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mercredi 28 août 2019

Les réalisateurs : Mohamed Khan (1942-2016) suite

محمد خان

Pour la biographie de Mohamed Khan, se reporter à l'article du mardi 26 juillet 2016.


Sept films de Mohamed Khan ont fait l'objet d'une présentation dans ce blog.



La Pastèque (Elbatikha, 1972)



La Pastèque est un court-métrage. Il dure 9mn30 et il est en noir et blanc. 
Interprétation : Mohamed Kinawy
Sujet : après une journée de travail, un petit fonctionnaire quitte son bureau et rentre chez lui à pied. En chemin, il achète une pastèque qu'il mangera au dîner avec sa femme et ses trois enfants. 
Ce court-métrage est très important dans la carrière de Mohamed Khan. On y trouve présentée de manière presque pédagogique sa conception d'un cinéma réaliste et on peut y relever les codes d'une esthétique qui restera la sienne jusqu'à son dernier film. 


Rendez-vous à dîner (maowid ala ashaa, 1981)
avec Soad Hosny (Nawal), Hussein Fahmy (Ezzat), Ahmed Zaki (Shoukry), Zouzou Madi (Raïfa, la mère de Nawal), Ragaa Al-Geddawy (Enayat), Eglal Zaki (Soad), Adawy Gheith (Ryad), Amal Ibrahim (Shawya), Sami Sarhan (le gérant de salon de coiffure), Hafez Amin (l’avocat Rafaat), Khairy Beshara (l’acquéreur du tableau à la vente aux enchères), Marwa Al-Khatib (la secrétaire d’Ezzat), Alia Ali‏ (la gynécologue), Hussein Al Sharif (l’inspecteur de police), Haridi Omran (le mathoun)
Scénario : Mohamed Khan et Bashir El Dik
Musique : Kamal Bakir
Production : Al-Jawhara Films


Nawal est mariée depuis plusieurs années avec Ezzat, un riche homme d’affaires. Ils se sont connus alors qu’elle était encore étudiante. Pour lui, elle a abandonné ses études et a endossé le rôle de l’épouse docile. Cette union a fait le bonheur de sa mère : après la mort du père, la vieille femme percevait une maigre pension qui l’obligeait à faire bien des sacrifices. Grâce à son gendre, elle a pu mener l’existence dont elle avait toujours rêvé. Mais voilà : Nawal n’est pas heureuse. Ezzat est constamment accaparé par son travail et ne lui prête aucune attention. Autre sujet de friction entre le mari et la femme : ils n’ont pas d’enfant malgré le désir maintes fois exprimé par Ezzat d’en avoir. Nawal a consulté une gynécologue : sur le plan physiologique rien n’empêche une grossesse mais le médecin explique que cette stérilité a des causes exclusivement psychologiques. Ce constat ne fait que renforcer la détermination de Nawal : elle veut divorcer. Elle ne peut plus attendre, elle se rend au bureau de son mari pour l’en informer. La secrétaire lui dit qu’Ezzat est parti au restaurant. Elle y court. Quand elle entre dans l’établissement, elle découvre que son mari déjeune en galante compagnie. Malgré la situation embarrassante, Nawal informe Ezzat de sa décision. Elle a peu après une discussion avec sa mère. Celle-ci est furieuse et elle exige de sa fille qu’elle renonce à son funeste projet. Le soir, Nawal et Ezzat dînent dans un restaurant espagnol avec des amis. Une fois rentrés chez eux, l’épouse réitère son souhait d’une séparation, le mari s’emporte et gifle à plusieurs reprises sa compagne puis il l’entraîne dans la chambre conjugale et lui impose une relation sexuelle. Mais rien ne fera changer d’avis Nawal. Ezzat finit par accepter le divorce car il est convaincu que cette séparation sera de courte durée. Nawal refuse l’appartement et la pension alimentaire que lui offre son mari. Elle veut être totalement autonome. Elle suit une formation pour devenir secrétaire. Au début, tout semble lui sourire : elle trouve un emploi chez son avocat et elle se réconcilie avec sa mère. Cette dernière ne supporte plus la solitude et a décidé de se remarier avec un ami de son défunt mari. Nawal accueille avec joie cette nouvelle. Malheureusement, sa mère meurt subitement alors qu’elle se trouvait dans le salon de coiffure où sa fille l’avait conduite…

Notre avis : dans ce film, Mohamed Khan dépeint la condition féminine avec des couleurs très sombres. Le constat est sans appel : dans l’Egypte des années 80, une femme ne peut prétendre à l’indépendance et au bonheur. Pour elle, le choix est simple : la soumission ou la mort. Pour illustrer ce point de vue très pessimiste, le réalisateur nous conte l’histoire tragique d’une femme de grand bourgeois qui décide de divorcer pour vivre et aimer comme elle l’entend. Mais son ex-mari aura le dernier mot et détruira impitoyablement son nouveau bonheur. Dans le rôle du mari et de la femme, nous retrouvons Soad Hosny et Hussein Fahmy. Dans les années soixante-dix, ils incarnèrent à plusieurs reprises le couple moderne bien décidé à s’aimer malgré les interdits et les tabous de la société. Je pense notamment aux deux comédies musicales d’Hassan Al Imam, « Méfie-toi de Zouzou » (1972) et « Amira Mon Amour » (1975) qui firent de Soad Hosny et d’Hussein Fahmy, les symboles de la libération des mœurs. Dans « Rendez-vous à dîner », changement radical de registre. Les deux acteurs mettent tout leur talent au service du projet artistique sans concession de Mohamed Khan. Hussein Fahmy est impressionnant en grand bourgeois froid et calculateur. C’est certainement l’un de ses plus grands rôles, loin des play-boys de bonnes familles auxquels on l’a trop souvent cantonné. La force de ce drame réside aussi dans le peu de paroles échangées entre les protagonistes. Tout passe par le regard, et celui de Soad Hosny est souvent d’une intensité déchirante.


Le Professionnel (El Harif, 1984)
avec Adel Imam (Fares), Ibrahim Kadri (Bakr, le père de Farès), Samiha Tawfiq (Narges, la seconde épouse de Bakr), Ferdoos Abdel Hamid (Dalal, la femme de Farès), Haneim Mohamed (la mère de Dala), Ali Qaoud (le patron de Farès), Zizi Mostafa (Aziza, la collègue de Farès), Haytham Abdel Hamid (le fis de Fares), Hosny Abdul Jalil (Anwar, un collègue de Fares), Walaa Farid (Soad, la voisine de Fares), Najah Al Muji (Abdallah), Sabry Abdel Monem (officier de police judiciaire), Abdallah Farghaly (l’entraîneur de Fares), Hafez Amin (Abdul Majid), Farouk Youssef (Shabaan, l’ancien footballeur dans reconverti dans le trafic de voitures )
Scénario : Bashir El Dik et Mohamed Khan
Musique : Hani Shenouda et Iman Younis
Voix off : Ahmed Zaki
Production : Dalia Films


Fares travaille comme ouvrier dans une usine de chaussures. Depuis son divorce, il vit seul dans un petit appartement au dernier étage d’un immeuble. Cela fait trois ans qu’il est séparé de sa femme mais il l’aime toujours. Son fils aussi lui manque et il espère qu’ils pourront un jour reprendre la vie commune. Dans son existence, Fares n’a qu’une seule passion : le football. Il joue régulièrement lors de matchs organisés dans la rue et il fait partie des meilleurs joueurs de son district. Malheureusement, le jeune homme semble avoir la guigne et sa situation ne cessera de se dégrader. Au football, il est exploité par son « manager » qui ne lui reverse qu’une part infime des sommes gagnées grâce aux paris ; à l’usine, le directeur qui ne supporte plus ses retards et ses absences finit par le licencier. Déboire supplémentaire : un meurtre a été commis dans son immeuble et il fait partie des suspects…

Notre avis : l’une des œuvres les plus accomplies de Mohamed Khan, le chef de file de cette fameuse Génération 80 dont les réalisations ne furent pas toujours à la hauteur des espoirs qu’elle suscita. Néanmoins, celle-ci nous a laissé un certain nombre d’œuvres très intéressantes et parmi elles, on trouve la plupart des films de Mohamed Khan. Dans « Le Professionnel » , on suit les pérégrinations d’un loser taciturne, prétexte à une évocation à la fois réaliste et poétique de certains quartiers populaires du Caire. La prise de vue ne privilégie jamais les personnages au détriment du cadre dans lequel ils évoluent. Le cinéaste s’intéresse au paysage urbain avec l’œil d’un photographe et plus d’une fois, on pense aux photographies de Raymond Depardon (notamment à sa série de clichés sur New-York r réalisée en 1981 pour le compte du quotidien Libération). A la sortie du film, le public fut très déçu : il découvrait Adel Imam dans un rôle dramatique, à l’opposé de ses emplois habituels. « Le Professionnel » fut un demi-échec sur le plan commercial, bien loin du triomphe qui accueillait chaque comédie de la star. D’ailleurs, Adel Imam ne jouera plus jamais pour Mohamed Khan. Dommage car il est ici tout simplement fabuleux !


La Femme d'un Homme Important (Zawgat Ragol Mohim, 1988)
avec Ahmed Zaki (Hisham), Mervat Amin (Mona), Ali Ghandour (le père de Mona), Alyah Ali (la mère de Mona), Zizi Mustapha (Samiha), Hassan Hosni (le brigadier Yousri), Thuraya Ezzelddin (la femme du brigadier Yousri), Nazim Sharawi (le directeur de la sécurité de l’état), Nahed Samir (la tante d’Isham), Othman Abdel Moneim (le directeur de la sécurité de la ville), Abdel Ghany Nasser (le député), Khairy Beshara (le mari de Samiha), Mohamed Dardiry (l’écrivain Magdy Ezz Al-Arab), Tarek Mandour (le chauffeur d’Hisham)
Scénario : Raouf Tawfiq
Musique : Georges Kazazian
figure dans la liste des quinze meilleurs films égyptiens de tous les temps


Dans l'Egypte des années soixante-dix. Mona Ismaïl est une jeune fille romantique qui adore le chanteur Abdel Halim Hafez. Son père est ingénieur et pour des raisons professionnelles, il a dû s’installer avec toute sa petite famille à Minieh, une ville de Haute-Egypte. C’est là que Mona rencontre Hisham, un officier de police ambitieux et autoritaire. Elle est séduite par sa personnalité et elle accepte de l’épouser. Peu après le mariage, le jeune couple s’installe au Caire. Mona découvre très vite que son mari est un jeune homme brutal et arrogant qui exige d’elle une soumission totale. Parallèlement, Hisham comprend peu à peu les règles impitoyables de l'ascension sociale et il compte bien en user sans état d’âme. Les 18 et 19 janvier 1977 des émeutes éclatent dans tout le pays à cause de la hausse subite des prix d’un grand nombre de produits de première nécessité. Hisham veut exploiter ces troubles au profit de sa carrière personnelle...

Notre avis : l’un des meilleurs films de Mohamed Khan. Bien qu’il soit question des émeutes qui ébranlèrent le régime d’Anwar El Sadate en 1977 et que le personnage principal soit un officier de police cynique et violent, «La Femme d’un Homme Important » est davantage un drame psychologique qu’un film politique. Le réalisateur s’est surtout intéressé à la lente décomposition d’un couple, la situation sociale et politique du pays n’est évoquée que pour montrer comment elle influe sur la vie personnelle des deux héros. Ahmed Zaki et Mervat Amine sont impressionnants de justesse et de vérité dans des rôles particulièrement difficiles. On pourra regretter le caractère excessivement mélodramatique du dénouement.
 

Les Rêves de Hind et Camilia (Ahlam Hind wa Camilia,1988)
avec Nagla Fathy, Ahmed Zaki, Ayda Reyad, Hassan El Adl, Mohamed Kamel, Othman Abdel Moneim, Muhja Abdel Rahman, Khairy Beshara
Scénario : Mohamed Khan
Dialogues : Mostafa Goma
Musique : Ammar El Sherei
figure dans la liste des cent films les plus importants de l'histoire du cinéma égyptien


L'histoire de deux amies qui malgré les difficultés n'ont pas renoncé au bonheur. 
Hind est une jolie jeune veuve qui travaille comme servante. Elle rêve de trouver l’homme parfait qui l’aidera à sortir de la misère. Elle rencontre Eid. C’est un escroc. Elle tombe enceinte au moment même où il est incarcéré. Ils n’ont pas eu le temps de se marier. 
Camilia est une femme divorcée qui travaille aussi comme servante. Elle vit dans un appartement avec son frère et toute sa famille. Camilia ne supporte plus cette situation. Elle épouse un vieil homme cupide qui la contraint à voler. C’est grâce à elle qu’Hind et Eid vont pouvoir se marier. 
Hind accouche d’une petite fille qu’elle prénomme Ahlam (Rêve). Malheureusement, Eid retourne en prison après avoir volé une grosse somme d’argent. Hind et Camilia trouvent le butin que l'homme avait caché. Elles décident de l'utiliser pour enfin passer du bon temps. Avec Ahlam, elles prennent un taxi pour Alexandrie. Le chauffeur de taxi parvient à les droguer et s’enfuit avec leur argent. Quand elles se réveillent sur la plage, elles ont tout perdu.


Monsieur Karaté (Mister Karate, 1993)

avec Ahmed Zaki (Salah), Nahla Salama (Nadia), Ibrahim Nasr (Hassan, l’entraineur), Mamdouh Wafi (l’ingénieur Sherif), Othman Abdel Moneim (Omar, l’ancien collègue du père de Salah), Nader Nour Alddin (Samir), Amr Mohammed Ali (Fathi), Zouzou Nabil (la vieille dame), Azza Kamel (la fille de la vieille dame), Wagih Agamy (Mahmoud), Hassan El Adl (un policier corrompu), Adawy Gheith (Monsieur Aziz), Moustafa Darwish (un mari jaloux), Fouad Farghaly (le fonctionnaire)
Scénario : Raouf Tawfik
Musique : Yasser Abdul Rahman
Production : les films El Sobky


Salah quitte son village natal pour travailler au Caire. Il trouve un emploi dans le garage où son défunt père avait lui aussi travaillé. Près du garage, il y a un vidéo club tenu par Nadia, une jeune femme très jolie. Salah sympathise rapidement avec elle. Le matin, il l’aide à ouvrir sa boutique tout en conversant. Nadia lui fait découvrir les films de karaté. Salah est subjugué par les exploits des héros de ces films et il rêve de devenir lui aussi un champion de karaté comme Bruce Lee. Il fait alors la connaissance d’un ancien entraineur qui l’initie à cet art martial. C’est lui qui donne à Salah le surnom de «Mister Karaté». Malheureusement, un terrible accident va mettre un coup d’arrêt aux rêves et aux projets du jeune homme. En essayant d’arrêter un véhicule conduit par un adolescent, il fait une chute et une roue de la voiture lui broie l’une de ses jambes. Il est hospitalisé. La convalescence sera longue, il pourra à nouveau marcher sans béquilles mais en boîtant...

Notre avis : une réflexion intéressante sur le caractère aliénant d’un certain cinéma commercial véhiculant des mythes trompeurs et des modèles illusoires. Après son accident, le héros du film devra abandonner ses rêves de gloire et affronter la misère et la corruption qui gangrènent la société. Le réalisateur nous invite à suivre son personnage dans ses pérégrinations à travers une capitale dont les rues et les bâtiments ne sont que décrépitude et délabrement, une capitale qui est devenue le terrain de jeu des trafiquants et des corrompus. En fait, Mohamed Khan dans ce film nous raconte l’histoire d’un homme simple qui s’est libéré de ses chimères pour se convertir au réel et à l’action.


Factory Girl (Fatat El Masnaa, 2014)
avec Yasmin Raeis, Hany Adel, Salwa Mohamed Ali, Salwa Khattab, Ebtehal El Sority, Khairy Beshara, Souad El Kady, Batool Al Haddad, Raghda Saïd, Gehad Mahdy, Samar Abdel Wahab
Une histoire de Wesam Soliman
Musique : Yousra El Hawary, Georges Kazazian


Hiyam est une jeune femme de 21 ans qui travaille dans une usine de vêtements. Un nouveau directeur arrive à la tête de l’entreprise. Il s’appelle Salah, il est jeune, beau et célibataire. Hiyam en tombe aussitôt amoureuse. La complicité entre les deux jeunes gens croît très rapidement. Un baiser est échangé. Hiyam est heureuse même si elle sait qu’il lui sera difficile de se faire accepter par la famille de Salah. Son destin bascule quand on retrouve dans une poubelle de l’usine un test de grossesse. Ses collègues sont persuadées qu’il lui appartient et qu’elle a donc eu des relations sexuelles avant d’être mariée. Hiyam refuse de se défendre…


Avant la cohue de l'été ( Kabl Zahmet el Seif, 2015)
avec Maged El Kedwany, Hana Shiha, Ahmed Dawood, Lana Mushtaq, Hany El Metnawy, Lana Mushtaq, Salwa Mohamed Ali, Khairy Beshara
Scénario : Ghada Shahbander
Dialogues : Nora El Sheikh
Musique : Layal Watfeh


Nous sommes dans une petite station balnéaire de la côte nord, au mois de mai. Face à la plage, des chalets. Deux sont déjà occupés par des vacanciers souhaitant fuir la cohue de l’été. Dans le premier, nous trouvons le docteur Yahya al Qadi et sa femme Magda. Dans le second, une jeune divorcée qui est rejointe par son amant, un comédien sans talent. Pour veiller à leur quiétude, il y a bien évidemment un gardien, serviable et toujours présent. On découvre progressivement que tous ces personnages ont un point en commun : leur frustration et leur insatisfaction. On sent bien qu’ils sont tous là pour échapper, même un court instant au malheur qui pourtant ne manquera pas de les rattraper…




vendredi 1 février 2019

Les réalisateurs : Ibrahim Emara (1910-1972)

إبراهيم عمارة


Ibrahim Emara fut à la fois acteur, metteur en scène et scénariste. Il est né en 1910 et sa famille s’installe dans la capitale égyptienne alors qu’il n’a pas encore trois mois. Sa carrière artistique commence avec la pratique de l’art dramatique à l’université américaine du Caire. Il rejoint ensuite les studios Misr et se forme auprès de Niazi Mustafa qui dirige alors le département du montage. Le cinéaste l’embauche comme assistant dans ses propres réalisations (notamment dans Monsieur Omar) puis Ibrahim Emara signe son premier film en 1942.  Il réalisera plus d’une trentaine de longs-métrages et écrira quatorze scénarios.


Huit films d'Ibrahim Emara ont fait l'objet d'une présentation dans ce blog :

L’Ecervelée (el taisha,1947)
avec Fatima Roshdi (Lawahiz), Hussein Riad (Kamel), Yehia Chahine (Sami), Mahmoud El Meleigy (Farid, le mari de Samira et l’amant de Lawahiz)), Mary Moneib (Aïcha, la belle-mère de Lawahiz), Menassa Fahmy (Sayed Effendi, un ami et un collaborateur de Kamel), Zouzou Chakib (Latifa, l’amie de Lawahiz), Hassan Kamel (Mansour, le père de Lawahiz), Amina Sherif (Samira, la sœur de Sami et de Kamel) , Rashad Hamed, Doria Ahmed (l’une des chanteuses), Ahlam (l’une des chanteuses), Reyad El Kasabgy (Hanafi), Mohamed Nabeh (le barman), Mahmoud Lotfi (le patron du restaurant), Zaki Ibrahim (l’avocat)
Scénario : Ibrahim Emara et Youssef Gohar
Musique : Ibrahim Fawzi, Mamoun Al Shinawi, Mahmoud Al Sherif, Ibrahim Hussein 
Production : Fatima Roshdi


A sa mort, Shakir Bey lègue son usine à son fils aîné Kamel et à sa fille Samira. Le plus jeune de ses fils, Sami, est encore étudiant et reste sous la tutelle de ses deux aînés. Pour rompre l’isolement de leur sœur Samira, Kamel demande à une jeune voisine d’origine modeste de venir vivre dans leur hôtel particulier. Elle s’appelle Lawahiz, et elle émerveillée par l’existence luxueuse que mènent les héritiers de Shakir Bey. Sami ne tarde pas à tomber amoureux de la jeune femme mais pour l’instant il n’a aucune situation. Lawahiz préfère donc se rapprocher de son frère aîné, Kamel qui a pris la direction de l’entreprise familiale. Malgré leur différence d’âge, elle parvient à le convaincre de la sincérité de ses sentiments. Ils se marient tandis que Sami préfère s’éloigner et part travailler au Soudan. Lawahiz a désormais une ambition : prendre la direction de l’usine et accaparer la fortune de la famille. A cette fin, elle devient même la maîtresse de Farid, son beau-frère. 


L’Ennemi de la Société (Adouw Al Mougtama, 1947)

avec Abbas Fares (Baghadi), Mahmoud El Meleigy (Khalil), Mahmoud Reda (Monsieur Mabrouk), Salah Nazmi (Magdi), Zeinab Sedky (Fatima, la femme de Baghadi),Mokhtar Othman (Ibrahim Bey), Abdel Aziz Khalil (Arafat, le contremaître), Said Khalil (Hamada), Reyad El Kasabgy (un prisonnier), Nemat Sami (la mère de Magdi), Sophie Dimitri (Oum Daoud), Rashad Hamed (un gangster), Abdel Moneim Ismail (le gardien de prison), Hussein Asar (le procureur), Mohamed El Sebai (un ouvrier), Mohsen Hassanein (un gangster), Gina (une danseuse), Houda Shams El Din (une danseuse), Aziza Badr (la sage-femme), Sayed Farag Sayed (le chanteur), Aqeila Rateb (Fathia adulte)
Scénario : Youssef Gohar
Musique : Abdel Halim Noweira, Mahmoud El Sherif, Ibrahim Hussein
Production : les Films Nour


Baghadi est un ouvrier qui travaille dans une forge. Tout le monde reconnaît son courage et sa droiture. Il n’aime pas l’injustice et refuse de payer la redevance qu’exige le contremaître de tous les ouvriers. Il incite même tous ses collègues à en faire autant. Le contremaître le dénonce auprès de la direction et Baghadi est licencié. Par solidarité son ami Hamada quitte aussi l’usine. Baghadi se retrouve dans une situation difficile. Il n’a plus de revenus et sa femme vient de donner naissance à une petite fille. Désespéré, il décide de cambrioler la maison de l‘usurière du quartier, Oum Daoud. Profitant de son absence, il s’introduit chez elle et s’empare de l’argent qui était caché dans une armoire. Alors qu’il s’apprête à quitter les lieux, la propriétaire rentre dans son logis et tombe nez à nez avec son voleur. Affolé, Baghadi se jette sur elle et l’étrangle. Tandis qu’il s’enfuit dans la nuit, Hamada, son ami, se présente chez l’usurière pour lui emprunter de l’argent. C’est lui qui découvre le cadavre de la vieille femme et il est accusé de l’avoir tuée. Malgré ses protestations, Hamada est aussitôt jeté en prison en attendant son procès. Peu après, Baghadi déménage avec sa petite famille pour mener une nouvelle vie. Grâce à l’argent de l’usurière, il offre aux siens une existence enfin heureuse mais sa conscience ne lui laisse aucun repos. Il assiste au procès de son ami et il ne supporte pas de le voir condamner à sa place, il se dénonce. Baghadi est condamné aux travaux forcés à perpétuité…

Notre avis : le péché et la rédemption sont les marottes d’Ibrahim Emara. D’ailleurs, le film se termine par une lecture du Coran, verset 53 de la sourate Az Zumar (les groupes). Nous sommes dans une atmosphère très proche de celle de Crime et Châtiment de Fiodor Dostoïevski. Ce n’est sans doute pas un hasard si le héros de L’Ennemi de la société tue une vieille usurière comme Raskolnikov dans le roman russe. Un film édifiant qui nous permet d’apprécier l’immense talent d’Abbas Fares, un acteur un peu oublié aujourd’hui.


Tu m’as fait du Tort (Ya Zalemni, 1954)
avec Sabah (Afaf), Hussein Sedqi (Raouf Abdel Salam), Mahmoud El Meleigy (Hamed), Mona (Siham, la sœur d’Hamed), Lebleba (Soad, la petite sœur d’Afaf), Wedad Hamdy (Nargis, la tante de Soad et d’Afaf), Aziz Othman (Yoyo, le mari de Nargis), Zaki Ibrahim (Metwally Radwan), Hassan Abu Zeid (un musicien), Mounir El Fangary (un musicien)
Scénario : Mohamed Mostafa Sami
Production : Abdullah Barakat, Lotus Films


Raouf est un jeune enseignant fraîchement diplômé qui doit rejoindre son premier poste. Dans le train, il fait la connaissance d’un vieil homme qui a pris place dans le même compartiment que lui. Il s’appelle Metwally Radwan et il est receveur. Sa santé semble bien fragile : il a le plus grand mal à respirer et il est soudain secoué d’une violente quinte de toux. Le vieil homme demande à Raouf de lui donner sa valise qui se trouve sur le porte-bagages pour prendre les médicaments dont il a besoin. Raouf s’exécute aussitôt mais il fait un faux mouvement et la valise tombe sur la tête de Metwally qui perd connaissance. Raouf est persuadé que l’homme est mort. Affolé, il quitte rapidement le compartiment tandis que le train arrive en gare. Le lendemain, Raouf se présente dans l’établissement où il doit exercer : c’est une école de filles et il ne tarde pas à apprendre que parmi ses élèves, il y a Afaf, la fille aînée de Metwally. Après la mort de leur père, Afaf et sa petite sœur Soad ont été recueillies par leur tante. Pour apaiser sa conscience, Raouf a décidé de prendre sous son aile la jeune fille qui est harcelée par certaines de ses camarades et maltraitée par sa tante…

 
La Chanson de la Fidélité (Lahn el Wafaa, 1955)
avec Abdel Halim Hafez (Galal), Hussein Riad (Allam), Shadia (Siham), Wedad Hamdy (une chanteuse), Zouzou Nabil (Abla Zouzou), Abdel Wareth Asr (un musicien), Hassan El Baroudy (Ali Baba Allah), Zaki Ibrahim (l’oncle d’Allam), Mary Ezz El Din (une chanteuse), Nabil Al Zakzouky (Galal enfant), Hassan Hamed (le directeur de la troupe), Ragaa Youssef (une danseuse), Ellen Diatto (une danseuse), Mohamed Shawki (le cafetier)
Scénario et dialogues : Mohamed Mostafa Samy
Musique et chansons : Riad El Sonbati, Mohamed Al Ahmed, Mounir Mourad, Mahmoud Al Sharif, Mohamed Al Mogi, Kamal Al Tawil
Production : Ibrahim Emara


Comédie musicale. Allam est un musicien d’âge mûr qui vit à Alexandrie. Il est seul depuis que sa femme l’a quitté. Son vieil oncle Khalil lui confie Galal, son jeune fils, avant de mourir. Allam se consacre entièrement à l’éducation de l’enfant. Il n’oublie pas pour autant sa carrière artistique. Il décide de s’installer au Caire. Après quelques expériences malheureuses, il finit par être reconnu et il prend la direction d’un grand orchestre. Les années ont passé. Galal est devenu un jeune homme. Il a fait des études de droit mais il est passionné par le chant. Il rejoint l’orchestre de son père adoptif. C’est ainsi qu’il fait la connaissance de Siham, une jeune chanteuse. Les deux jeunes gens tombent amoureux l’un de l’autre. Le problème, c’est qu’Allam, lui aussi, s’est épris de Siham et rêve de l’épouser…

Notre avis : premier film et premier succès d’Abdel Halim Hafez. Le film comporte six chansons interprétées par le Rossignol Brun (surnom du jeune chanteur) seul ou en duo avec Shadia et c’est à chaque fois le même ravissement. Parmi les compositeurs, on compte les meilleurs de l'époque comme Mohamed Al Mogi et Kamal Al Tawil qui travailleront régulièrement pour Abdel Halim Hafez. Ce qui frappe à chaue fois, c'est comment les chansons s'insèrent le plus naturellement du monde dans l'intrigue du film. Sans doute est-ce dû à l'immense talent d'Abdel Halim Hafez : il joue comme il chante, avec la même aisance et le même naturel. Chaque chanson est comme une confidence susurrée à l'oreille des spectateurs. Cette comédie musicale est aussi un bel hommage à tous les musiciens et chanteurs égyptiens, qu'ils se produisent dans de petits cabarets ou bien dans les théâtres les plus prestigieux. Elle montre les grandeurs mais aussi les servitudes de ces existences entièrement dédiées à la musique. Hussein Riad est prodigieux dans le rôle d’Allam, cet artiste vieillissant et tourmenté qui se montre tour à tour d’une infinie générosité et d’un implacable égoïsme.


Casier Judiciaire  (Sahifet Sawabeq, 1956)
avec Sabah (Nadia), Kamal El Shennawi (Wahid), Mahmoud El Meleigy (Abou Al Azz), Serag Mounir (le chef d’entreprise), Aida Helal (Thuraya), Abdel Moneim Ismail (le mari de Mabrouka), Rafeaa El Shal (Mabrouka), Mohamed Suleiman (Antar), Aly Abd El Al (le propriétaire de la boulangerie), Nemat Mokhtar (une danseuse), Ellen Deatto (une danseuse), Soheir Ramzy (Souad, une petite fille)
Scénario : Mohamed Mostafa Samy
Musique : Mohamed Fawzy, Mounir Mourad, Mahmoud El Sherif, Fathy Qoura, Mohammed Ali Ahmed


Wahid a dilapidé toute sa fortune au jeu et il a rejoint un gang dirigé d’une main de fer par Abou Al Azz. Ce dernier est amoureux de Nadia, une jeune vendeuse qu’il espionne de sa fenêtre. Il finit par lui proposer le mariage. Elle accepte. Le jour des noces, Wahid fait la connaissance de la jeune épouse de son chef. Il est impressionné par sa beauté. Soudain, la police fait irruption dans la salle. Des coups de feu sont échangés. Abou Al Azz est arrêté mais Wahid et Nadia parviennent à fuir. La jeune femme est blessée au bras. Ils volent une voiture et quittent la ville. Ils se réfugient à la campagne. C’est Wahid lui-même qui prodigue à Nadia les soins dont elle a besoin. Peu après, il lui apprend les véritables activités d’Abou Al Azz qui est condamné à dix ans de prison. Les deux jeunes gens finissent par tomber amoureux l’un de l’autre. Ils se marient et ont une fille. Wahid a décidé d’abandonner se activités criminelles. Il a fait des études de droit pour gagner honnêtement sa vie. Les années ont passé. Abou Al Azz recouvre la liberté. Il part aussitôt à la recherche de Nadia…


Le crime et le châtiment  (Al-Garima wal-’Iqab, 1957) 
avec Shokry Sarhan, Magda, Zahrat Al Oula, Mahmoud El Meleigy, Rawheya Khaled, Negma Ibrahim, Abdel Moneim Ibrahim, Zeinab Sedky, Abdel Ghany Kamar, Shafik Nour El Din, Anwar Zaky, Mohsen Hassanein, Layla Hamdy, Mohamed Shawky, Abbas El Daly, Hassan Al Dweni, Ahmad Shawqi, Mohamed Sobeih, Ahmed Abdel Fattah, Reyad El Kasabgy, Ali Kamal, Abdel Moneim Basiony, Sayyed el Araby, Soaad Ahmed, Abd Al Azim Kamel, Amal Salem, Samia Mohsen, Salwa Mahmoud,Zaki Mohamed Hassan, Mohamed Suleiman, Shaladimo, Thuraya Fakhry 
Adaptation du roman de Dostoievski 
Scénario : Mohamed Othman 
Musique : Fouad El Zahry 
Figure dans la liste des 100 films les plus importants de l’histoire du cinéma égyptien


Ahmed Hosny est un étudiant qui vit dan un quartier pauvre de la capitale avec sa mère malade et sa petite sœur Nabila. La situation de la famille est devenue dramatique : ils n’ont pas payé leur loyer depuis 3 mois. Ahmed est amoureux de leur voisine Samiah qui vit avec son père et sa belle-mère. Son père a perdu son travail et a sombré dans l’alcoolisme. Samiah se met en quête d’un emploi mais elle n’en trouve pas. Pour permettre à tous ses proches d’échapper à la misère et à la corruption, Ahmed Hosny va commettre un double crime…


La Fille du Désert (Bent El-Badeya, 1958)
avec Mohamed El Kahlawy (Nassar, le fils de Jassar)), Zouzou Nabil (Sharifa, la femme d’Ahmed), Abbas Fares (Manaeh), Berlanti Abdel Hamid (Nasr, la fille de Sharifa), Adly Kasseb (Jassar), Samiha Ayoub (Hind), Mohamed El Tokhy (le sheikh de la tribu), Nagwa Fouad (la danseuse), Ahmed Shawqi (Ahmed)
Scénario : Ibn El Badia
Musique : Mohamed El Kahlawy


L’action se passe au sein d’une tribu de bédouins. A la suite d’un différend, Jassar tue son voisin Ahmed. La femme de ce dernier, Sharifa, est terrassée par le chagrin mais elle se promet de tout faire pour venger son mari. Quelques mois plus tard, elle donne naissance à une petite fille au même moment où la femme de Jassar accouche d’un petit garçon. La première s’appelle Nasr et le second, Nassar. Malgré les difficultés de la vie quotidienne, Sharifa n’a pas renoncé à punir l’assassin de son mari. Un jour, elle parvient même à tirer sur Jassar mais celui-ci n’est que blessé. En représailles, il ordonne à ses hommes de brûler tout ce que possède Sharifa. Les années passent. La fille d’Ahmed est devenue une jeune femme, belle et fière. Sa mère l’a élevée dans la haine de Jassar. Mais, un jour, alors que Nasr chasse à la carabine dans le désert, elle voit un jeune homme à cheval arriver dans sa direction. Il est poursuivi par toute une bande d’individus masqués et il est blessé. Elle vole à son secours et le cache dans une hutte. C’est grâce à elle s’il échappe à ses assaillants. Ce jeune homme que Nasr vient de sauver, c’est Nassar, le fils de Jassar…


La lutte contre la mort (Sira maa el mout, 1970)
avec Farid Shawki, Soheir Zaki, Mahmoud El Meleigy, Abdel Moneim Madbouly, Nemat Mokhtar, Tawfik El Deken, Adli Kasab, Seham Fathy, Sayed Zayan, Seif Allah Mokhtar, Hafez Amin, Helmy Halim, Ahmad Shawki, Ali Oraby, Hassan Hussein, Radwan Hafez, Kamal Sarhan
Scénario : Fayek Ismail


Un policier, une danseuse et un joueur de foot se retrouvent dans le même minibus qui doit les mener à Alexandrie. La chaleur est accablante et les passagers sombrent dans un profond sommeil. Malheureusement, le chauffeur est lui aussi terrassé par la fatigue et il finit par s’endormir. L’accident est inévitable. Le policier, la danseuse et le joueur de foot sont transportés à l’hôpital. Ils sont grièvement blessés. Seule, une transplantation cardiaque peut leur sauver la vie. L’équipe médicale doit trouver rapidement des donneurs car il faut opérer de toute urgence. C’est ainsi que le policier reçoit le cœur d’un voleur, la danseuse, celui d’un lutteur et le joueur de foot, celui d’un singe. Les trois patients se rétablissent et peuvent reprendre la vie qu’ils menaient avant l’accident. Le problème, c’est qu’ils vont se comporter comme l’auraient fait les « anciens propriétaires » de leur nouveau cœur : le policier vole toutes les personnes de son entourage, la danseuse corrige sévèrement tous ceux qui ont le malheur de lui déplaire, et le joueur de foot manifeste une affection toute filiale pour le peuple singe.