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mercredi 15 septembre 2021

Ismaël Yassin chez les fous (Ismael Yassin fi mostashfa el maganen, 1958)

إسماعيل يس في مستشفى المجانين
ﺇﺧﺮاﺝ : عيسى كرامة



Issa Karama a réalisé Ismaël Yassin chez les fous en 1958.
Distribution : Ismaël Yassin (Hassouna), Hind Rostom (Tema), Zinat Sedki (la mère de Tema), Abd El Fatah El Kosary (le père de Tema), Reyad El Kasabgy (Aliwa, le principal rival d’Hassouna), Hassan Atla (un fou), Fouad Ratab (un fou), Farhat Omar (un fou), Abdel Moneim Ibrahim (un fou), Abdel Moneim Ismaïl (le marchand de légumes), Hussein Ismaïl (le boucher), Hussein Asar (Zaki Al-Qahwaji), Mohsen Hassanein, Kitty (la danseuse), Helen (la folle qui fait un strip-tease), Salha Kasin, Abdel Hamid Zaki (le propriétaire de la pâtisserie), Ezzedin Islam (le directeur de l’hôpital), Abdel Ghany Kamar (l’astrologue)
Scénario : Abbas Kamel, Abdel Fattah El Sayed
Musique : Attya Sharara


Abd El Fatah El Kosary et Reyad El Kasabgy





Zinat Sedki et Abdel Moneim Ibrahim



Zinat Sedki et Abd El Fatah El Kosary



Kitty et Abd El Fatah El Kosary



Ismaël Yassin et Abd El Fatah El Kosary


Hind Rostom



Fouad Ratab et Farhat Omar



Helen



Helen et Ismaël Yassin



Résumé

Comédie. Tout le monde dans le quartier veut épouser Tema. Son père a emprunté de l’argent aux uns et aux autres en leur promettant à chaque fois de leur donner la main de sa fille. Tema est amoureuses de Hassouna, le pâtissier. Malheureusement, Aliwa, un prétendant qui travaille à l’hôpital psychiatrique s’engage à éponger toutes les dettes du père si celui-ci consent à faire de lui son gendre. Les deux hommes font affaire mais il faut se débarrasser d’Hassouna. Ils décident de le faire passer pour fou. C’est ainsi que le pauvre pâtissier se retrouve interné à l’hôpital psychiatrique. Aliwa invite Tema et sa mère à se rendre à l’asile pour vérifier par elles-mêmes qu’Hassouna est bien devenu fou. Cette visite permet à ce dernier de s’évader. Il s’est emparé du châle de la mère de Tema pour s’en revêtir. Ainsi, il a pu déjouer la surveillance des infirmiers et recouvrer la liberté. Hassouna va pouvoir contrattaquer. En se faisant passer pour un astrologue, il apprend que le père de Tema courtise la danseuse d’un cabaret où il se rend régulièrement. Grâce à la complicité de la jeune femme, Hassouna permet à la mère de Tema de prendre son mari en flagrant délit de tentative d’adultère. Pour échapper au courroux de sa femme, l’homme fait croire qu’il est tombé soudainement fou. Il se retrouve à son tour à l’hôpital psychiatrique. Hassouna peut enfin annoncer une bonne nouvelle à Tema : il est parvenu à rassembler la somme réclamée par les créanciers de son père. Ils vont pouvoir se marier. Las ! Aliwa les surprend en pleine conversation. Il s’empare de l’argent d’Hassouna et reconduit celui-ci à l’hôpital psychiatrique. Le père et l’amoureux de Tema se retrouvent ensemble. Grâce à leur complicité, ils parviennent à s’évader en suscitant une révolte parmi tous les aliénés de l’asile. L’acte final de la comédie se déroule lors des noces d’Aliwa et de Tema. Hassouna parvient à voler les habits du futur marié, forçant celui-ci à paraître quasi nu devant toute l’assemblée qui compte en son sein le directeur de l’hôpital psychiatrique. Ce dernier fait aussitôt interner son employé. C’est donc Hassouna qui prend la place de l’époux auprès de la femme qu’il aime.


Critique

En 1958, le réalisateur Issa Karama et l’acteur Ismaïl Yassin sont déjà de vieux compagnons de route. Ils travaillent ensemble depuis le tout premier film d’Issa Karama en 1952, Tu le mérites bien. 1958, c’est l’année où Ismaïl Yassin est au faîte de sa gloire (le déclin s’amorcera peu après.) et il enchaîne les tournages avec les cinéastes les plus importants de l’époque. Pour mesurer la popularité de l’acteur, il suffit de compter le nombre de films qui comportent dans leur titre le nom « Ismaïl Yassin ». Rien que pour cette année 1958, il y en a cinq : Ismaïl Yassin est à vendre (réalisateur : Houssam Al Din Mustafa), Ismaïl Yassin à Damas (réalisateur : Helmy Rafla), Ismaïl Yassin Tarzan (réalisateur : Niazi Mostafa), Ismaïl Yassin dans la police militaire (réalisateur : Fateen Abdel Wahab) et, enfin, cet Ismaïl Yassin chez les fous qui fait l’objet de cette chronique.

Ce film, archi rediffusé sur les chaînes de télévision fait partie du patrimoine de la culture populaire arabe. C’est une comédie type des années cinquante qui mêle le burlesque et le glamour avec un seul objectif : plaire au plus grand nombre. On y retrouve certaines des plus grandes vedettes de l’époque et elles font le « job » avec un professionnalisme jamais pris en défaut. Comme leurs confrères et consoeurs d’ Hollywood, les acteurs et les actrices égyptiens des années cinquante mettaient tout leur talent au service des studios et des réalisateurs sans jamais laisser paraître ni fatigue ni lassitude malgré le rythme infernal des tournages. Dans Ismaïl Yassin chez les fous, tout le monde semble s’amuser beaucoup : on se déguise, on se déshabille, on se rhabille, on se cache, on danse, on crie, on grimace, on s’embrasse. Pas un seul temps mort, tout va très vite jusqu’au happy end obligé : le triomphe de l’amour véritable et le mariage des deux héros.

Mais l’intérêt majeur de ce divertissement familial réside sans aucun doute dans sa critique virulente de la famille traditionnelle et de la condition faite aux femmes. On voit un père, cynique et sans scrupule, promettre sa fille à qui voudra bien rembourser ses dettes et on voit aussi d’honnêtes artisans ou commerçants proposer « généreusement » leur aide au papa contre les faveurs de la belle Tema. Celle-ci, incarnée avec brio par l’affriolante Hind Rostom, est condamnée à la passivité, recluse dans l’appartement familial, en attendant que son père veuille bien la vendre au plus offrant. Issa Karama montre bien que dans la famille traditionnelle, les filles constituent avant tout un investissement qui peut rapporter gros. Le héros est bien obligé de se soumettre à cette règle du jeu et il devra se démener pour rassembler la somme demandée par les parents s’il veut épouser sa bien-aimée. Par cette dimension satirique, Ismaïl Yassin chez les fous se hisse au niveau des meilleures productions de Fateen Abdel Wahab, autre pourfendeur de la morale traditionnelle dissimulé sous les oripeaux de l’amuseur inoffensif.

Cela étant dit, Ismaïl Yassin chez les fous comporte quelques faiblesses. Une grande partie de l’intrigue se déroule au sein d’un hôpital psychiatrique et cela nous vaut des scènes interminables avec des « fous » se livrant à des pitreries puériles et répétitives. Les situations et les gags peuvent à la rigueur amuser les enfants. Mais si le spectateur a plus de dix ans, il regardera avec une certaine lassitude, voire une certaine exaspération, cette accumulation d’effets comiques mille fois vus. On regrettera enfin que la participation de la danseuse Kittie soit si brève : les deux scènes où elle apparaît sont parmi les plus mémorables du film.

Appréciation : 3/5
***

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin




mercredi 18 octobre 2017

Ismaël Yassin dans la marine (Ismaïl Yassine fil ostool, 1957)

إسماعيل يس في الأسطول
إخراج : فطين عبد الوهاب




Fateen Abdel Wahab a réalisé Ismaël Yassin dans la Marine en 1957.
Distribution : Ismaël Yassin (Ragab), Zahrat Al Oula (Nadia), Ahmed Ramzy (Mounir), Mahmoud El Meleigy (Abbas Al Zafer), Zinat Sedki (la mère de Nadia), Abdel Wareth Asr (le père de Nadia), Zeinat Olwi (la danseuse), Abdel Moneim Ibrahim (Abdul Bar), Reyad El Kasabgy (le sergent instructeur à bord du navire), Malak El Gamal (l’entremetteuse), Layla Karim (la petite amie de Mounir), Layla Hamdy (épouse d’Abbas Al Zafer), Mary Bay Bay (épouse d’Abbas Al Zafer) 
Scénario : Hassan Tawfik et El Sayed Bedir 
Musique : Mounir Mourad 
Production : Films Memphis/Ramsès Naguib

Zahrat Al Oula

Mahmoud El Meleigy et Zinat Sedki

Zahrat Al Oula et Abdel Wares Asr

Ahmed Ramzy

Ismaël Yassin, Ahmed Ramzy, Reyad El Kasabgy



Résumé

Ragab est un gentil garçon dont le seul défaut est la peur de la mer. Il aime sa cousine Nadia qui est infirmière à l’Hôpital de la marine. Hanfi, le père de Nadia, accepterait que sa fille épouse son neveu, en revanche la mère souhaite que sa fille épouse Maître Abbas Al Zafer, un homme d’âge mûr riche et puissant. Nadia exhorte son amoureux à surmonter sa peur de la mer et l’incite à s’engager dans la marine pour impressionner sa mère. Ragab se rend au centre de recrutement de la Marine. Là, il rencontre deux autres engagés, Abdul Bar et Mounir, avec qui il sympathise tout de suite. Après la visite médicale, les trois jeunes gens commencent leur formation. Elle se déroule d'abord à terre puis ils doivent partir en mer pour d’autres exercices. Avant leur départ, ils ont une permission. Ragab en profite pour rendre visite à sa cousine Nadia. Mais, dans la maison de son oncle, il retrouve son rival, Maître Abbas qui est reçu par sa tante comme un membre de la famille. Ragab apprend que son oncle a une dette de 150 guinées envers Maître Abbas et qu’il est donc obligé d’accepter le mariage de sa fille avec lui. Le pauvre Ragab retrouve ses amis totalement désespéré. Abdul Bar et Mounir ont une idée pour empêcher cette union : ils organisent une loterie sur le navire et parviennent à recueillir les 150 guinées. Ils les donnent à Ragab qui obtient 24 heures de permission pour se marier. A terre, le jeune homme se rend chez Abbas pour le rembourser alors que la cérémonie du mariage est déjà commencée mais l’étourdi a oublié l’argent sur le bateau. Heureusement Mounir et Abdul Bar s’en sont aperçus et avec d’autres soldats ils décident de rejoindre leur compagnon. Ils sont accueillis par les hommes de Maître Abbas. Une bagarre éclate. C’est l’intervention inopinée des deux premières épouses de Maître Abbas qui scelle la défaite définitive de celui-ci. Mais Ragab et ses amis n’en ont pas fini avec les tracas : ils sont arrêtés pour s’être battus avec des civils.


Critique

A la lecture du scénario de cet Ismaïl Yassin dans la Marine on se dit qu'il y a bien des similitudes avec le film Ismaïl Yassin à l'Armée tourné deux ans auparavant, en 1955. En effet, l'acteur comique joue à nouveau un bon bougre que l’'armée va transformer en valeureux soldat. Dans sa formation militaire, il est encore accompagné de deux camarades et comme dans l'opus précédent, il y a une histoire d'amour. Ragab doit épouser sa cousine, Nadia, et c'est elle d'ailleurs qui l'a incité à rejoindre l’armée, mais la présence d’un rival compromet les projets matrimoniaux du héros. La trame des deux films est donc identique mais ce qui a changé, c’est le contexte historique. Nous sommes en 1957, c'est-à-dire juste après la crise du canal de Suez qui a débouché sur sa nationalisation et ce film se présente comme un hommage à tous ces marins qui ont rendu possible cette restitution du canal à la mère patrie. Le caractère martial est donc nettement plus prononcé dans ce film que dans celui de 1955. C’est évident dès le générique constitué d'images de vaisseaux militaires avec sur leur pont, tous les membres d’équipage et, au premier plan, toujours les canons dressés vers le ciel, prêts à entrer en action . Comme il se doit, l’accompagnement musical est confié aux cornemuses et tambours d’un orchestre militaire. 

Paradoxalement, dans toute la première partie du film, le scénario s’intéresse uniquement à l'intrigue amoureuse au détriment du récit guerrier annoncé pourtant de manière si tonitruante dès le générique. Ce n’est que dans la deuxième partie que nous retrouverons la marine avec des scènes quasi documentaires sur la vie à bord des nouvelles recrues. Et tout le film va fonctionner sur l’alternance séquence familiale/séquence militaire. Le résultat : on se retrouve avec deux univers qui suivent deux trajectoires parallèles et qui peinent à s’entremêler. Ce qui accentue cette impression, c’est sans doute que le rival d’Ismaïl Yassin n’est pas dans ce film un militaire mais un marchand et qu’une grande partie de l’intrigue repose sur la confrontation entre ce dernier et le père de la bien aimée. 

Il faut attendre la dernière partie du film pour que les deux fils narratifs se rejoignent : c’est grâce à l’intervention de tous ses camarades que Ragab pourra épouser Nadia. La solidarité entre soldats est ainsi glorifiée même si cela conduit dans le cas présent à un happy end non dénué d’ambiguïté : le héros et tous se compagnons sont emprisonnés pour s’être battus avec des civils. 

Comme Ismaïl Yassin à l’Armée, ce film ne sombre jamais dans la pure propagande car avec Fateen Abdel Wahab, la comédie ne capitule jamais ! Malgré les uniformes et les canons, il est parvenu à créer un monde plein de fantaisie et de fraîcheur où les éléments les plus opposés cohabitent naturellement. Les deux derniers plans du film sont à cet égard éloquents : d’abord, un plan serré sur les deux personnages les plus âgés qui s’étreignent et s’embrassent longuement à pleine bouche puis Ismaïl Yassin, tout sourire et en uniforme, qui fait le salut militaire. La preuve qu’on peut être patriote et libertin ! 

Appréciation : 3/5 
***

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

mercredi 20 septembre 2017

Ismaël Yassin à l'armée (Ismaïl Yassine fil geish, 1955)

إسماعيل يس في الجيش
إخراج : فطين عبد الوهاب





Fateen Abdel Wahab a réalisé Ismaël Yassin à l'Armée en 1955.
Distribution : Reyad El Kasabgy (Attiya), Ismaël Yassin (Termis), Samira Ahmed (Samira), Abdel Salam Al Nabulsi (Zizou), Gamalat Zayed (la mère de Samira), Soad Ahmed (la mère de Termis), Abdel Ghany Al Nagdi (Okal), Hassan Atla (Hussein), Mahmoud Lotfi (le père de Zizou)
Scénario : Fateen Abdel Wahab
Dialogues : Abou Al Seoud Al Ebiary
Musique : Fouad El Zahry, Fathy Qoura, Mounir Mourad
Production : Al Hilal Films

Samira Ahmed

Reyad El Kasabgy et Ismaël Yassin

Abdel Salam Al Nabulsi et Ismaël Yassin

Gamalat Zayed et Reyad El Kasabgy

Ismaël Yassin et Abdelghany Al Nagdi


Résumé

Un groupe d’hommes résidant dans le même quartier sont convoqués par le ministère de la défense pour une session d’entraînement militaire. Parmi eux, nous trouvons Okal, un vendeur ambulant, Zizou, le coiffeur, Zaki qui était chargé de distribuer les convocations sans savoir que lui aussi était le destinataire de l’une d’entre elles et enfin, Hussein, le mari d’Oum Abdo. Celle-ci est la mère de Samira, la jeune fille dont est amoureux Zaki. Malheureusement, il a un rival : l’officier Attiya qui est justement chargé de la formation des nouveaux appelés... 
Le militaire a déjà fait sa demande en mariage et la mère de Samira le verrait volontiers comme son futur gendre. Malgré les épreuves que lui inflige l’officier, Zaki se conduit toujours en bon soldat. Lui et ses compagnons ont surmonté leurs réticences du début et comprennent que c’est un honneur de combattre pour son pays. La conduite exemplaire de Zaki lui vaut la reconnaissance de ses supérieurs et l’admiration des autres soldats. Elle lui permettra aussi de gagner définitivement le cœur de Samira.


Critique

En 1954, Fateen Abdel Wahab réalise Mademoiselle Hanafi avec l’acteur Ismaël Yassin dans le rôle principal. Le succès est immense. Du jour au lendemain, Ismaël Yassin devient une star, célèbre dans tout le monde arabe. Surfant sur cette popularité, le comédien et le réalisateur vont enchaîner les tournages. Fateen Abdel Wahab reprend un procédé dont il avait été « l’inventeur » en 1951 avec Ismaël Yassin et la Maison Hantée : inclure dans le titre du film le nom de son acteur fétiche. Après Mademoiselle Hanafi, cette formule a un effet magique sur le public et les salles se remplissent instantanément. A noter que Fateen Abdel Wahab n’a pas l’usage exclusif de ce procédé : d’autres réalisateurs l’adoptent (cédant sans doute aux sollicitations plus ou moins appuyées des producteurs) et on continuera à voir des films dont le titre commence par Yassin jusqu’au milieu des années soixante, époque à laquelle l’étoile de l’acteur commencera à pâlir. 

Les politiques eux aussi s’intéressent à l’incroyable popularité d’Ismaël Yassin. En 1955, la prise de pouvoir par les militaires a déjà trois ans et ceux-ci ressentent le besoin de redorer le blason de leur institution auprès de la population et notamment auprès des jeunes. L’armée veut recruter : depuis 1948, l’Egypte est en conflit permanent avec le nouvel état d’Israël, ses besoins en hommes sont donc considérables. Pour être plus attractive, il lui faut changer son image. Fateen Abdel Wahab et Ismaël Yassin vont l’y aider. Ensemble, ils vont réaliser entre 1955 et 1959, six films à la gloire de l’armée et de la police. Le premier, c’est ce film réalisé en 1955, Ismaël Yassin à l’armée. Le deuxième, Ismaël Yassin dans la police, sort cette même année. Puis suivront, Ismaël Yassin dans la Marine (1957), Ismaël Yassin dans la Police Militaire (1958), Ismaël Yassin dans l’Aviation (1959). La série se clôt avec Ismaël Yassin dans la Police Secrète (1959). 

Ces six comédies sont donc conçues comme des oeuvres de propagande. Pour Ismaël Yassin à l’Armée, les autorités militaires ont même autorisé, et c’est une première, la production à tourner au sein d’une caserne et les figurants sont tous de vrais soldats réquisitionnés pour les besoins du film. Nasser en personne assistera à la première projection publique d’Ismaël Yassin à l’Armée, projection qui se déroule le 23 juillet 1955, jour anniversaire de la prise de pouvoir par les Officiers Libres (23 juillet 1952). 

Malgré son aspect « officiel », ce premier volet de la série n’a rien du navet édifiant et cocardier. Fateen Abdel Wahab est à la barre et il est l’un des cinéastes plus les doués de sa génération. Certes, dans Ismaël Yassin à l’Armée, il doit mettre son savoir-faire et son talent au service d’un message patriotique qui ne souffre aucune réserve. L’intrigue nous montre comment l’armée métamorphose des êtres craintifs et maladroits en valeureux soldats prêts à se sacrifier pour la nation. Mais dans ce cadre très strict, Fateen Abdel Wahab parvient à défendre les droits de la comédie et du rire, ce qui empêche Ismaël Yassin à l’Armée de sombrer dans le prêchi-prêcha indigeste (ce que, soit dit en passant, n’évitent pas bon nombre de comédies d'aujourd’hui au message très « politiquement correct », mais ceci est un autre débat.). 

On retrouve donc ici l’univers burlesque et satirique cher au cinéaste. Toutes les épreuves auxquelles doivent se soumettre Zaki et ses deux compagnons sont autant de prétextes à gags, parfois un peu convenus mais toujours réalisés avec le plus grand soin. Et comme dans toute comédie militaire qui se respecte, on a un sergent à la mine patibulaire -incarné par l’excellent Reyad El Kasabgy- dont on défie l’autoritarisme borné et que l’on tourne en ridicule. L'esprit est parfois très proche de celui des Gaietés de l’Escadron du dramaturge français Georges Courteline, en moins féroce évidemment. Rien d’original donc mais l’ensemble emporte l’adhésion par un sens du rythme et du spectacle qui est la marque de fabrique de Fateen Abdel Wahab. Ce qui étonne aussi, c’est la maîtrise avec laquelle le cinéaste réalise ses scènes de groupes, très nombreuses. Il transforme un défilé au pas de plusieurs centaines de soldats en un ballet d’une légèreté aérienne ! 

Mais au-delà de son caractère divertissant, l’intérêt principal du film réside dans son aspect documentaire. La vie quotidienne des militaires est évoquée avec une grande précision et un souci constant de vérité. En fait, le véritable héros d’Ismaël Yassin à l’Armée, c’est le simple soldat, engagé ou appelé. Dans toutes les scènes du film, le réalisateur prend bien soin de mêler ses acteurs professionnels aux vrais troupiers qui se préparent au combat. Très habilement, Fateen Abdel Wahab transforme une œuvre de propagande au service du pouvoir en hommage aux sans grade et aux sous-officiers qui paient de leur vie la défense du peuple et de la nation. D’ailleurs, au début du générique, c’est bien eux que la production remercie pour leur participation et non les autorités militaires pour les facilités accordées lors du tournage. 

En fin de compte ce premier opus « patriotique » du duo le plus célèbre de la comédie égyptienne est une réussite si l’on veut bien considérer les limites très restrictives du genre (Pour être juste, il faudrait dire trio : la présence du scénariste Abou Al Seoud Al Ebiary participe aussi à cette réussite.).


Appréciation : 3/5
***

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin


dimanche 26 mars 2017

L'Ecole des Filles (Madrasat Al Banat, 1955)


مدرسة البنات
ﺇﺧﺮاﺝ: كامل التلمساني


Kamel El Telmissany a réalisé L'Ecole des Filles en 1955. 
Distribution : Naïma Akef, Zeinat Olwi, Serag Mounir, Kwathar Shafik, Aziza Helmy, Abdel Salam Al Nabulsi, Kamal Al Shennawi, Zinat Sedki, Reyad El Kasabgy, Safa El Gamil, Thuraya Fakhry,  Aziza Helmy, Abdel Ghani El Nagdi, Layla Hamdy
Scénario : Ali El Zorkani et Helmy Halim
Musique : Mounir Mourad, Kamal El Tawil, Saïd Mostafa, Fathy Qoura


Serag Mounir et Kwathar Shafik



Abdel Salam El Nabulsi et Kamal Shennawi


Kamal Al Shennawi


Aziza Helmy


Abdel Salam El Nabulsi


Zinat Sedky et Reyad El Kasabgy



















Abdel Salam El Nabulsi et Naïma Akef


















Résumé

Kamal est un jeune homme qui mène une vie de Dom Juan multipliant les conquêtes. Il doit épouser sa cousine et malgré l’empressement de son oncle, il n’est pas disposé à s’assagir. Le jour même de son mariage alors que tout le monde l’attend, il préfère passer du bon temps dans son appartement avec une maîtresse. Et c’est son meilleur ami qui a la mission délicate de calmer la fureur de l’oncle et le dépit de la fiancée. La cérémonie est annulée. Un jour, Kamal fait la rencontre de Nadia. Elle est étudiante dans un pensionnat de jeunes filles où l’on enseigne le chant et la danse. Les deux jeunes gens sont séduits l’un par l’autre. Le bourreau des coeurs éprouve pour la première fois le véritable amour. Malheureusement, tout  s’oppose à leur union. Si Kamal est déjà engagé auprès de sa cousine, Nadia doit aussi épouser un cousin resté au village avec toute sa famille. Ce cousin est un gentil demeuré au physique repoussant. Jamais elle ne pourra l’aimer mais son oncle est un homme brutal dont on ne peut discuter les décisions. Elle doit se soumettre. Le jour des noces est arrivé. Alors que Nadia s’apprête à signer l’acte de mariage, ses amies de pensionnat, entraînées par Kamal et la directrice de l’école, font irruption dans la salle. Une bagarre s’ensuit. Heureusement, l’oncle de notre héroïne n’est pas un mauvais bougre et il  finit par renoncer à son projet insensé. Kamal et Nadia peuvent se marier.


Critique
 
Dans ce film nous retrouvons Naima Akef dans l’un de ses rôles de prédilection : la jeune orpheline au passé douloureux mais dont le dynamisme et la joie de vivre finissent toujours par triompher des épreuves. Cette Ecole des Filles exploite le filon que représente à l’époque la danseuse. Elle a été découverte en 1949 par Hussein Fawzi. Ce dernier l’a aussitôt épousée pour la faire tourner chaque année dans une nouvelle production qui à chaque fois devient un gros succès commercial. Ce film de Kamel El Telmissany est en fait un intermède entre deux réalisations du mari mais il aurait très bien pu être tourné par celui-ci : même style, mêmes personnages, même univers…
Si comme danseuse, Naima a un talent incontestable, avec une sensualité qui se manifeste dans chacun de ses gestes, en revanche, comme actrice, elle est beaucoup plus limitée. On sent chez elle un désir de bien faire mais son jeu est plus celui d’une meneuse de revue avec des effets un peu grossiers que celui d’une comédienne capable d’exprimer toute la gamme des sentiments avec naturel et sincérité. Et il faut bien admettre que le jeu de Naima Akef n’est jamais sincère et n’est jamais naturel. Mais sans doute n’a-t-elle pas appris. Elle vient du cirque et du cabaret, c’est là qu’elle s’est formée et dans ces deux arts du spectacle, l’énergie compte davantage que l’émotion.
Ce film a eu comme scénariste Ali El Zorkani. Ce n’est pas le premier venu : il apparaît au générique de très grands films et il a été professeur de scénario à l’Institut Supérieur du Cinéma du Caire. Et peut-être est-il bon de rappeler que Kamel El Telmissany, le réalisateur, n’est pas n’importe qui non plus : il a réalisé en 1945 le Marché Noir qui figure dans la liste des quinze plus grands films égyptiens de tous les temps).
Ce prestigieux tandem n’a pourtant pas brillé avec cette comédie musicale. Même Naima Akef a été mieux servie dans d’autres films. Ici elle est réduite à jouer la petite demoiselle qui cabotine sans cesse et que l’on voit danser avec ses amies de pensionnat dans de gentilles fêtes réunissant élèves et parents. On avait déjà assisté à ces mêmes scènes dans Aziza réalisé l’année précédente par Hussein Fawzi mais au moins, grâce à sa double identité, Naima Akef avait eu la possibilité d’exprimer toute la sensualité dont je parlais plus haut, notamment dans les séquences se déroulant au cabaret. Dans ce nouveau film, on ne quitte pas l’école et c’est bien triste.
Ce qui sauve en partie cette petite comédie, c’est la prestation d’Abdel Salam Al Nabulsi. Il a un rôle secondaire, comme d’habitude, mais quel talent ! Il joue un personnage qui est depuis longtemps secrètement amoureux de l’héroïne. Il la présente à Kamal, son meilleur ami, et c’est donc lui qui est à l’origine de leur amour. Il devra, désespoir au cœur mais en ami fidèle, œuvrer pour le bonheur de Kamal et de Nadia, sans jamais rien dire de ses affres. Un personnage comique mais infiniment malheureux qu’Abdel Salam Al Nabulsi incarne avec une telle conviction qu’il le hisse au niveau des types créés par Molière dans ses grandes comédies.

Appréciation : 2/5
**
Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin