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jeudi 15 janvier 2026

Falih et Mahtas (Falih we Mihtas, 1954)

فالح ومحتاس
إخراج : إسماعيل حسن


Ismaïl Hassan a réalisé Falih et Mahtas en 1954.
Distribution : El Sayed Bedeir (Mahtas), Omar El Gizawy (Falih), Sherifa Mahear (la chanteuse Karawan), Samiha Tawfiq (la danseuse Astak), Mohsen Hassanein (Tawfiq), Mahmoud Shoukoko (le gérant du cabaret), Abdel Moneim Basiony (Ahmed Suleiman, le nouveau propriétaire du cabaret), Abdel Nabi Mohamed (Amin Effendi, l’assistant d’Ahmed Suleiman), Wedad Hamdy (la femme de ménage), Abdul Moneim Abdul Rahman (le conducteur de train), George Yordanis (le barman), Salama Elias (un serveur), Zaki Mohamed Hassan (un serveur), Zinat Sedki (Oum Mahtas, la mère de Mahtas et la tante de Falih), Mounir El Fangary (employé à la billetterie)
Scénario : Gamal Hamdy
Musique : Extraits de Pierre et le loup de Prokofiev
Producteur : Emile Barak

Omar El Gizawy, Zeinat Sedki, El Sayed Bedeir



Sherifa Mahear



Wedad Hamdy



Samiha Tawfiq, Omar El Gizawi



Abdel Nabi Mohamed



Mahmoud Shoukoko, Abdel Nabi Mohamed
















Résumé

Falih et Mahtas, deux cousins issus du même village, décident de fuir l’autorité écrasante de la mère de Mahtas, bien déterminée à les marier chacun à la sœur jumelle de l’autre. Après avoir vendu leurs terres, ils prennent le train pour Le Caire. En route, ils rencontrent Astik, une danseuse, et Karawan, une chanteuse, deux jeunes femmes ambitieuses prêtes à tout pour se faire une place dans la capitale.

En découvrant que les deux villageois transportent une importante somme d’argent, Astik et Karawan redoublent d’amabilité. Rapidement, elles comprennent tout ce qu’elles peuvent tirer de ces deux naïfs. Les quatre compagnons s’installent dans la même pension, et les deux artistes parviennent à convaincre Falih et Mahtas d’acheter un cabaret prétendument en vente, « Fleurs Ouvertes ».

Un escroc leur vend alors l’établissement à l’aide de faux actes de propriété. Par un concours de circonstances, le véritable propriétaire informe son gérant qu’il a vendu le cabaret et que le nouvel acquéreur doit arriver sous peu. Lorsque Falih et Mahtas se présentent, le gérant, persuadé qu’ils sont les acheteurs légitimes, leur remet les clés.

Grâce au talent d’Astik et de Karawan, le cabaret devient rapidement un lieu très en vue. La presse s’y intéresse, et c’est en lisant un article que la mère de Mahtas découvre où se trouvent son fils et son neveu. Elle décide aussitôt de se rendre au Caire, accompagnée des deux futures épouses.

Pour éviter la catastrophe, Astik élabore un stratagème : elle fait croire au gérant et à son associé que les deux jeunes femmes — certes peu séduisantes — sont en réalité de riches héritières. Cupides et malhonnêtes, les deux hommes se laissent immédiatement séduire par la perspective d’un mariage lucratif. Ils demandent la main des cousines, et la mère de Mahtas accepte.

Mais, juste avant de s’engager devant le mazloun, les deux prétendants apprennent que les jeunes femmes n’hériteront jamais de rien. Au même moment, le véritable propriétaire du cabaret réapparaît : hospitalisé après un accident, il n’avait pas pu se manifester plus tôt. Quand Falih et Mahtas lui expliquent qu’ils sont eux aussi propriétaires du lieu, le nouveau venu appelle aussitôt la police. Pendant ce temps-là , la mère de Mahtas attend toujours la signature de l’acte de mariage. Acculés, le gérant et son associé préfèrent avouer leurs détournements de fonds et risquer la prison plutôt que d’épouser les deux cousines.

Finalement, Falih et Mahtas se résignent à épouser leurs promises et retournent au village.



Critique

En janvier 1954, quelques mois avant la sortie de « Fatih et Mahtas », sortait sur les écrans « Monsieur Bahbouh », une comédie bâtie sur un thème similaire : deux paysans mal dégrossis se rendent dans la capitale et découvrent l’univers chatoyant des cabarets avec leurs danseuses et leurs chanteuses si séduisantes. Ce film sympathique réalisé par Youssef Maalouf — un professionnel solide sans être un grand artiste — était porté par un  duo comique aguerri, Ismaïl Yassin et Reyad El Kasabgy. Disons-le d’emblée « Fatih et Mahtas » ne joue pas du tout dans la même catégorie.

On peut même parler de ratage complet. Le scénario, inutilement alambiqué, accumule les péripéties confuses et aligne des gags parmi les plus faibles de la comédie égyptienne. Toute l’intrigue repose sur une idée « rigolote » qui donne le ton de l’ensemble : les deux héros fuient leur village car on veut marier chacun d’eux à la sœur jumelle de l’autre ! Le dénouement, quant à lui, révèle surtout un manque total d’imagination — ou peut-être une certaine paresse. Le scénario est signé Gamal Hamdy qui est aussi l’assistant réalisateur du film. Le pauvre garçon n’aura pas le temps de progresser : il participe à l’écriture de huit films avant de mourir à quarante ans.

La réalisation, confiée à Ismaïl Hassan, n’arrange rien. Aucun sens du rythme, aucune maîtrise de l’image, une direction d’acteurs catastrophique : tout concourt à l’échec. Les producteurs ne s’y sont d’ailleurs pas trompés. Après ce film, Hassan n’en réalisera qu’un autre avant de redevenir assistant réalisateur. Il ne retrouvera une place derrière la caméra qu’en 1986, soit trente ans plus tard.

Le duo formé par El Sayed Bedeir et Omar El Gizawi constitue sans doute l’aspect le plus gênant du film. Nous avons toujours trouvé horripilant le second qui adopte en permanence l’attitude de l’évadé de l’asile avec yeux ronds et rictus inquiétant. En revanche, on aime bien El Sayed Bedeir, un artiste aux multiples talents, acteur, scénariste, metteur en scène. Ce film ne lui rend pas justice et son jeu de benêt narquois est tout aussi pénible que celui de son partenaire.

La dernière partie du film nous offre un véritable feu d’artifice ! les deux paysans sont poursuivis par leurs sœurs jumelles en robe de mariée. Evidemment les quatre personnages sont joués par El Sayed Bedeir et Omar Gizawi. On sait combien le travestissement et le double sont des motifs chers à la comédie égyptienne des années cinquante. De grands réalisateurs en ont usé avec bonheur mais comme on peut le voir ici, entre des mains plus maladroites, le résultat est navrant.

Appréciation : 1/5
*

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

mercredi 15 mars 2023

Plus Belle que la Lune (Qamar arbatachar, 1950)

قمر ١٤
إخراج : نيازى مصطفى





















Niazi Mostafa a réalisé Plus Belle que la Lune en 1950.
Distribution : Camilia (Qamar), Mahmoud Zulficar (Mohsen), Hassan Fayek (Mansour Pacha, le père de Mohsen), Ferdoos Mohamed (Khadija, la mère de Shafiqa), El Sayed Bedeir (le domestique Awais), Abd El Fatah El Kosary (le père de Shafiqa), Wedad Hamdy (Shafiqa), Samia Roshdi (la mère de Qamar), Ahmed Ghanem (Saleh, le fils cadet du Pacha) , Mimi Aziz (une servante), Fawzya Ibrahim (la femme de chambre), Ragwat Mansour (une servante), Rashwan Mostafa (le chauffeur)
Scénario : Abdel Fatah El Sayed
Production : les studios Misr


Camilia et Samia Roshdi



Ferdoos Mohamed et Wedad Hamdy








Camilia








El Sayed Bedeir








Hassan Fayek



Mahmoud Zulficar et Wedad Hamdy







Camilia et Mahmoud Zulficar







Abd El Fatah El Kosary et Camilia

















Résumé

   Mohsen est un jeune aristocrate, fils de Mansour Pacha. Il s’est marié secrètement avec Qamar, la fille de la propriétaire de la pension dans laquelle il vit. Pour officialiser sa situation, il envoie une lettre à son père lui signifiant son intention de se marier et lui demandant son consentement. La réponse de Mansour Pacha ne tarde pas : il lui ordonne de revenir au domicile familial car il lui a déjà trouvé une épouse. C’est la fille d’un riche marchand de poisson. Son père a besoin de ce mariage pour échapper à la faillite qui le menace. 

   A l’insu de Mohsen, Qamar a pris connaissance de la lettre du Pacha et elle a décidé de se battre. Elle se rend seule chez son beau-père et se fait embaucher comme femme de chambre. Son arrivée coïncide avec celle de la famille du marchand de poisson venue présenter leur fille à Mohsen dont on attend la venue pour le lendemain. A peine installée dans la propriété, Qamar enflamme le cœur de tous les hommes qui la croisent. Le Pacha et son jeune fils Saleh ne sont pas les moins épris et le second, malgré son jeune âge, multiplie les guet-apens pour conquérir l’accorte servante. Tous les mâles de la maison, qu’ils soient maîtres ou bien domestiques, n’ont plus qu’une seule obsession : obtenir les faveurs de Qamar. Et quand elle feint un malaise, chacun veut être le seul à avoir le privilège de la soigner. Plus incroyable encore : pour qu’elle puisse se reposer, tous les hommes, y compris Mansour Pacha, se chargent du ménage, sous l’œil incrédule de la fille et de la femme du marchand de poisson. 

   Mohsen arrive enfin pour le déjeuner et sa surprise est grande de retrouver Qamar parmi le personnel de la maison. Le jeune homme veut absolument éviter le scandale et supplie la fausse servante de ne rien révéler de sa véritable identité. Evidemment, Qamar est bien décidée à n’en faire qu’à sa guise. Elle veut que Mansour Pacha renonce à ce mariage avec la fille du commerçant et l’accepte comme seule bru légitime. Elle y parviendra en donnant secrètement rendez-vous à tous les hommes de la maison dans sa chambre à vingt-trois heures. En découvrant la présence de tous les autres, chacun tentera de justifier sa venue par un motif de la plus haute fantaisie. Seul Mohsen dira la vérité, il est dans la chambre de sa femme. Tout est bien qui finit bien : le Pacha accepte le mariage de son fils aîné avec Qamar et c’est Saleh qui épousera la fille du marchand de poisson.

Par la suite, on retrouvera cette intrigue dans deux autres films. En 1965, dans Tout le Monde l’Aime (Habibet Al-kol), un film libanais de Reda Myassar et en 1973, dans La Voix de L’Amour (Sawt El Hob), un film égyptien d’Helmy Rafla.



Critique

Camellia est l’étoile filante de la comédie égyptienne. Elle commence sa carrière en 1947 grâce à Youssef Wahbi qui la fait jouer dans son film Le Masque Rouge. Son ascension est fulgurante. Les cinéastes se l’arrachent et elle devient très vite l’actrice la mieux payée d’Egypte. Elle est adulée par le public et courtisée par les personnalités les plus illustres, dont le roi Farouk lui-même. Son aisance, son naturel et sa beauté font merveille à l’écran. C’est ainsi qu’elle éclipse toutes ses rivales, même celles qui sont « techniquement » plus douées qu’elle. Son portrait se retrouve en couverture de tous les magazines, attisant la passion des uns et la jalousie des autres. Tout cela se terminera tragiquement le 31 août 1950 par sa mort dans un accident d’avion.

Dans Plus Belle que la Lune qui sort quelques mois avant sa disparition, Camellia accède au statut de star. Elle ne partage plus le haut de l’affiche avec ses consœurs, c’est uniquement sur son nom que tout le film a été construit. Le personnage qu’elle joue n’est pas un rôle de composition. Qamar lui ressemble et se retrouve dans des situations qui sans doute lui ont été familières : des hommes de tous âges et de toutes conditions virevoltant autour d’elle et rivalisant entre eux pour la conquérir. On pourra noter une très grande similitude avec notre Brigitte Bardot nationale qui n’était jamais aussi convaincante que quand elle jouait Brigitte Bardot. Camellia jouait à la perfection Camellia et il aurait été saugrenu de vouloir lui faire jouer autre chose. Dans ce film, elle suscite la convoitise de tous les hommes de la maison. Ceux-ci n’ont plus qu’une seule obsession : la voir, lui parler, la toucher. Et pour redoubler le caractère fantasmatique de son personnage, le metteur en scène n’a pas hésité à l’affubler d’un costume de soubrette dont le bas est suffisamment court pour ne rien cacher des dessous de la belle.

Le désir rend fous tous ces hommes qui en oublient leur situation, leur statut. Le maître de maison finit par s’occuper lui-même du ménage pour complaire à celle qu’il prend pour son employée tandis que le commerçant au physique ingrat oublie femme et fille à marier pour conter fleurette à cette même jeune beauté. Mais le plus enragé est l’adolescent au physique d’enfant sage qui multiplie les stratagèmes pour obtenir les faveurs de Qamar. Le plus drôle dans ce film, c’est bien sûr la manière dont l’héroïne manipule tous ces mâles en rut. Elle les mène par le bout du nez jusqu’au happy end final au cours duquel apparaît une nouvelle servante devenant à son tour l’idole de tous ces messieurs.

On est frappé, aujourd’hui encore, de la liberté de ton de cette comédie et on est soufflé par l’audace de certaines scènes que d’aucuns jugeront scandaleuses comme cet épisode dans lequel Qamar s’enferme avec son futur beau-père dans une chambre afin de se livrer à une danse lui permettant d’exhiber sa culotte et son porte-jarretelles. (1) Le réalisateur, Niazi Mostafa, semble se soucier des convenances comme d’une guigne et un seul principe semble le guider, le plaisir : le sien bien sûr, celui des spectateurs mais aussi celui de ses acteurs qui s’en donnent à cœur joie et se prêtent à toutes les fantaisies du scénario. Camellia est entourée d’actrices et d’acteurs rompus à toutes les arcanes du jeu comique et du burlesque : Hassan Fayek, El Sayed Bedeir, Abd El Fatah El Kosary sans oublier Wedad Hamdy, épatante dans un rôle inhabituel.

Bref, ce film est une belle réussite. Niazi Mostafa et ses acteurs déchaînés nous offre un vaudeville à la française très divertissant, un Feydeau sur le Nil.


(1) Dans cette comédie, comme dans d’autres de cette époque, on retrouve la même atmosphère « libertine » que dans le cinéma hollywoodien pre code Hays.
Avant que le sénateur William Hays n’y mette bon ordre en 1930, le cinéma américain jouissait d’une très grande permissivité et les réalisateurs ne s’interdisaient rien : actrices en tenues légères, dialogues truffées d’allusions sexuelles, situations scabreuses et pour pimenter tout cela, du glamour et encore du glamour.
Toutes proportions gardées, ce sont un peu les mêmes recettes qu’exploitent les réalisateurs de comédies égyptiens à la fin des années quarante. Pourtant, en 1947, le roi Farouk a édicté ses soixante et onze ordonnances qui dressent la liste de tout ce qui désormais est interdit de montrer à l’écran et on sait qu’il s’inspire du code Hays. Ces ordonnances abordent le domaine sexuel mais en fait ce n’est pas la préoccupation majeure du souverain. La plupart des interdits concernent les sujets politiques, sociaux ou religieux et en matière de mœurs, les cinéastes ont conservé une liberté certaine. Les autorités les laissent tourner comme ils l’entendent à condition qu’ils ne mettent pas en cause le régime ou bien la religion.

Appréciation : 4/5


Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

dimanche 31 mai 2020

Les Maris Diaboliques (Al'azwaj alshayatin, 1977)


 الازواج الشياطين
ﺇﺧﺮاﺝ : أحمد فؤاد





Ahmed Fouad a réalisé Les Maris Diaboliques en 1977. 
Distribution : Nahed Sharif (Naïma Abbas), Adel Imam (Mamdouh), Saïd Saleh (Kamal), Youssef Fakhr Eddine (Fathy), Layla Taher (Karima, la femme de Kamal), Hayat Kandel (Samia, la femme de Fathy), Wedad Hamdy (Wedad Hamdy), Madiha Kamel (Magda, la belle sœur de Kamal), Tawfik El Deken (le voleur en prison), Ahmed Nabil (un autre voleur en cellule), Zayan (le policier), Ibrahim Saafan (le voisin de Mamdouh), Buthaïna Nassar (Afaf, la servante), Ahmed Nabil, Mohamed Hamdy (l’officier de police)
Scénario : Ahmed Abdel Wahab


Adel Imam et Madiha Kamel

Layla Taher et Saïd Saleh

Adel Imam et Buthaïna Nassar

Tawfik El Deken et Ahmed Nabil

Youssef Fakhr Eddine, Saïd Saleh, Adel Imam

Wedad Hamdy

Nahed Sherif

Hayat Kandel

Layla Taher


Résumé

Fathy, Mamdouh et Kamal sont trois amis travaillant dans la même fabrique de réfrigérateurs. Kamal est marié à Karima, Fathy à Samia. Mamdouh est célibataire. Il vit dans une péniche où le rejoignent régulièrement Fouad et Fathy pour passer du bon temps loin de leurs épouses. Un jour, Mamdouh prend dans sa voiture une jeune femme qui semble désemparée. Ce que Mamdouh ne sait pas c’est qu’elle vient de voler des bijoux au domicile de sa patronne qui n’est autre que la comédienne Wedad Hamdy. Cette dernière s’en est aperçue et, avec l’aide son jardinier, elle s’est lancée aux trousses de son employée indélicate. Peine perdue ! Grâce à la voiture de Mamdouh, la voleuse échappe à ses poursuivants. Elle parvient même à apitoyer son chauffeur qui accepte volontiers de l’accueillir sous son toit, non sans avoir quelques arrière-pensées. La jeune femme qui s’appelle Naïma prend tout de suite ses aises dans la péniche : elle se sent comme chez elle. Surviennent les deux amis de Mamdouh. Ils sont enchantés de faire la connaissance d’une invitée aussi séduisante. Pour fêter, cet « heureux événement », on débouche une bouteille de vin, on met un disque et Naïma danse pour les trois garçons. Malheureusement, ils sont interrompus par l’irruption de la police qui est à la recherche des bijoux volés. Naïma a juste le temps de les dissimuler dans le canapé du salon. Tout le monde est emmené au poste et placé en cellule. Si Naïma reste en prison, les trois hommes sont vite relâchés. Mais cette mésaventure a mis Kamal et Fathy dans une situation délicate : leurs épouses ont été informées des circonstances de leur arrestation et elles n’ont guère apprécié la plaisanterie. Les deux hommes mariés ont décidé de rompre avec Mamdouh et de tout faire pour regagner l’affection de leurs femmes. Kamal a même tenu à reprendre le canapé qu’il avait prêté à son camarade, sans savoir que s’y trouvaient les bijoux volés par Naïma. Mamdouh n’a pas l’intention de se faire oublier et il n’hésite pas à reparaître aux domiciles de ses ex-camarades. C’est ainsi qu’il fait la connaissance de Magda, la belle-sœur de Kamal. Il en tombe immédiatement amoureux tandis que la jeune fille est conquise par la joie de vivre et la fantaisie de Mamdouh. Mais Kamal et Fathy veillent : il est hors de question que le célibataire endurci fréquente Magda sans s’engager. Mamdouh finit par accepter l’idée de mariage. Le jour des noces, Naïma sort de prison et se rend sans perdre un instant à la péniche pour récupérer son magot. Elle tombe sur Mamdouh qui doit rejoindre au plus vite sa future femme et leurs invités. Elle n’en a cure et veut le retenir. L’homme a le plus grand mal à lui échapper de telle sorte qu’il arrive en retard à son mariage. Naïma ne s’avoue pas vaincue et s’invite à la noce . Elle propose aux trois amis un marché : soit ils acceptent de la revoir le lendemain, soit elle fait un scandale. Et voilà comment les trois amis, malgré leurs bonnes résolutions, se retrouvent dans la péniche avec Naïma. Cette dernière a décidé de racheter l’embarcation mais elle s’aperçoit que le canapé a disparu. Ils font tout de même la fête et les trois hommes rentrent chez eux ivres morts. Pour expliquer son retour tardif, chacun invente un mensonge qui ne trompe aucune épouse. Les trois maris tiennent à leur femme et sont rongés par le remords. Pour se débarrasser définitivement de Naïma, ils ont compris qu’il fallait lui restituer le canapé auquel elle tient tant. Ils vont le chercher chez Kamal et le rapportent à sa nouvelle propriétaire. Malheureusement, ils ont été suivis par leurs épouses qui font irruption dans la péniche. Elles se jettent toutes les trois sur Naïma pour la corriger. C’est alors qu’arrive la police. Pendant la bagarre, le sac de bijoux qu’avait réussi à récupérer Naïma s’est éventré et tout ce qu’il contenait s’est répandu sur le canapé. Tout le monde est emmené au commissariat pour une grande explication.



Critique


C’est peu de dire que nous sommes en terrain connu ! Une comédie typique des années soixante-dix qui tourne autour d’histoires de couples menacés par le comportement volage des maris. Les personnages et les situations nous rappellent maintes productions dans lesquelles nous retrouvons à peu près les mêmes comédiens qui connaissent sur le bout des doigts la partition qu’on leur demande de jouer. Après avoir vu le film, on peut s’étonner du titre choisi, les Maris Diaboliques, alors que les trois personnages masculins sont de braves bougres dont le comportement est bien inoffensif. Au contraire de ce que pourrait suggérer le titre, ce ne sont pas des héritiers de Dom Juan et encore moins du Marquis de Sade. Notons au passage l’usage immodéré que font les réalisateurs et scénaristes égyptiens de mots "démon", "diable" ou "diabolique". La plupart du temps, nous avons affaire à des hyperboles trompeuses, à la limite du contresens, pour la plus grande déception du spectateur. Ce film d’Ahmed Fouad n’échappe pas à la règle. Loin d’être des débauchés immoraux et cyniques, les trois amis font preuve d’un grand sens moral. Après leur écart de conduite -qui a consisté à boire de l’alcool en compagnie d’une femme (On a connu plus sulfureux !)- les deux personnages qui sont déjà mariés sont assaillis par les remords et se promettent de ne plus jamais recommencer. ils vont même finir par inciter leur ami resté célibataire jusque-là, à les rejoindre dans le droit chemin, celui de la conjugalité heureuse. Car c’est bien toute la morale du film : le bonheur réside dans le mariage, pour la femme comme pour l’homme. Mais Ahmed Fouad est un moraliste de son temps qui parle à ses contemporains et pour lui, au cœur du bonheur conjugal, il y a la sexualité. Celle-ci doit concourir à l’épanouissement mutuel des deux époux et pour cela le consentement de la femme est un impératif comme l’est l’entretien du désir au sein du couple. C’est ainsi que dans les Maris Diaboliques, les épouses sont toujours dotées d’un sex-appeal affriolant alors que, paradoxalement, la femme de mauvaise vie incarnée ici par Nahed Sharif arbore des tenues beaucoup plus sages. On comprend alors pourquoi la plus grande peur des maris, c’est un jour que leurs femmes puissent décider de se soustraire à leurs étreintes. Ce qu’elles font dans un autre film d’Ahmed Fouad, 24h d’amour tourné en 1974. C’est une comédie qui conte l’histoires de trois camarades dont les compagnes se refusent à eux pour les punir de leur supposé infidélités.

Jusque dans les années soixante, le cinéma égyptien nous proposait deux figures antithétiques de l’épouse : la femme tyrannique et la femme martyrisée. 
La première fait vivre un enfer à son mari et celui-ci cherche par tous les moyens à échapper à son autoritarisme et à son mauvais caractère pour s’offrir des instants de liberté et de plaisir avec ses camarades. Il sait néanmoins que cela finira par lui coûter très cher. 
La seconde vit un enfer avec un mari despotique qui passe ses nuits loin du domicile conjugal avec des prostituées. Humiliée, trompée, rudoyée, l’épouse vit cloîtrée, souvent seule, et sans espoir d’une libération prochaine. 
Dans les deux cas, la femme ne suscite plus aucun désir chez son mari. 
Avec Ahmed Fouad, on est très loin de ces archétypes. Dans ses films, non seulement, l’épouse reste désirable aux yeux de son mari mais c’est elle qui décide de leurs relations. Elle garde toujours la liberté de dire oui ou non et si la conduite de son mari lui déplaît, elle n’hésite pas exercer de terribles représailles. 
Ahmed Fouad est donc un réalisateur de comédies bourgeoises pour citadins éduqués et aisés, qui se montre conservateur sur le plan social mais progressiste sur le plan moral. Par certains côtés, ses films peuvent nous rappeler ceux de Claude Lelouch ou bien ceux du tandem Yves Robert Jean-Loup Dabadie. 

Les Maris Diaboliques n’est certes pas un grand film mais c’est une comédie honnête et agréable qui se laisse voir sans déplaisir. 

Appréciation : 3/5
***


Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin


vendredi 8 septembre 2017

En été, il faut aimer (fil-seyf lazem neheb, 1974)

في الصيف لازم نحب
إخراج: محمد عبدالعزيز




Mohamed Abdel Aziz a réalisé En été, il faut aimer en 1974.
Distribution : Magda El-Khatib, Tawfik El Deken, Samir Ghanem, Lebleba, Amira, Abdel Moneim Madbouly, Wedad Hamdy, Nour Al-Sherif, Madiha Kamel, Samir Sabri 
Une histoire de Mohamed Hassan 
Scénario : Ali Salem, Mohamed Salem, Salama Hassan 
Musique : Samy Ismaïl, Hussein El Sayed, Mounir Mourad 
Production : Magda El Khatib

Lebleba et Samir Ghanem
Tawfik El-Deken et Samir Ghanem

Samir Sabri et Madiha Kamel
Magda El-Khatib et Wedad Hamdy
Nour Al-Sherif



Résumé

Le docteur Nabil travaille dans un hôpital psychiatrique. L’été venu, il décide d’accompagner quatre de ses patients à Alexandrie pour un séjour au bord de la mer. Les quatre patients ont pour des raisons diverses sombré dans la dépression. Il y a Ahmed, un employé de banque qui a fait un burn-out ; Medhat, un chanteur amateur traumatisé par une expérience humiliante lors d’un concert ; Mohamed Youssef, un champion de natation qui a été attaqué par un crabe lors d’une compétition et enfin Ghedidi, un footballeur professionnel qui joue comme gardien de but et qui a laissé passer vingt-deux balles durant un match décisif pour son équipe.
Sur la route, ils font monter dans leur minibus, deux femmes dont la voiture est tombée en panne. La première s’appelle Maggie et elle est à la fois psychologue et professeur d’éducation physique. La seconde, c’est Aïcha, sa tante, qui l’accompagne pour les vacances. Par le plus heureux des hasards, elles se rendent au même endroit que les cinq hommes. 
A l’hôtel, pour ne pas effrayer les résidents, les quatre patients du docteur Nabil se font passer pour des membres d’une association luttant contre la pollution. Très vite, ils font la connaissance de trois jeunes filles qui sont arrivées avec leur père. Celui-ci exerce une surveillance de chaque instant sur sa précieuse progéniture et lui interdit tous les plaisirs de la plage. Heureusement, les trois filles parviennent régulièrement à échapper à la vigilance paternelle pour rejoindre Medhat, Ghedidi et Mohamed Youssef. Tandis que ses trois compagnons s’amusent avec leurs nouvelles amies, Ahmed, l’employé de banque, a noué une tendre relation avec Maggie, la psychologue qu’ils ont secourue. 
Grâce à l’amour, les patients du Docteur Nabil recouvrent vite la santé et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si le responsable de la sécurité de l’hôtel n’avait pas cru bon de révéler aux trois jeunes filles la situation réelle de leurs soupirants. Pire : depuis quelque temps des maillots de bain féminins sont régulièrement volés dans l’établissement et tout naturellement on accuse les quatre garçons. Alertée, la police débarque pour les arrêter mais on découvre que le véritable auteur des vols de maillot n’est autre que le père des trois filles.


Critique

Que du beau monde pour cette comédie typique du cinéma commercial de l’époque ! On y retrouve (avec plaisir !) tous les acteurs qui depuis la fin des années soixante se croisent dans moult productions du même acabit. 

Le scénario n’est pas d’une folle originalité. Il s’inscrit dans la tradition de la « beach comedy » dont le modèle est celui de certains films d’Elvis Presley au début des années soixante comme Sous le ciel bleu de Hawaii de Norman Taurog (1961), ou bien Des filles... encore des filles du même cinéaste (1962). L’Egypte n’a pas attendu longtemps pour s’en inspirer avec, par exemple, Le Rivage de la Gaieté de Houssam Al Din Mustafa (1967) ou Jeunesse Très Folle de Niazi Mostafa (1967). En Egypte comme ailleurs ces productions s’adressent avant tout à la jeunesse et le succès est au rendez-vous ! D’où la multiplication de ces comédies gentillettes qui à chaque fois dans une atmosphère « yéyé » proposent les mêmes séquences, les mêmes situations : jeux et danse sur la plage avec garçons torse nu et filles en bikini, baisers dans l’eau (la scène de baiser du film américain « Tant qu’il y aura des Hommes » est répliquée à l’infini), ruses des filles pour échapper à la surveillance de leurs parents, bagarres entre garçons etc. Et si aux Etats-Unis, ça se passe sur les plages d’Honolulu et en France à Saint-Tropez, en Egypte, c’est Alexandrie, le cadre obligé de ces films à l’ambiance estivale.

Sea, sex and sun. Topos de la modernité en ces années soixante et soixante-dix, la plage, la station balnéaire, sont des lieux emblématiques sur lesquels se focalisent tous les fantasmes, toutes les aspirations. Non sans naïveté, on a cette conviction qu’au bord de la mer, tous les verrous sautent, que tous les liens qui emprisonnent les individus se desserrent subitement. N’y voir rien de révolutionnaire cependant, comme si ces conduites que d’ordinaire la société réprouve, dans ce contexte balnéaire étaient accueillies avec une certaine bienveillance. Mais les règles du jeu sont clairement posées : ce qui est possible à la plage, ne l’est plus en ville. Au cinéma comme dans la réalité, ce séjour à la mer est une parenthèse enchantée. Certes, comme toutes les parenthèses, elle finira bien par se fermer mais en attendant, tout est possible ! Et ce constat vaut autant pour les sociétés occidentales que pour les sociétés arabes de l’époque. Certains diront sans doute que c’était l’effet pervers du colonialisme moribond poussant les ex-colonisés à adopter les modes de vie des ex-colonisateurs et que tout cela (Dieu merci ?) a bien changé !

En été il faut aimer date de 1974, c’est-à-dire qu’il appartient à la deuxième génération de ces comédies balnéaires. Rien n’a vraiment changé : à ma droite, une bande de garçons (4 dépressifs en convalescence), à ma gauche, une bande de filles (3 sœurs + 1 psychologue) : on se croise, on se rapproche, on échange, on s’embrasse et comme les auteurs ont veillé à ce que les deux bandes soient constituées exactement d’un même nombre d’individus, les événements et les êtres s’imbriquent parfaitement. Toute l’intrigue repose sur les stratagèmes mis en œuvre par les héros du film pour échapper à la surveillance des représentants de l’ordre, de la loi et de la morale. Pour les garçons, la figure de l’autorité à esquiver, c’est le médecin qui les accompagne, pour les filles, c’est leur père et pour les deux groupes c’est le gardien de l’hôtel toujours accompagné de son berger allemand. Mais l’élément central du film, c’est bien sûr le maillot de bain. Il est au centre de l’image : dans toutes les scènes de plage, la caméra s’attarde plus que nécessaire sur les bikinis portés par les héroïnes. Il est aussi au centre de l’intrigue : des vols de maillots de bain ont lieu dans l’hôtel et on suit toutes les étapes de l’enquête. 

Avec tous ces ingrédients, on a donc un divertissement très léger réalisé cependant avec un certain talent. C’est le second film de Mohamed Abdel Aziz et il y manifeste déjà des qualités qui conduiront certains critiques à le considérer comme le digne successeur de Fateen Abdel Wahab. Malgré la collection de lieux communs que nous offre cette comédie, on ne s’y ennuie jamais car la mise en scène est précise, le jeu des acteurs d’un naturel constant et surtout le rythme du film est enlevé sans être hystérique comme dans certaines comédies des années soixante (Je pense à celles avec les Trois Lumières du Music-hall,dont l’agitation lasse très vite). Enfin c’est toujours un plaisir de visionner ce qui constitue sans doute un cauchemar absolu pour les intégristes de tout poil. La satire du père autoritaire n’est pas d’une grande finesse mais le spectateur est bien content quand il apprend que c’est lui le pervers qui collectionne les maillots de bains de jeunes filles.

Ce qui est tout de même un peu étrange dans ce film et ce qui le distingue des autres de même facture, c’est l’âge des protagonistes. Ce ne sont plus des adolescents et notamment les personnages masculins semblent avoir tous dépassé la trentaine. Cette maturité explique sans doute pourquoi les auteurs ont privilégié les scènes de couples au détriment des scènes de groupes et ça c’est plutôt bien ! Même si parfois, on est un peu déconcerté de voir ces hommes adultes se comporter comme de jeunes garçons faisant l’expérience de leur premier flirt à la plage. 

Une dernière remarque : cette veine de la comédie balnéaire, que Max Pécas avait maintenue en vie dans le cinéma français des années quatre-vingt avec ses inénarrables Deux Enfoirés à Saint-Tropez ou bien On se calme et on boit frais à Saint-Tropez a été aussi réactivée par des cinéastes « sérieux » comme Eric Rohmer et plus récemment en Egypte par Mohamed Khan avec son ultime film Avant la cohue de l'été (Kabl Zahmet el Seif, 2015) ou bien en France, par Abdellatif Kechiche avec Mektoub My Love. On me rétorquera que tout cela n’a a aucun rapport. A voir…

Appréciation : 3/5
***
Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin


dimanche 13 août 2017

Rendez-vous avec Satan (Maw’id ma’ iblis, 1955)


 موعد مع إبليس
ﺇﺧﺮاﺝ: كامل التلمساني 


Rendez-vous avec Satan de Kamel El Telmissany (Maw’id ma’ iblis, 1955)
avec Zaki Rostom (le docteur Ragab Ibrahim), Mahmoud El Meleigy (le docteur Nabil/Satan), Abdel Moneim Ibrahim (Hassan, l’assistant du docteur Ragab Ibrahim), Cariman (Nadia, la fille du docteur Ragab Ibrahim), Wedad Hamdy (la servante), Abdel Ghani El Nagdi (le concierge), Soleiman El Gendy (Adel, le fils du docteur Ragab), Mounir Mourad (Mounir, le neveu du docteur Ragab), Lotfi Al Hakim (le fabricant d’appareils médicaux), Mohamed Shawki (le vendeur de bicyclettes)
Scénario : Galil El Bendary, d'après Faust de Goethe.
Musique : Mahmoud Al Sharif et Mounir Mourad + Rossini, l’Ouverture de l’opéra Guillaume Tell
Production : Films Ahmed Darwish
 
Mahmoud El Meleigy

Mounir Mourad

Zaki Rostom

Cariman et Zaki Rostom

Zaki Rostom et Mahmoud El Meleigy

Soliman El Gendy

Mounir Mourad et Cariman

Abdel Moneim Ibrahim et Zaki Rostom

Mounir Mourad, Wedad Hamdy et Mahmoud El Meleigy

Cariman et Mahmoud El Meleigy





Résumé


Le docteur Ragab Ibrahim dirige une clinique privée dans le quartier de la mosquée Hussein. Les affaires ne vont pas bien, les patients aisés se font soigner dans d’autres établissements plus réputés. Les maigres honoraires du docteur suffisent à peine à payer les charges de la clinique. Ragab vit avec sa fille Nadia, son petit garçon, Adel et son neveu Mounir qui s’est installé chez eux depuis la mort de son père. Mounir rêve de devenir chanteur et il très amoureux de sa cousine. Le médecin a perdu sa femme il y a longtemps déjà et après son travail il se consacre tout entier à ses enfants qu’il ne peut gâter comme il le souhaiterait. 
Un soir sa voiture tombe en panne sur une route isolée. Il est secouru par un certain docteur Nabil qui en réalité est Satan. La voiture redémarre et le docteur Ragab propose à son confrère de le ramener en ville. Pendant le trajet les deux hommes discutent et sympathisent. Ils promettent de se revoir. Le docteur Ragab se rend chez son nouvel ami. Ce dernier lui fait entrevoir les pouvoirs extraordinaires dont il dispose. A son tour, Nabil est reçu dans la maison de Ragab. Il fait la connaissance de toute la famille. Nadia est tout de suite attirée par la personnalité mystérieuse de leur invité. Elle ne tardera pas à avouer qu’elle est amoureuse de lui. Mais Satan ne perd pas de vue son objectif : faire signer un contrat à Ragab. Il parvient à ses fins en assurant sa victime qu’elle deviendra ainsi riche et célèbre. Dès que le médecin trop naïf a signé, Nabil révèle sa véritable identité. A partir de ce moment, tout change dans la vie du docteur : la clientèle de sa clinique ne cesse de croître, il peut offrir à son fils la bicyclette dont celui-ci rêvait depuis si longtemps, il achète une grosse voiture et il pense agrandir sa clinique. Cette réussite soudaine fait oublier au docteur à qui il la doit : lui et les siens sont enfin heureux et cela lui suffit. Pourtant, ce « bonheur » apparaît tout de suite bien fragile. Nadia, sa fille, revient traumatisée d’une soirée passée chez Nabil. Elle délire toute la nuit. Heureusement, elle se remet vite grâce à son père et à son cousin. Le coup de grâce arrive avec Adel : il tombe gravement malade et il est condamné. Ragab comprend que c’est le prix à payer pour sa fortune soudaine. Mais il ne capitule pas. Il décide de combattre Satan et grâce à Dieu, il finit par le vaincre : son fils est sauvé.


Critique

Nous avions un Faust expressionniste -le Faust de Murnau (1926)-, un Faust dans un style réaliste poétique-La Beauté du Diable de René Clair (1950)- voici le Faust patchwork égyptien.

Ce Rendez-Vous avec Satan, c’est plusieurs films en un :

C’est d’abord une chronique sociale proche du néo réalisme italien avec ce médecin généreux qui soigne les pauvres gratuitement et qui n’a pas les moyens d’offrir à son fils le vélo dont il rêve.
C’est aussi un mélodrame avec un petit enfant, gravement malade et condamné à une mort certaine, dont le père devient aveugle en luttant de toutes ses forces pour le sauver.
La comédie n’est pas non plus oubliée avec le personnage du neveu, un artiste de cabaret qui semble tout droit sorti des Branquignols de Robert Dhery
Mais bien sûr, c’est avant tout une fable fantastique avec notamment le château du Diable, décor en carton-pâte dans la grande tradition des films d’horreur de série B et un dénouement qui vire au grand-guignol en multipliant les trucages simplistes et les gros plans sur des visages grimaçants. Evidemment, tout cela n’est pas à prendre au premier degré : l’intention parodique est évidente et les nombreuses séquences chantées et dansées nous rappellent qu’il ne faut pas prendre trop au sérieux ce Rendez-vous avec Satan.
Et on termine par la touche de glamour hollywoodien avec l’actrice Cariman qui arbore tous les attributs de la pin-up pour GI’s, notamment la poitrine généreuse magnifiée par ce soutien-gorge conique en forme d’obus inventé par le milliardaire Howard Hugues pour Jane Russell. Le cinéaste, un peu espiègle, nous montre Satan le Tentateur lui-même très tenté par les charmes de Nadia, la fille du docteur incarnée par Cariman. Parmi les scènes les plus audacieuses du film, on trouve celles où la jeune femme et Satan se retrouvent dans un café au bord du Nil. Oubliant tous les autres clients de l’établissement, ils sont l’un contre l’autre, Nadia écrasant sa poitrine contre le torse de son séducteur. La première donne tous les signes de l’abandon imminent tandis que le second, frémissant de désir, contemple avec ravissement la créature qui par sa beauté et sa sensualité lui fait perdre tout contrôle de lui-même. Méphistophélès vaincu par Marguerite ?

En dépoussiérant le mythe de Faust et en mélangeant les genres et les registres, Kamel El-Telmissani a réussi à créer une œuvre unique, ne ressemblant à aucune autre. Il ne s’est pas laissé impressionner par l’ombre tétanisante de Goethe, le grand écrivain allemand du XIXe siècle dont les deux Faust constituent des œuvres majeures de la culture universelle. Contournant les références littéraires ou cinématographiques, Kamel El Telmissani a su s’approprier la légende germanique avec une totale liberté et une certaine impertinence pour nous offrir une œuvre pleine d’intelligence et d’humour. Ce Rendez-vous avec Satan constitue l’une des plus belles réussites d’un cinéaste égyptien dont la carrière a été gâchée par bien des vicissitudes.
Appréciation : 4/5
****
Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

dimanche 9 octobre 2016

Leila, Fille de la Plage (Laila bent el shateaa, 1959)


ليلى بنت الشاطئ 
إخراج :حسين فوزي


Hussein Fawzi a réalisé Leila, Fille de la Plage en 1959.

Distribution : Leila Fawzi, Abbas Fares, Mohamed Fawzi, Fayza Ahmed, Anwar Mohamed, Wedad Hamdy, Kamal Hussein, Thuraya Fakhry, Abdel Moneim Ismaïl, Anwar Mohamed, Ahmed Bali, Hafez Amin, Helen 
Scénario : Hussein Fawzi
Dialogues : Al Sayed Ziada
Musique : Mohamed Al Mogi et Mohamed Fawzi



Leila Fawzi

















Fayza Ahmed et Mohamed Fawzi

















Mohamed Fawzi et Abbas Fares

















Leila Fawzi et Wedad Hamdy

















Kamal Hussein


















Résumé

Mohsin Ahmed travaille comme pêcheur sur un bateau appartenant au vieux Aweys. Il est amoureux de la fille de son patron tandis que son meilleur ami Karmouti fréquente Narguis, la femme de chambre de celle-ci. Le soir, Mohsin chante dans un café du village. Son talent a fait de lui une personnalité très populaire.
Un jour apparaît dans cette petite communauté de pêcheurs, le jeune Attia, fils de Maître Abu Saïd, un ancien collègue du vieux Aweys. Ce dernier l’accueille chaleureusement. Attia est arrivé avec des projets bien précis : prendre la direction des affaires d’Aweys et épouser Leila. Ce qu’il n’a pas dit à l’ami de son père, c’est qu’il travaille pour un gang dirigé par Maître Hassouna. Son intention est d’utiliser le bateau pour convoyer de la drogue.
Entretemps, Mohsin a fait une rencontre qui va changer sa vie. Karmouti a invité Ilham, une célèbre chanteuse et son impresario (joué par le réalisateur du film, Hussein Fawzi) à venir écouter son ami dans le café où il se produit tous les soirs. Les deux étrangers sont impressionnés par les dons de Mohsin. Ils lui proposent de les suivre au Caire. Le jeune homme refuse car il ne veut pas s’éloigner de celle qu’il aime. Mais quand le vieux Aweys lui signifie avec des mots blessants que jamais il n’acceptera de lui donner la main de sa fille, il décide de rejoindre ses nouveaux amis. Il fait part à Leila de sa décision. Celle-ci a une violente discussion avec son père. Le vieil homme fait un malaise. Leila décide de ne plus le contrarier. Mohsin quitte le village en compagnie de son ami Karmouti. Grâce à Ilham, Mohsin devient vite une vedette. Sa protectrice lui manifeste une affection de plus en plus grande mais il parvient à maintenir leurs relations sur le plan amical. Au village, Leila passe ses journées à lui écrire des lettres qui restent sans réponses : Karmouti les intercepte de peur que Mohsin décide d’abandonner sa carrière. N’y pouvant plus, Leila se rend au Caire avec Nargis. Elle rencontre Ilham qui lui annonce qu’elle et Mohsin sont fiancés. La jeune femme rentre au village, totalement désespérée. Elle accepte d’épouser Attia. A peine la cérémonie a-t-elle commencé que la police fait irruption dans la salle de mariage. Le vieux Aweys est arrêté, soupçonné d’être à la tête du trafic de drogue sur lequel les policiers enquêtaient depuis quelque temps. Attia disparaît. Informé de la situation, Moshen se rend au village et parvient à faire libérer Aweys. Karmouti apprend où se cachent Attia et son gang. Moshin et lui les retrouvent. Entre le chanteur et le bandit une lutte s’engage tandis que Karmouti prévient la police. Moshin et Leila sont à nouveau réunis.


Critique

C’est une comédie musicale bien conventionnelle que cette Leila, Fille de la Plage. Pour composer son histoire, le scénariste a puisé dans le gros catalogue des clichés à la disposition des auteurs fatigués. Il en a sélectionnés quelques-uns et les a mis bout à bout, ce qui nous donne ce gentil navet. On a donc la fille qui veut épouser celui qu’elle aime, un jeune chanteur à la voix d’or mais à la bourse bien plate, et un papa qui ne veut pas. La fille aime bien son papa qui est de santé très fragile. La moindre contrariété provoque aussitôt un malaise. Leila est une gentille fille, elle obéit donc. Le chanteur pauvre s'éloigne mais heureusement il reviendra au village couvert de gloire pour corriger le méchant garçon qui avait abusé de la crédulité du papa. On a aussi l’opposition traditionnelle entre le village de pêcheurs et la grande ville. Devenu citadin, le héros est à deux doigts de succomber au charme de la célèbre chanteuse qui allie élégance et sophistication mais il saura résister et retrouver sa robuste villageoise qui l’a toujours attendu.
Ce joli conte est prétexte à entendre les roucoulades de Mohamed Fawzi qui est un grand chanteur et un compositeur estimé mais un acteur limité. D’ailleurs, l’ambiance rappelle certaines comédies chantées réalisées en France dans les années cinquante, notamment celles avec Luis Mariano. Nous sommes dans l’univers acidulé de l’opérette avec ses bons sentiments et ses artifices.
Le choix de Leila Fawzi pour jouer le rôle principal est un peu étonnant. On la découvre ici à contre emploi. Considérée comme l’une des plus belles actrices égyptiennes, elle est rarement employée pour jouer les femmes du peuple mais plutôt les princesses et les aristocrates. On se souvient notamment de son interprétation de la princesse de Krak de Moab, épouse de Renaud de Châtillon, dans le Saladin de Youssef Chahine (1963).
Plus étonnant encore, son personnage est celui d’une toute jeune fille alors qu’en 1959, l’actrice a tout de même trente-six ans et on peut trouver un peu cocasse cette scène où sur son petit lit de vierge candide, elle écrit une lettre d’amour à son chéri parti chercher la gloire et la fortune au Caire.
Mais après tout Mohamed Fawzi qui joue le jeune chanteur a quarante-un ans au moment du tournage. Alors au diable le réalisme et la vraisemblance !

R : Le réalisateur, l’acteur et l’actrice principaux de ce film portent le même nom Fawzi mais, à ma connaissance, ils n’ont aucun lien de parenté.

Appréciation :2/5
**

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin