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jeudi 30 avril 2026

Tous les trois l’aiment ( el talata yuhebbunaha, 1965)

الثلاثه يحبونها
إخراج: محمود ذو الفقار


Mahmous Zulficar a réalisé Tous les trois l'aiment en 1965.
Distribution : Soad Hosny (Ehman), Hassan Youssef (Kamal Azmi), Mary Ezz El Din (la mère d’Ehman), Youssef Chaban (Essam, le patron d’Ehman), Youssef Fakhr El Din (Adel Sabry), Nahed Sherif (Layla, l’amie et la collègue d’Ehman), Hussein Ismaïl (le portier du club)
Scénario : Amin Youssef Ghorab
Musique du générique : “the waltzing cat” de Leroy Anderson
Production : la Compagnie Cinématographique du Caire


Nahed Sherif, Soad Hosny, Youssef Fakhr El Din





Soad Hosny, Youssef Chaban





Hassan Youssef






Soad Hosny, Youssef Chaban






Soad Hosny, Hassan Youssef





 
Nahed Sherif, Soad Hosny


















Résumé

Ehman est une jeune femme moderne qui vit seule avec sa mère. Après la mort de son père, elle a dû interrompre ses études et accepter un poste de secrétaire pour subvenir aux besoins du foyer. Bien décidée à profiter de la vie sans se laisser enfermer par le qu’en‑dira‑t‑on, elle sort beaucoup, danse, s’amuse… mais garde une limite qu’elle ne transgresse pas : elle refuse de céder sa virginité pour une aventure sans lendemain.

Autour d’elle gravitent plusieurs prétendants.

Le premier est Essam, son patron, qui l’aide à préparer ses examens et lui a demandé sa main. Ehman refuse de s’engager tant qu’elle n’a pas obtenu son diplôme.

Le second est Adel Sabry, un camarade qu’elle retrouve au club qu’elle fréquente. Intellectuel, lecteur assidu, aspirant écrivain, il a tout pour plaire… mais Ehman le trouve trop sérieux, trop rigide. À l’inverse, Layla, amie et collègue d’Ehman, est secrètement amoureuse de lui.
Un jour, Adel adresse une lettre d’amour à Ehman. Cette dernière la montre à Layla et la laisse répondre à sa place. Touché par la sensibilité de cette réponse qu’il croit d’Ehman, Adel tombe encore plus amoureux, ignorant que c’est Layla qui a mis dans ces mots tout son cœur.

Le troisième soupirant est Kamal, un jeune employé récemment arrivé dans l’entreprise. Entre lui et Ehman, la complicité est immédiate : même goût pour la fête, même insouciance. Mais Kamal, déjà fiancé, se persuade que la jeune femme est une fille facile et qu’il pourra la séduire sans effort. Lors d’un séjour à la mer organisé par l’entreprise, il s’introduit dans la tente d’Ehman et tente d’abuser d’elle. Ses cris alertent leurs collègues qui interviennent à temps. Layla essaie alors de lui faire comprendre que son attitude très libre peut être mal interprétée par certains hommes.
De retour au bureau, Ehman refuse de dénoncer Kamal. Touché par sa générosité, le garçon lui voue dès lors une amitié sincère.

Décidée à tourner la page de ses imprudences, Ehman accepte finalement de se fiancer avec Adel. Essam, son patron, feint de s’en réjouir mais ne supporte pas l’idée de la perdre. Sous prétexte de l’aider à réviser, il l’attire chez lui, lui fait boire un verre contenant un puissant somnifère et abuse d’elle. Lorsqu’il découvre qu’elle était vierge, il réalise l’ampleur du mal qu’il vient de commettre.

Anéantie, Ehman rompt ses fiançailles avec Adel et encourage Layla à prendre sa place. Ils finiront par se marier. Essam demande sa mutation et rédige un rapport élogieux sur Ehman pour son successeur, ultime tentative de réparer l’irréparable.
Il ne reste auprès d’elle que Kamal, déterminé à la soutenir et à l’aider à reconstruire sa vie.


Critique

Le film s’ouvre comme une comédie légère avant de basculer progressivement vers le drame.

En 1965, Soad Hosny est devenue la jeune première la plus courtisée du cinéma égyptien, et son image a déjà beaucoup évolué depuis ses débuts au début des années 60. Longtemps cantonnée aux rôles de jeune fille sage issue d’un milieu aisé, elle incarne désormais la figure de la jeune Égyptienne moderne, avide de liberté et déterminée à mener sa vie selon ses propres règles, loin des traditions et du regard pesant de la société. Le personnage d’Elham s’inscrit pleinement dans cette nouvelle identité : une jeune femme active, indépendante, et surtout désireuse de profiter de la vie.

Cette représentation reflète sans doute les aspirations d’une partie de la jeunesse citadine dans une Égypte en pleine transformation sous Nasser. Pourtant, le film en propose un contrechamp sombre : Elham se heurte à un patriarcat que l’on croyait en recul, mais qui se révèle d’une brutalité intacte. Violée par son patron, elle perd sa virginité et se retrouve immédiatement rejetée par une société qui ne lui laisse aucune possibilité de rédemption.

Si l’on peut saluer la volonté des auteurs de s’éloigner de l’optimisme un peu artificiel du cinéma commercial de l’époque, le film n’échappe pas à une dimension moralisatrice ambiguë. Il laisse entendre que l’héroïne porte une part de responsabilité dans son malheur, comme si sa sociabilité et sa liberté d’allure avaient attiré le drame. Cette idée est d’ailleurs relayée par sa meilleure amie, dont la conduite plus « sage » est récompensée par un bonheur conjugal auquel Elham n’aura jamais accès.

Entre 1964 et 1969, Mahmoud Zulficar tournera quatre films avec Soad Hosny et Hassan Youssef. "Tous les Trois l’aiment" est le deuxième. Les deux acteurs, qui ont débuté la même année, en 1959, se connaissent bien et s’apprécient. Leur première collaboration remonte à « « Aucune entente » d’Atef Salem (1961) et, après une dizaine de films tournés ensemble dans les années soixante, leurs trajectoires finiront par diverger.

Leur complicité évidente apporte un charme certain à la première partie, mais elle ne suffit pas à compenser les scènes répétitives et les situations trop prévisibles qui jalonnent le film. Plus gênant encore : le jeu de Soad Hosny manque ici de nuances, et ses minauderies, d’ordinaire irrésistibles, finissent par fatiguer. Il faut dire que son personnage, comme la plupart des autres, souffre d’une cruelle absence de relief et de singularité, ce qui réduit d’autant la portée émotionnelle du récit.

Reste un détail savoureux : voir Nahed Sherif incarner une jeune fille sage et conventionnelle, elle qui deviendra dans les années soixante-dix l’un des sex-symbols les plus sulfureux du cinéma arabe, allant jusqu’à être l’une des rares actrices de la région à s’être entièrement dénudée devant une caméra.

Appréciation : 2/5
**

lundi 14 juillet 2025

Les Trois Amis (Al'asdiqa' althlath, 1966)

الأصدقاء الثلاثة
إخراج : أحمد ضياء الدين


Ahmed Diaa Eddine a réalisé Les Trois Amis en 1966.
Distribution : Hassan Youssef (Galal), Mohamed Awad (Hamouda), Ahmed Ramzy (Essam), Youssef Chaban (Ezzat, l’escroc), Nagwa Fouad (Nana), Nagla Fathy (Zahra, la sœur de Nana), Nabila Ebeid (Soad), Magda El Khatib (Nadia),Abdel Azim Kamal (le père de Nadia et de Soad), Aleya Abdel Moneim (Madame Amina, la mère d’Essam), Anwar Madkor (le directeur de l’école), Abdel Ghany Qamar (un gardien de prison), El Deif Ahmed (El Deif, un complice d’Ezzat), Samir Ghanem (Samir, un complice d’Ezzat)
Scénario : Adly El Moled et Abdel Fattah El Sayed
Production : Les Films Gomhouria

Hassan Youssef, Samir Ghanem, Mohamed Awad



Hassan Youssef et Nagwa Fouad



Magda El Khatib, Ahmed Ramzy, Nabila Ebeid



Nagwa Fouad et Youssef Chaban



Ahmed Ramzy, Abdel Azim Kamal, Aleya Abdel Moneim



Nagla Fathy et Ahmed Ramzy
















Résumé


Avertissement : le texte qui suit est un résumé simplifié du film qui comporte un grand nombre de péripéties inutilement complexes et souvent inracontables.

Galal et Hamouda sont étudiants dans un établissement technique. Ils se conduisent comme de véritables cancres et ils ne cessent d’irriter leurs professeurs parmi lesquels se trouve leur cousin Essam. Ce jour-là, les deux garçons ont dépassé les bornes et ils sont renvoyés de l’établissement pour une semaine, au grand dam d’Essam. Ce dernier vit toujours chez sa mère qui est veuve. Pour gagner sa vie, elle effectue des travaux de couture. Galal et Hamouda ont l’habitude de se rendre chez leur tante pour y réviser. Mais il y a aussi une autre raison. Dans le même immeuble résident avec leur père Soad et Nadia, deux jeunes lycéennes très séduisantes. La première est amoureuse d’Essam et la seconde de Galal. Tandis que les quatre jeunes gens flirtent dans l’escalier, Hamouda sert de guetteur et doit prévenir si le père des deux filles fait son apparition. Quand celui-ci entre enfin dans l’immeuble, il ne rentre pas chez lui mais pénètre d’abord dans l’appartement de la mère d’Essam. Le jeune professeur en est convaincu : sa mère entretient une liaison adultère avec son voisin.

Il quitte l’immeuble précipitamment tandis que Galal et Hamouda ont pris une voiture pour le rejoindre. Essam est accosté par une prostituée. Il prend un air menaçant qui effraie la jeune femme. Cette dernière s’enfuit et traverse la rue sans voir qu’au même moment une voiture surgit. La collision est inévitable. Dans l’automobile, bien évidemment, ce sont les deux cousins d’Essam. La police intervient aussitôt et les trois garçons se retrouvent en détention. Le jour de leur libération, la mère d’Essam, accompagnée des deux sœurs Soad et Nadia, les attend à la porte de la prison. L’ancien professeur refuse de saluer sa mère et se précipite dans un taxi.

Pour gagner leur vie, les trois cousins décident de créer un atelier de décoration mais, à cause de leur condamnation récente, ils ne peuvent gérer une entreprise. Ils ont trouvé un homme qui accepte d’enregistrer la petite société à son nom. Malheureusement, les trois associés vont découvrir que cet individu est un véritable escroc qui non seulement a dilapidé une partie de leur capital mais veut mettre la main sur leur atelier. Pour ce faire, il demande à sa maîtresse, la danseuse Nana, d’embaucher les trois décorateurs et de tenter de séduire Essam. Mais rien ne se passe comme prévu. En fait c’est Nana qui tombe amoureuse d’Essam et qui rompt avec son amant. Celui-ci n’a pas dit son dernier mot : la société est mise aux enchères et il pense pouvoir la racheter grâce à l’argent volé. Mais Galal et Hamouda sont plus malins que lui : non seulement, ils ont récupéré leur argent mais ils ont racheté la société au nom de la mère d’Essam. S’ensuit une très longue course poursuite durant laquelle Nana et son ex-amant trouvent la mort. Happy end : joie des trois garçons et de leurs proches qui peuvent enfin rentrer chez eux..


Critique

Le scénario de ces « Trois Amis » est signé Adly El Moled à qui l’on doit d’autres navets mémorables comme « Une Fille Turbulente » (réalisé par Houssam Al Din Mustafa en 1967) ou « Secrets de Filles » (réalisé par Mahmoud Zulficar en 1969). Grâce à lui, certains cinéastes de renom ont fait l’expérience de la médiocrité et de l’insignifiance. Je ne suis pas sûr qu’il faille l’en remercier. Pour ce film d'Ahmed Diaa Eddine, il s’est surpassé !

L'art d'Adly El Moled, c’est celui du patchwork improbable : il met bout à bout des scènes qu’il a empruntées à d’autres films de genres très différents, sans se soucier de la vraisemblance ni de la cohérence. Dans "Les Trois Amis", ce brillant auteur, sûr de son talent multiforme, a voulu mêler le comique et le dramatique. Pourquoi pas mais il le fait de manière si maladroite que les deux registres s’annulent l’un l’autre. Ahmed Ramzy incarne Essam, un personnage dramatique. Il croit avoir entendu sa mère faire l’amour avec le voisin et depuis, traumatisé, il entretient une haine absolue des femmes. On voudrait bien y croire mais le problème, c’est que le malheureux est entouré par deux « comiques » qui multiplient les gags pas drôles et les plaisanteries puériles, une spécialité du très agité Mohamed Awad. Une des séquences les plus éprouvantes est celle du séjour en prison de nos trois amis. Les gags ratés succèdent aux gags ratés et on a vraiment hâte qu’ils recouvrent la liberté.

Ce film souffre aussi d’un grave problème de rythme : le montage souvent chaotique ne parvient pas à masquer la répétition monotone des mêmes situations et le vide vertigineux de certaines scènes. Trop souvent, on a des personnages qui ne savent pas quoi faire. Ils attendent, les bras ballants, puis passent d’une pièce à une autre. Le plus navrant, c’est pour la toute jeune Naglaa Fathy dont c’est la première apparition au cinéma. On lui a confié un rôle qui n’a strictement aucune fonction dans le récit si bien que durant tout le film, on la voit descendre l’escalier de sa maison pour ouvrir aux visiteurs qui se présentent à la porte. Très gratifiant !

Comme beaucoup de comédies, « Les Trois Amis » se termine par une course poursuite des gentils et des méchants à laquelle vient se mêler la police (On ne comprend pas très bien ce qu’elle vient faire dans cette séquence déjà particulièrement confuse.). En général, c’est long mais ici, la course poursuite bat tous les records : elle ne fait pas moins de quinze minutes, soit pratiquement 1/6eme du film total. Voilà peut-être la seule véritable originalité de l’œuvre !

Pour conclure, nous dirons que « Les trois Amis » est sans doute le plus mauvais film d’un excellent cinéaste.

Appréciation : 1/5
*

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

dimanche 28 février 2021

Youssef Chaban (1931-2021)

يوسف شعبان




Le grand acteur Youssef Chaban est mort aujourd'hui à l'âge de 90 ans. Il avait été hospitalisé après avoir contracté le coronavirus.
La carrière de Youssef Chaban commence à la fin des années cinquante. Il excelle dans les rôles de personnages tourmentés au destin tragique. Son regard noir, ses airs sombres et son mutisme menaçant deviennent très vite familiers du grand public. A la fin des années quatre-vingt dix, il abandonne le cinéma pour se consacrer entièrement à la télévision. Il a joué pour les plus grands réalisateurs  et on le retrouve dans bon nombre de classiques des années soixante, soixante-dix et quatre-vingt.

dimanche 9 août 2020

Les Portes de la Nuit (Abwab El Leil, 1969)

أبواب الليل
إخراج : حسن رض




Hassan Reda a réalisé Les Portes de la Nuit en 1969.
Distribution : Youssef Chaban (Mohamed Salameh), Layla Taher (Kawthar, la femme d’Hosni Munir)), Madiha Kamel (Zizi, la maîtresse d’Hosni), Salah Mansour (Hosni Munir), Saïd Saleh (Badran), Said Khalil (le complice d’Hosny et de Kawthar), Zizi Mostafa (Safia), Naima El Saghir (la tenancière du bar), Shafik Nour El Din (Al Haj Salameh, le père de Mohamed), Aleya Abdel Moneim (Amina, la tante de Mohamed)), Hamed Morsi (le chanteur du bar), Abdel Ghani El Nagdi (le voisin), Eskandar Menassa (Sayed, le père de Safia), Ahmed Abou Abia (un ouvrier de l’imprimerie)
Scénario : Saad Mekawy 
Musique : Andre Ryder
Production : Kamel El Hefnawy

Youssef Chaban

Madiha Kamel

Saïd Khalil

Ahmed Abou Abia et Salah Mansour

Salah Mansour et Madiha Kamel

Layla Taher et Youssef Chaban

Abdel Ghani El Nagdi

Shafik Nour El Din

Eskandar Menassa

Zizi Mostafa et Youssef Chaban


Résumé

Mohmed Salameh travaille dans une imprimerie comme dessinateur mais une altercation très violente avec son patron le contraint à quitter son emploi. Mohamed vit avec son père qui est graveur sur métal et il doit épouser Safia, sa cousine. C’est une jeune fille douce et dévouée qui s’occupe du petit kiosque de vente de cigarettes appartenant à son père aveugle. 
Mohamed est un jeune homme tourmenté, sujet à de fréquents maux de tête. Il est sans cesse déchiré entre le désir de sortir de la pauvreté par tous les moyens et la morale très stricte que son père lui a inculquée. Ses soucis professionnels et une rencontre vont le faire basculer dans la délinquance. Il fait la connaissance d’un commerçant, Hosni Munir, qui lui propose de se lancer dans la contrefaçon de billets de banque. Cet homme à l’aspect débonnaire possède une quincaillerie, sa vitrine légale, mais dans l’arrière-boutique, il a installé une presse permettant la fabrication de fausse monnaie. Mohamed accepte de participer à l’entreprise. Hosni est marié à Kawthar, une femme qui n’hésite pas à jouer de sa séduction pour motiver le jeune dessinateur et cela avec l’approbation de son mari qui lui-même entretient une relation adultère avec une jeune femme. Hosni a promis à celle-ci de l’épouser, une fois fortune faite. Kawthar a appris le projet de son mari et pour sa part, elle envisage de s’installer à Alexandrie en espérant que Mohamed l’accompagne. Ce dernier travaille jour et nuit pour produire les faux billets, ce qui ne l’empêche pas d’être assailli par les scrupules. Il n’ose plus revoir ses proches mais Safia qui l’aime toujours le retrouve et tente de le convaincre de regagner le domicile de son père. En vain. Mohamed a terminé le travail pour lequel Hosni l’avait embauché. Ils se partagent les billets et chacun part de son côté. Mais le bonheur des faux-monnayeurs est de courte durée : Hosni et sa femme sont aussitôt arrêtés par la police. Dans le même temps, Mohamed se rend chez son père et découvre que celui-ci est alité, très malade. Il est bouleversé. Il décide alors d’aller de lui-même au commissariat pour se dénoncer. Safia lui promet de l’attendre…

 
Critique

Nous avons donc un drame dans lequel le héros entraîné sur le chemin du crime ne cesse d’être tourmenté par sa conscience. Il a le sentiment douloureux d’avoir trahi les siens et connaît toutes les affres du sentiment de culpabilité. Le bien et le mal sont représentés par deux figures féminines que tout oppose et bien sûr au final, le héros fera le bon choix, celui de la vertu et de la morale. C’est avec ce schéma manichéen et simpliste que l’on fait les bons navets édifiants dont le cinéma égyptien n’est pas avare. Il n’empêche que ce film vaut mieux que son sujet et qu’il serait dommage de le ranger dans le placard aux vieilleries abandonnées. 

On est d’abord frappé par le soin apporté à la réalisation. Chaque scène, chaque plan sont élaborés avec la plus grande rigueur et avec un sens aigu de l’esthétique et on doit louer le travail du directeur de la photographie qui joue avec toutes les possibilités qu’offre le noir et blanc et qui utilise la profondeur de champ avec un certain brio. Et comme c’est souvent le cas dans les grands films égyptiens, nous avons aussi de très beaux portraits des différents personnages. La caméra magnifie chaque visage et en scrute tous les détails afin d’en restituer toute l’humanité et parfois tout le mystère. 

On retrouve cette rigueur dans la conception des scènes oniriques, à la symbolique parfois un peu lourde. Elles sont entièrement tournées en studio et leur atmosphère rappellent certaines comédies musicales des années cinquante : même caractère factice des décors et même choix de la pantomime et de la danse pour le jeu des acteurs. 

Ce qui permet aussi de supporter le caractère un tantinet moralisateur du scénario, c’est que ce drame psychologique est tourné comme un film d’action. Le destin du héros bascule dès les premières minutes du film avec la gifle qu’il assène à son patron et ensuite tout s’enchaîne très vite pour conduire à la chute inévitable. On ne sera donc pas étonné de rencontrer dans ces Portes de la Nuit maintes références au film noir américain. 

Terminons par l’interprétation : elle est remarquable. On considère ce film comme un pic dans la carrière de Youssef Shabaan. Il a su rendre palpable l’angoisse de son personnage sans cesse tiraillé entre des inclinations contraires. Il incarne avec une grande conviction un personnage qui physiquement ne va pas bien et qui semble en permanence au bord de la rupture. Avec conviction mais aussi avec sobriété : il ne tombe jamais dans l’outrance et Dieu sait si le combat du bien et du mal y conduit trop souvent ! 

Pour ma part je retiendrai surtout les prestations de Layla Taher et de Salah Mansour. Tous les deux forment un couple de petits commerçants d’un cynisme et d’un amoralisme affichés. Ce sont deux escrocs médiocres que la perspective de devenir riches plonge dans un état d’euphorie permanente. 

Layla Taher est parfaite dans ce rôle de femme mature sans illusion sur l’amour et les hommes et qui tremble d’une excitation presque sexuelle à la vue de l’argent. Son pouvoir de séduction, son franc parler ainsi qu’une certaine agressivité font de son personnage une sœur de ceux incarnés par l’actrice française Stéphane Audran. 

Et puis il y a Salah Mansour que je considère comme l’un des plus grands acteurs de sa génération. Un embonpoint assumé et un visage tout rond lui donneraient la physionomie d’un personnage sympathique de dessin animé (Je l’imagine très bien dans Oui-Oui au Pays des Jouets !) s’il n’y avait ces petits yeux noirs qui trahissent une perversité hors norme et une indifférence presque animale à la souffrance des autres. Dans ce rôle de quincaillier saisi par le luxe et la débauche, il est magistral ! 

Appréciation : 4/5
****

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

lundi 29 avril 2019

Miramar (1969)

ميرامار
إخراج : كمال الشيخ


Kamal El Sheikh a réalisé Miramar en 1969.
Distribution: Shadia (Zohra), Youssef Wahby (Taleb Marzouq), Youssef Chaban (Sahran El Beheiry), Imad Hamdi (Amer Wagdy), Abdel Moneim Ibrahim (Mahmoud Abou Abbas), Abou Bakr Ezzat (Hosny Allam), Abdul Rahman Ali (Mansour Bahi), Nadia El Gendy (Sofia), Nazim Sharawi (Général Ibrahim Bahi), Ismet Raafat (Mariana), Ahmed Tawfiq (Ali Bakir), Soheir Samy (Alia), Soheir Ramzy (Doria), Ibrahim Saafan
Scénario : Mamdouh El Leithy
D’après le roman éponyme de Naguib Mahfouz publié en 1967
Musique : Michel Youssef
Production : Organisation générale égyptienne pour le cinéma

Youssef Wahby et Abou Bakr Ezzat

Ahmad Tawfiq et Youssef Chaban

Youssef Wahby et Imad Hamdi

Abdul Rahman Ali et Soheir Ramzy

Abdul Rahman Ali et Imad Hamdi

Youssef Chaban et Abdel Moneim Ibrahim

Ismet Rafaat

Soheir Samy

Youssef Chaban et Shadia


Résumé

Zohra a fui son village car son grand-père voulait la marier à un vieil homme. Elle arrive à Alexandrie et trouve un emploi de femme de ménage à la pension Miramar dans le quartier Mahatet El Raml. Cet établissement est dirigé par Mariana. C’est feu le père de Zohra qui lui apportait des œufs et des poulets . Zohra fait la connaissance des clients de la pension mais aussi d’autres personnalités du quartier, comme Mahmoud Abou Abbas, le vendeur de journaux qui est tombé amoureux d’elle. 

Parmi les pensionnaires, il y a ceux qui résident à Miramar depuis déjà un certain temps et ceux qui font leur apparition dans la première partie du film.

Les anciens sont Amer Wagdi, écrivain et journaliste proche du Wafd et Taleb Marzouk, un aristocrate, ancien ministre dont la révolution a confisqué toutes les propriétés. C’est un homme aigri qui n’a de cesse de harceler Zohra. 

Les nouveaux sont, par ordre d’apparition :Sarhan El Bahiry, Hosny Allam, Mansour Bahi

Sarhan El Bahiry est un homme que la révolution a corrompu. Il travaille comme agent comptable dans une entreprise de textile et il fait partie de son conseil d’administration. Il est aussi membre du bureau politique de l’Union Socialiste (parti fondé en 1962 par Nasser). Il a une liaison avec une danseuse Sofia. Zohara l’intéresse beaucoup et il commence à tourner autour. Il la poursuit à tous les étages de la pension. La servante ne se montre pas insensible au charme du jeune homme. C’est le début d’une idylle. 

Hosny Allam est un aristocrate, propriétaire terrien, sans emploi. Amateur de femmes, lui aussi va vouloir séduire Zohra.

Sofia a appris que Sarhan a une relation avec Zohra. Elle fait irruption dans la pension et manifeste bruyamment sa rage et sa rancœur. On parvient, non sans mal, à l’expulser. Hosny Allam profite de l’occasion pour séduire Sofia mais il n’a pas abandonné pour autant l’idée de conquérir Zohra. Un soir, alors qu’il a bu plus que de coutume, il fait irruption dans la chambre de la servante et se jette sur elle. La femme crie. Tous les résidents accourent. Une bagarre éclate entre Sarhan et Hosny. 

Mansour Bahi est le dernier arrivé. C’est un jeune militant anti-gouvernemental. Son frère, le général Ibrahim Bahi, lui interdit de poursuivre ses activités subversives. Il le place dans la pension car tous les membres de sa cellule vont être arrêtés dont Fawzy , le mari de Dari, la jeune femme que Mansour avait beaucoup aimé. Après l’arrestation de leurs compagnons, Dari rejoint Mansour à Miramar. Ils passent une nuit ensemble et le jeune homme incite sa maîtresse à divorcer. Elle y consent, elle divorce mais juste après, Mansour rompt avec elle. 

Entretemps, Zohra a demandé à une jeune institutrice de lui apprendre à lire. La jeune femme vient donner ses leçons à la pension, dans le salon où se tient souvent Sarhan. Ce dernier est tout de suite conquis par la beauté de l’enseignante. Leurs regards se croisent. Sarhan a décidé de l’épouser, il se rend chez ses parents pour faire sa demande. Il est chaleureusement accueilli et il multiplie ses visites.

Zohra finit par découvrir la liaison entre son bien aimé et l’institutrice. Elle est désespérée. La conduite de Sahran fait l’objet de la désapprobation de tous les pensionnaires du Miramar. 

Pour autant, le comptable inconstant ne jouira pas longtemps de son tout nouveau bonheur. Avec la complicité d’un ingénieur de son entreprise, il avait organisé le vol de tout un camion de laine. Malheureusement, la nuit où doit avoir lieu l‘opération, la police intervient : ils ont été dénoncés.

Sarhan comprend que tout est fini : il sera d’un moment à l’autre arrêté. Il boit de l’alcool dans un bar et sort en titubant dans les rues. Il s’effondre. Mansour qui l’avait suivi, l’achève à coups de pied. 

Zohra est finalement renvoyée de la pension, la directrice ne supportant plus l’agitation que sa présence crée parmi les résidents. Dans la rue, elle est rejointe par le marchand de journaux, Mahmoud Abou Abbas qui l’aime toujours...

mardi 12 février 2019

Le Café de Mawardi ('ahwat al-mawardy, 1982)

قهوة المواردي
ﺇﺧﺮاﺝ : هشام أبو النصر



Hisham Abu El-Nasr a réalisé le Café de Mawardi en 1982.
Distribution : Farid Shawki, Nabila Ebeid, Youssef Chaban, Farouk El Feshawi, Mamdouh Abdelalim, Nadia Zaghloul, Abdel Salam Mohamed, Hassan Hosny, Ibrahim Nasr, Naima El Soghaiar, Hafez Amin, Aleya Abdel Moneim, Qadria Kamel, Hisham Abu Al Nasr, Thuraya Ezzelddin, Saleh El Aweil, Mohamed Mahmoud
Une histoire d'Ahmed Galal
Scénario et dialogues de Mohsen Zayed
Musique : Ali Saad

Mamdouh Abdelalim

Farid Shawki

Ibrahim Nasr et Farid Shawki

Farid Shawki et Nadia Zaghoul

Nabila Ebeid

Abdel Salam Mohamed

Mamdouh Abdelalim et  Farouk El Feshawi

Nabila Ebeid

Youssef Chaban et Hassan Hosny

Aleya Abdel Moneim et Hafez Amin



Résumé

Chronique sociale. Hassanein Abu Sana sort de prison. Il avait été condamné à dix ans d’incarcération pour le meurtre de l’un des résidents de l’immeuble dont il est propriétaire. Dans le quartier l’annonce de son retour suscite la peur et l’angoisse. Hassaneim revient avec des projets : il veut profiter de l’ouverture économique initiée par le gouvernement et il veut transformer le secteur en une zone d’activités commerciales essentiellement tournées vers le trafic et la contrebande. Il convainc certains de ses locataires de quitter leurs appartements afin de les transformer en bureaux d’import-export. Très vite, les devantures commerciales fleurissent dans les rues du quartier. Ahmed, un journaliste, rédige un article sur toutes ces transformations qui chassent les locataires les plus modestes de leurs logements, mais la direction de son journal refuse de le publier. 
Ibrahim Al Mawardy est le propriétaire du café où tous les gens du coin se retrouvent. C’est chez lui que se réunissent les opposants à Hassaneim. Ibrahim a une fille, Farawla dont est follement amoureux le serveur de l’établissement, Safrout mais celle-ci l’a toujours repoussé sans ménagement. Un jour il s’introduit dans sa chambre et tente d’abuser d’elle. Elle parvient à se dégager et à le faire fuir. Safrut décide de quitter le café Al Mawardy.
Le malaise grandit entre Hassaneim et les habitants du quartier mais la ronde des investisseurs et des hommes d’affaires se poursuit sur un rythme soutenu. Hassaneim a demandé à Ghabasha d’accueillir dans sa maison un arabe très riche qui pourra lui être très utile dans la réalisation de ses projets. 
Dans le même temps, on assiste au déroulement plus ou moins chaotique de plusieurs histoires d’amour :
Ibrahim épouse sa maîtresse Ragaa mais il finit par la répudier quand il découvre les liens très étroits qu’elle a noués avec Hassaneim. 
Ghabasha veut que Warda, sa nièce, épouse son riche locataire mais elle refuse : elle aime Mamdouh, un étudiant qui réside dans l’immeuble mais qui hélas n’éprouve aucun sentiment pour elle. Le jour du mariage, elle s’enfuit et trouve refuge auprès du journaliste Ahmed et de son jeune ami Shaban. 
De son côté, Ahmed a conquis le cœur de la fille d’Ibrahim et ils projettent de se marier. Mais à peine commencée, leur histoire va se terminer de manière tragique. 
En effet, Safrut a fait son retour dans le quartier. Il est devenu riche et il s’est associé à Hassanein Abu Sana. Ils ont décidé d’éliminer Ahmed le jour même de son mariage. Un tueur abat celui-ci alors qu’Hassanein fait un discours devant tous les convives. 
Après la mort du journaliste, Shaban, son ami, rassemble tous ses articles et les fait publier. Mamdouh retrouve Warda, la nièce de Ghabasha, et l’épouse. Hassaneim fait l’objet de l’hostilité générale et Ibrahim reste le seul chef du quartier.


mercredi 29 août 2018

Les Illusions de l’Amour (Awham Alhoub,1970)

اوهام الحب
ﺇﺧﺮاﺝ:ممدوح شكري






















Mamdouh Shoukri a réalisé Les Illusions de l'Amour en 1970.
Distribution : Nagla Fathy, Mohsen Sarhan, Zouzou Madi, Youssef Fakhr El Din, Youssef Chaban, Safa Abou Al-Saoud, Abdel Halim Nasr, Fathy Abdel Sattar
Scénario : Mamdouh Shoukri

Youssef Fakhr El Din et Safa Abou Al Saoud

Youssef Chaban

Youssef Chaban et Nagla Fathy

Youssef Chaban et Nagla Fathy

Fathy Abdel Sattar


Safaa Abou El Saoud et Nagla Fathy

Mohsen Sahran et Youssef Chaban

Nagla Fathy et Safaa Abou El Saoud


Résumé

Nadia rencontre Samir à l’aéroport. C’est immédiatement le coup de foudre. Ils deviennent amants puis se marient. Ils s’installent à Alexandrie. Très vite, leur relation se dégrade. Samir semble lointain : il est constamment plongé dans les livres. Nadia s’ennuie. Elle décide de sortir régulièrement avec des amis. Un jour, elle est victime d’un accident alors qu’elle est enceinte. Elle fait une fausse couche et perd beaucoup de sang. Samir accepte de lui donner du sien mais les tests effectués à l’hôpital révèlent qu’il est atteint d’une leucémie. Il refuse d’en parler à sa femme. Un fois rétablie, Nadia reprend sa vie insouciante d’avant. Parmi le groupe qu’elle fréquente, se trouve Farouk, un jeune homme qu’elle apprécie beaucoup. Ils sortent régulièrement ensemble. Elle finit par accepter de prendre un verre dans son appartement... La rupture entre Nadia et Samir devient inévitable. Enfin, un ami apprend à la jeune femme la maladie de son époux. Cette nouvelle la bouleverse mais il est déjà trop tard. Samir sait qu'il devra affronter seul la mort qui l'attend.