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mardi 31 octobre 2023

Danse : Zeinat Olwi, 1960

زينات علوي



Zeinat Olwi (1930-1988) danse dans la comédie Une Rumeur d'Amour réalisée en 1960 par Fateen Abdel Wahab. Cette artiste au tempérament bien trempé aime les chiffres ronds : en 1960, elle a trente ans, cela fait dix ans qu'elle est dans l'industrie cinématographique et elle a joué et dansé dans trente films.
Au début de sa carrière, elle accepte de jouer la comédie puis très vite elle va abandonner ses velléités de devenir actrice pour se consacrer exclusivement à la danse, art dans lequel elle a toujours excellé. 

vendredi 24 avril 2020

La Veuve Joyeuse (El armala el tarub, 1956)

الأرملة الطروب
إخراج : حلمى رفلة



Helmy Rafla a réalisé La Veuve Joyeuse en 1956.
Distribution : Leila Fawzi (Samira, la fille d’Abdel Aal), Kamal Al Shennawi (Magdy), Abdel Salam Al Nabulsi (Asim Bey Kayamakli), Zinat Sedki (la femme de chambre de Samira), Hassan Fayek (Abdel Aal, le père de Samira), Adly Kasseb (Mahdi Effendi), Mohamed Gamal (Hechmat), Zeinat Olwi (danseuse), Kitty (danseuse), Victoria Hobeika (la mère d’Hechmat)
Scénario : Aboul Seoud Al Ibiary, Helmy Rafla, Mustafa El Sayed, Fathy Qoura
Musique : Mohamed Gamal et Mahmoud El Sherif

Hassan Fayek et Kamal Al Shennawi

Leila Fawzi

Mohamed Gamal

Leila Fawzi et Kamal Al Shennawi

Hassan Fayek

Kamal Al Shennawi et Mohamed Gamal

Abdel Salam Al Nabulsi et Leila Fawzi

Zinat Sedki et Leila Fawzi

Kitty




Résumé

Abdel Aal aime l’argent et la bonne chère. Il a forcé sa fille Samira à épouser Rostom Bey Kayamakli, un riche turc de quarante ans son aîné. Samira s’est installée dans le pays de son mari et a mené une vie luxueuse mais sans amour. 
Au bout de cinq ans de vie commune, son mari meurt. Toute la famille est réunie pour entendre les dernières volonté du défunt : sa veuve jouira de sa fortune tant qu’elle restera seule. Si elle se remariait, l’héritage reviendrait à sa famille. Au cas où elle mourrait, en étant restée célibataire, c’est son père qui récupérerait l’argent de Rostom. Asim Bey Kayamakli, le frère du défunt, est prêt à tout pour que cette fortune reste dans leur famille. Il a trouvé la solution : il va épouser Samira. Quand cette dernière lui signifie son refus d’un tel « arrangement », il menace de la tuer. Elle est obligée d’accepter. Mais profitant de l’absence de son beau-frère, elle fuit en compagnie de Lawahiz, sa servante et rentre en Egypte. 
 Asim Bey constatant le départ de sa « future femme », contacte un parent résidant en Egypte, Mahdi Effendi, un haut fonctionnaire, sous-secrétaire d’état. Celui-ci a une idée : il convoque Magdy, un parent lui aussi, qui travaille dans l’administration et qui est célèbre pour ses conquêtes féminines. Il lui donne une mission : il sera généreusement récompensé s’il parvient à séduire Samira et à l’épouser. Magdy se présente au domicile de l’héritière tant convoitée. Dans le jardin, il voit une femme courir après une poule : c’est Samira. Il est frappé par sa beauté et il est très étonné d’apprendre pas la bouche de celle-ci qu’elle n’est qu’une simple servante. Elle le devance dans la maison pour prévenir sa maîtresse, dit-elle. Samira demande à sa femme de chambre de se faire passer pour elle. Lawahiz reçoit avec rudesse le visiteur qui est interloqué par cet accueil. Ils sont rejoints peu après par le père de Samira qui lui aussi est mis dans la confidence. Il est enchanté de ce tour, ne souhaitant évidemment pas que sa fille se marie et que son héritage tombe dans l’escarcelle d’Asim Bey Kayamakli. 
La difficulté, c’est que Magdy est tombé amoureux de Samira, toute servante qu’elle prétend être et Samira, elle aussi finit par succomber au charme du nouveau venu. Naturellement, Magdy refuse de rester le complice d’Asim er de Mahdy et quand le frère du défunt arrive en Egypte pour vérifier le bon déroulement des opérations, le jeune homme lui annonce qu’il est désormais impossible pour lui d’épouser Samira. Heureusement, le remplaçant est tout trouvé : c’est Hechmat, un jeune collègue de Magdy qui accepte la mission. Le lendemain, Asim, déguisé en vieille femme et accompagné d’Hechmat, rencontre le père de Samira. Il prétend être la mère du garçon et il vient demander en son nom la main de la jeune fille. Il précise que la dot sera importante. Abdel Aal, sachant qu’il n’est pas question de sa fille mais de Lawahiz, accepte volontiers ce projet d’union. 
Une réception est organisée pour officialiser les fiançailles. Asim Bey Kayamakli y paraît, toujours déguisée en vieille femme. Malheureusement pour lui, la véritable mère d’Hechmat fait son apparition et le démasque. C’est alors que tous les masques tombent. Magdy comprend que la femme qu’il aime est bien Samira, l’héritière de Rostom, Abdel Aal découvre que sa fille est amoureuse de Magdy, ce qui compromet leur chance de conserver l’héritage. Abdel Aal chasse Magdy de chez lui et enferme sa fille dans sa chambre. Pendant ce temps-là, Asim Bey Kayamakli ne s’avoue pas vaincu. Il enlève Samira mais celle-ci parvient à s’échapper. Elle se rend aussitôt chez Magdy pour tenter de s’expliquer sur les raisons qui l’ont poussé à lui cacher son identité. Son bien-aimé n’ a guère apprécié d’avoir été ainsi trompé et il lui marque une très grande froideur. Tous les autres protagonistes de l’histoire font leur apparition et chacun veut faire valoir ses revendications à l’imam qui les a accompagnés. Il faut que Samira menace de se jeter dans le vide pour qu’enfin on accepte de prendre en compte ses propres désirs et volontés.


Critique

Cette Veuve Joyeuse est un petit chef d’œuvre, une comédie brillante qui illustre admirablement ce que l’âge d’or du cinéma égyptien fut capable de produire grâce aux talents conjoints de ses acteurs, de ses réalisateurs et de ses scénaristes. Pendant une vingtaine d’années, ces artistes offrirent au public d’innombrables films qui sont aujourd’hui devenus des classiques, aussi bien dans le drame que dans la comédie. La formule « Hollywood sur le Nil »n’ était alors nullement galvaudée. A partir des années soixante-dix, le secret de ce savoir-faire semble progressivement se perdre et dans les années quatre-vingt, le cinéma égyptien n’est plus que l’ombre de lui-même, tentant de survivre en proposant des films dont on dissimulait la médiocrité par un discours prétendument « engagé ». Evidemment, il y eut des exceptions mais trop peu nombreuses pour influer en quoi que ce soit sur une tendance bien regrettable. 
Revenons donc à notre Veuve Joyeuse, paradigme de la comédie pétillante de ces années cinquante. C’est un divertissement, certes mais un divertissement haut de gamme. Nous avons d’abord une intrigue à la Marivaux : la servante et la maîtresse qui échangent leur rôle, un séducteur cynique qui découvre soudain l’amour véritable. Le scénariste, Aboul Seoud Al Ibiary (ici, au zénith de son talent) multiplie les rebondissements, sans tordre le cou à la vraisemblance mais sans rien s’interdire : les deux héros font connaissance en poursuivant une poule ! Nous avons aussi un réalisateur, Helmy Rafla, qui filme cette histoire, avec une légèreté, une élégance hors pair, ce qui permet à cette Veuve Joyeuse de rivaliser avec les meilleures comédies d’Hollywood. On pense plus d’une fois à Howard Hawks, le réalisateur de Chéri, je me sens rajeunir ou des Hommes préfèrent les Blondes. Autre qualité du film : Helmy Rafla parvient à faire rire son public tout en veillant à garder une touche romantique à son histoire et certaines scènes sont d’une grande beauté comme celle du baiser dans l’arbre ou bien celle de l’héroïne au bain entourée de ses servantes. 
Si l’intention première des auteurs de ce film est d’amuser le public, ils ne s’interdisent pas d’évoquer des sujets graves, comme celui de la condition féminine dans la société musulmane. En effet, cette Veuve joyeuse est tout sauf joyeuse. Non seulement, elle a été « vendue » par son père à un homme qui a quarante ans de plus qu’elle, mais celui-ci mort, il lui est interdit de refaire sa vie comme elle l’entend et elle retombe sous l’autorité d’un beau-frère et d’un père qui ont pour seul souci, non son bonheur mais leur intérêt personnel. Et l’un comme l’autre n’hésite pas à la menacer d’une arme pour obtenir de sa part soumission et obéissance. Pour l’héroïne, la situation devient insupportable et elle devra menacer à son tour de se suicider pour qu’on daigne enfin l’entendre. 
Enfin, la grande réussite de ce film tient aussi à la qualité de l’interprétation et notamment à la prestation époustouflante de Leila Fawzi dont le naturel, la sensibilité et bien sûr la beauté en font l’égale de Katharine Hepburn. 
A propos d’interprétation, on notera l'absence d’Ismaïl Yassin au générique. A l’époque, c'est tout à fait exceptionnel car cet acteur règne sans partage sur la comédie populaire. Helmy Rafla tournera avec lui 22 films et, rien qu'en 1956, année de la sortie de La Veuve Joyeuse, Ismaïl Yassin est présent sur les écrans de cinéma égyptiens avec pas moins de neuf films ! Une omniprésence qui finira d’ailleurs par lasser son public. Sans vouloir offenser quiconque, on peut supposer que cette absence a sans doute contribué à la qualité de notre comédie : si Ismaïl Yassin y avait participé, nul doute que l'atmosphère et l'esprit en eussent été radicalement changés, la vedette comique y aurait imposé son style, celui de la farce parfois un peu grossière, à mille lieues donc de cette Veuve Joyeuse (Même si on peut considérer le travestissement d'Abdel Salam Al Nabulsi dans la dernière partie du film comme un hommage à l'interprète de Mademoiselle Hanafi !) .

Appréciation : 5/5
*****

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

dimanche 26 mars 2017

L'Ecole des Filles (Madrasat Al Banat, 1955)


مدرسة البنات
ﺇﺧﺮاﺝ: كامل التلمساني


Kamel El Telmissany a réalisé L'Ecole des Filles en 1955. 
Distribution : Naïma Akef, Zeinat Olwi, Serag Mounir, Kwathar Shafik, Aziza Helmy, Abdel Salam Al Nabulsi, Kamal Al Shennawi, Zinat Sedki, Reyad El Kasabgy, Safa El Gamil, Thuraya Fakhry,  Aziza Helmy, Abdel Ghani El Nagdi, Layla Hamdy
Scénario : Ali El Zorkani et Helmy Halim
Musique : Mounir Mourad, Kamal El Tawil, Saïd Mostafa, Fathy Qoura


Serag Mounir et Kwathar Shafik



Abdel Salam El Nabulsi et Kamal Shennawi


Kamal Al Shennawi


Aziza Helmy


Abdel Salam El Nabulsi


Zinat Sedky et Reyad El Kasabgy



















Abdel Salam El Nabulsi et Naïma Akef


















Résumé

Kamal est un jeune homme qui mène une vie de Dom Juan multipliant les conquêtes. Il doit épouser sa cousine et malgré l’empressement de son oncle, il n’est pas disposé à s’assagir. Le jour même de son mariage alors que tout le monde l’attend, il préfère passer du bon temps dans son appartement avec une maîtresse. Et c’est son meilleur ami qui a la mission délicate de calmer la fureur de l’oncle et le dépit de la fiancée. La cérémonie est annulée. Un jour, Kamal fait la rencontre de Nadia. Elle est étudiante dans un pensionnat de jeunes filles où l’on enseigne le chant et la danse. Les deux jeunes gens sont séduits l’un par l’autre. Le bourreau des coeurs éprouve pour la première fois le véritable amour. Malheureusement, tout  s’oppose à leur union. Si Kamal est déjà engagé auprès de sa cousine, Nadia doit aussi épouser un cousin resté au village avec toute sa famille. Ce cousin est un gentil demeuré au physique repoussant. Jamais elle ne pourra l’aimer mais son oncle est un homme brutal dont on ne peut discuter les décisions. Elle doit se soumettre. Le jour des noces est arrivé. Alors que Nadia s’apprête à signer l’acte de mariage, ses amies de pensionnat, entraînées par Kamal et la directrice de l’école, font irruption dans la salle. Une bagarre s’ensuit. Heureusement, l’oncle de notre héroïne n’est pas un mauvais bougre et il  finit par renoncer à son projet insensé. Kamal et Nadia peuvent se marier.


Critique
 
Dans ce film nous retrouvons Naima Akef dans l’un de ses rôles de prédilection : la jeune orpheline au passé douloureux mais dont le dynamisme et la joie de vivre finissent toujours par triompher des épreuves. Cette Ecole des Filles exploite le filon que représente à l’époque la danseuse. Elle a été découverte en 1949 par Hussein Fawzi. Ce dernier l’a aussitôt épousée pour la faire tourner chaque année dans une nouvelle production qui à chaque fois devient un gros succès commercial. Ce film de Kamel El Telmissany est en fait un intermède entre deux réalisations du mari mais il aurait très bien pu être tourné par celui-ci : même style, mêmes personnages, même univers…
Si comme danseuse, Naima a un talent incontestable, avec une sensualité qui se manifeste dans chacun de ses gestes, en revanche, comme actrice, elle est beaucoup plus limitée. On sent chez elle un désir de bien faire mais son jeu est plus celui d’une meneuse de revue avec des effets un peu grossiers que celui d’une comédienne capable d’exprimer toute la gamme des sentiments avec naturel et sincérité. Et il faut bien admettre que le jeu de Naima Akef n’est jamais sincère et n’est jamais naturel. Mais sans doute n’a-t-elle pas appris. Elle vient du cirque et du cabaret, c’est là qu’elle s’est formée et dans ces deux arts du spectacle, l’énergie compte davantage que l’émotion.
Ce film a eu comme scénariste Ali El Zorkani. Ce n’est pas le premier venu : il apparaît au générique de très grands films et il a été professeur de scénario à l’Institut Supérieur du Cinéma du Caire. Et peut-être est-il bon de rappeler que Kamel El Telmissany, le réalisateur, n’est pas n’importe qui non plus : il a réalisé en 1945 le Marché Noir qui figure dans la liste des quinze plus grands films égyptiens de tous les temps).
Ce prestigieux tandem n’a pourtant pas brillé avec cette comédie musicale. Même Naima Akef a été mieux servie dans d’autres films. Ici elle est réduite à jouer la petite demoiselle qui cabotine sans cesse et que l’on voit danser avec ses amies de pensionnat dans de gentilles fêtes réunissant élèves et parents. On avait déjà assisté à ces mêmes scènes dans Aziza réalisé l’année précédente par Hussein Fawzi mais au moins, grâce à sa double identité, Naima Akef avait eu la possibilité d’exprimer toute la sensualité dont je parlais plus haut, notamment dans les séquences se déroulant au cabaret. Dans ce nouveau film, on ne quitte pas l’école et c’est bien triste.
Ce qui sauve en partie cette petite comédie, c’est la prestation d’Abdel Salam Al Nabulsi. Il a un rôle secondaire, comme d’habitude, mais quel talent ! Il joue un personnage qui est depuis longtemps secrètement amoureux de l’héroïne. Il la présente à Kamal, son meilleur ami, et c’est donc lui qui est à l’origine de leur amour. Il devra, désespoir au cœur mais en ami fidèle, œuvrer pour le bonheur de Kamal et de Nadia, sans jamais rien dire de ses affres. Un personnage comique mais infiniment malheureux qu’Abdel Salam Al Nabulsi incarne avec une telle conviction qu’il le hisse au niveau des types créés par Molière dans ses grandes comédies.

Appréciation : 2/5
**
Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

dimanche 15 février 2015

L'épouse n°13 (al-Zaawgah raqam talata'ch, 1962)


الزوجة 13 
إخراج : فطين عبد الوهاب



L'épouse n°13  a été réalisé par Fateen Abdel Wahab en 1962. 
Distribution : Rushdy Abaza (Mourad), Shadia (Aïda), Abdel Moneim Ibrahim (Ibrahim, l’ami de Mourad), Shwikar (Karima, l’ancienne fiancée de Mourad), Hassan Fayek (le père d’Aïda), Shihab Nassim (Kamal), Zeinat Olwi (Nani), Wedad Hamdy, Zeinab Sedky (la mère de Mourad), Mahmoud Lotfi (Abdel Ghafour), Helen (Sonia), Ahmed Amer (le directeur de l’hôtel)
Scénario et dialogues : Abou Al Seoud Al Ebiary et Ali El-Zorkani
Inspiré des Mille et Une Nuits (la relation entre les deux personnages principaux est calquée sur celle unissant le sultan Shahryar et Shéhérazade)
Musique : Fouad El Zahry
Production : Gamal El Leithy Films

Rushdy Abaza

Zeinat Olwi

Shwikar

Hassan Fayek

Shadia





Shadia et Rushdy Abaza


Résumé

Mourad est un homme d’affaires qui dirige une usine de textile. C’est aussi un véritable Dom Juan. A Alexandrie, il rencontre Aïda, fille d’un ancien ministre. Il entreprend de la séduire mais celle-ci résiste à ses assauts répétés. Il décide alors de s’attirer les bonnes grâces du père : il l’aide à régler de petites dettes, l’invite au restaurant et lui demande la main de sa fille. Mourad a bien l’intention de divorcer aussitôt qu’il aura  obtenu les faveurs de la belle. Aïda ne pouvant lutter contre la coalition formée par son père et son amoureux, finit par accepter le mariage. A peine mariée, elle a la visite de Karima, une ancienne épouse de Mourad qui lui apprend qu’elle est la treizième  jeune femme à convoler avec  celui-ci.  Les deux nouvelles amies élaborent alors un plan pour se venger de l’infidèle. Soir après soir, Aïda invente mille tours pour échapper aux étreintes de son conjoint.  Mourad n’en dort plus et sa fébrilité grandit. Mais le pire pour lui est à venir : alors qu’il passe la soirée « en amoureux » avec Aïda, il voit apparaître un grand nombre de ses ex qu’il tente au début de faire passer pour ses sœurs. Il ne sait pas que tout est organisé par sa femme et Karima. Très mal à l’aise, Mourad vide verre sur verre. Toutes ces femmes le contraignent à danser pour elles. Il doit même se ceindre du foulard traditionnel : le macho est devenu une danseuse orientale ! Les jours qui suivent, Mourad est au bord de l’explosion. Aïda s’obstine à se refuser à lui bien qu’il ait fait le serment de rompre avec son détestable passé. Désespéré, l’époux qui s'est découvert amoureux de sa femme mais qui est condamné à la chasteté éternelle,  décide de mettre fin à ses jours. Il se rend à Alexandrie, s'arrête sur une plage puis se jette dans la mer.  Evidemment ses amis veillent et Aïda  parvient à le rejoindre. Tout se terminera dans une chambre d’hôtel.


Critique

Une comédie bien troussée avec deux monstres sacrés du cinéma égyptien de l’époque : Rushdy Abaza et Shadia. Certes, on y retrouve toutes les conventions du genre  avec ses lieux de prédilection : la plage et ses bikinis, le restaurant et sa danseuse du ventre, la grande maison bourgeoise et ses domestiques. Mais l’intérêt de ce film est ailleurs. Fateen Abdel Wahab met au cœur de son dispositif ce qui d’ordinaire est évoqué de manière plus implicite : le sexe. Et le sexe, il n’est question que de cela dans la Treizième Epouse. Comment l’obtenir pour l’un comme s’y dérober pour l’autre. Le héros en est privé et il en meurt ou presque. Ce qui surprend encore, c’est le point de vue féministe qu’adopte le réalisateur. Le mâle égyptien ne sort pas grandi de cette comédie : le mari est tourmenté par le désir et  sacrifie tout à sa satisfaction, le père, homme médiocre ne  voit dans son futur gendre que la résolution de ses problèmes financiers et s’impatiente devant les réticences de sa fille. Et puis on a cette scène incroyable dans laquelle Rushdy Abaza doit danser comme une danseuse orientale devant toutes ses anciennes épouses. Au dénouement, renversement ultime : c’est la femme qui sauve son mari de la noyade.
Bref, un Fateen Abdel Wahab d’un bon cru.  Le maître de la comédie égyptienne démontre encore une fois son habileté  à introduire dans un cadre stéréotypé des situations qui l’air de rien mettent à mal les valeurs traditionnelles.
Un bémol tout de même : nous retrouvons dans la Treizième Epouse Abdel Moneim Ibrahim dans son rôle  d’éternel confident du héros. Le problème, c’est que son personnage est totalement inutile et qu’il semble lui-même s’en apercevoir. Il assure le service minimum sans aucune conviction.

Appréciation : 4/5
****
Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

jeudi 5 février 2015

Le Fiancé de Maman (Khatib Mama, 1970)

خطيب ماما
إخراج : فطين عبد الوهاب



Le Fiancé de Maman a été réalisé par Fateen Abdel Wahab en 1970 *.
Distribution : Madiha Yousri, Nabila Ebeid, Ahmed Mazhar, Hassan Fayek,  Abdel Moneim Ibrahim, Zeinat Olwi
Scénario : El Sayed Bedeir

Hassan Fayek

Madiha Yousri

Zeinat Olwi

Abdel Moneim Ibrahim et Ahmed Mazhar

Madiha Yousri et Nabila Ebeid
 
Madiha Yousri et Hassan Fayek

Abdel Moneim Ibrahim et Ahmed Mazhar


Nabila Ebeid


Scénario

Machira est une jeune fille sans histoire qui vit avec sa mère et son grand-père dans une grande maison bourgeoise. Elle rêve de devenir hôtesse de l’air. Un jour son amie Mona lui rend visite. Elle est désespérée. Elle lui montre la lettre qu’elle vient de recevoir. Elle a été écrite par son fiancé. Celui-ci lui annonce qu’il l’abandonne. Mona est déshonorée et ne sait plus quoi faire. Elle quitte Machira en lui laissant la maudite lettre. Machira la glisse dans son sac. Peu après, la jeune fille se rend à Marsa Matrouh pour quelques jours de vacances. Alors qu’elle est sur la plage, la lettre de son amie qu’elle avait sortie de son sac s’envole et tombe entre les mains de deux amis Talat et Fahrat. Tous les deux sont persuadés que la destinatrice de la lettre est Machira et qu’elle projette sans doute d’attenter à ses jours. Pour la protéger, Talat et Fahrat la suivent et entrent en relation avec elle. Cette dernière mise en confiance leur raconte sa vie. C’est ainsi que les deux amis peuvent téléphoner au grand-père de Machira pour l’informer de la situation délicate dans laquelle se trouverait sa petite-fille. Au fil des jours, celle-ci tombe amoureuse de Talat qui ne fait rien pour la décourager. Il pense ainsi détourner la jeune femme de ses projets funestes. De retour au Caire, Talat fait la connaissance de la mère de Machira. C’est le coup de foudre. Après bien des explications, tout finit bien : Mona rétablit la vérité à propos de la fameuse lettre, Machira entre à l’école d’hôtesses de l’air tandis que Talat et la maman projettent de se marier.

Critique

C’et l’un des  derniers films de Fateen Abdel Wahab. Il meurt en 1972  à Beyrouth après une carrière cinématographique bien remplie : 23 ans d’activité et plus de 60 films. Il devint célèbre grâce à sa collaboration avec Ismaël Yassine  (qui meurt lui aussi en 1972) dont il réalisa  la plupart des films dans les années cinquante.  Fateen Abdel Wahab est donc le spécialiste de la comédie populaire.
Le Fiancé de Maman est un film raté bâti sur un scénario inepte. Le vieux réalisateur devait être bien fatigué car il a réussi cet exploit de tourner toute une comédie sans une seule  action. Toutes les scènes sont construites sur le même procédé : deux, trois, quatre personnages  s’assoient et parlent, parlent et parlent encore. Quand un personnage se retrouve seul, il est forcément en conversation téléphonique. Certes, dans le rôle du grand-père, Hassan Fayek s’agite en tous sens et fulmine en permanence  mais cette surexcitation  est impuissante à masquer la dramatique absence d’action dont souffre le film. Alors on est tout content quand les personnages pêchent à la ligne, jouent aux cartes ou au ballon. Une mention spéciale au coiffeur du film : pour les deux actrices principales, il a réalisé des coiffures  d’une laideur exceptionnelle, des espèces de casques antiques qui ne tolèrent pas la plus petite mèche rebelle, pas la moindre bouclette espiègle. Bravo l’artiste !  

* Selon certaines sources, ce film daterait de 1965. 

 Appréciation : 2/5
**

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

dimanche 13 octobre 2013

Danse : Zeinat Olwi, 1955

زينات علوي


Zeinat Olwi a 25 ans. Elle danse dans le film d'Henry Barakat Des Jours et des Nuits (1955). Le rôle principal est tenu par le chanteur Abdel Halim Hafez et la musique est composée par Mohamed Abdel Wahab.
Zeinat Olwi a commencé très jeune sa carrière de danseuse. Comme Samia Gamal et Taheya Carioca, elle a été repérée par Badia Masabni qui en fait l'une des vedettes de son club. Elle apparaît pour la première fois au cinéma en 1951 dans un film de Habbas Kamel, Shebbak Habibi (My Beloved's Window). Elle arrête sa carrière en 1970 et meurt en 1988.

dimanche 21 juillet 2013

Le Grand Frère (Al akh al kabir - 1958)

الأخ الكبير
إخراج : فطين عبدالوهاب



Le Grand Frère a été réalisé par Fateen Abdel Wahab en 1958.

Distribution : Hind Rostom (Rouhya, la maîtresse d’Awad), Farid Shawki (Awad), Ahmed Ramzy (Ahmed, le jeune frère d’Awad), Farida Fahmy (Dawlat, la cousine d’Awad et d’Ahmed), Ferdoos Mohamed (la mère d’Awad et d’Ahmed), Said Abu Bakr (Handalab), Mohamed Tawfiq (le toxicomane), Reyad El Kasabgy (Gagal), Mahmoud El Sabbaa (Buhgal), Mahmoud Azmy (l’officier de police), Salah Abdel Hamid (le chanteur), Zeinat Olwi (une danseuse), Fifi Salama (une danseuse), El-Toukhy Tawfiq (Sibou), Abbas Rahmy (le chef du service antidrogue), Mohamed Reda (Farghaly)
Scénario : Ali El-Zorkani
Musique : Salah Abdel Hamid, Hasseb Ghoubashy, Mohamed Hassan Al Shugai
Production : les films Mohamed Afifi

Ferdoos Mohamed, Farid Shawki, Farida Fahmy
  

Résumé

Awad (Farid Shawki) mène une double vie. En apparence, c’est un homme exemplaire qui travaille dur pour faire vivre sa petite famille. Grâce à lui, les siens mènent une existence heureuse, paisible et l’unique bonheur d’Awad, c’est de retrouver chaque jour ceux qu’il aime : sa mère (Ferdoos Mohammed), sa fiancée (Farida Fahmi) et son jeune frère, étudiant en droit (Ahmed Ramzi).
En réalité, Awad est le chef d’un gang spécialisé dans le trafic de drogue. Il passe toutes ses nuits dans les bars afin de superviser ses activités criminelles. Il a une maîtresse (Hind Rostom), une danseuse à qui il a promis le mariage. Quand celle-ci le somme d’honorer sa promesse, il accepte puis refuse. Elle comprend alors qu’il est déjà engagé et qu’il n’a jamais eu l’intention de l’épouser (Faire entrer dans la famille une danseuse ? Impensable !)
Elle décide de se venger : grâce à un complice, elle apprend que le jeune frère de son amant se rend régulièrement chez un ami pour réviser. Celui-ci réside dans un bel immeuble du centre ville. Elle loue l’appartement du dessous et un jour parvient à y attirer Ahmed.  Elle le séduit et l’initie aux plaisirs de la drogue. Très vite, le jeune étudiant devient toxicomane. Il délaisse ses études et adopte un comportement étrange.
Alerté par sa mère et sa fiancée, Awad mène son enquête et découvre  la vérité. Il cache alors une valise pleine de drogue dans l’armoire de sa maîtresse et téléphone à la police. Tout le gang sera arrêté. Awad ira lui aussi en prison mais on comprend qu’après avoir purgé sa peine, il ne quittera plus jamais le droit chemin de la vertu.


Critique

Fateen Abdel Wahab s’éloigne rarement des rivages ensoleillés de la comédie. Le Grand Frère constitue l’une de ses très rares incursions dans le drame et on pourrait se demander s’il ne s’est pas quelque peu fourvoyé. On est un peu gêné par la tonalité édifiante de son dénouement et son réquisitoire contre les méfaits de la drogue nous semble un peu convenu.
Néanmoins, le film n’est pas sans qualités. Fateen Abdel Wahab est un grand directeur d’acteurs et il le prouve encore une fois ici, aussi bien avec les rôles principaux qu’avec les seconds rôles. Le scénario a été écrit par Ali El-Zorkani, l’un des plus grands scénaristes du cinéma égyptien (sa filmographie est impressionnante !) et c’est sans doute en partie grâce à lui que ce Grand Frère ne verse pas dans le manichéisme moralisateur. Tous les personnages nous sont présentés comme des êtres complexes avec leurs grandeurs mais aussi avec leurs bassesses ou leurs insuffisances, et le récit met l’accent tantôt sur les premiers, tantôt sur les secondes.
Les auteurs n’hésitent pas à déstabiliser le spectateur en soulignant le caractère hautement séduisant du mal et l’aspect rebutant du bien. C'est ainsi que nous avons un héros déchiré entre une fiancée honnête mais assommante et une maîtresse dépravée mais fascinante. La maîtresse est jouée par Hind Rostom qui n’a jamais été aussi belle. Quelques mois auparavant, elle tournait dans le chef d’oeuvre de Youssef Chahine, Gare Centrale (Bab Al-Hadid), film dans lequel sa gouaille et sa sensualité affolaient un pauvre vendeur de journaux. Dans ce film de Fateen Abdel Wahab, elle joue de tous ses appas pour séduire les deux frères et les conduire à leur perte.
En revanche, le personnage de la fiancée fait pâle figure à côté de l’ensorcelante Hind Rostom. Une grosse fille un peu molle et aux yeux vides, assise à côté de la mère du héros, toujours statique et quasi muette : elle offre une image bien rébarbative de la vertu. De manière un peu paradoxale, les producteurs ont choisi pour incarner ce personnage insipide Farida Fahmi qui fera une grande carrière de danseuse dans la compagnie de son beau-frère Mahmoud Reda (voir le film Gharam fi Al-Karnak d’Aly Reda). Elle est excellente dans ce rôle qui, avouons-le, n’est guère gratifiant pour une jeune actrice.
Appréciation : 3/5
***
Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin


La Vertu
                 

Le Vice