot au milieu des marais salants. Petro est furieux. Il fait corriger sévèrement Zizou par ses complices mais celui-ci n’a aucune information sur ce qu’est devenu l’argent. Zizou parvient à échapper au gang. Il dénonce à la police Petro et Georges puis retrouve Kamal. Sous la menace d’une arme, ce dernier doit lui remettre la carte qu’il avait griffonnée pour localiser la cache du butin. Une fois obtenu le précieux document, Zizou le poignarde. Agonisant, Kamal parvient à se trainer jusqu’à l’immeuble où réside Warda. Il meurt dans les bras de sa bien-aimée.
Cette dernière est bien décidée à se venger. Elle se rend dans les marais salants et fait la connaissance de Prince. Elle se présente comme une touriste souhaitant visiter la région et aimant la pêche. Au même moment, Zizou fait son apparition. Il s’est installé dans l’une des cabanes de la zone pour récupérer au plus vite le butin. Il est tout de suite séduit par Warda dont il ignore les liens avec Kamal. Tous les deux, ils font de longues promenades en barque au milieu des marais. C’est lors de l’une de ces sorties que Zizou finit par retrouver l’endroit où sont cachés les 25000 dollars. Il met dans la confidence celle qu’il aime. Warda braque un revolver dans sa direction et dévoile son identité. Zizou parvient à désarmer la jeune femme. Une lutte s’engage. L’homme fait un faux pas et tombe dans des sables mouvants. Il disparaît. Prince a rejoint Warda et ils regagnent ensemble la zone des cabanes. Les y attendent des anciens complices de Zizou, prêts à tout pour s’emparer de l’argent. Bagarres et courses-poursuites ne prendront fin qu’avec l’intervention de la police.


Critique

Houssan El Din Mustafa est un cinéaste inégal : dans sa filmographie on trouve le pire et le meilleur (le pire l’emporte quand même). Il fut très souvent la cible des critiques qui lui reprochèrent son manque d’ambition artistique et son recours aux procédés les plus grossiers du cinéma commercial. Sa marque de fabrique, c’est la violence et l’érotisme. Et reconnaissons que dans ce registre, il fait preuve d’une certaine efficacité. Houssan El Din Mustahfa avait étudié le cinéma aux Etats-Unis et il en a gardé un sens de l’action et du mouvement qui manque cruellement à bon nombre de ses pairs. Chez lui, on ne trouve pas ces scènes interminables dans lesquelles les personnages sagement assis dans des fauteuils déblatèrent à l’infini. Les héros d’ Houssan El Din Mustafa ne causent pas, ils frappent et ils flinguent (s’ils causent, c’est mauvais signe : le film risque d’être mauvais comme c’est le cas pour les Trois Prisonniers de sinistre mémoire !) Et en amour, c’est la même chose : pas de longues déclarations mais des bouches qui se mélangent et des corps qui s’étreignent.
Dans Elle et les démons, la première scène donne le ton : une petite bande tend un piège à un routier pour dévaliser sa marchandise. La séquence est brève, sans fioritures. Le camion vidé, les bandits s’évanouissent dans les champs tandis qu’on suit le chef du groupe et l’un de ses complices s’enfuyant sur une charrette tirée par un cheval au galop. Hommage au western américain et à sa fougue ! Toute la première partie du film est sur ce tempo. Dans la seconde, après le meurtre de Kamal, ça piétine un peu. Dommage !
L’histoire réunit des personnages qui ont le même dessein : changer de vie, sortir une bonne fois pour toutes de la misère. Pour y arriver, ils sont prêts à tout. Alors quand un pactole tombe entre leurs mains, la fièvre s’empare de tous ces hommes et les complices d’hier finiront par s’entretuer. L’essentiel de l’intrigue se passe dans un seul lieu : les marais. C’est un labyrinthe inextricable dans lequel on ne peut circuler qu’en barque entre des îlots couverts d’herbes hautes. Loin de la ville, de la police et des lois, les personnages s’y sentent libres. Comme le montre l’une des premières scènes où l’on voit Prince conduire dans sa barque une jeune touriste étrangère à demi-nue qui offre sans pudeur son corps au soleil et au regard de son guide. Mais en fait, cet eden est piégé : il réserve bien des chausses trappes à tous ceux qui s’y aventurent. Un lieu dangereux aussi car pour le criminel, c’est le cadre idéal pour se cacher ou accomplir ses forfaits en toute impunité. Il faut voir comment Zizou, ce malfrat sans scrupules joué par le toujours excellent Adel Adham, s’y épanouit. Il s’est installé dans une cabane et recherche le butin caché quelque part par Kamal. Il est heureux, Zizou, car il a éliminé tous ses anciens complices et il est le seul à pouvoir récupérer le trésor. Alors il ne se presse pas. Il a adopté le rythme placide de la vie dans ce petit coin de nature à mille lieux du tumulte et de la frénésie des grandes villes.
Mais ce qu’il ne sait pas, c’est qu’on n’échappe pas au marais (cet eden est en fait une prison !) et que son destin sera aussi tragique que celui des autres personnages. Zizou sera happé par les sables mouvants sous les yeux de la fiancée de Kamal. Au final personne ne profitera du butin et les survivants reprendront leur existence laborieuse comme naguère.
Pour finir, ajoutons que l’interprétation masculine est excellente. Les trois principaux acteurs jouent dans un registre différent avec la même énergie et le même naturel.
Et Chams El Baroudi ? A la fin des années soixante et au début des années soixante-dix, elle est l’une des figures les plus populaires du cinéma égyptien. Son sex appeal ravageur accompagne le mouvement de libération des mœurs que connaît la société égyptienne à cette époque. Dans Elle et les Démons, elle me semble sous-employée, comme n’étant pas vraiment à sa place dans cette histoire d’hommes. Ce qui m’a toujours frappé chez Chams El Baroudi, c’est la passivité des personnages qu’elle incarne. Des personnages qui n’existent qu’à travers le désir que l’actrice suscite chez ses partenaires ou bien chez le réalisateur. Ici, il est évident qu’on ne l’a pas désirée assez fort.

Appréciation : 3/5
***
Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

vendredi 30 octobre 2015

La Fille du Quartier (bint el hetta, 1964)

بنت الحته
اخراج : حسن الصيفى

 


La Fille du Quartier a été réalisé par Hassan El Seifi en 1964.
Distribution : Chukry Sarhan (Omar), Mahmoud Ismaïl (Zaki), Zahrat Al Oula (Ekhlas), Tawkik El Deken (Hambaka), Zouzou Nabil (la mère d'Ekhlas), Ahmed Ramzy (Selim), Aziza Helmy (la mère d'Omar), Samia Gamal (Hosnia), Ahmed El Gezeiry (le père d'Ekhlas), George Sedhom (le détective).
Scénario : Mahmoud Ismaïl

Zahrat Al Oula et Ahmed Ramzy

Tawfik El Deken

Ahmed El Gezeiry et Zouzou Nabil

George Sedhom

Aziza Helmy et Chukry Sarhan

Ahmed Ramzy et Samia Gamal

Zahrat Al Oula et Ahmed Ramzy



Résumé

Ekhlas est une étudiante studieuse. Elle est amoureuse d’Omar qui tient une crémerie dans sa rue. Ils doivent se marier mais Zaki Al Fayoumi, un chef de gang, est aussi amoureux de la jeune fille. Il est prêt à tout pour obtenir sa main. Il embauche Selim, le frère d’Ekhlas et lui octroie un salaire confortable. Il va même jusqu’à lui promettre qu'il pourra épouser sa complice, Hosnia, une séduisante danseuse. En échange, Zaki Al Fayouni demande la main d’Ekhlas. Cette dernière cède aux pressions redoublées de son frère et de sa mère. Elle accepte d’épouser le chef de gang à condition qu’elle soit autorisée à poursuivre ses études.   Au même moment, Hambaka, le fidèle second de Zaki engage deux hommes de main pour tuer Omar. L’opération échoue : la victime n’est que légèrement blessée. Après cette agression, Ekhlas se ravise. Elle épouse Omar à sa sortie de l’hôpital.  Zaki contre attaque aussitôt : il ordonne à Selim de placer dans l’armoire de son nouveau beau-frère une valise pleine de haschisch. Omar est arrêté par la police et envoyé en prison. Devant le désespoir de la mère d’Omar et celui de sa sœur, Selim est envahi par le sentiment de culpabilité. Ekhlas révèle au juge qu’elle est convaincue que son frère a une part de responsabilité dans l’emprisonnement de son mari. L’homme de loi décide de faire suivre le jeune homme. Tout va alors s’accélérer. Zaki tente de faire empoisonner Selim qui échappe à la mort grâce à l’intervention de l’enquêteur.  Omar s’évade de la prison pour pouvoir prouver son innocence. Selim se livre à la police et avoue tout. La maison de Zaki est cernée par les forces de l’ordre. Le criminel est abattu par un officier de police.  Au même moment, Hosnia est tuée par un ancien amoureux. La mère d’Ekhlas, qui  avait toujours soutenu Zaki, sombre dans la folie. L’innocence d’Omar est enfin reconnue.


Critique

Le scénario de ce film est l’œuvre de Mahmoud Ismaïl qui joue le rôle de Zaki, le chef de gang. La Fille du Quartier a toutes les apparences d’un thriller mais on comprend très vite que l’auteur s’est davantage attaché au destin tragique de ses personnages qu’à l’intrigue qui les réunit.  Il brosse le portrait de quelques habitants d’un quartier pauvre du Caire. Les uns et les autres sont englués dans des difficultés de tout ordre : sociales, économiques et psychologiques.  Au départ, la seule qui semble avoir des chances d’échapper à la loi de la misère, c’est Ekhlas grâce aux études qu’elle poursuit à l’université.
Mais l’arrivée de Zaki, le chef de gang,  vient tout bouleverser. Pour la mère et le frère de la jeune femme, il est celui qui va leur permettre d’échapper à leur triste sort. Le prix à payer c’est Ekhlas. Ils n’hésitent pas longtemps : l'étudiante doit épouser leur bienfaiteur et oublier Omar, celui qu’elle aime. Evidemment le fils et la mère n’ont pas conscience qu’il leur faudra eux-aussi payer très cher leur pacte : l’un et l’autre connaîtront la déchéance.
La Fille du Quartier est une chronique sociale mais aussi un conte moral qui montre que les premières victimes de la pègre sont les gens modestes bernés par les promesses illusoires d’un avenir meilleur.
Le quartier dans lequel vivent les personnages a été totalement reconstitué en studio et le réalisateur n’a rien fait pour le dissimuler : aucun des bruits habituels d’une rue, des chaussées rutilantes comme des parquets et des façades qui semblent en carton pâte. Peu importe : le propos de Mahmoud Ismaïl n’est pas de restituer l’ambiance pittoresque d’un quartier populaire du Caire mais de suivre les trajectoires brisées de personnages que l’existence n’a jamais épargné.
Dans cet univers très noir, les danses de Samia Gamal et les interventions comiques de George Sedhom en inspecteur  sont comme de courtes parenthèses qu’on referme bien vite pour laisser le  drame  reprendre son cours.
L’interprétation est magistrale. 

Appréciation : 4/5
****

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin