Alaa Karim a suivi des études de cinéma d’abord au Caire puis à Los Angeles. Il réalise son premier film en 1991, Suspicion avec Nagla Fathy et le chanteur Mohamed Mounir. Cinq autres films suivront mais l’essentiel de son activité s’exercera au sein de la télévision.
Deux films d'Alaa Karim ont fait l'objet d'une présentation dans ce blog :
Le cas 85 (85 Jinayat, 1993)
avec Hussein Fahmy (colonel Hazem), Raghda (Rawia), Hoda Issa (la mère du colonel), Yousri Al Ashmawy (Darwish Bey, le mari de Raouya), Bakinam (Aya, la fille du colonel), Gamil Barsoum (le complice de Yousri), Fatima Koshari (une prisonnière)
Scénario : Sherif Al-Menbawy
Musique : Hany Shenouda
Production : Al Ahram et Al Nasr FilmsLe colonel Hazem dirige d’une main de fer une prison pour femmes. Il est convaincu qu’il faut traiter avec la plus grande sévérité les détenus et il refuse d’éprouver la moindre compassion à leur égard. La femme d’Hazem est morte et depuis il vit seul avec sa mère malade et sa fille Aya. Dans la somptueuse propriété jouxtant la leur, réside Rawia, une jeune femme élégante et affable. Celle-ci a tout de suite sympathisé avec ses voisins. La grand-mère n’hésite pas à lui confier sa petite fille pour les sorties en ville qu’elle ne peut effectuer en raison de son état de santé . Rawia finit par participer à la plupart des activités de la petite famille et elle s’entend si bien avec Aya qu’Hazem envisage de l’épouser. Malheureusement, la jeune femme est déjà mariée. Son mari est un homme brutal qui a bâti toute sa fortune sans trop se soucier de la morale ni de la loi. Rawia ne l’a jamais aimé et souhaiterait divorcer. Hazem finit par rencontrer cet homme. Aussitôt, ce dernier essaie de le corrompre. Hazem, indigné, décide de rompre tout lien avec sa voisine. Une nuit, la police investit la propriété de Rawia et de son mari. Des coups de feu sont échangés. Plusieurs balles atteignent l’homme d’affaires qui s’effondre sans vie. Sa femme est arrêtée. On l’accuse d’avoir participé au trafic de drogue dirigé par son mari. Bien qu’elle ne connût rien des affaires de celui-ci, elle est condamnée et envoyée dans la prison que dirige Hazem…
Notre avis : le scénario est signé Sherif Al‑Menbawy, un auteur en fin de carrière, très actif dans les années quatre-vingt, et il faut avouer qu’il ne manque pas d’intérêt. Il multiplie les retournements de situation et joue habilement sur l’ambivalence constante de ses deux protagonistes, incarnés par la superbe actrice syrienne Raghda et par l’infatigable Hussein Fahmy. Le dénouement, loin du happy end attendu, surprend par sa noirceur — le film aurait presque pu s’intituler « Toutes les histoires d’amour finissent mal ». l’auteur aborde également sans détour la violence qui règne dans le milieu pénitentiaire et montre que les prisons pour femmes n’ont, de ce point de vue, rien à envier à leurs équivalents masculins.
Malheureusement, la mise en scène accumule les clichés esthétiques de son époque : musique tonitruante au synthétiseur, flous systématiques pour les souvenirs heureux, amplification artificielle des bruits de coups dans les scènes de bagarre. Cette esthétique de téléfilm tourné en vidéo confère à l’ensemble un aspect daté qui rebutera le spectateur d’aujourd’hui.
Le Garage (Algiraj, 1995)
Nagla Fathy (Naïma), Farouq Al Fishawy (Abdoullah, l’ouvrier muet),Sayed Zayan (Zeinhom, le mari de Naïma), George Sedhom (Hosny), Wafaa Amer (Aziza, la servante), Samraa (la danseuse Zizi), Donia Abdel Aziz (Donia, la fille aînée de Naïma), Mohamed Nagaty (Ramzy, le petit ami de Donia), Sherif Sabry (docteur Anwar, le père de Ramzy), Tamer Ashraf (Tamer, un des fils de Naïma), Alaa Wali El Din (Mounir, l’un des résidents de l’immeuble), Hassan Mustafa Mazhar (Hassan, un des fils de Naïma), Karim Al Husseiny (Karim, un des fils de Naïma), es Alfat Sukar (la soeur de Naïma), Shadia Abdul Hamid (Gamalat), Taheya Carioca (une voisine)
Dernière apparition à l’écran de Taheya Carioca : ce film met un point final à une carrière exceptionnelle commencée soixante ans plus tôt.
Scénario : Alaa Karim, Walid Seif
Musique : Munir El Wasimi
Production : Wasif Fayez
Drame. Naïma est gardienne dans un grand immeuble. Elle s’occupe du garage, nettoie les voitures des résidents et fait le ménage dans plusieurs appartements. En plus de son travail, elle élève seule sept enfants qui lui donnent bien du fil à retordre. Elle ne peut compter sur aucun soutien de son mari, Zeinhom, qui passe ses journées à boire avec ses amis et entretient une liaison avec la servante d’une danseuse vivant dans l’immeuble.
Le jour où Naïma doit accoucher, ce n’est pas son mari qui la conduit à l’hôpital, mais Abdullah, un ouvrier muet qui travaille pour elle et l’aime en secret. Zeinhom, lui, n’a qu’une obsession : obtenir un passeport pour partir à l’étranger. Grâce à Hosny, un résident riche et influent, il finit par l’obtenir et abandonne sans remords sa femme et ses enfants pour une vie plus confortable.
Désormais, Naïma doit affronter seule les difficultés du quotidien. Tamer, son fils aîné, quitte l’école et sombre dans la délinquance. La police finit par l’arrêter alors qu’il conduit sans permis une voiture volée. Donia, sa fille aînée, l’inquiète également : devenue une jeune femme, elle fréquente un adolescent de son âge, et Naïma redoute qu’elle cède à ses avances et tombe enceinte avant le mariage.
Depuis quelque temps, Naïma se sent très fatiguée. Un médecin de l’immeuble lui propose de faire des examens. Le diagnostic tombe : elle est atteinte d’un cancer du poumon à un stade terminal.
Notre avis : une chronique sociale qui reprend les ressorts du mélodrame : nous sommes en terrain connu. Difficultés de logement et d’éducation, père défaillant, délinquance juvénile, inégalités sociales, pauvreté… Autant de thèmes abondamment explorés depuis le début des années 1980 par de jeunes réalisateurs désireux de rompre avec les sortilèges et les artifices du cinéma de l’âge d’or pour affronter les réalités âpres de leur époque.
Bien que, par son esthétique, ce film s’inscrive dans ce courant réaliste initié quinze ans plus tôt, il a remarquablement bien vieilli et se regarde encore aujourd’hui avec un intérêt soutenu. Trois raisons à cela : un scénario solidement construit, une absence de pathos — l’héroïne, confrontée à mille difficultés puis à la maladie, ne s’apitoie jamais sur son sort — et surtout une interprétation d’une qualité exceptionnelle. Bien sûr, Nagla Fathy se révèle époustouflante en mère courage, mais les deux acteurs qui l’entourent, Zayed Zayan et George Sedhom, incarnent eux aussi avec une grande justesse et sans jamais sombrer dans la caricature, des hommes veules et lubriques. Dans ce film, même les enfants et les adolescents jouent avec un naturel et une vérité peu ordinaires. En revanche, nous avons été moins convaincus par la prestation de Farouq Al Feshawi dont le jeu et le personnage nous rappellent de manière trop flagrante ceux de Nour Al Sherif dans « Le Cri » (alsarkha, 1991) de Mohamed El Naggar.


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