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jeudi 16 avril 2020

Nadia (1969)

نادية
إخراج: أحمد بدرخان



Ahmed Badrakhan a réalisé Nadia en 1969.
Distribution : Soad Hosny (Mona/Nadia), Ahmed Mazhar (le docteur Medhat), Nour Al Sherif (Sabri), Saif Abdul Rahman (Essam), Abdel Moneim Ibrahim (Gad Allah, l’assistant du docteur Medhat), Josiane Fouad (la mère de Mona et de Nadia), Malak El Gamal (la tante Zakia), Adly Kasseb (l’oncle Suleiman, Edmond Tuema (John), Imad Hamdi (le père de Mona et de Nadia), Rashwan Tawfiq (le diplomate)
Scénario: Ramadan Khalifa 
D’après un roman de Youssef El Sebai (1960)
Musique : Victor Ardashten et Medhat Asem
Production : Helmy Rafla

Soad Hosny 

Nour Al Sherif et Saïf Abdul Rahman

Soad Hosny

Saïf Abdul Rahman

Ahmed Mazhar et Abdel Moneim Ibrahim

Ahmed Mazhar

Imad Hamdi et Adly Kasseb

Josiane Fouad et Soad Hosny

Josiane Fouad

Malak El Gamal

Soad Hosny et Edmond  Tuema

Ahmed Mazhar et Rashwan Tawfiq


Résumé

Nous sommes en 1956, alors que l’Egypte entretient des relations de plus en plus tendues avec les puissances occidentales et son voisin israélien.  L’intrigue commence quelques mois avant la nationalisation du canal de Suez.
Nadia et Mona sont deux sœurs jumelles. Si physiquement, elles sont en tous points identiques, il n’en est pas de même pour le caractère. Nadia est une jeune fille sage et réservée tandis que Mona est exubérante et pleine d’énergie. Mona adore le sport et file le parfait amour avec son fiancé, Essam qui est un jeune et fringant militaire. De son côté, Nadia aime la musique et elle passe des heures à jour Chopin sur le piano de la maison. Elle est aimée de Sabri, un ami d’Essam mais elle soupire en secret pour le docteur Medhat, un célèbre chirurgien de l’hôpital.
Le père des deux filles est préoccupé par la situation politique du pays. Son épouse, la mère de Mona et de Nadia, étant française, il envisage de les envoyer en France le temps que les tensions s’apaisent. Mais c’est alors que le destin va frapper toute la petite famille de manière imprévue. Un soir, alors que Nadia s’apprête à prendre un bain, le chauffe-eau lui explose au visage. Elle est aussitôt conduite à l’hôpital. Quand son père apprend l’accident, il a un malaise et doit s’aliter. A l’hôpital, Nadia reçoit les premiers soins. Si le visage est intact, en revanche le cou est grièvement brûlé. Il restera marqué par de profondes cicatrices. Pour les dissimuler, Nadia devra porter en permanence un foulard. Les jours ont passé. Nadia est rentrée chez elle mais elle ne peut quitter sa chambre. Enfin, on lui enlève ses derniers pansements et elle peut se lever. Elle découvre que son père est au plus mal. Son cœur ne tient qu’à un fil. Il meurt peu après, entouré de tous ses proches. La mère de Mona et de Nadia décide de retourner au plus vite dans son pays d’origine, la France. Le voyage est très long. Elles embarquent d’abord sur un bateau. Pendant la traversée, les trois femmes font la connaissance d’un diplomate égyptien qui n’est pas insensible au charme de Nadia. Elles prennent ensuite le train pour leur destination finale : la petite ville de Gap dans les Hautes Alpes.
Dans leur nouveau lieu de résidence, Mona adopte très vite la vie des jeunes de son âge. Elle retrouve souvent des garçons et des filles au bord du lac situé à proximité de leur domicile. Toute la journée, ils s’amusent, dansent et nagent.  Cela n’empêche pas Mona de continuer à correspondre avec son fiancé. Nadia, elle, a décidé d’écrire une lettre au docteur Medhat. Il lui répond. C’est ainsi qu’ils vont dialoguer par courrier et que le médecin finit par tomber amoureux de sa correspondante. Mais Nadia reste terriblement complexée par ses cicatrices au point qu’un jour elle glisse dans une enveloppe destinée au docteur non sa photo mais celle de sa sœur.
Le jour même de la proclamation par Nasser de la nationalisation du canal de Suez, Mona meurt subitement d’un arrêt cardiaque après s’être longuement baigné dans le lac. Pendant ce temps-là en Egypte, le fiancé de Mona est lui aussi à l’agonie.  Il a été mortellement blessé au combat et les efforts des médecins ont été vains. Il meurt dans les bras de son ami Sabri. Le docteur Medhat a décidé de se rendre en France pour retrouver Nadia. Quand il arrive à la porte de sa maison, c’est la jeune fille elle-même qui le reçoit. Mais elle prend peur et prétend être Mona. Elle lui annonce que Nadia est morte. Le médecin est atterré par cette nouvelle et ils vont se recueillir sur la tombe de la défunte (Visiblement le bon docteur ne s’est pas soucié du nom inscrit sur la pierre tombale !). Peu après la vérité éclate : Medhat comprend que c’est Mona qui a perdu la vie. Nadia est désespérée mais le docteur la rassure : ses cicatrices ne sont pas un problème et il souhaite plus que jamais l’épouser.


Critique

On a pu le constater plus d’une fois : en Egypte, de grands réalisateurs à la filmographie prestigieuse terminent leur carrière par un dernier film raté ou pour le moins médiocre. Ahmed Badrakhan est l’un des plus grands cinéastes égyptiens, un pionnier à qui l’on doit de grands classiques des années trente et quarante, tournés avec les actrices et les acteurs les plus talentueux de son temps. On ne peut donc que déplorer que son ultime contribution au septième art soit ce piètre Nadia.

L’intrigue, tirée d’un roman de Youssef El Sebaï, cumule les pires clichés du mélodrame populaire sans se soucier de cohérence ni de vraisemblance. Dans une atmosphère qui rappelle parfois celle de certains spectacles du Grand-Guignol français de la fin du XIXe siècle, les morts et les drames se succèdent avec la régularité d’un métronome. Ils surviennent sans crier gare, comme pour relancer l’histoire mais sans nécessité véritable. Le père, choqué par l’accident de sa fille, meurt peu après (le cœur !) ; Mona expire en sortant de la baignade (encore le cœur !); le fiancé de Mona succombe à ses blessures (la guerre !). Que de malheurs ! Que de larmes ! Plus étrange : quand le docteur apprend que Nadia a menti sur son identité, la jeune femme veut se suicider en se jetant au fond d’un précipice (Pourquoi une réaction si disproportionnée ? se demande le spectateur, c’est vrai, c’est pas bien de mentir, mais tout de même…). Happy end oblige, cette fois-ci, l’irréparable est évité de justesse !

Pour rien arranger, tout est filmé avec un amateurisme que je qualifierais de radical ! Je ne sais trop quels sont les critères retenus par le chef opérateur pour la réalisation de ses prises de vues mais il est évident que la qualité esthétique n’en fait pas partie. Dès le générique, on est fixés : le réalisateur et son équipe ont décidé de tourner la séquence initiale dans un petit parc de loisirs un peu minable où se retrouvent les principaux protagonistes de l’histoire. Au centre, un carré de pelouse jaunie sur lequel des anonymes jouent au croquet. Il faut un certain temps pour que le spectateur comprenne que le personnage qui joue au premier plan, la chemise ouverte et le pantalon froissé, c’est Ahmed Mazhar ! Ahmed Mazhar qui incarne le grand chirurgien, objet de tous les fantasmes de l’héroïne ! Comme entrée en matière, on ne pouvait guère trouver plus romanesque ! La seconde partie du film se déroule en France, dans les environs de Gap, département des Hautes-Alpes. Cela nous vaut des panoramiques tremblotants sur les lacs et les montagnes de la région, des plans dignes d’un film en super 8 tourné par un touriste maladroit. Et bien que l’action soit censée se dérouler en été, le tournage a dû se faire au sortir de l’hiver : les arbres sont encore nus et le paysage présente des teintes brunes et rousses sans aucun charme, laissant une impression de vide et de tristesse.
Evidemment la musique est tout aussi calamiteuse. L’accompagnement sonore semble assuré par un orchestre de bal où domine un orgue électrique aux sonorités stridentes. Selon les scènes, la musique adopte tantôt un style grec, tantôt un style autrichien. C’est parfait pour créer une ambiance joyeuse et conviviale lors d’une fête à la saucisse en Bavière, en revanche, on ne saisit pas très bien ce que cela vient faire dans un drame !

Mais le plus grave, c’est la direction d’acteurs. Il n’y en pas ! Les comédiens ont été laissés à eux-mêmes et leur prestation est catastrophique. Même Imad Hamdi qui ne fait qu’une brève apparition au début de film trouve le moyen d’être mauvais.
On ne comprend pas non plus ce qui a incité les producteurs à engager Josiane Fouad pour incarner la mère des deux sœurs. On apprend par le site Elcinema que cette dame a participé à deux films en tout et pour tout. Le problème, c’est qu’elle ne sait absolument pas jouer. Dans le cinéma égyptien, elles sont nombreuses, les actrices spécialisées dans les rôles maternels. Alors pourquoi avoir choisi cette « comédienne » qui, de scène en scène, anone son texte en tordant la bouche ? Là où elle est au sommet de son art, c’est quand elle est dans le train les conduisant, elle et ses deux filles, à Gap. Le visage est impassible et les yeux dissimulés derrière d’énormes lunettes noires. Le corps est figé, aussi expressif que celui d’un mannequin en celluloïd. Dort-elle ? A-t-elle l’impression qu’on ne la filme pas ? Non, elle est bien en train de jouer : la caméra se rapproche et on voit une larme couler sur sa joue ! Le plus cocasse, c’est qu’elle est censée incarner une Française alors que de tous les acteurs qui à un moment ou un autre doivent s'exprimer en  français, c’est elle qui se débrouille le moins bien.
Enfin le pire (Oui, il y a pire !), c’est la prestation de Soad Hosny. La star joue les deux sœurs et afin de les distinguer -est-ce elle ou bien le réalisateur qui a eu cette idée incongrue ?- elle adopte deux voix différentes. C’est ainsi que pour incarner Mona, l’actrice prend une voix de crécelle très difficilement supportable. Quand le personnage meurt enfin, on est un peu soulagé : au moins, on ne l’entendra plus ! Cela dit, accordons à Soad Hosny des circonstances atténuantes car, au-delà de l’interprétation, le vrai problème c’est que ces deux sœurs qu’il lui faut incarner sont d’une sottise incommensurable. L’une, Mona, est une adolescente crispante qui crie et saute dans tous les sens, l’autre, Nadia, est une oie blanche d’une niaiserie sans fond. Avec la meilleure volonté du monde que pouvait faire de ces deux nigaudes, la Cendrillon de l’Ecran Arabe? 
En revanche notons que, question jeu, Ahmed Mazhar ne s’en sort pas trop mal : il ne joue pas, il fait acte de présence avec un détachement et une impassibilité qui impressionnent. 

Alors comment expliquer une telle déroute ? Peut-être faut-il l’imputer à l’état de santé du réalisateur. Il meurt quelque temps après le tournage, au mois d’août et le film ne sortira qu’en décembre. Pour la mémoire du grand cinéaste que fut Ahmed Badrakhan, il aurait sans doute été préférable que ce Nadia ne sorte jamais.

Terminons par une note plus rose : c’est lors de ce tournage qu’Ali Badrakhan, le fils du cinéaste engagé comme assistant, et Soad Hosny tombent amoureux l’un de l’autre. Ils se marieront peu après et vivront ensemble onze ans. Comme quoi un mauvais film peut être à l’origine d’une belle histoire !

Appréciation : 1/5
*
Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

dimanche 30 décembre 2018

Djamila l'Algérienne (Jamila, 1958)

جميلة
إخراج: يوسف شاهين


Youssef Chahine a réalisé Djamila l'Algérienne en 1958.
Distribution : Magda (Jamila Bouhired), Ahmed Mazhar (Youssef), Salah Zulficar (Azam), Zahrat Al Oula (Bouazza), Rushdy Abaza (Bigeard), Kariman (Hassiba), Farida Fahmy (Simone), Hussein Riad (le juge Habib), Mahmoud El Meleigy (l’avocat français Jacques Verges), Fakher Fakher (Mustapha, l’oncle de Jamila), Adly Kasseb (chef de la résistance algérienne)
Scénario : Youssef El Sebaï, Naguib Mahfouz, Abd El Rahman El Sharqawy, Ali El Zorkani, Wajih Najib
Le film a été produit par Magda, son interprète principale.

Rushdy Abaza

Adly Kasseb

Farida Fahmy, Salah Zulficar, Ahmed Mazhar

Mahmoud El Meleigy et Magda

Magda

Zahrat Al Oula

Ahmed Mazhar

Biographie de la combattante algérienne Jamila Bouhired. Elle naît en 1935 et vit dans la Casbah. Etudiante, elle rejoint les membres du FLN. Elle commet plusieurs attentats contre la présence française à Alger. Elle est arrêtée en 1957. Après avoir été torturée, elle est condamnée à mort. Grâce à une campagne médiatique orchestrée par son avocat Jacques Vergès pour informer l’opinion internationale du sort de sa cliente et de ses amis, elle est graciée en 1962. 

Le film de Youssef Chahine, réalisé, rappelons-le, en 1958, s’arrête au procès et à la condamnation de Jamila Bouhired. C’est donc une œuvre militante qui s’inscrit dans la campagne médiatique évoquée plus haut.


Résumé

Jamila et son frère Hadi ont quitté la campagne pour vivre chez leur oncle dans le quartier populaire de la Casbah. Ainsi, Jamila peut aller à l’école et s’instruire. Très vite, elle comprend la profonde injustice que constitue le colonialisme : les Français vivent dans le luxe tandis que les Algériens sont réduits à la misère. Les années passent. Jamila est devenue une jolie étudiante, intelligente et studieuse. Avec ses amies, elle évoque souvent la situation politique du pays. Certaines de ses camarades ne cachent plus leur haine de l’occupant et s’en prennent à l’une de leurs condisciples, Hassiba, la fille du juge Habib qui collabore avec les autorités françaises. Jamila adopte une position modérée : elle réprouve le recours à la violence, en paroles comme en actes. 

Mais la suite des événements va la contraindre à changer radicalement de point de vue. Amina l’une de ses amies a participé à l’attentat contre un commissariat de police et Jamila assite à son arrestation dans leur salle de classe. La jeune combattantes est rouée de coups par les militaires français avant d’être emmenée. Amina sait que c’est la torture qui l’attend. Elle a tout prévu : dans la paume de sa main, elle cache une pastille de poison qui lui évitera de devenir traître à la cause. Le soir, les forces de l’ordre perquisitionnent dans toute la casbah. Youssef, l’un des membres du commando responsable de l’attentat se cache au domicile de l’oncle de Jamila. Quand les Français font irruption dans la maison, ils ne trouvent qu’un vieil homme qui prend son bain et une jeune fille bien sage. Ils repartent aussitôt. En fait, Youssef était dans le bain avec l’oncle, dissimulé par la mousse. Cette nuit-là, Jamila a une longue conversation avec ce cadre de l’armée clandestine. Elle décide de rejoindre les rangs du F.L.N. 

Elle va vite découvrir que parmi ses proches, beaucoup sont déjà des combattants ou s’apprêtent à le devenir tout comme elle. Ainsi, ceux qu’elle croyait les plus compromis auprès des Français sont en fait des membres du F.L.N : Hassiba et son fiancé mais surtout le juge Habib qui grâce à sa position communique des informations précieuses à l’organisation. 

Peu après, le commando de Youssef organise le double attentat du milk-bar et de la cafétéria. Les victimes sont nombreuses. Le colonel Bigeard lance tous ses hommes à la recherche des terroristes. Les Français sont à deux doigts d’arrêter toute la bande mais Jamila se sacrifie pour que ses camarades puissent s’enfuir. Elle est arrêtée et emmenée au QG de Bigeard. S’ensuivent de longues séances de torture auxquelles Jamila résiste vaillamment. A son procès, elle est défendue par Jacques Vergès. Malgré tout le talent de son avocat qui doit affronter une assistance haineuse et des juges hostiles, elle est condamnée à mort.

samedi 9 juin 2018

La Folie de l'Amour (Genon El Hob, 1977)

جنون الحب
إخراج : نادر جلال


Nader Galal a réalisé La Folie de l'Amour en 1977.
Distribution : Nagla Fathy, Hussein Fahmy, Ahmad Mazhar, Fatheia Shahin, Layla Sadeq, Samia Rahim, Khaled Abou Al Naga
D'après un récit de Stephan Zweig
Scénario : Ahmed Abdel Wahab et Samir Abdel Azim
Musique : Fouad El Zahry

Nagla Fathy et Ahmad Mazhar

Hussein Fahmy

Samia Rahim

Layla Sadeq

Nagla Fathy et Hussein Fahmy



Résumé

Mona est mariée à Mahmoud, un riche homme d’affaires qui est submergé par le travail. Elle se consacre entièrement à l’éducation de Khaled, leur fils d’une dizaine d’années mais les longues absences de son mari lui pèsent. La mère et l’enfant s’envolent pour la Tunisie où ils passeront les vacances. Mahmoud les rejoindra. Dans l’avion, Khaled, échappant à la surveillance de Mona, s’introduit dans le cockpit. Il est chaleureusement accueilli par Hussein, le pilote qui s’amuse de ce garçonnet bien curieux ! On atterrit à Tunis. Mona et Khaled s’installent dans un palace de la capitale. Hussein entre deux vols, reprend son existence de séducteur invétéré. Il aime faire de nouvelles conquêtes et passe ses nuits dans des clubs. Un jour, il tombe nez à nez avec Khaled. C’est à cette occasion qu’il fait la connaissance de sa mère. Il est tout de suite séduit par la jeune femme. D’autres rencontres vont suivre. Mona et le pilote éprouvent une vive sympathie l’un pour l’autre. Ils finissent par passer toutes leurs journées ensemble. Khaled est aux anges : leur nouvel ami est devenu son compagnon de jeu. Evidemment, ce qui doit arriver arrive : l’amitié entre Mona et Hussein se transforme en amour. Mona envisage de demander le divorce mais Khaled réagit très violemment quand il comprend que ses parents pourraient se séparer. Mahmoud reparaît. Après s’être expliquée avec son mari, Mona décide de rester avec lui. La petite famille à nouveau réunie reprend l’avion pour Le Caire.

mercredi 8 mars 2017

Avec les Souvenirs (Mahal zekrayat,1961)

مع الذكريات
إخراج : سعد عرفه


Saad Arafa a réalisé Avec les Souvenirs en 1961.
Distribution : Ahmed Mazhar (Sharif), Nadia Lutfi (Amal), Mariam Fakhr Eddine (Ilham), Salah Mansour (Madbouli), Fattoh Nashaty (le médecin), Mokhtar El Sayed (l’assistant réalisateur), Saïd Khalil (le réalisateur), Ahmed Loxer (Hamdy)
Scénario : Saad Arafa
Musique : André Ryder
Production : les films Al Shams


Ahmed Mazhar et Nadia Lutfi

















Mariam Fakhr Eddine
















Nadia Lutfi

















Salah Mansour

















Ahmed Mazhar
















Mariam Fakhr Eddine



















Résumé

Sharif est un acteur célèbre. Il file le parfait amour avec Ilham, une jeune actrice qui grâce à lui est devenue une vedette. Dans sa vie, il y a une autre jeune femme : Amal. Elle est orpheline et il l’a prise sous sa protection. Après ses études, elle est revenue vivre auprès de lui. Elle l’aime secrètement mais Sharif ne lui manifeste qu’une affection paternelle.

Le bonheur de Sharif et d’Ilham serait complet si cette dernière n’était pas sans cesse importunée par Madbuli, un technicien du studio dans lequel ils tournent un nouveau film. L’homme est bossu, boiteux et sans doute simple d’esprit. Une nuit, il s’introduit dans la chambre d’Ilham et tente de la violer. Heureusement, Sharif, alerté par les cris, fait irruption dans la pièce et chasse l’agresseur.

Madbuli est fou de rage. Le lendemain, le couple doit tourner une scène dans laquelle le personnage de Sharif tire au pistolet sur la femme jouée par Ilham. Le bossu doit s’occuper de l’arme. Il en profite pour remplacer les balles à blanc par de vraies balles. On tourne la scène. Sharif tire sur Ilham qui s’effondre. Après le clap de fin, elle ne se relève pas, elle est morte.

Sharif est fou de désespoir : il a tué celle qu’il aimait le plus au monde. Il sombre dans la dépression. Amal est restée à ses côtés et tente de lui redonner goût à la vie. En vain. La maison de Sharif a été transformée en temple à la mémoire de la défunte. On retrouve son portrait dans toutes les pièces de la maison. La santé de Sharif se dégrade rapidement. Impuissante, Alam ne sait plus que faire pour l’aider.

Un jour, Sharif reçoit la visite de Madbuli. Celui-ci lui avoue tout et lui révèle la véritable personnalité d’Ilham. C’était une manipulatrice qui s’est toujours jouée de Sharif. Elle n’était intéressée qua par son argent et sa célébrité. Plus grave encore : elle était restée la maîtresse de son premier amant, un acteur sans talent qu’elle entretenait . La tentative de viol n’a jamais existé. C’est Ilham qui, comprenant que Madbuli allait tout révéler à son compagnon, l’a introduit dans sa chambre puis s’est agrippée à lui en hurlant pour le discréditer auprès de celui-ci. Sharif est abasourdi. Il se jette sur les portraits d’Ilham fixés aux murs et les déchire rageusement. Puis il asperge la maison d’essence et met le feu. Lui et Madbuli ont juste le temps de fuir la maison avant qu’elle ne soit totalement dévorée par les flammes.


Critique

Le scénario de ce film repose sur un procédé classique : les mêmes événements sont racontés selon des points de vue différents, et c’est dans la dernière partie que toutes les illusions se dissipent et que la vérité éclate au grand jour dans toute sa monstruosité. Un procédé peu original mais efficace pour créer un suspens retenant l’attention du spectateur. Il n’empêche que dans ce film de Saad Arafa, ce n’est pas franchement réussi. La faute en incombe tout d’abord à une première partie qui accumule les maladresses : de longues scènes répétitives, des effets grossiers, un jeu d’acteur caricatural (notamment Ahmed Mazhar dans l’expression de son désespoir), des décors aussi pimpants et impersonnels qu’un intérieur de maison témoin. Bref tout cela finit par lasser le spectateur le plus indulgent quand soudain tout bascule avec le témoignage du bossu dont la fonction est de dessiller la vue du héros sur celle qui fut l’amour de sa vie. Le récit d’un coup retrouve de l’intérêt. Il y a notamment quelques scènes dans lesquelles Mariam Fakhr Eddine se hausse au niveau des grandes femmes fatales du film noir hollywoodien. On pense notamment à Rita Hayworth. Mais tout cela vient bien tard ! Le défaut principal du film, c’est que dans la première partie, rien n’annonce le vrai visage de l’héroïne. Du coup on a l’impression que Mariam Fakhr Eddine incarne non pas un seul personnage dont on aurait dès le début suggéré la complexité et l’ambivalence mais qu’elle joue deux personnages antithétiques, aussi sommaires l’un que l’autre. 
Dommage car avec un scénario plus subtil et une direction d’acteurs moins pataude, ce film aurait pu offrir à la plus nordique des actrices égyptiennes l’un de ses plus beaux rôles.

Appréciation : 2/5 
**

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin



samedi 12 novembre 2016

L'Appel du Courlis (Doa al karawan, 1959)

دعاء الكروان
إخراج : هنري بركات


Henry Barakat a réalisé L'Appel du Courlis (ou La Prière du Rossignol) en 1959.
Distribution : Ahmed Mazhar, Hussein Ismail, Faten Hamama, Edmond Tuema, Ragaa El Geddawy, Hussein Asar, Nahed Samir, Abdelalim Khattab, Mimi Shakib
Adaptation du roman de Taha Hussein, L'Appel du Courlis (1934)
Scénario : Henry Barakat et Youssef Gohar
Musique : André Ryder
Ahmed Mazhar

Faten Hamama et Hussein Ismail

Edmond Tuema

Faten Hamama

Faten Hamama

Ragaa El Geddawy et Faten Hamama

Faten Hamama

Faten Hamama et Zahrat Al Oula

Nahed Samir, Ragaa El Geddawy, Hussein Asar

Faten Hamama

Ahmed Mazhar et Faten Hamama

à droite, Abdelalim Khattab

Faten Hamama, Mimi Shakib


Résumé

Drame. Bani Warkan est une petite ville au cœur des montagnes où vit Amina avec sa sœur Hanadi et ses parents, Khader et Zarah. Cette famille de bédouins mène une existence laborieuse mais les trois femmes sont courageuses. Malheureusement, le père est un débauché qui dépense tout son argent dans les plaisirs. Un jour, c'est le drame : il est assassiné. L'oncle Khal Jaber ordonne à sa sœur et à ses nièces de quitter le pays, le temps que les gens oublient le scandale. Les trois femmes se lancent dans un long périple qui les mène dans une ville. Elles louent une petite maison mais il faut trouver du travail au plus vite. Grâce à un intermédiaire, les deux filles sont embauchées comme femme de chambre.. Hanadi doit travailler chez l’ingénieur en charge de l’irrigation tandis qu’Amina entre au service du commissaire de la ville, de sa femme et de sa fille Khadija. Cette dernière a le même âge qu’Amina. Entre les deux jeunes filles, la complicité est totale. Khadija apprend à Amina la lecture et l’ouvre à la culture. Le sort d’Hanadi est moins heureux. Son maître est célibataire et il a profité de son inexpérience pour abuser d’elle. Zarah l’apprend et réagit aussitôt de peur que le déshonneur retombe sur toute la famille. Elle envoie une lettre à son frère pour l’informer qu’elles doivent impérativement revenir au village. En attendant, elles ont trouvé refuge pas très loin de la ville, chez Zanouba. Quelque temps plus tard Khal Jaber vient les chercher. Sur le chemin, il tue Hanadi et l’enterre. On fera croire qu’elle est morte de la peste. Amina est désespérée. De retour à Bani Warkan, la jeune femme ne supporte plus de vivre avec sa mère et son oncle. Elle fuit et retrouve sa place chez le commissaire de la ville. Pendant ce temps-là, Zarah est devenue folle et erre dans le pays à la recherche de ses deux filles. Amina a décidé de venger sa sœur. Les événements à venir vont lui en donner l’occasion. L’ingénieur souhaite épouser la fille du commissaire. Cette demande enchante toute la famille et on parle déjà de fiançailles. Mais Amina informe ses maîtres du comportement passé de leur futur gendre. Le commissaire rompt les fiançailles et demande son transfert dans une autre ville. Une fois la famille partie, Amina demande à Zanouba de la placer chez l’ingénieur. Ce dernier est tout de suite séduit par la beauté de la jeune femme. Il tente de l’agresser plusieurs fois mais il ne parvient jamais à ses fins. Un soir, elle verse du poison dans son vin mais, soudain pris de remords, elle empêche in extremis son maître de le boire. Elle abandonne l’idée de tuer son maître. Elle va voir Zanouba pour qu’elle lui trouve une autre place. Elle prétend ne plus supporter les avances de l’ingénieur. La vieille femme lui fait remarquer que l’attirance qu’éprouve l’ingénieur pour elle lui permettra d’obtenir tout ce qu’elle veut. Amina comprend qu’elle tient sa vengeance et qu’elle pourra le torturer sans commettre un homicide. Elle retourne chez son maître qui se montre de plus en plus gentil à son égard. Et progressivement, elle aussi tombe amoureuse de lui. Mais Hanadi reste une barrière infranchissable entre eux. Le jour où il lui demande de l’épouser, elle lui révèle enfin qu’elle est la sœur d’Hanadi. Jamais elle ne pourra devenir sa femme. Amina décide de quitter définitivement la maison de celui qu’elle aime malgré elle. Le couple a une dernière discussion dans le jardin. Soudain, l’oncle d’Amina surgit. Il est armé et tire sur l’ingénieur qui meurt aussitôt. Sur le dernier plan du film, on entend la voix de l’écrivain Taha Hussein.


Critique

L’Appel du Courlis est un bel exemple de l’injustice dont est victime le cinéma égyptien ignoré ou méprisé par la critique occidentale . Voilà un film qui tourné partout ailleurs dans le monde ferait les beaux jours des ciné-clubs et des cinémathèques. Il serait étudié dans les universités des cinq continents de la planète, on lui consacrerait d’innombrables thèses dans toutes les langues parlées sur cette terre. Mais, c’est un film égyptien, un film arabe. Alors peu importe qu’il ait été réalisé par un très grand cinéaste, Henri Barakat, peu importe qu’il soit l’adaptation d’un classique de la littérature arabe dont l’auteur est Taha Hussein, l’une des figures marquantes de la culture du XXe siècle, peu importe enfin, que le rôle principal soit tenu par l’une des actrices les plus talentueuses de son temps. Le verdict a été rendu sans qu’on ait cru bon de consulter les pièces du dossier : L’Appel du Courlis ne rejoindra jamais la liste des chefs d’œuvre du cinéma mondial en compagnie de Citizen Kane d’Orson Welles ou des Fraises Sauvages d’Ingmar Bergman. Inutile de préciser qu’il n’existe pas non plus de version DVD sous-titrée en français, ce qui, en passant, est bien mal récompenser la francophilie des trois principaux protagonistes de l’œuvre : Taha Hussein a fait une partie de ses études en France et a épousé une Française, Henry Barakat s’est formé à la réalisation dans notre pays et Faten Hamama parlait couramment le français. Navrant.

Dans le style sobre et rigoureux qui sied aux classiques, Henri Barakat nous raconte une tragédie qui se déroule dans l’Egypte de l’intérieur, loin du Caire et de la vie citadine. Cette société aux mœurs archaïques voue les femmes au malheur et ne leur laisse d’autre choix que la soumission. Et malheur à elles si leur père et mari disparaît brutalement ! Qu’elles n’attendent aucune compassion des voisins, des amis ou des parents. Dans l’Appel du Courlis, après le décès du chef de famille, la mère et ses deux filles devront quitter leur village pour tenter de trouver un logement et un emploi dans la ville voisine. Elles pensent ainsi pouvoir commencer une nouvelle vie mais c’est le malheur qui les attend. Henri Barakat restitue scrupuleusement le constat très sévère de Taha Hussein : la campagne égyptienne est un univers faussement paisible, la violence y est omniprésente, notamment celle exercée par les hommes contre les femmes maintenues dans l’asservissement et l’ignorance. Au moindre « écart de conduite », c’est la mort qui attend la fille, la mère ou l’épouse car on ne badine pas avec l’honneur de la famille. Ainsi la sœur aînée sera violée par son maître et assassinée par son oncle pour avoir été violée.

Quand les deux sœurs s’installent dans la petite ville, elles rencontrent des femmes qui s’affranchissent de cette condition misérable : la jeune fille de la famille bourgeoise chez qui travaille Amna prend des cours de français et apprend la musique. Et il y a aussi Zanouba (excellemment jouée par Mimi Chakib), la femme qui dirige le bureau de placement pour les domestiques : elle est la patronne et n’a de comptes à rendre à personne, elle fume, elle danse et s’habille comme elle l’entend. Au début, les deux petites campagnardes illettrées espèrent pouvoir elle aussi gagner enfin leur indépendance mais la tragédie ne tardera pas à les rattraper.

Ce récit est aussi une histoire d’amour et le portrait d’une femme qui s’interroge sur ses propres sentiments. Au début, elle n’est mue que par une seule idée : venger sa sœur mais progressivement, elle comprend qu’elle est tombée amoureuse de celui qui a plongé elle et sa mère dans le malheur. Le talent de Barakat, c’est d’avoir su représenter toute la complexité du personnage tiraillé entre son désir de vengeance et l’amour qui en son cœur croît jour après jour.

Outre le scénario, dans ce film, tout est admirable : la photo, l’interprétation et puis cette inoubliable voix off, celle de Faten Hamama qui tout à la fois nous émeut et nous enchante. Un chef d’œuvre à voir absolument.

Appréciation : 5/5
*****
Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin


mardi 17 mai 2016

Le Voyage de la Vie (Rihlat al oumr, 1974)

رحلة العمر
ﺇﺧﺮاﺝ: سعد عرفه





















Saad Arafa a réalisé le Voyage de la Vie en 1974.
Distribution : Chams Al Baroudi, Ahmed Mazhar, Mariam Fakhr Eddine, Ali Kamal, Samia Roshdi, Naïma Wasfi, Hamdy Youssef
Scénario : Saad Arafa
Musique : Gamal Salama

Ali Kamal

Ahmed Mazhar

Ahmed Mazhar et Chams Al baroudi

Chams Al Baroudi et Ahmed Mazhar


Résumé

Salwa (Chams Al Baroudi) est une jeune femme qui vit au Caire avec sa tante. Elle fréquente un garçon de son âge, Essam. Ils ont projeté de passer quelques jours à Sidi Abdel Rahman (station balnéaire à l’ouest d’Alexandrie). Salwa s’y rend sans son compagnon qui doit la rejoindre plus tard. Elle lui réserve une chambre à côté de la sienne. Mahmoud (Ahmed Mazhar), un directeur de banque d’âge mûr arrive à l’hôtel. C’est un habitué et il occupe toujours la même chambre, celle qu’a réservée Salwa pour Essam. Le responsable de l’établissement demande à la jeune femme de la céder à l’homme d’affaires jusqu’à l’arrivée de son ami. Elle accepte. Salwa et Mahmoud se retrouvent à cohabiter dans un hôtel désert. Pour tromper son ennui, la jeune femme entreprend de séduire son voisin Celui-ci est mariée à Madiha (Mariam Fakhr Eddine) mais il ya bien longtemps qu’entre eux la passion s’est envolée. Il cède donc facilement aux avances de Salwa. Loin de tout, ils vont vivre une relation torride. Quand Essam arrive à son tour, Salwa l’informe aussitôt qu’elle veut rompre. Le jeune homme retourne au Caire. Peu de temps après, les deux amants rentrent à leur tour dans la capitale. Le banquier tente de reprendre sa vie d’avant mais c’est impossible : il est obsédé par sa jeune maîtresse et il ne peut même plus faire l’amour à sa femme. En revanche Salwa a retrouvé les compagnons et les activités de son âge. Elle s’éloigne de celui qui fut pendant quelques jours son amour de Sidi Abdel Rahman. Mahmoud est désespéré. Il essaie d’oublier la jeune femme mais rien n’y fait. Un soir, il se rend à son appartement pour une explication. L’entretien prend une tournure dramatique : Mahmoud, aveuglé par la passion, tente de violer Salwa mais elle parvient à lui résister. Quand il recouvre la raison, le quadragénaire comprend qu’il l’a définitivement perdue. Il rentre chez lui. La maison est vide. Madiha l’a quitté car elle a découvert sa liaison adultère.


Critique

Dans les années soixante-dix, l’actrice Shams Al Barudi est au zénith de sa carrière de sex-symbol du cinéma arabe. Elle apparaît dans un grand nombre de productions où elle joue invariablement les jeunes femmes libérées à l’activité sexuelle débridée. Elle est tantôt une étudiante qui séduit ses condisciples et ses professeurs, tantôt une mère de famille qui entretient une relation adultère avec le patron de son mari, tantôt une criminelle qui, avec les armes que lui a données la nature, manipule ses redoutables complices. A chaque fois on retrouve la séductrice qui dévoile ses appas pour attirer tous les hommes de son entourage, sans distinction de classe ou d’âge.
Elle était donc l’actrice idéale pour ce Voyage d’Une Vie, film « scandaleux » qui traite sans fard de l’amour et de la sexualité dans la société égyptienne post-nassérienne.
On n’est pas très loin de certains films occidentaux de cette époque dans lesquels on mélange, selon une recette éprouvée, érotisme soft et vacances au soleil. Au départ tout oppose Salwa, jeune fille délurée et Mahmoud, l’homme d’affaires d’âge mur. Mais la sexualité va les réunir. A l’hôtel ou sur la plage, ils vont connaître un amour sans contrainte. Ils vont jouir d’une liberté absolue et vivre leur relation en pleine lumière. Nul souci de se cacher : les conjoints, les parents, les collègues sont loin, les serviteurs de l’hôtel à peine présents. C’est un peu sea, sex and sun à Sidi Abdel Rahman. Les images chatoyantes d’un amour de vacances sont accompagnées d’une musique sensuelle avec chœurs gémissants. L’homme d’âge mûr semble nager en plein rêve et on comprend que le retour à la réalité sera pour Mahmoud une épreuve insupportable, ce retour qui sera l’objet de la seconde partie du film.
Mais le plus singulier dans ce film, c’est que ce rêve a toutes les caractéristiques d’un cauchemar. Les deux personnages évoluent dans des lieux totalement déserts : la plage qui s’étend à l’infini sans âme qui vive, le hall de l’hôtel où n’apparaît qu’un réceptionniste froid et poli, l’immense salle du restaurant où ne déjeunent que les deux héros. Ces derniers sont souvent filmés à l’arrière plan, comme pour souligner le vide qui les entoure. Ce traitement de l’espace rappelle celui de Stanley Kubrick dans 2001 l’Odyssée de l’Espace ou bien dans Shining. L’angoisse est décuplée avec la bande-son: les bruits sont distordus, les voix toujours accompagnées d’un écho désagréable. Salwa possède un transistor qui diffuse une musique nasillarde à la limite du supportable et surtout, elle rit, elle rit beaucoup jusqu’à créer le malaise chez le spectateur lui-même : est-ce le diable ? ou bien est-elle tout simplement folle ? On comprend alors que le point de vue adopté est celui de Mahmoud. Il connaît à la fois les délices d’une passion amoureuse inespérée et un très fort sentiment de culpabilité sans cesse ravivé par les conversations téléphoniques avec sa femme restée au Caire. Ahmed Mazhar, avec un jeu d’une extrême subtilité, parvient à restituer tous les tourments de son personnage plongé dans la plus grande des félicités. Ce grand acteur est aussi extraordinaire dans la seconde partie du film. De retour au Caire, le chef d’entreprise qu’il incarne n’est plus qu’une coquille vide. Il ne parvient plus à retrouver goût à son existence d’avant et erre dans les rues, obsédé par l’image de celle qu’il a possédée et qui s’éloigne inexorablement. En réalité le cours séjour paradisiaque dans cet hôtel de Sidi Abdel Rahman constituait le premier acte d’une tragédie dont le réalisateur, Saad Arafa, nous laisse imaginer le dénouement. 
Dans le Sexe et l’Effroi, Pascal Quignard oppose l’érotisme des Grecs et celui des Romains. Chez les Grecs, la sexualité est heureuse, sans tabou. En revanche chez les latins, elle est à la fois effrayante et fascinante, toujours associée à la mort.
Risquons un parallèle : si la libération sexuelle dans l’occident des années 70 fut d’inspiration grecque, alors, en orient, à la même époque elle fut plutôt romaine. Ce que prouve avec éclat ce Voyage d’Une Vie. 

Appréciation : 4/5
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Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin