جريمة في الحي الهادي
Houssam Al Din Mustafa a réalisé Un Crime dans un Quartier Paisible en 1967.
Distribution : Mahmoud Rashad (Lord Moyne), Nadia Lutfi (Gina, l’assistante d’Aziza), Rushdy Abaza (Ahmed Ezzat, l’enquêteur égyptien), Zouzou Nabil (Aziza, la chef du réseau égyptien de l’organisation sioniste), Suhair Al-Morshedy (Souad, la femme d’Ahmed Ezzat), Sanaa Mazhar (Aliyah, l’amie de Souad), Zein Al-Ashmawy (Eliyahu Beit Zori, le premier tueur), Rashwan Tawfiq (Eliyahu Hakim, le second tueur), Ali Gohar (Major David), Mohamed Sobeih (un membre du gang), Ola Rami (la fille d’ Ahmed Ezzat), Abdul Qader Hussein (un membre du gang), Nasr Saif (un membre du gang), Ola Rami (la fille d’ Ahmed Ezzat), Yacoub Tanios (un officier égyptien), Nazim Shaarawi (un officier des renseignements égyptiens)
Scénario : Hassan Ramzy, Abdel Monsef Mahmoud, Al Sayed Ziada
Musique : divers emprunts à des B.O de films américains dont celle du film Hotel de Richard Quine sorti la même année. Celle-ci a été composée par Johnny Keating et Houssam Al Din Mustafa reprend le thème intitulé "Elevator".
Production : Hassan Ramzy
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| Zouzou Nabil |
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| Ali Gohar |
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| Nadia Lutfi |
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| Rashwan Tawfiq et Zein Al Ashmawy |
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| Nadia Lutfi |
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| Nadia Lutfi |
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| Ola Rami |
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| Sanaa Mazhar |
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| Rushdy Abaza et Nadia Lutfi |
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| Rushdy Abaza et Suhair Al-Morshedy |
Résumé
Le film s’inspire d’un événement réel : l’assassinat, le 6 novembre 1944 au Caire, de Lord Moyne, représentant du gouvernement britannique en Egypte par deux membres du Lehi (groupe Stern), Eliyahu Beit Tsouri et Eliyahu Hakim. Le réalisateur précise d’emblée que l’action est transposée dans l’Égypte des années 60, sans reconstitution de l’époque.
Le groupe Stern, convaincu que Lord Moyne s’oppose à la création d’un État juif en Palestine, décide de l’éliminer. Deux de ses militants, Eliyahu Hakim et Eliyahu Mitsuri, sont envoyés en Égypte. Sur place, ils sont pris en charge par un réseau clandestin dirigé par Aziza, secondée par Gina, danseuse de cabaret. Cette dernière, chargée de les « accueillir », passe la nuit avec eux dès leur arrivée.
Après une longue période d’attente, l’ordre d’exécution tombe enfin. Les deux hommes se rendent à la résidence de Lord Moyne en se faisant passer pour des réparateurs de téléphones. Lorsque la voiture du gouverneur pénètre dans la cour, ils l’abattent ainsi que son chauffeur, puis s’enfuient à vélo dans les rues encombrées du Caire. Mais la police les rattrape rapidement.
L’enquête est confiée à l’officier Ahmed Ezzat, qui devait pourtant partir en vacances avec sa famille. Les deux assassins refusent de parler, mais Ahmed parvient à remonter la piste jusqu’à l’immeuble où réside Gina. Il se fait passer pour un homme d’affaires et entreprend de séduire la jeune femme. Elle l’invite à la retrouver dans son cabaret le lendemain soir. A partir de là, ils ne vont plus se quitter et deviennent amants.
Une nuit, alors qu’Ahmed raccompagne Gina et qu’ils s’embrassent fougueusement au pied de son immeuble , une amie de Soad, la femme d’Ahmed, passe en voiture et les surprend. Evidemment, cette amie va aussitôt prévenir l’épouse bafouée. Cette dernière décide de rencontrer Gina pour lui demander de renoncer à son mari. C’est lors de l’entretien que Soad comprend qu’Ahmed est en relation avec cette femme pour les besoins d’une enquête mais il est trop tard. Gina a la certitude que son bel amant lui ment. Aziza charge un membre du réseau d’enquêter sur lui et c’est ainsi que les deux femmes découvrent sa véritable identité.
Elles décident alors de kidnapper la fille d’Ahmed pour le contraindre à libérer les deux tueurs et à les exfiltrer clandestinement. Ahmed feint d’obéir. Une fois les assassins dans l’avion, la police investit le repaire du réseau, libère l’enfant et arrête tout le monde. Quant aux deux tueurs, leur avion ne quitte pas l’Égypte : il revient se poser sur le même tarmac où les attend une escorte en uniforme.
Critique
Houssam Al Din Mustafa aime dérouter son public et ce film en offre une nouvelle illustration. « Un crime dans un Quartier Paisible » est sorti en septembre 1967, peu après la guerre des six jours. Le tournage s’est donc déroulé dans un contexte de grande tension entre les deux pays. Le cinéaste choisit d’évoquer l’assassinat de Lord Moyne par des militants sionistes en 1944 au Caire. On se dit qu’il ne manquera pas de faire des allusions à l’actualité pour stigmatiser l’agressivité du camp israélien et louer le courage des responsables égyptiens. En fait, il n’en est rien. Lord Moyne et son assassinat ne sont que des prétextes à tourner un thriller noir et intense, sans véritable portée politique. Nous l’avons noté plus haut, Houssam Al Din Mustafa fait si peu cas de l’événement à la base de son récit qu’il ne prend même pas la peine de reconstituer le contexte historique et le revendique en début de film de manière assez désinvolte.
« Un Crime dans un Quartier Paisible » constitue l’un des sommets de l’œuvre du cinéaste. Le récit mêle angoisse, machination, meurtre et érotisme avec une audace inattendue et un sens indéniable du suspens. Les deux héroïnes du film sont les deux dirigeantes du groupe terroriste campées avec grand talent par Zozo Nabil et Nadia Lotfi. Ce sont deux personnages inquiétants, sans morale, envisageant la mort d’un enfant sans la moindre hésitation. Nadia Lotfi est impressionnante en femme fatale qui met sa séduction au service de sa cause. Il est loin le temps où elle jouait les jeunes filles sentimentales et un peu naïve à l’instar de sa collègue et rivale Soad Hosny. Progressivement, elle s’est spécialisée dans les rôles de jeunes femmes aussi belles que dangereuses inspirant au public un mélange de fascination et de répulsion. Dans « Un Crime dans un Quartier Paisible », elle se surpasse. Je pense d’abord à cette scène troublante où les deux tueurs se présentent à la porte de sa chambre qu’ils entrouvrent. Elle est en train de se déshabiller et loin de les chasser, elle les invite à la rejoindre dans son lit en les embrassant l’un puis l’autre. Mais le plus prenant, c’est la relation que son personnage noue avec l’inspecteur de police chargé de l’arrêter. Celui-ci est joué par Rushdy Abaza, le grand séducteur du cinéma égyptien des années soixante. Pour obtenir des informations, il n’hésite pas à s’engager dans une liaison dont il perd rapidement le contrôle. Le mari, le père, le fonctionnaire exemplaire vacille, emporté par une passion qu’il croyait pouvoir instrumentaliser.
La mise en scène, enfin, surprend par son inventivité. Chaque plan semble pensé pour renouveler le regard, varier les angles, créer une tension visuelle continue. Houssam Al Din Mustafa compose un univers où la morale s’efface, où l’idéologie se tait, où seuls comptent le désir, la peur et la violence des rapports humains.
En résumé, « Un crime dans un quartier paisible » n’est pas un film politique : c’est un thriller nerveux, sensuel, sans concession, qui plonge le spectateur dans un monde où les êtres s’entredévorent avec effroi et passion.
appréciation : 4/5
Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin