mercredi 1 mars 2017

A la télé : le film du jour (Rotana Classic, du 1e au 14 mars)

روتانا كلاسيك

Ma sélection personnelle parmi les films diffusés par la chaîne Rotana Classic. Les horaires donnés sont ceux de l'après-midi ou de la soirée. La plupart des films sont ensuite rediffusés le lendemain matin.

Mercredi 1er mars à 18h30

Hassan et Nayma d'Henry Barakat (1959)
avec Muharram Fouad, Soad Hosny, Mohammed Tawfik
figure dans la liste des 100 films les plus importants de l'histoire du cinéma égyptien


Le scénario du film s’inspire d’une légende égyptienne : un chanteur tombe amoureux de la fille d’un riche paysan. Leur entourage réagit et ils sont tiraillés entre leur amour et la tradition.
C'est le premier film de Soad Hosny. Elle a quinze ans.


Jeudi 2 mars à 18h30

Nos plus beaux jours  de Helmy Halim (Ayyamine el helwa, 1955)
avec Omar Sharif, Faten Hamama et Abdel Halim Hafez


  Trois amis travaillent dur pour offrir à leur protégée les soins que son état nécessite.
 

Samedi 4 mars à 18h30

Une demi-heure de mariage de Fateen Abdel Wahab (Noss Saha Jawaz, 1969)
avec Rushdy Abaza, Shadia, Adel Imam, Magda El-Khatib, Hassan Mostafa
 Appréciation : 2/5


Comédie. Le docteur Hosni est un dentiste célèbre pour sa vie amoureuse très agitée. Pour échapper au mariage, il prétend à toutes ses conquêtes qu’il est déjà marié et qu’il a des enfants. Fatma, son assistante, gère toutes ses affaires, aussi bien professionnelles que privées. Elle est secrètement amoureuse de son patron et les nombreuses aventures de celui-ci l’exaspèrent. Un soir qu’il doit sortir avec Dalhia, sa maîtresse du moment, il reçoit à son cabinet la visite d’une amie italienne. Il décommande aussitôt son précédent engagement afin de passer la nuit avec elle. Pour faire avaler la pilule à Dalhia, il joint à son mot d’excuse, un gigantesque bouquet de fleurs. La jeune femme n’est pas dupe et ce désistement de dernière minute la rend folle de désespoir. Elle tente de se suicider par le gaz. Heureusement, elle est sauvée in extremis par un jeune voisin qui travaille comme doublure dans le cinéma...


Dimanche 5 mars à 18h30 

Trente Jours en Prison de Niazi Mostafa (30 youm fil sign, 1966)
avec Farid Shawki, Nawal Abou Al Foutouh, Soheir El-Barouni, Mimi Chakib, Mohamed Reda, Ibrahim Saafan, Madiha Kamel, Samir Ghanem, Ahmed El Deif, George Sedhom
D’après une histoire de Naguib El Rihani et de Badie’ Khairy
Scénario : Abdel Hay Adib et Niazi Mostafa
Musique : Hussein Al Saïd
Chansons : Samir Ghanem, Ahmed El Deif, George Sedhom


Amshir est portier dans un cabaret. Son patron fait l'objet d'une condamnation en justice pour avoir brûlé la moustache d'un homme important. Contre de l'argent, Amshir accepte de purger la peine de prison à la place de son employeur.


 Lundi 6 mars à 22h

Ne le Dites à Personne d'Henri Barakat (Ma Takulshi la hada, 1952) 
avec Farid Al Atrache, Samia Gamal, Nour Al Hoda
 Appréciation : 3/5


Un chanteur tombe amoureux d'une danseuse. Celle-ci doit s'absenter quelque temps pour une tournée mais ils ont décidé de se marier à son retour. Quand elle revient , une surprise l'attend : son bien-aimé est fiancé à une autre jeune fille.


Mardi 7 mars à 18h30

Flirt de jeunes filles d'Anwar Wagdi (Ghazal Al-Banat, 1949)
avec Leila Mourad, Anwar Wagdi
figure dans la liste des quinze meilleurs films égyptiens de tous les temps 


Himam, un instituteur sans le sou, est engagé par un homme richissime pour donner des leçons particulières à sa fille. Il tombe amoureux de la demoiselle mais il lui cache ses sentiments.


Mercredi 8 mars à 22h

Avec les Souvenirs
de Saad Arafa  (Mala zekrayat, 1961) 
avec Ahmed Mazhar, Nadia Lutfi, Mariam Fakhr Eddine, Salah Mansour, Fattoh Nashaty


Sharif  est devenu inconsolable après avoir tué accidentellement celle qu’il aimait. Malgré le soutien d’Amal qui essaie de lui redonner goût à la vie, il s’enfonce dans la dépression. Grâce à  la confession de l’un des acteurs du drame, il finira par comprendre que la personnalité de sa bien-aimée était plus trouble qu’il ne croyait. 


Jeudi 9 mars à 18h30

 Jours et Nuits d'Henry Barakat ( Ayyâm wa layâlî, 1955)
  avec Abdel Halim Hafez, Imane, Hamed Ramzy


Une femme divorce de son époux alcoolique. Elle se remarie et croit avoir trouvé le conjoint idéal pour élever son fils.


Vendredi 10 mars à 22h

L'Opprobre d'Ali Abdel Khalek (El Aar, 1982)
 avec Nour El-Sherif, Hussein Fahmy, Nora, Ilham Shahin, Salah Nazmy



Un important trafiquant de drogue vient de mourir. Il a légué ses affaires illégales à ses enfants qui ne savent que faire de cet héritage embarrassant.


Dimanche 12 mars à 22h

Une fenêtre sur le Paradis  de Ahmed Diaeddin (nafiza alal janna, 1953)
 avec Mariam Fakhr Eddine, Mohsen Sarhan, Omar El-Hariri


Une jeune femme et son père dépressif sont les victimes d'un escroc. Non seulement il a dérobé la fortune du père mais il a séduit la fille qui donnera naissance à une petite fille aveugle. La jeune mère rencontre un homme honnête qui l'aime sincèrement, mais elle le repousse pour ne pas avoir à révéler son lourd passé.


Lundi 13 mars à 18h30 

La Femme d'un Homme Important de Mohamed Khan (Zawgat Ragol Mohim, 1988)
avec Ahmed Zaki, Mervat Amin, Ali Ghandour, Zizi Mustapha, Hassan Hosni
figure dans la liste des quinze meilleurs films égyptiens de tous les temps

 
Dans l'Egypte des années soixante-dix. Une jeune fille rencontre un commissaire de police de Minieh, une ville de Haute-Egypte, au cours d'un voyage qu'elle effectue en compagnie de son père. Nommé au Caire, l'officier décide de l'épouser. Peu après le mariage, elle découvre la violence du travail de son époux, ainsi que la brutalité dont il fait preuve au domicile conjugal. Parallèlement, le jeune homme comprend peu à peu les règles impitoyables de l'ascension sociale.


Mardi 14 mars à 18h30

L'épouse n°13 de Fateen Abdel Wahab (al-Zaawgah raqam talata'ch, 1962)
avec Rushdy Abaza , Shadia, Abdel Moneim Ibrahim, Shwikar, Hassan Fayek, Zeinat Olwi
 Appréciation : 3/5


Mourad est un homme d’affaires qui dirige une usine de textile. C’est aussi un véritable Dom Juan. A Alexandrie, il rencontre Aïda, fille d’un ancien ministre. Il entreprend de la séduire mais celle-ci résiste à ses assauts répétés. Il décide alors de s’attirer les bonnes grâces du père : il l’aide à régler de petites dettes, l’invite au restaurant et lui demande la main de sa fille. Mourad a bien l’intention de divorcer aussitôt qu’il aura obtenu les faveurs de la belle. Aïda ne pouvant lutter contre la coalition formée par son père et son amoureux, finit par accepter le mariage. A peine mariée, elle a la visite de Karima, une ancienne épouse de Mourad qui lui apprend qu’elle est la treizième jeune femme à convoler avec celui-ci.

mardi 28 février 2017

Festival international du film de femmes du Caire (Egypte)

مهرجان القاهرة الدولي العاشرة لسينما المرأة


 La dixième édition du festival international du film de femmes du Caire se tiendra du samedi 4 au jeudi 9 mars 2017. La sélection officielle compte 53 films de 30 pays différents : des courts et des longs-métrages, des fictions et des documentaires.

Le pays à l'honneur cette année est la Suisse dont on pourra voir quatre films.

Il y aura aussi une rétrospective de l'oeuvre de la cinéaste française Agnès Varda.



Enfin, pour la première fois en Egypte, sera projeté le court-métrage de Marwa Zein, Une semaine, deux jours (Osbou w yomen) avec Yasmine Rais et Amr Saleh. Marwa Zein est née au Soudan mais vit et travaille en Egypte.
Pour présenter son projet quand elle recherchait encore des financements, voilà ce qu'elle déclarait :
"Les scènes d'amour sont difficiles à faire et explorer les détails les plus intimes d'un couple n'est pas chose aisée. Et ce qui est encore plus difficile, c'est de trouver quelqu'un qui souhaite financer un tel programme, surtout si c'est un court-métrage. En revanche, ce qui n'est pas difficile, c'est de trouver des gens que ça intéresse et qui sont prêts à nous aider. Nous sommes fiers que notre équipe soit constituée de femmes pour moitié. Et nous sommes heureux que l'autre moitié soit composée d'hommes : afin de les opprimer ! Nous sommes heureux de travailler ensemble sur un film qui évoque la vie d'un couple comme il y en a partout dans le monde." 





vendredi 24 février 2017

Je ne dors pas (La Anam, 1957)


لا أنام
إخراج : صلاح ابو سيف


Salah Abou Seif a réalisé Je ne dors pas en 1957.
D'après un roman d'Ihsan Abdul Quddus
Distribution : Mariam Fakhr Eddine (Safia), Yehia Chahine (Ahmed), Faten Hamama (Nadia), Hind Rostom (Kawsar), Imad Hamdi (Mostafa), Rushdy Abaza (Samir), Omar Sharif (Aziz)
Scénario : Salah Ezz Eddin, Saleh Gawdat, El Sayed Bedeir
Musique : Fouad El Zahry


Mariam Fakhr Eddine, Yehia Chahine, Faten Hamama

Hind Rostom et Faten Hamama

Hind Rostom, Yehia Chahine, Faten Hamama

Faten Hamama

Rushdy Abaza et Hind Rostom

Rushdy Abaza et Omar Sharif

Hind Rostom, Faten Hamama, Yehia Chahine

Yehia Chahine et Faten Hamama

Faten Hamama

Faten Hamama et Imad Hamdi

Imad Hamdi

Mariam Fakhr Eddine et Yehia Chahine

Faten Hamama

Imad Hamdi


Résumé

Nadia Lotfi vit avec son père, Ahmed, qui a divorcé de sa mère quand elle était encore petite fille. Il ne s’est jamais remarié pour se consacrer entièrement à son éducation. Mais alors qu’elle a 16 ans, Ahmed rencontre Safia, une jeune femme à la beauté aristocratique. Il en tombe follement amoureux et l’épouse. Nadia ne supporte pas qu’une femme puisse prendre sa place auprès de son père. Pour oublier ses tourments, elle noue en secret une relation amoureuse avec Mostafa, un homme beaucoup plus âgé qu’elle. Un soir, lors d’une fête, Mostafa fait la connaissance d’Ahmed et de sa nouvelle épouse. Il est sous le charme de Safia et Nadia s’en aperçoit. La jeune femme, folle de jalousie, décide d’éliminer cette encombrante belle-mère. Elle fait croire à son père que sa femme entretient une relation adultère avec son jeune oncle Aziz qui vit avec eux. Le cocu imaginaire chasse sa femme de son domicile. Nadia peut reprendre sa place dans le cœur d’Ahmed, la première. Mais au fil du temps, la jeune femme comprend qu’elle a mal agi. Le sentiment de culpabilité la ronge. Alors quand à Alexandrie, elle retrouve Kawsar, une amie de lycée au sex-appeal dévastateur, elle s’empresse de la présenter à son père. Le quadragénaire est aussitôt séduit par la camarade de sa fille. Il l’épouse. Nadia croit avoir réparé la faute qu’elle avait commise en calomniant Safia, mais elle découvre très vite que Kawsar a un amant et qu’elle projette de s’accaparer la fortune de son mari pour vivre avec cet homme. Nadia ne sait plus que faire : elle ne veut pas ruiner le tout nouveau bonheur de son père. Comble de malheur pour la jeune femme : un jour, Ahmed surprend sa femme et sa fille en compagnie de Samir, l’amant de la première. Nadia est obligée de faire croire à son père que l’homme est amoureux d’elle et qu’il souhaite l’épouser. Ahmed est enchanté : il décide d’organiser le mariage au plus vite. Ne sachant comment réagir, Nadia se rend chez Mostafa pour obtenir une aide, un soutien. Dans l’appartement de celui-ci, elle trouve Safia, son ex-belle-mère qui partage désormais la vie de son vieil amoureux. Elle fuit aussitôt et retourne chez elle. Elle se résigne à accepter le mariage. Heureusement, Aziz, son jeune oncle, reparaît. Elle lui explique la situation. Aziz est indigné. Il fera tout pour annuler la cérémonie. Le jour J, grâce à son intervention, les deux amants son démasqués. Nadia s’est réfugiée dans sa chambre. Par un malheureux concours de circonstances, un cierge enflamme sa robe de mariée. Son père et son oncle parviennent à la sauver mais son corps restera à jamais marqué par cet accident.

Ce film est donc l'adaptation d'un roman d'Ishan Abdul Quddus, auteur très célèbre dans le monde arabe mais totalement inconnu en Occident. Ce qui est troublant dans ce Je ne dors pas ce sont les similitudes avec Bonjour Tristesse, le premier livre de la romancière française Françoise Sagan, paru en 1954. Les ressemblances sont si nombreuses qu'on peut douter qu'elles soient uniquement le fruit du hasard. Il serait excessif de parler de plagiat mais on peut penser à juste titre qu'Ishan Abdul Quddus s'est inspiré de l'oeuvre de sa jeune consoeur.
Bonjour Tristesse a fait lui aussi l'objet d'une adaptation cinématographique. C'est Otto Preminger qui la réalise en 1958.




Critique

Le film de Salah Abou Seif est un chef d’œuvre qui non seulement marquera l’histoire du cinéma égyptien mais connaîtra un immense succès populaire dès sa sortie.
Les raisons de ce succès sont diverses : c’était l’un des premiers films en couleur, il réunissait sept des plus grandes stars du moment et parmi elles, le couple mythique du cinéma égyptien : Faten Hamama et Omar Sharif, les décors, les costumes évoquaient un univers luxueux et chatoyant très proches de celui représenté dans les drames hollywoodiens de la même époque, enfin l’intrigue avait tout pour attirer un large public : de l’amour, de la séduction, de la jalousie, de la trahison, de la vengeance. Un soap opera à l’Egyptienne enrobé d’une partition somptueuse avec envolées de violons mélodramatiques, une partition signée Fouad Al Dhahery, l’un des plus grands compositeurs de musique de films.
Mais si ce film constitue une étape importante dans le cinéma égyptien, c’est surtout parce qu’il ose briser les règles de la bienséance et les conventions qui régissaient la construction des personnages jusqu’alors. Salah Abou Seif et son scénariste font preuve d’une audace toute particulière pour l’héroïne incarnée par Faten Hamama. On raconte que la star fut un peu effrayée par son personnage et qu’elle craignait beaucoup les réactions de son public. Qu’on en juge : elle doit jouer une jeune fille qui éprouve un amour presque incestueux pour son père, un amour qui la conduit à tout faire pour saccager le bonheur de celui-ci, une jeune fille qui se jette dans les bras d’un homme deux fois plus âgé qu’elle, une jeune fille qui ment à ceux qui l’aiment, une jeune fille malheureuse qui répand le malheur autour d’elle. Et malgré cela, le personnage doit garder toute l’innocence et la fraîcheur de l’adolescente à peine sortie de l’enfance. Seule, Faten Hamama était capable de rendre toute la complexité de cette Nadia par son incroyable talent et notamment grâce à cette voix inimitable qui nous raconte sur le ton de la confession cette terrible histoire. Ce personnage, loin des clichés de l’époque, reste l’un des plus mémorables de sa longue carrière.
Je ne Dors Pas est rarement diffusé à la télévision car il choque encore. Des scènes ont soulevé l’indignation des traditionalistes comme celle on l’on voit Nadia, l’héroïne, se changer dans l’ascenseur avant de retrouver son amant, ou bien encore celle où elle écoute à travers la porte son père et sa nouvelle épouse dans l’intimité de leur chambre. Et le châtiment qu’elle s’inflige dans la dernière partie du film ne suffira pas à calmer le courroux des censeurs.
Il n’empêche que le personnage de Nadia Lotfi marquera profondément les esprits au point que la jeune actrice Paula Mohammed Shafiq choisira ce nom comme pseudonyme dès son premier film en 1958.

Appréciation : 5/5
 *****

En 1957, Salah Abou Seif et Ishan Abdul Quddus collaborent à un autre film : l'Impasse, avec de nouveau dans le rôle principal, Faten Hamama.


Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

mardi 21 février 2017

Festival international du film de femmes d'Assouan (Egypte)

مهرجان أسوان الدولي لأفلام المرأة




La première édition du festival international du film de femmes d’Assouan (Egypte) s’est ouverte hier.
Du 20 au 26 février, trente et un films seront en compétition dont treize longs-métrages de treize pays différents.
L’Egypte  sera présente avec trois œuvres : un long-métrage, Withered Green  (Akhdar Yabes) de Mohamed Hammad,et deux courts-métrages.
La réalisatrice Hala Khalil  (Nawara) présidera le jury  pour la section longs-métrages.
Le film franco-italien Dalida de Lisa Azuelos clôturera la manifestation.   


Withered Green de Mohamed Hammad
  
Les autres longs-métrages en compétition :


La Jeune Fille et son aigle d’Otto Bell (Etats-Unis)

Little Wing de Selma Vilholen (Finlande)

La Montagne Magique d’Anca Damian (Roumanie)

The Assasin d’Hou Hsiao-Hsien (Chine)

Noces de Stephan Streker (Belgique-Pakistan-France)

La Porte Ouverte de Marina Seresesky (Espagne)

Lala Zoubeïda Ouaness de Yahia Mouzahem (Algérie)

 

Cheer Up de Christy Garland (Canada/Finlande)

Under Construction
de Rubaiyat Hossain (Bengladesh)

Reflections de Darah Broos (Suède)

L’Accabadora d’Enrico Pau (Italie)

Claire in Motion d’Annie J. Howell et de Lisa Robinson (Etats-Unis)


Noces de Stephan Streker



mercredi 15 février 2017

Les Portes Fermées (Al abwab al Moghlaka, 1999)

الأبواب المغلقة
إخراج :عاطف حتاتة


Atef Hetata a réalisé Les Portes Fermées en 1999.
Distribution : Sawsan Badr, Mahmoud Hemida, Diaa Abdel Khalek, Manal Afifi, Ahmed Azmi, Ahmed Fouad Selim, Maher Essam
Scénario : Atef Hetata
Musique : Hicham Nazih
Production : MISR International Films

Sawsan Badr

Mahmoud Hemida et Sawsan Badr

Diaa Abdel Khalek

Manal Afifi

Ahmed Azmi

Ahmed Fouad Selim

Sawsan Badr

Maher Essam


Résumé

L’histoire se déroule au Caire en 1990 pendant la guerre du Golfe. Mohamed est un jeune lycéen qui vit avec sa mère Fatima dans un petit appartement d’un quartier pauvre de la capitale. Fatima est divorcée et elle travaille comme domestique. Zeinab, leur voisine, est devenue leur amie. Elle est la confidente de la mère, ce qui ne l’empêche pas de manifester au fils une tendresse qui n’a rien d’amical. Elle lui a fait à plusieurs reprises des propositions explicites mais celui-ci, bien que tourmenté par le désir, les a toujours déclinés. Effrayé par le péché, il s’est rapproché d’un groupe intégriste et se rend régulièrement aux séances d’éducation religieuse que donne l’imam. Au lycée, Mohamed est un élève peu attentif et ses résultats ne sont pas bons. Le directeur de l’établissement exige que le garçon prenne des cours particuliers. Mansour, l’un de ses professeurs, propose de les lui donner gratuitement. Si sa mère accueille avec enthousiasme l’offre de l’enseignant, Mohamed voit d’un très mauvais œil un étranger s’introduire chez lui. Et ce qu’il craint finit par arriver : au fil de ses visites, Mansour cache de moins en moins les sentiments qu’il éprouve pour Fatima. L’adolescent se consume de jalousie. Un jour, sa mère lui apprend qu’elle a perdu son emploi. Mohamed est aux anges : les femmes ne doivent pas travailler. Désormais, c’est à lui qu’incombe la tâche de trouver l’argent nécessaire à la vie de la famille. Grâce à un ami, Mohamed vend des fleurs dans la rue après la classe. Mais Fatima veut retrouver du travail afin que son fils se consacre exclusivement à ses études. Mansour lui a promis de l’aider dans sa recherche. Les liens entre l’enseignant et la mère de famille se sont encore resserrés. Pour les éloigner l’un de l’autre, l’imam qu’il fréquente souffle au jeune homme une idée : il faut marier sa mère à un homme de leur confrérie. Fatima refuse catégoriquement ce mariage arrangé. Un peu plus tard, une violente dispute éclate entre le fils et la mère. Ils finissent par se réconcilier mais Mohamed n’ a pas renoncé à chasser le vice de leur vie : il menace Zeinab la voisine qui décide de quitter l’immeuble et lorsque sa mère se rend chez le professeur, il la suit. Alors qu’ils font l’amour, l’adolescent s’introduit dans l’appartement et quand l’homme et la femme sortent de la chambre, il les poignarde.


Critique

Avec ce film, Atef Hetata s’affirme comme le digne héritier des cinéastes de la « Génération 80 » dont le chef de file était Mohamed Khan (mort l’année dernière) : même réalisme sans concession qui emprunte beaucoup au documentaire, même intérêt pour les exploités et plus particulièrement pour les femmes des classes laborieuses, même sensibilité politique qui conduit ces réalisateurs à dénoncer les inégalités et les injustices de la société contemporaine (On est très loin des comédies musicales avec Farid Al Atrache et Samia Gamal !).
Les Portes Fermées se présentent comme une chronique de l’Egypte d’aujourd’hui à travers les portraits croisés d’un adolescent et de sa mère.
La situation du jeune héros du film est emblématique de celle de toute cette jeunesse sans repères et sans projet, qui ne sait trop vers qui, vers quoi se tourner avant de se jeter, tête baissée, dans les bras du premier barbu venu. Le réalisateur nous montre un jeune homme perdu dans des contradictions insurmontables : l’éveil d’une libido impérieuse et l’attrait pour l’intégrisme le plus rigoureux, la tentation de la chair et les tourments de la culpabilité, l’amour passionné pour sa mère et son refus obstiné de la voir libre et heureuse. Des contradictions qui ne trouveront de résolution que dans le sang : fin tragique d’une existence à peine commencée.
Le personnage de la mère est magnifiquement joué par Sawsan Badr. C’est sans doute l’intérêt majeur de ce film que d’avoir su donner un corps, un visage, une voix à ces femmes qui pour exister doivent sans cesse lutter contre les patrons, les maris, les pères, les fils. 
Le titre Portes Fermées est un écho désabusé à Porte Ouverte, un film de 1964 dans lequel le réalisateur Henry Barakat évoquait la lutte d’une femme pour son émancipation au moment de la révolution de 1952. Cela dit bien le chemin parcouru à rebours par la société égyptienne ! Atef Hetata fait un simple constat et il est terrible : la dernière décennie du XXe siècle a été une époque qui a vu le triomphe de l’obscurantisme et du fanatisme. Il va de soi que les premières victimes de cette situation ont été les femmes.
L’action des Portes Fermées se passe en 1990, il y a donc près de trente ans et pourtant il est clair que ce film ne nous parle pas d’un temps révolu, hélas. Pour l'instant rien ne laisse penser que ces portes se rouvriront un jour !

Les Portes Fermées ont valu à son réalisateur et à ses acteurs une multitude de prix dans les plus grands festivals internationaux. 

Appréciation : 4/5
****
Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin