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vendredi 24 avril 2020

La Veuve Joyeuse (El armala el tarub, 1956)

الأرملة الطروب
إخراج : حلمى رفلة



Helmy Rafla a réalisé La Veuve Joyeuse en 1956.
Distribution : Leila Fawzi (Samira, la fille d’Abdel Aal), Kamal Al Shennawi (Magdy), Abdel Salam Al Nabulsi (Asim Bey Kayamakli), Zinat Sedki (la femme de chambre de Samira), Hassan Fayek (Abdel Aal, le père de Samira), Adly Kasseb (Mahdi Effendi), Mohamed Gamal (Hechmat), Zeinat Olwi (danseuse), Kitty (danseuse), Victoria Hobeika (la mère d’Hechmat)
Scénario : Aboul Seoud Al Ibiary, Helmy Rafla, Mustafa El Sayed, Fathy Qoura
Musique : Mohamed Gamal et Mahmoud El Sherif

Hassan Fayek et Kamal Al Shennawi

Leila Fawzi

Mohamed Gamal

Leila Fawzi et Kamal Al Shennawi

Hassan Fayek

Kamal Al Shennawi et Mohamed Gamal

Abdel Salam Al Nabulsi et Leila Fawzi

Zinat Sedki et Leila Fawzi

Kitty




Résumé

Abdel Aal aime l’argent et la bonne chère. Il a forcé sa fille Samira à épouser Rostom Bey Kayamakli, un riche turc de quarante ans son aîné. Samira s’est installée dans le pays de son mari et a mené une vie luxueuse mais sans amour. 
Au bout de cinq ans de vie commune, son mari meurt. Toute la famille est réunie pour entendre les dernières volonté du défunt : sa veuve jouira de sa fortune tant qu’elle restera seule. Si elle se remariait, l’héritage reviendrait à sa famille. Au cas où elle mourrait, en étant restée célibataire, c’est son père qui récupérerait l’argent de Rostom. Asim Bey Kayamakli, le frère du défunt, est prêt à tout pour que cette fortune reste dans leur famille. Il a trouvé la solution : il va épouser Samira. Quand cette dernière lui signifie son refus d’un tel « arrangement », il menace de la tuer. Elle est obligée d’accepter. Mais profitant de l’absence de son beau-frère, elle fuit en compagnie de Lawahiz, sa servante et rentre en Egypte. 
 Asim Bey constatant le départ de sa « future femme », contacte un parent résidant en Egypte, Mahdi Effendi, un haut fonctionnaire, sous-secrétaire d’état. Celui-ci a une idée : il convoque Magdy, un parent lui aussi, qui travaille dans l’administration et qui est célèbre pour ses conquêtes féminines. Il lui donne une mission : il sera généreusement récompensé s’il parvient à séduire Samira et à l’épouser. Magdy se présente au domicile de l’héritière tant convoitée. Dans le jardin, il voit une femme courir après une poule : c’est Samira. Il est frappé par sa beauté et il est très étonné d’apprendre pas la bouche de celle-ci qu’elle n’est qu’une simple servante. Elle le devance dans la maison pour prévenir sa maîtresse, dit-elle. Samira demande à sa femme de chambre de se faire passer pour elle. Lawahiz reçoit avec rudesse le visiteur qui est interloqué par cet accueil. Ils sont rejoints peu après par le père de Samira qui lui aussi est mis dans la confidence. Il est enchanté de ce tour, ne souhaitant évidemment pas que sa fille se marie et que son héritage tombe dans l’escarcelle d’Asim Bey Kayamakli. 
La difficulté, c’est que Magdy est tombé amoureux de Samira, toute servante qu’elle prétend être et Samira, elle aussi finit par succomber au charme du nouveau venu. Naturellement, Magdy refuse de rester le complice d’Asim er de Mahdy et quand le frère du défunt arrive en Egypte pour vérifier le bon déroulement des opérations, le jeune homme lui annonce qu’il est désormais impossible pour lui d’épouser Samira. Heureusement, le remplaçant est tout trouvé : c’est Hechmat, un jeune collègue de Magdy qui accepte la mission. Le lendemain, Asim, déguisé en vieille femme et accompagné d’Hechmat, rencontre le père de Samira. Il prétend être la mère du garçon et il vient demander en son nom la main de la jeune fille. Il précise que la dot sera importante. Abdel Aal, sachant qu’il n’est pas question de sa fille mais de Lawahiz, accepte volontiers ce projet d’union. 
Une réception est organisée pour officialiser les fiançailles. Asim Bey Kayamakli y paraît, toujours déguisée en vieille femme. Malheureusement pour lui, la véritable mère d’Hechmat fait son apparition et le démasque. C’est alors que tous les masques tombent. Magdy comprend que la femme qu’il aime est bien Samira, l’héritière de Rostom, Abdel Aal découvre que sa fille est amoureuse de Magdy, ce qui compromet leur chance de conserver l’héritage. Abdel Aal chasse Magdy de chez lui et enferme sa fille dans sa chambre. Pendant ce temps-là, Asim Bey Kayamakli ne s’avoue pas vaincu. Il enlève Samira mais celle-ci parvient à s’échapper. Elle se rend aussitôt chez Magdy pour tenter de s’expliquer sur les raisons qui l’ont poussé à lui cacher son identité. Son bien-aimé n’ a guère apprécié d’avoir été ainsi trompé et il lui marque une très grande froideur. Tous les autres protagonistes de l’histoire font leur apparition et chacun veut faire valoir ses revendications à l’imam qui les a accompagnés. Il faut que Samira menace de se jeter dans le vide pour qu’enfin on accepte de prendre en compte ses propres désirs et volontés.


Critique

Cette Veuve Joyeuse est un petit chef d’œuvre, une comédie brillante qui illustre admirablement ce que l’âge d’or du cinéma égyptien fut capable de produire grâce aux talents conjoints de ses acteurs, de ses réalisateurs et de ses scénaristes. Pendant une vingtaine d’années, ces artistes offrirent au public d’innombrables films qui sont aujourd’hui devenus des classiques, aussi bien dans le drame que dans la comédie. La formule « Hollywood sur le Nil »n’ était alors nullement galvaudée. A partir des années soixante-dix, le secret de ce savoir-faire semble progressivement se perdre et dans les années quatre-vingt, le cinéma égyptien n’est plus que l’ombre de lui-même, tentant de survivre en proposant des films dont on dissimulait la médiocrité par un discours prétendument « engagé ». Evidemment, il y eut des exceptions mais trop peu nombreuses pour influer en quoi que ce soit sur une tendance bien regrettable. 
Revenons donc à notre Veuve Joyeuse, paradigme de la comédie pétillante de ces années cinquante. C’est un divertissement, certes mais un divertissement haut de gamme. Nous avons d’abord une intrigue à la Marivaux : la servante et la maîtresse qui échangent leur rôle, un séducteur cynique qui découvre soudain l’amour véritable. Le scénariste, Aboul Seoud Al Ibiary (ici, au zénith de son talent) multiplie les rebondissements, sans tordre le cou à la vraisemblance mais sans rien s’interdire : les deux héros font connaissance en poursuivant une poule ! Nous avons aussi un réalisateur, Helmy Rafla, qui filme cette histoire, avec une légèreté, une élégance hors pair, ce qui permet à cette Veuve Joyeuse de rivaliser avec les meilleures comédies d’Hollywood. On pense plus d’une fois à Howard Hawks, le réalisateur de Chéri, je me sens rajeunir ou des Hommes préfèrent les Blondes. Autre qualité du film : Helmy Rafla parvient à faire rire son public tout en veillant à garder une touche romantique à son histoire et certaines scènes sont d’une grande beauté comme celle du baiser dans l’arbre ou bien celle de l’héroïne au bain entourée de ses servantes. 
Si l’intention première des auteurs de ce film est d’amuser le public, ils ne s’interdisent pas d’évoquer des sujets graves, comme celui de la condition féminine dans la société musulmane. En effet, cette Veuve joyeuse est tout sauf joyeuse. Non seulement, elle a été « vendue » par son père à un homme qui a quarante ans de plus qu’elle, mais celui-ci mort, il lui est interdit de refaire sa vie comme elle l’entend et elle retombe sous l’autorité d’un beau-frère et d’un père qui ont pour seul souci, non son bonheur mais leur intérêt personnel. Et l’un comme l’autre n’hésite pas à la menacer d’une arme pour obtenir de sa part soumission et obéissance. Pour l’héroïne, la situation devient insupportable et elle devra menacer à son tour de se suicider pour qu’on daigne enfin l’entendre. 
Enfin, la grande réussite de ce film tient aussi à la qualité de l’interprétation et notamment à la prestation époustouflante de Leila Fawzi dont le naturel, la sensibilité et bien sûr la beauté en font l’égale de Katharine Hepburn. 
A propos d’interprétation, on notera l'absence d’Ismaïl Yassin au générique. A l’époque, c'est tout à fait exceptionnel car cet acteur règne sans partage sur la comédie populaire. Helmy Rafla tournera avec lui 22 films et, rien qu'en 1956, année de la sortie de La Veuve Joyeuse, Ismaïl Yassin est présent sur les écrans de cinéma égyptiens avec pas moins de neuf films ! Une omniprésence qui finira d’ailleurs par lasser son public. Sans vouloir offenser quiconque, on peut supposer que cette absence a sans doute contribué à la qualité de notre comédie : si Ismaïl Yassin y avait participé, nul doute que l'atmosphère et l'esprit en eussent été radicalement changés, la vedette comique y aurait imposé son style, celui de la farce parfois un peu grossière, à mille lieues donc de cette Veuve Joyeuse (Même si on peut considérer le travestissement d'Abdel Salam Al Nabulsi dans la dernière partie du film comme un hommage à l'interprète de Mademoiselle Hanafi !) .

Appréciation : 5/5
*****

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

dimanche 9 octobre 2016

Leila, Fille de la Plage (Laila bent el shateaa, 1959)


ليلى بنت الشاطئ 
إخراج :حسين فوزي


Hussein Fawzi a réalisé Leila, Fille de la Plage en 1959.

Distribution : Leila Fawzi, Abbas Fares, Mohamed Fawzi, Fayza Ahmed, Anwar Mohamed, Wedad Hamdy, Kamal Hussein, Thuraya Fakhry, Abdel Moneim Ismaïl, Anwar Mohamed, Ahmed Bali, Hafez Amin, Helen 
Scénario : Hussein Fawzi
Dialogues : Al Sayed Ziada
Musique : Mohamed Al Mogi et Mohamed Fawzi



Leila Fawzi

















Fayza Ahmed et Mohamed Fawzi

















Mohamed Fawzi et Abbas Fares

















Leila Fawzi et Wedad Hamdy

















Kamal Hussein


















Résumé

Mohsin Ahmed travaille comme pêcheur sur un bateau appartenant au vieux Aweys. Il est amoureux de la fille de son patron tandis que son meilleur ami Karmouti fréquente Narguis, la femme de chambre de celle-ci. Le soir, Mohsin chante dans un café du village. Son talent a fait de lui une personnalité très populaire.
Un jour apparaît dans cette petite communauté de pêcheurs, le jeune Attia, fils de Maître Abu Saïd, un ancien collègue du vieux Aweys. Ce dernier l’accueille chaleureusement. Attia est arrivé avec des projets bien précis : prendre la direction des affaires d’Aweys et épouser Leila. Ce qu’il n’a pas dit à l’ami de son père, c’est qu’il travaille pour un gang dirigé par Maître Hassouna. Son intention est d’utiliser le bateau pour convoyer de la drogue.
Entretemps, Mohsin a fait une rencontre qui va changer sa vie. Karmouti a invité Ilham, une célèbre chanteuse et son impresario (joué par le réalisateur du film, Hussein Fawzi) à venir écouter son ami dans le café où il se produit tous les soirs. Les deux étrangers sont impressionnés par les dons de Mohsin. Ils lui proposent de les suivre au Caire. Le jeune homme refuse car il ne veut pas s’éloigner de celle qu’il aime. Mais quand le vieux Aweys lui signifie avec des mots blessants que jamais il n’acceptera de lui donner la main de sa fille, il décide de rejoindre ses nouveaux amis. Il fait part à Leila de sa décision. Celle-ci a une violente discussion avec son père. Le vieil homme fait un malaise. Leila décide de ne plus le contrarier. Mohsin quitte le village en compagnie de son ami Karmouti. Grâce à Ilham, Mohsin devient vite une vedette. Sa protectrice lui manifeste une affection de plus en plus grande mais il parvient à maintenir leurs relations sur le plan amical. Au village, Leila passe ses journées à lui écrire des lettres qui restent sans réponses : Karmouti les intercepte de peur que Mohsin décide d’abandonner sa carrière. N’y pouvant plus, Leila se rend au Caire avec Nargis. Elle rencontre Ilham qui lui annonce qu’elle et Mohsin sont fiancés. La jeune femme rentre au village, totalement désespérée. Elle accepte d’épouser Attia. A peine la cérémonie a-t-elle commencé que la police fait irruption dans la salle de mariage. Le vieux Aweys est arrêté, soupçonné d’être à la tête du trafic de drogue sur lequel les policiers enquêtaient depuis quelque temps. Attia disparaît. Informé de la situation, Moshen se rend au village et parvient à faire libérer Aweys. Karmouti apprend où se cachent Attia et son gang. Moshin et lui les retrouvent. Entre le chanteur et le bandit une lutte s’engage tandis que Karmouti prévient la police. Moshin et Leila sont à nouveau réunis.


Critique

C’est une comédie musicale bien conventionnelle que cette Leila, Fille de la Plage. Pour composer son histoire, le scénariste a puisé dans le gros catalogue des clichés à la disposition des auteurs fatigués. Il en a sélectionnés quelques-uns et les a mis bout à bout, ce qui nous donne ce gentil navet. On a donc la fille qui veut épouser celui qu’elle aime, un jeune chanteur à la voix d’or mais à la bourse bien plate, et un papa qui ne veut pas. La fille aime bien son papa qui est de santé très fragile. La moindre contrariété provoque aussitôt un malaise. Leila est une gentille fille, elle obéit donc. Le chanteur pauvre s'éloigne mais heureusement il reviendra au village couvert de gloire pour corriger le méchant garçon qui avait abusé de la crédulité du papa. On a aussi l’opposition traditionnelle entre le village de pêcheurs et la grande ville. Devenu citadin, le héros est à deux doigts de succomber au charme de la célèbre chanteuse qui allie élégance et sophistication mais il saura résister et retrouver sa robuste villageoise qui l’a toujours attendu.
Ce joli conte est prétexte à entendre les roucoulades de Mohamed Fawzi qui est un grand chanteur et un compositeur estimé mais un acteur limité. D’ailleurs, l’ambiance rappelle certaines comédies chantées réalisées en France dans les années cinquante, notamment celles avec Luis Mariano. Nous sommes dans l’univers acidulé de l’opérette avec ses bons sentiments et ses artifices.
Le choix de Leila Fawzi pour jouer le rôle principal est un peu étonnant. On la découvre ici à contre emploi. Considérée comme l’une des plus belles actrices égyptiennes, elle est rarement employée pour jouer les femmes du peuple mais plutôt les princesses et les aristocrates. On se souvient notamment de son interprétation de la princesse de Krak de Moab, épouse de Renaud de Châtillon, dans le Saladin de Youssef Chahine (1963).
Plus étonnant encore, son personnage est celui d’une toute jeune fille alors qu’en 1959, l’actrice a tout de même trente-six ans et on peut trouver un peu cocasse cette scène où sur son petit lit de vierge candide, elle écrit une lettre d’amour à son chéri parti chercher la gloire et la fortune au Caire.
Mais après tout Mohamed Fawzi qui joue le jeune chanteur a quarante-un ans au moment du tournage. Alors au diable le réalisme et la vraisemblance !

R : Le réalisateur, l’acteur et l’actrice principaux de ce film portent le même nom Fawzi mais, à ma connaissance, ils n’ont aucun lien de parenté.

Appréciation :2/5
**

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin


dimanche 5 janvier 2014

Saladin (El Naser Salah el Dine - 1963)

الناصر صلاح الدين
إخراج: يوسف شاهين


Saladin est un film réalisé par Youssef Chahine en 1963.

Distribution :
 Ahmed Mazhar : Saladin 
Omar El-Hariri : Philippe II de France 
Mahmoud El-Meliguy : Conrad de Montferrat 
Leila Fawzi : Virginir, princesse de Kerak 
Hamdi Geiss : Richard Cœur de lion 
Nadia Lutfi : Louise de Lusignan  
Laila Taher : La reine Berengère de Navarre 
Salah Zulfikar : Issa
  
Scénario: Mohamed Abdel Gawad, Youssef Chahine, Abderrahman Charkawi, Youssef El Sebai, Ezzel, Dine Zulficar, Naguib Mahfouz

Concernant la participation de Naguib Mahfouz au scénario du film, voilà ce que déclare Raymond Stock, son traducteur et biographe : 
"Interestingly, one of his best known film credits — as the scenarist for Chahine's classic historical film, al-Nasir Salah al-Din (The Conqueror Saladin) — was misplaced, both he and Chahine told me, because Chahine had largely discarded the original screenplay that Mahfouz had worked on in favor of another, but still kept his name in the final product."

Nadia Lutfi
                              


Ahmed Mazhar
                                                                                                          


Hamdi Geiss
                            


Salah Zulficar
 


A la fin du  XIIe siècle, Saladin, vizir d’Egypte,  libère Jérusalem occupée par les chrétiens. Les Rois de France et d’Angleterre lancent la troisième croisade afin de récupérer la ville sainte.





Résumé 

Jérusalem est attaqué par les croisés et la population arabe souffre terriblement. Saladin arrive avec ses troupes pour libérer la ville sainte. L’espoir renaît. Le gouverneur d’Acre l’accueille chaleureusement alors qu’on retrouve celui-ci dans la scène suivante en compagnie du prince Renaud et de la princesse Virginie à qui il jure fidélité. Le prince Renaud  de Chatillon rencontre Guy de Lusignan, le roi de Jérusalem. Il lui demande de prendre les armes contre Saladin. Le roi souhaiterait négocier. Le prince affirme qu’il n’en est plus temps et annonce qu’il prend la direction des armées. Le roi s’incline. Violant les traités conclus avec les musulmans, le Prince ordonne l’attaque des caravanes des pèlerins pour financer la reprise de Jérusalem. Dans la scène suivante, on assiste à un massacre de pèlerins pendant la prière.
Les croisés se sont installés au sommet d’une colline près d’Hattin. Dans la vallée, les arabes commandés par Saladin. 120000 hommes d’un côté, 40000 de l’autre.
La nuit, Issa, l’un des seconds de Saladin surprend une chrétienne se baignant nue dans le lac de Tibériade. Elle lui demande de fermer les yeux afin de se rhabiller. Elle en profite pour lui planter une flèche dans l’épaule et s’enfuit. De retour au camp, il prétend avoir été attaqué par cinq croisés alors qu’il se baignait dans le lac. Il dit avoir vu les lumières du campement chrétien non loin de là. Saladin lance en pleine nuit une attaque contre les croisés. Issa s’apprête à tuer un seigneur chrétien quand il reconnaît l’inconnue du lac. Il lui laisse la vie sauve mais ramasse la croix qu’elle a abandonnée sur le sable. Avant de se retirer, les arabes ont crevé les citernes d’eau des chrétiens. Quand le soleil se lève, c’est un spectacle de désolation qu’offre le camp des croisés. Pour étancher leur soif, les survivants sont prêts à s'entretuer. Le roi de Jérusalem souhaite négocier avec Saladin mais Renaud veut poursuivre la lutte. Celui-ci jette ses troupes contre les arabes. La défaite est assurée. Lui-même est fait prisonnier.  Après la bataille, Isaa retrouve son inconnue. Il lui avoue qu’il est chrétien mais avant tout arabe. Elle lui révèle qu’elle est Louise de Lusignan.
Pendant ce temps là, la princesse Virginie charge le gouverneur d’Acre de se rendre auprès du prince Conrad pour le convaincre de venir en renfort contre l’armée de Saladin. Elle promet au gouverneur de le faire roi de Jaffa.
Saladin se rend chez le roi de Jérusalem pour lui signifier ses exigences. Le prince Renaud les refuse. Ce dernier et Saladin se battent. Le chrétien meurt.
Virginie, la veuve de Renaud se rend à la cour de Richard Cœur de Lion. Ce dernier est convaincu par le discours de la jeune femme. Il libérera Jérusalem au nom de la croix. La Prince Jean est ravi du départ de Richard car il y voit la possibilité de s’emparer du trône.
Elle se rend ensuite chez Philippe-Auguste, le roi de France qui lui aussi se laisse séduire. Ainsi commence la troisième croisade.
A Jérusalem, Saladin a confié Louise de Lusignan à Issa. Elle refuse cette condition d’esclave et préfère rejoindre les rangs chrétiens.
Les navires français et anglais  parviennent près des côtes palestiniennes et lancent l’attaque contre la ville d’Acre. Grâce à la trahison du gouverneur, les chrétiens s’introduisent dans la ville et massacrent soldats et civils.
Le soir même, les combattants du Christ fêtent leur victoire mais les dissensions ne tardent pas à apparaître : la cupidité des uns et la soif de pouvoir des autres ne sont guère compatibles et tout le monde s’apprête à trahir ceux qui étaient naguère des alliés.
Une entrevue a lieu entre arabes et chrétiens. Chacun reste sur ses positions : Saladin refuse de rendre Jérusalem mais promet que les Européens seront toujours la bienvenue. Ses interlocuteurs ne peuvent accepter une telle situation. La guerre reprend.
Après une première confrontation qui fut terrible pour les deux camps, on se déchire encore chez les croisés : Richard Cœur de Lion demande une trêve de six mois tandis que le roi de France soutenu par Virginie veut aussitôt reprendre la guerre quelque soit le prix à payer. Pour parvenir à leurs fins, les deux bellicistes enragés font tuer les émissaires que Richard avait envoyés auprès de Saladin afin d’obtenir une trêve. Convaincu que le responsable de ces morts est le chef des Musulmans, Richard ordonne qu’on exécute les trois mille prisonniers détenus par leur camp. Au même moment, apparaissent les prisonniers que Saladin a libérés. Trop tard : le roi de France donne l’ordre de tirer. Mais Richard a compris qu’il a été manipulé par Philippe-Auguste. Il lui ordonne de rentrer en son royaume.
Saladin charge Issa de rejoindre à Acre l’inventeur de l’explosif qui permettra de venir à bout des machines de guerre des chrétiens. Sur le retour  Issa est blessé par des soldats. Il ne doit la vie sauve qu’à sa qualité de chrétien. Dans le dispensaire où il est soigné, il retrouve Louise qui s’est mise au service de tous les blessés du conflit.
Pendant ce temps-là, Virginie tente de convaincre Conrad d’assassiner Richard Cœur de Lion.
Louise aide Issa à quitter Acre et à rejoindre le camp arabe. Malheureusement, on les a surpris. La jeune femme est traduite devant le tribunal militaire pour haute trahison. Au même instant le gouverneur d’Acre est présenté devant Saladin qui laisse éclater sa colère.
Conrad est chargé de l’accusation contre Louise. Il réclame le bûcher. De manière imprévue, Richard Cœur de Lion se retourne conte Conrad et l’accuse de haute trahison.  Du côté des Arabes, Saladin condamne à mort le traitre.
Avec le Duc Arthur, Virginie met en place une machination qui doit leur permettre de réaliser leur plan.
Issa a rejoint Jérusalem. Il est accueilli par Saladin. Ce dernier, fou de joie, invite Richard Cœur de Lion à venir à Jérusalem pour Noël. Le roi anglais accepte.  A peine a-t-il franchi la prote de la ville sainte, qu’il est transpercé par une flèche. Aussitôt chez les chrétiens, on crie vengeance et on veut passer tous les musulmans par le fil de l’épée. Virginie jubile et pour récompenser le duc Arthur, l’auteur de ce coup de maître, elle s’abandonne à lui.
Dans la nuit, Saladin rejoint la chambre de Richard pour le soigner. Il parvient à le soustraire des griffes de la mort. Au petit matin, s’engage une conversation animée entre les deux souverains. Richard réaffirme son désir de s’emparer de Jérusalem. Il est impensable pour lui de rentrer en Angleterre sans les clefs de la ville sainte. Saladin s’emporte : il accuse Richard de conduire à la mort ses hommes uniquement par vanité. Saladin repart pour Jérusalem. Richard rassemble ses hommes et passe à l’offensive. C’était sans compter le nouvel explosif que Saladin a fait produire en grande quantité. Les  machines des chrétiens qui leur avaient assuré un avantage certain lors des précédents  affrontements s’embrasent. L’une d’elles s’effondre sur Virginie. Cette dernière est secourue par Louise . Elle lui avoue tout. Apparait Arthur qui l’étrangle. C’est la nuit de Noël. Pour respecter la foi de ses adversaires, Saladin refuse de poursuivre le combat. Tandis que s’élèvent des chants religieux, les chrétiens s’agenouillent et prient.  Richard se rend chez Saladin et l’informe de son désir de cesser la guerre.
Le lendemain, Richard quitte la terre sainte mais autorise Louise à rester auprès de celui qu’elle aime.


Critique

On prend plaisir à suivre cette évocation en technicolor de la troisième croisade (1189-1192) qui vit s’affronter Saladin et les monarques chrétiens pour le contrôle de Jérusalem. Bien sûr, le point de vue adopté ici est celui des arabes. Les combattants musulmans sont en toute circonstance  exemplaires et le premier d'entre eux, Saladin, concentre en sa personne toutes les vertus du chef idéal (d’où l’idée souvent défendue qu’à travers le héros médiéval, c’est Nasser que le réalisateur aurait dépeint. Alors un Chahine courtisan ?)
On s'amuse aussi à voir les Chrétiens, à l'exception de Richard Coeur de Lion,  affublés des défauts que d'ordinaire on attribue à leurs adversaires : lâches, fourbes, cupides, intolérants.  Et celui qui remporte la palme de l’infamie, c'est sans conteste le Roi de France.
Très moderne dans ce film est le rôle déterminant joué par les femmes, notamment les deux chrétiennes incarnées par Nadia Lutfi et Leila Fawzi. Cette dernière est sans doute la figure la plus extraordinaire de ce Saladin.  Elle campe à la perfection le personnage de la princesse haineuse, prête à toutes les machinations pour faire triompher la cause des croisés.
Le film de Youssef Chahine a bien des qualités mais je trouve excessif l'enthousiasme de certains commentateurs qui le rangent parmi les chefs-d’œuvre du cinéma égyptien.
Les scènes de bataille qui ont pourtant fait la réputation de ce film  me semblent un peu figées. Et puis je n’ai guère gouté son manichéisme parfois outrancier et son ton édifiant, même si les intentions du réalisateur sont tout à fait louables et que Saladin est effectivement l’une des personnalités les plus remarquables de l’histoire du monde arabo-islamique.

Appréciation : 3/5
***
Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin