إخراج : عاطف سالم
Distribution : Abdel Moneim Ibrahim (Othman), Mervat Amine (Soheir, la femme d’Othman), Abdel Khaleq Saleh (Omar, le propriétaire de l’immeuble), Hassan Youssef (Sami, le fils d’Omar), Nifin (la sœur de Sami), Aleya Abdel Moneim (la mère de Sami), Fifi Abdou (la danseuse), Nagwa Fouad (la danseuse), Hassan El Baroudy (Mahmoud, le portier), Nour Al Sherif (Mohamed, le fils du portier), Mouwafak Bahgat (le leader du groupe), Safaa Abo El Saoud (Nousa, la servante), Amal Sharif (la femme qui tyrannise sa jeune servante), Dina Abdallah (la jeune servante tyrannisée), Ghassan Matar (Izzat), Kawthar El Assal (Ferdoos, la femme d’Izzat), Fatma Mazhar (Titi, la sœur de Ferdoos), Hussein Ismael (Madbouly), Salah El Masry (le médecin), Kawthar Ramzi (une servante)
Scénario : Kamel El Hefnawy
Musique et chansons : Fouad El Zahiry, Mohamed Diaa El Din, Hussein El Sayed, Jamal Al Hashemi
Production : The Egyptian Public Authority for Cinema, Television, Theater and Music
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| Mervat Amine et Abdel Moneim Ibrahim |
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| Mouwafak Bahgat |
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| Ghassan Matar |
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| Mervat Amine et Abdel Moneim Ibrahim |
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| Amal Sharif et Dina Abdallah |
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| Abdel Khaleq Saleh |
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| Kawthar El Assal et Fatma Mazhar |
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| Nour Al Sherif et Hassan El Baroudy |
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| Safaa Abo El Saoud et Abdel Moneim Ibrahim |
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| Aleya Abdel Moneim, Nifin et Hassan Youssef |
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| Safaa Abo El Saoud et Ahmed Nabil |
Résumé
Le film s’ouvre avec la tournée matinale du livreur de lait. Celui-ci s’engouffre dans un immeuble et on fait connaissance avec les résidents qui lui ouvrent leur porte. Pour aller d’un étage à l’autre, le livreur emprunte l’escalier de service qui constitue un axe central dans la vie de tous les habitants de l’immeuble. Il permet d’aller et venir en toute discrétion, sans risquer de tomber nez à nez avec un conjoint jaloux, un patron intraitable, un parent autoritaire ou un propriétaire tatillon.
C’est par cet escalier que le film nous fait glisser dans l’intimité des familles, révélant leurs joies, leurs secrets ou leurs drames.
Le récit suit plus particulièrement quelques personnages.
Othman, employé de bureau, vient d’épouser Soheir, une jeune femme d’une beauté éclatante. Mais depuis leur mariage, un problème empoisonne leur vie : Othman est devenu impuissant. Les potions qu’il achète en cachette n’y changent rien. Soheir, dévorée par le désir et la frustration, souffre en silence, même si son amour pour son mari demeure intact.
Sami est le fils du propriétaire de l’immeuble. C’est un garçon qui néglige ses études et préfère se consacrer à ses plaisirs. Il passe des nuits entières avec ses camarades et rentre chez ses parents au petit matin, ivre mort. Pour gagner de l’argent facilement, il n’a pas hésité à sombrer dans la délinquance, en organisant vols de voitures et cambriolages. Il entretient des relations très conflictuelles avec sa sœur qui mène une vie d’étudiante studieuse.
À l’université, celle-ci est amie avec Mohamed, le fils du vieux portier. Travailleur et respectueux, Mohamed partage son temps entre ses études et l’aide qu’il apporte à son père pour l’entretien de l’immeuble. Malgré leurs différences sociales, les deux jeunes gens s’entendent à merveille.
Nousa, servante dans une famille avec un bébé, illumine l’immeuble par sa bonne humeur. Elle rêve de devenir artiste et passe ses journées à chanter et danser, au détriment du nourrisson qu’elle est censée garder. Elle se lie d’amitié avec un groupe de jeunes musiciens fauchés qui vivent dans un appartement voisin. Un jour, ils lui proposent de devenir leur chanteuse : Nousa accepte avec enthousiasme.
Dina Abdallah, petite fille employée comme servante, vit quant à elle un quotidien bien plus sombre. Exploitée et maltraitée par le couple qui l’emploie, elle travaille du matin au soir pendant que les autres enfants de l’immeuble jouent librement.
Enfin, Izzat, séducteur invétéré, multiplie les conquêtes malgré la grossesse de sa femme Ferdoos. Lorsque la jeune sœur de celle-ci vient les aider, il tente aussitôt de la séduire et finit par abuser d’elle. Il jette également son dévolu sur Soheir, la femme d’Othman, qu’il harcèle jusque dans son propre appartement.
Dénouements : les événements se précipitent et prennent une tournure nettement dramatique.
La petite servante pour échapper aux sévices de sa maîtresse se jette dans le vide du haut de l’escalier. Au début de l’enquête, les policiers soupçonnent le portier et son fils d’être responsables de la mort de la petite fille mais ils seront vite innocentés.
Sami est arrêté alors qu’avec sa bande il s’apprêtait à cambrioler une maison. En apprenant la nouvelle, son père fait un malaise cardiaque.
Profitant de l’absence du mari parti en voyage, Izzat s’est introduit dans l’appartement d’Othman et de Soheir grâce à la complicité de la femme de ménage. Il se jette sur Soheir et tente de la violer. Au début la jeune femme résiste mais progressivement, l’excitation monte en elle et elle s’apprête à totalement s’abandonner au désir d’Izzat. Heureusement, Othman arrive à temps pour faire fuir l’agresseur qui disparaît dans l’escalier de service avant que le mari n’ait pu entrer dans la chambre. Soheir est soulagée, et Othman lui annonce une nouvelle inespérée : grâce à un médecin qu’il a consulté, il a retrouvé sa virilité. Le couple entreprend aussitôt de le vérifier.
Critique
Le film se présente comme une véritable radiographie de la société cairote de l’après‑1967, à un moment où l’Égypte, encore sonnée par la défaite, voit vaciller les certitudes héritées du nassérisme. Atef Salem observe cette mutation avec une acuité presque clinique, choisissant pour terrain d’étude un immeuble dont chaque appartement dévoile une facette de la nouvelle société urbaine.
La démarche n’est pas sans rappeler le roman d’Emile Zola Pot-Bouille qui raconte le quotidien de plusieurs familles résidant dans le même immeuble parisien du second Empire. Dans ce roman, la cour intérieure sur laquelle donnent les cuisines des appartements constitue l’envers de l’apparence bourgeoise. C’est par cette cour intérieure que communiquent tous les domestiques révélant les détails les plus sordides de l’existence prétendument rangée de leurs maîtres. Chez Atef Salem, c’est l’escalier de service qui joue ce rôle de révélateur. C’est par lui que l’on accède à la vérité des habitants, et ce que l’on y découvre est rarement reluisant.
Les personnages, pourtant sympathiques au premier abord, se conduisent presque tous de manière indigne. L’égoïsme domine, la solidarité a disparu, et chacun s’affaire à défendre ses intérêts sans jamais se soucier des autres. Atef Salem, sociologue autant que moraliste, semble profondément pessimiste face à cette société qui, après la mort de Nasser et l’arrivée de Sadate, se recompose autour de comportements nouveaux, plus individualistes, plus brutaux.
Le portrait le plus emblématique est celui du fils du propriétaire, interprété par Hassan Youssef. Il incarne la dérive morale d’une jeunesse privilégiée : capricieux, violent, voleur, violeur même, entouré d’une bande de crétins veules et vulgaires. Dans la même veine, un autre résident, pourtant marié, se comporte comme un prédateur insatiable, persuadé que toutes les femmes de l’immeuble doivent céder à ses désirs. Salem ne cherche jamais à atténuer la noirceur de ces figures : il les filme dans leur crudité, comme les symptômes d’une société malade.
À côté de ces personnages odieux, le réalisateur propose des portraits plus nuancés. Comme celui de la jeune servante, toujours souriante, capable de générosité mais aussi d’une insouciance coupable. Elle abandonne le bébé dont elle a la charge pour rejoindre des musiciens qui rêvent de faire d’elle une chanteuse. Un comportement puéril et irresponsable, révélateur d’une jeunesse qui aspire à s’émanciper mais ne sait comment s’y prendre.
Les actions véritablement généreuses sont rares. On retient le fils du concierge, dévoué à son vieux père, ou ce petit garçon qui offre un morceau de gâteau à la jeune bonne maltraitée par ses maîtres. Des gestes minuscules, presque dérisoires, mais qui rappellent que l’humanité n’a pas totalement disparu.
Dans ce tableau sombre, le couple formé par Abd El Moneim Ibrahim et Mervat Amine apporte une respiration comique. Leur intrigue, fondée sur l’impuissance du mari face à la beauté renversante de sa jeune épouse, relève de la comédie de mœurs. Le mari multiplie les tentatives pour retrouver sa virilité, tandis que Mervat Amine, d’une sensualité éclatante, peine à contenir sa frustration. Cette parenthèse légère ne dissipe pas la noirceur du film : elle la souligne, en montrant par le rire les tensions du couple moderne.
Atef Salem ne regrette pas la société traditionnelle corsetée par une morale rigide, mais l’évolution qu’il observe ne semble pas le rassurer. Il constate l’avènement d’un monde où les repères se brouillent, où les comportements se durcissent, où l’individualisme triomphe. Sous ses airs de chronique d’immeuble, son film devient le témoignage inquiet d’une société en pleine mutation.
La filmographie de Salem, marquée par une grande disparité, s’essouffle à partir des années 1970. Cet Escalier de Service tranche avec d’autres réalisations plutôt médiocres, même si on peut trouver à celui-ci quelques faiblesses : une structure parfois relâchée, un entrelacement des fils narratifs qui manque de rigueur, des transitions de registre parfois abruptes, et le recours à des ficelles mélodramatiques un peu grosses comme le suicide de la petite fille.
Mais on retiendra surtout la représentation audacieuse — presque téméraire — de la société égyptienne de l’époque, quitte à choquer le grand public. Et puis, il y a Mervat Amine, la plus belle actrice de sa génération, qui prouve une fois encore sa capacité à jouer sur tous les registres. Ici, elle exprime avec une conviction troublante la frustration sexuelle qui ronge peu à peu l’âme et le corps de son personnage.
appréciation : 3/5
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Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin
















































