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lundi 15 juin 2026

L’escalier de service (alsulm alkhalfiu,1973)

السلم الخلفي
 إخراج : عاطف سالم


Atef Salem a réalisé L'Escalier de Service en 1973.
Distribution : Abdel Moneim Ibrahim (Othman), Mervat Amine (Soheir, la femme d’Othman), Abdel Khaleq Saleh (Omar, le propriétaire de l’immeuble), Hassan Youssef (Sami, le fils d’Omar), Nifin (la sœur de Sami), Aleya Abdel Moneim (la mère de Sami), Fifi Abdou (la danseuse), Nagwa Fouad (la danseuse), Hassan El Baroudy (Mahmoud, le portier), Nour Al Sherif (Mohamed, le fils du portier), Mouwafak Bahgat (le leader du groupe), Safaa Abo El Saoud (Nousa, la servante), Amal Sharif (la femme qui tyrannise sa jeune servante), Dina Abdallah (la jeune servante tyrannisée), Ghassan Matar (Izzat), Kawthar El Assal (Ferdoos, la femme d’Izzat), Fatma Mazhar (Titi, la sœur de Ferdoos), Hussein Ismael (Madbouly), Salah El Masry (le médecin), Kawthar Ramzi (une servante)
Scénario : Kamel El Hefnawy
Musique et chansons : Fouad El Zahiry, Mohamed Diaa El Din, Hussein El Sayed, Jamal Al Hashemi
Production : The Egyptian Public Authority for Cinema, Television, Theater and Music

Mervat Amine et Abdel Moneim Ibrahim






Mouwafak Bahgat








Ghassan Matar










Mervat Amine et Abdel Moneim Ibrahim







Amal Sharif et Dina Abdallah










Abdel Khaleq Saleh









Kawthar El Assal et Fatma Mazhar



Nour Al Sherif et Hassan El Baroudy



Safaa Abo El Saoud et Abdel Moneim Ibrahim



Aleya Abdel Moneim, Nifin et Hassan Youssef



Safaa Abo El Saoud et Ahmed Nabil





Résumé

Le film s’ouvre avec la tournée matinale du livreur de lait. Celui-ci s’engouffre dans un immeuble et on fait connaissance avec les résidents qui lui ouvrent leur porte. Pour aller d’un étage à l’autre, le livreur emprunte l’escalier de service qui constitue un axe central dans la vie de tous les habitants de l’immeuble. Il permet d’aller et venir en toute discrétion, sans risquer de tomber nez à nez avec un conjoint jaloux, un patron intraitable, un parent autoritaire ou un propriétaire tatillon.

C’est par cet escalier que le film nous fait glisser dans l’intimité des familles, révélant leurs joies, leurs secrets ou leurs drames.

Le récit suit plus particulièrement quelques personnages.

Othman, employé de bureau, vient d’épouser Soheir, une jeune femme d’une beauté éclatante. Mais depuis leur mariage, un problème empoisonne leur vie : Othman est devenu impuissant. Les potions qu’il achète en cachette n’y changent rien. Soheir, dévorée par le désir et la frustration, souffre en silence, même si son amour pour son mari demeure intact.

Sami est le fils du propriétaire de l’immeuble. C’est un garçon qui néglige ses études et préfère se consacrer à ses plaisirs. Il passe des nuits entières avec ses camarades et rentre chez ses parents au petit matin, ivre mort. Pour gagner de l’argent facilement, il n’a pas hésité à sombrer dans la délinquance, en organisant vols de voitures et cambriolages. Il entretient des relations très conflictuelles avec sa sœur qui mène une vie d’étudiante studieuse.

À l’université, celle-ci est amie avec Mohamed, le fils du vieux portier. Travailleur et respectueux, Mohamed partage son temps entre ses études et l’aide qu’il apporte à son père pour l’entretien de l’immeuble. Malgré leurs différences sociales, les deux jeunes gens s’entendent à merveille.

Nousa, servante dans une famille avec un bébé, illumine l’immeuble par sa bonne humeur. Elle rêve de devenir artiste et passe ses journées à chanter et danser, au détriment du nourrisson qu’elle est censée garder. Elle se lie d’amitié avec un groupe de jeunes musiciens fauchés qui vivent dans un appartement voisin. Un jour, ils lui proposent de devenir leur chanteuse : Nousa accepte avec enthousiasme.

Dina Abdallah, petite fille employée comme servante, vit quant à elle un quotidien bien plus sombre. Exploitée et maltraitée par le couple qui l’emploie, elle travaille du matin au soir pendant que les autres enfants de l’immeuble jouent librement.

Enfin, Izzat, séducteur invétéré, multiplie les conquêtes malgré la grossesse de sa femme Ferdoos. Lorsque la jeune sœur de celle-ci vient les aider, il tente aussitôt de la séduire et finit par abuser d’elle. Il jette également son dévolu sur Soheir, la femme d’Othman, qu’il harcèle jusque dans son propre appartement.

Dénouements : les événements se précipitent et prennent une tournure nettement dramatique.

La petite servante pour échapper aux sévices de sa maîtresse se jette dans le vide du haut de l’escalier. Au début de l’enquête, les policiers soupçonnent le portier et son fils d’être responsables de la mort de la petite fille mais ils seront vite innocentés.

Sami est arrêté alors qu’avec sa bande il s’apprêtait à cambrioler une maison. En apprenant la nouvelle, son père fait un malaise cardiaque.

Profitant de l’absence du mari parti en voyage, Izzat s’est introduit dans l’appartement d’Othman et de Soheir grâce à la complicité de la femme de ménage. Il se jette sur Soheir et tente de la violer. Au début la jeune femme résiste mais progressivement, l’excitation monte en elle et elle s’apprête à totalement s’abandonner au désir d’Izzat. Heureusement, Othman arrive à temps pour faire fuir l’agresseur qui disparaît dans l’escalier de service avant que le mari n’ait pu entrer dans la chambre. Soheir est soulagée, et Othman lui annonce une nouvelle inespérée : grâce à un médecin qu’il a consulté, il a retrouvé sa virilité. Le couple entreprend aussitôt de le vérifier.



Critique

Le film se présente comme une véritable radiographie de la société cairote de l’après‑1967, à un moment où l’Égypte, encore sonnée par la défaite, voit vaciller les certitudes héritées du nassérisme. Atef Salem observe cette mutation avec une acuité presque clinique, choisissant pour terrain d’étude un immeuble dont chaque appartement dévoile une facette de la nouvelle société urbaine.

La démarche n’est pas sans rappeler le roman d’Emile Zola Pot-Bouille qui raconte le quotidien de plusieurs familles résidant dans le même immeuble parisien du second Empire. Dans ce roman, la cour intérieure sur laquelle donnent les cuisines des appartements constitue l’envers de l’apparence bourgeoise. C’est par cette cour intérieure que communiquent tous les domestiques révélant les détails les plus sordides de l’existence prétendument rangée de leurs maîtres. Chez Atef Salem, c’est l’escalier de service qui joue ce rôle de révélateur. C’est par lui que l’on accède à la vérité des habitants, et ce que l’on y découvre est rarement reluisant.

Les personnages, pourtant sympathiques au premier abord, se conduisent presque tous de manière indigne. L’égoïsme domine, la solidarité a disparu, et chacun s’affaire à défendre ses intérêts sans jamais se soucier des autres. Atef Salem, sociologue autant que moraliste, semble profondément pessimiste face à cette société qui, après la mort de Nasser et l’arrivée de Sadate, se recompose autour de comportements nouveaux, plus individualistes, plus brutaux.

Le portrait le plus emblématique est celui du fils du propriétaire, interprété par Hassan Youssef. Il incarne la dérive morale d’une jeunesse privilégiée : capricieux, violent, voleur, violeur même, entouré d’une bande de crétins veules et vulgaires. Dans la même veine, un autre résident, pourtant marié, se comporte comme un prédateur insatiable, persuadé que toutes les femmes de l’immeuble doivent céder à ses désirs. Salem ne cherche jamais à atténuer la noirceur de ces figures : il les filme dans leur crudité, comme les symptômes d’une société malade.

À côté de ces personnages odieux, le réalisateur propose des portraits plus nuancés. Comme celui de la jeune servante, toujours souriante, capable de générosité mais aussi d’une insouciance coupable. Elle abandonne le bébé dont elle a la charge pour rejoindre des musiciens qui rêvent de faire d’elle une chanteuse. Un comportement puéril et irresponsable, révélateur d’une jeunesse qui aspire à s’émanciper mais ne sait comment s’y prendre.

Les actions véritablement généreuses sont rares. On retient le fils du concierge, dévoué à son vieux père, ou ce petit garçon qui offre un morceau de gâteau à la jeune bonne maltraitée par ses maîtres. Des gestes minuscules, presque dérisoires, mais qui rappellent que l’humanité n’a pas totalement disparu.

Dans ce tableau sombre, le couple formé par Abd El Moneim Ibrahim et Mervat Amine apporte une respiration comique. Leur intrigue, fondée sur l’impuissance du mari face à la beauté renversante de sa jeune épouse, relève de la comédie de mœurs. Le mari multiplie les tentatives pour retrouver sa virilité, tandis que Mervat Amine, d’une sensualité éclatante, peine à contenir sa frustration. Cette parenthèse légère ne dissipe pas la noirceur du film : elle la souligne, en montrant par le rire les tensions du couple moderne.

Atef Salem ne regrette pas la société traditionnelle corsetée par une morale rigide, mais l’évolution qu’il observe ne semble pas le rassurer. Il constate l’avènement d’un monde où les repères se brouillent, où les comportements se durcissent, où l’individualisme triomphe. Sous ses airs de chronique d’immeuble, son film devient le témoignage inquiet d’une société en pleine mutation.

La filmographie de Salem, marquée par une grande disparité, s’essouffle à partir des années 1970. Cet Escalier de Service tranche avec d’autres réalisations plutôt médiocres, même si on peut trouver à celui-ci quelques faiblesses : une structure parfois relâchée, un entrelacement des fils narratifs qui manque de rigueur, des transitions de registre parfois abruptes, et le recours à des ficelles mélodramatiques un peu grosses comme le suicide de la petite fille.

Mais on retiendra surtout la représentation audacieuse — presque téméraire — de la société égyptienne de l’époque, quitte à choquer le grand public. Et puis, il y a Mervat Amine, la plus belle actrice de sa génération, qui prouve une fois encore sa capacité à jouer sur tous les registres. Ici, elle exprime avec une conviction troublante la frustration sexuelle qui ronge peu à peu l’âme et le corps de son personnage.

appréciation : 3/5
***

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

mercredi 15 octobre 2025

J’aime les erreurs (Uhibu alghalt, 1942)

أحب الغلط
إخراج : حسين فوزي













Hussein Fawzi a réalisé J'aime les erreurs  en 1942.
Distribution : Taheya Carioca (Badawya), Hussein Sidqi (docteur Alawi), Fouad Shafik (le cinéaste Rifqi), Ferdoos Mohamed (la mère de Badawya), Anwar Wagdi (Mamdouh, le frère de lait de Badawya), Amina Sherif (Nahed, la fiancée de Mamdouh), Ismail Yassin (Hassouneh, l’assistant de Rifqi), Menassa Fahmy (Shawkat Pacha), Gina (danseuse), Amal Hussein (chanteuse)
Scénario : Hussein Fawzy
Dialogues : Badie Khairy
Paroles des chansons : Abdel Halim Noweira, Abdel Aziz Salam, Bayram Al Tunisi
Musique : Farid Ghosn, Abdel Halim Noweira
Production : Emile Yazbek

Taheya Carioca et Hussein Sidqi



Ismaïl Yassin



Fouad Shafik



Ismaïl Yassin, Ferdoos Mohamed, Taheya Carioca



Taheya Carioca



Taheya Carioca et Hussein Sidqi



Taheya Carioca et Hussein SIdqi



Anwar Wagdi et Ferdoos Mohamed
















Résumé

Badawya est une jeune danseuse et chanteuse qui rêve de gloire. Quand elle apprend que le cinéaste Rifqi cherche une nouvelle artiste pour incarner Cléopâtre dans son prochain film, elle décide de se rendre chez lui. Au bas de l’immeuble, elle croise un homme avec qui elle a une violente altercation. Elle finit même par jeter des pierres sur la voiture de l’individu et le pare-brise éclate en mille morceaux. Elle ne sait pas que cet homme, c’est justement Rifqi. Après cet incident, elle entre dans l’immeuble et s’introduit dans l’appartement du jeune docteur Alawi. Croyant être en présence du cinéaste, elle chante et danse devant lui. Son spectateur manifeste bruyamment son admiration mais l’informe de son erreur. Il accepte néanmoins de la conduire au studio où travaille Rifqi. Quand ce dernier voit son agresseuse, il la chasse aussitôt. Qu’à cela ne tienne : sur les conseils d’Alawi, Badawya improvise un spectacle dans la rue. Sa voix et sa danse captivent les passants — et finissent par convaincre Rifqi. Elle sera sa Cléopâtre. Badawya se rend aussitôt chez elle pour annoncer à sa famille la bonne nouvelle : sa mère ainsi que Mamdouh, son frère de lait et Nahed, sa fiancée, sont ravis pour elle.

Dès le lendemain matin, l’assistant de Rifqi vient chercher Badawya pour la conduire au studio où elle doit commencer à répéter les chansons et les danses du film. Malgré ces longues séances de travail, la jeune artiste continue à voir Alawi et ils sont tombés amoureux l’un de l’autre. Le film sort enfin et c’est un triomphe. Badawya est devenue une star. Alawi, plus épris que jamais, la demande en mariage. Mais le père du jeune homme est un aristocrate qui ne plaisante pas avec l’honneur. Il refuse que son fils épouse une danseuse. Il fait irruption chez celui-ci et menace de le déshériter. Alawi refuse de céder à la volonté de son père. Ce dernier sort furieux de l’appartement et s’effondre dans la cage d’escalier, victime d’un malaise cardiaque. Au même instant, Rifqi et Badawya entrent dans l’immeuble et découvrent le vieil homme. Ils le transportent chez le cinéaste sans savoir qui il est. Badawya est restée au chevet du vieil homme jusqu’à ce qu’il se rétablisse. Le Pacha n’a pas caché toute la gratitude qu’il éprouvait pour son « infirmière ». Il avoue qu’il aurait aimé que son fils épouse une femme comme elle mais malheureusement, celui-ci s’est entiché d’une mauvaise femme, une danseuse qui fait du cinéma. Ces déclarations mettent dans l’embarras Rifqi et Badawya, et quand le vieillard les quitte, la jeune femme est atterrée. Elle décide de rompre avec Alawi.

Pour cela, elle lui fait croire qu’elle flirte avec Mamdouh, son frère de lait. Le jeune médecin ignore leur parenté et il est convaincu qu’ils ont entamé une liaison amoureuse. Et quand il les surprend dans un cabaret en train de filer le parfait amour, il devient fou de rage. Il gifle son ex fiancée et assomme son prétendu rival. Par la suite, Alawi sombre dans l’alcool puis se résigne à retourner dans le domaine de son père. C’est alors que Rifqi et Badawya s’installent dans une propriété voisine de celle du pacha pour tourner un nouveau film. La presse annonce ce nouveau tournage et c’est ainsi que le père d’Alawi découvre que la jeune femme qui l’a sauvé et la danseuse aimée par son fils sont une seule et même personne. Conscient de son erreur, Il décide d’inviter Badawya et ses amis chez lui. Pour faire une surprise à Alawi, ils arrivent tous déguisés et révèlent les uns après les autres leur véritable identité. Réconciliation générale.


Critique

 Ce long-métrage est le deuxième d’Hussein Fawzi et il n’est pas encore le maître de la comédie musicale qu’il deviendra quelques années plus tard aux côtés des deux grandes artistes Sabah et Naïma Akef. Ici, la vedette féminine, c’est Taheya Carioca, danseuse de grand talent qui se révèlera au fil des tournages une actrice exceptionnelle. Après celui-ci, elle jouera sous la direction d’Hussein Fawzi dans trois autres films, en 1944 et 1945, puis dans un tout dernier en 1961.

Hussein Fawzi aime les actrices et les acteurs, la danse et le chant, la comédie et le mélodrame, bref le spectacle. Ce film le prouve à maintes reprises et notamment dans l’une des séquences les plus réussies, celle où l’héroïne incarnée par Taheya Carioca tourne un péplum évoquant les derniers épisodes de la vie de Cléopâtre. Dans cette séquence muette et entièrement dansée, Taheya Carioca incarne la reine d’Egypte avec une aura qui la hisse au niveau des autres grandes stars qui ont endossé ce rôle mythique, avant elle ou après elle. Malheureusement, « J’aime les Erreurs » révèle bien des insuffisances et on se dit que ce titre ne vaut pas que pour l’héroïne.

D’abord, le scénario manque singulièrement de rigueur : il multiplie les quiproquos et les hasards heureux, sans aucun souci de vraisemblance. Mais le plus gênant, c’est certainement l’interprétation de Taheya Carioca, mise à part sa magnifique prestation en Cléopâtre. Diction traînante, élocution trop appuyée, absence de naturel… autant de défauts étonnants chez une actrice qui nous a si souvent montré combien elle savait jouer juste, se gardant de toute emphase. Un problème de direction d’acteurs ?

L’histoire d’amour impossible entre la vedette de cinéma d’origine modeste et le jeune médecin de bonne famille est bien trop conventionnelle pour nous émouvoir. En revanche, nous avons beaucoup apprécié l’hommage au cinéma à travers la reconstitution d’un tournage avec ses techniciens, ses vedettes et ses figurants. Le duo comique formé par Fouad Shafik en réalisateur exalté, et Ismaël Yassin en assistant zélé, apporte une énergie burlesque qui à nos yeux sauve le film.

On est frappé enfin par la splendeur des images. Rien d’étonnant à cela, le chef opérateur est Ahmed Khorshed que l’on retrouve au générique d’un grand nombre de classiques du cinéma égyptien. Un maître de la photographie ! Nous ne le répéterons jamais assez : le pouvoir de fascination du cinéma égyptien de l’âge d’or repose en très grande partie dans l’incroyable talent de ses chefs opérateurs.

Appréciation : 3/5
***

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

vendredi 28 février 2025

La Femme de mon Mari (Emra'at Zawgy, 1970)

امرأة زوجي
إخراج: محمود ذو الفقار


Mahmoud Zulficar a réalisé La Femme de Mon Mari en 1970.
Distribution : Salah Zulficar (Adel), Nelly (Samia), Naglaa Fathy (Wafaa), Hassan Mostafa (Mamdouh), Mimi Gamal (Nani), Hussein Ismael (le père de Wafaa), Anwar Madkour (le médecin), Mokhtar El Sayed (le serveur), Layla Yousry (la bonne)
Scénario : Abou El Seoud El Ebiary
Musique : Ted Heath (Hot Summer Night), Marty Gold (How High the Moon), Mounir Mourad
Paroles des chansons : Fathy Koura
Production : Naguib Khoury

Nelly et Mimi Gamal



Salah Zulficar et Layla Yousri





Nelly et Salah Yousri





Hassan Mostafa et Salah Zulficar





Nagla Fathy et Salah Zulficar





Résumé

Cela fait trois ans que Samia mène une vie heureuse avec Adel, un pilote de ligne. Un jour, son amie Wafa se présente à son domicile : celle-ci vient de quitter Alexandrie pour des raisons professionnelles et elle est à la recherche d’un logement. En attendant d’en trouver un, Samia lui propose de s’installer chez elle. Peu après, Samia subit un examen médical et apprend que son cœur est très malade. Il ne lui reste que quelques mois à vivre. Elle n’en parle pas à son mari mais elle décide de faire chambre à part. Puis elle entreprend de trouver une remplaçante auprès d’Adel et son choix se porte tout naturellement sur Wafa. Elle va tout faire pour rapprocher son amie d’Adel. Pour cela, elle peut compter sur le soutien de Mamdouh qui est son cousin et le collègue de son mari. Elle prétend que son état la contraint de rester au lit pour laisser Wafa et Adel sortir seuls des journées et des soirées entières. Evidemment, ils finissent par tomber amoureux l’un de l’autre. Wafa ne supporte pas la situation et elle décide de quitter ses amis pour s’installer dans un appartement. Adel ne lui cache pas sa déception de la voir partir. Il l’accompagne dans son nouveau logement et c’est là qu’ils échangent leur premier baiser. Au même moment, Samia apprend qu’elle avait reçu par erreur des résultats d’examen qui concernaient un autre patient. En réalité, elle se porte à merveille. Désormais, Samia n’ a plus qu’une idée en tête : récupérer son mari. Elle met sa robe la plus sexy et au retour d’Adel, elle parvient sans mal à le séduire. Mais son mari lui annonce qu’il doit au plus vite partir car il est attendu à l’aéroport. Pour le garder près d’elle toute la nuit, Samia lui sert un thé dans lequel elle a versé un puissant somnifère. Le lendemain matin, Adel est aux quatre cents coups : son patron est furieux et surtout leur femme de ménage lui apprend que c’est Samia qui est la cause de son endormissement de la veille. Cette fois-ci, la séparation entre les deux époux est consommée. Adel peut désormais publiquement s’afficher avec Wafa tandis que Samia prétend être fiancée avec son cousin Mamdouh. La situation se complique quand Samia informe tout le monde qu’elle est enceinte. Bien qu’amoureux de Wafa, Adel est constamment préoccupé par la venue prochaine de son enfant. A tel point que sa nouvelle compagne finit par s’en inquiéter. Retournement de situation : en fait, Samia n’est pas enceinte. Elle a menti. Elle décide enfin de se confesser devant tout le monde : c’est parce qu’elle croyait que ses jours étaient comptés qu’elle avait poussé Adel et Wafa dans les bras l’un de l’autre. Elle aimait trop son mari pour envisager qu’il soit malheureux après son décès. Cet aveu bouleverse Adel qui décide de retourner auprès de sa femme.


Critique

C’est le dernier film de Mahmoud Zulficar (Il meurt le 22 mai 1970 à l’âge de 58 ans.). Pour cette comédie romantique, il a réuni autour de son frère Salah, deux jeunes actrices à l’aube d’une grande carrière, Naglaa Fathy et Nelly. L’année précédente, il avait déjà fait jouer celles-ci ensemble dans « Les Secrets des Filles » qui était, il faut bien l’avouer, l’un de ses plus mauvais films. « La Femme de mon Mari » est bien plus réussi.

C’est la deuxième fois que Nelly et Salah Zulficar incarne un couple moderne affrontant les vicissitudes de l’existence. La première fois, c’était l’année précédente dans un film d’Abdel Moneim Shoukry, « Bonjour, ma chère épouse ! ». On notera que dans les deux films, le personnage interprété par Nelly porte le même prénom. Malgré leur différence d’âge -la jeune actrice a tout juste vingt et un ans tandis que son partenaire en a quarante-trois- leur duo fonctionne à merveille et ion suit avec plaisir les disputes et les réconciliations de ce couple ordinaire terriblement sympathique.

L’intrigue ne manque pas d’intérêt : une jeune femme se croyant atteinte d’une maladie incurable se refuse à son mari et le jette dans les bras de sa meilleure amie, mais elle ne tardera pas à le regretter amèrement. Ce singulier trio amoureux nous vaut des scènes tantôt comiques tantôt touchantes et parfois très suggestives (nous sommes en 1970, autres temps, autres mœurs !). Evidemment, comme dans toute comédie romantique égyptienne de cette époque, on retrouve des situations convenues et des péripéties prévisibles mais le rythme enlevé du récit et le jeu naturel des acteurs compensent ces petits défauts.

La vedette du film est incontestablement Nelly qui nous enchante par son entrain et sa sensualité (sa danse en costumes constitue l’une des séquences les plus réussis de cette comédie). Malgré son jeune âge, elle fait preuve d’une aisance et d’une maturité tout à fait impressionnantes. Elle laisse peu d’espace à sa consœur Nagla Fathy qui ici semble en retrait (elle se rattrapera bien vite en devenant l’une des plus grandes actrices des années soixante-dix !). Enfin, n’oublions pas Mimi Gamal, irrésistible en bonne copine qui ne rate jamais une occasion pour pourrir la vie de ses amies.

A la sortie du film, certains censeurs se sont émus de son caractère indécent reprochant aux deux héros d’échanger un nombre incalculable de baisers. Sans vouloir froisser ces messieurs, il nous semble que cette indécence n’est guère caractérisée et que tous ces baisers (à pleine bouche, nous en convenons) concourent grandement à l’atmosphère pétulante de cette comédie tendre et alerte.

Appréciation : 3/5
***

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

vendredi 31 janvier 2025

Le Jeu de l’Amour et du Mariage ( laabet el hub wa el zawaj, 1964)

لعبة الحب والجواز
إخراج : نيازى مصطفى


Niazi Mostafa a réalisé Le Jeu de l'Amour et du Mariage en 1964.
Distribution : Soad Hosny (Amira), Farid Shawki (Abbas), Mohamed Reda (Hassouna, le père d’Amira), Samir Sabri (Medhat), Soheir El Bably (Kawthar), Layla Fahmy (Fatima, la femme de chambre), Samia Roshdi (la mère d’Abbas), Hassan Mostafa (Mahmoud Abou Al Rous), Mohamed Shawky (le policier), Abdel Hamid Badawy (le père de Mohamed Abou Al Rous) Hussein Ismaïl (le mazoun), Hassan Hamed (un ami d’Amira)
Scénario : Bahgat Amar et Abdel Hay Adib
Production : Mounir Helmy Rafla

Soad Hosny





Samir Sabri




Farid Shawki, Soad Hosny, Soheir El Bably






Mohamed Reda





Soheir El Bably et Soad Hosny





Hassan Mostafa





Soheir El Bably et Farid Shawki

















Résumé

Amira est la fille unique d’Hassouna, un homme fortuné qui peut satisfaire tous ses caprices. Elle a épousé par amour Medhat, un bellâtre superficiel et cupide. Celui-ci n’en voulait qu’à son argent et n’éprouvait aucun sentiment pour elle. Il a rapidement rompu et s’affiche sans vergogne avec sa nouvelle conquête. Amira ne supporte pas cette séparation et elle veut se suicider en se jetant dans le Nil. Mais le chauffeur de taxi qui l’a conduite jusqu’au fleuve l’empêche de réaliser son funeste projet et la ramène chez elle. Le lendemain matin, Abbas, le chauffeur, se présente chez sa cliente désespérée pour lui rendre son portefeuille qu’elle a oublié dans son véhicule. La jeune femme, reprenant une idée que lui a soufflée sa femme de chambre, décide d’embaucher son sauveur comme « homme de compagnie » afin d’éveiller la jalousie de Medhat. Pour que son père ne soit pas un obstacle à son stratagème, Amira présente Abbas comme le mari de sa meilleure amie Kawthar. 

Le soir même, la jeune femme accompagnée de son « employé » se rend dans le restaurant où Medhat a ses habitudes. Evidemment, il est installé à une table avec sa nouvelle amie. Amira et Abbas s’assoient à une table voisine. Pendant tout le repas, Amira surjoue la jeune femme qui a retrouvé le bonheur. Son petit numéro n’impressionne pas beaucoup son ex-mari. En revanche, Abbas est troublé et commence à éprouver de tendres sentiments pour sa patronne. Mais en fait, Medhat souhaiterait renouer avec son ex-femme car il a un besoin pressant d’argent. Lors d’une soirée, il parvient à avoir une conversation en tête à tête avec elle et il comprend qu’il n’aura pas grande difficulté à la reconquérir. 

Entretemps, Hassouna, le père d’Amira, ne reste pas inactif. Il veut que sa fille oublie ce méprisable Medhat et il lui a trouvé un futur mari : un garçon au physique ingrat mais sérieux et de bonne famille. Medhat poursuit son entreprise de reconquête. Lui et Amira doivent se retrouver sur la côte avec tous leurs amis et surtout sans l’encombrant Abbas. Après de multiples péripéties, ce dernier, missionné par Hassouna lui-même, parvient à retrouver sa « protégée ». Il fait fuir toute la bande et, à son grand désespoir, Amira va devoir passer la nuit seule avec Abbas sur la plage déserte. 

A leur retour au Caire, Medhat ne s’avoue pas vaincu : il retrouve sa proie chez elle, dans sa chambre, mais cette fois-ci la jeune femme a compris le manège de son ex. Elle lui demande de quitter la maison quand soudain son père fait irruption dans la pièce. Il est furieux. Il fait fuir le Dom Juan et exige que sa fille épouse le garçon qu’il lui a trouvé. Lors de la signature du contrat, Amira s’enfuit de la maison paternelle pour en finir. Elle appelle un taxi et, miracle, au volant, c’est Abbas. Comme il se doit, tout se termine par un baiser.


Critique

Certains critiques ont signalé la similitude de ce film avec « Embrasse-moi dans le noir » de Mohamed Abdel Gawad qui date de 1959 et aussi avec le drame américain « L’Evadée » réalisé par Arthur Ripley en 1946. Il se peut que les scénaristes du « Jeu de l’Amour et du Mariage » se soient inspirés de ces deux précédents films (même situation de départ) mais le titre choisi nous incite à regarder dans une autre direction, du côté de Marivaux, l’auteur du « Jeu de l’Amour et du Hasard » (1730). Toute l’œuvre de ce dramaturge français tourne autour de l’amour, de ses masques et de ses faux-semblants. Et justement, dans « le Jeu de l’Amour et du Mariage », nous suivons les tribulations d’un couple mal assorti qui joue à être amoureux et qui finit par le devenir réellement. Empressons-nous de préciser tout de même que ce film de Niazi Mustafa n’a rien d’un chef d’œuvre du septième art, c’est juste un bon divertissement sans prétention.

L’intrigue bien que prévisible vaut pour tous les quiproquos qu’elle permet. L’héroïne est dans une situation délicate : elle doit afficher son amour pour son employé afin de provoquer la jalousie de son ex-mari mais elle doit aussi manœuvrer pour que son père ne soit pas informé de son petit jeu. Les péripéties s’enchainent sans temps mort et on a plaisir à suivre l’héroïne qui multiplie les subterfuges pour parvenir à ses fins. On appréciera les excellentes prestations de Soad Hosny et de Soheir El Bably qui forment un duo plein d’entrain et d’espièglerie, sans oublier celles de leurs partenaires masculins, Farid Shawki, Samir Sabri et Hassan Mostafa. Tous les trois sont très drôles, chacun dans son registre, le premier en brute au grand cœur, le deuxième en dom juan sans scrupule et le troisième en prétendant maladroit. Bien sûr tout n’est pas parfait et notamment la séquence dans laquelle l’héroïne passe la nuit sous une tente en compagnie de son chauffeur nous a semblé bien longuette. Néanmoins, cette petite comédie bien sympathique ne mérite pas les critiques très sévères qu’on lit souvent à son sujet.

Appréciation : 3/5
***

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

lundi 16 décembre 2024

Le Puits des Privations (Bir Al Hirman, 1969)

بئر الحرمان
إخراج : كمال الشيخ


Kamal El Sheikh a réalisé Le Puits des Privations en 1969. 
Distribution : Soad Hosny (Nahed/Mervat), Nour Al Sherif (Rouf Kamal, le fiancé de Nahed), Salah Nazmi (l’avocat Mohamed Fakhr Eddine, le père de Nahed), Mariam Fakhr Eddine (Mervat, la mère de Nahed), Hamdy Youssef (le docteur Fouad), Mahmoud El Meleigy (le psychiatre Talaat Farid), Mohie Ismail (l’artiste peintre), Hamza El Shimy (Suleiman, le chauffeur), Aqila Rafaat (Nahed enfant), Abdul Rahman Abu Zahra (Taha)
Scénario : Youssef Francis, Naguib Mahfouz
D'après un roman d'Ihsan Abdul Quddus
Production : Ramses Naguib
Ce film sur le dédoublement de la personnalité semble inspiré des Trois Visages d'Ève (The Three Faces of Eve), un film américain réalisé par Nunnally Johnson en 1957.

Soad Hosny et Abdul Rahman Abu Zahra


Hamdy Youssef



Soad Hosny et Mohie Ismaïl



Mahmoud El Meleigy



Nour Al Sherif et Mariam Fakhr Eddine



Nour Al Sherif




Salah Nazmi et Mariam Fakhr Eddine
















Résumé

Quand le film débute, nous sommes dans une boite de nuit. Seule sur la piste, une jeune femme portant une robe provoquante danse de manière frénétique. Les regards de tous les hommes présents sont braqués sur elle. A la fin du morceau, la danseuse s’installe au bar et elle est immédiatement abordée par un client. Elle accepte de l’accompagner chez lui et ils passent la nuit ensemble. Le lendemain, on retrouve la jeune femme chez elle, vêtue de manière beaucoup plus sage. Elle appartient à une famille très aisée, son père est un célèbre avocat. On comprend qu’elle souffre de schizophrénie. Le jour, elle est Nahed, une jeune fille très convenable fiancée à un champion d’escrime. La nuit, elle devient Mervat, une débauchée qui multiplie les aventures sexuelles. Et quand au matin, Nahed se réveille, elle n’a plus aucun souvenir de sa nuit passée. Elle a juste un mal de tête dont elle ne connaît pas la cause et qui l’inquiète. Nahed est aimée de ses deux parents mais elle se désole de leur mésentente. Son père surtout ne cache pas l’hostilité que lui inspire son épouse. Cette dernière, qui s’appelle Mervat comme le double de Nahed, passe ses journées, seule et triste, dans le salon de leur grande maison. Un jour, Nahed décide de consulter à propos de ses maux de tête. Après l’avoir examinée, le médecin de famille, le docteur Fouad, la rassure : il n’y a rien de préoccupant dans son état. La jeune femme passe ensuite la journée avec son fiancé. Mais le soir venu, elle s’enfuit à nouveau de chez elle pour se rendre dans une boîte de nuit. Cette fois-ci, elle fait la connaissance d’un artiste peintre qu’elle suit dans son atelier. Ils font l’amour puis elle rentre chez elle. Le lendemain matin, les maux de tête sont plus vifs qu’à l’ordinaire et elle se sent épuisée. Sa mère lui conseille de consulter à nouveau le docteur Fouad. Celui-ci ne trouve toujours rien d’anormal chez Nahed mais il découvre que son dos est couvert de peinture à l’huile. Le médecin décide de confier sa jeune patiente à un psychiatre, le docteur Talaat Farid. Ce dernier accepte de suivre Nahed mais il la prévient qu’il faudra une longue analyse pour comprendre ce dont elle souffre. En attendant, l’état de la jeune femme ne cesse d’empirer. La nuit venue, elle cherche des hommes pour satisfaire ses désirs : elle renoue avec un ancien amant et elle finit même par séduire le chauffeur de la famille. Celui-ci est persuadé que la jeune femme est amoureuse de lui et, en plein jour, il tente d’avoir une relation sexuelle avec elle. Nahed est indignée par son comportement et s’enfuit, morte de peur. Autre situation embarrassante créée par son dédoublement de personnalité : dans une exposition de peinture qu’elle visite avec son fiancée, elle tombe nez à nez avec son portrait peint par l’artiste peintre qui avait été son amant d’une nuit. Sa mère finit même par la surprendre alors qu’elle est Mervat et qu’elle s’apprête à quitter la maison. Mais avec l’aide du psychiatre, Nahed découvre enfin la raison de son état. C’est à cause d’un traumatisme infantile provoqué par l’infidélité passée de sa mère…


Critique

Ce film illustre l’évolution du cinéma égyptien en cette toute fin des années 60. Il marque aussi une étape importante dans la carrière de son actrice principale, Soad Hosny.

Nous sommes en 1969, deux ans après le traumatisme de la défaite cuisante subie par l’Egypte lors de la guerre des six jours. La société égyptienne est en train de changer sur tous les plans et cela va s’accélérer avec la mort de Nasser en 1970. Le cinéma naturellement accompagne ces bouleversements. Emportés par ce vent de libération qui balaie la planète entière, les cinéastes égyptiens se détournent des divertissements familiaux et osent aborder de nouvelles thématiques destinées à un public adulte. Ils sont de plus en plus nombreux à évoquer ouvertement les problèmes liés à la sexualité et on voit se multiplier les scénarios décrivant les troubles psychologiques provoqués par une morale trop rigide, source de frustration et de névrose. Soyons honnête : l’évocation de ces troubles est souvent le prétexte à montrer des scènes osées au contenu érotique plus ou moins caractérisé. C’est un peu le cas dans ce Puits des Privations. Kamal El Sheikh que l’on considère à juste titre comme l’un des plus grands cinéastes de son temps s’intéresse ici à une jeune femme atteinte d’une forme de schizophrénie : le jour, elle est une jeune bourgeoise menant une existence conventionnelle, la nuit, elle devient une nymphomane qui multiplie les aventures d’un soir. Kamal El Sheikh a toujours été un fervent admirateur d’Alfred Hitchcock et on retrouve dans son film l’atmosphère inquiétante de ceux du maître anglo-saxon. Autre point commun, le film prend la forme d’une enquête menée par le psychiatre pour découvrir le traumatisme subi dans le passé par l’héroïne, ce qui expliquerait son comportement déviant. On pense évidemment à Pas de Printemps pour Marnie qui date de 1964.

Le traumatisme infantile est justement le point faible de l’histoire. A coups de flashbacks dans la petite enfance de l’héroïne, on nous explique que ses troubles sexuels sont dus à l’infidélité de sa mère qui autrefois s’absentait fréquemment pour retrouver son amant. C’est pour cette raison que la nuit Nahed devient Mervat, reproduisant inconsciemment l’inconduite passée de sa mère. Sur le plan psychanalytique, ça ne tient pas la route et sur le plan dramatique, c’est franchement ridicule. (On trouve pourtant au scénario, Naguib Mahfouz !)

Nahed, l’héroïne, est jouée par Soad Hosny. Celle qui fut la Cendrillon du cinéma est à un tournant de sa carrière. Pendant toutes les années soixante, elle a incarné la jeune égyptienne moderne, sympathique et heureuse de vivre. On la retrouve dans les comédies les plus populaires de l’époque, des comédies, il faut bien le dire, souvent un peu superficielles. A la veille d’une nouvelle décennie, la star veut explorer des voies inédites, quitte à décevoir une partie de son public. Et ce Puits des Privations constitue une étape majeure dans sa mue artistique. On sent dans sa manière d’aborder son personnage, une envie de répondre exactement aux désirs de son réalisateur, en affichant une sensualité peu commune dans le cinéma égyptien des années soixante (mais qui deviendra un peu la norme dans les années soixante-dix avec des actrices comme Nahed Sharif ou bien Chams Al Baroudi). Il y a indubitablement une prise de risque de la part de Soad Hosny et on doit lui reconnaître un certain courage artistique. Néanmoins, nous trouvons que son jeu manque ici de naturel. Sa manière de jouer la jeune femme libertine ne nous convainc pas car un peu trop timide, un peu trop puéril. Dans ce domaine, Nadia Lutfy reste inégalée, comme le prouve avec éclat la comédie musicale Mon Père sur l’Arbre d’Hussein Kamal sorti en cette même année 1969.

Il est clair que le cinéaste et son actrice avaient conscience que leur film allait faire scandale. Les scènes les plus attendues et les plus commentées sont celles où la nuit venue, l’héroïne se livre à ses turpitudes avec ses amants. Mais aujourd’hui que reste-t-il de ce scandale ? Peu de chose et le caractère osé des scènes nocturnes s’est considérablement émoussé. Tout compte fait, Ce Puits des Privations n’est certes pas un mauvais film mais il pêche par une certaine maladresse et par une certaine naïveté. Paradoxe de ces œuvres qui à se vouloir « modernes » ont bien mal vieilli !

Appréciation : 3/5
***

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

mardi 17 septembre 2024

Rendez-vous d’amour (Mawad gharam, 1956)

موعد غرام
إخراج : هنري بركات



Henry Barakat a réalisé Rendez-Vous d'Amour en 1956.
Distribution : Faten Hamama (Nawal), Abdel Halim Hafez (Samir), Imad Hamdi (Kamal, l’ami de Nawal), Zahrat Al Oula (Zahra), Rushdy Abaza (Mamdouh, le petit ami de Zahra), Adly Kasseb (le médecin)
Scénario : Henry Barakat et Youssef Issa
Musique : Mohamed El Mougy, Mahmoud El Sherif, Kamal Al Tawil, Mamoun Al Shinnawi
Production : Wahid Farid et Ramses Naguib

Rushdy Abaza, Zahrat Al Oula, Faten Hamama


Faten Hamama et Imad Hamdi


Abdel Halim Hafez et Faten Hamama


Faten Hamama et Adly Kasseb


Abdel Halim Hafez et Faten Hamama
















Résumé

Samir est un jeune homme oisif qui passe le plus clair de son temps à jouer aux courses et à courtiser les filles. Un jour alors qu’il retourne au Caire après avoir séjourné à Alexandrie dans l’hôtel de luxe Beau Rivage, il rencontre dans le train une jeune fille qu’il entreprend aussitôt de séduire. Malheureusement pour lui, celle-ci est assez peu sensible à son charme et elle ne cache pas son irritation dès qu’il tente d’amorcer la conversation. La jeune femme s’appelle Nawal et elle travaille pour un journal dont elle dirige le courrier du cœur. A la gare, elle est accueillie par Zahra, son amie fleuriste et elles partent toute les deux en voiture sans que Nawal ait daigné jeter un regard à Samir qui lui dit au revoir d’un signe de la main. Au journal, elle s’aperçoit que la valise qu’elle a avec elle n’est pas la sienne. En l’ouvrant, elle découvre que c’est celle de Samir. Elle contient un grand nombre de photos du garçon en compagnie de différentes jeunes femmes. Nawal comprend à qui elle a affaire et quand Samir se présente au journal pour récupérer son sac, elle ne lui cache pas le peu de sympathie qu’il lui inspire. Loin de se décourager, Samir multiplie les rencontres. Où qu’elle aille, il s’ingénie à la croiser. Nawal est excédée et elle lui demande de disparaître de sa vie. Samir accepte de la laisser tranquille car il croit qu’elle est amoureuse de Kamal, un ami de longue date. Très vite, Nawal ressent un certain malaise : Samir lui manque, elle a compris qu’il était réellement épris et qu’elle ne serait pas une conquête parmi d’autres. Les deux jeunes gens finissent par se retrouver et désormais ils passent de longs moments ensemble. Nawal incite Samir à trouver un travail. Il a une très belle voix et elle l’encourage à embrasser une carrière artistique. C’est à ce moment-là que Nawal apprend qu’elle est gravement malade et qu’elle ne pourra bientôt plus marcher. Elle décide de rompre aussitôt avec Samir et elle charge Zahra de lui faire croire qu’elle s’apprête à épouser Kamal. Samir est parvenu à se faire un nom dans la chanson. Pour oublier Nawal, il part pour une grande tournée au Liban. Quand il s’en retourne au Caire, il rencontre Kamal qui lui révèle la vérité : Nawal n’aime que lui et c’est uniquement la maladie qui l’a conduite à se tenir loin de lui. Elle doit partir en Suisse pour se faire opérer et Kamal conduit Samir à l’aéroport pour que celui-ci retrouve enfin celle qu’il n’a jamais cessé d’aimer. C’est ensemble qu’ils se rendront en Suisse.


Critique

Un petit film bien oublié aujourd’hui et qui pourtant n’est pas sans charme. Evidemment le titre pourrait effrayer : difficile de faire plus impersonnel et plus convenu. (Un jour, il faudra prendre le temps de compter le nombre de films égyptiens qui comportent dans leur titre soit le terme « rendez-vous », soit le terme « amour » . Le résultat devrait dépasser tous les pronostics.) Ce titre « Rendez-vous d’Amour » annonce un roman-photo tout dégoulinant de sentimentalisme sucré, une romance surannée pour mamies au cœur tendre. Prétendre que le film d’Henry Barakat n’a rien à voir avec cela, ce serait mentir mais on aurait tort de renoncer à le visionner. Malgré son intrigue à l’eau de rose, le cinéaste parvient à échapper à la mièvrerie et au larmoyant. Il nous offre une comédie dramatique pleine de fraicheur et de légèreté. Comme dans d’autres de ses films, Henry Barakat n’a pas son pareil pour évoquer les années cinquante comme une époque heureuse, et il le fait avec toute la poésie et la sensibilité dont il est capable. Nous pensons aux très belles scènes qui se déroulent dans le journal où travaille l’héroïne ou bien à celles qui ont pour cadre la boutique de fleurs tenue par sa meilleure amie (Au milieu des bouquets, l’élégance et la grâce de Faten Hamama et de Zahra Al Oula font merveille et rappellent les couvertures des magazines de mode des années cinquante.) Et nous aimons aussi ces séquences où l’héroïne, l’air déterminé, sillonne les rue du Caire au volant de sa minuscule voiture . Au travers de son héroïne, le cinéaste brosse le portrait d’une jeune femme de son temps, indépendante et sans cesse en mouvement, une jeune femme épanouie et heureuse. S’il a tourné bien des drames, Henry Barakat fut aussi le cinéaste du bonheur de vivre.
Faten Hamama, Abdel Halim Hafez et Zahrat Al Oula forment un joli trio. Ils ont déjà tourné ensemble l’année précédente dans « Nos Plus Beaux Jours » d’Helmy Halim. Si les deux jeunes femmes ont déjà une filmographie impressionnante, le Rossignol Brun est un débutant bien qu’il soit plus âgé que ses deux partenaires. Mais il manifeste ici comme ailleurs ce naturel et cette candeur qui lui donneront pour l’éternité l’image d’un adolescent fragile et lui assureront un succès indéfectible auprès de ses admiratrices. On peut aussi découvrir dans ce film Rushdy Abaza en bon bougre passionné par le basket. Curieux !
Malheureusement, la seconde partie du film n’a pas l’allant de la première. Le ciel s’assombrit, la comédie légère tourne au mélodrame et tout devient plus banal. Dommage !

Appréciation : 3/5


Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin