dimanche 22 décembre 2013

Les 100 films les plus importants (3) Les années cinquante (1)

En 2006, la bibliothèque d’Alexandrie forme un comité de trois spécialistes (Ahmed El-Hadari, Samir Farid et Kamal Ramzi) afin de dresser la liste des 100 films les plus importants de l’histoire du  cinéma égyptien.

Les Années Cinquante (1)


13)  Mostafa Kamel (Mostafa Kamil, 1952, Ahmed Badrakhan)
 مصطفى كامل

Avec Magda, Amina Rizk, Mahmoud El Meleigy, Anwar Ahmed, Abdel Aziz Khalil, Zeinab Sedky, Adly Kasseb, Thuraya Fakhry, Hussein Riad
D’après un ouvrage de Fathy Radwan
Scénario et dialogues de Youssef Gohar
Biographie de Mostafa Kamel (1874-1908), journaliste et homme politique. Ce fervent nationaliste combattit sans relâche l’occupation britannique. Une maladie l’emporta prématurément et il ne vit jamais son rêve se réaliser.
Début du film : en 1919, tandis que dans les rues du Caire, les manifestants s’opposent violemment aux forces de l'ordre britanniques, un vieux professeur d’histoire raconte à ses étudiants la vie de Mostafa Kamel…


14) Lahn Al-Khuloud (Le Chant Immortel, 1952, Henry Barakat)
لحن الخلود


Avec Farid Al Atrache, Faten Hamama, Serag Mounir
Wahid est musicien et pour trouver l’inspiration il se rend souvent chez son vieil ami Riad Hamdy qui habite une grand maison au bord de la mer. C’est là qu’il retrouve les deux filles de son hôte, Wafaa et Sanah ainsi que son fils Rashad. Les trois enfants sont devenus de jeunes adultes et l’amour que Wafaa éprouve pour Wahid n’a fait que croître au fil des ans. Malheureusement pour elle, le musicien continue à la considérer comme la petite fille d’autrefois. De son côté, Rashad est devenu un jeune homme peu recommandable. Il a sans cesse besoin d’argent notamment pour gâter sa maîtresse, la danseuse Houria. Il a promis la main de Wafaa à l’un de ses créanciers mais celui-ci s’impatiente et se montre moins généreux. Le drame survient : Riad Hamdy est retrouvé mort dans son bureau. Le tiroir de la table a été fracturé et l’argent qui s’y trouvait a disparu. Cet argent était destiné à financer le mariage de Wafaa et de Sanah. C’est ce vol qui a causé l’arrêt cardiaque dont est mort Riad Hamdi. Wahid prévient l’oncle des trois enfants. Celui-ci accueille ses nièces et son neveu dans sa grande maison. Avec lui, vit sa fille, Siham, une ravissante demoiselle qui est tombée sous le charme du musicien. Ce dernier n’est pas non plus insensible à la beauté de Siham. On parle de mariage, au grand désespoir de Wafaa…
 

15) Raya wa Skina (Raya et Sakina, 1953, Salah Abou Seif)
ريا وسكينة
 

Avec Negma Ibrahim, Zouzou Hamdy El-Hakim, Farid Shawki, Anwar Wagdi, Shoukry Sarhan, Samira Ahmed, Berlanty Abdel Hamid
Nous sommes au tout début des années vingt à Alexandrie. Depuis quelque temps des femmes disparaissent sans laisser de trace. La population est au comble de l’angoisse. La direction de la police confie l’enquête au meilleur inspecteur de la ville. Celui-ci ne tarde pas à découvrir que les auteurs de tous ces crimes sont deux sœurs. D'après un fait divers célèbre.


16) Siraa fil-Wadi (Ciel d'Enfer, 1954, Youssef Chahine)
صراع في الوادي



Avec Faten Hamama, Omar Sharif, Zaki Rostom, Farid Shawki 
Omar Sharif joue le rôle d’Ahmed, un jeune ingénieur qui entretient une relation amoureuse avec Amal. Leur idylle doit rester secrète car leurs pères respectifs sont deux  riches exploitants agricoles qui se livrent une concurrence sans merci. Pour se débarrasser de son rival, Taher Pasha, le père d’Amal, parvient à lui faire endosser la responsabilité d’un crime qu’il na pas commis. Le père d’Ahmed est condamné à mort par la justice. Après son exécution, Selim, le fils de la victime se lance à la poursuite d’Ahmed pour se venger. Le jeune ingénieur est obligé de se cacher dans un ancien temple en plein désert. ..



17)  Anisa Hanafi (Mademoiselle Hanafi, 1954, Fateen Abdel-Wahab) 
الآنسة حنفي


 Avec Ismaël Yassin, Magda, Zeinat Sedki, Omar El-Hariri 
Hanafi est obligé d’épouser sa belle-sœur. Pendant la nuit de noces, il ressent de terribles douleurs à l’abdomen et doit se rendre à l’hôpital. Il y subit une opération qui par erreur le transforme en femme. Pour Hanafi, c’est une chance : cela lui permet de reconquérir sa liberté face  à une famille qui jusqu’alors lui dictait tous ses actes. Par la suite, il épousera un garçon boucher et mettra au monde des quadruplés. C'est ainsi qu'Ismaël Yassin joua le premier transsexuel de l’histoire du cinéma.


18) Hayat Aw Mowt (Vie ou Mort, 1954, Kamal El-Sheikh)
حياة أو موت


Avec Imad Hamdi, Youssef Wahby, Madiha Yousri
Apparaît à la onzième place dans la liste des quinze meilleurs films égyptiens de tous les temps. Présenté au festival de Cannes en 1955.
Un homme malade perd son emploi et reste seul avec sa petite fille. Victime d'une attaque, il envoie l'enfant lui acheter son médicament à l'autre bout de la ville.






vendredi 20 décembre 2013

Danse : Kitty Fotsaty (Voutsaki), 1954

كيتى فوتساتى 



Voici une photo tirée du film intitulé "Je vous en prie, éclairez-moi" (Dellouni Ya Nas). Il a été réalisé par El Sayed Ziada en 1954. Kitty Fotsaty (Voutsaki) a 27 ans (si elle est née en 1927 et non en 1930 comme certains l'affirment.). Elle danse ici avec le chorégraphe Khristo Kladakis dans un pastiche très réussi des comédies musicales de Broadway. 
Kitty Fotsaty est née à Alexandrie dans une famille d’origine grecque. Elle commence très jeune à pratique la danse et elle fait sa première tournée au sein d'une troupe professionnelle à l'âge de treize ans. En 1946, les Fotsaty s'installent au Caire. Kitty rejoint le cabaret de Badia Masabani qui a formé toutes les plus grandes danseuses de l'écran. Son talent et son dynamisme suscite l'enthousiasme du public et très vite les propositions de réalisateurs ou de producteurs se multiplient. Entre 1948 et 1965, elle apparaît dans plus de cinquante films comme comédienne et danseuse. On la voit régulièrement aux côtés d’Ismaël Yassin et, dans les années cinquante, elle est aussi célèbre que ses consœurs, Samia Gamal, Hind Rostom ou Maryam Fakhr Eddine. Sa carrière égyptienne s'arrête brutalement quand elle décide en 1965 de retourner en Grèce. 
Son départ d'Egypte alimenta les rumeurs les plus folles et les plus détestables. On a prétendu qu'elle fut une intime de l’agent de renseignement Raafat Haggan et qu'elle travailla pour le Mossad, affirmations reposant sur des confusions et des erreurs. 
De nombreux sites arabes la font mourir en 1980 alors qu'elle serait toujours vivante et qu'un organisme officiel l'a tout récemment honorée pour sa carrière artistique (2020).

A lire : l'enquête de deux journalistes égyptiens, Mohamed Al-Shamaa et Abdul Majid Abdulaziz, qui se sont lancés à la recherche de Kitty.  Leur récit est à retrouver sur le site Arab Lite (17 août 2020). L'intérêt majeur de leur travail, c'est d'avoir démontré le caractère absurde d'un certain nombre de calomnies qui traînent sur le net. En revanche, leur enquête souffre de quelques défauts qui empêchent l'adhésion totale du lecteur : les deux journalistes ne se sont pas rendus en Grèce et ne connaissent pas la langue grecque, tout leur travail a consisté à consulter de leur bureau sites internet et pages Facebook. Plus embêtant : ils ont communiqué avec des "proches" de Kitty mais jamais ils n'ont pu dialoguer directement d'une manière ou d'une autre avec la danseuse. Depuis la fin de sa carrière artistique en 1980, il n'y a aucune photo, aucune interview, aucune déclaration publique et nos deux journalistes n'ont pas réussi à obtenir le moindre signe de celle qui serait désormais une très vieille dame. On peut aussi s'interroger sur le témoignage de Giannis Christopoulos qui est la seule personne à prétendre être restée en relation régulière avec Kitty. C'est lui qui à partir de fin 2018 sur sa page Facebook consacrée au music-hall grec va affirmer qu'elle est toujours vivante. Pourquoi ne pas l'avoir dit avant ? D'autant plus qu'il précise que Kitty était très irritée par tous ces sites arabes la faisant mourir en 1980. Mais il ajoute qu'elle ne pouvait rien faire. Pourquoi ? Et plus étrange encore : personne de son entourage ne pouvait intervenir pour que l'erreur soit aussitôt corrigée ?
Subsistent donc bien des interrogations et des doutes.


Article modifié le 11/06/2021 


vendredi 6 décembre 2013

Monsieur Lion (Assab Afendi, 1951)

السبع أفندى
إخراج أحمد خورشيد



Monsieur Lion a été réalisé par Ahmed Khourchid  (1913-1973) en 1951. C'est son seul film en tant que réalisateur. Il fera l'essentiel de sa carrière cinématographique comme directeur de la photographie.
Distribution : Serag Mounir, Shadia, Farid Shawki, Saïd Abu Bakr, Souad Fawzi, Omar El Hariri, Toufiq Al Deken, Rashad Hamed
Scénario : Farid Safadih, Zaki Youssef
Dialogues : Ali El-Zorkani
Musique : Mustafa Abdel Rahman, Ibrahim Hussein, Ricardo Credi
Production : Ahmed Khourchid 



Saïd Abu Bakr



 
                                         












                                                               
Shadia




                                  
Souad Fawzi



Seraj Mounir



             

 Ce film est une adaptation de la nouvelle de Marcel Aymé intitulée Le Passe-Muraille (1943).

Monsieur Lion a été distribué par Les Films Régence, société créée en 1934 par Jacques Haïk*.

C'est aussi en 1951 que sort sur les écrans français l'adaptation de la nouvelle réalisée par Jean Boyer avec Bourvil.





Résumé

Monsieur Sakira Abboud (Sakira = Sucre. Rappelons que le nom du héros de Marcel Aymé est Dutilleul) est un petit homme frêle mais élégant qui vit seul dans un modeste appartement. Chaque matin, il  se rend à son bureau. Il est employé dans une administration dirigée par un chef irascible qui le harcèle à tout propos. Un jour, à la pause du déjeuner,  alors qu’il se promène dans la ville, il tombe sur un bonimenteur qui vend des pilules aux pouvoirs extraordinaires : elles redonnent joie et repos aux âmes fatiguées et déprimées. Monsieur Sakira Abbou en achète un flacon. De retour au bureau, il retrouve son enfer quotidien et  pour supporter les ordres incessants de son supérieur, il avale l’intégralité du flacon. En rentrant chez lui, il s’aperçoit qu’il a la faculté de traverser les murs. Affolé, il va consulter un psychiatre qui lui explique que ce sont des hallucinations causées par la haine qu’il éprouve à l’égard de son chef. Monsieur Sakira Abbou sait que le diagnostic est faux.  Quand il retourne au bureau, il comprend tout le parti qu’il peut tirer de son nouveau pouvoir. Devant son patron, il s’amuse à apparaître et à disparaître à travers les murs.  Tout le monde croit le grand chef atteint de folie subite et il est envoyé en maison de repos.
Un soir, un jeune collègue invite Monsieur Sakira Abboud dans un cabaret. Après avoir bu plus que de raison, le jeune homme s’enfuit laissant seul notre héros. Ce dernier doit régler l’addition. Malheureusement, son portefeuille a disparu. Le personnel du cabaret le passe à tabac.  Auparavant, Monsieur Sakira Abboud refusait d’user de son don pour s’enrichir, désormais, il abandonne tout scrupule et dévalise les banques. Il signe chacun de ses forfaits d'une périphrase énigmatique : « Le Lion Nocturne ». La presse se déchaîne. La police promet une récompense à quiconque permettra son arrestation.
Un autre soir, il  se présente à nouveau dans le cabaret où on l’avait battu. Il s’y conduit en client richissime et capricieux. Il y entend une jeune chanteuse dont il tombe aussitôt amoureux. Ils font connaissance. Monsieur Sakira Abboud comprend que le patron de la boite est un escroc qui a réussi à éloigner le père de la chanteuse. Son projet est d’épouser celle-ci pour mettre la main sur sa fortune. Le Lion Nocturne promet à la jeune fille de la sauver. Malheureusement, Chérif, le patron de la boite,  parvient à déjouer ses plans, en le dénonçant à la police. Monsieur Sakira Abboud est incarcéré. Chérif pense en être définitivement débarrassé. Evidemment, il n’en est rien. Le Passe-Muraille reparaît dans le cabaret déguisé en fakir. Grâce aux confidences d’une danseuse, il apprend que le père de la chanteuse est retenu contre son gré dans la clinique du psychiatre qu’il avait lui-même consulté.
Dénouement : une série de péripéties (confuses et peu vraisemblables) conduisent  tous les personnages au pied d’une  pyramide. Monsieur Sakira Abboud s’y dissimule et en sort à l’arrivée de la police. Il s’aperçoit qu’il a laissé sa veste à l’intérieur de la pyramide. Il y retourne mais quand il veut en ressortir, impossible : son pouvoir magique l’a abandonné. C’est alors qu’on retrouve Monsieur Sakira Abboud dans son bureau, terrassé par le sommeil. Tout cela n’avait été qu’un rêve. Mais on n’échappe pas au happy end de rigueur. En effet, l'employé soumis se révolte et menace son patron de démissionner. Ainsi, il obtient considération, augmentation de salaire et vacances. Enfin, il épouse la jeune fille de son quartier qui est la copie conforme de la chanteuse de ses rêves.


Critique

Une petite comédie sans prétention et un peu brouillonne qui alterne les scènes réussies (l’évocation de  la triste condition d’un simple employé dans une grande administration) et celles qui le sont beaucoup moins (la satire balourde de l’univers psychiatrique avec ses faux médecins et ses fous excentriques). Saïd Abou Bakr fut un immense comédien qui fit une carrière exceptionnelle au théâtre et au cinéma. Il n’empêche qu’il n’est guère convaincant quand il s’essaie comme dans ce film  au jeu burlesque et outrancier qui fera la gloire d’un Ismaël Yassin. Je pense notamment à cette scène un peu pénible où son personnage feint d’être un fou se prenant pour Hitler. Grotesque ! Heureusement, il y a la présence lumineuse de la toute jeune Shadia qui chante merveilleusement bien.

Appréciation : 2/5
**


* Jacques Haik (1893-1950) fut en France l'un des plus grands producteurs de cinéma  de l'entre deux guerres. On lui doit notamment la construction de la grande salle du Rex. Juif et antinazi, il est arrêté en 1940 puis déporté dans son pays d'origine, la Tunisie. C'est à cette époque qu'il s'intéresse au cinéma égyptien. En 1945, de retour en France, il se consacre notamment à la distribution des films égyptiens dans l'ensemble des pays du Maghreb. 

Jacques Haik
                                                                                                                       

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

dimanche 1 décembre 2013

Danse : Negma Hussein, 1945

     نجمة حسين    
       

Cette photo est extraite du Marché Noir (Al-Souq Al-Sawdaa), un film réalisé par Kamel El-Telmissani en 1943 (Il ne sortira en salle que deux ans plus tard.). Negma Hussein danse lors de la cérémonie de mariage qui va unir la jeune Najia (Aqila Ratib) et l'épicier enrichi (Abd El Fatah El Kosary)
C'est l'unique apparition de cette danseuse au cinéma. On ne sait rien d'elle mais le soutien-gorge qu'elle porte dans cette scène continue encore aujourd'hui à faire l'objet des commentaires les plus variés.