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dimanche 27 décembre 2020

Rendez-vous avec la Vie (Mawid Maa El Hayat, 1953)

موعد مع الحياة
إخراج : عز الدين ذو الفقار


Ezzel Dine Zulficar a réalisé Rendez-vous avec la Vie en 1953.
Distribution : Faten Hamama (Amal), Shadya (Fatima), Chukry Sarhan (Ahmed), Omar El-Hariri (docteur Hamdouh), Abdel-Wares Asr (Oncle Hamza, le régisseur du domaine), Zinat Sedki (Zahra), Said Abou Bakr (l’invité alcoolisé), Nour El Demerdash (le cousin), Hussein Riad (docteur Ali Sabri), Ibrahim Hechmat, Ahmed Darwish, Rafeaa El Shal
Scénario : Youssef Issa et Ezzel Dine Zulficar 
Inspiré du film américain Victoire sur la Nuit d’Edmund Goulding (1939) 
Musique : Fathy Qoura, Mahmoud El Sherif, Mounir Mourad 
Production : les films Faten Hamama, Ramses Naguib

Hussein Riad



Abdel Wares Asr et Shadia



Faten Hamama



Chukry Sarhan



Saïd Abou Bakr et Faten Hamama



Faten Hamama et Chukry Sarhan



Zinat Sedki



Nour El Demerdash


Shadia et Omar El Hariri


















Résumé

Ali Sabri est un médecin réputé qui grâce à son travail a amassé une grosse fortune. Il a élevé seul sa fille unique Amal. C’est un père aimant et généreux pour qui seul compte le bonheur de son enfant. Afin qu’Amal ne souffre pas de solitude, il a accueilli chez lui Fatima, la fille de son régisseur. Les deux jeunes fille ont grandi ensemble comme des sœurs et elles ne se sont jamais quittées. Elles sont devenues de séduisantes jeunes femmes qui ne rêvent que d’une seule chose : l’amour. Fatima est tombée amoureuse du docteur Mamdouh, l’assistant du docteur Sabri mais celui-ci ne lui prête aucune attention, totalement accaparé par son travail. En revanche, le destin semble plus favorable à Amal. Celui qu’elle aime depuis l’enfance est de retour. Ahmed est le fils de l’ancien régisseur du domaine de son père. Il était parti à l’étranger pour terminer ses études et il revient avec un diplôme d’ingénieur en poche. Les deux jeunes gens découvrent qu’ils éprouvent les mêmes sentiments l’un pour l’autre. Ils envisagent de se marier malgré l’opposition du cousin d’Amal qui juge cette union déshonorante pour la famille. La situation s’éclaircit enfin pour Fatima : le docteur Mamdouh a enfin daigné s’intéresser à elle et lui a même déclaré sa flamme. Comble de joie : les deux couples annoncent publiquement leurs fiançailles en même temps lors d’une réception réunissant parents et amis. Mais tout s’assombrit brusquement : Amal s’effondre, inconsciente. Elle est aussitôt hospitalisée. Les examens révèlent une grave anomalie cardiaque. Les cardiologues annoncent au docteur Sabri que sa fille chérie n’a plus que quelques mois à vivre. Le père, terrassé par cette nouvelle, décide de cacher la vérité à Amal. Il met dans la confidence son assistant le docteur Mamdouh qui se chargera de surveiller discrètement l’évolution de la maladie. Le jeune médecin prend très à cœur sa tâche et profite de tous les prétextes pour se rapprocher d’Amal. Il finit par totalement négliger Fatima qui pense ne plus être aimée. La jalousie de cette dernière à l’égard de sa « sœur » croît chaque jour. Les événements prennent un tour vraiment dramatique quand Amal découvre la gravité de son état. Elle comprend que cette mort annoncée sera aussi un drame pour Ahmed qui sans doute ne s’en remettra pas. Elle prend alors une décision radicale : rompre pour permettre à l’homme qu’elle aime de continuer à vivre sans trop souffrir. Alors que son père part à l’étranger pour tenter de trouver un traitement qui la sauverait, Amal organise une soirée dans la grande maison paternelle. Elle a invité tous les noceurs qu’elle connaît. Elle s’enivre et se comporte de manière odieuse sous le regard exaspéré d’Ahmed. Cette situation alimente les soupçons de Fatima d’autant plus qu’à la fin de la soirée Amal et Mamdouh se sont éloignés pour converser longuement. Les jours qui suivent sont particulièrement éprouvants pour tout le monde. Amal ne supporte plus de voir tous ces gens qui souffrent à cause d’elle. Elle a décidé d’en finir : elle court vers la falaise avec la ferme intention de se jeter dans le vide. Mais miracle : elle s’évanouit à quelques centimètres du précipice tandis qu’elle est rejointe par tous ses proches. Parmi eux, il y a son père qui revient de son voyage avec d’excellentes nouvelles : il a trouvé un chirurgien allemand qui peut l’opérer. Enfin guérie, Amal retrouve Ahmed tandis que Fatima et Mamdouh sont plus amoureux que jamais.


Critique

Quand Faten Hamama tourne Rendez-vous avec la Vie, elle a 22 ans. Le metteur en scène, c’est son mari, Ezzel Dine Zulficar qu’elle quittera l’année suivante pour Omar Sharif. Grâce à lui, elle va enfin accéder aux premiers rôles dans des comédies romantiques et des mélodrames. Avec un autre grand cinéaste, Henry Barakat, Ezzel Dine Zulficar adopte une recette permettant d’utiliser toutes les facettes du talent de Faten Hamama. Dans la plupart des films que l’un et l’autre lui feront tourner, on retrouve les procédés du flash-back et de la voix-off. C’est à chaque fois une jeune fille qui raconte les événements dramatiques auxquels elle a été mêlée. A l’écran, la présence magnétique de la jeune actrice d’une beauté sans égal, en off, la tessiture si particulière de sa voix à la fois grave et juvénile. D’un côté, les images nostalgiques d’une innocence à jamais perdue, de l’autre, le doux murmure d’une âme mortellement blessée qui se confie. Tous ces éléments composent un mélange unique qui ne manque pas de produire chez le spectateur une intense émotion. Et sans jamais se lasser, nos deux cinéastes reprendront maintes fois ces deux procédés. En 1959, Henry Barakat y aura encore recours pour son chef d’oeuvre L’appel du Courlis d’après un roman de Taha Hussein. 

Ce Rendez-vous avec la Vie ne fait pas exception à la règle : on est d’abord frappé par la beauté de l’actrice et le réalisateur multiplie les gros plans de son visage, comme hypnotisé par la pureté des traits, la sensualité de la bouche et surtout la courbe parfaite des deux grands yeux. On doit aussi louer la performance vocale que constitue la lecture du long monologue en voix off. Le charme opère, comme toujours et tous les autres acteurs du films sont réduits à la fonction de faire-valoir de la star. Même Shadia fait pâle figure à côté de sa jeune collègue, bien qu’ elle chante avec grand talent dans l’une des scènes les plus importantes du film. Une mention spéciale tout de même à Nour El Demerdash qui est parfait en jeune homme hautain et méprisant. 
Mais voilà, il y a le scénario : il exploite toutes les grosses ficelles du mélodrame jusqu’au dénouement tellement prévisible qu’on en est un peu gêné pour les « auteurs » . Dans ce film, les personnages pleurent beaucoup, vraiment beaucoup. Vouloir émouvoir le public en montrant un père au désespoir qui tente de cacher maladroitement ses larmes en présence de sa fille gravement malade n’est déjà pas d’une grande subtilité mais nous infliger ce jeu à chaque scène réunissant les deux personnages finit par produire l’effet inverse de celui escompté. Oui, on s’ennuie dans ce Rendez-vous avec la Vie qui n’en finit pas d’accumuler les clichés larmoyants et on préfère voir Faten Hamama dans des rôle moins stéréotypés et plus ambigus. Il est vrai aussi que la Dame de l’écran a conquis le cœur du public populaire en incarnant comme ici les jeunes filles pures et généreuses, qui aiment tout le monde et que tout le monde aime mais que le destin frappera de manière bien cruelle.

Appréciation : 2/5
**

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

lundi 16 décembre 2019

Rêves de jeunes filles (Ahlam Al-Banat, 1959)

أحلام البنات
ﺇﺧﺮاﺝ: يوسف معلوف




Youssef Maalouf a réalisé Rêves de jeunes filles en 1959.
Distribution : Berlanti Abdel Hamid (Doria), Shokry Sarhan (Ahmed), Abdel Salam Al Nabulsi (Mounir), Zizi Al Badraoui (Hoda), Mary Moneib (Nargiss), Mary Ezz El Din, Nadia Ezzat, Mahmoud Lotfi (Ragab), Abdel Halim Elqala'awy, Abdel Moneim Basiony, Hassan Tawfik, Nahed Samir, Maha Sabry (Nahed), Hussein Riad (Sami, le propriétaire du magasin), Roshdy Abaza (Kamal), Omar El-Hariri (Mamdouh), Hassan Fayek (Fayek), Imthethal Zaki 
Scénario : Abdel Aziz Salam 
Musique : Baligh Hamdy, Farid Ghosn, Izzat El Gahely, Youssef Saleh, Mounir Mourad 
Production : Nahas Films

Hassan Fayek et Omar El Hariri

Berlanti Abdel Hamid

Maha Sabry

Mary Moneib

Berlanti Abdel Hamid et Abdel Salam Al Nabulsi

Hussein Riad et Zizi Al Badraoui

Maha Sabry et Zizi Al Badraoui

Chukry Sarhan

Rushdy Abaza et Berlanti Abdel Hamid


Résumé

Doria, Hoda et Nahed sont trois filles qui travaillent comme vendeuses dans un grand magasin. Elles partagent un appartement dans un quartier populaire de la capitale. Chacune a un rêve : Hoda souhaiterait connaître le grand amour et rencontrer un jeune homme pauvre comme elle. Nahed veut devenir chanteuse. Doria, quant à elle, rêve d’épouser un homme fortuné. Mounir, le directeur du magasin, est amoureux d’elle mais Doria le repousse : il n’est pas assez riche. 

Ahmed est le fils de Sami, le propriétaire du magasin. Après des études à l’étranger, il souhaite faire un stage chez son père pour parfaire sa formation. Sami le confie à son directeur sans lui dire que c’est son fils. Mounir l’engage comme coursier. Ahmed prendra son poste le lendemain matin. Doria et ses deux amies sortent du magasin en même temps que le jeune homme. Prenant celui-ci pour un riche client, Doria feint de se fouler la cheville pour qu’il les reconduise toutes les trois chez elles dans sa puissante automobile. Mais quand le lendemain, elle s’aperçoit qu’il n’est qu’un simple employé du magasin, elle se détourne de lui et c’est la douce Hoda qui tombe amoureuse du jeune homme. 

Les trois filles quittent leur quartier populaire pour s’installer à Garden City, un quartier très chic du Caire. Elles ont trouvé des chambres à louer dans la maison de Nargiss, une ancienne chanteuse. La vieille dame est aussitôt conquise par ses nouvelles locataires. Elle veut aider Nahed à devenir chanteuse et elle l’envoie chez M. Fayek, un directeur de théâtre. Quand Nahed pénètre dans l’établissement, une répétition est en cours et autour de M. Fayek, il y a Mamdouh, le metteur en scène et Kamal, le producteur. Malheureusement, cette fois-là, Nahed chante horriblement faux. Elle est aussitôt expulsée. Mais la jeune chanteuse ne s’avoue pas vaincue : elle pénètre à nouveau dans le théâtre et enregistre une chanson sur le magnétophone du metteur en scène. Peu après, Fayek et ses deux collègues écoutent la bande enregistrée. Ils sont transportés par la beauté de la voix de Nahed. Kamal part à la recherche de la jeune fille. Il se rend dans la maison de Nargiss et fait la connaissance de Doria. 

Pour les trois filles, les événements se précipitent et semblent combler les désirs de chacune. Nahed est engagée par M. Fayek et une inclination mutuelle naît entre elle et Mamdouh, le metteur en scène. Ahmed et Hoda sont très épris l’un de l’autre et ils projettent de se marier. Enfin, Kamal a promis à Doria de lui offrir tout ce dont elle rêve. 

Mais pour Hoda et Doria, les choses vont être plus difficiles que prévu. Hoda apprend enfin qu’Ahmed est le fils du propriétaire du magasin. Elle veut rompre immédiatement : leur différence sociale empêche toute union fondée sur l’amour et la confiance. Il faut l’intervention du père d’Ahmed, pour que la jeune femme accepte d’épouser le riche héritier. Quant à Doria, la désillusion est brutale : Kamal n’a jamais eu l’intention de l’épouser mais veut juste profiter d’elle. Un soir, alors que le jeune homme a bu de manière excessive, il tente de la violer. Elle est sauvée par l’irruption dans l’appartement de Mounir, le directeur du magasin. Elle comprend enfin que chez un homme l’amour véritable est plus important que la fortune. Mounir et Doria retrouvent tous leurs amis au théâtre où se produit Nahed.

dimanche 16 décembre 2018

Elle tomba dans une mer de miel (Wa saqatat Fe Bahr El Asal,1977)

وسقطت في بحر العسل 
إخراج : صلاح ابو سيف 


Salah Abou Seif a réalisé Elle tomba dans une mer de miel en 1977.
Distribution : Mahmoud Yassin (Abu Bakr), Nabila Ebeid (Maysa), Taheya Carioca (Nafousa), Nadia Lutfi (Zeze), Faten Anwar (Amina), Tarek El Nahry, Omar El-Hariri (Fahmi), Ali Ezz Eddin, Samir Ghanem (Essam), Aziza Helmy (la mère de Maysa), Layla Mukhtar (Didi), Rawia Saïd (Sameha), Fatheia Shahin (Farida), Younes Shalaby (Samïa)
Scénario : Salah Abou Seif
D'après une histoire d'Ihsan Abdul Quddus
Musique : Omar Khorsheid

Mahmoud Yassin

Mahmoud Yassin et Nabila Ebeid

Mahmoud Yassin et Nabila Ebeid

Nabila Ebeid

Rawia Saïd, Nabila Ebeid et Nadia Lutfi

Nabila Ebeid

Nadia Lutfi et Omar El Hariri

Fatheia Shahin et Nadia Lutfi

Taheya Carioca



Résumé

Maysa est une jeune fille appartenant à une famille aisée d’Alexandrie. Ses parents lui laissent beaucoup de liberté et elle passe le plus clair de son temps avec ses amis. Un soir, dans une fête, elle rencontre un jeune étudiant en architecture Abu Bakr. Après la soirée, le garçon propose à Maysa de la raccompagner chez elle. Sur la route, ils font un crochet par chez lui : il veut prêter un livre à la jeune femme. C’est ainsi qu’elle découvre le petit appartement de son nouvel ami. Le désordre est indescriptible, il ya des piles de livres à même le sol mais Maysa est séduite par cet intérieur d’étudiant amoureux de la culture et des arts. Entre les deux jeunes gens, si les choses ne vont pas plus loin cette nuit-là, l’attirance qu’ils éprouvent l’un pour l’autre est manifeste. Ils décident de se revoir et ils passent une journée à la plage, rien que tous les deux. Pour Maysa, c’est le bonheur. Elle en est certaine : ils sont faits pour s’aimer et vivre ensemble. Les rencontres se multiplient. Ils deviennent inséparables. Un jour, elle décide de présenter Abu Bakr à sa mère. Les deux femmes organisent un goûter mais « l’invité » ne viendra pas. Maysa est affreusement déçue. Elle soupçonne Abu Bakr d’avoir une autre femme dans sa vie. Elle veut en avoir le cœur net et elle décide de l’interroger. Il n’essaie pas de nier : il est effectivement lié à une autre femme à qui il doit beaucoup et qu’il ne peut quitter mais Maysa doit savoir que c’est elle qu’il aime et uniquement elle. Cette révélation consterne la jeune femme. Elle cherche à connaître l’identité de sa rivale. Elle soupçonne d’abord Zizi, une personnalité bien connue de la ville. Sur la plage, elle la voit fumer des cigarettes de la même marque que celles fumées par Abu Bakr. Mais elle se trompe : elle découvre par la suite que la maîtresse cachée, c’est en fait Madame Nafousa. Cette femme, obèse et âgée, est la logeuse d’Abu Bakr mais c’est aussi sa bienfaitrice: elle le nourrit et veille sur lui afin qu’il puisse préparer ses examens, débarrassé de tous les soucis de la vie quotidienne. Elle l’a enfin mis en relation avec un certain nombre d’entrepreneurs de la région susceptibles de l’aider dans sa carrière. 
Après son entrevue avec cette femme, Maysa décide de ne pas abandonner le combat et elle fait bien : Abu Bakr finit par rompre avec sa logeuse pour l’épouser.

lundi 28 août 2017

Jeunesse d'Aujourd'hui (Shabab al Youm, 1958)

شباب اليوم
إخراج: محمود ذو الفقار



Mahmoud Zulficar a réalisé Jeunesse d'Aujourd'hui en 1958.
Distribution : Mariam Fakhr Eddine (Fathia), Omar El Hariri (le docteur Mamdouh), Cariman (Nawal), Youssef Fakhr El Din (Youssef, le frère de Fathia), Mahmoud El Meleigy (le père de Fathia), Rafia El Shal (la mère de Fathia), Doha Amir (la sœur cadette de Fathia), Thuraya Fakhry (la mère de Nawal), Olwiya Gamil (la véritable mère de Fathia), Nahed Samir (la mère du docteur Mamdouh), Saab Kotb (Rashad, l’ami de Youssef), Hassan Abdul Salam (Sobhi, le fils du paysan)
Scénario : Abdel Aziz Salam et Mahmoud Zulficar
Musique : Moukhtara et Mohamed Abdel Wahab
Production : les films Mariam Fakhr Eddin


Cariman et Youssef Fakhr El DIn

















Shafik Nour El Din

















Hassan Abdul Salam, Cariman, Youssef Fakhr El Din

















Cariman et Omar El Hariri

















Mahmoud El Meleigy et Youssef Fakhr El Din

















Mariam Fakhr Eddine


















Résumé

Fathia vit avec son père, Ahmed Fathi, un homme d’affaires très malade ainsi qu'avec sa mère et son jeune frère Youssef. Le garçon passe ses journées avec leur charmante voisine Nawal et sa jeune sœur Soheir.

Le docteur Mamdouh se rend régulièrement chez les Fathi pour contrôler l’évolution de la maladie du père. Au fil de ses visites, Mamdouh et Fathia sont tombés amoureux l’un de l’autre, à la grande joie des parents de la jeune femme. Mais de son côté, Nawal aussi aimerait bien se marier et elle trouve le jeune médecin tout à fait à son goût. Elle entreprend de le séduire, encouragée par sa mère.

Dans la maison, Fathia s’occupe de tout : elle supervise les tâches ménagères, elle veille à ce que son père prenne bien tous se médicaments, elle surveille son frère et le conseille.

Un soir, Youssef se rend chez son ami Rachad pour participer à la petite fête que celui-ci donne à l’occasion de son anniversaire. Il est accompagné de Nawal. Là, ils rencontrent Sobhi, un jeune garçon qui prétend être très riche et qui aime évoquer tous ses voyages en Europe. Alors que la fête bat son plein et que le whisky coule à flots, le père de Sobhi fait son apparition. On comprend que c’est un simple paysan qui a vendu tout ce qu’il possédait pour financer les études de son fils. Le vieil homme est désespéré de constater que tous ses sacrifices n’ont servi qu’à financer ses beuveries. Sobhi, honteux, quitte la fête avec son père.

Le lendemain, Youssef doit se faire faire une carte d’identité et il a besoin de son certificat de naissance. Il accompagne son père dans son bureau et tandis que celui-ci cherche le document dans ses papiers, Youssef aperçoit une grande enveloppe sur laquelle est inscrit « Papiers Adoption Fathia ». Fathia n’était donc pas sa sœur ! Son père est obligé de le reconnaître mais il demande à son fils de garder le secret.

Peu après, le docteur Mahmoud fait officiellement sa demande en mariage. Fathia est au comble du bonheur et toute la famille approuve cette union. Evidemment, Nawal est dépitée par la nouvelle : elle a échoué. Lors des fiançailles, Youssef et Nawal ont trop bu. Ils finissent par s’embrasser. Fathia qui a tout vu est scandalisée par une telle attitude. Elle les sermonne sans ménagement. Youssef s’emporte, Fathia le gifle. Le garçon, hors de lui, lui révèle le secret de sa naissance. La jeune femme bouleversée, court demander des explications à son père. Celui-ci lui révèle que sa mère biologique l’avait abandonnée car elle n’avait plus les moyens de l’élever après la mort de son père. Elle avait donc accepté qu’Ahmed l’adopte. Il conclut en promettant à Fathia de retrouver l’adresse de sa mère. Il obtient ses coordonnées et lui rend visite. Il lui annonce que sa fille sait la vérité et qu’elle souhaite la voir. La vieille femme ne souhaite pas que sa fille vienne revivre avec elle car elle abandonnerait une existence agréable pour la vie éprouvante des pauvres. Elle veut bien la recevoir mais elle lui dira qu’elle est une amie de sa mère morte depuis très longtemps. Les deux femmes se rencontrent et, malgré son émotion, à aucun moment la vieille dame ne révèle sa véritable identité. Après cette entrevue qui l’a bouleversée, Fathia se rend chez le docteur Mamdouh. Ils discutent quelques instants et Fathia profite d’une courte absence du médecin pour s’enfuir après avoir déposé sur la table sa bague de fiançailles : elle ne veut pas le déshonorer et préfère rompre.

Mais les sentiments du docteur n’ont jamais varié et tous les membres de la famille Fathi finiront par convaincre la jeune femme de l’épouser comme il était convenu.


Critique

Voilà un mélodrame bien conventionnel ! C’est l’histoire d’une jeune fille sage et méritante appartenant à la meilleure société qui découvre brutalement qu’elle est une enfant adoptée. Elle apprend qu’elle été abandonnée par sa mère biologique, une miséreuse qui n’avait pas les moyens de l’élever. Avec un tel sujet, on comprend que le premier souci des auteurs n’a pas été de concevoir une œuvre originale mais de se conformer à un modèle qui a fait ses preuves tant au cinéma qu’en littérature. Lieux communs et clichés à la sauce pathos.
Les personnages sont réduits à des stéréotypes, notamment les deux héroïnes qui incarnent deux images de la femme diamétralement opposées : l’une est méritante, attentionnée, vertueuse ; l’autre, ambitieuse, amorale, sans scrupule. Cette opposition est soulignée de manière grossière par les toilettes portées par l’une et par l’autre. Dans l’une des toutes premières scènes du film, Mariam Fakhr Eddine apparaît dans une robe très stricte avec un col bien fermé jusqu’au cou ; ses cheveux sont tirés en arrière et maintenus par un serre-tête. Face à elle, nous trouvons Cariman, robe légère, épaules dénudées et chevelure luxuriante. La seconde jouera de tous ses appas pour dérober à la première son fiancé, le bon docteur Mamdouh mais, soyons rassurés, ce dernier n’est pas homme à se laisser séduire par une petite mijaurée. Dans ce film, la vertu triomphe de tout, hélas !
Visiblement, les auteurs ont pris très au sérieux leur mission moralisatrice : ils fustigent sévèrement les excès de la jeunesse dorée de l’époque (des excès bien timides pour le spectateur d’aujourd’hui) et son ingratitude à l’égard de parents qui travaillent dur pour assurer le bonheur de leur famille. Cela nous vaut l’une des scènes les plus fastidieuses du film : un vieux père prématurément usé fait irruption au milieu d’une fête où se trouve son fils. Le discours que tient l’homme est comme une douche froide pour tous ces jeunes gens insouciants. Son fils, comprenant alors sa coupable légèreté, jette son verre de whisky et sort avec son père. Il est sauvé !
Mais le caractère éminemment réactionnaire du film éclate dans la dernière scène. C’est le jour des noces de Fathia et du docteur Mamdouh. On voit les mariés entourés des parents et amis sortir de la villa de la famille Fathi. Et derrière la muraille entourant le jardin de la propriété, il y a la vieille maman qui , émue aux larmes, regarde sa fille si belle dans sa robe blanche. Evidemment, elle n’a pas été invitée. Elle aurait fait tache.

Appréciation : 2/5
**
Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin


mercredi 23 novembre 2016

Le Fleuve de l'Amour (Nahr el Hub, 1960)

نهر الحب 
إخراج : عز الدين ذو الفقار




Ezzel Dine Zulficar a réalisé Le Fleuve de l'Amour en 1960.
Distribution : Faten Hamama (Nawal), Omar Sharif (Khalid), Zaki Rostom (Taher Pasha), Omar El-Hariri (Mamdouh), Zahrat Al Oula (la femme de Mamdouh), Ahmed Farahat (le fils de Mamdouh), Amina Rizq (Madame Fatima), Fouad El Mohandes (l'ami de Khaled), Ahmed Bali ( le psychiatre), Soheir El Bably (Mervat), Mohamed Reda (un miltaire), Abdel Azim Kamel (le médecin)
Scénario : Ezzel Din Zulficar et Youssef Issa
Adaptation du roman Anna Karenine (1877) de l'écrivain russe Léon Tolstoï.
Musique : Andre Ryder
Production : Helmy Rafla


Zaki Rostom et Faten Hamama

Fouad El Mohandes et Omar Sharif

Faten Hamama

Faten Hamama et Zaki Rostom

Faten Hamama

Omar El Hariri

Faten Hamama et Omar Sharif




Résumé

Taher Pacha est un vieil homme riche et puissant. Il tombe amoureux de Nawal et souhaite l’épouser. Mamdouh est le frère de Nawal. Il a accumulé les dettes et se trouve dans une situation très délicate. Pour le sauver du déshonneur et de la prison, Nawal accepte de se marier avec Taher Pacha. Celui-ci se révèle un homme dur, incapable d’amour et obsédé par sa carrière politique. L’existence de Nawal est celle d’une femme riche mais solitaire et désoeuvrée. Elle donne naissance à un garçon. Elle se consacre entièrement à son éducation. Les années passent. Un jour, Nawal reçoit une lettre de son frère qui s’est installé à Assouan avec sa femme et ses deux enfants : lui et son épouse sont au bord du divorce et il lui demande de l’aider à sauver son couple. Avec l’autorisation de son mari, Nawal décide de passer quelques jours chez Mamdouh. Dans le train qui la conduit à Assouan, elle fait la rencontre d’un jeune officier prénommé Khaled. C’est le coup de foudre. Ils se retrouvent à plusieurs reprises dans des réceptions, une première fois à Assouan puis au Caire. Ils ne peuvent plus cacher les sentiments qu’ils éprouvent l’un pour l’autre. Taher Pacha est informé de l’infidélité de sa femme. Il a très peur que cette liaison nuise à sa carrière politique. Il exige que Nawal rompe avec l’homme qu’elle aime. Lors d’un concours hippique, Khaled fait une grave chute. Il est hospitalisé. Nawal n’y tient plus : elle veut divorcer pour être aux côtés de son amant. Taher Pacha propose un compromis : il souhaite que le divorce soit prononcé après les élections. D’ici là, il autorise Nawal à retrouver Khaled mais pour éviter le scandale, il exige que les deux amants partent en voyage au Liban. Nawal accepte malgré le chagrin qu’elle éprouve à l’idée de se séparer de son fils.
En fait, Taher Pacha prépare sa vengeance. Une fois les élections passées, il menace Nawal d’un procès pour adultère : elle doit disparaître si elle et son amant souhaitent éviter la prison. Nawal trouve refuge chez son frère tandis que Taher Pacha fait croire à son fils que sa mère est morte.
La guerre est déclarée : Khaled doit rejoindre le front. Il meurt dans les combats. Désespérée, Nawal tente de retourner chez Taher Pacha pour revoir son fils. Son mari ne la laisse pas entrer dans sa demeure : il ne faut pas traumatiser leur enfant qui la croit morte. Elle préfère renoncer. Ayant perdu ses deux raisons de vivre, elle erre sans but près de la voie ferrée. Soudain, elle croit voir son fils qui l’appelle de l’autre côté de la voie. Elle traverse tandis qu’un train arrive à vive allure.


Critique

Ce film est un peu particulier dans la filmographie de son metteur en scène et de ses deux principaux interprètes. Omar Sharif et Faten Hamama ont formé le couple le plus célèbre du cinéma égyptien. Ils se sont rencontrés en 1954 sur le tournage du film Ciel d’Enfer de Youssef Chahine. A cette époque, Faten Hamama est déjà une grande vedette tandis que le futur Docteur Jivago débute sa carrière d’acteur. Ils vont très vite devenir amants puis se marier une fois Faten divorcée et Omar converti à l’islam. Six ans ont passé et ce Fleuve de l'Amour est le cinquième et dernier film que ces deux monstres sacrés tourneront ensemble. De nouveau, on les retrouve ici dans des rôles spécialement écrits pour eux : ceux de deux amants qui ne peuvent vivre leur amour au grand jour et que la société condamne au malheur et à la souffrance.
Si ce tournage dut être différent des autres pour le cinéaste, c’est qu’il fut le premier mari de Faten Hamama, celui qu’elle a quitté pour épouser Omar Sharif. Ils s’étaient mariés en 1947 : Faten avait 16 ans, lui 28. Ils eurent une fille, Nadia. On peut donc imaginer que cette histoire d’une jeune mère de famille qui quitte son vieux mari, riche et puissant, pour un jeune inconnu a dû réveiller bien des souvenirs dans l’âme du réalisateur ! (Après leur divorce, Ezzel Din Zulficar et Faten Hamama étaient cependant restés bons amis et avaient continué à tourner ensemble dans quelques films.)
Ces trois personnalités sont réunies pour une production à haute valeur culturelle : l’adaptation d’un chef d’œuvre de la littérature russe, Anna Karénine. L’exercice comporte des risques et on pouvait craindre au final un produit empesé et académique. Heureusement, Ezzel Din Zulficar ne s’est pas laissé impressionner par le génie de Tolstoï. Il a adapté son roman à la société égyptienne de l’après-guerre (Khalid meurt au combat pendant le conflit israelo-arabe de 1948) et cela fonctionne plutôt bien.
De nombreuses scènes de ce « drame romantique » sont restées dans la mémoire collective : celle de la première rencontre des deux futurs amants dans le train suivie du déjeuner en tête à tête dans le wagon-restaurant, une scène traitée de manière presque hitchcockienne ; celle de leur deuxième rencontre lors d'un bal costumé qui rappelle par son atmosphère certains films italiens et puis, dans un style purement hollywoodien, celle de leur premier baiser au réveillon du nouvel an ; enfin, retour au drame à l'égyptienne  avec la dernière confrontation entre la femme et son ex-mari : elle, désespérée, qui vient de perdre son amant et qui supplie le vieil homme de lui laisser voir son fils et celui-ci qui refuse au nom du traumatisme que cela provoquerait chez l’enfant. Des scènes d'anthologie qui illustrent parfaitement ce que fut l'âge d'or du cinéma égyptien.
Ezzel Din Zulficar joue en virtuose des codes et des procédés du mélodrame. Il est aidé en cela par une équipe d’acteurs exceptionnels. Faten Hamama est sublime dans ce rôle de femme qui aspire à l’amour et au bonheur et qui perdra tout. Omar Sharif campe avec aisance le jeune officier séduisant au destin tragique (type de personnages dont il mettra longtemps à se défaire, tant celui-ci lui « colle à la peau » !). Mais n’oublions pas l’immense Zaki Rostom en tyran méthodique qui écrase sans scrupule tous ceux qui osent s’opposer à lui. Par son jeu, sa voix et sa présence physique, l’acteur donne à son personnage une dimension proprement shakespearienne !
Le Fleuve de l’Amour, un mélodrame classieux. 

Appréciation : 4/5
****
Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

samedi 28 mai 2016

Sublime Amour (Houb Hatta al Ibadah, 1959)


حب حتى العباده
ﺇﺧﺮاﺝ: حسن الإمام


Hassan Al Imam a réalisé Sublime Amour en 1959.
Distribution : Zizi Al Badraoui, Salah Zulficar, Ferdoos Mohamed, Taheya Carioca, Hussein Riad, Zouzou Nabil, Wedad Hamdy, Kamal Anwar, Mounir Al Fangary, Mohamed Soleiman, Abdel Moneim Ismaïl
Scénario : Youssef Issa et Hassan Al Imam
Musique : Fouad El Zahry 


Zizi Al Badraoui et Salah Zulficar

Ferdoos Mohamed

Taheya Carioca et Salah Zulficar

Salah Zulficar et Hussein Riad

Salah Zulficar et Taheya Carioca

Zouzou Nabil

Zizi Al Badraoui

Salah Zulficar et Omar El Hariri


Résumé

Hussein travaille comme ingénieur dans une usine de textile à Alexandrie. Il aime une jeune fille prénommée Nehmat. Il est très apprécié par ses collègues et ses ouvriers pour son activité syndicale. Mais il a un rival : Ahmed Fahmy qui souhaiterait prendre sa place, et dans le syndicat et dans le cœur de Nehmat. Ahmed ne cesse de poursuivre la jeune femme mais celle-ci reste sourde à ses avances. De son côté, Hussein prie son père Abdul Hamid de demander pour lui la main de sa bien aimée à sa mère Latifa Hanim. Le père ne veut pas en entendre parler et il ordonne à son fils d’oublier cet amour. Le vieil homme se rend chez Latifa et tente de la convaincre de refuser le mariage. Il la menace même de révéler certains secrets. Abdul Hamid a gagné : le mariage ne se fera pas. Hussein est blessé par l’attitude de son père et il s’installe au Caire. Pour tromper sa solitude, il fréquente les champs de courses. C’est lors d’une de ces sorties qu’il fait la connaissance d’Aïcha, une grande danseuse d’âge mûr. Entre eux, l’entente est immédiate et ils tombent amoureux l’un de l’autre, malgré la différence d’âge. Hussein est descendu dans le même hôtel que la danseuse et il occupe la chambre voisine de la sienne. Un jour, après avoir eu une longue conversation avec Nehmat Abdul Hamid rend visite à son fils. Dans le hall de l’hôtel il tombe sur Aïcha. Elle l’invite dans son appartement. Le spectateur a découvert plus tôt que la danseuse est la mère de Hussein. Au tour d’Aïcha et de Hussein de l’apprendre. Ils sont d’abord bouleversés puis fous de bonheur, l’un d’avoir retrouvé une mère, l’autre un fils. Mais les événements ont eu raison du cœur fragile d’Abdul : il décède brutalement. Hussein et sa mère retournent à Alexandrie pour l’enterrement et s’installent dans la maison paternelle. A l’usine, la situation est tendue : ce sont les élections syndicales et Hussein doit affronter Ahmed Fahmy son rival. Malgré la campagne de dénigrement orchestré par Ahmed, Hussein triomphe et, avec la bénédiction de sa mère, il pourra épouser Nehmat.


Critique

Ce film de 1959 fait parties de ces œuvres que tous les arabes de plus de quarante ans ont vues au moins une fois. Sublime Amour est sans cesse rediffusé par les chaînes satellitaires et ce succès jamais démenti lui confère une place de choix dans le patrimoine de la culture populaire arabe du XXe siècle. Pourtant cette réalisation de Hassan El Imam ne peut que déconcerter une spectateur occidental par son recours aux procédés grossiers du mélodrame et par son manque assumé d’unité esthétique. Les tenants du classicisme en art seront sans doute effrayés mais ce qui fait à mes yeux le prix d’un tel film comme de bien d’autres dans le cinéma égyptien, c’est cette totale indifférence à « la sobriété », à «la retenue », à « la cohérence » qui sont la marque des œuvres de qualité en Occident. J’aime cet art du patchwork et du collage, ce goût pour l’outrance et le scabreux (au risque, pas toujours évité, du grand n’importe quoi).
Reconnaissons que tout commence fort mal avec un titre ridicule et totalement hors-sujet : « Sublime Amour ». Et pourtant, à bien y réfléchir, il n’est pas si mal, ce titre, avec son caractère kitsch qui évoque celui d’un (très) mauvais roman-photo ou le nom d’un parfum oublié dans l’armoire d’une vieille dame. Nous allons assister à un drame, il sera question d’amour, de trahison, de jalousie. Rien de bien neuf dira-t-on. Certes mais le scénariste a ajouté dans son intrigue des éléments moins communs ce qui fait de Sublime Amour un film plus original qu’il n’y paraît.

Ce film se divise en trois parties bien distinctes.

La première est dans le style néo réaliste italien : une histoire d’amour chez des gens ordinaires avec de nombreuses scènes se déroulant dans l’usine où travaille le héros. Rivalités amoureuse et professionnelle sont intrinsèquement liées. Mais ce premier volet s’ouvre sur une séquence (très réussie) qui rappelle plutôt la Nouvelle Vague : Hussein (Salah Zulficar) et Nehmat (Zizi al Badroui), les deux amoureux, courent sur la jetée d’Alexandrie battue par les vents à la recherche d’un café pour s’abriter et s’embrasser loin des regards. On se souvient alors que ces deux personnages sont les exacts contemporains de ceux incarnés par Jean-Pierre Léaud et Marie-France Pisier (dans Antoine et Colette réalisé par François Truffaut en 1962). Le ton est résolument léger. Rentrée chez elle, Nehmat danse avec sa bonne sur un succès italien joué sur l’électrophone familial. La vie lui sourit, l’avenir est à elle. Evidemment, elle va vite déchanter…

La seconde partie constitue le cœur du film. Apparaît enfin Taheya Caroioca et nous plongeons en plein drame. Pour créer le suspens, ce volet est construit sur un quiproquo : Aïcha et Hussein finissent par s’aimer mais ils ne savent pas qu’ils sont mère et fils. En revanche, le spectateur, lui, le sait. Si bien qu’à chaque scène où les personnages se retrouvent seuls dans une chambre celui-ci retient son souffle.  Heureusement, à chaque fois un incident empêche l’étreinte incestueuse.
Et la scène fameuse dans laquelle Aïcha chante tandis que Hussein, seul à une table, la dévore des yeux a dû mettre à rude épreuve bien des âmes sensibles. Le réalisateur filme en gros plan les yeux du jeune homme et on peut y voir les feux du désir qui monte tandis que la femme chante et danse entre les tables du cabaret, vêtue d’une robe étincelante qui épouse ses courbes généreuses et on lit aussi dans ses yeux à elle qu’elle consentira enfin à céder au désir de son jeune amoureux. Cette nuit, après le spectacle, c’est sûr, ils s’appartiendront. La scène suivante se déroule dans la chambre avec comme seule lumière, celle des étoiles que l’on voit à travers la fenêtre. Les deux personnages sont face à face. Tout va chavirer mais soudain le tonnerre gronde et la foudre brise la vitre. Les deux « amants » sont rejetés loin l’un de l’autre. Encore une fois le crime ne sera pas consommé. Une analyse plan par plan de cette scène montrerait à quel point Hassan El Imam fait preuve ici d’une grande maîtrise dans l’art du récit cinématographique.

En revanche je suis moins convaincu par les deux danses exécutées par Taheya Carioca au début de cette seconde partie. Je trouve les chorégraphies un peu pataudes (il est vrai aussi que Taheya n’a plus la silhouette de ses débuts !) et carrément ridicule celle qui fait évoluer la diva autour d’une bougie géante.(même si son caractère hautement symbolique peut faire sourire)

Dans la troisième partie, on retrouve l’usine à Alexandrie. Cette dernière séquence se déroule presque entièrement dans une grande salle où est rassemblé tout le personnel de l’entreprise pour élire le prochain dirigeant du syndicat et donc le directeur de l’usine. On est en plein réalisme soviétique. Hussein fait figure de héros positif et Ahmed représente l’arriviste petit bourgeois sans scrupules. L’issue de la lutte est donc prévisible : dans un premier temps conspué par la foule, Hussein reçoit moult projectiles puis grâce à son discours, il retourne la situation en sa faveur. Ahmed reconnaitra sa défaite et prêtera allégeance au nouveau chef. On peut trouver sympa de convoquer les masses pour assister au triomphe final du héros mais on est en droit de préférer les deux premières parties.

Remarque : le générique nous apprend que la maison de production s’appelle Dinar Film, et la société de production, Dollar Film : les intentions des producteurs sont claires. 

Appréciation : 3/5
***

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin