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vendredi 29 mai 2026

Sur la Scène de la Vie (Ala Masrah Al Hayat, 1942)

على مسرح الحياة
إخراج : أحمد بدرخان





















Ahmed badrakhan a réalisé Sur la Scène de la Vie en 1942
Distribution : Hussein Riad (Rushdy Kamal), Rawheya Khaled (Wafia, la belle-sœur de Rushdy), Zeinab Sedky (Ramzia, la femme de Rushdy), Ferdoos Mohamed (la belle-mère de Rushdy), Anwar Wagdi (Amin), Mohamed Attiah (le docteur Raouf), Thuraya Fakhry (la mère d’Amin), Soad Zaki (la danseuse Riri), Mahmoud Ismaïl ( un ami d’Amin), Mohamed Ibrahim (Mourad Bey), Mary Kafoury (une enseignante), Sophie Dimitri (une enseignante), Amina Sherif (Saadia), Soad Ahmed (la directrice)
Scénario : Hassan Helmy, Abbas Younes, Sayed Kassab, Abdel Hamdy Hamid, Ahmed Badrakhan
Musique et chansons : Farid Ghosn, Abdel Halim Ali, Ibrahim Fawzy, Bayram El Tunsi, Abdel Aziz Salam, Saleh Gawdat, Mohamed El Kahlawy, Abdul Hamid Tawfiq Zaki
Production : studios Misr

Rawheya Khaled


Hussein Riad






Rawheya Khaled et Hussein Riad



Zeinab Sedky








Rawheya Khaled et Hussein Riad

















Résumé

Drame. Rushdy Kamal est un homme engagé qui souhaite œuvrer pour le bien de la société. Il posséde un journal et dirige un orphelinat. Il vit dans une immense demeure avec sa femme, Ramzia, sa jeune belle-sœur, Wafia, et sa belle-mère. Toute la famille est dans une grande agitation car c’est le jour du mariage de Wafia. Elle doit épouser Amin. 
Ce garçon est en fait un bon à rien qui a dilapidé la fortune de son père dans les plaisirs auxquels il s’adonne sans compter avec toute une bande d’amis. Il a une maîtresse qui le convainc de ne pas épouser Wafia. Alors qu’on n’attend plus que lui pour débuter la cérémonie, il téléphone à sa mère pour dire qu’il ne peut pas se marier car il prétend  que sa fiancée est atteinte de la tuberculose. Le mariage est annulé. 
Pensant être réellement malade, Wafia tente de mettre fin à ses jours mais grâce à l'intervention rapide de ses proches, les médecins parviennent à la sauver. Pour la rassurer, on lui fait passer une radio des poumons qui prouve qu'elle est en parfaite santé. Wafia retrouve se vie d'autrefois entre sa soeur, son beau-frère et sa mère mais elle  reste accablée par une profonde dépression. 
Pour essayer de lui redonner goût à la vie, la femme de Rushdy a une idée : elle souhaiterait que son mari s’occupe de sa sœur comme s’il était son chevalier servant, qu’il sorte avec elle, qu’ils fassent ensemble les activités les plus diverses. Au début très réticent, Rushdy finit par accepter. 
Au fil de leurs sorties en amoureux, l'homme se sent de plus en plus attiré par sa belle-soeur et un soir il s'embrassent dans son bureau. Par la porte entrouverte, Ramzia a été témoin de ce baiser et elle comprend qu'elle a commis une grave erreur en resserrant les liens entre son mari et sa soeur. Elle décide de quitter le domaine pour s'installer au Caire avec Rushdy. Ce dernier est désespéré de vivre loin de celle qu'il aime. Il reprend ses activités mais le coeur n'y est plus. 
Peu après, le docteur Raouf qui avait soigné Wafia lors de sa tentative de suicide demande celle-ci en mariage. Elle refuse car elle aime toujours Rushdy. Pour la convaincre d'accepter la proposition du médecin, sa soeur lui révèle que l'amour que lui portait Rushdy était fictif, que c'était elle, Ramzia,  qui avait incité son mari à jouer l'amoureux auprès d'elle afin de l'aider à retrouver goût à la vie. Wafia est terrassée par ces révélations, elle consent à épouser le docteur Raouf. 
Le jour des noces, alors qu'elle veut rejoindre Rushdy qui s'était isolé pendant la fête, elle chute de la terrasse et se tue. Rushdy est fou de désespoir. Après une entrevue tendue avec sa femme, il décide de partir sur la côte et s'installe dans un hôtel en laissant la conduite de ses affaires à ses collaborateurs. 
La seconde guerre mondiale vient de commencer. Des avions sillonnent le ciel égyptien et bombardent villes et villages. Rushdy en profite pour faire croire qu'il a péri lors de l'un de ces bombardements en glissant ses papiers dans les vêtements d'un cadavre. Il retourne incgnito au Caire et abat Amin, l'homme qui avait abandonné Wafia le jour de ses noces. 
Il disparaît à nouveau et reparaît deux ans plus tard pour assister à une cérémonie dans son orphelinat en hommage à son action. Il est devenu méconnaissable et quand il tente d'entrer dans l'établissement, il est repoussé sans ménagement. Alors qu'on s'apprête à dévoiler une statue à son effigie, Rushdy croit voir dans le ciel Wafia en robe de mariée. Il traverse la rue sans voir la voiture qui fonce vers lui. La collision est inévitable. Il meurt sur le coup.



Critique

Un mélodrame très original bien qu’il reprenne tous les codes du genre. On y retrouve tous les ingrédients traditionnels : la trahison, la maladie, la passion sans espoir, la déchéance, la guerre et la mort. Comme il se doit, l’intrigue met face à face deux figures masculine antithétiques : d’un côté, l’homme de bien, respecté, engagé dans une œuvre caritative et à qui tout semble réussir ; de l’autre, un noceur qui dilapide son argent dans les cabarets. Cette dualité, assez classique, sert pourtant de tremplin à un élément autrement plus audacieux.

Car l’étrangeté du film — et ce qui en fait toute la singularité — tient à l’attitude de l’épouse de l’homme de bien. C’est elle qui pousse son mari à courtiser sa propre sœur abandonnée par son fiancé pour lui redonner goût à la vie. Elle lui demande littéralement de jouer les soupirants. Le mari, d’abord réticent, finit par obéir. Et l’inévitable se produit : les deux parents tombent réellement amoureux. L’épouse assiste même à leur premier baiser dans le bureau — l’un des baisers les plus sensuels du cinéma égyptien, d’une ardeur inattendue de la part de l’acteur Hussein Riad.

La réussite du film repose d’ailleurs en grande partie sur lui. C’est sans doute l’un de ses plus grands rôles : d’abord homme respectable, vénéré de tous, puis amant fervent, prêt à renoncer sans hésiter à tout ce qui a fait sa vie pour rester fidèle à son cœur. Sa métamorphose est d’autant plus saisissante que son physique de cadi provincial semble à mille lieues du héros romantique que campait si souvent Hamid Hamdy. Ce décalage crée une émotion rare, amplifiée par la présence de la partenaire d’Hussein Riad, la sublime Rawheya Khaled, fragile et frémissante comme un oiseau blessé.

« Sur la scène de la vie » est un titre parfaitement choisi : celui d’un homme qui, brusquement, cesse de jouer la comédie sociale dans laquelle il excellait pour assumer sa vérité profonde — l’amour absolu qu’il porte à sa belle-sœur.

Court, intense, d’une audace morale qui surprend encore aujourd’hui, ce film demeure un objet singulier, presque scandaleux, et profondément émouvant.

appréciation : 4/5
****

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

mardi 1 février 2022

Victoire de la jeunesse (intisar al-shabab, 1941)

انتصار الشباب
إخراج : أحمد بدرخان


Ahmed Badrakhan a réalisé Victoire de la Jeunesse en 1941.
Distribution : Asmahan (Nadia), Farid al-Atrache (Wahid), Abdel Fattah El Kosary (Maïtre Al Attar), Fouad Shafik (Gouz, l’un des membres du trio), Hassan Fayek (Louz, l’un des membres du trio), Hassan Kamel (Boundouk, l’un des membres du trio), Mary Mouneib (Oum Ismaïl), Bishara Wakim (le directeur du cabaret, Les Etoiles de la Nuit), Anwar Wagdi (Mahi, le fils du Pacha), Stephan Rosti (Taha Taha, le professeur de musique), Abdel Salam Al Nabulsi (Fawzy, l’ami de Mahi), Rawheya Khaled (Ehsan, la sœur de Taha), Olwya Gamil (la mère de Mahi), Aziz Sadek (le chef d’orchestre), Lotfi El Hakim (le régisseur du théâtre), Mahmoud Ismaïl (Mahmoud, l’employé du cabaret), Samia Gamal (une danseuse)
Scénario : Ahmed Badrakhan, à partir d’une histoire d’Omar Gamae
Dialogues : Badie’ Khairy
Musique : Farid Al Atrache
Production : Les Films du Nil

Abdel Fatah El Kosary

















Hassan Fayek


















Hassan Kamel

















Asmahan

















Bishara Wakim

















Anwar Wagdi

















Anwar Wagdi et Abdel Salam Al Nabulsi

















Farid Al Atrache
















Asmahan

















Stephan Rosti

















Mary Moneib

















Fouad Shafik
















Olwya Gamil

















Asmahan et Anwar Wagdi

















Farid Al Atrache

















Asmahan

















Rawheya Khaled

















Résumé

Wahid et sa sœur Nadia ont quitté la Syrie pour se rendre en Egypte. Ils sont tous les deux chanteurs et ils n’ont pas réussi à percer dans leur pays. Ils espèrent qu’en résidant au Caire, ils auront plus de d’opportunités pour faire reconnaître leur talent. Dans le train, ils font la connaissance de Maître Al Attar qui, une fois arrivés au Caire, les conduit à la pension tenue par Oum Ismaïl. Wahid et Nadia s’y installent. Ils ont pour voisins de chambre, un trio d’artistes sans le sou, Gouz, Louz et Boundouk. Les trois hommes ont entendu chanter Wahid et Nadia et ils incitent ceux-ci à présenter leur candidature avec eux au cabaret Les Etoiles de la Nuit. Bachar, le directeur, hésite puis engage les cinq artistes. Nadia sur scène fait sensation. Dans la salle, se trouve Mahi, un fils de Pacha avec Fawzi, son meilleur ami et quelques connaissances. La beauté de la chanteuse bouleverse le riche héritier et il transmet à la jeune femme une invitation à venir à sa table prendre un verre. Nadia refuse. Mahi se plaint aussitôt au directeur. Ce dernier tente de fléchir Nadia mais elle reste intraitable. Bachar décide de renvoyer le frère et la sœur. Quand Mahi l’apprend, il supplie le directeur de reprendre dans son établissement les deux chanteurs. C’est ainsi que Nadia peut à nouveau chanter sur scène sans avoir à rejoindre dans la salle les clients du cabaret après sa prestation. Un peu plus tard, Mahi invite Nadia à se produire dans son hôtel particulier lors d’une soirée entre amis. Il en profite pour lui exprimer son amour et la demander en mariage. Devenue l’épouse d’un fils de grande famille, Nadia renonce à sa carrière artistique. Bachar n’apprécie guère ce retrait et en représailles, il met à la porte Wahid et le trio comique. Pour eux, la situation devient difficile : ils ne peuvent plus payer leur loyer. Heureusement, Wahid découvre dans le journal une petite annonce informant qu’on recherche des chanteurs pour le cinéma et que des auditions ont lieu chez le professeur de musique Taha Taha. Wahid se rend aussitôt à l’adresse indiquée. Il chante devant le professeur et plusieurs personnalités du monde de la musique. Taha Taha est impressionné par le talent du jeune chanteur mais il se garde bien de lui en faire part. Au contraire, mu par la jalousie, il donne un avis très sévère sur ce qu’il vient d’entendre. Pour autant, Wahid est satisfait de son audition. Il a fait la connaissance d’Ehsan, la jeune sœur du professeur de musique et il en est instantanément tombé amoureux. Mais ce n’est pas tout : l’un de ses auditeurs, le directeur d’une maison de disques a tenu à lui exprimer toute son admiration et veut l’aider à se lancer dans le monde de la musique. C’est ainsi que Wahid se produit à la radio et devient célèbre. Il a pu louer un grand appartement pour lui tout seul mais il n’a pas rompu avec les trois artistes qui sont devenus de véritables amis. De leur côté, la situation s’est aussi améliorée : l’un d’entre eux a épousé Oum Ismaïl et à la pension ils sont désormais chez eux. En revanche, pour Nadia, son bonheur aura été de courte durée : sa belle-mère a appris que son frère était chanteur et qu’elle-même s’était produite sur des scènes de cabarets. La vieille femme ne peut accepter que des saltimbanques fasse partie de sa famille et elle ne cache pas son indignation à sa belle-fille. Elle exige que son fils divorce sur le champ. Malgré l’amour que lui porte son mari, Nadia décide de le quitter et de retourner au Caire. Découvrant la fuite de sa femme, Mahi prend sa voiture et se lance à sa poursuite. Malheureusement, arrivant en trombe sur un passage à niveau, il heurte un train et se retrouve à l’hôpital. Nadia lui rend visite et lui demande de retourner auprès de sa mère. La jeune femme s’installe dans l’appartement de son frère et peu après elle se retrouve nez à nez avec Ehsan, la sœur du professeur de musique. Elle lui fait croire qu’elle est l’épouse de Wahid. Bouleversée par cette nouvelle, Ehsan accepte d’accompagner son frère pour un grand voyage hors d’Egypte. Dans le même temps, Wahid a terminé la composition de son opérette mais il désespère de pouvoir la monter. Pour l’aider, les trois artistes comiques font croire à Bachar, le directeur des Etoiles de la Nuit, que Nadia va divorcer et qu’elle accepterait de l’épouser. Les trois compères conseillent à Bachar de produire le spectacle de Wahid s’il souhaite obtenir au plus vite la main de Nadia. Le directeur de cabaret accepte. La dernière partie du film est entièrement consacrée à la représentation de l’opérette de Wahid. Dans le public se trouvent Ehsan ainsi que Mahi et sa mère. Happy end : Taha Taha accepte que Wahid épouse sa sœur et la mère de Mahi ne s’oppose plus au bonheur de son fils et de Nadia.


Critique

Victoire de la Jeunesse constitue la première apparition d’Asmahan au cinéma. Elle joue avec son frère, Farid Al Atrache qui a aussi composé la musique du film. En 1941, cela fait à peine deux ans que la jeune chanteuse est de retour en Egypte. En 1939, elle a quitté mari et enfant restés en Syrie pour reprendre ses activités artistiques au Caire.

Victoire de la Jeunesse a été réalisée par Ahmed Badrakhan, un pionnier du cinéma égyptien qui a une expérience solide en matière de comédie musicale. Il avait déjà réalisé deux films avec Oum Kalthoum. On raconte d’ailleurs que la diva est entrée dans une colère noire en apprenant que son réalisateur allait tourner avec cette rivale, jeune, belle et terriblement talentueuse.

Dans les années quarante, la comédie musicale est le genre roi en Egypte. Le public populaire va au cinéma pour admirer les danseuses, les chanteuses et les chanteurs qui ont commencé à se faire un nom dans les cabarets de la capitale. La plupart du temps, l’intrigue est secondaire, ce qui importe ce sont les séquences chantées et dansées. Ainsi, dans Victoire de la Jeunesse, l’histoire n'est pas d'une folle originalité. : un frère et une soeur, tous les deux chanteurs, ont quitté leur pays pour s'installer au Caire en espérant y connaître le succès et la gloire. L’intrigue repose sur un cliché que le cinéma usera jusqu’à la corde : les parents fortunés qui s’opposent à ce que leur enfant se marie à un ou une «saltimbanque». Dans Victoire de la Jeunesse, le thème est doublement exploité, le frère et la sœur étant tous deux confrontés à l’hostilité de la famille de leurs bien aimés. Une hostilité qui finira par se dissiper devant le talent éclatant des deux jeunes chanteurs.

Il y a une dimension clairement autobiographique dans ce film, notamment concernant Asmahan. Nadia, le personnage qu’elle joue, a dû abandonner la chanson pour épouser l’homme qu’elle aime. Il lui a fallu aussi quitter son frère, les amis et la vie trépidante du Caire pour se cloîtrer dans la maison de la famille du mari, maison dirigée d’une main de fer par une belle-mère acariâtre. Cela fait écho au mariage d’Asmahan avec son cousin Hassan Al Atrache en 1932. Elle aussi a dû quitter Le Caire et renoncer à ses activités artistiques pour s’enfermer dans le palais de son mari, loin de tout.
A noter que l’art et la réalité continueront à s’ « alimenter » l’un l’autre puisque à l’issu de ce tournage Asmahan épousera le réalisateur Ahmed Badrakhan et que leur brève union (à peine deux mois !) déplaira à leurs familles respectives.

Le film comporte huit chansons, toutes composées par Rachid Al Atrache et les paroles de six d’entre elles ont été écrites par le poète Ahmed Rami. On retiendra surtout la grande réussite sur le plan musical de la dernière partie du film, celle consacrée à l’opérette. Solos, duos, chœurs se succèdent dans un équilibre parfait. Les mélodies mêlant les styles occidental et oriental permettent aux deux chanteurs de donner la pleine mesure de leur talent et la virtuosité vocale d’Asmahan laisse pantois.

Si le frère et la sœur sont des chanteurs exceptionnels, en revanche comme acteurs, ils se révèlent plus limités. L’un comme l’autre semble peu à l’aise et leur jeu manque de naturel. Le visage d’Asmahan est certes d’une grande beauté mais il n’est guère expressif. Pour signifier qu’elle est triste , elle tamponne sans conviction ses yeux avec un mouchoir : service minimum ! Heureusement, ils sont entourés d’acteurs plus aguerris et Beshara Wakim, le Saturnin Fabre égyptien, est incroyable en directeur de théâtre fantasque.
Mais le caractère hiératique du jeu de Farid et d’Asmahan est sans doute dû aussi à la mise en scène. Au début des années quarante, en Egypte, le modèle n’est pas encore la comédie musicale américaine mais l’opérette , d’où le style très théâtral de l’interprétation. Après la guerre, les choses changeront rapidement et l’emblème de ce changement c’est le couple artistique que Farid Al Atrache formera avec la danseuse Samia Gamal : désormais le mouvement doit primer et le drame laisse la place à la comédie. A l’aube des années cinquante, l’Egypte se convertit à l’Entertainment hollywoodien, grâce notamment au réalisateur Henry Barakat.

Victoire de la Jeunesse connut un succès considérable pendant des mois et propulsa Asmahan et Farid au rang de stars. En revanche l’accueil fut plus tiède en Syrie, notamment auprès du peuple druze (Asmahan et Farid Al Atrache appartiennent à l’une des familles les plus puissantes de la communauté druze). Le comportement d'Asmahan était unanimement condamné. Elle avait divorcé et s’était remariée à un non-druze (ce qui est formellement interdit par la tradition) et maintenant, il y avait un deuxième divorce. La coupe était pleine ! Quand Victoire de la Jeunesse fut projetée à Damas et qu'Asmahan fit son apparition sur l'écran, un spectateur dit-on se leva et tira à plusieurs reprises des coups de pistolet dans sa direction, ou du moins en direction de son image. Ambiance !

Appréciation : 4/5
****

 Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin


jeudi 16 avril 2020

Nadia (1969)

نادية
إخراج: أحمد بدرخان



Ahmed Badrakhan a réalisé Nadia en 1969.
Distribution : Soad Hosny (Mona/Nadia), Ahmed Mazhar (le docteur Medhat), Nour Al Sherif (Sabri), Saif Abdul Rahman (Essam), Abdel Moneim Ibrahim (Gad Allah, l’assistant du docteur Medhat), Josiane Fouad (la mère de Mona et de Nadia), Malak El Gamal (la tante Zakia), Adly Kasseb (l’oncle Suleiman, Edmond Tuema (John), Imad Hamdi (le père de Mona et de Nadia), Rashwan Tawfiq (le diplomate)
Scénario: Ramadan Khalifa 
D’après un roman de Youssef El Sebai (1960)
Musique : Victor Ardashten et Medhat Asem
Production : Helmy Rafla

Soad Hosny 

Nour Al Sherif et Saïf Abdul Rahman

Soad Hosny

Saïf Abdul Rahman

Ahmed Mazhar et Abdel Moneim Ibrahim

Ahmed Mazhar

Imad Hamdi et Adly Kasseb

Josiane Fouad et Soad Hosny

Josiane Fouad

Malak El Gamal

Soad Hosny et Edmond  Tuema

Ahmed Mazhar et Rashwan Tawfiq


Résumé

Nous sommes en 1956, alors que l’Egypte entretient des relations de plus en plus tendues avec les puissances occidentales et son voisin israélien.  L’intrigue commence quelques mois avant la nationalisation du canal de Suez.
Nadia et Mona sont deux sœurs jumelles. Si physiquement, elles sont en tous points identiques, il n’en est pas de même pour le caractère. Nadia est une jeune fille sage et réservée tandis que Mona est exubérante et pleine d’énergie. Mona adore le sport et file le parfait amour avec son fiancé, Essam qui est un jeune et fringant militaire. De son côté, Nadia aime la musique et elle passe des heures à jour Chopin sur le piano de la maison. Elle est aimée de Sabri, un ami d’Essam mais elle soupire en secret pour le docteur Medhat, un célèbre chirurgien de l’hôpital.
Le père des deux filles est préoccupé par la situation politique du pays. Son épouse, la mère de Mona et de Nadia, étant française, il envisage de les envoyer en France le temps que les tensions s’apaisent. Mais c’est alors que le destin va frapper toute la petite famille de manière imprévue. Un soir, alors que Nadia s’apprête à prendre un bain, le chauffe-eau lui explose au visage. Elle est aussitôt conduite à l’hôpital. Quand son père apprend l’accident, il a un malaise et doit s’aliter. A l’hôpital, Nadia reçoit les premiers soins. Si le visage est intact, en revanche le cou est grièvement brûlé. Il restera marqué par de profondes cicatrices. Pour les dissimuler, Nadia devra porter en permanence un foulard. Les jours ont passé. Nadia est rentrée chez elle mais elle ne peut quitter sa chambre. Enfin, on lui enlève ses derniers pansements et elle peut se lever. Elle découvre que son père est au plus mal. Son cœur ne tient qu’à un fil. Il meurt peu après, entouré de tous ses proches. La mère de Mona et de Nadia décide de retourner au plus vite dans son pays d’origine, la France. Le voyage est très long. Elles embarquent d’abord sur un bateau. Pendant la traversée, les trois femmes font la connaissance d’un diplomate égyptien qui n’est pas insensible au charme de Nadia. Elles prennent ensuite le train pour leur destination finale : la petite ville de Gap dans les Hautes Alpes.
Dans leur nouveau lieu de résidence, Mona adopte très vite la vie des jeunes de son âge. Elle retrouve souvent des garçons et des filles au bord du lac situé à proximité de leur domicile. Toute la journée, ils s’amusent, dansent et nagent.  Cela n’empêche pas Mona de continuer à correspondre avec son fiancé. Nadia, elle, a décidé d’écrire une lettre au docteur Medhat. Il lui répond. C’est ainsi qu’ils vont dialoguer par courrier et que le médecin finit par tomber amoureux de sa correspondante. Mais Nadia reste terriblement complexée par ses cicatrices au point qu’un jour elle glisse dans une enveloppe destinée au docteur non sa photo mais celle de sa sœur.
Le jour même de la proclamation par Nasser de la nationalisation du canal de Suez, Mona meurt subitement d’un arrêt cardiaque après s’être longuement baigné dans le lac. Pendant ce temps-là en Egypte, le fiancé de Mona est lui aussi à l’agonie.  Il a été mortellement blessé au combat et les efforts des médecins ont été vains. Il meurt dans les bras de son ami Sabri. Le docteur Medhat a décidé de se rendre en France pour retrouver Nadia. Quand il arrive à la porte de sa maison, c’est la jeune fille elle-même qui le reçoit. Mais elle prend peur et prétend être Mona. Elle lui annonce que Nadia est morte. Le médecin est atterré par cette nouvelle et ils vont se recueillir sur la tombe de la défunte (Visiblement le bon docteur ne s’est pas soucié du nom inscrit sur la pierre tombale !). Peu après la vérité éclate : Medhat comprend que c’est Mona qui a perdu la vie. Nadia est désespérée mais le docteur la rassure : ses cicatrices ne sont pas un problème et il souhaite plus que jamais l’épouser.


Critique

On a pu le constater plus d’une fois : en Egypte, de grands réalisateurs à la filmographie prestigieuse terminent leur carrière par un dernier film raté ou pour le moins médiocre. Ahmed Badrakhan est l’un des plus grands cinéastes égyptiens, un pionnier à qui l’on doit de grands classiques des années trente et quarante, tournés avec les actrices et les acteurs les plus talentueux de son temps. On ne peut donc que déplorer que son ultime contribution au septième art soit ce piètre Nadia.

L’intrigue, tirée d’un roman de Youssef El Sebaï, cumule les pires clichés du mélodrame populaire sans se soucier de cohérence ni de vraisemblance. Dans une atmosphère qui rappelle parfois celle de certains spectacles du Grand-Guignol français de la fin du XIXe siècle, les morts et les drames se succèdent avec la régularité d’un métronome. Ils surviennent sans crier gare, comme pour relancer l’histoire mais sans nécessité véritable. Le père, choqué par l’accident de sa fille, meurt peu après (le cœur !) ; Mona expire en sortant de la baignade (encore le cœur !); le fiancé de Mona succombe à ses blessures (la guerre !). Que de malheurs ! Que de larmes ! Plus étrange : quand le docteur apprend que Nadia a menti sur son identité, la jeune femme veut se suicider en se jetant au fond d’un précipice (Pourquoi une réaction si disproportionnée ? se demande le spectateur, c’est vrai, c’est pas bien de mentir, mais tout de même…). Happy end oblige, cette fois-ci, l’irréparable est évité de justesse !

Pour rien arranger, tout est filmé avec un amateurisme que je qualifierais de radical ! Je ne sais trop quels sont les critères retenus par le chef opérateur pour la réalisation de ses prises de vues mais il est évident que la qualité esthétique n’en fait pas partie. Dès le générique, on est fixés : le réalisateur et son équipe ont décidé de tourner la séquence initiale dans un petit parc de loisirs un peu minable où se retrouvent les principaux protagonistes de l’histoire. Au centre, un carré de pelouse jaunie sur lequel des anonymes jouent au croquet. Il faut un certain temps pour que le spectateur comprenne que le personnage qui joue au premier plan, la chemise ouverte et le pantalon froissé, c’est Ahmed Mazhar ! Ahmed Mazhar qui incarne le grand chirurgien, objet de tous les fantasmes de l’héroïne ! Comme entrée en matière, on ne pouvait guère trouver plus romanesque ! La seconde partie du film se déroule en France, dans les environs de Gap, département des Hautes-Alpes. Cela nous vaut des panoramiques tremblotants sur les lacs et les montagnes de la région, des plans dignes d’un film en super 8 tourné par un touriste maladroit. Et bien que l’action soit censée se dérouler en été, le tournage a dû se faire au sortir de l’hiver : les arbres sont encore nus et le paysage présente des teintes brunes et rousses sans aucun charme, laissant une impression de vide et de tristesse.
Evidemment la musique est tout aussi calamiteuse. L’accompagnement sonore semble assuré par un orchestre de bal où domine un orgue électrique aux sonorités stridentes. Selon les scènes, la musique adopte tantôt un style grec, tantôt un style autrichien. C’est parfait pour créer une ambiance joyeuse et conviviale lors d’une fête à la saucisse en Bavière, en revanche, on ne saisit pas très bien ce que cela vient faire dans un drame !

Mais le plus grave, c’est la direction d’acteurs. Il n’y en pas ! Les comédiens ont été laissés à eux-mêmes et leur prestation est catastrophique. Même Imad Hamdi qui ne fait qu’une brève apparition au début de film trouve le moyen d’être mauvais.
On ne comprend pas non plus ce qui a incité les producteurs à engager Josiane Fouad pour incarner la mère des deux sœurs. On apprend par le site Elcinema que cette dame a participé à deux films en tout et pour tout. Le problème, c’est qu’elle ne sait absolument pas jouer. Dans le cinéma égyptien, elles sont nombreuses, les actrices spécialisées dans les rôles maternels. Alors pourquoi avoir choisi cette « comédienne » qui, de scène en scène, anone son texte en tordant la bouche ? Là où elle est au sommet de son art, c’est quand elle est dans le train les conduisant, elle et ses deux filles, à Gap. Le visage est impassible et les yeux dissimulés derrière d’énormes lunettes noires. Le corps est figé, aussi expressif que celui d’un mannequin en celluloïd. Dort-elle ? A-t-elle l’impression qu’on ne la filme pas ? Non, elle est bien en train de jouer : la caméra se rapproche et on voit une larme couler sur sa joue ! Le plus cocasse, c’est qu’elle est censée incarner une Française alors que de tous les acteurs qui à un moment ou un autre doivent s'exprimer en  français, c’est elle qui se débrouille le moins bien.
Enfin le pire (Oui, il y a pire !), c’est la prestation de Soad Hosny. La star joue les deux sœurs et afin de les distinguer -est-ce elle ou bien le réalisateur qui a eu cette idée incongrue ?- elle adopte deux voix différentes. C’est ainsi que pour incarner Mona, l’actrice prend une voix de crécelle très difficilement supportable. Quand le personnage meurt enfin, on est un peu soulagé : au moins, on ne l’entendra plus ! Cela dit, accordons à Soad Hosny des circonstances atténuantes car, au-delà de l’interprétation, le vrai problème c’est que ces deux sœurs qu’il lui faut incarner sont d’une sottise incommensurable. L’une, Mona, est une adolescente crispante qui crie et saute dans tous les sens, l’autre, Nadia, est une oie blanche d’une niaiserie sans fond. Avec la meilleure volonté du monde que pouvait faire de ces deux nigaudes, la Cendrillon de l’Ecran Arabe? 
En revanche notons que, question jeu, Ahmed Mazhar ne s’en sort pas trop mal : il ne joue pas, il fait acte de présence avec un détachement et une impassibilité qui impressionnent. 

Alors comment expliquer une telle déroute ? Peut-être faut-il l’imputer à l’état de santé du réalisateur. Il meurt quelque temps après le tournage, au mois d’août et le film ne sortira qu’en décembre. Pour la mémoire du grand cinéaste que fut Ahmed Badrakhan, il aurait sans doute été préférable que ce Nadia ne sorte jamais.

Terminons par une note plus rose : c’est lors de ce tournage qu’Ali Badrakhan, le fils du cinéaste engagé comme assistant, et Soad Hosny tombent amoureux l’un de l’autre. Ils se marieront peu après et vivront ensemble onze ans. Comme quoi un mauvais film peut être à l’origine d’une belle histoire !

Appréciation : 1/5
*
Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

mercredi 25 mars 2020

Vie Obscure ( Hayat el zalam, 1940)

حياة الظلام
إخراج: أحمد بدرخان



Ahmed Badrakhan a réalisé Vie Obscure en 1940.
Distribution : Mimi Chakib (Zahira), Mohsen Sarhan (Ahmed), Rawheya Khaled (Rawya, la cousine d’Ahmed), Ferdoos Mohamed (Khadija, la mère d’Ahmed), Thoraya Helmy (Mimi, la chanteuse), Lola Sedky (Fifi, une amie de Mahmoud et de Zahira), Fouad Shafik (Salomon Bey, l’amant de Zahira), Menassa Fahmy (Ali, le père d’Ahmed), Anwar Wagdi (Mahmoud), Abd El Fatah El Kosary (le cafetier, client du cabinet d’avocats), Abdel Meguid Choukry (l’avocat Abel Kader El Sharkawi), Yahya Nagati (le directeur du magazine Al Asr), Edmond Tuema (Adham Bey, le nouveau « protecteur de Zahira), Mustafa Al Jazzar (le juge)
Scénario : Ahmed Badrakhan, Mahmoud Kamal Hassan
Musique : Abdul Hamid Abdul Rahman, Izzat El Gahely, Mohamed El-Kahlawy
Production : Mohamed Jamal Al-Din Refaat

Mimi Chakib et Fouad Shafik

















Rawheya Khaled

















Mimi Chakib et Rawheya Khaled

















Mustafa Al Jazzar

















Anwar Wagdi et Mimi Chakib

















Mohsen Sarhan et Mimi Chakib

















Yahya Nagati


















Ahmed Alwa est diplômé de la faculté de droit mais il n’a aucun goût pour le métier d’avocat. Il a toujours manifesté un penchant pour les arts et plus particulièrement pour la littérature : il écrit des histoires qu’il publie dans le magazine Al Asr. Il vit avec son père, Ali Alwa, un employé des chemins de fer à la retraite, sa mère, Khadija, et sa jeune cousine qui est amoureuse de lui. Le rêve de sa mère, c ‘est qu’ils se marient. Pour contenter son père, Ahmed est contraint de travailler dans le cabinet de son ami l’avocat Abdel Kader El Sharkawi. C’est à lui qu’Ali Alwa a confié le dossier qu’il veut déposer au ministère des finances afin de recevoir une prime exceptionnelle pour services rendus à l’Etat. Avec cet argent, le vieil homme souhaiterait, dans le souci de préserver la santé de sa femme, s’installer dans un appartement à Helwan, petite ville de la banlieue du Caire. 
Ahmed menait une existence simple et discrète parmi les livres jusqu’au jour où le directeur du magazine Al Asr lui donne une invitation à une fête costumée très chic. C’est pour le jeune homme, l’occasion de découvrir la haute société. A cette soirée, il retrouve son ancien condisciple, Mahmoud Al Shimy, un jeune oisif qui n’a jamais eu besoin de travailler et qui consacre son existence aux plaisirs. Il lui présente Zahira, une jolie jeune femme très séduisante. Elle est accompagnée de son amant, Salomon Bey qu’elle fait passer pour son oncle. Ahmed ne sait pas que Zahira est une femme aux mœurs dissolues qui vit grâce à l’argent des hommes qu’elle a pris dans ses filets. Apprenant qu’Ahmed écrit pour le magazine Al Asr, elle l’invite à se rendre chez elle : elle lui racontera son histoire et peut-être trouvera-t-il matière à en faire un roman. Ahmed se rend à plusieurs reprises chez sa nouvelle amie et ils deviennent amants. Zahira l’initie au luxe et à l’élégance. Elle lui apprend à aimer les bonnes choses, à bien se conduire dans les lieux à la mode, à se comporter comme un véritable homme du monde. Ahmed est émerveillé par tout ce qu’il découvre. Il n’a plus que mépris pour l’humble existence de ses parents. Il a même écrit un roman qu’il a intitulé Zahira.
Se consacrant totalement à sa nouvelle existence, il néglige son travail dans le cabinet d’avocats. Beaucoup de ses clients se plaignent de son manque de professionnalisme. Plus grave encore : Il a récupéré la pension qui a été attribué à son père mais il l’a jouée aux courses alors qu’il séjournait à Alexandrie avec Zahira et son ami Mahmoud. Quand son père l’apprend, il le chasse de la maison. Peu après, il perd aussi son travail et le directeur de la revue Al Asr refuse de publier ses dernières nouvelles. Il finit tout de même par vendre son roman à un théâtre mais c’est Zahira qui utilise les 50 guinées reçues pour rembourser ses dettes. Rien ne va plus : il a trouvé une chambre dans un petit hôtel mais Zahira s’est éloignée de lui et cherche un nouvel amant qui pourra l’entretenir. Avec l’aide de Mahmoud, elle ne tarde pas à trouver un nouveau pigeon.
Pendant ce temps-là, la santé de la mère d’Ahmed empire de jour en jour. Le jeune homme est prévenu par Rawya que Khadija souhaite le revoir avant de mourir. Apprenant que celle-ci se rend tous les après-midis chez le médecin, il en profite pour s’introduire chez ses parents à ce moment-là. Il pénètre dans leur chambre et s’empare des bijoux de sa mère mais cette dernière le surprend en pleine action. Il s’enfuit avec son butin et se rend directement chez Zahira. Il tombe sur Salomon Bey qui lui révèle qu’il est depuis toujours l’amant de celle dont Ahmed pensait naïvement être le seul à profiter des faveurs. Il décide de rompre et il retourne chez ses parents pour restituer les bijoux. Mais c’est trop tard, sa mère est morte. Son père ne veut plus le voir et exige qu’il sorte immédiatement. Comble de malheur, ne pouvant plus payer sa chambre, Ahmed doit quitter la pension où il résidait. Il erre dans les rues du Caire et pense à se suicider. Il passe devant le théâtre où se donne la première du spectacle adapté de son roman Zahira. La pièce vient de se terminer et  il assiste à la sortie des spectateurs. Parmi eux, il aperçoit Mahmoud et son ancienne maîtresse. Passant près de lui sans le voir, ils montent dans une superbe voiture, l’air heureux. Ahmed devient fou de désespoir tandis qu’une pluie torrentielle se met à tomber sur la ville. Son comportement de dément attire des policiers qui l’arrêtent. Au même moment, Mahmoud au volant de son véhicule fait une mauvaise manœuvre pour échapper à une collision. La voiture va s’écraser contre un arbre. Zahira et lui meurent sur le coup. Ahmed a été interné en hôpital psychiatrique. Mais grâce à l’amour et à la persévérance de Rawya, il recouvrera un équilibre, prêt à refaire sa vie avec celle qui l’a toujours aimé.


samedi 31 mars 2018

Les réalisateurs : Ahmed Badrakhan (1909-1969)

أحمد بدرخان


Pionnier du cinéma égyptien, né au Caire dans le quartier d’Al Khalifa. Très jeune, il a fréquenté assidûment les cinémas de la capitale. Pour complaire à son père, il commence des études de droit mais il n’a pas renoncé à devenir cinéaste. Au début des années trente, Talaat Harb (le créateur des studios Misr) l’envoie en France pour se former à l’art cinématographique tandis que son ami Niazi Mustafa suit la même formation en Allemagne. Pendant son séjour parisien, il écrit un scénario que Fritz Kramp réalisera en 1936, Wedad avec Oum Kalthoum. Il rédige aussi le premier ouvrage sur le cinéma en langue arabe sobrement intitulé Le Cinéma. A son retour, il est embauché aux tous nouveaux studios Misr comme réalisateur. C’est lui qui fera tourner pour la première fois Farid Al Atrache et sa sœur Asmahan dans Victoire de la Jeunesse en 1941. Il se mariera avec Asmahan, un mariage qui durera exactement 55 jours. Il a réalisé une quarantaine de films. Son fils Ali Badrakhan est aussi metteur en scène.

Dix-neuf films d'Ahmed Badrakhan ont fait l'objet d'une présentation dans ce blog :

Le Chant de l’Espoir (Nasheed Al-Amal, 1937)
avec Oum Kalthoum (Amal), Salwa (Salwa, la fille d’Amal), Hassan Fayek (l’assistant du réalisateur), Stephan Rosti (l’acteur Mourad), Fouad Shafik (le réalisateur, Mary Moneib (la mère d’Amal), Zaki Toleimat (Docteur Assem), Abbas Fares (Ismaïl, l’ex-mari d’Amal), Abdel Aziz Khalil (le chef de gang), Abdel Meguid Choukry (le professeur de musique), Mahmoud Reda (Docteur Mahboub)
D’après un roman d’Edmond Tuema
Scénario et dialogues : Ahmed Badrakhan et Ahmed Rami
Musique : Aziz Sadek, Mohamed El Qasabji et Riad El Sonbati
Production : les Studios Misr
figure dans la liste des 100 films les plus importants de l'histoire du cinéma égyptien


C’est le premier film réalisé par Ahmed Badrakhan et c’est le second interprété par la chanteuse Oum Kalthoum.
Amal a été abandonnée par son mari. Elle vit pauvrement avec sa mère et sa fille, Salwa. Cette dernière tombe malade et Amal consulte le docteur Assem . Tout en soignant la fille, le médecin découvre le talent de chanteuse de la mère. Il décide de l’aider à se lancer dans la carrière artistique. Les premières prestations publiques de la jeune femme provoquent l’enthousiasme des spectateurs. Très vite, un réalisateur des studios Misr lui propose de tourner un premier film. Comble de bonheur : le docteur Assem est tombé amoureux d’Amal et il manifeste une grande affection pour sa fille. C’est à ce moment-là que son ex-mari reparaît…

Notre avis : A l’époque, Ahmed Badrakhan est un tout jeune réalisateur mais il a su fort bien s’entourer. Le scénario et les paroles des chansons sont signés du grand poète Ahmed Rami. Cinq de ces chansons ont été composées par Mohamed Al Qasabji, le joueur de oud virtuose d'Oum Kalthoum et quatre par Riad Al Sunbati, l’un des compositeurs les plus importants du XXe siècle : neuf chefs d’œuvre qui contribuèrent à édifier la légende d’Oum Kalthoum. La mise en scène peut sembler statique mais face à la voix et au visage de la diva n’est-ce pas la meilleure manière de souligner toute la pureté et toute la beauté de l’une comme de l’autre ? En contrepoint, Ahmed Badrakhan se livre à une satire très amusante des réalisateurs qui travaillaient aux studios Misr (Dans plusieurs scènes, on en voit les bâtiments flambant neufs ; lors du tournage, ils ont à peine deux ans.). Fouad Shafik est impayable en cinéaste extravagant et vaniteux.


Dananir  (1939)
avec Oum Kalthoum (Dananir), Soliman Naguib (Jafar), Abbas Fares (le calife Haroun Al Rachid), Abdel Aziz Ahmed (Ibrahim Al Musli, le maître de chant)), Omar Wasfy (le tuteur de Dananir), Fouad Shafik (Abou Nawas), Menassa Fahmy (Ismaïl Ibn Yahya), Yehia Chahine (Zyad), Ferdoos Hassan (la reine Zubaïda), Mohamed Ibrahim (le médecin), Yahya Nagati (le gardien), Amal Zayed, Taheya Carioca (une danseuse), Edmond Tuema (le messager de Charlemagne), Imam Mohamed (l’astrologue)
Histoire et dialogues : Ahmed Rami
Musique : Mohamed Al Qasabgi, Zakaria Ahmed, Riad El Sonbati


A l’époque d’Haroun Al Rachid, vivait une jeune bédouine appelée Dananir. Elle menait une existence austère sous la tente, au milieu du désert. Son seul plaisir dans la vie était de chanter et elle avait une voix sublime qui ravissait tous ceux qui avaient la chance de l’entendre. Il se trouve qu’un jour le vizir Jafar al Mansour passa avec ses hommes près de l’endroit où se dressait la tente de la jeune femme. L’éminent personnage l’entendit chanter et il fut immédiatement conquis. Il proposa à Dananir de venir avec lui dans son palais de Bagdad pour y parfaire son éducation musicale avec le plus grand maître de chant du monde. La chanteuse et son tuteur acceptèrent la proposition. Dananir dit adieu à son parent et partit aussitôt avec Jafar. Au palais, tout le monde fut séduit par la voix unique de la jeune femme. Comble de bonheur, entre elle et son protecteur, l’amour grandissait de jour en jour. Mais Haroun Al Rachid voulut lui aussi entendre la jeune prodige et quand cela fut fait, ébloui par son exceptionnel talent, il exigea que Dananir entrât à son service…

Notre avis : sur les six films dans lesquels apparaît Oum Kalthoum, cinq ont été écrits ou réalisés par Ahmed Badrakhan. Dans le premier, Wedad, Ahmed Badrakhan n’est que le scénariste et c’est le mystérieux et très talentueux Fritz Kramp qui réalise, mais les quatre suivants sont réalisés par Ahmed Badrakhan lui-même. Il y a d’abord en 1937 « Le Chant de l’Espoir » et en 1939 ce « Dananir » qui nous semble moins original que le précédent car on y sent l’influence de Fritz Kramp.

Il n’en demeure pas moins que l’on se laisse aisément envoûter par l’atmosphère poétique de ce mélodrame qui a pour cadre l’Arabie du règne du cinquième calife abbasside, Haroun Al Rachid. L’ouverture du film est d’une beauté saisissante : en quelques plans, le réalisateur ressuscite l’univers des poètes pré-islamiques avec le désert immémorial où les grands seigneurs chassent la « gazelle effarouchée, légère dans sa course, souple comme une branche au vent.» (Imru’ al‑Qays) et où les bédouins se livrent à leurs occupations quotidiennes sous leurs tentes qui «se dressent comme des ombres patientes. » (Zuhayr ibn Abî Sulmâ)

Si les images de la chasse sont accompagnées par une musique martiale, celles de la vie paisible des bédouins se déploient sous la voix sublime d’Oum Kalthoum : « La douce brise était agréable en fin d'après-midi/L'eau étanche la soif comme des perles courant entre les palmiers. » (Douce Brise, paroles d’Ahmed Rami et musique de Mohamed Al Qasabgi). Ce contraste annonce le drame que devra affronter l’héroïne incarnée avec noblesse et sensibilité par la grande chanteuse.

Cette dernière interprète dans ce film huit chansons parmi les plus belles de son répertoire, dont la célèbre « O Nuit de l’Aïd ».

  
Vie Obscure ( Hayat el zalam, 1940)
avec Mimi Chakib (Zahira), Mohsen Sarhan (Ahmed), Rawheya Khaled (Rawya, la cousine d’Ahmed), Ferdoos Mohamed (Khadija, la mère d’Ahmed), Thoraya Helmy (Mimi, la chanteuse), Lola Sedky (Fifi, une amie de Mahmoud et de Zahira), Fouad Shafik (Salomon Bey, l’amant de Zahira), Menassa Fahmy (Ali, le père d’Ahmed), Anwar Wagdi (Mahmoud), Abd El Fatah El Kosary (le cafetier, client du cabinet d’avocats), Abdel Meguid Choukry (l’avocat Abel Kader El Sharkawi), Yahya Nagati (le directeur du magazine Al Asr), Edmond Tuema (Adham Bey, le nouveau « protecteur de Zahira), Mustafa Al Jazzar (le juge)
Scénario : Ahmed Badrakhan, Mahmoud Kamal Hassan
Musique : Abdul Hamid Abdul Rahman, Izzat El Gahely, Mohamed El-Kahlawy
Production : Mohamed Jamal Al-Din Refaat


Ahmed Alwa est diplômé de la faculté de droit mais il n’a aucun goût pour le métier d’avocat. Il a toujours manifesté un penchant pour les arts et plus particulièrement pour la littérature : il écrit des histoires qu’il publie dans le magazine Al Asr. Il vit avec son père, Ali Alwa, un employé des chemins de fer à la retraite, sa mère, Khadija, et sa jeune cousine qui est amoureuse de lui. Le rêve de sa mère, c ‘est qu’ils se marient. Pour contenter son père, Ahmed est contraint de travailler dans le cabinet de son ami l’avocat Abdel Kader El Sharkawi. C’est à lui qu’Ali Alwa a confié le dossier qu’il veut déposer au ministère des finances afin de recevoir une prime exceptionnelle pour services rendus à l’Etat. Avec cet argent, le vieil homme souhaiterait, dans le souci de préserver la santé de sa femme, s’installer dans un appartement à Helwan, petite ville de la banlieue du Caire. 
Ahmed menait une existence simple et discrète parmi les livres jusqu’au jour où le directeur du magazine Al Asr lui donne une invitation à une fête costumée très chic. C’est pour le jeune homme, l’occasion de découvrir la haute société. A cette soirée, il retrouve son ancien condisciple, Mahmoud Al Shimy, un jeune oisif qui n’a jamais eu besoin de travailler et qui consacre son existence aux plaisirs. Il lui présente Zahira, une jolie jeune femme très séduisante. Elle est accompagnée de son amant, Salomon Bey qu’elle fait passer pour son oncle. Ahmed ne sait pas que Zahira est une femme aux mœurs dissolues qui vit grâce à l’argent des hommes qu’elle a pris dans ses filets...


Victoire de la jeunesse (intisar al-shabab, 1941)
avec Asmahan (Nadia), Farid al-Atrache (Wahid), Abdel Fattah Al Qasry (Maïtre Al Attar), Fouad Shafik (Gouz, l’un des membres du trio), Hassan Fayek (Louz, l’un des membres du trio), Hassan Kamel (Boundouk, l’un des membres du trio), Mary Mouneib (Oum Ismaïl), Bishara Wakim (le directeur du cabaret, Les Etoiles de la Nuit), Anwar Wagdi (Mahi, le fils du Pacha), Stephan Rosti (Taha Taha, le professeur de musique), Abdel Salam Al Nabulsi (Fawzy, l’ami de Mahi), Rawheya Khaled (Ehsan, la sœur de Taha), Olwya Gamil (la mère de Mahi), Aziz Sadek (le chef d’orchestre), Lotfi El Hakim (le régisseur du théâtre), Mahmoud Ismaïl (Mahmoud, l’employé du cabaret), Samia Gamal (une danseuse)
Scénario : Ahmed Badrakhan, à partir d’une histoire d’Omar Gamae
Dialogues : Badie’ Khairy
Musique : Farid Al Atrache
Production : Les Films du Nil
appréciation : 4/5
 

Comédie musicale. Wahid et sa sœur Nadia ont quitté la Syrie pour se rendre en Egypte. Ils sont tous les deux chanteurs et ils n’ont pas réussi à percer dans leur pays. Ils espèrent qu’en résidant au Caire, ils auront plus de d’opportunités pour faire reconnaître leur talent. Dans le train, ils font la connaissance de Maître Al Attar qui, une fois arrivés au Caire, les conduit à la pension tenue par Oum Ismaïl. Wahid et Nadia s’y installent. Ils ont pour voisins de chambre, un trio d’artistes sans le sou, Gouz, Louz et Boundouk. Les trois hommes ont entendu chanter Wahid et Nadia et ils incitent le frère et la sœur à présenter leur candidature avec eux au cabaret Les Etoiles de la Nuit. Le directeur hésite puis engage les cinq artistes. Nadia sur scène fait sensation. Dans la salle, se trouve Mahi, un fils de Pacha entouré d’amis. La beauté de la chanteuse le bouleverse et il transmet à la jeune femme une invitation à venir à sa table prendre un verre. Nadia refuse. Mahi se plaint aussitôt au directeur…
Premier film d’Asmahan (sœur de Farid Al Atrache)



Sur la Scène de la Vie (Ala Masrah Al Hayat, 1942)
avec Hussein Riad (Rushdy Kamal), Rawheya Khaled (Wafia, la belle-sœur de Rushdy), Zeinab Sedky (Ramzia, la femme de Rushdy), Ferdoos Mohamed (la belle-mère de Rushdy), Anwar Wagdi (Amin), Mohamed Attiah (le docteur Raouf), Thuraya Fakhry (la mère d’Amin), Soad Zaki (la danseuse Riri), Mahmoud Ismaïl ( un ami d’Amin), Mohamed Ibrahim (Mourad Bey), Mary Kafoury (une enseignante), Sophie Dimitri (une enseignante), Amina Sherif (Saadia), Soad Ahmed (la directrice)
Scénario : Hassan Helmy, Abbas Younes, Sayed Kassab, Ahmed Badrakhan
Musique : Farid Ghosn, Abdel Halim Ali, Ibrahim Fawzy, Bayram El Tunsi, Abdel Aziz Salam, Saleh Gawdat, Mohamed El Kahlawy, Abdul Hamid Tawfiq Zaki


Drame. Rushdy Kamal est un homme engagé qui souhaite œuvrer pour le bien de la société. Il posséde un journal et dirige un orphelinat. Il vit dans une immense demeure avec sa femme, Ramzia, sa jeune belle-sœur, Wafia, et sa belle-mère. Toute la famille est dans une grande agitation car c’est le jour du mariage de Wafia. Elle doit épouser Amin.
Ce garçon est en fait un bon à rien qui a dilapidé la fortune de son père dans les plaisirs auxquels il s’adonne sans compter avec toute une bande d’amis. Il a une maîtresse qui le convainc de ne pas épouser Wafia. Alors qu’on n’attend plus que lui pour débuter la cérémonie, il téléphone à sa mère pour dire qu’il ne peut pas se marier car il prétend que sa fiancée est atteinte de la tuberculose. Le mariage est annulé.
Pensant être réellement malade, Wafia tente de mettre fin à ses jours mais grâce à l'intervention rapide de ses proches, les médecins parviennent à la sauver. Pour la rassurer, on lui fait passer une radio des poumons qui prouve qu'elle est en parfaite santé. Wafia retrouve se vie d'autrefois entre sa soeur, son beau-frère et sa mère mais elle reste accablée par une profonde dépression.
Pour essayer de lui redonner goût à la vie, la femme de Rushdy a une idée : elle souhaiterait que son mari s’occupe de sa sœur comme s’il était son chevalier servant, qu’il sorte avec elle, qu’ils fassent ensemble les activités les plus diverses. Au début très réticent, Rushdy finit par accepter.


Lune de Miel (Shahr alisssal, 1945)
avec Farid Al Atrache (Farid), Madiha Yousri (Hana), Amina Nour Eddine (Gamalat), Hassan Fayek (le producteur de Farid), Mohamed Kamal El Masry (un créancier), Zeinat Sedki (Lola), Thoraya Helmy (la femme de chambre de Lola), Abdel Salam El Nabolsi (le fiancé d’Hana), Hassan Kamel (le père d’Hana), El Sayed Bedeir (un créancier), Sayed Suleiman (le serviteur de Farid), Sophi Dimitri (la mère d’Hana), Mohamed El Bakkar (le chanteur d’opéra, fiancé de Gamalat), Nabawya Mostafa (une danseuse),Abdel Hamid Badawy (l’épicier), Nelly Mazlom (la danseuse du cabaret)
Scénario : Bedie Khairy, Ahmed Badrakhan, Youssef Badrous
Paroles des chansons : Abou Al Seoud Al Ebiary, Mamoun Al Shinnawi
Musique : Aziz Sadek, Farid Al Atrache, Mohamed El Bakkar


Farid est un jeune chanteur qui a beaucoup de succès auprès des femmes. Un soir, il se produit à l’hôtel Le Plaza lors d’un bal masqué. Après avoir chanté, il fait la connaissance d’une jeune femme dont on devine la beauté malgré son visage dissimulé derrière un masque. Il danse avec elle puis la croise à plusieurs reprises. Ils ont convenu de se revoir le lendemain chez Farid. Ce que ne sait pas le jeune Dom Juan, c’est qu’il a donné rendez-vous à deux femmes différentes qui portaient exactement le même costume. La première s’appelle Hana. Elle est fiancée à un homme très riche qu’elle n’aime pas. Ses parents sont confrontés à des difficultés financières et pour eux, ce mariage est la solution à tous leurs problèmes. La seconde s’appelle Gamalat. Elle est fiancée à un chanteur d’opéra enflammé et ombrageux. Le lendemain, les deux femmes se présentent au domicile de Farid à quelques minutes d’intervalle…


La Gloire et les Pleurs (Majd wa demoue, 1946)
avec Nour Al Hoda (Douria), Salwa Al Saghir (Sousou, la petite sœur de Douria), Mohamed Fawzi (Hamdi), Bishara Wakim (Handouq), Zouzou Madi (Samiha, la célèbre chanteuse), Amina Sherif (Ihsan, la fiancée de Yahya), Fouad Shafik (Bey Mestakawi), Hassan Fayek (Farid Pacha Fahmy), Thuraya Fakhry (la mère d’Hamdi), Abdel Aziz Khalil (le directeur du théâtre de Tanta), Abd El Fatah El Kosary (le propriétaire), Edmond Tuema (le directeur d’une compagnie), Mahmoud Reda (Hussein Bey Mahmoud), Mohamed Ragheb (le journaliste), Ezzedin Shaqr (Yahya, le fils d’un riche pacha)
Scénario : Youssef Gohar et Ahmed Badrakhan
Musique et chansons : Kamel El Shinnawi, Ahmed Rami, Bayram El Tunsi, Saleh Gawdat, Mamoun Al Shinnawi, Abd Al Aziz Salam, Riad El Sonbati, Mohamed Al Qasabji, Mohamed Fawzi, Farid Al Atrache
Production : Helmy Rafla et Ahmed Badrakhan


Comédie musicale. Le puissant Bey Mestakawi est tombé amoureux de la jeune chanteuse et danseuse Douria mais elle a toujours repoussé ses avances. Alors qu’elle se retrouve dans une situation très difficile, elle n’a plus ni emploi, ni logement, elle fait la rencontre de Hamdi, un jeune admirateur qui l’invite chez lui. Prêt à tout pour aider la jeune artiste, il l’accompagne au Caire où il la met en relation avec un directeur de compagnie. Ce dernier est aussitôt conquis par la voix de Douria, il l’engage. Hamdi doit retourner à Tanta pour son travail. Son patron, c’est Bey Mestakawi et quand celui-ci apprend que son employé est devenu un intime de celle dont il voudrait faire sa maîtresse, il décide de les séparer : il fait muter Hamdi à Assouan. Les deux jeunes gens ne se reverront pas de sitôt. Douria se jette alors dans le travail et devient une chanteuse célèbre. Parmi ses nouveaux amis, elle compte Yahia, le fils d’un riche Pacha. Elle est séduite par le jeune homme et on parle déjà de fiançailles…

Notre avis : « La Gloire et les Pleurs » compte sans conteste parmi les films les plus marquants de la chanteuse et actrice libanaise Nour Al Hoda. Découverte par Youssef Wahbi lors d’un séjour au Liban, celui-ci la fait venir en Égypte pour lui confier le premier rôle féminin de « Gawhara » réalisé en 1943. Son charme, sa voix et un jeu d’une étonnante modernité la propulsent alors instantanément au rang de star.
Dans « La Gloire et les Pleurs », Nour Al Hoda déploie toute l’amplitude de son talent : elle passe de la légèreté comique à l’émotion tragique avec une aisance déconcertante, et interprète des chansons qui comptent parmi les plus belles de son répertoire — il faut dire qu’elles ont été écrites par les plus grands artistes de l’époque.
Le récit de cette jeune chanteuse, d’abord portée par la célébrité puis précipitée dans la déchéance, prend la forme d’un joli conte cruel. Tournant le dos aux procédés du mélodrame, Ahmed Badrakhan adopte le rythme de la comédie pour dépeindre le destin chaotique de son héroïne. Son film, construit en courtes scènes aux tonalités contrastées, frappe par son efficacité et sa maîtrise. Une œuvre forte, poétique et parfaitement aboutie.


Je ne peux pas le faire (ma akdarshi, 1946)
avec Farid Al Atrache (Farid), Taheya Carioca (Ilham, la danseuse), Fouad Shafik (l’huissier), Abdel Salam El Nabolsi (l’assistant de l’huissier), Hassan Fayek (le père de Farid), Aziza Badr (Oum Abdou, la logeuse de Farid), Nagwa Salem (la fille du millionnaire Abdoul Karim Pacha), Gamalat Zayed (la voisine de Farid), Ahmed El Haddad (l’ivrogne), Fouad Fahim (Abdoul Karim Pacha)
D'après une histoire de Soliman Naguib
Dialogues : Badie' Khairy
Musique : Farid Al Atrache, Youssef Badrous, Mamoun Al Shinnawi, Mahmoud Fahmy Ibrahim
Production : les films Ahmed Darwish

  


Comédie musicale. Farid Zaher n’a qu’une passion : la musique et le chant. Son père exige qu’il y renonce mais il ne peut se résigner à un tel sacrifice. Après une dernière dispute, Farid quitte la demeure familiale pour voler de ses propres ailes. Au Caire, il trouve un modeste appartement dans un immeuble appartenant à Madame Oum Abdou. Farid fait la connaissance de ses voisins et parmi eux, il y a Ilham, une danseuse. Cette dernière a des problèmes d’argent et a contracté des dettes qu’elle ne peut honorer. Les huissiers s’apprêtent à vendre aux enchères tout ce qu’elle possède. Tout naturellement, Farid lui vient en aide et règle les cinquante livres demandées. Pour le remercier, Ilham le fait embaucher comme chanteur dans le cabaret où elle danse. Ils se produisent ensemble sur la scène de l’établissement et leurs numéros rencontrent un grand succès. Ils vont très vite tomber amoureux l’un de l’autre. Malheureusement, Ilham se dispute avec le patron du cabaret et celui-ci les renvoie. Les deux jeunes artistes doivent repartir de zéro…

Notre avis : cela fait pratiquement dix ans qu’Ahmed Badrakhan enchaîne les comédies musicales avec les plus grands noms de la chanson égyptienne : Oum Kalthoum, Asmahan, Nour Al Hoda et bien sûr Farid Al Atrache. Ce dernier est la vedette principale de « Je ne peux pas le faire » et il a pour partenaire féminine Taheya Carioca. Dans la filmographie du réalisateur et du chanteur, c’est une œuvre mineure. Certes, les chansons de Farid Al Atrache ont tout pour nous séduire mais le scénario n’est pas d’une folle originalité : il recycle des situations et des thèmes déjà exploités dans des productions antérieures. Le plus décevant est certainement la prestation de Taheya Carioca. Ses quelques numéros dansés étonnent par leur maladresse voire leur amateurisme. Bref, cette comédie musicale fait bien pâle figure devant celles que va tourner Farid Al Atrache avec Samia Gamal à partir de 1947.


Fatma  (1947)
avec Oum Kalthoum (Fatma), Anwar Wagdi (Fathy, le plus jeune frère du pacha), Suleiman Naguib (le pacha), Hassan Fayek (Fatouh, le frère cadet du pacha), Zouzou Chakib (la petite amie de Fathy), Saneya Shawky (la danseuse), Abdel Fatah El Kosary (Maître Mustafa, le boulanger), Ferdoos Mohamed (la mère de Fatma), Nabil Khairy (le cousin de Fatma), Mohamed Al Dib (Munir), Mohamed Kamel, Hussein Asar (le cuisinier), Edmond Tuema (le réceptionniste de l’hôtel), Mohamed Kamel El Masry (le professeur Fasih)
Scénario : Mustafa Amin, Badie Khairy
Musique et chansons : Abdul Hamid Abdel Rahman, Abdel Halim Noweira, Riad El Sonbati, Zakaria Ahmed, Mohammed Al-Qasabji, Ahmed Rami, Bayram Al-Tunsi
Dernière apparition d’Oum Kalthoum à l’écran.


Drame. Fatma est infirmière chez un pacha dont l’état nécessite un traitement lourd. Fathy, le frère cadet du maître de maison, est tombé amoureux de la jeune femme. Il multiplie les tentatives pour la séduire mais Fatma reste de marbre. Fou de désir, Fathy se résout à la demander en mariage. L’infirmière accepte. Après un voyage de noces qu’ils passent à Alexandrie, ils sont obligés de s’installer dans le modeste logement des parents de Fatma. En effet, le père de Fathy n’a pas accepté ce mariage et il est furieux contre son fils. Très vite, le jeune marié se lasse de cette existence austère dans un quartier populaire. Le luxe et les plaisirs de sa vie d'antan lui manquent. Il finit par abandonner Fatma pour retourner dans sa famille. Quelques mois plus tard, l’épouse délaissée donne naissance à un enfant. Fathy refuse de le reconnaître…

Notre avis : c’est le dernier film d’Oum Kalthoum et elle chante neuf chansons composées par ses auteurs habituels. Cela suffit à faire de « Fatma » une œuvre précieuse pour tous les amoureux de la culture arabe. On doit tout de même reconnaître que ce film n’est pas le plus réussi des six dans lesquels a joué la diva. Le scénario se présente comme un mélodrame très conventionnel et on se demande ce qui a conduit les producteurs à faire jouer à la chanteuse le rôle d’une jeune mère abandonnée alors qu’elle a au moment du tournage plus de quarante-neuf ans. Et c’est d’autant plus déconcertant qu’Oum Kalthoum ne recourt à aucun artifice pour masquer son âge. Le film aurait été beaucoup plus fort s’il avait présenté Fatma comme une femme mûre qui découvre l’amour avec son nouvel amant mais on se doute que la morale de l’époque (qui est peut-être aussi la morale d’Oum Kalthoum) ne l’aurait pas admis.


C'est toi que j'aime (Ahebbak Inta, 1949)
avec Farid Al Atrache (Mounir), Samia Gamal (Nadia), Ismaïl Yassin (Hikmat Al Far), Abdel Salam Al Nabulsi (le chorégraphe), Zeinat Sedki (la propriétaire de la pension), Thoraya Helmy (Zaynab), Lola Sedky (Rasmia), Mahmoud Shoukoko (Darwich Al Nims), Hassan Fayek (Basioni Bey), Abdel Moneim Ismaïl (le marin), Zaki Ibrahim (Ibrahim Bey), Mahmoud Reda (un danseur), Rifaat El Gamal (un danseur), Abdel Aziz Hamdy (l’employé du télégraphe)
Scénario et dialogues : Youssef Gohar et Ahmed Badrakhan
Musique : Farid Al Atrache
Production : les films Farid Al Atrache


Comédie musicale. Monir travaille comme employé aux télécommunications. Il arrive souvent en retard au bureau car il consacre ses soirées et ses nuits à la musique. Malgré tous ses efforts, il n’a jamais réussi à percer. Un jour, Nadia, une danseuse se présente à son guichet. Elle souhaite envoyer un télégramme à Ghazal, son chorégraphe, pour lui apprendre une terrible nouvelle : son petit chien vient de mourir. Bouleversée, elle montre à Monir une photo du « défunt » puis disparaît aussi vite qu’elle était apparue. Le musicien télégraphiste a été vivement impressionné par la beauté de Nadia. Pour la revoir, il a une idée. Comme elle lui a laissé la photo de son chien, il en trouve un identique et se présente avec à son domicile. C’est ainsi que commencent à la fois leur histoire d’amour et leur collaboration artistique. Monir connaît enfin le succès grâce aux musiques qu’ils composent pour Nadia. Mais très vite, le compositeur devient extrêmement jaloux de la complicité qui unit Nadia et son chorégraphe. Il préfère rompre…

Notre avis : 1949 fut une très grande année pour la comédie et la comédie musicale égyptiennes. On pourrait citer un nombre incroyable de films sortis cette année-là et devenus des classiques. « C’est toi que j’aime » en fait bien sûr partie. La conjugaison des plus grands talents de l’époque dans tous les domaines artistiques a produit ce petit miracle. Les scènes de comédie, les danses, les chansons s’enchainent avec un souci constant du rythme et de la variété. Et puis ce qui fait la valeur inestimable à nos yeux de cette comédie musicale, c’est l’autodérision dont font preuve tous ces acteurs renommés qui pour amuser le public n’ont peur de rien et surtout pas du ridicule !

 
Le Dernier Mensonge (Akher Kidba, 1950)
avec Farid Al Atrache (Samir), Samia Gamal (Samira Honolulu, l’épouse de Samir), Camellia (Kiki), Aziz Othman (le Maharajah), Ismail Yassin (Arnab/Madame Cire d’Abeille), Ali El Kassar (le domestique), Stephan Rosti (le médecin), Zaki Ibrahim (le directeur de l’opéra), Saïd Abou Bakr (le traducteur), Abdel Salam Al Nabolsi (le représentant de la société d’assurance), Abdel Halim El Qalawy (le chauffeur de bus fou), Abdul Jabbar Metwally (le voleur), Mohamed Shawky (le vendeur de ballons)
Scénario : Abou Al Seoud Al Ibiary, Ahmed Badrakhan
Musique : Farid Al Atrache 
Production : les films Farid Al Atrache
Dernier film de l’actrice Camellia. Elle disparaît brutalement dans un accident d’avion le 31 août 1950.


Samir est un chanteur marié à Samira une danseuse avec qui il travaille. Son bonheur serait complet si Samira n’était pas d’une jalousie féroce. Elle surveille chacun de ses faits et gestes. Quand elle doit s’absenter, elle ne lui laisse pas un sou de peur qu’il en profite pour rencontrer d’autres femmes. Un jour, il reçoit la visite de son ancienne fiancée, Kiki . Elle veut renouer avec lui mais il refuse. Elle ne se décourage pas pour autant. Avec l’aide d’un Maharajah de ses amis très menaçant, elle oblige Samir à assister à la petite fête qu’elle donne pour son anniversaire. Au cours de la soirée, le chanteur casse le collier de perles que portait Kiki, un collier très cher appartenant au Maharaja. Samir s’engage à le faire réparer et retourne chez lui avec dans sa poche de veston le fameux bijou. Le lendemain matin, Samira, toujours aussi suspicieuse, inspecte méthodiquement toutes les poches de son mari et tombe sur le collier…

Notre avis : une comédie musicale follement réjouissante avec le duo légendaire Farid Al Atrache et Samia Gamal. Les numéros chantés et dansés, bien que très longs, comptent parmi les plus mémorables de l’histoire du cinéma égyptien. Jamais Samia Gamal ne fut aussi belle et aussi sensuelle à l’écran. Autour du couple vedette, on retrouve les figures les plus célèbres de la comédie de l’époque, et par leur talent et leur énergie elles contribuent elles aussi à la réussite de ce « Dernier Mensonge ». Certes, on pourrait déplorer que le scénario surexploite certaines situations ou certains procédés (Je pense aux visites de l’agent d’assurances et du médecin au domicile du héros) mais ce serait vraiment chipoter. Le rythme trépidant du film et l’allégresse qui s’en dégage font bien vite oublier ces petites réserves. Enfin, rappelons que c’est la dernière apparition au cinéma de Camellia et elle est épatante en rivale sans-gêne de Samia Gamal. Celle qui était devenue une star en quelques années aurait pu prétendre à une magnifique carrière dans la comédie. Le destin en a voulu autrement.


Mostafa Kamel  (1952)
avec Magda, Amina Rizk, Mahmoud El Meleigy, Anwar Ahmed, Abdel Aziz Khalil,  Zeinab Sedky, Adly Kasseb, Thuraya Fakhry, Hussein Riad
D’après un ouvrage de Fathy Radwan
Scénario et dialogues de Youssef Gohar


Biographie de Mostafa Kamel (1874-1908), journaliste et homme politique. Ce fervent nationaliste combattit sans relâche l’occupation britannique. Une maladie l’emporta prématurément et il ne vit jamais son rêve se réaliser.
Début du film : en 1919, tandis que dans les rues du Caire, les manifestants s’opposent violemment aux forces britanniques, un vieux professeur d’histoire raconte à ses étudiants la vie de Mostafa Kamel…


Je veux me marier (Aiza atgawiz, 1952)
avec Nour Al Hoda (Farhana), Farid Al Atrache (Farid), Soliman Naguib (Wagdi Cristal), Abdel Salam Al Nabolsi (Wagy Cristal, le neveu de Wagdi), Zinat Sedki (la femme de chambre de Farhana), Serag Mounir (Taher Al-Anfoushi), Kawthar Shafiq (la fille de Taher), Saïd Abou Bakr (cousin de Farhana), Leila al Jazairia (la danseuse Leila), Sayed Suleiman (le domestique des Cristal), Abdel Nabi Mohamed (un soldat), Mohamed Zayed (chauffer de taxi), Abdel Ghani El Nagdi (cousin de Farhana), Thuraya Fakhry (la femme de Taher), Abbas Rahmi (le directeur de la salle de spectacles)
Leila Al Jazairia (photo) est une danseuse algérienne née en 1927. Farid Al Atrache l’avait choisie pour remplacer Samia Gamal dont il venait de se séparer.
Histoire et dialogues : Abou Al Seoud Al Ebiary
Musique : Farid Al Atrache 


Comédie musicale. Farhana quitte sa ville natale pour commencer une carrière de chanteuse au Caire. Elle a changé de nom et désormais elle se fait appeler Nour Al Ayin. Pour rassurer sa famille, il lui faut épouser au plus vite un homme fortuné. Elle rencontre un vieil industriel très riche qu’elle entreprend de séduire. Mais peu après, elle fait la connaissance du neveu de celui-ci, un neveu qui est aussi son seul héritier. Les deux hommes rivalisent d’attentions à son égard mais Nour finit par comprendre que ni l’un ni l’autre ne souhaite l’épouser avec un véritable contrat et en respectant toutes les conventions d’usage. Elle chasse l’oncle et le neveu de chez elle. Pour se venger, elle décide de se marier avec un homme pauvre. Le hasard fait bien les choses car le soir même, elle rencontre dans un jardin public un jeune inconnu qui chante divinement en s’accompagnant de son oud…

Notre avis : « Je veux me marier » compte parmi les grandes réussites du réalisateur Ahmed Badrakhan. C’est la première comédie musicale de Farid Al Atrache après sa rupture avec Samia Gamal. Quelques mois plus tôt, on les avait vus une dernière fois ensemble dans « Ne le Dites à Personne » d’Henry Barakat. Pour réaliser « Je veux me marier », on a reconstitué une partie de l’équipe du film précèdent : Farid Al Atrache a de nouveau pour partenaire féminine la chanteuse libanaise Nour El Hoda, on retrouve dans un second rôle, Abdel Salam Al Nabolsi et le scénario est aussi signé Abou Al Seoud Al Ebiary. Enfin, pour remplacer Samia, Farid Al Atrache a découvert une jeune danseuse algérienne très talentueuse, Layla Al Jazairia. Le résultat est tout aussi enthousiasmant que pour l’opus précédent. La fantaisie et l’entrain ne se relâchent à aucun moment ; les chansons s’insèrent naturellement à l’histoire ; Zinat Sedky et Abdel Salam Al Nabolsi, en seconds rôles comiques, sont, comme toujours, épatants. Et puis, la « petite nouvelle » fait des débuts très prometteurs dans la comédie et parvient à nous faire oublier l’immense Samia Gamal. Hélas, il n’y aura pas de suite : Layla Al Jazairia tournera dans trois films puis quittera l’Egypte définitivement.


La Chanson de mon amour (Lahn Hobbi, 1953)
avec Farid Al Atrache (Ali), Sabah (Banilia, la fille du professeur de musique), Hussein Riad (Ramzy, le vieux professeur de musique), Zouzou Chakib (Aroua, la femme du professeur de musique), Ismail Yassin (Manzoum), Abdel Salam El Nabulsi (le peintre Abou Zayd), Mahmoud El Meleigy (Shawki, le propriétaire du théâtre et l’amant d’Aroua), Zaki Ibrahim (le propriétaire du casino), Abbas Rahmy (l’homme chez qui Ali et Banilia doivent chanter), Layla Al Jazarya (Nora, la danseuse), Abdel Hamid Zaki (le propriétaire de la boutique d’instruments de musique), Liz et Lynn (danseuses)
Scénario : Ahmed Badrakhan
Dialogues : Abou Al Seoud Al Ebiary
Musique : Farid Al Atrache. On peut aussi entendre des extraits de Carmen, l’opéra du compositeur français Georges Bizet.
Production : les films Farid Al Atrache


Ali est un musicien sans le sou. Depuis des mois, il ne parvient plus à payer le loyer de la petite chambre qu’il loue au sous-sol d’une grande maison. Cette demeure appartient à Ramzy, un vieux professeur de musique très malade et à sa femme. Cette dernière ne porte pas Ali dans son cœur et souhaite l’expulser au plus vite. De son côté, le jeune musicien craint par-dessus tout de devoir quitter son logement : il s’entend très bien avec le professeur de musique et il est amoureux de sa fille, Banilia. Mais la mère de famille qui par ailleurs entretient une relation adultère avec un directeur de théâtre ne lui manifestera aucune indulgence. Alors qu’Ali passe la soirée à l’extérieur, sa chambre est louée à un peintre et quand il regagne son logis, passablement éméché, il tombe nez à nez avec le nouveau locataire. Le ton monte très vite mais les deux artistes finissent par s’entendre et conviennent de se partager la chambre. Peu après, Banalia, qui à l’occasion chante dans des fêtes privées, invite Ali à se joindre à elle pour animer une réception chez un particulier. Malheureusement, Ali a « emprunté » un smoking qui ne lui va pas du tout et dès qu’il apparaît, tous les invités s’esclaffent tandis que les musiciens de l’orchestre expriment leur indignation. Le propriétaire des lieux le chasse aussitôt…

Notre avis : pour cette comédie musicale, Ahmed Badrakhan reprend des thèmes qu’il a déjà exploités dans des productions antérieures. On pense surtout à "Victoire de la Jeunesse" qui date de 1941 : même histoire du chanteur pauvre et inconnu qui accède à la gloire, même évocation pittoresque de la bohème et de la solidarité entre artistes sans le sou, même conclusion : représentation triomphale de l’opérette écrite et interprétée par le héros. Rien de bien original donc même si la dernière partie nous offre une adaptation bien savoureuse de "Cendrillon". Les auteurs ont voulu mêler le drame et la comédie mais dans le dénouement, cela les conduit à certaines maladresses : pour laisser la voie libre au happy end obligé, ils se débarrassent de manière un peu expéditive des deux méchants, la mère de l’héroïne et son amant. Et puis comme nous sommes dans les dernières minutes du film, il faut aller vite (le dénouement express, une spécialité du cinéma égyptien !) : quand la fille assiste à la défenestration de sa mère, elle a à peine le temps de verser quelques larmes que son père intervient aussitôt pour déclarer que c’est la vengeance du ciel et qu’elle doit oublier le passé pour se tourner vers l’avenir. Dernière image : convaincue par l’argumentation paternelle, l’héroïne sèche illico ses larmes dans les bras de son amoureux. On a connu oraison funèbre plus miséricordieuse !


Serment d’amour ( ahdil hawa, 1955)
avec Farid Al Atrache (Wahid), Mariam Fakhr Eddine (Nadia), Eman (Lily, la sœur de Wahid), Serag Mounir (Bahjat, l’amant de Nadia), Youssef Wahby (le père de Wahid), Mimi Chakib (la mère maquerelle), Zeinab Sedky (la mère de Nadia), Abbas Rahmi (le médecin), Ehsan El Qalaawy (la femme de chambre), Nadia Gamal (danseuse), Lola Abdo (danseuse), Kawthar Shafik (la fleuriste), Abdel Salam El Nabolsi (Ezzat), Abdel Ghani El Nagdi (le serviteur de Wahid), Zaki Ibrahim (Cheikh Saleh)
Scénario : Ali Al Rozqani
D’après la Dame aux Camélias d’Alexandre Dumas
Musique : Farid Al Atrache (pour le générique, l’Ouverture de La Traviata de Verdi)
Production : les films Farid Al Atrache


Wahid a passé plusieurs années en Italie pour ses études. En plus de ses cours dans une école d’agriculture pour plaire à son père, il a poursuivi sa formation dans ce qui constitue sa vraie passion : la musique. Il est enfin revenu en Egypte et après un court séjour au domaine familial, il s’est rendu au Caire pour prendre un poste dans une compagnie agricole. Chez un vendeur d’instruments de musique, il fait la rencontre de Nadia, une jeune femme dont la beauté l’éblouit. Il l’invite à une soirée où il doit chanter. A son tour, Nadia est sous le charme. Les deux jeunes gens se retrouvent régulièrement pour de courtes excursions. Wahid pense déjà au mariage mais il apprend la terrible vérité sur Nadia : elle est sous la coupe d’une mère maquerelle qui vend les charmes de sa protégée aux plus offrants et l’homme qu’il avait pris pour son père est en fait l’un de ses riches amants…

Notre avis : "La Dame aux Camélias" fut une source d’inspiration pour un grand nombre d’artistes égyptiens*. Togo Mizrahi en 1942 en avait déjà réalisé une adaptation intitulée Layla avec Layla Mourad. Cette version d’Ahmed Badrakhan a bien des qualités : elle est plus fidèle à l’œuvre originale que celle de Mizrahi et Mariam Fakhr Eddine a su merveilleusement exprimer tout le tragique de son personnage (Notamment dans l’une des scènes les plus émouvantes du film où Nadia doit affronter le père de Wahid incarné par le grand Youssef Wahbi.). Mais la mise en scène a quelque chose de guindé comme d’ailleurs le jeu de Farid Al Atrache qui d’un bout à l’autre du drame reste impeccablement sanglé dans son costume cravate. Esthétiquement, Ahmed Badrakhan reprend à l’identique les recettes de ses comédies musicales à succès des années quarante, d'où le caractère un peu suranné de ce "Serment d'Amour".

*Rappelons au passage que la sœur de Farid Al Atrache, la chanteuse Asmahan, avait appelé sa fille Camilia en hommage à Greta Garbo qui jouait le rôle principal dans l’adaptation américaine du drame de l’auteur français.


Dieu est avec nous (Allah ma’ana, 1955)
avec Imad Hamdi (Ahmed), Faten Hamama (Nadia), Hussein Riad (Madkour Pacha), Mahmoud El-Meleigy (Pacha Abdel Aziz, le père de Nadia), Chukry Sarhan (le journaliste Mohsen), Ahmed Allam (Chadid Pacha, le chef de l’opposition), Magda (l’assistante de Mohsen), Olwiya Gamil (la mère d’Ahmed), Seraj Mounir (chef des armées du roi), Amira Amir (la danseuse Sania Sharbat), Sayed Khalil (un soldat), Abdul Moneim Saudi (le médecin), Abdelalim Khattab (un officier) Said Abu Bakr, Stephan Rosti, Wedad Hamdy, Mahmoud Ismail, Samiha Ayoub, Mona Fouad, Adly Kasseb, Zaki Ibrahim, Amina Cherif, Aly Reda
D’après un récit de Ihsan Abdul Quddus
Scénario : Ahmed Badrakhan
Musique : Medhat Assem
Production : les studios Misr

Gamal Abdel Nasser a assisté en personne à la première du film au cinéma Rivoli le 14 novembre 1955.


Nous sommes en 1948. Ahmed est un officier qui part combattre en Palestine. Avant son départ, Il va faire ses adieux à sa fiancée Nadia et à son futur beau-père. Ce dernier est l’un de ses oncles. Il a fait fortune dans le commerce et c’est un homme respecté et même redouté. Il a proposé à Ahmed d’user de son influence pour échapper à la conscription mais le jeune officier a refusé. Ce dernier rejoint son régiment en Palestine. En voulant réparer un canon qui présentait une anomalie, Ahmed est gravement blessé. Dans l’explosion, il a perdu un bras. A son retour en Egypte, avec d’autres officiers, il dénonce les agissements d’hommes d’affaires corrompus qui ont importé à bas coût des armes de mauvaise qualité pour réaliser des profits considérables. Parmi eux se trouve Pacha Abdel Aziz, le père de sa fiancée…


La Petite Poupée (El aroussa el saghira, 1956)
avec Saïd Mekawi (le chanteur aveugle), Saïd Abou Bakr (le compagnon du chanteur aveugle), Yehia Chahine (Kamel), Mahmoud El Meleigy (Mahmoud Fahmy), Wedad Hamdy (Wedad), Salah Sarhan (le peintre), Mariam Fakhr Eddine (Siham), Nadia El Shennawi (Nadia), Serag Mounir (le patron), George Yordanis (le barman), Metawa Oweis (le vendeur de billets de loterie), Abbas Rahmy (le docteur)
Scénario et dialogue : Youssef Gohar
Musique : André Ryder
Production : les studios Misr
appréciation : 3/5


Mélodrame. Kamel est un modeste employé. Il vit avec sa femme Siham et sa petite fille Nadia. Un jour, son directeur l’invite, lui et sa petite famille, à une soirée dans un cabaret. Après le dîner, le chef d’entreprise demande à Kamel de retourner au bureau pour y effectuer un travail urgent. Une fois son subordonné parti, il en profite pour courtiser Siham. En reconduisant la femme et sa fille chez elles, il a un geste déplacé à l’égard de Siham. Elle le repousse. Vexé, il dépose dans la rue ses deux passagères qui doivent continuer leur route sous une pluie battante. Quand elles regagnent enfin leur petit appartement, Siham raconte tout à son mari. Le lendemain matin, Kamel fou de rage veut corriger son patron. Il est maîtrisé par ses collègues et il est aussitôt licencié. Peu après, Nadia tombe malade...



Comment t'oublier ? (Izhay ansak, 1956)
avec Farid Al Atrache (Farid), Sabah (Zanouba), Karima (Zizi), Nadia Gamal (Louza), Soad Ahmed (Madame Louahz), Abdel Salam El Nabolsi (Adnan, le metteur en scène), Serag Mounir (Radwan, le propriétaire du théâtre), Abdel Moneim Basioni (le journaliste), Rushdy Abaza (Rushdy, l’ami de Zizi), Berlanti Abdel Hamid (Soraya, une amie de Zizi), Amal Wahid (Mervat, une amie de Zizi), Reyad El Kasabgy (Matwali, le beau-père de Zanouba et de Louza), Mimi Aziz (Madame Marica), George Yordanis (le maître d’hôtel du Semiramis)
Scénario : Ali El Zorkani
Musique : Farid Al Atrache, Abdel Aziz Salam, Anwar Abdallah, Mahmoud Fahmy Ibrahim, Ismaïl El Habrouk
Production : les films Farid Al Atrache


Comédie musicale. Louza et Zanouba sont deux sœurs. La première est danseuse, la seconde chanteuse. Elles ne supportent plus leur beau-père qui les exploite et leur prend tout leur argent. Elles décident de fuir le domicile familial. Elles se rendent au théâtre Kursaal où elles rencontrent Farid, un chanteur célèbre. Celui-ci les engage et leur donne une avance pour qu’elles puissent subvenir à leurs besoins. Les deux sœurs s’installent à la pension de Madame Marica. C’est le metteur en scène Adnan qui se chargera de les former. Malgré le scepticisme du propriétaire de la salle, Farid croit au talent de ses deux protégées et il est ravi du triomphe qu’elles remportent dès leur première prestation. Il est aussi de plus en plus attiré par Zanouba, la chanteuse, mais Zizi, une riche héritière qui a depuis longtemps des vues sur lui, n’a pas l’intention de se laisser évincer sans réagir…

Notre avis : un film produit par Farid Al Atrache à la gloire de Farid Al Atrache. Il incarne un chanteur charismatique dont le talent n’a d’égal que la générosité et qui naturellement enflamme tous les cœurs. A ses côtés, Sabah joue une chanteuse un peu écervelée qui préfère le luxe et la fête à l’art et à l’amour véritable. Elle sera bien punie et elle s’en repentira ! Mais l’intérêt de "Comment t'oublier ?" ne réside certainement pas dans l’histoire qui nous est contée. Celle-ci n’est qu’un prétexte à filmer Farid Al Atrache et Sabah entrain de chanter, seuls ou en duo. Les fans des deux vedettes ne pourront que se réjouir du grand nombre de chansons, parfois très belles et souvent très longues. Le duo sur « La Chanson du Faiseur de Statues » dure plus de dix minutes coupé néanmoins par un intermède dansé exécuté par Nadia Gamal sur la « Danse Rituelle du Feu » du compositeur espagnol Manuel de Falla. Finissons sur une note légère : c’est dans ce film qu’apparaît pour la première fois à l’écran Karima, Miss Egypte 1955. 


Nadia (1969)
avec Soad Hosny (Mona/Nadia), Ahmed Mazhar (le docteur Medhat), Nour Al Sherif (Sabri), Saif Abdul Rahman (Essam), Abdel Moneim Ibrahim (Gad Allah, l’assistant du docteur Medhat), Josiane Fouad (la mère de Mona et de Nadia), Malak El Gamal (la tante Zakia), Adly Kasseb (l’oncle Suleiman, Edmond Tuema (John), Imad Hamdi (le père de Mona et de Nadia), Rashwan Tawfiq (le diplomate)
Scénario: Ramadan Khalifa 
D’après un roman de Youssef El Sebai (1960)
Musique : Victor Ardashten et Medhat Asem
Production : Helmy Rafla
Appréciation : 1/5


Nous sommes en 1956, alors que l’Egypte entretient des relations de plus en plus tendues avec les puissances occidentales et son voisin israélien. L’intrigue commence quelques mois avant la nationalisation du canal de Suez.
Nadia et Mona sont deux sœurs jumelles. Si physiquement, elles sont en tous points identiques, il n’en est pas de même pour le caractère. Nadia est une jeune fille sage et réservée tandis que Mona est exubérante et pleine d’énergie. Mona adore le sport et file le parfait amour avec son fiancé, Essam qui est un jeune et fringant militaire. De son côté, Nadia aime la musique et elle passe des heures à jour Chopin sur le piano de la maison. Elle est aimée de Sabri, un ami d’Essam mais elle soupire en secret pour le docteur Medhat, un célèbre chirurgien de l’hôpital.
Le père des deux filles est préoccupé par la situation politique du pays. Son épouse, la mère de Mona et de Nadia, étant française, il envisage de les envoyer en France le temps que les tensions s’apaisent. Mais c’est alors que le destin va frapper toute la petite famille de manière imprévue. Un soir, alors que Nadia s’apprête à prendre un bain, le chauffe-eau lui explose au visage. Elle est aussitôt conduite à l’hôpital. Quand son père apprend l’accident, il a un malaise et doit s’aliter. A l’hôpital, Nadia reçoit les premiers soins. Si le visage est intact, en revanche le cou est grièvement brûlé. Il restera marqué par de profondes cicatrices. Pour les dissimuler, Nadia devra porter en permanence un foulard. Les jours ont passé. Nadia est rentrée chez elle mais elle ne peut quitter sa chambre. Enfin, on lui enlève ses derniers pansements et elle peut se lever. Elle découvre que son père est au plus mal. Son cœur ne tient qu’à un fil. Il meurt peu après, entouré de tous ses proches. La mère de Mona et de Nadia décide de retourner au plus vite dans son pays d’origine, la France.