mardi 30 septembre 2014

La Reine et Moi (Al Malika wa ana, 1975)

الملكة وأنا
اخراج :عاطف سالم




La Reine et Moi a été réalisé par Atef Salem en 1975.
Distribution :Moharam Fouad,  Georgina Rizk, Kigham, Waheid Seif, Nabil Elhgrasy 
Scénario : Ali Al Zorkani et Ali Salem
Production : Moharam Fouad

Moharam Fouad

Georgina Rizk

Nabil Elhgrasy 

Georgina Rizk

Kigham



Résumé

La reine,  c’est Georgina Rizk, Miss Liban puis Miss Univers en 1971. Moi, c’est le chanteur et acteur égyptien Moharam Fouad.
L’intrigue : Adel est un jeune homme (Moharam Fouad qui joue le rôle a plus de quarante ans, c’est à dire qu’il a presque vingt ans de plus que sa partenaire !) qui réside dans le quartier des Pyramides et qui gagne sa vie comme guide touristique. Dans l’un des groupes de touristes qu’il conduit, il fait la connaissance d’une jeune et très belle Libanaise. Adel apprend que c’est Miss Univers. Malgré leurs différences, ils sympathisent immédiatement puis très vite deviennent amoureux l’un de l’autre. Malheureusement, la jeune femme est déjà fiancée à un millionnaire  avec qui elle doit effectuer un long périple. Adel décide de la suivre et ils se retrouveront à chaque étape du voyage. Dernière ville visitée : Paris. La Miss et son millionnaire rompront au château de Versailles. Enfin retour au Caire : le guide et la belle Libanaise sont désormais libres de s’aimer comme ils l’entendent.


Critique

Le film, c’est un deux en un : à la fois un dépliant touristique et un magazine de mode. Chaque nouveau décor est un prétexte à exhiber Georgina Rizk dans une nouvelle tenue. Au final, nous avons une très belle collection de maillots de bains présentée sur différents rivages de la Méditerranée par l'une des plus belles femmes au monde. Ce n'est pas désagréable à regarder mais ce n'est pas suffisant pour constituer ce qu'on appelle d'ordinaire un film.
Atef Salem, le réalisateur, a à son actif des oeuvres parmi les plus importantes de l'histoire du cinéma égyptien et il a régulièrement collaboré avec le prix Nobel de littérature, Naguib Mahfouz. Rappelons que c’est lui qui réalise Lutte sur le Nil, en 1959, avec Omar Sharif et Hind Rostom. Malheureusement, il est aussi l’auteur de ce monument de niaiserie qui a tous les aspects d’une œuvre de commande : la production est libanaise, la plupart des scènes ont été tournées au Liban et tout le film tourne autour d’une gloire libanaise de l’époque. On lui aurait volontiers pardonné cette faute de goût si celle-ci avait été la seule. Hélas, toujours en 1975, Atef Salem sortait un autre film avec Georgina Rizk, Au Revoir Ma Jolie. Dans ce second opus, Miss Univers 1971 avait pour partenaire Rushdy Abaza et surtout Mohamed Awad, le "comique" à la voix de canard. Cette farce avec plein de petits vieux libidineux est proprement indigeste. A côté, La Reine et Moi est un chef d'oeuvre du septième art ! C'est dire...

A noter : l'histoire et la personnalité de Georgina Rizk sont au centre du roman intitulé L'Age d'Or écrit par Diane Mazloum en 2018 (éditions Babelio).
Appréciation : 1/5
*

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

vendredi 26 septembre 2014

Khaled Saleh (1964-2014)

خالد صالح



Le célèbre acteur Khaled Saleh est mort jeudi dernier des suites d’une intervention chirurgicale à cœur ouvert. Il avait cinquante ans.
Il est né à Giza en 1964. Durant ses études de droit, il participe aux activités d'un grand nombre de troupes universitaires. Dans les années 90, il devient un comédien reconnu que s’arrachent  les théâtres  du Caire. Les réalisateurs finissent alors par s’intéresser à lui. Il fait sa première apparition au cinéma en 1999 dans le film Gamal Abdel Nasser d’Anwar El Quadry. La même année, il joue dans le téléfilm Oum Kalthoum qui connaît un succès considérable pendant le Ramadan. Sa carrière décolle. Il joue aussi bien dans des comédies que dans des drames. On lui confie souvent les rôles de méchants ou de tyrans. L’une de ses interprétations les plus marquantes fut celle du haut-fonctionnaire corrompu dans L’Immeuble Yacoubian, adaptation du roman de Alaa Al Aswany. Ces dernières années il travaillait autant pour le cinéma que pour la télévision.
Khaled Saleh fut un ardent supporter de la révolution du 25 juin qui renversa Hosni Moubarak et il se joignit aux manifestants de la place Tahrir.  
Yousry Nasrallah a tweeté : "Nous venons de perdre un grand artiste et un magnifique être humain. »

mercredi 24 septembre 2014

La Quête (Al-Tariq, 1964)

الطريق
إخراج : حسام الدين مصطفى



La Quête a été réalisé par Houssam Al-Din Mustafa en 1964.
D'après un roman de Naguib Mahfouz (La Quête, 1964)
Distribution : Rushdy Abaza, Shadia, Soad Hosny, Taheya Carioca, Hassan el Baroudi, Mohamed Tawfik, Abdel Ghani El Nagdi, Qadria Kamel, Rashad Ahmed
Scénario : Hussein Helmy El Mohandes
Musique : Michel Youssef 

Taheya Carioca

Rushdy Abaza

Shadia

Soad Hosny

Hassan El Baroudi

Rushdy Abaza

Rushdy Abaza et Shadia


Résumé

Saber al-Rahimi vit à Alexandrie. Il mène une existence insouciante grâce à sa mère qui dirige une maison close. Mais son destin bascule : suite à une dénonciation, sa mère est condamnée à la prison. Quand elle en sort, elle est gravement malade. Avant de mourir, elle révèle à Saber que son père est toujours vivant et que c’est un homme très riche. Elle a gardé une photo de lui et la confie à son fils. Après avoir enterré sa mère, Saber décide de partir à la recherche de son père. Il espère que celui-ci se montrera généreux et ne le laissera pas sombrer dans la misère. Il quitte Alexandrie et s’installe au Caire dans un petit hôtel. L’établissement appartient à un vieillard qui a comme épouse une très belle femme beaucoup plus jeune que lui. Aussitôt Saber tente de la séduire. Pour retrouver son père, il décide de publier une annonce dans le journal « Al Akhbar al Yom ». Dans les bureaux du quotidien, il fait la connaissance d’Elham. Ils sympathisent et se retrouvent régulièrement dans un café près du journal. L’amitié se transforme en amour. Lors de leurs promenades dans les jardins du Caire, ils parlent d’avenir et de fiançailles. Mais dans le même temps, Karima la femme de l’hôtelier est devenue la maîtresse de Saber. Ils font l'amour chaque nuit dans la chambre du jeune homme. Ce dernier est déchiré entre l’attachement profond qu’il éprouve pour Elham et la passion sensuelle qui le lie à Karima. Celle-ci parvient à convaincre son amant que la situation ne peut plus durer. Ou bien Saber tue son mari ou bien leur relation devra cesser. Saber ne peut envisager cette dernière éventualité. Une nuit, il s’introduit dans la chambre du mari et le tue à coups de barre de fer. Le corps de la victime est découvert le lendemain matin. Les enquêteurs de la police s’installent dans l’hôtel et interrogent résidents et membres du personnel. Avec la complicité d’un employé, les policiers tendent un piège au héros. On lui fait croire que Karima a un amant et qu’on soupçonne celui-ci d’être l’auteur du crime. D’ailleurs, c’est chez lui que la veuve a trouvé refuge et on lui donne l’adresse. Fou furieux Saber se précipite à l’endroit indiqué. Karima lui ouvre. Il se jette sur elle et l’étrangle. La police arrive sur les lieux mais Saber parvient à fuir. Il se cache dans le cimetière près des pyramides. Elham le retrouve et lui dit qu’elle ne cessera jamais de l'aimer. Des dizaines de policiers apparaissent de tous côtés. Dernière image : Saber devant la corde pour le pendre. 


Critique

Al Tariq évoque le destin tragique d’un homme déchiré entre son aspiration à la pureté et sa sensualité débordante. La pureté prend le visage d’Elham, une jeune fille fraîche et vertueuse avec qui le héros passe une partie de ses journées à arpenter les rues du Caire. Mais quand vient la nuit, il retrouve Karima, sa maîtresse pour des étreintes torrides. Dans le film, l’alternance jour/nuit est un peu mécanique et on a l’impression que toutes les scènes de nuit se ressemblent, comme se ressemblent celles de jour. Il faut attendre le meurtre pour que se brise ce va et vient. Souad Hosny en jeune amoureuse incarne un personnage qu’elle reprendra dans bien d’autres films. Moins conventionnel, le rôle tenu par Shadia. Celle-ci a su faire ressortir le double jeu de son personnage qui derrière la sensualité affichée dissimule un esprit froid et calculateur. Bien sûr, on se dit qu’un tel rôle était fait pour la sulfureuse Hind Rostom qui par sa seule présence aurait bouleversé le côté un peu académique du film. 
Hassan El Baroudi est formidable dans le rôle du vieillard souffreteux et libidineux.

A noter que la chanson sur laquelle danse Karima pour son mari et que Saber entend au même moment dans un café est un grand succès de Fairuz "Shat Iskandria" (La Côte d'Alexandrie).

Appréciation : 3/5
***
Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

jeudi 11 septembre 2014

Le Marché aux Poissons (Shader Essamak, 1986)

شادر السمك
على عبدالخالق : إخراج


 

Ali Abdel Khalek a réalisé Le Marché aux Poissons en 1986.
Distribution : Ahmed Zaki, Nabila Ebeid, Mohamed Reda, Khloud, Ali El Sherif, Mohamed Abou Achich, Ahmed Abou Abeya
Une histoire de Nabil Nasar
Scénario : Abdel Gawad Youssef
Musique : Hassan Abo El Saoud et Yahya Al Muji 

Ahmed Zaki

Nabila Ebeid et Ahmed Zaki

Mohamed Reda


Mohamed Abou Achich

Khloud et Ahmed Zaki

Ahmed Abou Abeya



Résumé

Le mari de Gamalat travaille au marché aux poissons. Il meurt brutalement. Pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa fille, Gamalat veut reprendre l’activité de son mari. Les négociants du marché s’y opposent. Ahmad prend sa défense et se met à son service.   Grâce à leur association, leur affaire se développe très rapidement. Ils se marient et Gamalat abandonne leur commerce pour s’occuper de son foyer. Malgré la rivalité des autres marchands, Ahmad devient l’un des plus gros commerçants du marché. Il roule en Mercédès et fréquente les milieux aisés de la capitale. Il rencontre une jeune fille, riche héritière, et en tombe amoureux. Il décide de l’épouser après avoir divorcé de sa première femme. Gamalat est folle de rage. Ahmad n’en a cure car il nage en plein bonheur. Pendant ce temps-là les autres marchands se regroupent pour lutter contre Ahmad dont ils ne supportent plus la réussite insolente. Ils décident de l’éliminer. Un matin, Ahmad entre dans le marché aux poissons. Il meurt sous les balles de tueurs postés à l’étage.


Critique

 En 1956, Salah Abou Seif réalise Le Costaud. C’est l’histoire d’Haridi, un jeune villageois qui trouve un emploi dans le marché central des fruits et légumes du Caire. Il va prendre la tête de la rébellion contre le vieil Abou Zeid, le roi du marché qui imposait des règles injustes à tous les autres marchands. Celui-ci sera emprisonné et Haridi prendra sa place, usant des mêmes méthodes que son prédécesseur pour asseoir son pouvoir.
Trente ans plus tard, Ali Abdel Khalek reprend le sujet et il ya bien des similitudes entre le destin d’Ahmad, le héros du Marché aux Poissons et celui du Costaud. Mais les temps ont changé. Au début du film de Salah Abou Seif, Haridi veut donner à son combat une dimension collective. Ahmad, lui, reste seul dans sa lutte contre les autres marchands. Il ne veut pas abolir un ordre injuste mais s’y intégrer et en profiter. De même, en 1986, ce ne sont plus les faibles qui s’insurgent contre un système imposé par les puissants mais les puissants qui se liguent contre un petit nouveau qui veut devenir plus puissants qu’eux. Le Marché aux Poissons est donc une fable politique sur la société égyptienne des années 80. Ce film montre comment le libéralisme économique a conduit les gens du peuple à considérer la  réussite personnelle comme la seule issue possible. Et pour réussir, il faut s’endurcir. Au début du film, c’est un mouvement de compassion qui pousse Ahmad  à prendre la défense de la veuve sans ressource. Fortune faite, il s’en débarrasse sans aucun regret. Avec ses concurrents, même attitude et il n’hésite pas à les rudoyer s’ils osent se plaindre.
Au final, le propos d’Ali Abdel Khalek est encore plus pessimiste que celui de Salah Abou Seif. 
Le Marché aux Poissons ne fait pas trop pâle figure à côté de son prestigieux modèle. Ali Abdel Khalek l’a tourné comme un western. Les nombreuses scènes de bagarre sont toujours impressionnantes. La fin est digne d’un film de Sergio Leone : le marché est brusquement déserté par tous les employés ; les marchands baissent les uns après les autres le rideau métallique de leur  boutique ; le héros vêtu d’un impeccable costume blanc,  reste seul ; les armes des tueurs embusqués entrent en action ;  le corps d’Ahmad est déchiqueté par les balles ; les marchands relèvent leur rideau métallique, ils sourient. Durant toute la scène, pas un mot, pas un cri.
Dans cette oeuvre d'Ali Abdel Khalek, Ahmed Zaki et Nabila Ebeid dominent l’interprétation de tout leur exceptionnel talent.

appréciation : 4/5
****

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin