dimanche 1 février 2026

A la télé : les films du jour (Rotana Classic du 1er au 4 février)

روتانا كلاسيك

Quels films peut-on voir sur la chaîne Rotana Classic ? Les horaires donnés sont ceux de l'après-midi ou de la soirée (heure de Paris). La plupart des films sont ensuite rediffusés le lendemain matin.
Rotana Classic a remplacé Rotana Zaman en 2012. Cette chaine fait partie du groupe Rotana basé en Arabie Saoudite et spécialisé dans le divertissement (télévision et musique). Celui-ci a été créé par le prince Al-Walid ben Talal ben Abdelaziz Al Saoud, membre de la dynastie Al Saoud et petit-fils du fondateur de l'Arabie Saoudite. Comme son nom l’indique, Rotana Classic diffuse essentiellement les grands classiques du cinéma égyptien. Disponible en France.


Mercredi 4 février à 16h

Amour et Orgueil d'Hassan Al Imam (Hob wa Kibria, 1972)
avec Nagla Fathy (Zizi), Mahmoud Yassin (Hussein), Hussein Fahmy (Adel), Samir Sabri (Ahmed, le frère de Zizi), Madiha Kamel (Kawthar), Madiha Salem (Fatima, la sœur d’Hussein) Imad Hamdi (le père de Zizi), Salah Nazmi (le père de Kawthar)
Scénario : Mohamed Mostafa Samy et Youssef Issa
Musique : Sanaa El Barony, Helmy Bakr, Sami Sabri, Salah Gahin, Fouad El Zahry
Production : Ramsès Naguib
appréciation : 2/5


Zizi, la fille d’un vieux chef d’entreprise, attend avec impatience le retour de son fiancé qui a fait un long séjour à l’étranger. Ils doivent bientôt se marier. Malheureusement, la situation économique s’est assombrie et la société du père de Zizi connaît de sérieuses difficultés. Adel, le fiancé, préfère s’éloigner de celle qui n’est plus un si bon parti. Il épouse Kawthar, la fille d’un homme d’affaires fortuné qui fut une camarade de classe de Zizi. Blessée, cette dernière se marie avec Hussein, le jeune chef d’entreprise qui est venu aider son père à redresser les comptes de son affaire. Le soir même de ses noces, elle avoue à son mari qu’elle aime toujours Adel. D’un commun accord, les deux jeunes gens resteront ensemble un certain temps puis divorceront.
Amour et Orgueil est un remake de Pitié pour mes Larmes de Henry Barakat (1954) avec Faten Hamama.

Notre avis : malgré la participation de la très belle et très talentueuse Naglaa Fathy, ce film d’Hassan Al Imam déçoit. On y retrouve bien des éléments déjà exploités dans d’autres productions de la même époque. Les personnages, les situations ne présentent pas la moindre originalité et tous les comédiens se contentent de faire ce qu’ils ont déjà fait ailleurs.
Pour ne rien arranger, on a l’impression que les personnages d’ »Amour et Orgueil » ont des semelles de plomb. Le réalisateur alterne scènes debout et scènes assises avec des comédiens toujours statiques. C'est un bel exemple de cette esthétique roman-photo qui est peut-être le défaut le plus commun du cinéma égyptien.
Pourtant au début, le film s’annonçait un peu plus trépidant. Dans les quinze premières minutes, se succèdent danses et chansons au point qu’on a l’impression d’assister à une comédie musicale. Mais cette alacrité ne dure pas : danses et chansons disparaissent très vite pour laisser la place à une atmosphère morne qui se maintiendra jusqu’à la fin.


Mardi 3 février à 18h30

Vous êtes témoins d'Hassan El Seifi (Eshado ya nas, 1953)
avec Shadia (Fatima), Mohsen Sarhan (Hassan), (Mahmoud El Meleigy (Fadhel), Ismail Yassin (l’ami d’Hassan), Mimi Chakib (la femme de Khalid), Serag Mounir (Khalid Abdel Wahab), Kitty (la danseuse), Amina Rizk (Hassania, la femme de Fadhel), Soheir Fakhry (Amal, la sœur de Fatima), Zaki Ibrahim (le comptable de la société), Wedad Hamdy (Hamida la servante), Adly Kasseb (un partenaire de jeu de Fadhel), Lotfi El Hakim (le médecin), Kawthar Shafik (l’amie de Fatima)
Scénario : Abou Al Seoud Al Ebiary
Musique et chansons : Mounir Mourad, Kamal Al Tawil, Mahmoud Al Sharif, Fathy Qoura, Abou Al Seoud Al Ebiary
Production : Aflam Misr Algadida


Après avoir dilapidé toute sa fortune au jeu, Fadhel trouve une place de directeur dans une entreprise de construction. Cette société appartient à une grande compagnie dirigée par Khalid Abdel Wahab, un homme à la fois rigoureux et bienveillant. Malgré ses revers, Fadhel n’a pas changé sa manière de vivre : il continue à négliger sa femme et ses deux filles et il passe ses soirées à boire dans un cabaret où il retrouve une danseuse qui qui l’a littéralement ensorcelé. Pour lui complaire, il dépense sans compter et à la table de jeu, engage des sommes importantes. Afin de financer ses « menus plaisirs », il détourne les fonds de son entreprise. Entre temps, Fatima, sa grande fille, fait la connaissance d’Hassan, le fils de Khalid Abdel Wahab. Le jeune homme étudie la médecine en France et il est revenu en Egypte pour les vacances. Les deux jeunes gens tombent très vite amoureux l’un de l’autre et ils projettent de se marier. C’est à cet instant que le drame se noue : Khalid Abdel Wahab est informé par l’un de ses employés des irrégularités qui apparaissent dans les livres de comptes de Fadhel. Le chef d’entreprise veut en avoir le cœur net. Il se rend dans le bureau de son directeur et surprend celui-ci alors qu’il vient de mettre dans la poche de son veston toute une liasse de billets…

Notre avis : quand Hassan El Seifi tourne « Vous êtes Témoins » il a vingt-cinq ans et c’est sa deuxième réalisation. Les producteurs ont fait appel pour le scénario à Abou Al Seoud Al Ebiary, un scénariste chevronné ; et pour l’interprétation, ils ont engagé les plus grands noms de l’époque. Il n’empêche que ce film comporte bien des défauts : un récit mal construit avec des scènes qui se répètent (dans la première partie, les deux héros semblent rejouer plusieurs fois la même séquence en voiture.), une interprétation inégale (Shadia minaude de manière excessive, Mahmoud el Meleigy surjoue le forcené rendu fou par la débauche et Ismaïl Yassin semble se demander ce qu’il vient faire dans cette histoire.), un happy end tellement forcé que les acteurs semblent eux-mêmes ne pas y croire. Même le talent de la pétulante Kitty est bien mal utilisé : on assiste à une succession de danses endiablées filmées à la va vite. Bref, une déception.


Lundi 2 février à 16h

La Femme d'un Homme Important de Mohamed Khan (Zawgat Ragol Mohim, 1988)
avec Ahmed Zaki (Hisham), Mervat Amin (Mona), Ali Ghandour (le père de Mona), Alyah Ali (la mère de Mona), Zizi Mustapha (Samiha), Hassan Hosni (le brigadier Yousri), Thuraya Ezzelddin (la femme du brigadier Yousri), Nazim Sharawi (le directeur de la sécurité de l’état), Nahed Samir (la tante d’Isham), Othman Abdel Moneim (le directeur de la sécurité de la ville), Abdel Ghany Nasser (le député), Khairy Beshara (le mari de Samiha), Mohamed Dardiry (l’écrivain Magdy Ezz Al-Arab), Tarek Mandour (le chauffeur d’Hisham)
Scénario : Raouf Tawfiq
Musique : Georges Kazazian
figure dans la liste des quinze meilleurs films égyptiens de tous les temps


Dans l'Egypte des années soixante-dix. Mona Ismaïl est une jeune fille romantique qui adore le chanteur Abdel Halim Hafez. Son père est ingénieur et pour des raisons professionnelles, il a dû s’installer avec toute sa petite famille à Minieh, une ville de Haute-Egypte. C’est là que Mona rencontre Hisham, un officier de police ambitieux et autoritaire. Elle est séduite par sa personnalité et elle accepte de l’épouser. Peu après le mariage, le jeune couple s’installe au Caire. Mona découvre très vite que son mari est un jeune homme brutal et arrogant qui exige d’elle une soumission totale. Parallèlement, Hisham comprend peu à peu les règles impitoyables de l'ascension sociale et il compte bien en user sans état d’âme. Les 18 et 19 janvier 1977 des émeutes éclatent dans tout le pays à cause de la hausse subite des prix d’un grand nombre de produits de première nécessité. Hisham veut exploiter ces troubles au profit de sa carrière personnelle...

Notre avis : l’un des meilleurs films de Mohamed Khan. Bien qu’il soit question des émeutes qui ébranlèrent le régime d’Anwar El Sadate en 1977 et que le personnage principal soit un officier de police cynique et violent, «La Femme d’un Homme Important » est davantage un drame psychologique qu’un film politique. Le réalisateur s’est surtout intéressé à la lente décomposition d’un couple, la situation sociale et politique du pays n’est évoquée que pour montrer comment elle influe sur la vie personnelle des deux héros. Ahmed Zaki et Mervat Amine sont impressionnants de justesse et de vérité dans des rôles particulièrement difficiles. On pourra regretter le caractère excessivement mélodramatique du dénouement.


Dimanche 1er février à 18h30

La Fille des Aristocrates d'Anwar Wagdi (Bint Al Akkabir, 1953)
avec Layla Mourad (Layla), Anwar Wagdi (Anwar), Ismail Yassin (Chafchaq, le collègue d’Anwar), Zaki Rostom (Shawkat, le grand-père de Layla), Soliman Naguib (l’oncle Toufiq), Zinat Sedki (Alawyat, sœur d’Anwar), Ibrahim Emara (l’avocat), Mohamed Abdel Moteleb (chanteur), Kitty (danseuse), Mohamed Kamel (Idriss le serviteur)
Scénario : Abou Al Saoud Al Ebiary et Anwar Wagdi
Musique : Ryad Al Sonbati et Hussein El Sayed
Production : Anwar Wagdi


Layla vit avec son grand-père dans un immense palais. Elle souffre de la solitude qui lui est imposée : les visites et les sorties sont rares. Un jour son grand-père lui annonce qu’il doit s’absenter pour faire le pèlerinage. Pendant son absence, il lui interdit de sortir de la maison car, prétend-il, le monde extérieur est plein de dangers effroyables. Pour lui tenir compagnie, il a fait appel à son frère, oncle Toufiq qui résidera au palais jusqu’à son retour. Avant son départ, le grand-père a une discussion très vive avec celui-ci. Toufiq ne comprend pas la discipline de fer qu’il impose à sa petite fille. Il trouve cette éducation cruelle et archaïque. Le grand-père reste intraitable. Il ne veut pas que Layla connaisse le destin tragique de sa mère qui s’est donnée la mort par amour et pour cela il tient à contrôler tous les aspects de son existence. Après avoir accompagné son frère à l’aéroport, Toufiq constate que le téléphone du palais fonctionne mal. Il prévient la compagnie des télécommunications qui lui envoie deux réparateurs. Entre Layla et Anwar, l’un des deux ouvriers, c’est le coup de foudre instantané. Le jeune homme cache d’autant moins ses sentiments qu’il pense avoir affaire à l’une des domestiques de la maison.
Dernier film que Layla Mourad et Anwar Wagdi tournent ensemble. Ils divorcent la même année pour la troisième et dernière fois.Dernier film que Layla Mourad et Anwar Wagdi tournent ensemble. Ils divorcent la même année pour la troisième et dernière fois.

Notre avis : il est amusant de constater que ce dernier film d’Anwar Wagdi avec Layla Mourad s’intitule « La fille des aristocrates » alors que le premier s’intitulait « Layla, fille de pauvres ». Dans ce film de 1953, une jeune fille « de la haute » s’éprend d’un jeune homme pauvre ; dans celui de 1945, une jeune fille pauvre s’éprenait d’un garçon « de la haute ». Mais comme de bien entendu, les deux opus se terminent par le triomphe de l’amour avec comme dernière image, le baiser des deux héros. Au-delà des clichés inévitables dans ce type de productions, « La fille des aristocrates » offre quelques agréments. Layla Mourad chante toujours aussi divinement. Son jeu peut sembler limité mais quand sa voix s’élève, toutes les réserves tombent. Les séquences musicales du film sont restées dans toutes les mémoires. Les facéties d’Ismaïl Yassin ainsi que l’improbable duo formé par Soleiman Naguib et Zinat Sedki empêchent le film de sombrer dans le sentimentalisme lénifiant. Et puis, pour tout dire, nous adorons cette scène incroyable dans laquelle Layla Mourad chante assise sur une balançoire au beau milieu d’un temple grec. Elle est entourée de danseuses en short agitant des voiles blancs et de petits cupidons tremblotants. Sans doute l’un des sommets de l’art kitsch ! Un regret pour finir : la grande danseuse Kitty n’apparaît que quelques secondes dans les dernières images du film. Frustrant !


jeudi 22 janvier 2026

Le centenaire de Youssef Chahine à l'I.M.A

يوسف شاهين

Youssef Chahine et Hind Rostom dans "Gare Centrale"

Pour célébrer le centenaire de Youssef Chahine (1926-2008), l'Institut du Monde Arabe de Paris organise un festival autour de la vie et l'oeuvre du grand cinéaste égyptien. Pendant quatre jours, du 22  au 26 janvier  se succéderont projections et tables rondes sous la direction du critique de cinéma Jean-Michel Frodon. A cette occasion, l'I.M.A publie un remarquable dossier pédagogique que l'on peut télécharger sur son site Bienvenue à l’Institut du monde arabe | Institut du monde arabe

Au programme des projections, figurent cinq films de Youssef Chahine :

vendredi 23 janvier à 20h

Le Sixième Jour (1986)

samedi 24 janvier 

à 16h30  Le Destin (1997)

à 19h30 L'Émigré (1994)

dimanche 25 janvier

à 16h  La Terre (1969)

à 18h Le Moineau (1972)

"La Terre"


On pourra déplorer qu'encore une fois les films réalisés dans les années cinquante et soixante par Youssef Chahine sont oubliés et que l'on diffuse de festival en festival à peu près les mêmes oeuvres. Il me semble que ce choix très limité donne une image erronée de la filmographie du cinéaste. Ce dernier a lui-même entretenu cette perception en se montrant excessivement sévère à l'égard de ses réalisations de jeunesse.  L'apport de Youssef Chahine au cinéma égyptien est considérable mais il me semble que son oeuvre devrait faire l'objet d'une réévaluation. Non, tous ses films "engagés" de la maturité ne sont pas des chefs d'oeuvre. Non, tous ses films "commerciaux" de jeunesse ne sont pas des nanars insignifiants.

Ajoutons que l'Institut français d'Egypte à Alexandrie rendra lui aussi hommage à Youssef Chahine du 26 au 28 janvier en projetant la "trilogie d'Alexandrie" : Alexandrie pourquoi ? (1978), Alexandrie encore et toujours (1990) et Alexandrie New York (2004)


vendredi 16 janvier 2026

A la télé : les films du jour (Rotana Classic du 16 au 31 janvier)

روتانا كلاسيك

Quels films peut-on voir sur la chaîne Rotana Classic ? Les horaires donnés sont ceux de l'après-midi ou de la soirée (heure de Paris). La plupart des films sont ensuite rediffusés le lendemain matin.
Rotana Classic a remplacé Rotana Zaman en 2012. Cette chaine fait partie du groupe Rotana basé en Arabie Saoudite et spécialisé dans le divertissement (télévision et musique). Celui-ci a été créé par le prince Al-Walid ben Talal ben Abdelaziz Al Saoud, membre de la dynastie Al Saoud et petit-fils du fondateur de l'Arabie Saoudite. Comme son nom l’indique, Rotana Classic diffuse essentiellement les grands classiques du cinéma égyptien. Disponible en France.


Samedi 31 janvier à 22h

Monsieur le Concierge d'Hassan Ibrahim (El Beih El Bawwab, 1987)
avec Fouad El-Mohandes (Fahrat), Ragaa Al-Gidawy (la femme de Fahrat), Mohamed Reda (Abdel Rahman Bey), Safia El Emari (la femme d’Abdel Rahman Bey), Sayed Zayan (l’escroc), Ahmed Zaki (Abdel Samia), Muhja Abdul Rahman (Zeinab, la femme d’Abdel Samia), Wael Nour (Salah, la fils de Fahrat), Azza Labieb (Samia, la fille de Fahrat), Raafat Labib (Mustafa, le plus jeune fils de Fahrat), Helmy Abdel Wahab (le garagiste), Farouk Soleiman (l’agent immobilier)
Scénario : Youssef Gohar
Musique : Hani Mehanna, Ibrahim Ragab, Ahmed Zaki


Abdel Samia et sa petite famille ont quitté la Haute-Egypte pour s’installer au Caire dans l’espoir d’une vie meilleure. Leur aventure commence très mal : dans le train, un escroc leur a dérobé leur argent et une partie de leurs affaires et, une fois arrivés dans la capitale, ils errent dans les rues à la recherche d’un travail et d’un logement. Après avoir essuyé de nombreux refus, ils finissent par rencontrer un garagiste qui aide Abdel Samia à obtenir un emploi de concierge dans une luxueuse résidence. La petite famille retrouve espoir. Abdel Samia gagne très vite la confiance des résidents de l’immeuble et il devient même le courtier officieux de certains d’entre eux…

Notre avis : une évocation pleine de truculence du Caire des années quatre-vingt et une illustration réjouissante de la dialectique du maître et de l'esclave chère à Hegel. Avec dans le rôle principal, un Ahmed Zaki magistral qui fait feu de tout bois. En ouverture, une scène d'anthologie : le héros et sa petite famille qui ont pris place dans le train pour la capitale se font escroquer par un Tartuffe joué par un Sayed Zayan époustouflant de verve et de drôlerie. Enfin, une galerie de personnages féminins haut en couleur. "Monsieur le Concierge" constitue une belle surprise en cette fin des années quatre-vingt qui nous ont habitués à tant de productions médiocres.


Vendredi 30 janvier à 16h

Le Halal l’emporte d'Ahmed Al Sabawi (Alhilal yaksib, 1985)
avec Athar El Hakeim (Shams), Hussein Fahmy (docteur Fouad Hanafi), Younes Shalaby (Ali Hanafi, le frère aîné de Fouad), Zizi Moustafa (Zoubah, la femme d’Ali), Maaly Zayed (Nargis, la sœur de Zoubah), Salah Nazmi (Docteur Hamdi), Salah El Saadani (Lami, le rival de Fouad), Badriya Abdel Gawad (la servante de Shams), Ibrahim Kadri (le vieux mari), Saleh Yahya (le serviteur)
Scénario : Farouk Sayed, Masoud Masoud
Musique : Farouk Salama


Fouad Hanfy, jeune cardiologue issu d’un milieu modeste, partage son quotidien avec son frère Ali qui a repris le garage familial. Ali est marié à Zoubah, dont la sœur, Nargis, vit également sous leur toit. Fouad et Nargis sont amoureux l’un de l’autre et ils doivent prochainement se marier. La carrière du jeune médecin prend un tournant décisif lorsqu’il est convié à participer à la première transplantation cardiaque réalisée dans le monde arabe. L’intervention, dirigée par le célèbre docteur Hamdy, son professeur, concerne une patiente nommée Shams. Elle a été élevée par le docteur Hamdy lui-même après la mort de ses deux parents. L’opération est un succès éclatant, mais la convalescence s’annonce délicate. Contraint de s’absenter pour un colloque médical, le docteur Hamdy confie à Fouad la responsabilité de veiller sur l’état de santé de Shams. Ainsi débute une série de visites régulières entre le jeune médecin et sa patiente. Peu à peu, Shams développe des sentiments profonds pour Fouad, jusqu’à lui déclarer son amour et lui demander sa main. L’embarras de Fouad est extrême. Il est déjà engagé auprès de Nargis, la sœur de Zoubah, mais il n’ose pas contrarier Shams dont la santé reste précaire…

Notre avis : une comédie signée Ahmed Al Sabawi, cinéaste aussi prolifique qu’inégal. En 1985, il réalise pas moins de six films, dont celui-ci. Il s’agit d’une production typique des années 80, vite tournée, vite sortie, vite oubliée. Les actrices et les acteurs déploient tous une belle énergie, notamment Maaly Zayed dont l’abattage finit même par lasser (trop de pleurs !), mais on reste froid devant toute cette agitation.
Et pourtant, le film mérite qu’on s’y attarde, ne serait-ce que pour observer l’évolution de la comédie égyptienne sur une décennie. « Le Halal l’emporte » est le remake d’un film de 1974, « L'Important, c'est l'Amour » (Al Mohem El Hob) d’Abdel Moneim Shoukry avec Nahed Sherif et Adel Imam. A noter que les deux films ont été écrits par le même scénariste, Farouk Sayed. « L’important, c’est l’amour » est sans doute l’une des comédies les plus osées de son époque (qui pourtant n’en manque pas !) et on constate que dans le film des années 80, toute l’atmosphère érotique de son prédécesseur a totalement disparu. Il ne reste plus rien de l’aimable libertinage auquel s’adonnaient sans réserve les personnages du premier opus. Plus frappant encore : « Le Halal l’emporte » ne comporte pas le moindre baiser. Comme le titre l’annonçait : rien d’illicite dans cette comédie dont les auteurs semblent avoir eu le souci de se conformer à une certaine morale. Le dénouement prône même la polygamie !


Jeudi 29 janvier à 22h

Karakoun dans la rue d'Ahmed Yehia (karakun fi alshaarie, 1986)
avec Adel Imam (Shérif Mohamed Al-Masry), Yousra (Souad, la femme de Sherif), Liza (la petite fille), Raafat Maher Labib (le petit garçon), Ali Al-Sharif (Abou Douma, le squatteur du caveau familial de Sherif), Naima Al-Saghir (la mère de Sherif), Youssef Daoud (Shaaban), Amal Ibrahim (Ilham), Hussein Sherif (un officier de police), Abdel Moneim Elmarsfy (le magistrat), Adawi Ghaith (Hajj Nadi, le promoteur escroc), Angel Aram (l’une des victimes de Hajj Nadi), Diaa Al-Mirghani (un officier de police), Afaf Abdel Razik (la présentatrice de la télévision), Hamdi Youssef : (Hamdi)
Scénario : Ahmed Al Khatib
Dialogue : Basyouni Othman
Musique : Amar Al Charia
Production : New Art Film (Ahmed Yehya)


L'ingénieur Sharif est marié à Souad, une jolie enseignante. Ils ont déjà une fille Sarah et un fils Hani, et Souad attend un troisième enfant. La petite famille réside dans un grand appartement dans lequel vit aussi la mère de Sharif. Leur existence va soudain basculer : ils doivent quitter précipitamment leur immeuble qui menace de s’effondrer. Les autorités de la ville dressent des tentes pour accueillir tous les résidents mais la promiscuité imposée devient vite insupportable. Heureusement, une collègue de Souad leur propose de s’installer chez elle, le temps qu’ils trouvent un autre logement. Le mari de cette collègue accepte mal la présence de toute cette famille et il se comporte en véritable tyran, multipliant les petites humiliations à l’encontre de ses invités. L’homme finit même par rudoyer Hani, le fils de Sharif et de Souad. C’en est trop pour Sharif. Il se jette sur l’individu pour le rosser à son tour. Evidemment, toute la famille se retrouve dans la rue à la recherche d’un nouveau refuge. Sharif décide de s’installer au cimetière, dans le tombeau familial. En arrivant, ils découvrent que les lieux sont déjà occupés par un homme qui revendique le droit d’y demeurer. Sharif et son squatteur se retrouvent devant un juge. Ce dernier décide que les deux parties devront cohabiter…

Notre avis : une chronique sociale qui évoque les difficultés de logement rencontrées par les Cairotes de la classe moyenne dans les années 1980. De nombreux films s’intéressent à ce problème et, en cette même année 1986, Ali Abdel Khalek propose lui aussi une œuvre sur le sujet, avec des péripéties assez semblables : "Cimetières meublés à louer" (Madafen Mafrosha Lligar).
Pour incarner les deux héros, le cinéaste réunit Adel Imam et Yousra, un couple bien connu des spectateurs égyptiens. Et on les retrouve dans des situations que l’on a déjà rencontrées dans d’autres films de la même époque. Le parcours est balisé et l’on ne sera pas déstabilisé par ce récit assez convenu.
« Karakoun dans la rue » raconte, sur un ton doux-amer, les multiples obstacles qui se dressent devant le citoyen ordinaire en quête d’un toit. Les auteurs dénoncent la grande vulnérabilité de celui-ci face à une administration dénuée d’empathie et face à des entreprises dirigées par des escrocs sans scrupule. L’ensemble n’est pas déplaisant, même si le rythme demeure un peu languissant : les scènes semblent étirées au maximum de leurs potentialités et l’on souhaiterait parfois que le cinéaste recoure davantage à l’ellipse ou au raccourci. Rien de véritablement original donc dans cette satire, si ce n’est la dernière partie où l’on nous assène un étonnant plaidoyer en faveur du caravaning.


Mercredi 28 janvier à 18h30

La Fin du Chemin de Kamal Attiya (Nihâyat al tariq, 1960)
avec Hoda Soltan (Sharbat), Rushdy Abaza (Hussein), Tawkik El Deken (Fathi), Wedad Hamdy (l’amie de Sharbat), Abbas Fares (Haj Abdo, le père de Fathi), Omar el Hariri (Fouad), Thuraya Fakhry (la mère de Sharbat), Adawy Gheith (le directeur de l’usine), Fawzia Mohamed (la danseuse), Hassan El Baroudi (le secrétaire du père de Fathi)
Scénario : Kamal El Hefnawi
Musique : Mohamed El Mogy et des emprunts divers. (La musique du générique est un enregistrement de Pérez Prado, le roi du Mambo et on entend dans quelques scènes, des extraits de la B.O.de Sueurs Froides d’Alfred Hitchcock, une B.O. composée par Bernard Herrmann.)
Musique de danse : Attia Sharara
Chansons : Mohamed Al Mogi
appréciation : 4/5


Drame. Sharbat, une jeune femme d’origine modeste vit seule avec sa mère dans un petit appartement. Elle est tombée amoureuse d’Hussein, un jeune ouvrier qui réside dans le même immeuble que le sien. Elle multiplie les occasions de rencontres et parvient à s’introduire dans le logement de son bien aimé. Celui-ci cède aux avances réitérées de Sharbat. Ils se marient. Au début, l’entente entre les deux jeunes mariés est totale. Fathi, un jeune étudiant riche, tourne autour de la jeune femme. Il n’hésite pas à venir la voir chez elle quand Hussein est à l’usine mais Sharbat reste insensible à ses propositions. Avec son mari, elle est heureuse, d’autant plus que celui-ci a repris des études à l’université : il veut devenir avocat...

Notre avis : un excellent film dans lequel le réalisateur raconte l’ascension chaotique puis la chute vertigineuse d’une jeune femme prête à tout pour échapper à la pauvreté. Hoda Soltan campe avec un naturel confondant une enjôleuse diabolique qui détruit tous les hommes de son entourage. Avec ce rôle, elle confirme son titre de la femme fatale la plus maléfique du cinéma arabe. Ses partenaires Rushdy Abaza et Tawfiq El Deken sont tout aussi épatants, l’un et l’autre dans deux registres radicalement différents. Dans ce film, le réalisateur a su magistralement concilier le drame social à l’égyptienne et l’esthétique du film noir américain.


Mardi 27 janvier à 16h

Avec le Temps d'Ahmed Diaa Eddine (Maha al Ayyam, 1958)
avec Magda (Afaf), Imad Hamdi (Adel), Olwiyya Gamil (Madame Mounira), Ahmed Allam (Docteur Talaat), Wedad Hamdy (Fatima), Farouk Agrama (Samir), Sana Gamil (Ihsan), Karim Diaa Eddine (Karim), Mohamed Nabih (Basioni), Abdel Moneim Ibrahim (docteur Fawzi), Hourria (l’infirmière), Nagwa Fouad (la danseuse)
Scénario : Youssef Gohar
Production : les Films Diaa Eddine


Afaf est une jeune femme séduisante aux journées bien remplies : elle est médecin et son mari est mort la laissant seule avec leurs deux enfants en bas âge. Elle consacre sa vie à ses obligations professionnelles et à ses tâches maternelles jusqu’au jour où elle fait la connaissance d’Adel, un ingénieur qui est venu dans son hôpital pour se faire soigner. Ils se sentent attirés l’un par l’autre et Afaf redécouvre le bonheur de plaire. Mais sa belle-mère qui vit toujours avec elle compte bien s’opposer à cet amour naissant. Elle invite Adel à venir la voir. Elle lui apprend qu’Afaf est veuve et qu’elle a deux enfants. Pour le bien de ces derniers, elle lui demande de renoncer à son projet de mariage. Adel prend congé de la vieille dame, déconcerté mais sans rien lui promettre…

Notre avis : un drame sentimental avec en amoureux transi, l’inusable Imad Hamdi. Ce film semblera bien daté aux spectateurs d’aujourd’hui pourtant il n’est pas sans qualités. La première de toutes est sans doute sa grande sincérité : Ahmed Diaa Eddine est un incorrigible romantique qui ne se lasse pas de nous raconter des histoires d’amour. Et dans « Avec le Temps », il parvient à nous captiver grâce à l’élégance de sa réalisation et à la subtilité de sa direction d’acteurs. Ajoutons que Magda, la partenaire d’Imad Hamdi, n’a jamais été aussi belle (la blouse de médecin comme la robe de soirée lui vont à ravir !) et qu’elle est bouleversante dans ce rôle de jeune femme fragile ballottée par des vents contraires.


Lundi 26 janvier à 18h30

Les Lunettes Noires d'Houssam Al Din Mustafa (Al-Nazzara Sawdaa, 1963)
avec Nadia Lotfi (Madi), Ahmad Mazhar (Omar), Ahmad Ramzy (Aziz), Sanaa Mazhar (Mervat, la fille du patron), Abdel Khalek Saleh (le directeur de l’usine), Abu Bakr Ezzat (l’un des flirts de Madi), Karima El Sherif, Khalil Badr Eddin (Wali), Enayat Youssef, Fayek Bahgat (Mustafa, un ouvrier), Sayed Abdallah (un collègue d’Omar), Souad Abdullah
Scénario et dialogues : Lucien Lambert et Mohamed Kamel Abdel Salam
D’après une histoire d’Ihsan Abdel Quddus publiée en 1952 avec deux autres récits
Musique : parmi de nombreux emprunts, on trouve un extrait des « Spirituals for Orchestra IV » de Morton Gould (générique de l’émission de la télévision française « Les Dossiers de l’Ecran»)
Production : Abbas Helmy


Madi est une jeune aristocrate très fortunée qui mène une vie oisive. Elle porte en permanence des lunettes noires et parmi ses amis, elle jouit d’une grande popularité. Dans l’existence, elle n’a qu’un seul but : s’amuser. L’après-midi, elle retrouve toute sa bande autour de la piscine et le soir, on danse et on boit jusqu’au milieu de la nuit. La plupart du temps, elle rentre chez elle ivre morte. Madi a un petit ami attitré, Aziz mais celui-ci s’est lassé d’elle et a commencé à courtiser d’autres filles. Pour oublier sa peine, elle s’est mise à boire davantage et à flirter avec des garçons qu’elle connaît à peine. Un soir, elle rencontre un jeune homme différent de ceux qu’elle fréquente d’ordinaire. Il s’appelle Omar et il occupe un poste d’ingénieur dans une usine de textile. Ils vont sympathiser et Omar va tenter de faire partager à Madi sa conception de l’existence ainsi que son amour de la littérature et des arts. Pour la jeune aristocrate, c’est une révolution…

Notre avis : le récit du romancier Ihsan Abdel Quddus se déroule en 1947. Houssam Al Din Mustafa transpose l’action à son époque, ce qui lui permet de brosser un portrait à la fois éclatant et incisif de la société égyptienne des années soixante. Il est donc curieux de lire au début du film que l’intrigue se déroulerait toujours en 1947. Une erreur qui devient dès les premières images un contresens embarrassant.
Ces « Lunettes Noires » peuvent sembler un peu démonstratives voire moralisatrices mais le scénario évite habilement l’écueil du manichéisme : les deux personnages principaux occupent des positions qui s’inversent dans la dernière partie du film et cette inversion constitue l’un des intérêts majeurs de cette histoire. Nadia Lotfi est bouleversante en jeune femme déboussolée, bien loin des clichés de la jeune fille de bonne famille fraîche et ingénue, incarnée à la même époque par Soad Hosny. Ce personnage de « bad girl » constitue une première dans le cinéma égyptien de l’époque et confère au film une modernité singulière.
Sur le plan esthétique, le réalisateur semble vouloir s’aligner sur les standards du cinéma international : les personnages évoluent dans une atmosphère très Dolce Vita, la bande-son est exclusivement américaine, et Nadia Lotfi s’inspire visiblement de Monica Vitti pour composer son rôle. Malgré quelques maladresses, « Les Lunettes Noires » demeure l’un des meilleurs opus de Houssam Al Din Mustafa, cinéaste prolifique capable du meilleur — souvent — comme du pire — parfois.


Dimanche 25 janvier à 18h30

Le Dernier Mensonge d'Ahmed Badrakhan (Akher Kidba, 1950)
avec Farid Al Atrache (Samir), Samia Gamal (Samira Honolulu, l’épouse de Samir), Camellia (Kiki), Aziz Othman (le Maharajah), Ismail Yassin (Arnab/Madame Cire d’Abeille), Ali El Kassar (le domestique), Stephan Rosti (le médecin), Zaki Ibrahim (le directeur de l’opéra), Saïd Abou Bakr (le traducteur), Abdel Salam Al Nabolsi (le représentant de la société d’assurance), Abdel Halim El Qalawy (le chauffeur de bus fou), Abdul Jabbar Metwally (le voleur), Mohamed Shawky (le vendeur de ballons)
Scénario : Abou Al Seoud Al Ibiary, Ahmed Badrakhan
Musique : Farid Al Atrache 
Production : les films Farid Al Atrache
Dernier film de l’actrice Camellia. Elle disparaît brutalement dans un accident d’avion le 31 août 1950.


Samir est un chanteur marié à Samira une danseuse avec qui il travaille. Son bonheur serait complet si Samira n’était pas d’une jalousie féroce. Elle surveille chacun de ses faits et gestes. Quand elle doit s’absenter, elle ne lui laisse pas un sou de peur qu’il en profite pour rencontrer d’autres femmes. Un jour, il reçoit la visite de son ancienne fiancée, Kiki . Elle veut renouer avec lui mais il refuse. Elle ne se décourage pas pour autant. Avec l’aide d’un Maharajah de ses amis très menaçant, elle oblige Samir à assister à la petite fête qu’elle donne pour son anniversaire. Au cours de la soirée, le chanteur casse le collier de perles que portait Kiki, un collier très cher appartenant au Maharaja. Samir s’engage à le faire réparer et retourne chez lui avec dans sa poche de veston le fameux bijou. Le lendemain matin, Samira, toujours aussi suspicieuse, inspecte méthodiquement toutes les poches de son mari et tombe sur le collier…

Notre avis : une comédie musicale follement réjouissante avec le duo légendaire Farid Al Atrache et Samia Gamal. Les numéros chantés et dansés, bien que très longs, comptent parmi les plus mémorables de l’histoire du cinéma égyptien. Jamais Samia Gamal ne fut aussi belle et aussi sensuelle à l’écran. Autour du couple vedette, on retrouve les figures les plus célèbres de la comédie de l’époque, et par leur talent et leur énergie elles contribuent elles aussi à la réussite de ce « Dernier Mensonge ». Certes, on pourrait déplorer que le scénario surexploite certaines situations ou certains procédés (Je pense aux visites de l’agent d’assurances et du médecin au domicile du héros) mais ce serait vraiment chipoter. Le rythme trépidant du film et l’allégresse qui s’en dégage font bien vite oublier ces petites réserves. Enfin, rappelons que c’est la dernière apparition au cinéma de Camellia et elle est épatante en rivale sans-gêne de Samia Gamal. Celle qui était devenue une star en quelques années aurait pu prétendre à une magnifique carrière dans la comédie. Le destin en a voulu autrement.


Samedi 24 janvier à 22h

Monsieur Omar de Niazi Mostafa (Si Omar, 1941)
avec Zouzou Chakib (Lola, la sœur d’Omar), Naguib Al Rihani (Gaber/Omar), Mohamed Kamal El Masry (Gamil Bey, l’oncle d’Omar), Abd El Fatah El Kosary (Abdul Majid Sattour, le complice de Berlanta), Mimi Chakib (Berlanta), Stefan Rosti (l’avocat), Serag Mounir (le cousin d’Omar), Eglal Zaki (la chanteuse), Ali Kamal (l’employé indélicat), Mary Moneib (la tante d’Omar), Victoria Hobeika (la mère d’Omar), Abdel Aziz Khalil (le directeur de la pension), Abdel Aziz El Gahely (le vieux serviteur), Ali Abd El Al (le commerçant), Ahmed Shoukry (l’astrologue indien), Abdel Aziz Al Ahmed (Kawara, le voleur de rue), Eskandar Menassa (le traducteur de l’astrologue)
Scénario : Naguib Al Rihani et de Badie Khairy d’après la pièce du premier Si j’étais beau (1938).
L'épisode du collier volé semble inspiré du film américain The Desire réalisé en 1936 par Frank Borzage avec Marlène Dietrich et Gary Cooper.
Musique : Mohamed Hassan Al Shugai, Riad Al Sonbati, Badyah Sadek, Ibrahim Hussein, Mohamed El-Kahlawy
appréciation : 3/5


Gaber est un modeste employé travaillant dans l’exploitation agricole du très puissant Omar Al Alfy. Un jour il découvre dans les comptes du domaine de nombreuses irrégularités. Il en informe la direction. On le licencie aussitôt. Gaber décide de monter au Caire pour trouver du travail. Dans le train il se retrouve en compagnie d’une jeune femme très séduisante et d’un homme à la mine patibulaire. Ce dernier est un chef de gang du nom d’Abdel Majid Satour. Il est recherché par la police et pour échapper à l’arrestation en gare du Caire, il glisse un collier de très grande valeur dans la poche de Gaber. La jeune femme a surpris la manœuvre du voleur. En descendant du train, Abdel Majid Satour est intercepté par la police. La jeune femme en profite pour entraîner chez elle Gaber afin de récupérer le collier. Elle parvient à faire croire au pauvre employé qu’elle est la propriétaire de ce bijou et qu’elle pourrait très bien le dénoncer pour ce vol. Gaber la supplie de n’en rien faire. Cette femme qui se prénomme Berlanta est à la fois amusée et intriguée par sa « victime ». Elle est amusée par sa naïveté mais aussi intriguée par sa ressemblance frappante avec le milliardaire Omar Al Alfy dont elle prétend être l’épouse mais qui vit depuis plus de vingt en Inde. Elle est bien décidée à exploiter cette similitude. En attendant, Gaber se retrouve à la rue, ne sachant où dormir, et c’est la malchance qui le poursuit impitoyablement : il tombe entre les griffes d’un voleur qui le dépouille de tout ce qu’il possède, puis il se retrouve nez à nez avec Abdel Majid Satour. Ce dernier est très heureux de cette rencontre : il a cherché Gaber dans tous les hôtels de la ville afin de récupérer son collier. Quand Satour comprend que Gaber ne l’a plus, il décide de le séquestrer dans son repaire. Il va même le forcer à devenir un voleur comme lui. Un jour, Gaber voit par la fenêtre Berlanta monter dans une voiture. Avec Satour, il décide de la suivre. C’est ainsi qu’ils se retrouvent devant le palais de la famille d’Omar Al Alfy. Les domestiques qui les reçoivent sont convaincus d’être en présence de leur maître de retour après une si longue absence…

Notre avis : Si Omar est la deuxième collaboration entre Naguib Al Rihani et Niazi Mostafa. La première était Salama fi Khair (Salama va bien, 1937) qui figure dans la liste des cent meilleurs films de l’histoire du cinéma égyptien. Cette comédie se compose de deux parties aux styles très différents. Dans la première heure du film, on assiste à l’arrivée de Gaber au Caire après son renvoi. Il tombe sous la coupe du terrible Abd Al Majid Satour et progressivement devient son complice. Le réalisateur a fait ses études cinématographiques en Allemagne et l’influence de certains cinéastes européens est évidente dans la manière d’évoquer le petit peuple, honnête ou pas, de la capitale égyptienne. Les scènes se déroulant dans le repaire d’Abd Al Majir Satour rappellent aussi bien le réalisme poétique français que l’expressionnisme allemand. La seconde partie, moins originale que la précédente, se passe dans un lieu unique : Gaber et son mentor s’installent dans l’hôtel particulier de la famille de Si Omar. Nous retrouvons l’atmosphère des comédies conventionnelles se déroulant dans un milieu aisé avec domestiques, jeunes femmes élégantes et messieurs en smoking. Le tout est un peu théâtral mais le talent du grand acteur Naguib Al Rihani nous fait bien vite oublier ce petit défaut.


Vendredi 23 janvier à 18h30

Et l’Enquête Continue d'Ashraf Fahmy (Wala yazal altahqiq mustamirran, 1979)
avec Mahmoud Yassin (Hussein), Nabila Ebeid (Zeinab, la femme d’Hussein), Mahmoud Abdel Aziz (Medhat), Layla Hamada (Mervat, la sœur de Hussein), Tawfiq El Deqen (le beau-frère de Zeinab), Malak El Gamal (la mère de Zeinab), Nawal Fahmy (la mère de l’élève)
Scénario : Ihsan Abdul Quddus, Mostafa Moharam, Bashir El Dik
Musique : Gamal Salamah
Producteur : Gerges Fawzi et Les Films Ashraf Fahmy


Drame. Hussein est professeur d’anglais et il vit avec Zeinab, sa femme, et Mervat, sa petite sœur qui est étudiante aux Beaux-Arts. Hussein aime son métier. L’argent ne l’intéresse pas. Ce qui compte pour lui, c’est sa mission éducative auprès de ses élèves. Zeinab ne partage absolument pas les conceptions de son mari. Elle enrage de vivre chichement alors que sa sœur vit dans l’opulence grâce au salaire élevé de son époux. Un jour, Hussein a la visite d’un inconnu dans son lycée. Cet inconnu, c’est en fait Medhat, un ami d’enfance, qui s’était installé en Europe et qui y a fait fortune. Heureux de ces retrouvailles, Hussein invite à déjeuner Medhat. Ce dernier retrouve Mervat qui l’impressionne par sa beauté et il fait la connaissance de Zeinab. La petite famille boit les paroles de leur invité surprise qui évoque avec une certaine autosatisfaction sa réussite professionnelle dans le bâtiment. Quand il apprend que Mervat fait des études d’architecture d’intérieur, il lui propose de travailler à l’agencement de ses nouveaux bureaux. Après le départ de Medhat, Zeinab ne peut contenir sa colère contre son mari qui n’a à lui offrir qu’une petite existence médiocre. Et le jour où elle apprend que Hussein donne des cours particuliers sans demander d’argent en contrepartie, elle décide de rompre et retourne chez sa mère. Pour tenter d’arranger les choses entre les deux époux, Medhat décide de rencontrer Zeinab…

Notre avis : pour ce drame, Ashraf Fahmy retrouve son actrice fétiche du moment, Nabila Ebeid qu’on a déjà vue dans trois des quatre films qu’il a tournés l’année précédente ( « Et le Troisième est Satan », « Un Voyage à l’Intérieur d’Une Femme », « Une Autre Femme »). Pour son rôle dans « Et L’Enquête Continue », Nabila Ebeid obtiendra le prix de la meilleure actrice au Festival international du film d’Alexandrie. Un prix amplement mérité ! Grâce à son immense talent, elle a su restituer toute la complexité de son personnage, cette femme mariée que le malheur et la frustration conduisent à se révolter, quitte à se montrer injuste et à humilier son mari, joué par l’excellent Mahmoud Yassin. Et quand celle-ci croit enfin avoir trouvé le bonheur dans les bras de son amant, tout s’effondre : l’homme aime ailleurs et il lui conseille de retourner gentiment chez son mari. Evidemment la vengeance sera terrible. L’amant est incarné par Mahmoud Abdel Aziz. C’est un personnage aussi intéressant que celui de Nabila Ebeid car il demeure insaisissable jusqu’à la fin. Pourquoi a-t-il souhaité renouer avec son ancien ami après tant d’années ? Quelles sont ses intentions réelles en s’introduisant dans cette famille ? Derrière le masque du sympathique camarade, semble se cacher un homme égoïste et manipulateur qui détruit tous ceux qu’il approche. Bref, un très bon film d’après un récit d’ Ihsan Abdul Quddus, le grand spécialiste de la psyché féminine.


Jeudi 22 janvier à 22h

Vacances d’Amour de Mahmoud Zulficar (Agaza Gharam, 1967)
avec Fouad El Mohandes (Magdi), Shwikar (Layla), Nagwa Fouad (Elham), Salah Nazmi (Sabri, le mari d’Elham), Naima Wasfi (Zahira), Hassan Mostafa (Ahmed Papadopoulou), Mohamed Shawky (le portier), Ragaa Sadiq (Adila), Hussein Ismaïl (Attia), Mary Bay Bay (Bahija)
Scénario : Farouk Sabri
Musique : Mounir Mourad
Chansons : Hussein El Sayed


Comédie. Magdi qui travaille comme ingénieur à Assouan rentre au Caire pour des vacances. Il a hâte de retrouver sa femme Layla et ses deux enfants. Et pour fêter son retour, il espère bien passer leur première soirée commune en amoureux avec sa femme. Cette dernière est médecin à l’hôpital et son activité lui laisse peu de loisir. Elle reste très souvent tard le soir à l’hôpital mais aujourd'hui, elle est là, prête à satisfaire tous les désirs de son petit mari. Tout s’annonce au mieux : les enfants sont au lit, Layla a passé sa plus belle robe. Las ! Le téléphone sonne. Layla est rappelée à l’hôpital pour une urgence. Elle se change et disparaît au grand dam de Magdi qui reste seul à se morfondre. Mais son dépit est de courte durée car en sortant sur le balcon de leur appartement, il retrouve Elham, la voisine qui prend l’air du soir. Elle aussi est seule : son mari est encore absent alors que c’est le jour de son anniversaire. Entre l’époux délaissé et l’épouse abandonnée, la complicité est immédiate. Le lendemain, Layla est toujours à l’hôpital. Le soir venu, Magdi met les enfants au lit après le dîner puis prépare une petite collation pour sa femme qui ne devrait plus tarder à rentrer. Il l’imagine déjà en train de danser pour lui. Soudain la sonnerie de l’entrée retentit. C’est sa voisine en déshabillé. Elle entre prétendant qu’il lui faut téléphoner alors que son appareil est en panne. En fait elle est venue avec la ferme intention de séduire son voisin. Ce dernier s’apprête à céder aux avances de la pulpeuse Elham quand la sonnerie de l’entrée retentit à nouveau. Cette fois-ci, c’est le concierge. Pour expliquer la présence de la jeune femme chez lui, Magdi explique qu’elle est passée pour téléphoner car son appareil est en panne. Pas de chance : on entend le téléphone sonner chez Elham…

Notre avis : la question du couple dans la société de son époque constitue l’une des préoccupations majeures du réalisateur Mahmoud Zulficar et il l’aborde avec un égal talent dans le registre dramatique comme dans celui de la comédie. "Vacances d’Amour" s’inscrit clairement dans la veine de la comédie de mœurs à l’américaine. L’influence de Billy Wilder s’y fait sentir, notamment dans ce portrait d’un petit bourgeois soudain confronté à la tentation. La situation initiale du film reprend d’ailleurs celle de Sept ans de réflexion (The Seven Year Itch, 1955), chef‑d’œuvre de Wilder avec Marilyn Monroe et Tom Ewell. Sans atteindre l’excellence de son illustre modèle, "Vacances d’Amour" demeure un divertissement de belle tenue. Fouad El Mohandes incarne avec une justesse savoureuse ce mari ordinaire, tiraillé entre la fidélité conjugale et l’attrait de la voisine. Les péripéties s’enchaînent avec vivacité, portées par une galerie de personnages secondaires aussi pittoresques qu’attachants.


Mercredi 21 janvier à 14h

Oum Ratiba d'El Sayed Bedeir (1959)
avec Mary Moneib (Oum Ratiba), Omar El-Hariri (le jeune frère d’Oum Ratiba), Thurya Fakhry (la mère de Sayed et de Souad), Abdel Moneim Ibrahim (le serviteur), Abdel Moneim Ismaïl (le boucher), Wedad Hamdy (Sonia, la servante), Mahmoud Shoukoko (le chanteur), Imad Hamdy (le client muet), Nagwa Fouad (Safia, l’amie de Souad), Ahmed Mazhar (l’inspecteur), Farid Shawki (un faux mage), Hussein Riad (un faux mage), Amal Farid (Souad), Fouad Shafik (le frère aîné d’Oum Ratiba), Hassan Fayek (Sayed, le frère de Souad)
Scénario et dialogues : Youssef Al Sebaï
Musique : Attya Sharara
Production : Al Hilal Films


Comédie. Oum Ratiba et son frère Suleiman vivent sous la coupe de leur frère aîné, Abdel. A l’égard de son entourage, ce dernier exerce une tyrannie de chaque instant. Il interdit même à sa sœur d’épouser leur voisin qui l’aime passionnément. Abdel est obsédé par la sorcellerie. Avec des amis, il organise des séances de magie noire auxquelles doivent se joindre son jeune frère et leur domestique Zenham. Suleiman souffre d’insuffisance cardiaque et il lui est impossible de mener une vie normale. Abdel a donc eu une idée : ils vont entrer en communication avec l’esprit du docteur Al Banasawi afin qu’il leur propose un remède. Soad, la jeune femme amoureuse de Suleiman, est révoltée par ces pratiques superstitieuses. Avec la complicité d’une amie danseuse, elle interrompt brusquement la petite cérémonie…

Notre avis : El Sayed Bedeir avait tous les talents, acteur, dialoguiste, scénariste, réalisateur. Travailleur infatigable, on retrouve son nom, à un titre ou à un autre, à l’affiche d’un nombre incroyable de grands classiques des années cinquante et soixante. Rien que pour cette année 1959, il réalise donc cette « Oum Ratiba » mais aussi « Elle vécut pour l’Amour » et il a écrit les scénarios de deux films très importants réalisés par Salah Abou Seif, » Entre Ciel et Terre » et « Je suis Libre ». « Oum Ratiba » se présente comme une satire très féroce à la fois de la superstition et du patriarcat tyrannique. A travers le personnage incarné avec brio par Fouad Shafik, El Sayed Bedeir s’en prend à tout un système qui emprisonne les âmes et les corps. Et il adopte des accents presque molièresques (El Sayed Bedeir est aussi un homme de théâtre) pour souligner les ridicules de ce chef de famille qui finira par capituler devant la révolte pleine de bons sens des personnages féminins.


Mardi 20 janvier à 18h30

La Porte Ouverte d'Henry Barakat (Elbab Elmaftouh,1963)
avec Faten Hamama (Layla), Saleh Selim (Hussein), Mahmoud Morsi (Fouad, le professeur de philosophie de Layla), Jacob Michaël (le père de Layla), Hassan Youssef (Isam, le cousin de Layla), Shweikar (Djamila, la cousine de Layla), Mimi Chakib (la tante de Layla), Mahmoud El Hedini (Mahmoud, le frère de Layla), Seham Fathy (une camarade de Layla), Nahed Samir (la mère de Layla), Nawal El Saghira (la petite fille), Hussein Ismail (le mari de Djamila), Khadiga Mahmoud (Saïda, la servante), Ali Mostafa (l’un des révolutionnaires arrêtés), Samir Shedid (Sedky, l’amant de Djamila)
d'après un roman de Latifa Al Zayyat
Scénario : Youssef Issa, Henry Barakat, Latifa Al Zayyat
Musique : André Ryder
Production : Henry Barakat


Nous sommes en 1951, à la veille de la chute du roi Farouk. Layla est une jeune lycéenne qui prend une part active dans toutes les manifestations organisées pour réclamer le départ du monarque. Quand son père découvre son implication dans le mouvement révolutionnaire, il devient fou de rage et la corrige de manière brutale. Heureusement, Layla trouve du réconfort auprès de son cousin Isam qui vit avec sa mère dans l’appartement au-dessus de celui de ses parents. Une idylle naît entre eux mais le comportement du jeune homme va décevoir Layla et elle va renoncer à l’amour jusqu’à sa rencontre avec Hussein, un militant révolutionnaire, ami de son frère…

Notre avis : un très grand film mettant en valeur le rôle des femmes dans la chute de la monarchie en 1952. Faten Hamama est incroyablement émouvante dans le rôle d’une jeune lycéenne qui combat un régime politique archaïque et qui en même temps doit affronter la domination des hommes de son entourage. Comme dans d’autres films, Henry Barakat sait avec une rare habileté mêler le politique et l’intime. La musique d’Andre Ryder, d’une grande force lyrique, n’est pas étrangère à la beauté de cette « Porte Ouverte ».


Lundi 19 janvier à 18h30

Tu es Ma Vie de Youssef Maalouf (Hayati Inta, 1952)
avec Shadia (Ilham), Kamal Al Shennawi (Samir), Abdel Rahim El Zarakany (Hafez Bey, le beau-père d’Ilham), Chukry Sarhan (Rushdy), Mona (Ragah, la secrétaire), Kitty (la danseuse), Aziza Helmy (la mère d’Ilham), Ali Abdel Al (Barakat Bey, l’ami du père de Samir), Lotfi El Hakim (l’employé du beau-père d’Ilham), Rashad Hamed (un complice de Rushdy) Scénario et dialogues : Youssef Issa
Musique : Abdel Aziz Salam et Ahmed Sedky (+ l’Adagio d’Albinoni)
Production : Henry Barakat et les films du Lotus (Assia Dagher)


Samir est un jeune étudiant sérieux. Il a obtenu son diplôme d’ingénieur. Il a toujours refusé d’épouser Ilham, sa bien-aimée, tant qu’il n’avait pas de situation solide. Celle-ci s’arrange pour qu’il travaille dans la grande propriété de sa mère. Le domaine est géré par son beau-père, Hafez avec l’aide de Rachid, le cousin d’Ilham. Ce dernier est un garçon très ambitieux qui rêve de s’approprier toutes les terres de sa tante. Il ne s’embarrasse d’aucun scrupule : il fait chanter le beau-père d’Ilham grâce aux lettres qu’il a récupérées et qui prouvent que ce dernier a eu une liaison avec sa secrétaire….

Notre avis : un drame splendide et captivant avec une pléiade de grands acteurs dont le couple star du moment, Shadia et Kamal El Shennawi. En 1952, Shadia a vingt ans et elle est déjà une immense vedette. Cette année-là, elle joue dans treize fims dont quatre avec Kamal El Shennawi (On a prétendu qu’à cette époque, les deux acteurs entretenaient une relation amoureuse sans que ni l’un ni l’autre n’ait jamais confirmé l’information.). Mais la révélation de ce film, c’est l’actrice Mona qui incarne la secrétaire d’Hafez Bey, le personnage pivot de l’intrigue. Mona est la fille de la légendaire Assia Dagher, actrice et productrice à qui le cinéma égyptien doit tant. Sa très brève carrière commencée en 1944 prendra fin dix ans plus tard, en 1954. Dans ce film, elle se révèle une très grande actrice capable d’incarner toutes les ambiguïtés de son personnage. Le duo qu’elle forme avec le machiavélique Chukry Sarhan constitue l’un des sommets de « Tu es Ma Vie ».


Dimanche 18 janvier à 18h30

Mademoiselle Diablesse d'Henry Barakat (Afrita Hanem, 1949)
avec Samia Gamal (Kahramana), Farid El Atrache (Asfour), Ismail Yassin (Booh), Ali Kamel (Qilh), Mohamed Nabi (Halaq), Abdel Salam Al Nabulsi (Mimi Bey, le rival d’Asfour), Stephan Rosti (Abou Alyah, le directeur du théâtre), Lola Sedki (Alyah, la fille du directeur du théâtre), Zeinat Sedki (Warda, la directrice de la pension), Salah Kasin (une vieille dame), Zaki Ibrahim (le vieux sage), Mohamed Sobeih (le chauffeur de taxi), Mohsen Hassanein (le cireur de chaussures)
Scénario et dialogues : Abou Al Seoud Al Ebiary et Henry Barakat
Musique : Farid Al Atrache
Production : les films Farid Al Atrache/Studio Misr


Comédie musicale. Asfour est un chanteur sans le sou qui se produit sur la scène du Théâtre Crème. Il vit à la pension Warda avec ses collègues Booh, Qilh et Halaq. Il est amoureux de Alyah, sa partenaire mais aussi la fille du directeur du théâtre Crème. La jeune femme s’apprête à épouser un jeune homme riche, Mimi Bey. Asfour qui pourtant croit être aimé fait sa demande en mariage auprès du père d’Alyah. Ce dernier exige en dot une somme que le pauvre chanteur est incapable de réunir. Asfour est au désespoir mais le destin va lui porter secours. Alors qu’il erre sans but dans la campagne, un vieux sage vient à sa rencontre et lui donne rendez-vous dans une grotte. Asfour s’y rend accompagné de son ami Booh. Le vieil homme apparaît et remet au chanteur une lampe magique. En sort une petite diablesse du nom de Kahramana. Celle-ci peut exaucer tous ses vœux. Malheureusement, elle est tombée amoureuse d’Asfour et fera tout pour empêcher son mariage avec Alyah.

Notre avis : de 1947 à 1952, Samia Gamal et Farid Al Atrache vont partager le haut de l’affiche de sept comédies musicales. Cette « Mademoiselle Diablesse » constitue certainement l’acmé de leur carrière en couple. C’est une féérie visuelle et sonore dans laquelle les deux artistes semblent touchés par la grâce. La dimension fantastique du récit inspirée des Contes des Mille et Une Nuits n’est pas l’un des moindres charmes de ce film et le réalisateur a su revivifier la figure mythique de l’efrit en la dotant de toute la séduction et de toute la sensualité de son actrice principale.
Profitons-en pour souligner le rôle majeur joué par Samia Gamal dans l’évolution de la comédie musicale égyptienne. Son sens du mouvement et de la comédie a dépoussiéré un genre qui au départ s’inspirait largement de l’opérette traditionnelle d’où le caractère guindé des séquences dansées et chantées. Avec Samia Gamal tout change, le rythme s’accélère, la frénésie s’empare des corps, les répliques crépitent allègrement, la caméra elle-même semble danser comme entraînée par l’euphorie générale. Enfin, grâce à sa fougueuse partenaire, Farid Al Atrache se lâche et nous montre qu’il est bien meilleur acteur dans le registre comique que dans le drame.


Vendredi 16 janvier à 18h30

la Danseuse et le Politicien de Samir Seif (Al-raqissa wa-l-siyasi, 1990)
avec Nabila Ebeid (Sonia Salim), Salah Kabil (Khaled Madkour), Mustafa Metwali (le chef de cabinet de Khaled Madkour devenu ministre), Farouk Falawkas (Shafiq Tarar, l’homme d’affaires de Sonia), Roshdy El Mahdy (Abdel Barr, haut-fonctionnaire), Mustafa Hashish, le policier), Mohamed El Tagy (le journaliste), Mustafa Hachem (l’avocat), Ezzat Al Mashad (le responsable du parti)
Scénario : Wahid Hamid
Adapté d’un roman d'Ihsan Abdul Quddus
Musique : Mohamed Sultan, Farouk Salamah, Khaled El Amir
Production : Screen 2000
appréciation : 2/5


Sonia Salim est une célèbre danseuse. Un jour elle voit à la télévision un ministre qui lui rappelle une ancienne relation. En effet c’est Abdel Hamid Rafat qu’elle a connu il y a une dizaine d’années. Il était venu la voir dans le cabaret où elle travaillait. Il lui avait demandé de danser pour un homme politique important lors d’une soirée privée. Elle serait très bien payée. Elle avait accepté. Après sa prestation, il l’avait raccompagnée à son domicile et ils avaient passé la nuit ensemble. Elle ne reçut jamais la somme promise et puis elle avait fini par oublier totalement cet amant d’un soir. Le revoir soudain à la télévision dans les habits de ministre l’a totalement bouleversée. Sonia veut reprendre contact avec lui. Grâce à son assistant, elle obtient ses coordonnées. Abdel accepte un rendez-vous. Ils couchent à nouveau ensemble. Mais Abdel comprend que cette liaison peut lui porter préjudice. Les élections approchent et un scandale aurait de fâcheuses conséquences pour lui et son parti. Il décide de rompre définitivement. Il donne des consignes très strictes à son équipe pour que tous les appels de Sonia soient impitoyablement rejetés.

Notre avis : « la Danseuse et le Politicien » se présente comme un film engagé plein de bonnes intentions : on suit le combat d’une femme courageuse qui ose s’en prendre à un ministre pour réaliser un projet cher à son cœur, la construction d’un orphelinat.
Le film dénonce les préjugés qui ont toujours cours à l’encontre des danseuses ravalées au rang de prostituées. Les hommes de pouvoir les emploient volontiers pour agrémenter une manifestation officielle tout en leur vouant un mépris absolu.
On peut saluer la performance de Nabila Ebeid, qui à quarante-cinq ans passés, exécute plusieurs danses et joue dans des scènes d’amour assez osées. Elle qui fut l’une des actrices les plus populaires du cinéma égyptien tient à dire à son public qu’elle est toujours à la hauteur de sa réputation et qu’on aurait tort de la considérer comme une has been. Soit.
Mais ce qui nous gêne le plus dans ce film, c’est son caractère hypocrite car au final, les auteurs partagent les préjugés qu’ils prétendent dénoncer : la danse reste un art immoral, et pour se racheter, Sonia emploie toute sa fortune mal acquise pour le bonheur des enfants abandonnés. La morale est claire : le salut passe forcément par l’abandon du métier de danseuse.





jeudi 15 janvier 2026

Falih et Mahtas (Falih we Mihtas, 1954)

فالح ومحتاس
إخراج : إسماعيل حسن


Ismaïl Hassan a réalisé Falih et Mahtas en 1954.
Distribution : El Sayed Bedeir (Mahtas), Omar El Gizawy (Falih), Sherifa Mahear (la chanteuse Karawan), Samiha Tawfiq (la danseuse Astak), Mohsen Hassanein (Tawfiq), Mahmoud Shoukoko (le gérant du cabaret), Abdel Moneim Basiony (Ahmed Suleiman, le nouveau propriétaire du cabaret), Abdel Nabi Mohamed (Amin Effendi, l’assistant d’Ahmed Suleiman), Wedad Hamdy (la femme de ménage), Abdul Moneim Abdul Rahman (le conducteur de train), George Yordanis (le barman), Salama Elias (un serveur), Zaki Mohamed Hassan (un serveur), Zinat Sedki (Oum Mahtas, la mère de Mahtas et la tante de Falih), Mounir El Fangary (employé à la billetterie)
Scénario : Gamal Hamdy
Musique : Extraits de Pierre et le loup de Prokofiev
Producteur : Emile Barak

Omar El Gizawy, Zeinat Sedki, El Sayed Bedeir



Sherifa Mahear



Wedad Hamdy



Samiha Tawfiq, Omar El Gizawi



Abdel Nabi Mohamed



Mahmoud Shoukoko, Abdel Nabi Mohamed
















Résumé

Falih et Mahtas, deux cousins issus du même village, décident de fuir l’autorité écrasante de la mère de Mahtas, bien déterminée à les marier chacun à la sœur jumelle de l’autre. Après avoir vendu leurs terres, ils prennent le train pour Le Caire. En route, ils rencontrent Astik, une danseuse, et Karawan, une chanteuse, deux jeunes femmes ambitieuses prêtes à tout pour se faire une place dans la capitale.

En découvrant que les deux villageois transportent une importante somme d’argent, Astik et Karawan redoublent d’amabilité. Rapidement, elles comprennent tout ce qu’elles peuvent tirer de ces deux naïfs. Les quatre compagnons s’installent dans la même pension, et les deux artistes parviennent à convaincre Falih et Mahtas d’acheter un cabaret prétendument en vente, « Fleurs Ouvertes ».

Un escroc leur vend alors l’établissement à l’aide de faux actes de propriété. Par un concours de circonstances, le véritable propriétaire informe son gérant qu’il a vendu le cabaret et que le nouvel acquéreur doit arriver sous peu. Lorsque Falih et Mahtas se présentent, le gérant, persuadé qu’ils sont les acheteurs légitimes, leur remet les clés.

Grâce au talent d’Astik et de Karawan, le cabaret devient rapidement un lieu très en vue. La presse s’y intéresse, et c’est en lisant un article que la mère de Mahtas découvre où se trouvent son fils et son neveu. Elle décide aussitôt de se rendre au Caire, accompagnée des deux futures épouses.

Pour éviter la catastrophe, Astik élabore un stratagème : elle fait croire au gérant et à son associé que les deux jeunes femmes — certes peu séduisantes — sont en réalité de riches héritières. Cupides et malhonnêtes, les deux hommes se laissent immédiatement séduire par la perspective d’un mariage lucratif. Ils demandent la main des cousines, et la mère de Mahtas accepte.

Mais, juste avant de s’engager devant le mazloun, les deux prétendants apprennent que les jeunes femmes n’hériteront jamais de rien. Au même moment, le véritable propriétaire du cabaret réapparaît : hospitalisé après un accident, il n’avait pas pu se manifester plus tôt. Quand Falih et Mahtas lui expliquent qu’ils sont eux aussi propriétaires du lieu, le nouveau venu appelle aussitôt la police. Pendant ce temps-là , la mère de Mahtas attend toujours la signature de l’acte de mariage. Acculés, le gérant et son associé préfèrent avouer leurs détournements de fonds et risquer la prison plutôt que d’épouser les deux cousines.

Finalement, Falih et Mahtas se résignent à épouser leurs promises et retournent au village.



Critique

En janvier 1954, quelques mois avant la sortie de « Fatih et Mahtas », sortait sur les écrans « Monsieur Bahbouh », une comédie bâtie sur un thème similaire : deux paysans mal dégrossis se rendent dans la capitale et découvrent l’univers chatoyant des cabarets avec leurs danseuses et leurs chanteuses si séduisantes. Ce film sympathique réalisé par Youssef Maalouf — un professionnel solide sans être un grand artiste — était porté par un  duo comique aguerri, Ismaïl Yassin et Reyad El Kasabgy. Disons-le d’emblée « Fatih et Mahtas » ne joue pas du tout dans la même catégorie.

On peut même parler de ratage complet. Le scénario, inutilement alambiqué, accumule les péripéties confuses et aligne des gags parmi les plus faibles de la comédie égyptienne. Toute l’intrigue repose sur une idée « rigolote » qui donne le ton de l’ensemble : les deux héros fuient leur village car on veut marier chacun d’eux à la sœur jumelle de l’autre ! Le dénouement, quant à lui, révèle surtout un manque total d’imagination — ou peut-être une certaine paresse. Le scénario est signé Gamal Hamdy qui est aussi l’assistant réalisateur du film. Le pauvre garçon n’aura pas le temps de progresser : il participe à l’écriture de huit films avant de mourir à quarante ans.

La réalisation, confiée à Ismaïl Hassan, n’arrange rien. Aucun sens du rythme, aucune maîtrise de l’image, une direction d’acteurs catastrophique : tout concourt à l’échec. Les producteurs ne s’y sont d’ailleurs pas trompés. Après ce film, Hassan n’en réalisera qu’un autre avant de redevenir assistant réalisateur. Il ne retrouvera une place derrière la caméra qu’en 1986, soit trente ans plus tard.

Le duo formé par El Sayed Bedeir et Omar El Gizawi constitue sans doute l’aspect le plus gênant du film. Nous avons toujours trouvé horripilant le second qui adopte en permanence l’attitude de l’évadé de l’asile avec yeux ronds et rictus inquiétant. En revanche, on aime bien El Sayed Bedeir, un artiste aux multiples talents, acteur, scénariste, metteur en scène. Ce film ne lui rend pas justice et son jeu de benêt narquois est tout aussi pénible que celui de son partenaire.

La dernière partie du film nous offre un véritable feu d’artifice ! les deux paysans sont poursuivis par leurs sœurs jumelles en robe de mariée. Evidemment les quatre personnages sont joués par El Sayed Bedeir et Omar Gizawi. On sait combien le travestissement et le double sont des motifs chers à la comédie égyptienne des années cinquante. De grands réalisateurs en ont usé avec bonheur mais comme on peut le voir ici, entre des mains plus maladroites, le résultat est navrant.

Appréciation : 1/5
*

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin