Karim Diaa Eddine fut à la fois homme de théâtre, de cinéma et de télévision. Il est le fils du cinéaste Ahmed Diaa Eddine (1912-1976), une figure importante de l’âge d’or du cinéma égyptien. Karim commence sa carrière artistique à la fin des années 60 comme assistant de son père. Il réalise son premier film en 1987, Les Amoureux. Il est mort le 30 août dernier à l’âge de 75 ans.
avec Ahmed Zaki (Abou Dahab), Raghda (Fakrya), Esaad Younes (Zinab, la femme d’Abou Dahab), Maaly Zayed (la sœur d’Abou Dahab), Mamdouh Wafi (Saad), Sabri Abdel Aziz (Al Kabir), Mohy Eddin Abdel Mohsen (Haridi, le marchand de café), Sami Sarhan (le beau-frère d’Abou Dahab), Adel Ammar (le médecin), Hagag Abdel Azim (Abou Rayah, un collaborateur d’Abou Dahab), Tarek Fahmy (le frère de Fakrya)
Scénario : Samir Abdel Azim
Musique : Hussein Al Imam, Samir Abdel Azim, Hassan Esh Esh
Production : Karawan FilmsAbou Dahab est employé dans une grande boulangerie-pâtisserie de la ville. Il accepte de faire de la prison à la place de son patron car celui-ci s’est engagé à prendre soin de sa femme et de son fils. Une fois libéré, il apprend que son employeur n’a rien fait pour sa famille, que sa femme a dû travailler dur pour donner à manger à leur fils. Furieux, Abou Dahab se rend à la boulangerie et corrige sévèrement le patron. Il arpente les rues de la ville pour trouver du travail mais toutes ses tentatives sont vaines. Enfin, un marchand de café s’intéresse à son sort et l’embauche dans sa boutique. Il sera livreur. Son patron est satisfait de son travail et le paie généreusement. Lui et sa famille peuvent enfin sortir de la misère. Mais Abou Dahab finit par découvrir que les colis qu’il livre ne contiennent pas du café mais de la drogue. Il est furieux mais il accepte de continuer à travailler pour le faux marchand de café contre une augmentation de salaire. Son fils tombe gravement malade et il doit être hospitalisé. Abou Dahab apprend son décès alors qu’il se trouve avec son patron pour effectuer une transaction délicate. L’opération se passe mal : alors qu’ils sont en voiture sur le chemin du retour, la police tente de les intercepter et son patron est tué d’un coup de revolver. Abou Dahab parvient tout de même à les semer. Il prend la succession de son patron et décide de poursuivre toutes ses activités…
Notre avis : dans la filmographie de l’immense acteur Ahmed Zaki, « Abu Dahab » ne figure pas parmi les oeuvres les plus marquantes de sa carrière.. Le film s’inscrit dans un registre de thriller assez conventionnel, dont l’intrigue puise largement dans les codes des productions commerciales des années soixante-dix et quatre-vingt. On s’étonne d’ailleurs de découvrir qu’il date de 1996 tant son esthétique semble calquée sur celle d’un cinéma d’action appartenant déjà au passé.
Si « Abu Dahab » retient néanmoins l’attention, c’est par la noirceur de son univers moral. Le récit dépeint un monde où la nécessité, l’ambition et l’appât du gain poussent les personnages à adopter des comportements opportunistes, parfois franchement sordides. Dans cet environnement corrompu, l’amour et l’authenticité ne sont que des mirages ; seules triomphent la manipulation, la duplicité et la violence des rapports humains.
À sa sortie, le film fit scandale en raison de ses nombreuses scènes jugées « osées ». D’abord, celles avec Ahmed Zaki et la superbe actrice d’origine syrienne Raghda, dont la beauté aristocratique et la sensualité compensent un jeu parfois limité. Mais aussi celles entre Maali Sayed et Sami Sarhan qui se livrent sans cesse à des étreintes jugées trop explicites pour le public égyptien de l’époque. Ces séquences valurent aux deux acteurs des poursuites pour « incitation à la débauche » et une condamnation en première instance à un an de prison, avant que la cour d’appel ne les relaxe.
« Abu Dahab » n’est certes pas un chef d’œuvre (certains critiques ont même reproché à Ahmed Zaki de s’être fourvoyé dans un film de série B indigne de son talent.) mais il demeure un objet singulier qui rappelle les thrillers d’une autre époque, notamment ceux de Niazi Mustafa et d’Houssam Al Din Mustafa, par son sens de l’action et son audace morale.

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