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lundi 5 février 2018

Le Tigre (Al Nimr, 1952)

النمر
إخراج : حسين فوزي




Hussein Fawzi a réalisé Le Tigre en 1952.
Distribution : Naima Akef (la fille de Darwich), Anwar Wagdi (Salah), Zaki Rostom (Darwich), Lola Sedky (Houda), Farid Shawki (Afifi, un complice de Darwich), Elias Moadab (Naseh, un employé du casino), Said El Maghrabi (Faleh, un employé du casino), Kamal Hussein (Yahia, un homme ruiné que Darwich oblige à travailler pour lui), Aziza Helmy (la femme de Darwich), Reyad El Kasabgy (un gangster), Abdel Moneim Basiony (un inspecteur), Rashad Hamed (un inspecteur), Mary Bay Bay (un membre du gang), Lotfi El Hakim (le pharmacien)
Scénario : Ahmed Farouk, Hussein Fawzi, William Basile
Musique : Mohamed Abdel Wahab
Production : les films Hussein Fawzi
C’est le neuvième film qu’Hussein Fawzi tourne avec l'actrice et danseuse Naima Akef. Cette même année, ils se marient malgré leur grande différence d'âge : elle a 23 ans, il en a 48.

Mohamed Abdel Moteleb

Anwar Wagdi et Lola Sedky

Naïma Akef

Farid Shawki

Mary Bay Bay et Abdel Halim Elqala'awy


Résumé

Comédie musicale. Darwich est serveur dans le casino où sa fille travaille comme danseuse. En apparence, c’est un homme d’une grande gentillesse, toujours serviable. Il est aussi bon père que bon époux : il se dévoue sans compter pour sa femme qui est alitée depuis une quinzaine d’années, elle est très malade et a perdu l’usage de la parole.
En fait, derrière cette image exemplaire, il est le chef d’un gang se livrant au trafic de drogue. Dans le monde du crime, il est devenu célèbre sous le nom du « Tigre » car il est d’une extrême férocité aussi bien à l’égard de ses hommes qu’à l’égard de ses adversaires. 
Salah est un policier qui est chargé de démasquer ce grand criminel. Pour mener à bien sa mission, il se fait passer pour un journaliste. C’est ainsi qu’il se présente dans le casino où travaille Darwich. Il fait la connaissance de Faten, la fille de ce dernier, avec qui il sympathise immédiatement. 
Salah fait aussi la connaissance de Houda qui est l’une des serveuses. Celle-ci a un frère, Yahya, qui a rejoint le gang du Tigre après avoir perdu toute sa fortune au jeu. 
Un jour, Yahya doit effectuer une livraison de drogue mais la police intervient et s’empare de la précieuse marchandise. Darwich, ivre de rage, corrige sévèrement son complice. Yahya a décidé de quitter la bande et de tout révéler aux autorités. Il a en sa possession des documents qui prouvent la culpabilité de Darwich. Ce dernier a lancé à ses trousses des hommes de main afin qu’ils récupèrent ces documents. Yahya a juste le temps de les confier à Salah et à Faten. Il est rattrapé par les gangsters qui l’assomment et le fouillent en vain. Ils l’abandonnent sans vie, dans la rue. Pendant ce temps-là, Faten, chez elle, prend connaissance des fameux papiers. Elle découvre que le Tigre, c’est son père ! Désespérée, elle brûle toutes ces preuves qui auraient rendu grand service à Salah. Peu après, Yahya reparaît dans le casino, très mal en point. Il s’apprête à dénoncer publiquement Darwich mais ce dernier ne lui en laisse pas le loisir : il l’abat d’un coup de revolver. 
Pour mettre fin aux agissements criminels de son père, Faten a une idée : avec deux serveurs du casino, elle crée un faux gang dont elle prend la direction sous le nom du Guépard. Son objectif est de s’immiscer dans toutes les affaires du Tigre pour les faire échouer et c’est un succès ! Darwich est furieux contre ce rival qui s’ingénie à lui mettre des bâtons dans les roues. 
Cette idée a tout de même un inconvénient : Salah est persuadé que Faten est elle aussi une criminelle. Enfin, son enquête est close, il peut procéder aux arrestations de la fille et du père. C’est en uniforme d’officier de police qu’il se présente à leur domicile. Il est reçu par Faten et sa mère, Darwich se cache. Tandis que ses hommes entraînent la jeune danseuse à l’extérieur pour la conduire au commissariat, Salah reste seule avec la mère. Celle-ci, choquée par l’arrestation de sa fille, retrouve l’usage de la parole : elle révèle au policier que le seul criminel, c’est Darwich, ce dernier n’a jamais été le père de Faten mais il en est le meurtrier. Il l’avait tué alors que leur fille était encore bébé. Le récit est interrompu par Darwich qui a fait irruption dans la pièce. Une bagarre éclate entre les deux hommes. Le Tigre parvient à s’enfuir et retrouve ses complices sur un bateau dans le port d’Aboukir. Ils prennent aussitôt le large. Peine perdue : Salah et ses hommes parviennent à les rejoindre et montent à bord. Le gang est neutralisé. Salah abat d’un coup de revolver Darwich alors que celui-ci a plongé dans la mer et tente d’échapper aux policiers à la nage ! 
Dernière image : l'officier de police et la danseuse se sont mariés !

dimanche 13 août 2017

Rendez-vous avec Satan (Maw’id ma’ iblis, 1955)


 موعد مع إبليس
ﺇﺧﺮاﺝ: كامل التلمساني 


Rendez-vous avec Satan de Kamel El Telmissany (Maw’id ma’ iblis, 1955)
avec Zaki Rostom (le docteur Ragab Ibrahim), Mahmoud El Meleigy (le docteur Nabil/Satan), Abdel Moneim Ibrahim (Hassan, l’assistant du docteur Ragab Ibrahim), Cariman (Nadia, la fille du docteur Ragab Ibrahim), Wedad Hamdy (la servante), Abdel Ghani El Nagdi (le concierge), Soleiman El Gendy (Adel, le fils du docteur Ragab), Mounir Mourad (Mounir, le neveu du docteur Ragab), Lotfi Al Hakim (le fabricant d’appareils médicaux), Mohamed Shawki (le vendeur de bicyclettes)
Scénario : Galil El Bendary, d'après Faust de Goethe.
Musique : Mahmoud Al Sharif et Mounir Mourad + Rossini, l’Ouverture de l’opéra Guillaume Tell
Production : Films Ahmed Darwish
 
Mahmoud El Meleigy

Mounir Mourad

Zaki Rostom

Cariman et Zaki Rostom

Zaki Rostom et Mahmoud El Meleigy

Soliman El Gendy

Mounir Mourad et Cariman

Abdel Moneim Ibrahim et Zaki Rostom

Mounir Mourad, Wedad Hamdy et Mahmoud El Meleigy

Cariman et Mahmoud El Meleigy





Résumé


Le docteur Ragab Ibrahim dirige une clinique privée dans le quartier de la mosquée Hussein. Les affaires ne vont pas bien, les patients aisés se font soigner dans d’autres établissements plus réputés. Les maigres honoraires du docteur suffisent à peine à payer les charges de la clinique. Ragab vit avec sa fille Nadia, son petit garçon, Adel et son neveu Mounir qui s’est installé chez eux depuis la mort de son père. Mounir rêve de devenir chanteur et il très amoureux de sa cousine. Le médecin a perdu sa femme il y a longtemps déjà et après son travail il se consacre tout entier à ses enfants qu’il ne peut gâter comme il le souhaiterait. 
Un soir sa voiture tombe en panne sur une route isolée. Il est secouru par un certain docteur Nabil qui en réalité est Satan. La voiture redémarre et le docteur Ragab propose à son confrère de le ramener en ville. Pendant le trajet les deux hommes discutent et sympathisent. Ils promettent de se revoir. Le docteur Ragab se rend chez son nouvel ami. Ce dernier lui fait entrevoir les pouvoirs extraordinaires dont il dispose. A son tour, Nabil est reçu dans la maison de Ragab. Il fait la connaissance de toute la famille. Nadia est tout de suite attirée par la personnalité mystérieuse de leur invité. Elle ne tardera pas à avouer qu’elle est amoureuse de lui. Mais Satan ne perd pas de vue son objectif : faire signer un contrat à Ragab. Il parvient à ses fins en assurant sa victime qu’elle deviendra ainsi riche et célèbre. Dès que le médecin trop naïf a signé, Nabil révèle sa véritable identité. A partir de ce moment, tout change dans la vie du docteur : la clientèle de sa clinique ne cesse de croître, il peut offrir à son fils la bicyclette dont celui-ci rêvait depuis si longtemps, il achète une grosse voiture et il pense agrandir sa clinique. Cette réussite soudaine fait oublier au docteur à qui il la doit : lui et les siens sont enfin heureux et cela lui suffit. Pourtant, ce « bonheur » apparaît tout de suite bien fragile. Nadia, sa fille, revient traumatisée d’une soirée passée chez Nabil. Elle délire toute la nuit. Heureusement, elle se remet vite grâce à son père et à son cousin. Le coup de grâce arrive avec Adel : il tombe gravement malade et il est condamné. Ragab comprend que c’est le prix à payer pour sa fortune soudaine. Mais il ne capitule pas. Il décide de combattre Satan et grâce à Dieu, il finit par le vaincre : son fils est sauvé.


Critique

Nous avions un Faust expressionniste -le Faust de Murnau (1926)-, un Faust dans un style réaliste poétique-La Beauté du Diable de René Clair (1950)- voici le Faust patchwork égyptien.

Ce Rendez-Vous avec Satan, c’est plusieurs films en un :

C’est d’abord une chronique sociale proche du néo réalisme italien avec ce médecin généreux qui soigne les pauvres gratuitement et qui n’a pas les moyens d’offrir à son fils le vélo dont il rêve.
C’est aussi un mélodrame avec un petit enfant, gravement malade et condamné à une mort certaine, dont le père devient aveugle en luttant de toutes ses forces pour le sauver.
La comédie n’est pas non plus oubliée avec le personnage du neveu, un artiste de cabaret qui semble tout droit sorti des Branquignols de Robert Dhery
Mais bien sûr, c’est avant tout une fable fantastique avec notamment le château du Diable, décor en carton-pâte dans la grande tradition des films d’horreur de série B et un dénouement qui vire au grand-guignol en multipliant les trucages simplistes et les gros plans sur des visages grimaçants. Evidemment, tout cela n’est pas à prendre au premier degré : l’intention parodique est évidente et les nombreuses séquences chantées et dansées nous rappellent qu’il ne faut pas prendre trop au sérieux ce Rendez-vous avec Satan.
Et on termine par la touche de glamour hollywoodien avec l’actrice Cariman qui arbore tous les attributs de la pin-up pour GI’s, notamment la poitrine généreuse magnifiée par ce soutien-gorge conique en forme d’obus inventé par le milliardaire Howard Hugues pour Jane Russell. Le cinéaste, un peu espiègle, nous montre Satan le Tentateur lui-même très tenté par les charmes de Nadia, la fille du docteur incarnée par Cariman. Parmi les scènes les plus audacieuses du film, on trouve celles où la jeune femme et Satan se retrouvent dans un café au bord du Nil. Oubliant tous les autres clients de l’établissement, ils sont l’un contre l’autre, Nadia écrasant sa poitrine contre le torse de son séducteur. La première donne tous les signes de l’abandon imminent tandis que le second, frémissant de désir, contemple avec ravissement la créature qui par sa beauté et sa sensualité lui fait perdre tout contrôle de lui-même. Méphistophélès vaincu par Marguerite ?

En dépoussiérant le mythe de Faust et en mélangeant les genres et les registres, Kamel El-Telmissani a réussi à créer une œuvre unique, ne ressemblant à aucune autre. Il ne s’est pas laissé impressionner par l’ombre tétanisante de Goethe, le grand écrivain allemand du XIXe siècle dont les deux Faust constituent des œuvres majeures de la culture universelle. Contournant les références littéraires ou cinématographiques, Kamel El Telmissani a su s’approprier la légende germanique avec une totale liberté et une certaine impertinence pour nous offrir une œuvre pleine d’intelligence et d’humour. Ce Rendez-vous avec Satan constitue l’une des plus belles réussites d’un cinéaste égyptien dont la carrière a été gâchée par bien des vicissitudes.
Appréciation : 4/5
****
Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

mercredi 23 novembre 2016

Le Fleuve de l'Amour (Nahr el Hub, 1960)

نهر الحب 
إخراج : عز الدين ذو الفقار




Ezzel Dine Zulficar a réalisé Le Fleuve de l'Amour en 1960.
Distribution : Faten Hamama (Nawal), Omar Sharif (Khalid), Zaki Rostom (Taher Pasha), Omar El-Hariri (Mamdouh), Zahrat Al Oula (la femme de Mamdouh), Ahmed Farahat (le fils de Mamdouh), Amina Rizq (Madame Fatima), Fouad El Mohandes (l'ami de Khaled), Ahmed Bali ( le psychiatre), Soheir El Bably (Mervat), Mohamed Reda (un miltaire), Abdel Azim Kamel (le médecin)
Scénario : Ezzel Din Zulficar et Youssef Issa
Adaptation du roman Anna Karenine (1877) de l'écrivain russe Léon Tolstoï.
Musique : Andre Ryder
Production : Helmy Rafla


Zaki Rostom et Faten Hamama

Fouad El Mohandes et Omar Sharif

Faten Hamama

Faten Hamama et Zaki Rostom

Faten Hamama

Omar El Hariri

Faten Hamama et Omar Sharif




Résumé

Taher Pacha est un vieil homme riche et puissant. Il tombe amoureux de Nawal et souhaite l’épouser. Mamdouh est le frère de Nawal. Il a accumulé les dettes et se trouve dans une situation très délicate. Pour le sauver du déshonneur et de la prison, Nawal accepte de se marier avec Taher Pacha. Celui-ci se révèle un homme dur, incapable d’amour et obsédé par sa carrière politique. L’existence de Nawal est celle d’une femme riche mais solitaire et désoeuvrée. Elle donne naissance à un garçon. Elle se consacre entièrement à son éducation. Les années passent. Un jour, Nawal reçoit une lettre de son frère qui s’est installé à Assouan avec sa femme et ses deux enfants : lui et son épouse sont au bord du divorce et il lui demande de l’aider à sauver son couple. Avec l’autorisation de son mari, Nawal décide de passer quelques jours chez Mamdouh. Dans le train qui la conduit à Assouan, elle fait la rencontre d’un jeune officier prénommé Khaled. C’est le coup de foudre. Ils se retrouvent à plusieurs reprises dans des réceptions, une première fois à Assouan puis au Caire. Ils ne peuvent plus cacher les sentiments qu’ils éprouvent l’un pour l’autre. Taher Pacha est informé de l’infidélité de sa femme. Il a très peur que cette liaison nuise à sa carrière politique. Il exige que Nawal rompe avec l’homme qu’elle aime. Lors d’un concours hippique, Khaled fait une grave chute. Il est hospitalisé. Nawal n’y tient plus : elle veut divorcer pour être aux côtés de son amant. Taher Pacha propose un compromis : il souhaite que le divorce soit prononcé après les élections. D’ici là, il autorise Nawal à retrouver Khaled mais pour éviter le scandale, il exige que les deux amants partent en voyage au Liban. Nawal accepte malgré le chagrin qu’elle éprouve à l’idée de se séparer de son fils.
En fait, Taher Pacha prépare sa vengeance. Une fois les élections passées, il menace Nawal d’un procès pour adultère : elle doit disparaître si elle et son amant souhaitent éviter la prison. Nawal trouve refuge chez son frère tandis que Taher Pacha fait croire à son fils que sa mère est morte.
La guerre est déclarée : Khaled doit rejoindre le front. Il meurt dans les combats. Désespérée, Nawal tente de retourner chez Taher Pacha pour revoir son fils. Son mari ne la laisse pas entrer dans sa demeure : il ne faut pas traumatiser leur enfant qui la croit morte. Elle préfère renoncer. Ayant perdu ses deux raisons de vivre, elle erre sans but près de la voie ferrée. Soudain, elle croit voir son fils qui l’appelle de l’autre côté de la voie. Elle traverse tandis qu’un train arrive à vive allure.


Critique

Ce film est un peu particulier dans la filmographie de son metteur en scène et de ses deux principaux interprètes. Omar Sharif et Faten Hamama ont formé le couple le plus célèbre du cinéma égyptien. Ils se sont rencontrés en 1954 sur le tournage du film Ciel d’Enfer de Youssef Chahine. A cette époque, Faten Hamama est déjà une grande vedette tandis que le futur Docteur Jivago débute sa carrière d’acteur. Ils vont très vite devenir amants puis se marier une fois Faten divorcée et Omar converti à l’islam. Six ans ont passé et ce Fleuve de l'Amour est le cinquième et dernier film que ces deux monstres sacrés tourneront ensemble. De nouveau, on les retrouve ici dans des rôles spécialement écrits pour eux : ceux de deux amants qui ne peuvent vivre leur amour au grand jour et que la société condamne au malheur et à la souffrance.
Si ce tournage dut être différent des autres pour le cinéaste, c’est qu’il fut le premier mari de Faten Hamama, celui qu’elle a quitté pour épouser Omar Sharif. Ils s’étaient mariés en 1947 : Faten avait 16 ans, lui 28. Ils eurent une fille, Nadia. On peut donc imaginer que cette histoire d’une jeune mère de famille qui quitte son vieux mari, riche et puissant, pour un jeune inconnu a dû réveiller bien des souvenirs dans l’âme du réalisateur ! (Après leur divorce, Ezzel Din Zulficar et Faten Hamama étaient cependant restés bons amis et avaient continué à tourner ensemble dans quelques films.)
Ces trois personnalités sont réunies pour une production à haute valeur culturelle : l’adaptation d’un chef d’œuvre de la littérature russe, Anna Karénine. L’exercice comporte des risques et on pouvait craindre au final un produit empesé et académique. Heureusement, Ezzel Din Zulficar ne s’est pas laissé impressionner par le génie de Tolstoï. Il a adapté son roman à la société égyptienne de l’après-guerre (Khalid meurt au combat pendant le conflit israelo-arabe de 1948) et cela fonctionne plutôt bien.
De nombreuses scènes de ce « drame romantique » sont restées dans la mémoire collective : celle de la première rencontre des deux futurs amants dans le train suivie du déjeuner en tête à tête dans le wagon-restaurant, une scène traitée de manière presque hitchcockienne ; celle de leur deuxième rencontre lors d'un bal costumé qui rappelle par son atmosphère certains films italiens et puis, dans un style purement hollywoodien, celle de leur premier baiser au réveillon du nouvel an ; enfin, retour au drame à l'égyptienne  avec la dernière confrontation entre la femme et son ex-mari : elle, désespérée, qui vient de perdre son amant et qui supplie le vieil homme de lui laisser voir son fils et celui-ci qui refuse au nom du traumatisme que cela provoquerait chez l’enfant. Des scènes d'anthologie qui illustrent parfaitement ce que fut l'âge d'or du cinéma égyptien.
Ezzel Din Zulficar joue en virtuose des codes et des procédés du mélodrame. Il est aidé en cela par une équipe d’acteurs exceptionnels. Faten Hamama est sublime dans ce rôle de femme qui aspire à l’amour et au bonheur et qui perdra tout. Omar Sharif campe avec aisance le jeune officier séduisant au destin tragique (type de personnages dont il mettra longtemps à se défaire, tant celui-ci lui « colle à la peau » !). Mais n’oublions pas l’immense Zaki Rostom en tyran méthodique qui écrase sans scrupule tous ceux qui osent s’opposer à lui. Par son jeu, sa voix et sa présence physique, l’acteur donne à son personnage une dimension proprement shakespearienne !
Le Fleuve de l’Amour, un mélodrame classieux. 

Appréciation : 4/5
****
Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

mercredi 28 janvier 2015

La Rose Blanche (Al-Warda Al-Bida, 1933)

الوردة البيضاء
إخراج : محمد كريم


Mohamed Karim a réalisé la Rose Blanche en 1933.
Distribution : Mohamed Abdel Wahab, Samira Kholoussi, Soliman Naguib, Mohamed Abdel Quddus, Dawlat Abyad
Scénario : Mohammad Karim, Soliman Naguib, Tawfiq Al Mardanlli, Mohamed Metwally
Chansons : Mohamed Abdel Wahab et Ahmed Rami




Mohamed Abdel Wahab



Samira kholoussi


Soliman Naguib


Mohamed Abdel Wahab


Mohamed Abdel Quddus

Zaki Rostom

Dawlat Abyad



Résumé

Raga, une jeune fille, s’ennuie dans la grande demeure bourgeoise où elle vit avec son père, Ismael Bey  et sa belle-mère. On la voit jouer avec son chat et danser sur un air d’accordéon. Sa belle mère fait irruption dans la pièce et éteint la radio : elle interdit la musique occidentale dans sa maison.
Un jeune homme se présente à la porte. Il est reçu par le père de Raga. C’est Galal Effendi,  le fils d’un couple d’amis aristocrates, morts récemment après avoir dilapidé leur fortune. Le pauvre orphelin doit abandonner ses études pour travailler et il est venu demander son aide à Ismaël Bey. Celui-ci lui propose de devenir l’assistant de son gestionnaire.  Galal accepte avec joie. Sa tâche consistera à récupérer les loyers impayés des nombreux appartements que possède Ismaël Bey.
Le jeune homme fait la connaissance de Raga au retour de sa première tournée. Alors qu’il franchit le portail de la demeure de son bienfaiteur, la jeune fille descend en courant le monumental escalier du perron. Le fil de son collier rompt et les perles se répandent tout alentour. Galal aide Raga à les récupérer. Dès le premier regard échangé, c’est le coup de foudre.
La seconde rencontre a lieu dans le jardin de la propriété. Les deux amoureux sont très émus d’être l’un près de l’autre. Raga offre à Galal une rose blanche.
Dans la scène suivante, le spectateur découvre Shafiq, le frère d’Hanem, la belle-mère. C’est un noceur paresseux que sa sœur rêve de voir épouser Raga.
A l’occasion de la venue de l’accordeur de piano, Galal retrouve la jeune fille. Il lui avoue que dans sa vie, il a une seule passion, la musique, mais que son père avait toujours refusé qu’il s’y consacre entièrement.
A la campagne, c’est bientôt le temps des récoltes et Ismaël Bey  avec toute sa famille quitte Le Caire et s’installe dans sa ferme afin de superviser le travail de ses paysans. Ragal et le gestionnaire restent seuls dans la grande maison. Les jours passent. Un matin, le gestionnaire reçoit de son patron l’ordre de le rejoindre à la campagne pour régler quelque affaire urgente. L’homme est dans l’embarras car il ne peut s’éloigner de sa femme qui est très malade. Gala propose de le remplacer et prend le premier train pour rejoindre celle qu’il aime. Cette dernière apprenant l’arrivée prochaine de l’élu de son cœur prépare elle-même sa chambre, n’oubliant pas de poser sur la table, une rose blanche, symbole de leur amour.
Les deux jeunes gens se promènent dans la campagne. C’est à cette occasion qu’ils échangent leur premier baiser. Malheureusement, ils sont surpris par Shafiq qui les dénonce auprès d’Ismaël Bey et de sa femme. Galal est aussitôt renvoyé et il doit retourner immédiatement au Caire. On retrouve le jeune homme dans son appartement. Il contemple les portraits accrochés aux murs de son salon. Ce sont ceux de grands musiciens du passé. A l’instar de ces illustres prédécesseurs, Galal vouera son existence à la musique.
Les mois passent. Galal vit désormais dans un vaste appartement moderne. Raga lui rend visite. Il lui fait entendre sa toute dernière composition qu’il présentera prochainement à l’opéra du Caire. Elle s’intitule « Le Nil » d’après un poème d’Ahmad Chawqi, « le Prince des Poètes » (1868-1932). Cette nouvelle chanson ravit la jeune femme. Elle quitte son amoureux en lui promettant d’assister à son concert.
Pendant ce temps-là, les parents de Raga continuent à œuvrer pour qu’elle épouse Shafiq. Lors d’un repas qui doit officialiser les fiançailles, la jeune femme ne cache pas l’hostilité qu’elle éprouve pour le frère de sa belle-mère. Lors d’une conversation avec son père, elle finit par avouer qu’elle aime toujours Galal. Ismaël Bey s’emporte : jamais sa fille n’épousera un musicien ! Raga doit épouser Shafiq. Pour qu’elle rompe avec Gala, on lui fait croire qu’il a fui avec une maîtresse.
On retrouve Le jeune compositeur, riche et célèbre, traînant sa mélancolie à travers les rues d’Alexandrie ou devant la mer.
Dernière scène : Galal chante son désespoir devant la grille de la demeure de celle qu’il aimera toujours. 


Critique 

Mohamed Karim fit ses études de cinéma dans les années vingt à Rome et à Berlin. Il réalisa en 1929, Zeinab et en 1932, Fils à Papa. La Rose Blanche est son troisième film. 
C’est le premier film égyptien entièrement parlant. Le succès sera considérable dans tout le monde arabe. A Alexandrie, le film sera projeté pendant 56 semaines.
C’est aussi le premier film dans lequel apparaît le compositeur et chanteur Mohamed Abdel Wahab. Ce dernier fera avec Mohamed Karim sept films. 
La réalisation technique est assurée par les studios Tobis de Paris. 
Les autorités religieuses d’Al Azhar avaient été scandalisées par la scène où l’on voit Mohamed Abdel Wahab embrasser Samira Kholoussi alors qu’il porte le tarbouche, symbole de la nation.

Certes dans l’histoire du cinéma égyptien, La Rose Blanche constitue un événement d’une importance considérable : premier film entièrement parlant, première comédie musicale, premier succès international (en tout cas dans le monde arabe). La dimension satirique du film n’a pas non plus échappé aux commentateurs.  Mohamed Karim montre une société figée que domine une classe aisée, crispée sur ses privilèges. La belle-mère de l’héroïne est la caricature de la grande bourgeoise oisive et méprisante comme son frère est le type même du jouisseur  immoral ne connaissant comme règle que son bon plaisir. Selon Walter Armbrust “Mass Culture and Modernism in Egypt” (1996), La Rose Blanche est un film moderniste car, refusant les valeurs « occidentales » de la classe dominante, il prône une synthèse entre la tradition authentique et les aspirations révolutionnaires. Le jeune musicien Galal avec son goût pour la culture et le travail serait le représentant des classes moyennes émergentes. Soit. Il n’empêche que le film souffre de nombreux défauts et, disons le tout net, regarder la Rose Blanche pour un spectateur d’aujourd’hui constitue une redoutable épreuve. Le rythme est d’une lenteur extrême. Les scènes semblent ne jamais vouloir finir et on assiste à leur interminable agonie avec un mélange d’abattement et d’exaspération. Plus grave : Mohamed Abdel Wahab est un grand compositeur mais dans ce film il se révèle un piètre comédien. Son corps semble pétrifié, le moindre geste paraît lui coûter une énergie considérable et son visage a autant d’expression qu’un masque funéraire.  Restent une histoire d’amour impossible (conventionnelle) et quelques chansons (monocordes) de Mohamed Abdel Wahab.
Un film important qu’on peut ne pas voir.

Appréciation : 3/5
***
Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin