vendredi 31 juillet 2026

Les Secrets des Gens (Asrar el naas,1951)

أسرار الناس
ﺇﺧﺮاﺝ: حسن الإمام





















Hassan Al Imam a réalisé Les Secrets des Gens en 1951.
Distribution : Faten Hamama (Nemat Arafa Hassanein), Hussein Riad (Arafa Hassanein), Mohsen Sarhan (Ahmed), Farid Shawky (Mansour), Shukry Sarhan (Samir Arafa Hassanein), Zouzou Nabil (Latifa, la femme d'Arafa Hassanein), Ferdoos Mohamed (Nargis, la mère d’Arafa Hassanein), Samiha Tawfiq (la danseuse Samira), Sherifa Maher (Houria Arafa Hassanein), Thuraya Fakhry (la femme du forgeron qui a élevé Nemat), Fakher Fakher (Salama), Abdel Aziz Ahmed (le forgeron qui a recueilli Nemat), Nadia El Shennawy (Nemat petite fille), Zaki Ibrahim (le père d'Ahmed), Ragaa Youssef (danseuse), Faida Kamel (chanteuse), Fatima Ali (chanteuse), Abdel Ghany El Sayed (chanteur)
Scénario : Mohamed Mostafa Sami, Hassan El Emam
Musique et chansons : Ibrahim Haggag, Abdel Halim Noweira, Youssef Saleh, Ahmed Sabra, Ali Farrag, Mahmoud El Sherif, Fathy Koura
Production : Mary Queeny, Les Films Regence




Thuraya Fakhry et Zaki Ibrahim







Farid Shawky et Fakher Fakher







Nadia El Shennawy 








Mohsen Sahran et Faten Hamama







Thuraya Fakhry et Abdel Aziz Ahmed






Hussein Riad







Ferdoos Mohamed et Farid Shawkri







Zouzou Nabil et Farid Shawki







Shukry Sarhan et Samiha Tawfiq







Sherifa Maher

















Résumé

Haj Arafa Hassanein a tout pour être heureux. À la tête d’une grande boulangerie, respecté par ses employés pour sa générosité, il mène une vie paisible auprès de sa mère Narges, de sa femme Latifa et de leurs trois enfants, Houria, Samir et la petite Nemat. Amoureux fou de Latifa malgré les années de mariage, Arafa ne se doute pas que son bonheur va basculer.

Un jour, la police lui demande d’héberger Mansour, un cousin éloigné récemment libéré de prison. Arafa accepte par gratitude envers le père de celui-ci, qui l’avait aidé autrefois. Mais dès son arrivée, Mansour s’intéresse de très près à Latifa — un intérêt qui s’intensifie lorsque celle‑ci reçoit une importante somme d’argent après un long procès.

Mansour entreprend de conquérir Latifa qui ne se montre pas insensible à son charme. Grace à sa fortune nouvellement acquise, la mère de famille peut enfin mener la vie dont elle rêvait. Elle s’achète des vêtements de luxe et sort dans des cabarets toujours accompagnée de Mansour. Elle rentre chez elle souvent ivre morte. Arafa est consterné par l’évolution de sa femme. Il la somme de renoncer à toutes ses frasques. Désormais, Mansour n’a qu’une idée en tête : se débarrasser du mari devenu bien encombrant. Il cache de la drogue dans les locaux de l’entreprise d’Arafa puis le dénonce à la police. Celui-ci écope d’une année d’emprisonnement. C’est toute son existence d’honnête citoyen qui s’écroule. Il implore Mansour de veiller pour lui sur sa femme et ses enfants. Le fourbe le lui promet alors qu’il va aussitôt s’enfuir avec Latifa, laissant les enfants à la garde de la grand-mère.

Celle-ci fait tout son possible pour s’occuper au mieux de ses trois petits enfants qui viennent de perdre leurs deux parents. Malheureusement, un jour, Nemat la plus jeune se perd dans la rue et ne parvient pas à retrouver le chemin de la maison. Elle est recueillie par un forgeron et sa femme mais elle est incapable de donner des informations sur sa famille. Seule témoignage de sa vie passée : la chainette en or qu’elle porte autour du cou comme son frère et sa soeur.

À sa sortie de prison, Arafa découvre avec effarement l’étendue du désastre : la fuite de sa femme, la disparition de la plus jeune de ses enfants. Il divorce aussitôt. Depuis l’incarcération de son mari, Latifa menait grand train avec son amant. Avec Salama, un ami de Mansour, ils ont ouvert une salle de jeux où tout est fait pour satisfaire les clients : alcools, jolies entraîneuses etc. Mais apprenant la disparition de Nemat, elle éprouve un fort sentiment de culpabilité et prend conscience du malheur que sa conduite a provoquée.

Les années passent…Arafa a repris son affaire et grâce à son travail a considérablement augmenté sa fortune. La famille n’a plus jamais eu de nouvelles de Nemat. Samir, le fils aîné, est devenu officier de police tandis que Houria la sœur cadette est désormais une ravissante jeune femme qui entretient une relation sentimentale avec Salama, ignorant les liens de celui-ci avec sa mère et son amant.

De son côté, Nemat vit heureuse entre ses parents adoptifs. Elle est amoureuse d’Ahmed, un jeune étudiant très sérieux qui travaille comme chauffeur dans la société d’Arafa pour financer ses études.

Malheureusement, le père adoptif de Nemat a un grave accident. Il perd la vue puis meurt peu après. Désormais, elle doit travailler pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa mère adoptive.

Autre drame : Nemat et Ahmed veulent se marier. On organise une rencontre entre la mère adoptive de l’une et le père de l’autre. Quand ce dernier apprend que Nemat est de parents inconnus, il refuse le mariage avec véhémence.

Nemat trouve un emploi dans un atelier de couture qui a pour cliente sa véritable mère Latifa. Alors que cette dernière se trouve dans l’atelier, Nemat doit repasser la robe que celle-ci a commandée. Par distraction, elle laisse le fer au contact du vêtement et le tissu est brûlé de manière irrémédiable. Nemat est aussitôt licenciée.

Dans la rue, perdue dans ses pensées, Nemat ne voit pas le véhicule qui fonce vers elle. Le conducteur parvient à freiner à temps et à amortir la collision. La jeune femme perd connaissance mais n’est que légèrement blessée. Le conducteur et ses passagers l’installent dans le véhicule et repartent. Quand Nemat se réveille, elle se trouve dans le grand lit d'une chambre luxueusement meublée. A son chevet, elle découvre Latifa. La voiture qui l’avait renversée était la sienne et c’est son ami Salama qui conduisait. Latifa ne reconnaît pas sa fille dans cette jeune femme mais elle la soigne avec un grand dévouement. De leur côté, Salama et Ahmed imaginent comment profiter de la jeune femme : elle est jolie et elle ferait une excellente entraîneuse pour leur établissement.

Mais une danseuse qui elle-même a été exploitée par les deux hommes va s’opposer à leur sinistre dessein. Elle les dénonce à la police. Peu après, une brigade dirigée par Samir fait irruption dans la salle de jeux alors que Salama avait réussi à s’isoler avec Nemat et tentait d’abuser d’elle. Tout le monde s’enfuit. Latifa retrouve Nemat et découvre le collier qu’elle porte, la chainette d’or qui ne l’avait pas quittée depuis son enfance. Latifa comprend qu’elle est en présence de sa fille. Elle la presse de disparaître au plus vite. Dans sa fuite, Nemat fait tomber son collier.

C’est Samir qui le ramasse. Il le rapporte chez son père pensant que c’était le collier de sa sœur Houria qui aurait rejoint Salama malgré son interdiction. Mais celle-ci a bien son collier donc celui qu’il a récupéré appartient à Nemat. Samir et Arafa partent aussitôt à sa recherche. Ils retrouvent Latifa qui a été hospitalisée puis Nemat.

Bien que très affaiblie, Latifa se rend chez elle où elle retrouve Ahmed. Elle lui jette à la figure toute une bouteille de vitriol tandis que l’homme riposte en lui tirant dessus. Scène finale : Latifa assiste au mariage de Nemat et d’Ahmed et meurt lors de la cérémonie.


Critique

A la fin des années quarante et au début des années cinquante, le réalisateur Hassan Al Imam s’impose comme le grand spécialiste du mélodrame. Le public plébiscite ses films, tandis que la critique demeure plus réservée. Il est vrai que dans ses premières réalisations, il n’hésite jamais à exploiter les procédés les plus grossiers du genre. Hassan Al Imam était un cinéaste bourré de talent, doté d’une culture littéraire solide mais son désir de plaire au public populaire le conduisit parfois à des facilités qui aujourd’hui apparaissent bien naïves. Il n’en demeure pas moins que certains de ces mélodrames sont devenus des classiques comme les Deux Orphelines (1949) qui lança véritablement sa carrière.

Les Secrets des Gens rassemble de nombreuses situations et de nombreux thèmes chers aux auteurs du mélodrame : un honnête homme injustement condamné à de la prison, une femme volage et débauchée, un scélérat qui trahit sans scrupule l’homme qui lui a tendu la main, une petite fille abandonnée, une grand-mère admirable qui se sacrifie pour le bien de ses petits enfants malmenés par le destin.

La grande force du film réside dans l’interprétation. Dans le rôle du père infortuné, on retrouve Hussein Riad qui excelle dans ce type d’emplois, et la jeune fille abandonnée dans son enfance est incarnée par la prodigieuse Faten Hamama. Ces deux très grands talents tourneront souvent avec Hassan Al Imam. Mais celle qui vraiment crève l’écran ici, c’est Zouzou Nabil. C’est la première fois que la grande actrice qui marquera aussi bien le cinéma et le théâtre de son temps joue sous la direction du réalisateur (Par la suite, ils tourneront à nouveau ensemble plus d’une dizaine de fois). Sa prestation constitue un véritable tour de force. Elle incarne avec une grande intensité dramatique un personnage au destin tragique, balloté par des sentiments contraires ; d’abord l’euphorie de celle qui découvre avec ravissement le luxe et le plaisir, puis la détresse de la femme assaillie par le sentiment de culpabilité, et enfin la haine de la victime qui devient bourreau.

Notons en passant que le cinéaste n’accable pas son personnage. Dans la première partie, quand Latifa se révolte contre la vie familiale, il montre bien cette aspiration légitime d’une femme qui veut vivre pleinement et librement. Ensuite le récit devient plus conventionnel en dénonçant l’égoïsme et la dépravation d’une mère de famille détournée de son devoir par un amant diabolique.

Certains spectateurs pourront déplorer le caractère un peu théâtral du jeu de Zouzou Nabil mais nous préférerons mettre l’accent sur l’engagement physique de l’actrice dont tout le corps semble vibrer tour à tour d’amour, de colère et de honte.

Venons-en au point faible du film : son scénario. Il accumule les coïncidences heureuses au risque de l’invraisemblance.

Quelques exemples éloquents :

La grande fille d’Arafa s’est éprise du complice d’Ahmed sans savoir qu’il est un proche de sa mère.

Nemat est amoureuse d’un jeune homme qui travaille pour la société de celui qui se révélera être son père.

Elle perd le collier, seul objet qui lui reste de son enfance, et c’est son frère qui le récupère !

Nemat travaille dans un atelier de couture et, ô surprise ! l’une des clientes est sa mère. A ce moment-là, ni l’une ni l’autre ne se reconnaisse.

Mais quand dans la séquence suivante, la jeune femme est renversée par une voiture, O heureux hasard, c’est celle de sa mère ! Cette dernière la recueille alors chez elle et la traite comme si c’était sa fille. On devine la suite…

Les amateurs de mélodrames raffolent de ce type de rencontres miraculeuses mais encore faut-il savoir les orchestrer avec un minimum de subtilité. Ici, leur accumulation finit par affaiblir la crédibilité du récit.

appréciation : 3/5


Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire