mercredi 1 juillet 2026

A la télé : les films du jour (Rotana Classic du 1er juillet)

روروتانا كلاسيك

Quels films peut-on voir sur la chaîne Rotana Classic ? Les horaires donnés sont ceux de l'après-midi ou de la soirée (heure de Paris). La plupart des films sont ensuite rediffusés le lendemain matin.
Rotana Classic a remplacé Rotana Zaman en 2012. Cette chaine fait partie du groupe Rotana basé en Arabie Saoudite et spécialisé dans le divertissement (télévision et musique). Celui-ci a été créé par le prince Al-Walid ben Talal ben Abdelaziz Al Saoud, membre de la dynastie Al Saoud et petit-fils du fondateur de l'Arabie Saoudite. Comme son nom l’indique, Rotana Classic diffuse essentiellement les grands classiques du cinéma égyptien. Disponible en France.


Mercredi 1er juillet à 20h30

Vie ou Mort de Kamal El Sheikh (Hayat Aw Mowt, 1954)
avec Imad Hamdi (Ahmed Ibrahim), Youssef Wahby (le chef de la police), Madiha Yousri (la femme d’Ahmed), Abdel Kader Al Maseri (le directeur de l’entreprise), Hussein Riad (le pharmacien), Rushdy Abaza (un policier), Doha Amir (Samira), Abdel Moneim Basioni (l’assistant du pharmacien), Tawfik Sadek (l’agent de police), Youssef Wahby (le gouverneur de la capitale), Rashwan Mustafa (un policier), Soad Fawzy (la femme infidèle), Abdel Moneim Ismaïl (le mari trompé), Adli Kasseb (un officier de police), Rafeaa El Shal (la belle-mère d’Ahmed), Abdel Badie El Arabi (le beau-père d’Ahmed), Hassan Abou Zeid (un ivrogne), Mohsen Hassanein (l’amant), Shaladimo (le voleur)
Scénario : Ali El Zorkani et Kamal El Sheikh
Production : Assia Dagher


Apparaît à la onzième place dans la liste des quinze meilleurs films égyptiens de tous les temps. Présenté au festival de Cannes en 1955.

Ahmed est au chômage depuis deux mois. L’aïd approche et il a besoin d’argent pour faire plaisir à sa femme et à sa petite fille Samira. Il se rend dans son ancienne entreprise pour obtenir sa prime de départ mais le patron reporte une nouvelle fois son versement. Pour offrir à sa fille Samira une nouvelle robe, Ahmed est contraint de vendre sa montre. Quand il rentre chez lui, il ne cache pas son profond désarroi. Sa femme lui propose de passer l’aïd chez ses parents mais Ahmed ne veut pas en entendre parler. Il s’emporte et il devient même blessant à l’égard de sa femme. Celle-ci décide de quitter immédiatement le domicile conjugal pour retourner avec sa fille chez ses parents. Mais quelques instants plus tard, quelqu’un frappe à la porte de l’appartement. C’est Samira qui n’a pas voulu laisser seul son père. Ahmed ne cache pas son bonheur mais il est soudain terrassé par un malaise cardiaque. Il demande à sa fille de se rendre à la pharmacie la plus proche pour s’y procurer le médicament dont il a besoin. Malheureusement, l’officine est fermée et Samira doit se rendre en tramway dans un autre quartier de la capitale pour trouver une pharmacie ouverte. La petite fille est reçue par un vieux pharmacien qui lui prépare la potion dont a besoin son père. C’est quand elle est déjà repartie que l’homme s’aperçoit qu’il a commis une grave erreur dans le dosage, faisant du médicament un poison mortel. Il faut retrouver l’enfant et son père au plus vite…

Notre avis : le troisième film du jeune prodige du cinéma égyptien des années cinquante, et c’est à nouveau un coup de maître. Kamal El Sheikh a parfaitement assimilé les codes du film noir américain et il les adapte de manière très intelligente pour réaliser une œuvre d’une grande originalité solidement ancrée dans la société de son temps. Le cinéaste tourne le dos aux conventions du cinéma égyptien des années cinquante : pas d’intrigues secondaires, pas de longs dialogues explicatifs, pas d’explorations laborieuses de la psychologie des personnages, et pas de danse orientale. « Vie ou Mort » est un film bref, nerveux, où seuls comptent l’action et le mouvement. Kamal El Sheikh rompt même avec les règles du star-system qui impose une hiérarchie entre rôle principaux et rôles secondaires. Dans son film, tous les personnages, joués par les plus célèbres acteurs et actrices de l’époque, ont la même importance. On a l’impression d’assister à une course de relais : le père de famille malade qui passe le témoin à sa petite fille qui le passe au pharmacien qui à son tour le passe au gouverneur de la capitale etc. Mais en fait, l’héroïne du film, c’est la ville elle-même. Kamal El Sheikh arpente avec sa caméra les rues du Caire et nous offre l’un des plus émouvants portraits de la capitale égyptienne. Et ce qui intéresse le cinéaste, ce sont avant tout les habitants de cette prodigieuse cité, les passants qui arpentent en tous sens les trottoirs, ceux qui attendent leurs tramways ou qui rêvent devant les devantures des boutiques. Il ne cache pas non plus sa fascination pour la horde des berlines rutilantes qui envahit les belles avenues du Caire et qui semble entraîner la foule dans sa ronde infernale. Rien que pour cette dimension « documentaire », il faut absolument voir ce film.



mardi 30 juin 2026

Danse : Kitty Fotsaty (Voutsaki), 1949

كيتى فوتساتى







Voici la danseuse d'origine grecque Kitty dans l'un de ses tout premiers films, Monsieur Al Masry réalisé en 1949 par Hussein Sedky avec dans les rôles principaux lui-même, Madiha Yousri et Ismael Yassin. Ce dernier deviendra le roi de la comédie dans les années cinquante et il entraînera dans son sillage Kitty qui multipliera les participations à ses côtés comme danseuse mais aussi comme actrice. 

Kitty a commencé à se produire très jeune dans les cabarets d'Alexandrie. En 1946, elle et sa famille s'installe au Caire. Elle est aussitôt remarquée par le réalisateur Abdel Fattah Hassan qui l'engage pour son film "Jalousie' (Al Ghira).
En 1948, Kitty rejoint la célèbre Badia Masabni au mythique Casino Opera House qui a vu défiler toutes les plus grandes danseuses de l'époque. Dans un premier temps, la directrice de l'établissement lui confie uniquement l'exécution des danses européennes mais très vite, impressionnée par son talent, elle laissera la jeune grecque se produire comme danseuse orientale à part entière et le succès sera considérable. C'est ainsi que pendant des années, Kitty ménera une double carrière, à la fois sur la scène du Casino Opera House et sur les plateaux de cinéma, déployant toujours une énergie et une joie de vivre qui raviront le public.
Monsieur Al Masry est un mélodrame dans lequel le malheur s'abat sans relâche sur tous les membres d'une famille. Kitty apparaît dans la dernière partie du film.

mardi 16 juin 2026

A la télé : les films du jour (Rotana Classic du 16 au 30 juin)

روروتانا كلاسيك

Quels films peut-on voir sur la chaîne Rotana Classic ? Les horaires donnés sont ceux de l'après-midi ou de la soirée (heure de Paris). La plupart des films sont ensuite rediffusés le lendemain matin.
Rotana Classic a remplacé Rotana Zaman en 2012. Cette chaine fait partie du groupe Rotana basé en Arabie Saoudite et spécialisé dans le divertissement (télévision et musique). Celui-ci a été créé par le prince Al-Walid ben Talal ben Abdelaziz Al Saoud, membre de la dynastie Al Saoud et petit-fils du fondateur de l'Arabie Saoudite. Comme son nom l’indique, Rotana Classic diffuse essentiellement les grands classiques du cinéma égyptien. Disponible en France.


Mardi 30 juin à 18h

Repentance de Mahmoud Zulficar (Tobah, 1958)
avec Sabah (Widad), Emad Hamdy (Ahmed Marzouk), Mahmoud El Meleigy (Abou Al Maati), Nelly (Zeinab, la fille d’Ahmed), Hamdy El Ashry (Hussein, l’un des deux fils d’Ahmed), Ahmed Sabry (Hassan, l’un des deux fils d’Ahmed), Abd El Moneim Ibrahim (Omar, le cousin d’Ahmed), Thuraya Fakhry (la tante d’Ahmed), Dorya Ahmed (Fathya, la cousine d’Ahmed), Abd Al Azim Kamal (le médecin), Hassan Atla (le directeur du groupe artistique), Anwar Madkor (le juge d’instruction), Metawea Oweis (le voisin d’Ahmed), Fifi Sayed (la voisine d’Ahmed), Abdel Moneim Basiony (le pharmacien)
Scénario et dialogue : Abdel Wareth Asar d’après une histoire de Mahmoud Zulficar
Musique et chansons : Fathy Koura, Abdel Aziz Salam, Mahmoud El Sherif, Mounir Mourad, Mohamed El Mougy
On peut entendre aussi au début du film une version orchestrale de la chanson française « Sous le Ciel de Paris »
Production : Mohamed Al Ashry


Ahmed Marzouk réside dans une petite ville au nord du Caire. Il est veuf et il doit s’occuper seul de l’éducation de ses trois enfants, une fille et deux garçons. Son travail pour un groupe pharmaceutique le contraint à de nombreux voyages et il confie ses trois enfants à sa tante et à sa cousine qui n’ont guère le temps ni l’envie de s’en occuper. Il peut aussi compter sur Omar, son cousin qui est cordonnier. Celui-ci s’inquiète des conséquences néfastes des absences d’Ahmed sur l’équilibre des trois enfants. Il faut reconnaître que la situation est préoccupante. Les enfants sont trop souvent livrés à eux-mêmes et leurs résultats scolaires sont catastrophiques. Quand Ahmed rentre chez lui, il est consterné par l’état de sa maison. Il comprend que seul un nouveau mariage permettrait de mettre fin à tout ce laisser-aller.
Alors qu’Ahmed est reparti sur les routes pour son travail, un orchestre itinérant a dressé son chapiteau dans la ville. Les trois enfants voudraient assister au spectacle mais ils n’ont pas un sou. Ils parviennent néanmoins à s’introduire sous le chapiteau et ils tombent nez à nez sur la chanteuse vedette du spectacle qui les prend sous son aile. Elle s’appelle Widad et son passé explique l’émotion qui l’a submergée en présence des trois enfants. Avant d’être artiste, elle était infirmière et elle était devenue la maitresse d’un homme très riche qui l’a quittée quand il a su qu’elle était enceinte. Elle abandonne alors son métier et devient chanteuse dans un orchestre pour pouvoir élever seule sa petite fille. Hélas, celle-ci tombe malade et meurt à l’âge de six ans.
Widad installe ses trois nouveaux petits amis parmi le public et retrouve sur la scène toute sa troupe. Parmi les spectateurs, a pris place le père de sa fille et à la fin du spectacle, celui-ci n’hésite pas à la rejoindre dans sa loge. Il souhaite reprendre leur vie commune d’autrefois mais Widad rejette violemment cette proposition qu’elle juge indécente. Et son désarroi est à son comble quand elle apprend que c’est au domicile de cet ancien amant que la troupe doit passer la nuit. Heureusement, les trois enfants qu’elle a invités à son concert lui proposent de venir chez eux…

Notre avis : une histoire édifiante qui accumule les scènes mélodramatiques avec dans l’un de ses premiers rôles l’actrice Nelly qui n’a alors que neuf ans. Et ce n’est pas une débutante : elle a commencé sa carrière à quatre ans !
Le film n’est pas sans rappeler la comédie musicale américaine « La Mélodie du Bonheur » qui sera tournée sept ans plus tard. Dans les deux films, on retrouve une jeune femme découvrant avec ravissement les joies simples mais ô combien gratifiantes de l’existence d’une mère de famille nombreuse.
La seconde partie du film échappe en partie à la mièvrerie qui domine la première. Les enfants passent au second plan laissant la place à une intrigue plus sombre : le héros doit lutter seul pour vaincre une terrible machination ourdie par son rival. Ce glissement narratif permet aux auteurs de dénoncer les préjugés populaires à l’encontre des artistes féminines souvent considérées comme des femmes de mauvaise vie.


Lundi 29 juin à 20h30

La Boulangère d'Hassan Al Imam (Baiat al khoubiz, 1953)
avec Amina Rizq (Khadija/Halima), Shadia (Nehmat, la fille de Khadija), Magda Al Sabahi (Nelly Abdul Hakim, la fille de Raïs Abdul Hakim), Zaki Rostom (Raïs Abdul Hakim/Gharib Abu Shamah), Omar El Hariri (Sami, le fils de Khadija), Soliman Naguib (Shafiq, le peintre, neveu de l’imam), Chukry Sarhan (l’ingénieur Medhat, le fils du directeur assassiné), Mahmoud Shoukoko (le livreur de pain), Hussein Riad (Massoud, le complice d’Abdul Hakim), Thoraya Helmy (une amie de Nehmat), Ibrahim Hechmat (le directeur de l’usine), Tousoun Motamad (faux témoin)
Scénario : El Sayed Bedeir et Hassan Al Imam
Musique et chansons : Berlanty, Abdel Halim Hafez, Fathy Qoura, Mahmoud Al Sharif, Hussein Guenid


La Boulangère est l’adaptation du roman de l’écrivain français Xavier de Montépin, La Porteuse de Pain (1884).
Mélodrame. Après la mort de son mari, Khadija reste seule avec son jeune fils. Elle a confié sa fille à un parent. Elle habite un appartement dans l’enceinte de l’usine où travaillait le défunt. Raïs Abdul Hakimn, le contremaître, tourne autour de la jolie veuve mais celle-ci a toujours repoussé ses avances. Désespéré, il lui écrit une lettre dans laquelle il lui redit son amour et lui annonce qu’il provoquera un incendie dans l’enceinte de l’usine et s’emparera d‘une invention qui le rendra immensément riche. Après l’avoir lue, Khadija jette la lettre mais elle ne voit pas que son fils l’a récupérée et qu’il l’a cachée dans son petit cheval de bois. Le contremaître met son plan à exécution : à la nuit tombée, il se rend dans le bureau du directeur de l’usine, vide le coffre-fort et met le feu dans la pièce. En quittant le bureau, il tombe sur le directeur qu’il étrangle. Il se rend ensuite chez Khadija pour la supplier de fuir avec lui. Elle refuse. De dépit, Raïs Abdul Hakim fait croire à tous les ouvriers que c’est la veuve qui a provoqué l’incendie à l’usine. Khadija a trouvé refuge chez l’imam de la mosquée mais elle est arrêtée peu après et comparaît en justice. Le tribunal la condamne aux travaux forcés. Elle perd la raison et elle est internée dans un hôpital psychiatrique. Les années passent, elle recouvre la raison et apprend que l’imam à qui elle avait confié son fils est mort et qu’on n’a plus aucune trace de ses deux enfants. Après l’hôpital, elle retrouve la prison mais elle s’évade. Elle se rend au Caire…

Notre avis : un superbe mélodrame. Hassan Al Imam adorait la littérature française et il goûtait tout particulièrement les romans-feuilletons du XIXe siècle avec leur foisonnement de péripéties dramatiques et de coups de théâtre parfois bien improbables . En 1948, il avait déjà adapté avec succès « les Deux Orphelines » d'Ennery et d’Eugène Cormon. Cette fois-ci, il s’attaque avec le même bonheur à « la Porteuse de Pain ». Hassan Al Imam et son scénariste sont parvenus à conserver de manière très fidèle les multiples fils de l’intrigue du roman français, tout en les transplantant dans l’Egypte de leur époque. Le film dure plus de deux heures mais on ne voit pas le temps passer : chaque séquence comporte son lot de révélations qui tient en haleine le spectateur. L’interprétation est remarquable et Zaki Rostom en criminel hanté par son passé nous offre l’une de ses plus belles prestations.


Dimanche 28 juin à 20h30

Mademoiselle Hanafi de Fateen Abdel Wahab (Anissa Hanafi, 1954)
avec Ismail Yassin (Hanafi), Magda (Nawam), Soliman Naguib (Hassouna Bey), Zinat Sedki (la belle-mère d’Hanafi), Abd El Fatah El Kosary (le père d’Hanafi), Omar El-Hariri (Hassan), Reyad El Kasabgy (Al Wady, le boucher), Wedad Hamdy (Zakia, l’ex-femme d’Al Wady), Gamalat Zayed (Oum Al Saïd), Abdel Ghani El Nagdi (le policier), Mohamed Shawky (le marié), Shafik Galal (le chanteur), Nemat Mokhtar (une danseuse), les deux danseuses Liz et Lynn, Thurya Salem (une danseuse), Hassan Abou Zeid (le mathoun)
Scénario : Galil El Bendary
Musique : Ibrahim Haggag, Mohamed El Kahlawy, Kamal Ahmed Ali
Production : Galil El Bendary


Hanafi est un jeune garçon très conservateur. Il vit avec son père, un patron boucher, sa belle-mère et la fille de celle-ci, Nawam. Hanafi exerce sur ces deux femmes une autorité sans faille, leur interdisant de sortir et même de regarder par les fenêtres. Nawam aime un jeune homme qui réside sur le toit de leur immeuble. Il s’appelle Hassan et est étudiant à l’école vétérinaire. Le père d'Hanafi l'a chargé de s'occuper des nombreux pigeons voyageurs qu'il possède. Nawam rejoint souvent Hassan sur la terrasse et ils n’imaginent pas l’avenir l’un sans l’autre. Malheureusement, selon les volontés de son beau-père et de sa mère, Nawam doit épouser Hanafi. Ce dernier ne souhaite pas non plus ce mariage mais lui aussi est obligé de se plier à la décision paternelle. Le jour des noces, le jeune marié est pris de violents maux de ventre. Il est hospitalisé et subit une intervention chirurgicale. Le médecin qui l’a opéré a commis une erreur : il l’a transformé en femme. Hanafi est devenu Fifi…

Notre avis : un monument de la comédie égyptienne. Avec ce film, Ismaïl Yassin devient le roi du rire dans le monde arabe et il le restera pendant de longues années. Le tour de force de Faten Abdel Wahab consiste à aborder dans une comédie familiale une réflexion sur le genre qui impressionne par sa modernité et son audace. Progressiste dans l’âme, le réalisateur nous offre une satire sans concession des défenseurs de la tradition et de la vertu. « Mademoiselle Hanafi » connut un triomphe bien mérité à sa sortie et depuis les chaines de télévision continuent à le diffuser très régulièrement. En revanche, qu’il ne soit même pas mentionné dans bon nombre d’Histoires du cinéma égyptien rédigées par des « spécialistes » nous semble profondément injuste.


Samedi 27 juin à 16h

Maître Boulboul d'Hassan Ramzy (Almelm boulboul, 1951)
avec Kamal El Shennawy (Wahid), Mahmoud Shoukoko (Donia), Mimi Aziz (Madame Flora, la propriétaire de la pension), Ismail Yassine (Gamil Abou Al Dahab), Hagar Hamdy (la danseuse Soheir/Bulbul), Soad Mekawi (Hahlouba, la sœur de Bulbul), Mohamed Kamel (Othman), Reyad El Kasabgy (Zalat, le propriétaire du café Al Yasmin), Mohamed El Deeb (Medhat, l’amant de Soheir), Lotfi El Hakim (Suleiman Bey, le mari de Soheir), Mohsen Hassanein (Hamido, l’un des hommes de Zalat)
Scénario : Al Sayed Ziada et Hassan Ramzy
Musique et chansons : Fathy Koura, Abdelaziz Mahmoud, Izzat El Gahely, Mohamed El Bakkar, Hassan Abou Zayed
Production : Kamal Al Shennawi


Comédie musicale. Wahid est un jeune réalisateur qui n’a pas un sou. Avec son ami Donia, il se rend chez le riche Gamil Abu Al Dahab qui accepte de financer un film dans lequel jouerait sa maîtresse, la très belle danseuse Soheir. Cette dernière est pour l’instant en tournée en Haute-Egypte mais dès son retour, Wahid pourra commencer le tournage. Hélas, peu après, on apprend que Soheir ne reviendra pas : elle s’est mariée avec un vieil homme très riche et elle a abandonné la danse. On découvrira plus tard qu’elle est la maîtresse du neveu de son mari et qu’elle s’est entendue avec lui pour accaparer la fortune du vieillard. Trahi, Gamil sombre dans le désespoir tandis que Wahid et son ami Donia voient leurs espérances s’envoler. Accablés, les deux amis errent par les rues de la ville quand par le plus grand des hasards, ils font la connaissance d’une jeune femme qui est le sosie de Soheir. Elle a repris avec sa sœur la direction du café de son père et elle se travestit en homme pour se faire respecter des clients et des concurrents…

Notre avis : à la fin des années quarante et au tout début des années cinquante, le cinéma égyptien offrit au public les plus belles comédies musicales de toute son histoire. Ce fut une période faste qui vit les artistes les plus talentueux travailler ensemble pour produire des chefs d’œuvre comme « Afrita Hanem » d’Henry Barakat (1949) ou bien « Soir de Fête » d’Helmy Rafla (1949) ou encore « Le Tigre » d’Hussein Fawzy (1952). « Maître Boulboul » n’a certes pas les qualités de ces productions mais c’est un divertissement de bonne tenue qui vaut essentiellement pour ses chansons le plus souvent burlesques. Les numéros dansés pêchent parfois par une certaine approximation : les danseuses qui accompagnent la vedette n’ont pas toutes la même aisance et quelques-unes semblent bien gauches. La vedette, c’est Hagar Hamdy et c’est la première fois qu’elle obtient le premier rôle féminin dans un film. Elle doit sans doute cet honneur à son mari, Kamal Al Shennawi qui est à la fois le héros et le producteur de « Maître Boulboul ». Le personnage qu’on lui a confié est ingrat : il lui faut jouer une jeune femme qui s’habille et se comporte comme un homme, et pour ce faire elle a tendance à surjouer maladroitement la virilité agressive. De sorte qu’on est soulagé quand enfin elle abandonne galabeya et turban pour nous laisser admirer sa beauté et sa grâce. Le duo que Hagar Hamdy forme alors avec la pétillante Soad Mekawi, la première à la danse, la seconde au chant, constitue l’un des agréments de cette comédie.

Hagar Hamdy et Kamal Al Shennawi ont tourné pour la première fois ensemble en 1947 mais ils ne se sont mariés qu'en 1951, peu avant le tournage de ce "Maïtre Boulboul". On raconte que la danseuse était d’une jalousie féroce et que les disputes étaient nombreuses. Ils se sépareront quelques mois plus tard et ne rejoueront plus jamais ensemble.


Vendredi 26 juin à 20h30

L’exécution d’un mort d'Ali Abdel Khalek (Ahdam Mayat, 1985)
avec Farid Shawqy (Mohy), Mahmoud Abdel Aziz (Mansour Musaïd Al Tuba/Ezzedin), Poussy (Sahar, maîtresse de Mansour et agent du Mossad), Yehia El Fakharany (Abou Joudeh, officier israélien, patron de Mansour et de Sahar), Layla Olwi (Fatima, la sœur de Mansour), Ibrahim El Shamy (le père de Mansour), Abdel Ghany Nasser (Officier du Mossad), Shaban Hussein (Bhansawi/un collaborateur de Mohy)
Scénario : Ibrahim Masoud
Musique : Omar Khairat


En 1972, Mansour, un palestinien qui travaille en Egypte comme espion pour Israël a été arrêté par les autorités du pays. Il a été condamné à mort. Mais Mohi, un responsable des services de renseignements égyptiens s’aperçoit que Mansour est le sosie d’Ezzedin, l’un de ses agents. Il a une idée : Ezzedin va endosser l’identité de Mansour et se rendre en Israël pour obtenir des informations sur la centrale nucléaire de Dimona. L’agent au service du gouvernement sioniste a la vie sauve mais il doit donner à Ezzedin toutes les informations nécessaires sur sa vie privée et professionnelle pour que l’officier égyptien puisse effectuer sa mission. Après avoir subi une opération chirurgicale afin d’accroître encore la similitude avec Mansour, Ezzedin peut enfin se rendre en Israël…

Notre avis : l’une des œuvres les plus convaincantes d’Ali Abdel Khalek. A sa sortie, elle rencontra le succès aussi bien auprès du public que des critiques. Bien sûr, c’est un film à la gloire des services secrets égyptiens et le cinéaste célèbre l’héroïsme de leurs agents au début des années soixante-dix, c’est-à-dire à une époque de tension maximale entre l’Egypte et Israël. Le caractère édifiant du récit et certaines invraisemblances du scénario ne doivent pas occulter les qualités proprement cinématographiques de ce film. La prise de vue et le montage manifestent une maestria peu commune dans le cinéma égyptien des années 80. Ce qui frappe aussi, c’est la retenue que le réalisateur adopte dans toutes ses scènes. Un tel sujet se prêterait pourtant à des séquences où dominent la violence et l’outrance. Rien de tel ici. De même, aucun manichéisme grossier : les agents israéliens ne sont pas présentés comme des êtres pervers et cruels mais comme de simples combattants au service de leur patrie. Dynamisme, précision et sobriété font tout le prix de ce thriller patriotique.


Jeudi 25 juin à 16h

Les Plus Grands Hommes de l’Islam de Niazi Mostafa (Min oudoma' el islam, 1970)

Première partie : Abou Bakhr El Seddik
Avec Nadia Rashad, Islam Fares, Kanaan Wasfy, Anwar Ismaïl, Hassan Abdin, Ahmed Abdazi, Mohye Ismaïl, Mohye El Din Abdel Mohsen, Hafez Amine, Baher El Sayed, Mohamed Al Giddy
Deuxième partie : Omar Ibn Al Khattab
Avec Mervat Ashour, Islam Fares, Kanaan Wasfy, Abdel Moneim Abou Fottouh, Saad Al Ghasawy, Roshdy Slaam, Hamed Hanfy, Mohye El Din Abdel Mohsen, Gamil Ezzel Din, Magdi Wahba, Fifi Abdou
Troisième partie : Ali Ibn Ali Taleb
Avec Aida Abdel Aziz, Mahmoud Farag, Islam Fares, Salwa Mahmoud, Abdel Badie El Arabi, Morsy El Hattab, Aida Al Sherif, Ibrahim Abdul Raziq, Hassan Abdin, Anwar Ismail, Mohamed Al Giddy, Mohye El Din Abdel Mohsen
Quatrième partie : Othman Ibn Affan
Avec Mohsena Tawfik, Islam Fares, Rashad Hamed, Abdel Moneim Abou Fottouh, Galal Tawfik, Baher El Sayed, Rashad Osman, Mahmoud Hegazi, Mohamed Al Giddy, Abdul Aziz Khorshid

Scénario : Zafer Al Sabouni
Musique : Fouad El Zahiry
Production : Magda


Le film retrace l’histoire des quatre premiers califes « bien guidés », figures essentielles de l’expansion et de l’organisation de la communauté musulmane après la mort du prophète Mahomet : Abou Bakr Al‑Seddik (632‑634), Omar Ibn Al‑Khattab (634‑644), Othman Ibn Affan (644‑656) et Ali Ibn Abi Taleb (656‑661). Le récit n’est pas chronologique : chaque segment forme un ensemble autonome consacré à l’un des califes, avec son propre générique d’ouverture et de clôture. À noter que le réalisateur et son scénariste ont inversé l’ordre des deux derniers califes, en présentant le parcours d’Ali avant celui d’Othman.

Notre avis : évoquer ces quatre figures fondatrices de l’islam en moins de deux heures constituait un défi redoutable. Pour chacun des successeurs du Prophète, Niazi Mostafa sélectionne quelques épisodes marquants et rappelle, en quelques scènes, ce que l’on doit à chacun : organisation de la communauté, préservation et diffusion de la parole divine, conquêtes, structuration du pouvoir. L’intention pédagogique est manifeste et tout à fait louable, mais la production ne parvient pas à soutenir l’ampleur du sujet. L’ensemble fait penser à un petit film des années cinquante, réalisé avec des moyens techniques très limités.
Pourtant, Niazi Mostafa avait déjà abordé l’histoire musulmane sept ans plus tôt avec un biopic consacré à Rabia Al‑Adawiyya (717‑801), poétesse et figure majeure du soufisme. Il y exploitait pleinement les ressources de son art pour transformer la vie de cette mystique en un spectacle fastueux tourné en technicolor. À l’inverse, dans « Les Plus Grands Hommes de l’Islam », on ne perçoit aucun véritable projet esthétique comme si le cinéaste avait été intimidé par les figures illustres de son récit. Même les scènes de combat semblent empruntées, alors que dans les années quarante et cinquante Niazi Mostafa était considéré comme le grand spécialiste des fresques épiques retraçant les mœurs guerrières des tribus bédouines.
L’année suivante, Salah Abou Seif signera « L’Aube de l’Islam », une œuvre pleinement aboutie, aussi bien sur le plan artistique que sur le plan historique et religieux.


Mercredi 24 juin à 20h30

Le Prince de la Vengeance d'Henry Barakat (Amir Al Intiqam, 1950)
avec Anwar Wagdi (Hassan Hilali), Madiha Yousri (Yasmina), Samia Gamal (Zumoroda), Farid Shawki (Jaafar), Hussein Riad (Cheikh Jalal), Kamal Al Shennawi (Chahine le Mamelouk), Mahmoud El Meleigy (Metwali), Serag Mounir (Badran, chef de la police), Abdul Aziz Ahmed (cheikh Fadel), Zaki Ibrahim (le père d’Hassan Hilali), Mohamed Alwan (le frère de Badran), Reyad El Kasabgy (Cheikh al Mansour Ghurab), Zaki El Fayomi (Hisham, le fils de Yasmina), Ali Al Kassar (Nour, l’esclave)
Scénario : Henry Barakat
Dialogues : Youssef Gohar, Henry Barakat, Youssef Issa
D'après le roman Le Comte de Monte Cristo d'Alexandre Dumas
Musique : Ahmed Sedky, Farid Al Atrache ainsi que des extraits d’œuvres classiques occidentales telles que « La Force du Destin » de Giuseppe Verdi ou bien « Une Nuit sur le Mont Chauve » de Modeste Moussorgski
Production : Les Films du Lotus (Assia Dagher)


Film d'aventure. Hassan Al Helali est un capitaine de navire. Il dirige le Mansoura qui appartient à Cheikh Fadel. Il vit avec son vieux père et aime une jeune femme, Yasmina, qu’il doit très prochainement épouser. Mais Hassan a un rival, Chahine le Mamelouk qui est prêt à tout pour l’écarter. Avec deux complices, Jafaar et Metwali, celui-ci échafaude un complot diabolique. Les trois hommes vont dénoncer Hassan auprès de Badran, le chef de la police : ils l’informent que le capitaine détient un message confidentiel destiné à Abdul Jalil. Ce dernier qui a été arrêté et incarcéré est à la fois le frère de Badran et le chef de l’opposition au régime en place. C’est ainsi que le jour de son mariage, Hassan est jeté en prison sans procès. Ses ennemis ont la voie libre : l’un épousera sa fiancée, les deux autres prendront le commandement du Mansoura pour se livrer à la contrebande. En prison, Hassan fait la connaissance d’un vieil homme qui avant de mourir lui indique l’endroit où il a caché un trésor. Hassan parvient à s’évader et retrouve le coffre de son compagnon d’infortune. Il décide de se venger de tous ceux qui ont voulu l’éliminer…

Notre avis : première adaptation du roman d’Alexandre Dumas par Henry Barakat. Il en réalisera une autre en 1964, en couleur cette fois-ci. Malgré la rutilance des décors et des costumes de cette seconde version, c’est la première qui a gardé la faveur des cinéphiles et des critiques (elle figure dans la liste des cent films les plus importants du cinéma égyptien établie en 1996.) Sans trahir l’œuvre originale, le cinéaste a su l’orientaliser et l’assimiler à la culture arabe. On finit même par se demander si "Le Comte de Monte Cristo" ne serait pas l’adaptation d’un récit du temps des Mille et Une Nuits. Henry Barakat met en évidence tout ce qui dans le destin d’Edmond Dantès fait résonance avec l’âme orientale. L’amour perdu, les revers de fortune, l’injustice, la tyrannie, le courage, la vengeance constituent des thèmes familiers de la littérature arabe, depuis l’époque reculée de la poésie pré-islamique. « Le Prince de la Vengeance » est un conte flamboyant où se mêlent la poésie et l’épopée, une œuvre palpitante qu’on ne se lasse jamais de revoir. On se permettra tout de même de déplorer l’abus de la musique symphonique occidentale pour accompagner de nombreuses scènes «dramatiques», un travers que l’on retrouve dans bon nombre de films dits « sérieux » de la même époque.


Mardi 23 juin à 20h30

Le Crime Comique de Nagdi Hafez  (El Garima el Dahika, 1963)
avec Ahmed Mazhar (Medhat), Soad Hosny (Layla), Fathia Ali (la mère de Medhat), Mahmoud El Meleigy (Salman, l’assassin du père de Medhat), Abdel Moneim Ibrahim (le frère de Layla), Stephan Rosti (le psychiatre), Mimi Chakib (la mère de Layla), Mohamed Reda (l’oncle de Medha), Saïd Khalil (le cousin de Layla), Omar Afifi (Izzat Sami, l’auteur de romans policiers), Mohsen Hassanein (le frère de Salman), Thuraya Fakhry (la nourrice), Ahmed Loxer (l’inspecteur de police)Scénario : Abdel Aziz Salam
Musique : Youssef Shawki
Production : les Films de la Tour du Caire
appréciation : 3/5


Medhat est un réalisateur de télévision et il doit dans quelques jours épouser Layla. Il se rend dans le village où réside sa mère pour annoncer à celle-ci la bonne nouvelle. Après une fin de voyage mouvementée, il arrive enfin à destination. Son oncle et sa mère lui apprennent que l’assassin de son père est sorti de prison et qu’il voudra certainement se venger d’avoir été dénoncé par Medhat. La vieille femme et l’oncle incitent le réalisateur à tuer le meurtrier avant que celui-ci ne tente quoi que ce soit contre lui. Il refuse. De retour au Caire, il essaie de reporter son mariage mais la famille de sa fiancée ne veut rien savoir. Medhat et Layla se marient donc à la date prévue. La jeune femme s’installe dans la maison de son époux. Medhat sait que l’assassin de son père connaît son adresse. Délaissant son épouse, il passe toutes ses nuits dans le salon face à la porte d’entrée, un fusil entre les mains. Une nuit, un inconnu s’introduit dans la maison. Medhat tire aussitôt. L’homme s’effondre. Il est mort. Medhat enterre le corps dans son jardin. Avertis, des policiers se présentent au domicile du réalisateur…
Ce film est une adaptation de la comédie The Gazebo réalisé par George Marshall en 1959 (d’après la pièce d’Alec Coppel) avec Glenn Ford et Debbie Reynolds.

Notre avis : c'est une comédie au rythme trépidant, servie par une bande-son d'une grande inventivité. On ne s'ennuie pas une seule seconde, les péripéties et les gags s'enchaînent sans temps mort. Ahmed Mazhar qui semble tout droit sorti d'un film de Billy Wilder déploie une énergie contagieuse, entraînant dans son sillage tous ses partenaires . Cette année-là, l'acteur fait le grand écart puisque quelques mois auparavant le public avait pu le voir jouer Saladin dans la fresque historique de Youssef Chahine. Une mention spéciale pour les décolletés de Soad Hosny : la scène de la cuisine est restée dans toutes les mémoires !


Lundi 22 juin à 20h30

Les Lunettes Noires d'Houssam Al Din Mustafa (Al-Nazzara Sawdaa, 1963)
avec Nadia Lotfi (Madi), Ahmad Mazhar (Omar), Ahmad Ramzy (Aziz), Sanaa Mazhar (Mervat, la fille du patron), Abdel Khalek Saleh (le directeur de l’usine), Abu Bakr Ezzat (l’un des flirts de Madi), Karima El Sherif, Khalil Badr Eddin (Wali), Enayat Youssef, Fayek Bahgat (Mustafa, un ouvrier), Sayed Abdallah (un collègue d’Omar), Souad Abdullah
Scénario et dialogues : Lucien Lambert et Mohamed Kamel Abdel Salam
D’après une histoire d’Ihsan Abdel Quddus publiée en 1952 avec deux autres récits
Musique : parmi de nombreux emprunts, on trouve un extrait des « Spirituals for Orchestra IV » de Morton Gould (générique de l’émission de la télévision française « Les Dossiers de l’Ecran »)
Production : Abbas Helmy


Madi est une jeune aristocrate très fortunée qui mène une vie oisive. Elle porte en permanence des lunettes noires et parmi ses amis, elle jouit d’une grande popularité. Dans l’existence, elle n’a qu’un seul but : s’amuser. L’après-midi, elle retrouve toute sa bande autour de la piscine et le soir, on danse et on boit jusqu’au milieu de la nuit. La plupart du temps, elle rentre chez elle ivre morte. Madi a un petit ami attitré, Aziz mais celui-ci s’est lassé d’elle et a commencé à courtiser d’autres filles. Pour oublier sa peine, elle s’est mise à boire davantage et à flirter avec des garçons qu’elle connaît à peine. Un soir, elle rencontre un jeune homme différent de ceux qu’elle fréquente d’ordinaire. Il s’appelle Omar et il occupe un poste d’ingénieur dans une usine de textile. Ils vont sympathiser et Omar va tenter de faire partager à Madi sa conception de l’existence ainsi que son amour de la littérature et des arts. Pour la jeune aristocrate, c’est une révolution…

Notre avis : le récit du romancier Ihsan Abdel Quddus se déroule en 1947. Houssam Al Din Mustafa transpose l’action à son époque, ce qui lui permet de brosser un portrait à la fois éclatant et incisif de la société égyptienne des années soixante. Il est donc curieux de lire au début du film que l’intrigue se déroulerait toujours en 1947. Une erreur qui devient dès les premières images un contresens embarrassant.
Ces « Lunettes Noires » peuvent sembler un peu démonstratives voire moralisatrices mais le scénario évite habilement l’écueil du manichéisme : les deux personnages principaux occupent des positions qui s’inversent dans la dernière partie du film et cette inversion constitue l’un des intérêts majeurs de cette histoire. Nadia Lotfi est bouleversante en jeune femme déboussolée, bien loin des clichés de la jeune fille de bonne famille fraîche et ingénue, incarnée à la même époque par Soad Hosny. Ce personnage de « bad girl » constitue une première dans le cinéma égyptien de l’époque et confère au film une modernité singulière.
Sur le plan esthétique, le réalisateur semble vouloir s’aligner sur les standards du cinéma international : les personnages évoluent dans une atmosphère très Dolce Vita, la bande-son est exclusivement américaine, et Nadia Lotfi s’inspire visiblement de Monica Vitti pour composer son rôle. Malgré quelques maladresses, « Les Lunettes Noires » demeure l’un des meilleurs opus de Houssam Al Din Mustafa, cinéaste prolifique capable du meilleur — souvent — comme du pire — parfois.


Dimanche 21 juin à 20h30

Ismaël Yassin chez les fous d'Issa Karama (Ismaïl Yassin fi mostashfa el maganen, 1958)
avec Ismaël Yassin (Hassouna), Hind Rostom (Tema), Zinat Sedki (la mère de Tema), Abd El Fatah El Kosary (le père de Tema), Reyad El Kasabgy (chef de service à l’hôpital psychiatrique), Hassan Atla (un fou), Fouad Ratab (un fou), Farhat Omar (le docteur Shadid), Abdel Moneim Ibrahim (un fou), Abdel Moneim Ismaïl (le marchand de légumes), Hussein Ismaïl (le boucher), Hussein Asar (Zaki Al-Qahwaji), Mohsen Hassanein, Kitty (la danseuse), Helen (la folle qui fait un strip-tease), Salha Kasin, Abdel Hamid Zaki (le propriétaire de la pâtisserie), Ezzedin Islam (le directeur de l’hôpital), Abdel Ghany Kamar (l’astrologue)
Scénario : Abbas Kamel, Abdel Fattah El SayedMusique : Attya Sharara
appréciation : 3/5


Comédie. Tout le monde dans le quartier veut épouser Tema. Son père a emprunté de l’argent aux uns et aux autres en leur promettant à chaque fois de leur donner la main de sa fille. Tema est amoureuses de Hassouna, le pâtissier. Malheureusement, un chef de service à l’hôpital psychiatrique s’engage à éponger toutes les dettes du père si celui-ci consent à faire de lui son gendre. Les deux hommes font affaire mais il faut se débarrasser d’Hassouna. Ils décident de le faire passer pour fou et de l’interner à l’hôpital psychiatrique.

Notre avis : c’est une comédie typique des années cinquante qui mêle le burlesque et le glamour avec un seul objectif, plaire au plus grand nombre. Mais l’intérêt majeur de ce divertissement tout public réside sans aucun doute dans sa critique virulente de la famille traditionnelle et de la condition faite aux femmes. On voit un père, cynique et sans scrupule, promettre sa fille à qui voudra bien rembourser ses dettes et on voit aussi d’honnêtes artisans ou commerçants proposer « généreusement » leur aide au papa contre les faveurs de la belle Tema, incarnée avec brio par l’affriolante (et dans ce film, le mot est faible !) Hind Rostom.
Cela étant dit, « Ismaïl Yassin chez les fous » comporte quelques faiblesses. Une grande partie de l’intrigue se déroule au sein d’un hôpital psychiatrique et cela nous vaut des scènes interminables avec des « fous » se livrant à des pitreries puériles et répétitives.


Samedi 20 juin à 20h30

La Famille de Zizi de Fateen Abdel Wahab (Aelit Zizi, 1963)

avec Soad Hosny (Sana), Fouad El-Mohandes (Sabawi), Ekram Ezo (Zizi), Aqeila Rateb (la mère), Ahmed Ramzy (Sami), Layla Sheir (Layla, la fille de l’homme d’affaires), Mohamed Sultan (le réalisateur célèbre), Adly Kasseb (l’homme d’affaires), Salwa Saïd (Fawzia), Omar Afifi (Shabrawi)
Scénario : El Sayed Bedir et Lucien Lambert
Musique : Youssef Shouki
Production : Abbas Helmy


Chronique familiale. Zizi est une petite fille de cinq ans, vive et débrouillarde. Elle nous présente sa famille. Sa mère s’occupe seule du foyer et des enfants depuis la mort du père. Ce dernier lui a légué une pension qui permet de faire vivre toute la petite tribu. Sabawi est le frère aîné. Il est ingénieur et il a transformé sa chambre en atelier où il peut réaliser un tas d’expériences. Il vient d’inventer une machine qui transforme le coton en vêtement. Le deuxième fils est Sami, un étudiant en commerce qui délaisse les études pour les bagarres et les filles. Il tombe amoureux de leur voisine Layla et pour lui plaire, il s’initie au yoga. Et enfin, il y a Sana, la grande sœur qui rêve de devenir une actrice célèbre. Elle rencontre un réalisateur dont on devine très vite les mauvaises intentions…

Notre avis : un jour, on s'apercevra que Fateen Abdel Wahab fut l'un des chroniqueurs les plus fins de son époque et qu'à ce titre il doit figurer dans la liste des plus grands réalisateurs du cinéma égyptien. Pour preuve, cette comédie pétillante qui nous conte, avec ironie mais aussi avec empathie, les tribulations de tous les membres d'une famille de la "middle class" aisée.
Dans la carrière de Soad Hosny, ce film constitue un tournant majeur. Jusque là, elle jouait les jeunes filles de bonne famille plutôt sages. Dans « La Famille de Zizi », elle incarne la jeune égyptienne qui aspire à la liberté et qui prend des initiatives pour réaliser ses ambitions. Celle-ci n’attend plus passivement le mariage car elle est convaincue que son bonheur ne dépend que d’elle-même. Ce n’est pas un hasard si les auteurs du film ont pris soin de retrancher toute figure paternelle dans l’existence de leur héroïne : le père est mort et le frère aîné est bien trop occupé par ses recherches pour s’intéresser à ce qu’entreprend sa sœur. Le personnage joué par « la Cendrillon de l’Ecran » peut ainsi agir à sa guise sans crainte des remontrances. Avec ce rôle, Soad Hosny, à vingt ans, devient le modèle de toute une génération qui à l’aube des années soixante rêve d’une autre vie, plus libre, plus intense.
Zizi, la petite fille, est incarnée par Ekram Ezo. Celle-ci manifeste une aisance, un naturel peu communs et le succès du film lui doit beaucoup. Grâce à sa prestation, elle va devenir une star du jour au lendemain. Malgré cela, elle mettra un terme à sa carrière trois ans plus tard. Elle avait dix ans !
Dans la dernière partie, on appréciera la reconstitution satirique d’un tournage de film en costumes avec prince et princesse roucoulant dans un palais en carton-pâte.


Vendredi 19 juin à 18h

La Vierge et les cheveux blancs d'Hussein Kamal (Al A'zraa wal Shaar Al Abyad, 1983)
avec Nabila Obeid (Dawlat), Mahmoud Abdel Aziz (Medhat), Mohamed Al Ramly (l’homme d’affaires), Sherihan (Buthaina, la fille adoptive de Dawlat et de Mehdat), Hayat Salah El Din (Buthaina, petite fille), Mariam Fakhr Eddine (la mère de Dawlat), Mamdouh Abdel Alim (Adel), Mahmoud El Qala'awy (Muhy, le mari d’Afaf), Afaf Rashad (Afaf, l’amie de Dawlat), Mervat Kazem (la mère de Buthania), Afaf Wagdi (la mère d’Adel), Hamdy Youssef (le médecin), Hanem Mohamed (Aziza), Medhat Ghaly (Othman), Ibrahim Kadri (le portier)
d'après un roman d'Ihsan Abdul Quddus
Scénario : Kawthar Heikal
La musique est de Tarek Sharara mais on peut aussi entendre à plusieurs reprises celle composée par Philippe Sarde pour Les Choses de la Vie de Claude Sautet.


Le premier mariage de Dawlat a été un échec en raison de la stérilité de son mari. Ne pouvant concevoir une vie sans enfant, elle avait demandé et obtenu le divorce. Elle a trouvé refuge chez sa mère et elle comble le vide de ses journées en s’adonnant à l’équitation, son sport favori. Un jour sa mère lui demande de s’occuper d’un immeuble qu’elle possède. C’est ainsi que Dawlat fait la connaissance de Medhat, un jeune homme pauvre qui vit sur le toit de l’immeuble. Il est désespéré car il vient de perdre sa mère. Bien qu’il occupe de manière illégale l’appartement, Dawlat a pitié de lui et décide de l’aider. La bourgeoise et son locataire sympathisent puis très vite l’amitié se transforme en amour. Malgré la différence sociale, ils se marient et grâce à Dawlat, Medhat devient un homme d’affaires avisé. Mais le destin frappe à nouveau la jeune femme : une opération chirurgicale la rend stérile. Le couple décide alors d’adopter une petite fille. Les années passent. La petite fille devient une ravissante adolescente. La situation se complique quand elle tombe amoureuse de son père adoptif.

Notre avis : Hussein Kamal fut l’un des chroniqueurs les plus lucides de son époque. Il ne s’est jamais laissé entraver par les convenances ou les interdits et n’hésita jamais à aborder les sujets les plus délicats. Dans ce film, il se montre particulièrement audacieux. Dans la première partie, il aborde le problème de la stérilité féminine considérée en Egypte comme l’un des pires malheurs que puissent vivre une femme, et dans la seconde partie, il évoque l’amour que ressent une jeune adolescente pour son père adoptif. A chaque fois, Hussein Kamal traite son sujet avec une franchise totale mais sans jamais se départir de ce tact et de cette élégance que l’on retrouve dans d’autres de ses réalisations. La direction d’acteurs, rigoureuse et précise, parvient à créer des scènes qui frappent par leur authenticité et leur tension dramatique. Nabila Obeid réussit à traduire tous les tourments intérieurs de son personnage de femme mûre à la fois fragile et sensuelle. Sherihan qui joue l’adolescente impressionne par son naturel et sa maîtrise de l’art dramatique. Il y a quelques années, Nabila Obeid a déclaré sur son compte Instagram que son rôle dans « La Vierge et les Cheveux Blancs » fut l’un des plus difficiles de toute sa carrière. On ajoutera que ce fut avant tout l’un de ses plus beaux rôles dans l’un de ses meilleurs films.


Jeudi 18 juin à minuit

La Porte Ouverte d'Henry Barakat (Elbab Elmaftouh,1963)
avec Faten Hamama (Layla), Saleh Selim (Hussein), Mahmoud Morsi (Fouad, le professeur de philosophie de Layla), Jacob Michaël (le père de Layla), Hassan Youssef (Isam, le cousin de Layla), Shweikar (Djamila, la cousine de Layla), Mimi Chakib (la tante de Layla), Mahmoud El Hedini (Mahmoud, le frère de Layla), Seham Fathy (une camarade de Layla), Nahed Samir (la mère de Layla), Nawal El Saghira (la petite fille), Hussein Ismail (le mari de Djamila), Khadiga Mahmoud (Saïda, la servante), Ali Mostafa (l’un des révolutionnaires arrêtés), Samir Shedid (Sedky, l’amant de Djamila)
d'après un roman de Latifa Al Zayyat publié en 1960 (prix Naguib Mahfouz)
Scénario : Youssef Issa, Henry Barakat, Latifa Al Zayyat
Musique : André Ryder
Production : Henry Barakat


Nous sommes en 1951, à la veille de la chute du roi Farouk. Layla est une jeune lycéenne qui prend une part active dans toutes les manifestations organisées pour réclamer le départ du monarque. Quand son père découvre son implication dans le mouvement révolutionnaire, il devient fou de rage et la corrige de manière brutale. Heureusement, Layla trouve du réconfort auprès de son cousin Isam qui vit avec sa mère dans l’appartement au-dessus de celui de ses parents. Une idylle naît entre eux mais le comportement du jeune homme va décevoir Layla et elle va renoncer à l’amour jusqu’à sa rencontre avec Hussein, un militant révolutionnaire, ami de son frère…

Notre avis : un très grand film mettant en valeur le rôle des femmes dans la chute de la monarchie en 1952. Faten Hamama est incroyablement émouvante dans le rôle d’une jeune lycéenne qui combat un régime politique archaïque et qui en même temps doit affronter la domination des hommes de son entourage. Comme dans d’autres films, Henry Barakat sait avec une rare habileté mêler le politique et l’intime. La musique d’Andre Ryder, d’une grande force lyrique, n’est pas étrangère à la beauté de cette « Porte Ouverte ».


Mercredi 17 juin à 16h

Mademoiselle Diablesse d'Henry Barakat (Afrita Hanem, 1949)
avec Samia Gamal, Farid El Atrache (Asfour), Ismail Yassin (Booh), Ali Kamel (Qilh), Mohamed Nabi (Halaq), Abdel Salam Al Nabulsi (Mimi Bey, le rival d’Asfour), Stephan Rosti (Abou Alyah, le directeur du théâtre), Lola Sedki (Alyah, la fille du directeur du théâtre), Zeinat Sedki (Warda, la directrice de la pension), Salah Kasin (une vieille dame), Zaki Ibrahim (le vieux sage), Mohamed Sobeih (le chauffeur de taxi), Mohsen Hassanein (le cireur de chaussures)
Scénario et dialogues : Abou Al Seoud Al Ebiary et Henry Barakat
Musique : Farid Al Atrache
Production : les films Farid Al Atrache/Studio Misr


Comédie musicale. Asfour est un chanteur sans le sou qui se produit sur la scène du Théâtre Crème. Il vit à la pension Warda avec ses collègues Booh, Qilh et Halaq. Il est amoureux de Alyah, sa partenaire mais aussi la fille du directeur du théâtre Crème. La jeune femme s’apprête à épouser un jeune homme riche, Mimi Bey. Asfour qui pourtant croit être aimé fait sa demande en mariage auprès du père d’Alyah. Ce dernier exige en dot une somme que le pauvre chanteur est incapable de réunir. Asfour est au désespoir mais le destin va lui porter secours. Alors qu’il erre sans but dans la campagne, un vieux sage vient à sa rencontre et lui donne rendez-vous dans une grotte. Asfour s’y rend accompagné de son ami Booh. Le vieil homme apparaît et remet au chanteur une lampe magique. En sort une petite diablesse du nom de Kahramana. Celle-ci peut exaucer tous ses vœux. Malheureusement, elle est tombée amoureuse d’Asfour et fera tout pour empêcher son mariage avec Alyah.

Notre avis : de 1947 à 1952, Samia Gamal et Farid Al Atrache vont partager le haut de l’affiche de sept comédies musicales. Cette « Mademoiselle Diablesse » constitue certainement l’acmé de leur carrière en couple. C’est une féérie visuelle et sonore dans laquelle les deux artistes semblent touchés par la grâce. La dimension fantastique du récit inspirée des Contes des Mille et Une Nuits n’est pas l’un des moindres charmes de ce film et le réalisateur a su revivifier la figure mythique de l’efrit en la dotant de toute la séduction et de toute la sensualité de son actrice principale.
Profitons-en pour souligner le rôle majeur joué par Samia Gamal dans l’évolution de la comédie musicale égyptienne. Son sens du mouvement et de la comédie a dépoussiéré un genre qui au départ s’inspirait largement de l’opérette traditionnelle d’où le caractère guindé des séquences dansées et chantées. Avec Samia Gamal tout change, le rythme s’accélère, la frénésie s’empare des corps, les répliques crépitent allègrement, la caméra elle-même semble danser comme entraînée par l’euphorie générale. Enfin, grâce à sa fougueuse partenaire, Farid Al Atrache se lâche et nous montre qu’il est bien meilleur acteur dans le registre comique que dans le drame.


Mardi 16 juin à 20h30

La Fille du Music-hall de Mahmoud Zulficar (Fatat El Esste'rad, 1969)
avec Soad Hosny (Fayza), Hassan Youssef (Ahmed Alawi), Fifi Youssef (la mère d’Ahmed), Adel Imam (Fahmy, l’assistant d’Ahmed), Farouk Falawkas (le serviteur d’Ahmed), El Sayed Radi (le metteur en scene), Aleya Abdel Moneim (la mère de Fayza), Hamed Morsi (le professeur de chant), Abdel Moneim Madbouly (lui-même), Atef Makram (le frère de Fayza)
Scénario : Mohamed Abou Youssef
Musique : Mounir Mourad 
Production : Abbas Helmy


Adaptation du Milliardaire de George Cukor (1960)
Ahmed Alawi a hérité de la fortune de son père et il mène une existence oisive et insouciante. Un jour il apprend dans un magazine qu’une compagnie de danse prépare un spectacle dans lequel on tournera en dérision sa vanité et son arrogance. Ahmed décide aussitôt de se rendre au théâtre qui héberge la troupe pour protester. Il tombe en pleine séance de travail : c’est Fayza, la vedette du spectacle qui répète l’un de ses numéros avec ses danseurs. Le riche héritier est subjugué par la beauté de la jeune artiste. Pour la séduire, il va cacher sa véritable identité…

Notre avis : tenter de faire un remake ou même une adaptation du « Milliardaire » est forcément une opération à haut risque. N’est pas Marilyn Monroe ou Yves Montand qui veut. Contre toute attente, cette « Fille du Music-Hall » n’est pas indigne de son célébrissime modèle (sans pour autant l’égaler, il va sans dire) et c’est essentiellement grâce au talent et au charme de Soad Hosny. Précisons tout de même que sa prestation n’atteint pas le niveau de celle qu’elle donnera en 1972 dans la comédie musicale « Méfie-toi de Zouzou. ». Cela dit, le point faible de ce film reste Hassan Youssef : difficile de faire plus inexpressif dans le jeu. Dans un rôle secondaire, celui de la mère du héros, Fifi Youssef n’est guère convaincante non plus. A noter que c'est la quatrième fois que Mahmoud Zulficar réunit dans un film Soad Hosny et Hassan Youssef. Pendant toutes les années soixante, les deux acteurs incarnèrent la jeunesse égyptienne, urbaine et estudiantine, dans des comédies légères et grand public.


lundi 15 juin 2026

L’escalier de service (alsulm alkhalfiu,1973)

السلم الخلفي
 إخراج : عاطف سالم


Atef Salem a réalisé L'Escalier de Service en 1973.
Distribution : Abdel Moneim Ibrahim (Othman), Mervat Amine (Soheir, la femme d’Othman), Abdel Khaleq Saleh (Omar, le propriétaire de l’immeuble), Hassan Youssef (Sami, le fils d’Omar), Nifin (la sœur de Sami), Aleya Abdel Moneim (la mère de Sami), Fifi Abdou (la danseuse), Nagwa Fouad (la danseuse), Hassan El Baroudy (Mahmoud, le portier), Nour Al Sherif (Mohamed, le fils du portier), Mouwafak Bahgat (le leader du groupe), Safaa Abo El Saoud (Nousa, la servante), Amal Sharif (la femme qui tyrannise sa jeune servante), Dina Abdallah (la jeune servante tyrannisée), Ghassan Matar (Izzat), Kawthar El Assal (Ferdoos, la femme d’Izzat), Fatma Mazhar (Titi, la sœur de Ferdoos), Hussein Ismael (Madbouly), Salah El Masry (le médecin), Kawthar Ramzi (une servante)
Scénario : Kamel El Hefnawy
Musique et chansons : Fouad El Zahiry, Mohamed Diaa El Din, Hussein El Sayed, Jamal Al Hashemi
Production : The Egyptian Public Authority for Cinema, Television, Theater and Music

Mervat Amine et Abdel Moneim Ibrahim






Mouwafak Bahgat








Ghassan Matar










Mervat Amine et Abdel Moneim Ibrahim







Amal Sharif et Dina Abdallah










Abdel Khaleq Saleh









Kawthar El Assal et Fatma Mazhar



Nour Al Sherif et Hassan El Baroudy



Safaa Abo El Saoud et Abdel Moneim Ibrahim



Aleya Abdel Moneim, Nifin et Hassan Youssef



Safaa Abo El Saoud et Ahmed Nabil





Résumé

Le film s’ouvre avec la tournée matinale du livreur de lait. Celui-ci s’engouffre dans un immeuble et on fait connaissance avec les résidents qui lui ouvrent leur porte. Pour aller d’un étage à l’autre, le livreur emprunte l’escalier de service qui constitue un axe central dans la vie de tous les habitants de l’immeuble. Il permet d’aller et venir en toute discrétion, sans risquer de tomber nez à nez avec un conjoint jaloux, un patron intraitable, un parent autoritaire ou un propriétaire tatillon.

C’est par cet escalier que le film nous fait glisser dans l’intimité des familles, révélant leurs joies, leurs secrets ou leurs drames.

Le récit suit plus particulièrement quelques personnages.

Othman, employé de bureau, vient d’épouser Soheir, une jeune femme d’une beauté éclatante. Mais depuis leur mariage, un problème empoisonne leur vie : Othman est devenu impuissant. Les potions qu’il achète en cachette n’y changent rien. Soheir, dévorée par le désir et la frustration, souffre en silence, même si son amour pour son mari demeure intact.

Sami est le fils du propriétaire de l’immeuble. C’est un garçon qui néglige ses études et préfère se consacrer à ses plaisirs. Il passe des nuits entières avec ses camarades et rentre chez ses parents au petit matin, ivre mort. Pour gagner de l’argent facilement, il n’a pas hésité à sombrer dans la délinquance, en organisant vols de voitures et cambriolages. Il entretient des relations très conflictuelles avec sa sœur qui mène une vie d’étudiante studieuse.

À l’université, celle-ci est amie avec Mohamed, le fils du vieux portier. Travailleur et respectueux, Mohamed partage son temps entre ses études et l’aide qu’il apporte à son père pour l’entretien de l’immeuble. Malgré leurs différences sociales, les deux jeunes gens s’entendent à merveille.

Nousa, servante dans une famille avec un bébé, illumine l’immeuble par sa bonne humeur. Elle rêve de devenir artiste et passe ses journées à chanter et danser, au détriment du nourrisson qu’elle est censée garder. Elle se lie d’amitié avec un groupe de jeunes musiciens fauchés qui vivent dans un appartement voisin. Un jour, ils lui proposent de devenir leur chanteuse : Nousa accepte avec enthousiasme.

Dina Abdallah, petite fille employée comme servante, vit quant à elle un quotidien bien plus sombre. Exploitée et maltraitée par le couple qui l’emploie, elle travaille du matin au soir pendant que les autres enfants de l’immeuble jouent librement.

Enfin, Izzat, séducteur invétéré, multiplie les conquêtes malgré la grossesse de sa femme Ferdoos. Lorsque la jeune sœur de celle-ci vient les aider, il tente aussitôt de la séduire et finit par abuser d’elle. Il jette également son dévolu sur Soheir, la femme d’Othman, qu’il harcèle jusque dans son propre appartement.

Dénouements : les événements se précipitent et prennent une tournure nettement dramatique.

La petite servante pour échapper aux sévices de sa maîtresse se jette dans le vide du haut de l’escalier. Au début de l’enquête, les policiers soupçonnent le portier et son fils d’être responsables de la mort de la petite fille mais ils seront vite innocentés.

Sami est arrêté alors qu’avec sa bande il s’apprêtait à cambrioler une maison. En apprenant la nouvelle, son père fait un malaise cardiaque.

Profitant de l’absence du mari parti en voyage, Izzat s’est introduit dans l’appartement d’Othman et de Soheir grâce à la complicité de la femme de ménage. Il se jette sur Soheir et tente de la violer. Au début la jeune femme résiste mais progressivement, l’excitation monte en elle et elle s’apprête à totalement s’abandonner au désir d’Izzat. Heureusement, Othman arrive à temps pour faire fuir l’agresseur qui disparaît dans l’escalier de service avant que le mari n’ait pu entrer dans la chambre. Soheir est soulagée, et Othman lui annonce une nouvelle inespérée : grâce à un médecin qu’il a consulté, il a retrouvé sa virilité. Le couple entreprend aussitôt de le vérifier.