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lundi 12 février 2024

Je m'en vais ('Iiniy rahila, 1955)

إني راحلة
إخراج : عز الدين ذو الفقار


Ezzel Dine Zulficar a réalisé Je m'en Vais en 1955.

Distribution : Imad Hamdi (Ahmed), Madiha Yousri (Aïda), Serag Mounir (le père d’Aïda), Zinat Sedqy (la nourrice), Zeinab Sedky (la grand-mère d’Aïda), Mahmoud Azmy (Ali, le frère d’Aïda), Rushdy Abaza (Toto, le fils de Zaki Pacha), Ibrahim Hechmat (Zaki Pacha, le premier ministre), Abdel Aziz Ahmed (Fayek Bey, le confident de Aïda), Salah Nazmi (Houda, l’ami de Toto), Ellen Deatto (Tamtam, la maîtresse de Toto et la femme de Houda), Ibrahim Hechmat (Zaki Pacha, le premier ministre)
Scénario : Youssef El Sebai
Production : Madiha Yousri

Madiha Yousri et Serag Mounir


Imad Hamdi et Madiha Yousri


Zinat Sedki


Madiha Yousri et Mahmoud Azmy


Abdel Aziz Ahmed


Rushdy Abaza et Ellen Deatto



















Résumé

Aïda est la fille de Mostafa Pacha Abdul Rahman. Elle vit avec son père, sa grand-mère et son frère. Leur mère est partie alors qu’elle était enfant pour vivre avec un autre homme. Son père a voulu la préserver en lui donnant une éducation rude qui n’accordait aucune place à l’amour et à la sensibilité. Régulièrement, ils avaient la visite d’Ahmed, leur cousin. Aïda aimait jouer et se chamailler avec lui.

Les années ont passé. Aïda est devenue une jeune femme. Un jour, Ahmed qui avait disparu pour se consacrer à ses études refait son apparition. Il porte l’uniforme d’officier de cavalerie. Les deux jeunes gens reprennent leurs conversations aigres douces d’autrefois mais ils finissent par reconnaître l’un l’autre qu’ils s’aiment. Mostafa Pacha voit d’un très mauvais œil cette idylle naissante et il exige de sa fille qu’elle rompe immédiatement avec son cousin. Mais Aïda ne peut y consentir. Les jours suivants, Ahmed ne donne plus signe de vie et Aïda tombe gravement malade. Enfin Ahmed reparaît, il était parti en voyage. Tous les deux sont heureux de se retrouver et la jeune fille se rétablit aussitôt. Ils reprennent leurs promenades et leurs discussions. Enfin, ils échangent leur premier baiser.

Ahmed décide d’affronter son oncle pour lui demander la main de sa cousine mais celui-ci refuse tout net de la lui donner. Mostafa Pacha Abdul Rahman considère que la situation de son neveu est trop modeste et il souhaite pour sa fille un mariage avec un garçon fortuné. Pour lui, c’est une nécessité pressante : il a été imprudent en bourse et il a perdu une grande partie de sa fortune. Son salut viendra de son ami Zaki Pacha qui s’apprête à devenir premier ministre. Cet éminent personnage a un fils Toto et il serait tout à fait favorable à ce que celui-ci épouse Aïda.

Les premières rencontres entre les deux promis sont désastreuses. Tout les sépare. Toto est un jeune homme superficiel qui ne pense qu’â s’amuser. Ahmed partage le jugement sévère d’Aïda mais l’un et l’autre ne peuvent rien contre la volonté du père. D’autant plus que Mostafa Pacha a menacé de s’en prendre à Ahmed si sa fille n’acceptait pas le mari qu’on lui imposait. Contre son gré, Aïda épouse donc Toto. De son côté, Ahmed se marie avec une voisine.

Aïda ne va pas bien. Son existence de femme mariée est triste à mourir. Son mari n’a aucune attention pour elle et elle apprend très vite qu’il entretient une relation adultère avec la femme de son meilleur ami. Ce dernier lui propose même de devenir son amant à titre de compensation. La corruption de ce milieu la dégoûte. Un soir elle se rend là où elle avait coutume d’aller avec Ahmed, un lieu retiré plein de souvenirs heureux. Et comme par miracle, elle y retrouve l’officier de cavalerie qui avait eu la même idée qu’elle. Il lui apprend que sa femme est morte en accouchant d’un enfant mort né.

Ils décident de ne plus jamais se quitter. Ils trouvent refuge dans un chalet près de la mer mais leur bonheur sera bien court. Le lendemain, Ahmed est pris de vives douleurs à l’abdomen et il meurt. Aïda n’accepte pas que la mort les sépare. Elle répand de l’essence dans tout le chalet et provoque un incendie dans lequel elle périra auprès de celui qu’elle aime.


Critique

« Je m’en vais » est un drame réalisé par le spécialiste du genre, Ezzel Din Zulficar. On retrouve dans ce film, ce romantisme sombre qu’il affectionne, avec ces paysages tourmentés et ces personnages hors du temps que le destin emporte avant de les briser.

Plus qu’un mélodrame, c’est une tragédie : l’histoire nous conte l’amour impossible entre deux êtres qui ne pourront s’unir que dans la mort. On pense bien sûr à "Roméo et Juliette" même si la situation des deux personnage d’Ezzel Din Zulficar n’a pas grand-chose à voir avec celle des deux héros shakespeariens. Notons au passage que si la pièce du dramaturge anglais a servi de modèle à bien des œuvres théâtrales ou cinématographiques en occident, il n’en est pas de même dans le théâtre ou le cinéma égyptien : l’amour exclusif et absolu qui conduit à rompre tous les liens sociaux puis à rompre avec la vie elle-même n’est pas dans leur ADN !

La tonalité de ce film est singulière et n’a pas vraiment d’équivalent dans le cinéma de cette époque. Les auteurs font un usage homéopathique du pathétique. Peu de larmes, peu de cris, beaucoup de silences. Et pourtant, dès le début, le spectateur est plongé dans une atmosphère très sombre, presque funèbre. La plupart des scènes se passent la nuit et les personnages semblent se mouvoir en permanence dans les ténèbres. Il y a quelque chose d’étrange dans cet univers : les deux héros sont comme des fantômes évoluant dans un univers parallèle à celui des autres personnages. Tous les êtres qui les entourent semblent très lointains, presque abstraits. Bien des scènes nous ont rappelé "Peter Ibbetson", ce roman britannique dans lequel deux êtres ne peuvent se rejoindre et vivre leur amour qu’en rêve.

Les deux acteurs, Imad Hamdi et surtout Madiha Yousri (ce n’est pas la première fois qu’ils sont réunis à l’écran) parviennent à transmettre la passion qui anime leurs deux personnages avec une justesse constante, faisant naître l’émotion d’un simple geste ou d’un simple regard. Ce film, qui compte l’une scènes de baiser les plus bouleversantes du cinéma égyptien, va grandement contribuer à faire d’Imad Hamdi et de sa partenaire un couple mythique du grand écran. Il faudrait aussi évoquer la beauté troublante de Madiha Yousri qui joue un rôle déterminant dans la magie particulière de ce drame.

L’intérêt du film repose aussi sur la peinture par petites touches d’un certain milieu où toutes les turpitudes sont permises à condition que les apparences soient sauves. Roshdy Abaza joue à merveille l’antithèse du héros : un jeune homme uniquement soucieux de ses plaisirs mais qui respecte les règles de sa classe sociale. Il se mariera avec qui on veut du moment qu’il peut poursuivre sa relation explosive avec sa maîtresse. Après avoir épousé Aïda, il ne lui prêtera aucune attention et la laissera libre de faire ce qu’elle veut.

« Je m’en vais » est un film étonnant dont le pouvoir d’envoûtement n’a pas faibli avec les années. Bien au contraire…

Appréciation : 4/5
****

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

jeudi 16 juin 2022

La Maison n°13 (Al-Manzel Raqam 13, 1952)

المنزل رقم 13
إخراج : كمال الشيخ


Kamal El Sheikh a réalisé La Maison n°13 en 1952. 
Distribution : Faten Hamama (Nadia, la fiancée de Sharif Kamal), Imad Hamdy (Sharif Kamal), Lola Sedky (Sonia Chahine, la maîtresse du docteur Assim Ibrahim), Mahmoud El Meleigy (le docteur Assim Ibrahim), Tawfik Ismail (Saber Amin), Serag Mounir (l’enquêteur), Ferdoos Mohamed (la mère de Sharif Kamal), Wedad Hamdy (la femme de chambre de Nadia), Zaki Ibrahim (le père de Nadia), Fawzia Mostafa (l’infirmière), Alia Ali (la danseuse), Omar Al Gizawi (le serviteur de la victime)
Une histoire de Kamel Attya et de Kamal El Sheikh
Scénario et dialogues : Ali El Zorkani
Production : les Studios Misr

Faten Hamama et Ferdoos Mohamed





Lola Sedky





Mahmoud El Meleigy





Lola Sedky





Faten Hamama





Mahmoud El Meleigy





Serag Mounir et Imad Hamdi





Omar Al Gizawi





Faten Hamama et Imad Hamdi

















Résumé


Thriller. C’est la nuit. Un homme arrive en voiture près d’une villa isolée. Il se gare devant le portail et sort de son véhicule. Il gravit les marches qui mène jusqu’à la porte d’entrée. Il sort une clé de sa poche et l’introduit dans la serrure. La porte s’ouvre, il entre. L’individu se retrouve face à un autre homme qui lit son journal. Il l’abat de plusieurs coups de revolver. Le lendemain matin, on retrouve dans son lit le meurtrier qui vient de se réveiller. Il s’appelle Sharif Kamal, il est ingénieur et il vit avec sa mère dans un grand appartement. On comprend que la scène du meurtre était un rêve. Mais Sharif reste troublé par ce rêve étrange dont les moindres détails lui sont restés en mémoire. Son malaise s’accroît quand il s‘aperçoit qu’il est sérieusement blessé à la main.
Sharif rejoint sa fiancée, la jeune et jolie Nadia et ils se rendent ensemble chez un bijoutier pour acheter un collier. De retour chez la jeune fille, ils retrouvent son vieux père avec qui Sharif échange quelques paroles avant de retourner à son bureau. C’est lors de cette conversation que le futur marié découvre qu’il a dans la poche de sa veste une clé qui ne lui appartient pas. Un peu plus tard, dans un café, il aperçoit une femme dont le portrait ornait l’un des murs de la maison de son rêve. L’inconnue quitte l’établissement et Sharif décide de la suivre. A son grand étonnement, elle se rend dans le cabinet médical de son psychiatre, le docteur Assim Ibrahim. Ce médecin le soigne depuis un certain temps pour une maladie nerveuse et ils sont devenus amis. A l’intérieur du cabinet, Sharif est accueilli par son médecin mais plus trace de la jeune femme. Sharif explique la raison de sa présence puis le docteur Assim Ibrahim lui présente une autre jeune femme qui porte les vêtements de celle que Sharif poursuivait mais le visage n’a rien avoir avec celui du portrait entrevu dans son rêve. En fait, ce que ne sait pas le jeune ingénieur, c’est qu’il est totalement manipulé par son médecin. C’est ce dernier qui par hypnose lui a ordonné de s’introduire chez un homme pour le tuer. Pour quelle raison ? Le docteur Assim Ibrahim entretient une relation amoureuse avec Sonia, une danseuse qui vit en couple avec la victime, un homme très riche qui a souscrit une assurance vie au bénéfice de sa jeune maîtresse. Pour récupérer le magot, le docteur Assim Ibrahim et Sonia ont décidé de supprimer cet homme et c’est ainsi que le psychiatre a eu l’idée d’utiliser son patient.
De retour à son bureau, Sharif tombe sur une revue qui présente en couverture, le visage vu en rêve. Il sait désormais que cette femme existe vraiment et qu’elle est danseuse. Avec son médecin, Sharif se rend dans le cabaret où elle se produit. C’est ainsi qu’il fait sa connaissance tandis que le docteur et Sonia feignent de se rencontrer pour la première fois.
Le lendemain, Sharif et Nadia se marient mais la fête est à peine commencée que le nouveau marié est arrêté et conduit dans la maison où a eu lieu le crime. L’y attend le juge d’instruction qui procède à son premier interrogatoire et qui l’informe des charges qui pèsent contre lui.
L’instruction se poursuit dans le bureau du juge. Malgré les témoignages de ses proches, la culpabilité de Sharif ne fait plus aucun doute. Heureusement, son avocat et sa fiancée ne s’avouent pas vaincus et font leur propre enquête. Ils sont convaincus que Sharif n’était pas maître de sa volonté quand il a tué sa victime. Le témoignage de la mère de l’ingénieur corrobore leur thèse : elle affirme que le psychiatre avait rendu visite à son fils le soir du crime, que ce dernier avait quitté sans un mot l’appartement peu après le départ du médecin et qu’il était rentré dans la nuit, toujours aussi mutique.
Lors du procès, un témoin inattendu vient compléter les déclarations de la mère. C’est leur voisin et il est catégorique : la nuit du crime, il a vu Sharif rentrer chez lui avec un homme qui l’a accompagné jusqu’à sa porte. Cet homme, il pourrait le reconnaître s’il le rencontrait à nouveau. Le docteur Assim Ibrahim qui assiste au procès comprend tout de suite le danger que constitue pour lui ce témoignage. Le soir, il se rend au domicile de ce voisin trop bavard et il le tue de plusieurs coups de couteau. C’est à ce moment-là que Nadia entre dans l’appartement après avoir sonné plusieurs fois. Elle est envoyée par Sharif pour demander à l’homme de ne pas quitter la ville afin de les aider à identifier l’inconnu qu’il a vu la nuit du meurtre. La jeune femme hurle en découvrant le corps sans vie du voisin et se précipite vers la porte d’entrée. Elle tombe nez à nez sur Assim qui lui fait croire qu’il vient d’arriver. Il l’emmène à sa clinique et l’hypnotise. Il lui fait écrire une lettre dans laquelle elle s’accuse d’avoir commis le meurtre du témoin et il lui ordonne de se rendre sur le pont d’Imbaba et de se jeter dans le vide. Heureusement, Sharif a réussi à échapper à ses gardiens lors du transfert du tribunal à la prison. Grâce aux informations données par sa mère et Sonia, il parvient à sauver sa fiancée. Assim est arrêté par la police, Sharif et Nadia peuvent se marier.



Critique


Kamal El Sheikh est l’un des plus grands réalisateurs égyptiens du XXe siècle et il est sans doute celui qui présente la filmographie la plus homogène, la plus cohérente. Beaucoup de ses films sont devenus des classiques et il n’y en a peu qui déçoivent.

Cette Maison n°13 est son tout premier film comme réalisateur et ce n’est pas, comme souvent pour les « œuvres de jeunesse », un coup d’essai uniquement riche de promesses. Kamal El Sheikh y déploie déjà tout son talent et sa maîtrise du langage cinématographique impressionne. C’est d’autant plus remarquable qu’il ne fut pas, à l’instar de tous ses collègues, assistant auprès de certains de ses aînés. Il est passé directement du montage à la réalisation et cette première œuvre est pourtant une très belle réussite.

Cette entrée dans la réalisation s’est faite sous l’égide du grand maître du suspense et de l’angoisse, Alfred Hitchcock. Kamal El Sheikh n’a jamais caché son admiration pour ce dernier et, avec son scénariste Ali El Zorkani, il multiplie les références à son oeuvre. Dès le titre, la filiation est assumée : la Maison n°13 fait explicitement référence au premier film, resté inachevé, d’Alfred Hitchcock, Numéro 13 qui date de 1922.

On pourrait considérer à juste titre cette Maison n°13 comme un brillant exercice de style accompli par un disciple très doué du cinéaste anglo-américain. C’est ainsi que le scénario reprend avec une certaine habileté un grand nombre de motifs chers au réalisateur de La Maison du Docteur Edwardes. Citons pêle-mêle : l’innocent accusé d’un crime qu’il n’a pas commis, la folie et l’univers psychiatrique, le rêve et l’amnésie, le procès, le rôle déterminant de la femme auprès du héros, le dénouement en forme de course poursuite dans l’escalier (l’escalier, une figure majeure de la dramaturgie hitchcockienne)

Mais là, où Kamal El Sheikh se révèle comme un artiste de premier plan, c’est d’abord dans le travail de l’image et le traitement de la lumière pour suggérer une atmosphère oppressante. C’est aussi dans la direction d’acteurs : l’interprétation d’Imad Hamid est remarquable par sa sobriété et sa retenue. Il incarne à la perfection ce personnage lunaire plongé dans un cauchemar qui semble n’avoir pas de fin. Et l’acteur forme avec la toute jeune Faten Hamama un couple qui n’est pas sans rappeler ceux que l’on retrouve dans les films d’Alfred Hitchcock.

Dans La Maison n°13, Kamal El Sheikh s’affirme comme un grand styliste, ce que confirmeront ses films suivants. En s’inspirant du film noir américain, il rompt avec une certaine tradition du cinéma égyptien dont les genres de prédilection étaient jusque alors le mélodrame, la comédie et la comédie musicale. Avec le thriller, Kamal El Sheikh insuffle un air nouveau dans un cinéma qui a toujours eu tendance à se satisfaire des recettes éprouvées. A noter qu’en cette même année 1952, Salah Abou Seif sort lui aussi un thriller, Raya et Sakina mais dans un style bien différent. L’esthète Kamal El Sheikh et le réaliste Salah Abou Seif domineront le cinéma égyptien des années cinquante.

Appréciation : 4/5
****

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

dimanche 26 mars 2017

L'Ecole des Filles (Madrasat Al Banat, 1955)


مدرسة البنات
ﺇﺧﺮاﺝ: كامل التلمساني


Kamel El Telmissany a réalisé L'Ecole des Filles en 1955. 
Distribution : Naïma Akef, Zeinat Olwi, Serag Mounir, Kwathar Shafik, Aziza Helmy, Abdel Salam Al Nabulsi, Kamal Al Shennawi, Zinat Sedki, Reyad El Kasabgy, Safa El Gamil, Thuraya Fakhry,  Aziza Helmy, Abdel Ghani El Nagdi, Layla Hamdy
Scénario : Ali El Zorkani et Helmy Halim
Musique : Mounir Mourad, Kamal El Tawil, Saïd Mostafa, Fathy Qoura


Serag Mounir et Kwathar Shafik



Abdel Salam El Nabulsi et Kamal Shennawi


Kamal Al Shennawi


Aziza Helmy


Abdel Salam El Nabulsi


Zinat Sedky et Reyad El Kasabgy



















Abdel Salam El Nabulsi et Naïma Akef


















Résumé

Kamal est un jeune homme qui mène une vie de Dom Juan multipliant les conquêtes. Il doit épouser sa cousine et malgré l’empressement de son oncle, il n’est pas disposé à s’assagir. Le jour même de son mariage alors que tout le monde l’attend, il préfère passer du bon temps dans son appartement avec une maîtresse. Et c’est son meilleur ami qui a la mission délicate de calmer la fureur de l’oncle et le dépit de la fiancée. La cérémonie est annulée. Un jour, Kamal fait la rencontre de Nadia. Elle est étudiante dans un pensionnat de jeunes filles où l’on enseigne le chant et la danse. Les deux jeunes gens sont séduits l’un par l’autre. Le bourreau des coeurs éprouve pour la première fois le véritable amour. Malheureusement, tout  s’oppose à leur union. Si Kamal est déjà engagé auprès de sa cousine, Nadia doit aussi épouser un cousin resté au village avec toute sa famille. Ce cousin est un gentil demeuré au physique repoussant. Jamais elle ne pourra l’aimer mais son oncle est un homme brutal dont on ne peut discuter les décisions. Elle doit se soumettre. Le jour des noces est arrivé. Alors que Nadia s’apprête à signer l’acte de mariage, ses amies de pensionnat, entraînées par Kamal et la directrice de l’école, font irruption dans la salle. Une bagarre s’ensuit. Heureusement, l’oncle de notre héroïne n’est pas un mauvais bougre et il  finit par renoncer à son projet insensé. Kamal et Nadia peuvent se marier.


Critique
 
Dans ce film nous retrouvons Naima Akef dans l’un de ses rôles de prédilection : la jeune orpheline au passé douloureux mais dont le dynamisme et la joie de vivre finissent toujours par triompher des épreuves. Cette Ecole des Filles exploite le filon que représente à l’époque la danseuse. Elle a été découverte en 1949 par Hussein Fawzi. Ce dernier l’a aussitôt épousée pour la faire tourner chaque année dans une nouvelle production qui à chaque fois devient un gros succès commercial. Ce film de Kamel El Telmissany est en fait un intermède entre deux réalisations du mari mais il aurait très bien pu être tourné par celui-ci : même style, mêmes personnages, même univers…
Si comme danseuse, Naima a un talent incontestable, avec une sensualité qui se manifeste dans chacun de ses gestes, en revanche, comme actrice, elle est beaucoup plus limitée. On sent chez elle un désir de bien faire mais son jeu est plus celui d’une meneuse de revue avec des effets un peu grossiers que celui d’une comédienne capable d’exprimer toute la gamme des sentiments avec naturel et sincérité. Et il faut bien admettre que le jeu de Naima Akef n’est jamais sincère et n’est jamais naturel. Mais sans doute n’a-t-elle pas appris. Elle vient du cirque et du cabaret, c’est là qu’elle s’est formée et dans ces deux arts du spectacle, l’énergie compte davantage que l’émotion.
Ce film a eu comme scénariste Ali El Zorkani. Ce n’est pas le premier venu : il apparaît au générique de très grands films et il a été professeur de scénario à l’Institut Supérieur du Cinéma du Caire. Et peut-être est-il bon de rappeler que Kamel El Telmissany, le réalisateur, n’est pas n’importe qui non plus : il a réalisé en 1945 le Marché Noir qui figure dans la liste des quinze plus grands films égyptiens de tous les temps).
Ce prestigieux tandem n’a pourtant pas brillé avec cette comédie musicale. Même Naima Akef a été mieux servie dans d’autres films. Ici elle est réduite à jouer la petite demoiselle qui cabotine sans cesse et que l’on voit danser avec ses amies de pensionnat dans de gentilles fêtes réunissant élèves et parents. On avait déjà assisté à ces mêmes scènes dans Aziza réalisé l’année précédente par Hussein Fawzi mais au moins, grâce à sa double identité, Naima Akef avait eu la possibilité d’exprimer toute la sensualité dont je parlais plus haut, notamment dans les séquences se déroulant au cabaret. Dans ce nouveau film, on ne quitte pas l’école et c’est bien triste.
Ce qui sauve en partie cette petite comédie, c’est la prestation d’Abdel Salam Al Nabulsi. Il a un rôle secondaire, comme d’habitude, mais quel talent ! Il joue un personnage qui est depuis longtemps secrètement amoureux de l’héroïne. Il la présente à Kamal, son meilleur ami, et c’est donc lui qui est à l’origine de leur amour. Il devra, désespoir au cœur mais en ami fidèle, œuvrer pour le bonheur de Kamal et de Nadia, sans jamais rien dire de ses affres. Un personnage comique mais infiniment malheureux qu’Abdel Salam Al Nabulsi incarne avec une telle conviction qu’il le hisse au niveau des types créés par Molière dans ses grandes comédies.

Appréciation : 2/5
**
Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

mercredi 14 septembre 2016

Le Millionnaire (El Millionaire, 1950)

المليونير
إخراج : حلمى رفلة




Helmy Rafla a réalisé Le Millionnaire en 1950.
Distribution : Ismaël Yassin (Assim El Isterliny/Gamiz), Zinat Sedki (la sœur d’Assim El Isterliny), Soad Mekawy (Soukra, la cuisinière), Stephan Rosti (Zaki), Farid Shawki (Farid), Hussein Issa (Hussein), Wedad Hamdy (Sonia), Serag Mounir (Antar Bin Shaddad, le frère de Sonia), Ryad El Kasabgy (l’infirmier-chef de l’hôpital psychiatrique), Camilia (Rouh Al Fouad Hanem), Nour El Demerdash (le frère de Rouh Al Fouad Hanem), Victoria Hobeika (la tante d’Assim El Isterliny), Abdel Moneim Ismail (le chauffeur d’Assim El Isterliny), Ahmed Darwich (le docteur Darwich), Salah Mansour (un fou), Mahmoud Lotfi (un fou), Eskandar Mansy (un fou), Mohamed Tawfiq (un fou), Abdel Hamid Zaki (le directeur du théâtre) Scénario et dialogues : Mamoun Al Shinnawi, Abou Al Seoud Al Ebiary, Anwar Wagdi
Musique : Izzat El Gahely et Mohamed Al Bakkar
Assistant du réalisateur : Atef Salem
Monteur : Kamal El Sheikh
Production : Anwar Wagdi


Ismaël Yassin et Camilia


 











Stephan Rosti















Ismaël Yassin


  












Soad Mekawi
















Ahmed Darwich
















Nour El Demerdash




   














Résumé

Assim El Isterliny est un millionnaire despotique et jaloux. Ses gardes ont capturé un homme qu’ils avaient surpris en compagnie de sa femme Rouh Al Fouad Hanem. Fou de rage, Assim le tue de plusieurs coups de pistolet (On apprendra plus tard que le pistolet était chargé à blanc et que l’homme est en réalité le frère de sa femme). Ses gardes lui conseillent de se cacher le temps que les choses s’apaisent. Il se rend dans un cabaret où se produit un artiste du nom de Gamiz. L’ombrageux millionnaire se rend compte que l’individu est son parfait sosie. Il a une idée : il propose à Gamiz de prendre sa place quelque temps. Le pauvre chanteur accepte, séduit par la perspective de vivre dans le luxe et l’oisiveté. Gamiz se rend dans le palais d’Assim. Il fait la connaissance de l’épouse et de la sœur de son double. Mais celle qui l’attire immédiatement, c’est la femme de chambre, Soukara. Gamiz découvre que la vie d’Assim n’est pas aussi enviable qu’il l’imaginait. Outre les récriminations permanentes de la sœur, il doit affronter un grand nombre d’importuns. Grâce à sa malice et à son sens de la répartie, il parvient à s’en débarrasser, mais tout cela commence à le fatiguer. Il décide de tout avouer à Rouh Al Fouad Hanem. Celle-ci croit que son mari est devenu subitement fou. Elle appelle un médecin qui décide de placer le faux millionnaire dans un hôpital psychiatrique. Pour en sortir, celui-ci prétend avoir recouvré la raison et affirme être celui qu'on veut qu'il soit. Mais une fois libre, il va convier tous les proches d'Assim à se rendre dans le cabaret où il travaille. Il chante et danse devant eux pour les convaincre qu’il est bien Gamiz, l’artiste de music-hall et non l'autre, son double richissime. La vérité éclate enfin. Assim retrouvera Rouh Al Fouad Hanem et Gamiz épousera Soukara.


Critique

C’est la première comédie dans laquelle Ismael Yassin tient le rôle principal. Pour lancer celui qui deviendra l’acteur comique le plus célèbre du monde arabe, les producteurs n’ont pas lésiné sur les moyens. Ils ont constitué une équipe de choc avec des personnalités choisies parmi les plus talentueuses du moment. Au scénario, Anwar Wagdi (acteur, metteur en scène, producteur) et Abo El Seoud El Ebiary (scénariste prolifique qui écrira la plupart des succès d’Ismael Yassin dans les années cinquante) ; à la réalisation, Helmy Rafla (un artisan expérimenté spécialisé dans la comédie populaire), comme assistant, Atef Salem (réalisateur qui signera un grand nombre de films devenus des classiques) . Même le montage est confié à un grand nom du cinéma égyptien, Kamal El Sheikh. Mais le plus incroyable, c’est le casting. On a rassemblé les acteurs les plus célèbres de l’époque pour entourer Ismaël Yassin : Stephan Rosti, Serag Mounir, Farid Shawki, Salah Mansour. Et bien d’autres encore comme dans la fameuse scène de l’hôpital psychiatrique.
Et parmi les actrices, outre Zinat Sedki et Soad Mekawy, on compte Camilia, qui est l’une des étoiles montantes du grand écran. Malgré son jeune âge celle-ci traîne derrière elle une réputation sulfureuse. Certains prétendent qu’elle était la maîtresse du roi Farouk et qu’elle avait été recrutée par Israël comme espionne. Précisons qu’elle meurt tragiquement cette même année 1950 dans un accident d’avion.
Bref, il fallait que ce film soit un succès et il le fut.
L’idée sur lequel repose le scénario (un homme pauvre, sosie d’un homme riche, prend la place de celui-ci et découvre la vie difficile des nantis) semble emprunté au film de Niazi Mostafa avec Naguib Al Rihani, Monsieur Omar (1941). Une parenté qui n’est peut-être pas le fruit du hasard. Naguib Al Rihani meurt l’année précédente, en 1949. Les deux films ont dix ans d’écart et ouvrent l’un et l’autre une décennie. N’a-t-on pas voulu signifier qu’Ismaël Yassin serait le comique des années cinquante comme Naguib Al Rihani fut celui des années quarante ? Et nous aurions alors comme passeurs de relais Serag Mounir et Stephan Rosti qui apparaissent dans les deux films.
Dans le Millionnaire, Ismaël Yassin use de tous les procédés qui constitueront sa marque de fabrique mais cela ne tourne pas encore à la caricature de lui-même comme ce sera le cas dans les années à venir. Il grimace ici avec une certaine sobriété et son jeu ne se réduit pas à des mimiques et autres tics horripilants. Ismaël Yassin fut un grand acteur, un grand showman et il le prouve ici.
Au-delà de la prestation du nouveau roi du rire, ce qui demeure aujourd’hui du Millionnaire, ce sont ses incroyables scènes dansées et chantées. Elles rassemblent toujours un grand nombre de comédiens et malgré cela les chorégraphies sont exécutées avec un dynamisme et une précision remarquables. Les chansons de Mohamed El Bakkar et d’Azat Al Jahly par leur entrain et leur gaîté sont en phase avec le tempo débridé de l’ensemble.
La séquence la plus mémorable (et la plus longue), c’est celle de l’hôpital psychiatrique où une trentaine de comédiens chantent et dansent, comme emportés dans un délire collectif . Les uns sont revêtus du pyjama réglementaire, les autres déguisés au gré de leurs obsessions ou phantasmes. Tout le monde s’en donne à cœur joie jusqu'à l’apparition de l’infirmier qui siffle la fin de la récréation et le retour à la triste réalité.
A ma connaissance, c’est la première fois qu’un film égyptien évoque ainsi l’univers de la folie et c’est sans doute ce qui explique le succès remporté par le Millionnaire à sa sortie. Le fou jouit d’une liberté d’action et de parole dont le citoyen ordinaire est totalement dépourvu. Et le spectacle de ces cinglés se livrant à toutes les excentricités qui leur passent par la tête a dû exercer une séduction immédiate sur les spectateurs. Par la suite l’hôpital psychiatrique deviendra un cliché de la comédie égyptienne tout comme le travestissement dont Ismaïel Yassin sera aussi un précurseur (Dans Madame Hanafi, le chef d’oeuvre comique de Fateen Abdel Wahab en 1954)

Appréciation : 4/5
****
Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

samedi 5 mars 2016

La Petite Poupée (El aroussa el saghira, 1956)

العروسة الصغيرة
إخراج: أحمد بدرخان


Ahmed Badrakhan a réalisé La Petite Poupée en 1956.
Distribution : Saïd Mekawi (le chanteur aveugle), Saïd Abou Bakr (le compagnon du chanteur aveugle), Yehia Chahine (Kamel), Mahmoud El Meleigy (Mahmoud Fahmy), Wedad Hamdy (Wedad), Salah Sarhan (le peintre), Mariam Fakhr Eddine (Siham), Nadia El Shennawi (Nadia), Serag Mounir (le patron), George Yordanis (le barman), Metawa Oweis (le vendeur de billets de loterie), Abbas Rahmy (le docteur)
Scénario et dialogue : Youssef Gohar
Musique : André Ryder
Production : les studios Misr

Saïd Abou Bakr et Saïd Mekawi

Mahmoud El Meleigy et Yehia Chahine

Wedad Hamdy et Yehia Chahine

Salah Sarhan et Mariam Fakhr Eddine

Salah Sarhan et Mariam Fakhr Eddine

Yehia Chahine et Serag Mounir


Résumé

Kamel est un modeste employé. Il vit avec sa femme Siham et sa petite fille Nadia. Un jour, son directeur l’invite, lui et sa petite famille, à une soirée dans un cabaret. Après le dîner, le chef d’entreprise demande à Kamel de retourner au bureau pour y effectuer un travail urgent. Une fois son subordonné parti, il en profite pour courtiser Siham. En reconduisant la femme et sa fille chez elles, il a un geste déplacé à l’égard de Siham. Elle le repousse. Vexé, il dépose dans la rue ses deux passagères qui doivent continuer leur route sous une pluie battante. Quand elles regagnent enfin leur petit appartement, Siham raconte tout à son mari. Le lendemain matin, Kamel fou de rage veut corriger son patron. Il est maîtrisé par ses collègues et il est aussitôt licencié. Peu après, Nadia tombe malade. Malheureusement, ses parents ne peuvent payer le lourd traitement nécessaire à sa guérison. La petite fille meurt . Commence alors pour Kamel et Siham une longue descente aux enfers. Ils se séparent. Lui se jette à corps perdu dans le jeu et devient un truand redouté ; elle, multiplie les conquêtes puis finit par se prostituer. ..


Critique

Un mélodrame classique dont le scénario a été écrit par le romancier Youssef Gohar. Pour cette Petite Poupée, celui-ci a usé de toutes les (grosses) ficelles du genre. Et à cet égard, la fin constitue un bouquet final qui ne manquera pas de blesser la sensibilité délicate du spectateur d’aujourd’hui : alors qu’il vient d’acheter la poupée dont rêvait sa petite fille, le héros, complètement ivre, fait monter dans sa voiture une prostituée sans voir que c’est son ex femme. Celle-ci reconnaît aussitôt son ancien mari. Elle est bouleversée. Tout leur passé lui revient en mémoire et le visage de la petite morte se dessine sur la vitre de la voiture. C’en est trop, la jeune femme ouvre la portière et se jette hors du véhicule. L’homme freine brutalement et se précipite vers la désespérée qui gît sur la route. Il la reconnaît enfin mais elle meurt dans ses bras. Etendue à côté de celle qui vient d’expirer, il y a la poupée et pour que le spectateur comprenne bien qu’elle représente la petite défunte, le visage de celle-ci apparaît quelques secondes à la place de la tête en celluloïd. Evidemment, ça fait beaucoup…

Néanmoins, le film vaut mieux que ce dénouement franchement pompier car il a bien des qualités. Toutes les scènes baignent dans un clair-obscur aux mille nuances (la photo magnifique est signée Abdelaziz Fahmi) qui s’accorde parfaitement au destin tragique de ce couple sans histoire. La chute des deux personnages est racontée sans mièvrerie, avec même une certaine dureté. Kamel et Siham ne s’apitoient pas sur eux-mêmes ni sur les autres : leur désespoir leur a enlevé toute sensibilité et ils éprouvent une sombre délectation à se venger de tous ceux qui ont voulu profiter de leur honnêteté ou de leur détresse avant et après le drame. Pour l’interprétation, on retiendra la performance de Mariam Fakhr Eddine dont le visage aristocratique n’est jamais aussi beau que dans la douleur. On appréciera aussi les interventions enjouées du duo formé par Saïd Abou Bakr et Saïd Makawi, le célèbre chanteur aveugle. Les deux acteurs jouent des mendiants au grand cœur qui tentent de venir en aide à leurs infortunés voisins. 
Appréciation : 3/5
***

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin


lundi 22 décembre 2014

Train de Nuit (Ketar el Lail, 1953)


قطار الليل
إخراج : عز الدين ذو الفقار




Ezzel Din Zulficar a réalisé Train de Nuit en 1953. 
C'est le premier film que tourne Samia Gamal après sa rupture avec Farid Al Atrache (La dernière comédie musicale qui réunit le couple est Ne le Dis à Personne "Ma takulshi la hada" d’Henry Barakat en 1952)
Distribution : Imad Hamdy (Adel), Samia Gamal (Samia), Stephan Rosti (Aboul Azz), Serag Mounir (Malaty), Soleiman Naguib (l’inspecteur de police), Aly Abd El Al (le directeur du cabaret), Abdel Moneim Ismail (membre du gang d’Aboul Azz), Reyad El Kasabgy (membre du gang d’Aboul Azz), Mohamed Reda (conducteur de train), Fakher Fakher (le second de l’inspecteur), Hussein Issa (membre du gang d’Aboul Azz), Salah Nazmi (membre du gang d’Aboul Azz), Zaki Ibrahim (le père de Samia), Tawfiq Ismaïl (directeur de la gare de Tanta)
Scénario : Stephan Rosti, Ezzel Dine Zulficar, Zaki Saleh
Musique : Ibrahim Haggag
Production : Abdel Hamid Zaki


Samia Gamal et Imad Hamdi

Imad Hamdi

Samia Gamal

Samia Gamal

Reyad El Kasabgy

Zaki Ibrahim

Samia Gamal

Imad Hamdi et Stephan Rosti

Samia Gamal

Résumé

Samia aime Adel mais celui-ci disparaît brusquement. Elle croit qu’il l’a abandonnée. Au même moment, son père est plongé dans des difficultés financières inextricables. Pour le sauver, Samia épouse Aboul Azz, un redoutable gangster qui l’oblige à danser dans son club. Mais Adel se manifeste à nouveau. Samia et lui se donnent rendez-vous dans un restaurant. On apprend que l’homme n’avait pas fui mais qu’ il avait été blessé dans un accident de la route et qu’ il est resté hospitalisé plus de deux mois. Leurs retrouvailles sont brèves car Samia doit retourner au club pour son numéro de danse. Malgré le danger, Adel se présente dans l’établissement. Il retrouve sa bien-aimée dans sa loge. Aboul Azz, caché (fort mal !) dans la penderie, se jette sur Adel et l’assomme. Il s’empare de l’argent que sa victime avait réuni pour venir en aide à Samia et à son père. Une fois le gangster parti, Adel recouvre ses esprits. Les deux amoureux peuvent se confier l’un à l’autre. Samia doit rejoindre ses danseuses sur scène. Dans la salle se trouve Malaty, un ami de son mari. Il est envoûté par la sensualité de Samia. Cette dernière décide d’en tirer parti. En effet, Malaty possède un bateau de pêche et c’est grâce à lui qu’Aboul Azz doit quitter l’Egypte avec de l’argent volé. Elle feint d’être tombée sous le charme de l’homme. Il la conduit sur son bateau où les rejoint le mari. Les deux hommes se battent. Aboul Azz blesse Samia et tue le marin. La femme est parvenue à quitter le navire sur une barque. A terre, elle retrouve Adel. Malheureusement Aboul Azz et ses complices sont à leur poursuite. Le dernier acte se déroule dans un train où on retrouve le couple, la police et les gangsters. Ces derniers ont pris le contrôle du train et la catastrophe est imminente car ils ont dévié sa direction : il fonce tout droit vers un autre train qui roule en sens inverse à toute allure. Mais le commissaire parvient enfin à abattre Aboul Azz et le convoi peut être stoppé, à quelques centimètres du second qui s’était déjà arrêté.



Critique

Dans ce film, Samia Gamal montre qu’elle n’est pas seulement une danseuse exceptionnelle mais aussi une comédienne dramatique de grand talent.
Train de Nuit est un mélodrame au scénario un peu confus : chaque personnage est placé au cœur d’une intrigue si bien que le spectateur est invité à suivre plusieurs fils narratifs qui s’enchevêtrent avec plus ou moins de bonheur. Les auteurs usent du flash-back avec une certaine maladresse et traitent la vraisemblance avec une belle désinvolture.(réapparition miraculeuse de certains personnages)
Mais, au-delà des faiblesses du scénario, ce qui frappe c’est la sombre beauté de l’œuvre.
Train de Nuit évoque parfois le réalisme poétique du cinéma français des années trente. Je songe notamment à la scène dans la cabine du bateau où se retrouvent Samia Gamal, Stephan Rosti et Seraj Munir pour une confrontation sanglante. De même, le réalisateur et son scénariste dotent la mer et le train d’une puissance mythologique qui semblent régir le destin des personnages. On pense à Carné, on pense à Renoir.
Les grands cinéastes égyptiens sont souvent des portraitistes exceptionnels. Ezzel Dine Zulficar le prouve ici avec ces gros plans très travaillés sur le visage douloureux de Imad Hamdi ou sur la face gargantuesque de Seraj Munir, 
Enfin, ce film comporte des numéros dansants d’une grande beauté. Une réussite donc.

 Appréciation : 4/5
****




Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin