jeudi 1 octobre 2026

A la télé : les films du jour (Rotana Classic du 1er au 3 octobre)

 روتانا كلاسيك

Quels films peut-on voir sur la chaîne Rotana Classic ? Les horaires donnés sont ceux de l'après-midi ou de la soirée (heure de Paris). La plupart des films sont ensuite rediffusés le lendemain matin.
Rotana Classic a remplacé Rotana Zaman en 2012. Cette chaine fait partie du groupe Rotana basé en Arabie Saoudite et spécialisé dans le divertissement (télévision et musique). Celui-ci a été créé par le prince Al-Walid ben Talal ben Abdelaziz Al Saoud, membre de la dynastie Al Saoud et petit-fils du fondateur de l'Arabie Saoudite. Comme son nom l’indique, Rotana Classic diffuse essentiellement les grands classiques du cinéma égyptien. Disponible en France.


Samedi 3 octobre à 18h

L’Oppresseur et l’Opprimé d'Houssam Al Din Mustafa (Alzaalim wal Mazlum, 1989)

avec Nour El Sherif (Jaber/Morsi, le fils de Jaber), Elham Shahine (Badour), Hassan Hosny (Ibrahim Al Nas, l’ami de Jaber), Gamal Ismail (Al-Qusi Abdul Salam), Youssef Dawood (Salem), Farouk Naguib (Birouqouq), Sarah (le docteur Wafa, la fille de Salem), Ahmed Abdel Hady (le docteur Nazia), Youssef Fawzy (le chef de la police), Kamal El Zeiny (le directeur de la prison), Moheb Kaser (le serviteur d’Al Qusi), Hussein Arar (l’aveugle)
Scénario : Farouk Sabry
Inspiré du Comte de Monté Cristo d’Alexandre Dumas
Musique : Abdel Hamid Toutou
Production : Farouk Sabri
Le film a été tourné en 1989 mais il n’est sorti sur les écrans que dix ans plus tard.


Jaber travaille sur le port d’Alexandrie comme grutier. Il a épousé une jeune fille prénommée Badour et ils ont un fils Morsi. Ils avaient tout pour être heureux. Malheureusement, Badour a croisé le chemin de Salem, un notable de l’Union, Socialiste qui depuis se consume de désir pour elle. Grâce à ses hommes de main, celui-ci parvient à l’enfermer dans une chambre et à la violer. Une fois le forfait commis, Badour parvient à se réfugier sur la terrasse de l’immeuble mais un complice de son violeur la jette dans le vide. Elle meurt sur le coup. Jaber paraît. Il se rue sur les criminels mais il est très vite maîtrisé. La police puis la justice s’en mêlent. C’est la version du notable qui prévaut : Jaber a tué sa femme car il l’avait surprise en compagnie de son amant. Il est condamné à vingt-cinq ans de détention. Quand il est enfin libéré, Jaber n’a qu’une seule idée en tête : se venger.

Notre avis : souvent présenté comme le dernier film d’Houssam El Din Mostafa car sorti en 1999. En réalité, il a été tourné en 1989 et on pourrait s’interroger sur les raisons d’un tel délai entre sa réalisation et sa diffusion. Selon toute apparence, aux yeux des producteurs et des distributeurs, la sortie de cette énième adaptation du Comte de Monte Cristo ne représentait pas une priorité. A cela au moins deux raisons. La première, c’est qu’en cette même année 1989, Nour El Sherif est à l’affiche, d’une autre adaptation du roman d’Alexandre Dumas, « Le Peloton d’Exécution » (katibat al iedam) d’Atef El Tayeb. La seconde, c’est que ce film d’Houssam Al Din Mostafa ne brille ni par son originalité ni par son style. Certaines invraisemblances trahissent le manque de rigueur de la réalisation (notamment dans cette scène où le héros chloroforme la conductrice d’une voiture dans laquelle il a pris place : non seulement la jeune femme ne se débat pas mais, malgré son inconscience, elle parvient à immobiliser, sans le moindre cahot, son véhicule sur le bas-côté de la route !). Pour ne rien arranger, les scènes de vengeance sont filmées de manière laborieuse avec des effets aussi appuyés que prévisibles. Des critiques ont certes loué la prestation de Nour El Sherif jouant à la fois l’ancien prisonnier devenu tueur et le jeune policier qui le poursuit et qui n’est autre que son fils. Mais pas sûr que cette "performance" suffise à compenser la platitude de ce thriller qui a très mal vieilli.


Vendredi 2 octobre à 20h30

la Danseuse et le Politicien de Samir Seif (Al-raqissa wa-l-siyasi, 1990)
avec Nabila Ebeid (Sonia Salim), Salah Kabil (Khaled Madkour), Mustafa Metwali (le chef de cabinet de Khaled Madkour devenu ministre), Farouk Falawkas (Shafiq Tarar, l’homme d’affaires de Sonia), Roshdy El Mahdy (Abdel Barr, haut-fonctionnaire), Mustafa Hashish, le policier), Mohamed El Tagy (le journaliste), Mustafa Hachem (l’avocat), Ezzat Al Mashad (le responsable du parti)
Scénario : Wahid Hamid
Adapté d’un roman d'Ihsan Abdul Quddus
Musique : Mohamed Sultan, Farouk Salamah, Khaled El Amir
Production : Screen 2000
appréciation : 2/5


Sonia Salim est une célèbre danseuse. Un jour elle voit à la télévision un ministre qui lui rappelle une ancienne relation. En effet c’est Abdel Hamid Rafat qu’elle a connu il y a une dizaine d’années. Il était venu la voir dans le cabaret où elle travaillait. Il lui avait demandé de danser pour un homme politique important lors d’une soirée privée. Elle serait très bien payée. Elle avait accepté. Après sa prestation, il l’avait raccompagnée à son domicile et ils avaient passé la nuit ensemble. Elle ne reçut jamais la somme promise et puis elle avait fini par oublier totalement cet amant d’un soir. Le revoir soudain à la télévision dans les habits de ministre l’a totalement bouleversée. Sonia veut reprendre contact avec lui. Grâce à son assistant, elle obtient ses coordonnées. Abdel accepte un rendez-vous. Ils couchent à nouveau ensemble. Mais Abdel comprend que cette liaison peut lui porter préjudice. Les élections approchent et un scandale aurait de fâcheuses conséquences pour lui et son parti. Il décide de rompre définitivement. Il donne des consignes très strictes à son équipe pour que tous les appels de Sonia soient impitoyablement rejetés.

Notre avis : « la Danseuse et le Politicien » se présente comme un film engagé plein de bonnes intentions : on suit le combat d’une femme courageuse qui ose s’en prendre à un ministre pour réaliser un projet cher à son cœur, la construction d’un orphelinat.
Le film dénonce les préjugés qui ont toujours cours à l’encontre des danseuses ravalées au rang de prostituées. Les hommes de pouvoir les emploient volontiers pour agrémenter une manifestation officielle tout en leur vouant un mépris absolu.
On peut saluer la performance de Nabila Ebeid, qui à quarante-cinq ans passés, exécute plusieurs danses et joue dans des scènes d’amour assez osées. Elle qui fut l’une des actrices les plus populaires du cinéma égyptien tient à dire à son public qu’elle est toujours à la hauteur de sa réputation et qu’on aurait tort de la considérer comme une has been. Soit.
Mais ce qui nous gêne le plus dans ce film, c’est son caractère hypocrite car au final, les auteurs partagent les préjugés qu’ils prétendent dénoncer : la danse reste un art immoral, et pour se racheter, Sonia emploie toute sa fortune mal acquise pour le bonheur des enfants abandonnés. La morale est claire : le salut passe forcément par l’abandon du métier de danseuse.


Jeudi 1er octobre à 16h

Mademoiselle Hanafi de Fateen Abdel Wahab (Anissa Hanafi, 1954)
avec Ismail Yassin (Hanafi), Magda (Nawam), Soliman Naguib (Hassouna Bey), Zinat Sedki (la belle-mère d’Hanafi), Abd El Fatah El Kosary (le père d’Hanafi), Omar El-Hariri (Hassan), Reyad El Kasabgy (Al Wady, le boucher), Wedad Hamdy (Zakia, l’ex-femme d’Al Wady), Gamalat Zayed (Oum Al Saïd), Abdel Ghani El Nagdi (le policier), Mohamed Shawky (le marié), Shafik Galal (le chanteur), Nemat Mokhtar (une danseuse), les deux danseuses Liz et Lynn, Thurya Salem (une danseuse), Hassan Abou Zeid (le mathoun)
Scénario : Galil El Bendary
Musique : Ibrahim Haggag, Mohamed El Kahlawy, Kamal Ahmed Ali
Production : Galil El Bendary


Hanafi est un jeune garçon très conservateur. Il vit avec son père, un patron boucher, sa belle-mère et la fille de celle-ci, Nawam. Hanafi exerce sur ces deux femmes une autorité sans faille, leur interdisant de sortir et même de regarder par les fenêtres. Nawam aime un jeune homme qui réside sur le toit de leur immeuble. Il s’appelle Hassan et est étudiant à l’école vétérinaire. Le père d'Hanafi l'a chargé de s'occuper des nombreux pigeons voyageurs qu'il possède. Nawam rejoint souvent Hassan sur la terrasse et ils n’imaginent pas l’avenir l’un sans l’autre. Malheureusement, selon les volontés de son beau-père et de sa mère, Nawam doit épouser Hanafi. Ce dernier ne souhaite pas non plus ce mariage mais lui aussi est obligé de se plier à la décision paternelle. Le jour des noces, le jeune marié est pris de violents maux de ventre. Il est hospitalisé et subit une intervention chirurgicale. Le médecin qui l’a opéré a commis une erreur : il l’a transformé en femme. Hanafi est devenu Fifi…

Notre avis : un monument de la comédie égyptienne. Avec ce film, Ismaïl Yassin devient le roi du rire dans le monde arabe et il le restera pendant de longues années. Le tour de force de Faten Abdel Wahab consiste à aborder dans une comédie familiale une réflexion sur le genre qui impressionne par sa modernité et son audace. Progressiste dans l’âme, le réalisateur nous offre une satire sans concession des défenseurs de la tradition et de la vertu. « Mademoiselle Hanafi » connut un triomphe bien mérité à sa sortie et depuis les chaines de télévision continuent à le diffuser très régulièrement. En revanche, qu’il ne soit même pas mentionné dans bon nombre d’Histoires du cinéma égyptien rédigées par des « spécialistes » nous semble profondément injuste.


mercredi 30 septembre 2026

Danse : Farida Fahmy, 1958

فريدة فهمي




Farida Fahmy danse et joue dans le film de Youssef Chahine Djamila. Elle a dix-huit ans et elle incarne Simone une danseuse grecque qui aide les militants luttant contre l'occupation française en Algérie. La scène où elle danse dans un cabaret devant le colonel Bigeard (interprété par Rushdy Abaza) et ses hommes constitue l'un des sommets de cet hymne exalté aux combattantes du F.L.N.

En 1958, Farida Fahmy tourne dans cinq films alors que sa filmographie n'en compte que dix ! Une carrière cinématographique très brève car elle s'est consacrée surtout à la danse, notamment au sein de la célèbre troupe Reda qu'elle co-fonda en 1959 avec Ali et Mahmoud Reda. Ce dernier deviendra son beau-frère en épousant sa soeur Khadija.

mercredi 16 septembre 2026

A la télé : les films du jour (Rotana Classic du 16 au 30 septembre)

روتانا كلاسيك

Quels films peut-on voir sur la chaîne Rotana Classic ? Les horaires donnés sont ceux de l'après-midi ou de la soirée (heure de Paris). La plupart des films sont ensuite rediffusés le lendemain matin.
Rotana Classic a remplacé Rotana Zaman en 2012. Cette chaine fait partie du groupe Rotana basé en Arabie Saoudite et spécialisé dans le divertissement (télévision et musique). Celui-ci a été créé par le prince Al-Walid ben Talal ben Abdelaziz Al Saoud, membre de la dynastie Al Saoud et petit-fils du fondateur de l'Arabie Saoudite. Comme son nom l’indique, Rotana Classic diffuse essentiellement les grands classiques du cinéma égyptien. Disponible en France.


Mercredi 30 septembre à 16h

Plus fort que l’amour d'Ezzel Dine Zulficar (Aqwa Men Al Hob, 1953)
avec Shadia (Samira)), Imad Hamdi (Magdi), Madiha Yousri (Amina), Zinat Sedki (Zinat, l’amie de Samira), Hassan El Baroudy (Awani, directeur de la galerie), Mohamed Shawky (passager du train), Mimi Gamal (Aïcha, la petite fille), Thuraya Fakhry (Zakia Al Dada), Abdel Monahem Saoudi (le notaire) Abdel Hamid Badawy (Souleiman, le portier)
Scénario : Mohamed Kamal Hassan Al Mohamy
Musique : Abdel Halim Nowira
Production : Films de Gamal Al-Laithi


Drame. Magdi, un officier de police, a perdu son bras gauche à la suite d’un accident. Il est licencié et se retrouve sans emploi. Amina, sa femme, est médecin à l’hôpital. Désormais, c’est à elle seule d’assurer l’entretien du foyer et répondre aux besoins de leurs trois enfants. Ces derniers ne manquent de rien sur le plan matériel, en revanche ils souffrent du peu de disponibilité de leur mère, totalement accaparée par ses activités professionnelles. Pour occuper ses journées, Magdi se consacre à la peinture. Un jour, dans le train qui le ramène d’Alexandrie, il rencontre Samira. Profitant du sommeil de la jeune femme, il fait son portrait. A son réveil, il lui montre son travail. Samira est impressionnée par la qualité du dessin. Elle travaille comme secrétaire pour un directeur de galerie d’art et elle veut aider Magdi à se faire connaître. Elle organise peu après une rencontre entre le peintre encore amateur et son patron…

Notre avis : un drame réalisé dans un style très académique par un spécialiste du genre. On y retrouve tous les éléments dont étaient friands les spectateurs de l’époque. Chaque scène, chaque péripétie a un seul but : émouvoir. Tout est conçu pour que l’on partage les tourments du héros et les émois de la jeune femme dont il est tombé amoureux. Le spectateur d’aujourd’hui trouvera tout de même que les auteurs « chargent la barque » de manière excessive, notamment dans le dénouement avec le recours à un procédé un peu facile. Dans les rôles principaux, il y a la jeune première promise à un bel avenir, Shadia, mais aussi deux acteurs qui figurent dans bon nombre de mélodrames des années cinquante, Imad Hamdi et Madiha Yousri. En cette même année 1953, Ezzel Dine Zulicar leur avait déjà confié les rôles principaux dans un drame très sombre intitulé « Wafaa ». Imad Hamdi y jouait aussi un homme victime d’un accident qui aura des conséquences fâcheuses sur son couple. C’est fou comme dans ces années-là, l’acteur au physique de gendre idéal enflamme l’imagination sadique des réalisateurs et des scénaristes : de film en film, on le retrouve malade, blessé, handicapé, agonisant, amnésique, humilié, abandonné ! Rien ne lui aura été épargné !


Mardi 29 septembre à 18h

Jeunesse Très Folle de Niazi Mostafa (Shabab magnoun geddan, 1967)
avec Soad Hosny (Madiha), Mimi Chakib (la femme de Youssef), Samir Sabri (Esmat), Samir Ghanem (Rahfat), George Sedhom (Ishmat), Ahmed El Deif (Afat) , Ahmed Ramzy (Medhat, le fils de Youssef), Hoda Farid (Mona, la fille de Youssef), Ibrahim Zada (le maître d’hôtel de Youssef), Amin El Heneidy (Youssef, le propriétaire du casino)
Scénario : Abdel Hay Adib et Abou Al Seoud Al Ebiary
Musique : Hussein El Sayed et André Ryder
Production : Ramses Naguib


Comédie musicale avec les Trois Lumières du Théâtre.
Le groupe de musique pop « Les Fous » est composé de trois frères et de l’un de leurs amis, Esmat. Ils viennent de décrocher un contrat au casino de la plage de Mamoura à Alexandrie mais avant de partir, Esmat veut obtenir la main de Madiha, la sœur de ses trois partenaires. Ce n’est qu’à cette condition qu’il acceptera de poursuivre son activité au sein du groupe. Malheureusement pour lui, Madiha est une étudiante en art dramatique qui ne se laisse pas dicter sa conduite. Elle refuse catégoriquement ce mariage, Esmat restera donc au Caire. Pour honorer leur contrat, les trois frères et leur sœur ont une idée : c’est Madiha elle-même qui remplacera Esmat. Elle se déguisera en garçon et grâce à son talent de comédienne, tout le monde n’y verra que du feu. Dès leurs premiers concerts, le groupe rencontre un vif succès auprès des jeunes estivants et Madiha jongle sans peine avec ses deux identités. Tantôt elle est la sœur de ses trois frères, tantôt, elle se travestit en homme pour devenir Esmat, le guitariste des Fous. La jeune femme est néanmoins confrontée à des situations un peu délicates : Medhat, le fils du propriétaire du casino est tombé amoureux de Madiha tandis que Mona, sa soeur, éprouve une véritable passion pour Esmat…

Mon avis : une comédie « yéyé » avec des jeunes qui dansent sur la plage et une poignée de comiques qui chantent avec entrain (les images accompagnant le générique annoncent la couleur !). Ironie mise à part, « Jeunesse Très Folle » est un bon divertissement. Soad Hosny montre toutes les facettes de son talent dans le registre comique avec un personnage qui se déguise sans cesse et endosse les rôles les plus divers*. Certes, elle est entourée des Trois Lumières du Théâtre dont nous n’avons jamais goûté les prestations, mais cette fois-ci, le trio nous a semblé plus supportable qu’à l’ordinaire. L’un des rôles principaux est tenu par Amin El Heneidy qui à cette époque fait partie du petit nombre de prétendants à la succession d’Ismaïl Yassin comme roi de la comédie (son concurrent le plus sérieux est Fouad El Mohandes.). Dans ce film on le retrouve fidèle à lui-même, tout en grimaces et vocalises burlesques, mais on sent que le réalisateur a cherché à le tempérer.
A noter que « Jeunesse très Folle » sort en septembre 67, trois mois après la guerre des six jours qui s’est conclue par une lourde défaite de l’Egypte.

*Soad Hosny est aussi à l’aise dans les comédies légères comme celle-ci que dans les drames ou les chroniques sociales. En même temps que ce film de Niazi Mustafa, sort sur les écrans égyptiens « La Seconde Epouse » de Salah Abou Seif, un grand classique du cinéma dans lequel elle joue une paysanne, épouse et mère de famille, que l’on marie de force à un notable du village.


Lundi 28 septembre à 20h30

Ismaïl Yassin dans l'aviation de Fateen Abdel Wahab (Ismaïl Yassine fil tayyaran, 1959)

avec Ismaïl Yassin (Ismaïl/Hussein), Amal Farid (Nawal), Nagwa Fouad (Soheir, la danseuse), Youssef Chahine (le réalisateur), Abdel Moneim Ibrahim (Abdel Moneim, un mécanicien chargé de l’entretien des avions au sol), Reyad El Kasabgy (Al-Shawish Attia, un collègue de Hussein), Gamalat Zayed (la femme d’Al Shawish Attia), Mahmoud El Meleigy (son propre rôle), Zaharat Al Oula (son propre rôle), El Sayed Bedeir (son propre rôle), Mohamed Shawky (son propre rôle)Scénario et dialogues : Abou Al Seoud Al Ebiary
Production : Ramses Naguib


Comédie. Ismaël et Hussein sont frères jumeaux et vivent ensemble. Ismaël travaille dans le cinéma comme doublure. C’est un métier difficile. En ce moment, il travaille pour Youssef Chahine qui lui fait tourner à plusieurs reprises une scène dans laquelle il doit tomber du haut d’un escalier. Heureusement, Soheir, une danseuse qui a aussi été embauchée pour le film, s’est prise de sympathie pour lui et ils passent beaucoup de temps ensemble. Ismaël aimerait bien la demander en mariage mais elle lui a avoué qu’elle rêve d’épouser un pilote d’avion. Justement, Hussein, le frère d’Ismaël, travaille dans l’armée de l’air comme mécanicien. Il est fiancé à Nawal, une jeune fille d’Alexandrie. Il a demandé à son administration une semaine de congé pour se rendre dans la station balnéaire afin de s’y marier avec l’élue de son cœur. Ismaël profite de l’absence de son frère pour revêtir son uniforme et se présente ainsi accoutré devant Soheir. Il dit être le frère d’Ismaël et prétend être pilote d’avion. La jeune femme est aussitôt conquise et accepte de l’épouser…

Notre avis : après « Ismaïl Yassin à l’armée » (1955), « Ismaïl Yassin dans la police » (1956), « Ismaïl Yassin dans la marine » (1957), « Ismaïl Yassin dans la police militaire » (1958), voici « Ismaïl Yassin dans l’aviation » ! A chaque fois l’objectif est double : divertir le public tout en faisant vibrer sa corde patriotique. Grâce au savoir-faire du réalisateur et de son scénariste, ce cinquième volet est à la hauteur de ses prédécesseurs, avec une tonalité un peu moins martiale cependant : la crise du canal de Suez s’éloigne et la guerre des six jours est encore loin.. « Ismaïl Yassin dans l’aviation » se présente comme une bonne comédie familiale avec en prime la participation exceptionnelle de Youssef Chahine dans son propre rôle (On raconte que lors du tournage, il se serait disputé avec la vedette du film, Ismaïl Yassin, pour une histoire de cigarette.)


Dimanche 27 septembre à 16h

La Maison des Escrocs d'Hassan Helmy (beit el nattash, 1952)
avec Shadia (Malabesa), Ismail Yassin (Sukar, le cousin de Malabesa), Mohammad Kamal El Masry (Ghandour), Zinat Sedki (Madame Nafusa, la mère de Malabesa), Abd El Fatah El Kosary (Monsieur Saadoun), Zouzou Mohamed (la danseuse Souad), Abdel Salam Al Nabulsi (Mahboub Ghandour), Elias Moadab (Limoun), Othman Abaza (Khalil), Abbas Al Balidi (le chanteur), Mohsen Hassanein (Nadal)
Scénario : Nagdy Hafez, Ali Kamel Fahmy, Mohamed Metwally
Musique : Izzat El Gahely, Mohamed Elshref, Abbas Al Blaidi, Ahmed Sabra
Paroles des chansons : Fathy Koura


Ghandour est un escroc qui a tenté de duper Madame Nafusa dans l’achat d’une maison. Avant qu’elle ne s’aperçoive qu’elle a signé un faux contrat, il lui propose le mariage. Mais Madame Nafusa refuse d’envisager une nouvelle union tant que sa fille Malabesa est célibataire. Qu’à cela ne tienne, Ghandour a un fils, Mahboub, qui fera un excellent époux pour la jeune femme. Ce Mahboub est le portrait craché de son père, menteur et malhonnête comme lui. C’est alors que reparaît Sukar, le cousin de Malabesa. Le jeune homme vivait au Soudan où il a fait fortune comme commerçant. Très vite, les deux cousins vont se plaire mais Ghandour ne s’avoue pas vaincu : son fils épousera Malabesa…

Notre avis : l’avant dernier film d’Hassan Helmy dont la carrière cinématographique s’étendra sur à peine dix ans. Le film réunit des grands noms de la comédie de l’époque comme Ismaïl Yassin, Abdel Salam El Nabolsi ou bien Zinat Sedky. Shadia y tient le rôle principal féminin. Elle n’a que vingt et un ans et c’est déjà une star que tous les producteurs et cinéastes s’arrachent. En 1952, année de la sortie de « La Maison des Escrocs », elle est à l’affiche de douze autres films ! Malgré sa distribution « haut de gamme » , cette comédie ne décolle jamais. La mise ne scène est balourde, aucun sens de l’action, aucune invention, aucun gag. C’est étrange de vouloir réaliser une comédie quand on est manifestement si peu doué pour le comique. Les premières scènes sont particulièrement laborieuses. On va d’entretien en entretien entre personnages qui, assis autour d’une table, enchaînent les répliques avec la régularité et l’expressivité d’un métronome. Sans doute est-ce dû à une situation de départ inutilement complexe que le réalisateur a toutes les peines du monde à rendre intelligible. Bref, on s’ennuie et les acteurs aussi.


Samedi 26 septembre à 18h

Al Batiniyah d'Houssam Al Din Mustafa (1980)
avec Nadia El Gendy (Warda), Farid Shawki (Al Akkaad), Mahmoud Yassine (Borai, le bras droit d’Al Akkaad), Farouk El Feshawi (Fathy, le fils d’Al Akkaad), Ahmed Zaki (Sefrot, le policier infiltré), Amr Sahem (le fils de Fathy et de Warda), Abd-El Hamid Al-Monir (Madbouli), Imad Hamdi (le roi de la drogue), Salwa Mahmoud (la femme de Borai), Medhat Ghaly (l’officier de police)
D’après un roman d’Ismail Waly El Din
Scénario : Mostafa Moharam et Sherif Al Menbawi
Musique : Gamal Salamah et Nagib Al Selhdar


Warda est propriétaire d’un café dans le quartier Al Batiniyah, haut lieu du trafic de drogue. Elle entretient une relation amoureuse ave Fathy et elle est enceinte. Malheureusement le père du jeune homme, Al Akkaad, est l’un des trafiquants les plus puissants du quartier et il ne veut pas de Warda comme belle-fille. Fathy doit se soumettre à la volonté paternelle. Alors qu’il épouse la fille d’un autre grand seigneur du marché de la drogue, Warda donne naissance à leur enfant. Le bébé est aussitôt kidnappé par le gang d’Al Akkaad. Ce dernier fera croire à la jeune mère qu’il est mort. En réalité, il l’a confié à l’un de ses hommes pour qu’il soit élevé par la femme de celui-ci…

Notre avis : ce thriller connut un succès considérable lors de sa sortie et fit de son actrice principale une star. Le président Anouar El Sadate lui-même apprécia beaucoupe le film qu'il avait demandé à voir avant sa sortie en salle. Nadia El Gendy y incarne une femme forte qui joue à jeu égal avec les hommes. On notera la similitude avec les personnages joués par Taheya Carioca dans les années cinquante (« La Matrone » d’Hassan Reda). Au risque d’indigner les admirateurs de Nadia El Gendy, nous estimons que celle-ci n’a pas le talent de son aînée et que son jeu manque souvent de nuance. Cela dit, ce premier film conquit le public, ce qui incita l’actrice et le réalisateur à exploiter à plusieurs reprises la même recette. En 2009, « Al Batiniyah » devient une série réalisée par Mohamed Al Naqli, au grand mécontentement de Nadia El Gendy. Le rôle de Warda est repris par la sulfureuse Ghada Abdel Razek.


Vendredi 25 septembre à 20h30

Le Secret du Bonnet Invisible de Niazi Mostafa (Ser Taqya el Ekhfa, 1959)
avec Tawfik El Deken (le bijoutier Amin), Berlanti Abdel Hamid (Lola, la maîtresse d’Amin), Abdel Moneim Ibrahim (Asfour), Mohamed Abdel Qodoos (le père d’Asfour), Ahmed Farahat (le frère d’Asfour), Zahrat Al Oula (Amal), Gamalat Zayed (la mère d’Asfour), Adli Kasseb (Salem, le rédacteur en chef), Samia Roshdi (la mère d’Amal)
Scénario : Abdel Hay Adib et Niazi MostafaDialogues : El Sayed El Bedir
Musique : Mounir Mourad et Fathy Qora
Production : Khalil Diab


Comédie fantastique. Asfour est un reporter naïf et maladroit. Son incompétence notoire exaspère son rédacteur en chef. Il est amoureux d’une collègue, Amal. Malheureusement cette dernière doit épouser Amin, un cousin méchant et sournois, bijoutier de son état.
Asfour vit avec son petit frère Fasih et ses parents. Son père est un excentrique qui se consacre à l’alchimie. Il multiplie les expériences dans l’espoir de fabriquer un jour de l’or.
Amin ne supporte pas qu’Amal fréquente Asfour. Il menace son rival afin qu’il s’éloigne de la jeune femme. Le bijoutier a le soutien de la mère de celle-ci et rien ne pourra empêcher leur mariage. Asfour est désespéré.
Un soir, Fasih est resté seul dans le laboratoire de leur père et il entreprend de jouer au petit chimiste. Il provoque une explosion qui libère d’une jarre un génie. L’enfant s’évanouit puis l’être surnaturel prend feu, ne laissant de son passage qu’une fine poussière qui s’est déposée sur un bonnet appartenant à Asfour.
Peu après, on s’aperçoit que le bonnet a le pouvoir de rendre invisible celui qui le porte. Asfour comprend tout de suite le parti qu’il va pouvoir en tirer. Tout d’abord, tourmenter Amin et empêcher son mariage avec Amal…

Notre avis : le seul film où l’éternel second rôle Abdel Moneim Ibrahim obtient le premier rôle. Même s’il peine à convaincre dans certaines scènes qui auraient exigé de sa part un petit grain de folie supplémentaire, reconnaissons qu’il propose un jeu très personnel, tout en retenue, bien loin de l’outrance de ses petits camarades. « Le Secret du Bonnet Invisible » est une comédie inégale : l’invisibilité du héros est prétexte à une accumulation de gags convenus et de farces pour potaches boutonneux. Heureusement, Berlanti Abdel Hamid, la Sza Sza Gabor égyptienne met du piment dans cette potion « magique » un peu fade. Sa danse du Hula Hoop est l’une des scènes les plus savoureuses du film.


Jeudi 24 septembre à 16h

Moi et mes filles d'Hussein Helmy El Mohandes (Ana wa banati, 1961)
avec Abdel Moneim Ibrahim (Fahmy), Salah Zulficar (Samir), Zahrat Al Oula (Mervat), Nahed Sharif (Maysa), Fathia Chahine (propriétaire de la boutique de mode), Fayza Ahmed (Mahasin), Amal Farid (Mona), Zaki Rostom (Mahmoud Abdel Fatah), Samia Roshdy (la mère d’Hamza), Ali Kamal (Gaber), Ahmed Bali (un ami de Mahmoud), Abdel Ghani El Nagdi (Hamza)
Scénario : Hussein Helmy El Mohandes
Musique : Attya Sharara, Ibrahim Haggag, Mohamed Al Mogi


Drame. Mahmoud Abdel Fatah est veuf et il élève seul ses quatre grandes filles : Mervat, Maysa, Mahasin, Mona. Il leur a donné une excellente éducation mais il n’a pas les moyens de financer leur futur mariage. La situation se complique quand il est mis brutalement à la retraite. Sur les conseils d’une relation, il investit toutes ses économies dans une société qui pourra lui faire gagner beaucoup d’argent. Il voit enfin l’avenir avec un certain optimisme. Las ! En se rendant au siège de la société, il s’aperçoit qu’elle a déménagé sans laisser d’adresse : il a été joué par des escrocs qui ont disparu avec son argent ! Il a un malaise et chute dans l’escalier. Il est hospitalisé. Désormais, ses quatre filles devront affronter seules les difficultés de la vie…

Notre avis : la chronique familiale est dans le cinéma égyptien un genre en soi. Nous retrouvons dans « Moi et mes filles tous les ingrédients qui ont fait le succès de ces productions. Le fil narratif est toujours à peu près le même : une famille nombreuse qui autrefois a connu l’aisance doit affronter des difficultés de toutes sortes, ce qui conduit certains de ses membres à faire des choix malheureux. Comme toujours, Zaki Rostom excelle dans ces rôles de patriarches qui vacillent sous les coups du destin. Mais l’intérêt du film repose essentiellement sur le très attachant quatuor formé par les quatre filles. Les deux plus jeunes actrices, Nahed Sharif et Amal Farid, sont d’une spontanéité et d’une justesses rares (Nahed Sharif était une excellente actrice et il est tout à fait regrettable que les producteurs, les critiques et le public n’aient voulu voir en elle que la petite pin-up sexy pour comédies vulgaires.). En revanche, Fayza Ahmed constitue le « maillon faible » de « Moi et mes filles » : si elle sait chanter, elle ne sait absolument pas jouer la comédie. Ce n’est sans doute pas un hasard si ce film est le denier dans lequel on lui a confié un rôle. Dans les suivants, elle se contentera de chanter.


Mercredi 23 septembre à 16h

Le Soleil de Minuit d'Hussein Helmy El Mohandes (Shams La Tgheeb, 1959)
avec Zubaida Tharwat (Soha), Kamal El Shennawi (Salah, l’ophtalmologue), Hussein Riad (Ahmed, le père de Soha), Youssef Fakhr El Din (Essam), Aida Helal (Kawthar, la fiancée d’Ahmed), Nazim Shaarawy (le directeur de l’institut pour aveugle), Thuraya Fakhry (la nourrice), Mary Ezz El Din (la mère d’Essam), Ahmed Loxer (le premier médecin), Ahmed Farahat (Mohamed, le petit bédouin)
Scénario : Hussein Helmy El Mohandes
Production : Youssef Obaid


Soha est une jeune fille qui mène une existence heureuse auprès de son père et de son petit frère. Depuis la disparition de la mère, une nourrice affectueuse et dévouée veille sur toute la petite famille. Pour parfaire son bonheur, Sohah est amoureuse d’un jeune garçon avec qui elle projette de se marier. Ce sont les vacances et Ahmed, le père, a décidé de séjourner au Fayoum avec ses deux enfants. Il en profite pour leur présenter Kawthar, la jeune femme qu’il compte épouser. A l’hôtel, Soha fait la connaissance de Mohamed, un petit bédouin qui vit dans le désert avec sa famille. Ensemble, ils se promènent dans la nature environnante. Soha s’est prise d’affection pour son petit compagnon et quand celui-ci tombe malade, elle passe ses journées à son chevet pour lui apporter soin et réconfort. Malheureusement, l’état de l’enfant s’aggrave et il meurt subitement. Soha est effondrée. Elle quitte précipitamment la tente de la famille bédouine et se perd dans le désert. Soudain, elle aperçoit au loin son père qui était parti à sa recherche. En voulant le rejoindre, elle chute et sa tête heurte violemment une grosse pierre. Elle perd connaissance. Quand Soha revient à elle, elle est à l’hôpital entourée de son père, de son frère et de son fiancé. Mais elle découvre en même temps qu’elle a perdu la vue. Toute la famille est bouleversée. Quand elle retourne chez elle, son père et sa nourrice lui manifestent toute l’affection dont ils sont capables. Mais elle aimerait avoir aussi auprès d’elle son fiancé Essam. Elle téléphone chez ses parents mais elle comprend qu’il a décidé de rompre…

Notre avis : « Le Soleil de Minuit » est le premier film que réalise Hussein Helmy El Mohandes. Il a déjà 39 ans et une longue carrière de scénariste derrière lui. On dit qu’il fut le découvreur de Zubaïda Tharwat, l‘actrice principale de ce film. Celle-ci apparaît pour la première fois à l’écran en 1956 mais sa carrière débute vraiment en 1957, alors qu’elle a 17 ans. Les quatre films dans lesquels elle joue avant « Le Soleil de Minuit » ont tous été écrits par Hussein Helmy El Mohandes. Ce dernier serait-il passé à la réalisation pour sa petite protégée ? On peut légitimement se poser la question. Ce premier film est un mélodrame lacrymal qui accumule dans sa première partie tous les poncifs du genre. On constatera quelques similitudes avec « Le Petit Ange », écrit aussi par Hussein Helmy El Mohandes et réalisé par Kamal El Sheikh en 1957. Zubaïda Tharwat y joue déjà une jeune adolescente que le destin accable et qui bouleverse son entourage par son courage et sa générosité. Hussein Riad joue exactement le même rôle dans les deux films : dans celui de 1957, il est le grand-papa qui pleure et dans celui de 1959, il est le papa qui pleure (Hussein Riad a toujours eu la larme facile. Pourtant ce n’est pas dans ce registre qu’il est le meilleur, tant s’en faut.*). Si « Le Petit Ange » était d’une insupportable mièvrerie, ce « Soleil de Minuit » nous semble nettement plus réussi, notamment la seconde partie qui narre l’affrontement entre l’ancien fiancé de l’héroïne, violent et sans scrupule et le jeune médecin qui veut tout tenter pour qu’elle recouvre la vue. Ces deux personnages sont joués par deux grands acteurs terriblement doués, Youssef Fakh El Din et Kamal El Shennawi. A noter qu’en cette même année 1959, Kamal El Shennawi et Zubaïda Tharwat triomphent dans l’excellent « Elle vécut pour l’amour » d’El Sayed Bedeir.

* Dans ce style « larmes et reniflements », Hussein Riad se surpasse dans « Rendez-vous avec la vie » d’Ezzel Dine Zulficar (1953). Il y incarne un médecin dont la fille unique est atteinte d’une maladie incurable.


Mardi 22 septembre à 16h

Rencontre au crépuscule de Saad Arafa (Liqa fil ghouroub, 1960)

avec Mariam Fakhr Eddine (Amal), Rushdy Abaza (Sharif), Adli Kasseb (Izzat), Ahmed Sabry (le fils d’Amal)
Scénario : Saad Arafa
Musique et Chansons : André Ryder, Baligh Hamdi, Mamoun Al Shennawi
Production : Films Al Shams


Drame sentimental. Nous sommes en été, à Alexandrie. Amal séjourne dans la station balnéaire avec son fils Mahmoud et son mari Izzat. Elle a tout pour être heureuse : ils vivent dans une villa luxueuse, son mari lui offre tout ce qu’elle désire et son fils est un garçonnet adorable qui la vénère. Pourtant elle n’est pas heureuse car sexuellement insatisfaite et sentimentalement meurtrie. Malgré toutes les qualités d’Izzat, elle ne l’aime pas. Son cœur appartient toujours à Sharif. C’était son premier amour. Ils devaient se marier mais Sharif avait dû s’installer à l’étranger un certain temps pour ses études. Ils s’étaient promis de rester en contact et de s’écrire très régulièrement. Malheureusement, les parents d’Amal avaient intercepté toutes les lettres de Sharif et la jeune femme avait cru que son amoureux l’avait oubliée. C’est ainsi que, sous la pression de ses parents, elle avait accepté d’épouser Izzat, un homme riche plus âgé qu’elle.
Mais un jour, à la plage, elle tombe nez à nez avec Sharif. Celui-ci n’a jamais cessé de l’aimer. Ils se revoient régulièrement et deviennent amants. Mahmoud finit par les surprendre. Le garçon est bouleversé…

Notre avis : c’est le premier film que Saad Arafa tourne en tant que réalisateur et on ne peut pas dire que pour cette entrée dans la carrière, il ait fait preuve d’originalité ou d’audace. Le scénario dont il est aussi l’auteur brode sur des thèmes bien connus et l’intrigue repose sur une idée exploitée dans d’autres films de la même époque : des amoureux sont contraints de se séparer car le garçon doit poursuivre ses études à l’étranger ; pendant son absence, la fille se marie avec un homme riche et affectueux bien qu’elle reste éprise de son premier amour ; évidemment ce dernier reparaît et le drame peut commencer. Rien donc de bien nouveau. Le charme du film réside dans ses images d’Alexandrie à l’aube des années soixante et dans la beauté et l’élégance de Mariam Fakhr Eddine. « Rencontre au Crépuscule » nous offre de très jolies scènes à la plage ou à la fête foraine mais aussi des séquences plus ridicules comme celle où le héros, seul chez lui, relit avec émotion les lettres de sa bien-aimée devant un immense portrait de celle-ci (on peut s’amuser de voir Rushdy Abaza, le Dom Juan du cinéma égyptien incarner, une fois n’est pas coutume, un amoureux romantique* !) ou bien encore quand le héros sauve de la noyade l’héroïne alors qu’elle se baigne dans une mer d’huile.

*A la fin de sa vie, Mariam Fakhr Eddine racontait que Rushdy Abaza était fou amoureux d’elle et qu’il lui faisait une cour assidue. Elle avait toujours repoussé ses avances ce qui le mettait hors de lui.


Lundi 21 septembre à minuit

Histoire d'Amour d'Helmy Halim (Hekayat hub, 1959)
avec Abdel Halim Hafez (Ahmed Sami), Mariam Fakhr Eddine (Nadia), Abdel Salam Al Nabulsi (Refaat, l’ami d’Ahmed Sami), Mahmoud El Meleigy (docteur Abdel Wahab), Ferdoos Mohamed (la mère d’Ahmed Sami), Ahmed Yehia (Samir, le petit frère d’Ahmed Sami), Saïd Khalil (docteur Fahim), Edmond Tuema (garçon de l’hôtel Mina House), Abbas Rahmy (le directeur de la maison de disques), Kamal Anwar (Mamdouh Bey, l’ivrogne de la soirée), Ibrahim Khan (Adel), Fathia Ali (la voisine de la mère d’Ahmed)
Scénario : Ali El-Zorkani et Helmy Halim
Musique : André Ryder, Kamal El Tawil, Mohamed Al Mogi, Mounir Mourad, Morsi Gamil Aziz
Production : Helmy Halim
Première apparition à l’écran de Samir Sabri. On l’aperçoit quelques secondes parmi d’autres figurants quand Abdel Halim Hafez interprète la chanson « Bahlam Bik ».


Ahmed Sami est professeur de musique dans une école primaire d’Alexandrie. Grâce à son salaire, il peut subvenir aux besoins de sa mère aveugle et de son petit frère Samir. Ses moments de loisir, il les consacre à chanter et à composer. Son rêve serait de devenir un chanteur célèbre. La chance semble enfin lui sourire. Son voisin l’a conduit dans une soirée mondaine pour qu’il s’y produise. A peine commence-t-il à chanter qu’il est brusquement interrompu par un ivrogne. Profitant de cet incident, quelqu’un met un disque de jazz. Toute la petite société se lance dans une danse endiablée. Ahmed est humilié. Nadia, une jeune et belle aristocrate vient le consoler en lui prédisant un bel avenir dans la chanson. Les jours qui suivent sont occupés à retrouver cette belle inconnue. Ahmed la revoit sur la plage et ose lui adresser la parole. Ils ont une brève conversation et conviennent de se retrouver le lendemain au même endroit. Ahmed voudrait lui faire écouter une chanson qu’il est en train de composer. Mais le lendemain, plus de trace de Nadia. Elle est repartie subitement pour Le Caire…

Le film s’intitule « Histoire d’Amour ». Ce titre passe-partout, d’une platitude radicale, annonce la couleur : dans ce mélodrame, pas une seule idée originale mais une accumulation de clichés surannés. La chose est étonnante quand on sait que le scénario est signé Ali El Zorkani, un auteur talentueux qui a écrit les scénarios de grands classiques du septième art égyptien. Sans doute le goût prononcé du réalisateur pour la romance a-t-il eu le dernier mot. Bien sûr, Mariam Fakhr Eddine est d’une beauté éblouissante et ce rôle d’aristocrate romantique lui va à merveille. On peut aussi apprécier les très jolies chansons interprétées avec passion par le « Rossignol Brun » : "Pourquoi me Blâmes-tu ?" (bitlumuni leh), "Dans un Jour, dans un moi, dans un an" (fi yawm fi shahr fi sana) , "Ton Amour est le Feu" (hubuk nar), Je Rêve de Toi" (Bahlam Bik). Mais on ne peut que regretter de voir ces deux grands artistes dans une œuvre aussi fade.


Dimanche 20 septembre à 16h

Le Haffir du Quartier de Togo Mizrahi (Kafir el Derk, 1936)
avec Ali Al Kassar (Othman), Zakeya Ibrahim (Oum Ibrahim, la femme d’Othman), Salah Kasin (la patronne d’Othman), Bahiga El Mahdy (la femme de ménage), Lutfya Nazmy (l’une des conquêtes d’Othman), Ahmed El Haddad (Abdo), Ibrahim Hechmat (le gardien de la paix), Hassan Saleh (Azouz), Zouzou Labib (Yasmina, la femme d’Azouz), Taheya Carioca (la danseuse du cabaret), Abdel Hamid El Sakhawy (Ibrahim, le propriétaire de la maison)
Scénario : Togo Mizrahi et Ali Al Kassar
Musique : Izzat El Gahely
Production : Max Harari


Comédie. Othman est un pauvre homme sans emploi. Il est naïf, gentil mais surtout terriblement paresseux. Son activité préférée est la sieste. Sa femme doit user de la manière forte pour qu’il daigne sortir du lit et chercher un travail. Il en trouve un chez une riche étrangère comme homme à tout faire. Ce jour-là, il doit aider à la cuisine car sa patronne reçoit des invités. Elle charge Othman de la cuisson du plat principal. Pour cela, il doit se rendre au four du village. Voilà notre héros cheminant par les rues, le plat sur la tête. Soudain, il est attaqué par des oiseaux qui s’emparent de tous les morceaux de viande du ragoût. Furieux, il va au commissariat. L’officier refuse d’enregistrer sa plainte et le chasse. Dans la bousculade, Othman fait tomber son plat et les pommes de terre qui restaient roulent sur le sol. L'employé malchanceux retourne chez sa patronne avec un frichti bien piteux. Evidemment, il est renvoyé. Deuxième tentative : il devient vendeur ambulant de hummus. Las ! Il s’endort au coin d’une rue et des poules dévorent toute sa marchandise. Sa femme est exaspérée par ce mari qui échoue tout ce qu’il entreprend. Elle va se plaindre au gardien de la paix de son quartier qui convoque aussitôt le mari. A la suite d’un malentendu, Othman est engagé comme gendarme…

Notre avis : Togo Mizrahi est un pionnier dont le rôle a été essentiel dans la naissance puis l’essor du cinéma égyptien. Il a réalisé « Le Haffir du Quartier » dans ses studios d’Alexandrie. Othman, le personnage principal est joué par le grand comédien Ali Al Kassar qui en fut aussi l’inventeur au théâtre. Avec cette comédie, nous sommes dans la grande tradition de la farce et du burlesque. L’attention portée aux conditions d’existence des plus humbles donne à ce film une tonalité chaplinesque. « Le Haffir du Quartier » conserve ce caractère « bricolé » ou »amateur » des productions du début des années trente. Ce sont les Studios Misr qui feront entrer le cinéma égyptien dans l’ère de la professionnalisation et de l’industrialisation.
Notons aussi que l’on retrouve dans ce film deux jeunes artistes qui sont au tout début de leur carrière : la chanteuse et actrice Zouzou Labib ainsi que la danseuse et actrice Taheya Carioca. Toutes les deux sont apparues pour la première fois à l’écran l’année précédente dans « Docteur Farahat » qui a aussi été réalisé par Togo Mizrahi.


Samedi 19 septembre à 20h30

L'épouse n°13 de Fateen Abdel Wahab (al-Zaawgah raqam talata'ch, 1962)
avec Rushdy Abaza (Mourad), Shadia (Aïda), Abdel Moneim Ibrahim (Ibrahim, l’ami de Mourad), Shwikar (Karima, l’ancienne fiancée de Mourad), Hassan Fayek (le père d’Aïda), Shihab Nassim (Kamal), Zeinat Olwi (Nani), Wedad Hamdy, Zeinab Sedky (la mère de Mourad), Mahmoud Lotfi (Abdel Ghafour), Helen (Sonia), Ahmed Amer (le directeur de l’hôtel)
Scénario et dialogues : Abou Al Seoud Al Ebiary et Ali El-Zorkani
Inspiré des Mille et Une Nuits (la relation entre les deux personnages principaux est calquée sur celle unissant le sultan Shahryar et Shéhérazade)
Musique : Fouad El Zahry
Production : Gamal El Leithy Films
appréciation : 4/5


Comédie. Mourad est un homme d’affaires qui dirige une usine de textile. C’est aussi un véritable Dom Juan. A Alexandrie, il rencontre Aïda, fille d’un ancien ministre. Il entreprend de la séduire mais celle-ci résiste à ses assauts répétés. Il décide alors de s’attirer les bonnes grâces du père : il l’aide à régler de petites dettes, l’invite au restaurant et lui demande la main de sa fille. Mourad a bien l’intention de divorcer aussitôt qu’il aura obtenu les faveurs de la belle. Aïda ne pouvant lutter contre la coalition formée par son père et son amoureux, finit par accepter le mariage. A peine mariée, elle a la visite de Karima, une ancienne épouse de Mourad qui lui apprend qu’elle est la treizième jeune femme à convoler avec celui-ci.

Notre avis : L’un des films les plus célèbres de Fateen Abdel Wahab, une comédie féministe menée tambour battant par Shadia et son compère Rushdy Abaza. Ce dernier qui a bâti toute sa carrière comme l’archétype du mâle égyptien accomplit ici une performance d’autodérision particulièrement savoureuse. « L’Epouse n°13 » représenta l’Egypte au Festival de Berlin de 1962 où il fut ovationné. Rushdy Abaza rata de peu le prix d’interprétation masculine qui revint à James Stewart (La concurrence était rude !) D’une modernité surprenante, d’une finesse rare et d’un humour acéré, le scénario demeure une source d’émerveillement soixante-cinq ans après la sortie du film. Il est l’œuvre d’Abou Al Seoud Al Ebiary, sans doute le plus fécond et le plus inspiré des auteurs de la comédie égyptienne.


Vendredi 18 septembre à 20h30

Trente Jours en Prison de Niazi Mostafa (30 youm fil sign, 1966)
avec Abou Bakr Ezzat (Medhat), Farid Shawki (Amshir), Nawal Abou Al Foutouh (Azhar), Hassan Hamed (Ibn Al Janawi), Soheir El-Barouni (l’employée de maison), Mimi Chakib (la mère de Soheir), Mohamed Reda (Hangal le voleur), Ibrahim Saafan (l’avocat), Madiha Kamel (Soheir), Samir Ghanem (son propre rôle), Ahmed El Deif (son propre rôle), George Sedhom (son propre rôle)
D’après une histoire de Naguib El Rihani et de Badie’ Khairy
Scénario : Abdel Hay Adib et Niazi Mostafa
Musique : Hussein Al Saïd
Chansons : Samir Ghanem, Ahmed El Deif, George Sedhom
Production : Films Ihab Leithi


Medhat dirige le cabaret « le Trocadéro » qui appartient à Madame Fawzia. Il doit épouser la fille de cette dernière mais il entretient aussi une relation amoureuse avec Azhar, une jeune actrice très ambitieuse. Pour garantir la sécurité de l’établissement qu’il dirige, il a embauché Amshir, un hercule de foire. Ce dernier est un brave garçon mais il a tendance a abusé de sa force à contretemps. Justement, ce soir-là, un personnage important dîne au cabaret. Il travaille dans le cinéma et il pourrait jouer un rôle déterminant dans la carrière d’Azhar. Medhat se trouve à sa table et par inadvertance, il brûle la moustache de l’homme. Fureur du « brûlé » qui frappe Medhat. C’est à ce moment-là qu’intervient Amshir : il assomme l’agresseur de son patron mais les hommes de celui-ci répliquent à leur tour. La mêlée devient générale. La police puis la justice s’en mêlent. Un procès a lieu. Medhat est condamné à trente jours de prison. Contre de l’argent, Amshir accepte de purger la peine à la place de son patron. Il rejoint le centre pénitentiaire sous le nom de Medhat tandis que le vrai Medhat est parti en voyage au Liban.

Notre avis : une comédie avec dans l’un des rôles principaux Abou Bakr Ezzat, un excellent comédien généralement cantonné aux seconds rôles. Dans « Trente Jours en Prison », il incarne avec une belle énergie un gérant de cabaret particulièrement veule et mufle. Ce film est l’adaptation d’une pièce de théâtre écrite par deux artistes de talent Naguib El Rihani et Badie’ Khairy. Niazi Mostafa a su en faire une authentique comédie de cinéma où domine l’action et les effets visuels. Néanmoins, l’ensemble est un peu inégal. Les acteurs et actrices sont formidables, le charme ainsi que le talent des deux vedettes féminines, Nawal Abou Al Foutouh et Madiha Kamel sont indéniables. On rit parfois, on sourit souvent, même si certaines scènes auraient gagné en efficacité en étant plus concises. Je pense notamment à la scène où le directeur du Trocadero sélectionne son futur videur : laborieuse et pas très drôle. Mais la partie la plus faible du film, et aussi la plus longue, est sans conteste celle du séjour en prison d’Amshir. Il faut supporter pendant près d’une demi-heure un méli-mélo de gags puérils et de numéros de cabaret exécutés par Les Trois Lumières du Théâtre. Eprouvant !


Jeudi 17 septembre à minuit

Le Passage des Miracles d'Hassan Al Imam (zoqaq el madaq, 1963)
avec Shadia (Hamida), Salah Kabil (Abbas), Hassan Youssef (le fil de Maître Karsha, frère de lait d’Hamida), Youssef Chabane (Farag), Samia Gamal (Shukria), Hussein Riad (le professeur d’anglais), Aqeila Rateb (Adilah, l’amie chez qui vit Hamida), Abdel Moneim Ibrahim (Sangar, un employé de Maître Karsha), Abdel Wareth Asr (Hadj Kamal), Mohamed Reda (Maître Karsha, le propriétaire du café), Thoraya Helmy (Hassaniah, trafiquante de drogue), Adli Kasseb (Salim Alwan, l’homme le plus riche du passage), Hassan El Baroudy (un commerçant), Mahmoud Shoukoko (le chanteur), Tawfik El Deken (Maître Zeita), Victoria Cohen (la voisine)
Scénario et dialogues : Saad Eddin Wahba
D'après le roman éponyme de Naguib Mahfouz paru en 1947. Cette œuvre traduite en français en 1970 évoque le quotidien d’une ruelle du quartier Khan Al Khalili dans les années quarante.
Musique et chansons : Hussein El Sayed, Mohamed Al Mogi, Fathy Qoura, Ali Ismaïl
Production : Naguib Ramsès


L’histoire se déroule pendant la seconde guerre mondiale alors que l’Egypte est toujours occupée par les Britanniques. Hamida est une jeune ouvrière qui vit avec Adila, une amie de sa mère décédée. Elle rêve de quitter son quartier pour accéder à une vie meilleure. Abbas le coiffeur souhaiterait l’épouser mais il est trop pauvre. Alors pour accroître ses revenus et obtenir la main de la jeune fille, il se résigne à travailler dans un camp militaire britannique. Malheureusement, Abbas n’est pas le seul homme à convoiter Hamida. Salim Alwan, l’homme le plus riche du quartier lui aussi est séduit par la jeune femme. Il finit même par la demander en mariage bien qu’il ait déjà une première épouse. Adila et Hamida sont aux anges. Malheureusement, le bonheur des deux femmes est de courte durée : le riche commerçant est terrassé par un malaise. Un autre homme tourne autour d’Hamida : Farag, un séducteur aux intentions louches. Il lui fait miroiter une existence luxueuse et insouciante. Un jour, Hamida disparaît…

Notre avis : le roi du mélodrame se lance dans l'adaptation de l'un des chefs d'oeuvre de Naguib Mahfouz. On pouvait craindre le pire mais il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas reconnaître toutes les qualités de ce film. L’évocation du quartier où se déroule l’action avec ses personnages pittoresques, ses bruits et son animation permanente est tout bonnement magnifique : c’est à la fois d’un grand réalisme et d’une délicieuse poésie. Les scènes de groupes comme celles dans le café de Maître Karsha impressionnent par leur naturel et leur fluidité. Hassan Al Imam est un très grand directeur d'acteurs et dans la seconde partie, il permet à ses deux actrices principales, Shadia et Samia Gamal, de déployer toute l'étendue de leur immense talent. Les admirateurs de la première nous pardonneront d'avoir un faible pour la seconde, bouleversante en vieille maîtresse bafouée. Contrairement à ce que certains critiques ont pu affirmer, cette adaptation d’une œuvre de Naguib Mahfouz compte parmi les plus réussies de tout le cinéma égyptien.


Mercredi 16 septembre à 18h

Le Défenseur des Pauvres Gens de Niazi Mostafa (Fetewet Elnas Elghalaba, 1984)
avec Farid Shawki (Kamel), Boussy (Ilham), Samir Sabri (Hamdi, fils de Kamel), Salah El Saadani (Samir, fils de Kamel), Mona Ismail (Zainab, la sœur d’Ilham), Layla Fahmy (Frdoos, la femme de Kamel), Ali El Sherif (le boucher, propriétaire du local de Kamel), Amal Ramzi (Mona, la fiancée de Ramzi), Hassan El Sobki (Ramzi), Hussein Ibrahim (Atris, le fils du boucher), Youssef Fawzy (le directeur du cabaret)
Scénario : Niazi Mostafa et Ahmed Abdel Wahab
Musique : Mohamed Ali Soliman


Comédie fantastique. Kamel tient une petite bouquinerie. Il vit avec sa femmes et ses deux grands fils, Hamdi et Samir. Il adore vivre au milieu des livres et il serait parfaitement heureux si son propriétaire, le boucher du quartier, ne cessait de le persécuter : ce dernier veut l’expulser pour installer à la place de sa librairie une boutique de chaussures. Le propriétaire de Kamel est un escroc qui s’est enrichi grâce à des magouilles de toutes sortes. Il a néanmoins obtenu du tribunal un avis d’expulsion contre le bouquiniste. Un jour, Kamel est sollicité par un jeune couple qui souhaite se débarrasser de tout un lot de vieux livres ayant appartenu au grand-père du garçon. En consultant les ouvrages qu’il a rapportés dans sa boutique, Kamel découvre entre les pages de l’un d’eux un collier aux pouvoirs magiques (il rend invisible celui qui le porte.). Le bouquiniste compte bien s’en servir pour venir en aide à tous ses voisins qui sont dans le besoin...

Notre avis : en 1959, Niazi Mostafa avait réalisé « Le Secret du Bonnet Invisible », l’histoire d’un bonnet qui avait le pouvoir de rendre invisible celui qui le portait. Vingt-cinq ans plus tard, il tourne ce « Défenseur des Pauvres Gens », l’histoire d’un collier qui lui aussi rend invisible. Peut-être faut-il imputer cette similitude à une panne d’inspiration ou à la fatigue. En 1984, le cinéaste a soixante-treize ans et plus d’une centaine de films à son actif. On lui pardonnera donc cet auto-plagiat, procédé bien commode que d’autres réalisateurs n’ont pas hésité eux aussi à utiliser. En revanche, une chose est certaine : cette comédie fantastique avec dans le rôle principal, Farid Shawki, n’apporte pas grand-chose à l’œuvre de Niazi Mustafa. La filmographie de ce dernier est d’une rare hétérogénéité. On y trouve de grands classiques comme d’insondables navets. « Le Défenseur des Pauvres Gens » est un film mineur que l’on peut regarder sans trop de déplaisir si l’on consent à passer l’éponge sur les « effets spéciaux » aussi ratés les uns que les autres (Visiblement, la technique de l’incrustation d’image n’est pas encore tout à fait maîtrisée !)

L’Amour d’une Danseuse (Gharam raqisa, 1950)

غرام راقصة
إخراج : حلمى رفلة



Helmy Rafla a réalisé L'Amour d'une Danseuse en 1950.
Distribution : Nour Al Hoda (Soheir), Mohamed Fawzi (Medhat), Mohamed El Bakkar (Batata), Taheya Carioca (Qadrya), Mahmoud Shoukoko (Qama), Hassan Fayek (Qalawooz), Mokhtar Hussein (Hassan), Abdel Salam Al Nabulsi (Hanzal), Zinat Sedki (Zeinab), Fahmy Aman (Benhawi), Abdelrahim El Zarakany (le médecin)
Scénario : Youssef Gohar
Musique : Mohamed Fawzi
Paroles des chansons : Maamoun El-Chenawy, Fathi Qoura, Mustafa Al-Sayed
Production : Mohamed Fawzi


Mohamed Fawzi et Nour Al Hoda










Taheya Carioca et Mohamed Fawzi









Abdel Salam Al Nabulsi et Zinat Sedki


Hassan Fayek, Nour Al Hoda, Mahmoud Shoukoko 







Mohamed El Bakkar






Mohamed Fawzi et Taheya Carioca
















Résumé

Medhat et Soheir, deux jeunes artistes inséparables, chantent dans le même cabaret dirigé par le fantasque Batata. Autour d’eux gravitent leurs amis, les comiques El Qalawoz et Qarna mais la grande vedette de l’établissement c’est la danseuse Qadrya, toujours entourée de soupirants fortunés.

Un jour, Medhat retrouve la montre en or que Qadrya a perdue et la lui rapporte chez elle. La danseuse tombe aussitôt sous son charme et décide de l’épouser, quitte à éliminer sa rivale. Elle contacte le propriétaire d’un cabaret d’Alexandrie et lui demande d’embaucher Soheir avec un bon contrat qu’elle ne pourra refuser. L’étape suivante de son plan consiste à faire de Medhat la grande vedette du cabaret. A cette fin, elle fait manger à Batata du chocolat empoisonné qui provoque la diarrhée. Le chanteur ne pourra se produire sur scène et c’est Mehdat qui le remplace. Le succès auprès du public est immédiat.

Dernière étape de son plan : elle invite le jeune chanteur chez elle, l’enivre jusqu’à l’inconscience, le place dans son lit et, au matin, feint les larmes en l’accusant de l’avoir déshonorée. Medhat, bouleversé, accepte de l’épouser en secret. Mais il refuse de renoncer à Soheir… qu’il finit par épouser également. Pendant un certain temps le chanteur doit se partager entre les deux femmes. Soheir n’était pas informée de la double vie de son mari et quand elle l’apprend elle le chasse de leur appartement. Medhat doit se résoudre à dormir à la belle étoile. Le lendemain matin, tombe gravement malade : ses poumons sont infectés et il doit être hospitalisé.

Pour préserver Soheir, il lui fait croire qu’il a quitté l’Égypte. Il confie une lettre à son médecin, sur le départ pour la Palestine, afin qu’elle lui parvienne de là-bas. Mais le médecin meurt au combat avant d’avoir envoyé la lettre. Un soldat la retrouve sur son corps méconnaissable et la remet à Soheir, persuadée que son mari est mort.

Entretemps, Qadrya a donné naissance à un enfant dont Medhat est le père. Pour la danseuse, c’est un obstacle à sa carrière et elle le confie à Soheir qui est enchantée de s’occuper de l’enfant de son « défunt » mari.

Medhat, en convalescence dans une maison de repos, finit par guérir et revient chez lui. Les retrouvailles avec Soheir sont tendres, mais celle-ci comprend qu’elle doit s’effacer pour laisser Medhat rejoindre Qadrya et leur enfant.

C’est alors que Qalawoz et Qarna imaginent un stratagème : se faisant passer pour des réalisateurs espagnols, ils proposent à Qadrya un contrat prestigieux en Espagne, à condition qu’elle s'y rende sans son enfant. Séduite par la promesse de gloire, elle accepte et s’envole aussitôt.

Libérés, Medhat et Soheir reprennent leurs duos sur la scène du cabaret, retrouvant enfin le succès et la paix.


Critique

Le cinéaste Helmy Rafla et le musicien Mohamed Fawzi comptent parmi les figures majeures du cinéma égyptien de la fin des années quarante et du début des années cinquante. Leur collaboration s’étend sur près d’une décennie : entre 1947 et 1955, ils tournent ensemble onze films, dont seulement deux après 1952, c’est‑à‑dire après la révolution des Officiers libres.

L’un comme l’autre paiera cher l’arrivée au pouvoir de Nasser : au début des années soixante, leurs sociétés de production sont nationalisées sans le moindre dédommagement, ce qui compliquera la poursuite de leurs carrières artistiques. Helmy Rafla arrêtera de tourner pendant plusieurs années tandis que Mohamed Fawzi sombrera dans la dépression avant de mourir d’un cancer en 1966, à l’âge de quarante-huit ans.

Rappelons que Taheya Carioca, l’une des vedettes du film, sera elle aussi malmenée par le nouveau régime. En 1953, elle est incarcérée pour propagande communiste. Helmy Rafla tente de lui rendre visite en prison ; il est immédiatement arrêté et placé en garde à vue pendant plus de vingt‑quatre heures. Le climat politique de l’époque n’épargne décidément personne.

Mais revenons au film.

Rafla a signé, en quelques années, plusieurs comédies musicales inoubliables. Celle‑ci, pourtant, déçoit. Le scénario, signé Youssef Gohar, est terriblement ampoulé : les péripéties se succèdent de manière décousue et sans grand respect pour la vraisemblance. Mariages, naissance, maladie, mort, guerre, enfant abandonné… Bien que tous ces thèmes soient ceux du mélodrame, le ton de l’œuvre est bien celui de la comédie. Pourquoi pas, cela peut parfois fonctionner mais en l’occurrence, cela ne fonctionne pas du tout.

Sans doute est-ce dû à un scénario insuffisamment travaillé mais aussi, encore une fois, au jeu de Mohamed Fawzi lui-même. Celui-ci est le héros de ce film dont il est par ailleurs le producteur. Et comme toujours, il incarne un jeune chanteur prodigieusement doué qui fait chavirer tous les cœurs. Evidemment, il concentre toutes les qualités que l’on attend de l’homme idéal : générosité, honnêteté, élégance, talent, humour etc. Avec ses compagnons, c’est un ami fidèle et enjoué, avec les femmes, c’est un galant homme, attentionné et plein de tact. Bref, un personnage lisse, sans aspérités, qui finit par lasser. Mais le défaut majeur de ce film c’est le jeu monocorde et inexpressif de Mohamed Fawzi qui empêche de donner le moindre crédit aux épreuves traversées par son personnage. Quelle que soit la situation, il arbore le même petit sourire ironique, comme si rien ne pouvait l’atteindre, ni le malheur, ni le bonheur.

Son personnage finit par paraître étrangement dépourvu d’affect, incapable de souffrir, d’aimer ou même de détester. Il garde en permanence une distance polie avec son entourage. Avec Soheir, la femme aimée, pas d’étreinte, pas de baiser. Quand Medhat reparaît alors que celle-ci le croyait mort, il l’ enlace comme on enlace sa vieille maman après quelques semaines d’absence. En revanche, nous reconnaissons bien volontiers que les partenaires féminines du chanteur-acteur-producteur, Taheya Carioca et surtout Nora Al‑Hoda, font de louables efforts pour insuffler un peu d’incarnation à cette comédie bancale.

Il faut attendre les scènes de danse pour se souvenir qu’Helmy Rafla est derrière la caméra. Les chorégraphies sont inventives, les danseuses d’une élégance et d’une légèreté presque hollywoodiennes. Et puis il y a les chansons, celles de Nora Al‑Hoda comme celles de Mohamed Fawzi qui, répétons‑le, demeure un grand compositeur et un grand chanteur. Ces moments musicaux sauvent ce qui peut l’être et rappellent, par intermittence, le talent des artistes réunis.

appréciation : 2/5
**


Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

lundi 14 septembre 2026

Focus sur le cinéma égyptien en Dordogne

Gare Centrale de Youssef Chahine


A Périgueux, le Festival Orizons dédié aux arts du Proche-Orient et de l'Afrique du Nord s'ntéresse cette année au cinéma égyptien "de l'âge d'or aux créations d'aujourd'hui".

Quatre films seront projetés au multiplexe CGR de la ville.

Deux films de Youssef Chahine dont on célèbre le centenaire de la naissance : Gare Centrale (1958) et le Destin (1998).

La Conspiration du Caire de Tarik Saleh (2022)

L'Entente ou la face cachée d'Alexandrie de Mohamed Rashad (2026)

Gare Centrale de Youssef Chahine sera projetée mardi 15 septembre en ouverture de festival. La projection sera précédée d'une conférence de Thomas Richard intitulée "une courte histoire du cinéma égyptien".

On déplorera qu'une fois encore le cinéma égyptien de l'âge d'or semble se résumer pour les programmateurs à Gare Centrale. Réduire plusieurs décennies de création cinématographique à une seule oeuvre et à un seul réalisateur, c'est terriblement injuste et quelque peu déprimant.