mercredi 26 août 2026

La Crème des Filles (Sett El Banat, 1961)

ست البنات
ﺇﺧﺮاﺝ : حسام الدين مصطفى


Houssam Al Din Mustafa a réalisé La Crème des Filles en 1961.
Distribution : Hind Rostom (Hoda, la femme de Khairy), Rushdy Abaza (l’avocat Khairy), Soheir Ezzat (Elham), Adly Kasseb (le père d’Elham), Abdel Moneim Ibrahim (Dardir Effendi, l’assistant de Khairy), Shahira Sarouf (Aïda), Mohamed Abaza (le mari d’Aïda), Omar Afifi (Hussein Bey), Gamalat Zayed (Oum Ali la servante), Khalil Badr El Din (l’ingénieur Hamada, ami de Khairy), Lotfi El Hakim (le père d’Hoda), Samia Roshdi (la mère d’Hoda), Kamel Anwar (le secretaire), Gawaher (la danseuse)
Scénario : Amin Youssef Ghorab
Musique : Attia Sharara, Youssef Shawky
Production : Houssam El Din Mostafa, Hassan Mowafy

Hind Rostom et Rushdy Abaza



Lofti El Akim



Rushdy Abaza et Khalil Badr El Din






Kamel Anwar et Abdel Moneim Ibrahim 





Gamalat Zayed et Hind Rostom



Rushdy Abaza et Shahira Sarouf














Sohair Ezzat

















Adly Kasseb

















Shahira Sarouf
















Résumé

Hoda a épousé Khairy, un avocat dont elle est éperdument amoureuse. Mais Khairy est un Don Juan invétéré, incapable de résister à la moindre conquête, surtout lorsqu’il s’agit de femmes mariées. Il délaisse son foyer, son cabinet, où son assistant Dardir Effendi fait tout à sa place, et mène une double vie sur une péniche secrète où il organise des soirées galantes.

Un soir, il jette son dévolu sur Aïda, une plantureuse personne qui est venue sur sa péniche avec son mari. Sur le pont extérieur où ils se sont isolés, ils échangent un long baiser langoureux, brutalement interrompu par l’irruption d’une autre de ses conquêtes.

Quand Khairy rejoint le domicile conjugal, il est plus de minuit. Par sa maladresse il réveille Hoda dont il parvient à dissiper les soupçons en mentant effrontément.

Dès le lendemain matin, il court retrouver sa nouvelle maîtresse en faisant croire à sa femme qu’il a rendez-vous avec une cliente. Peu après, les parents d’Hoda font leur entrée. Ils manifestent à nouveau leur désapprobation concernant le mariage de leur fille avec un débauché notoire. La jeune épouse reste inflexible : elle aime Khairy et Khairy l’aime.

Après le départ des parents, Hoda tombe sur une lettre qui était dans la poche de la veste de son mari. Sa lecture dissipe toutes ses illusions : elle est écrite par Elham, une jeune femme qui y exprime tout l’amour qu’elle porte à Khairy. Hoda ne va pas se laisser faire. Elle commence par avertir le père d’Elham, qui corrige sévèrement sa fille. Puis, se faisant passer pour une servante, elle séduit Dardir Effendi afin d’obtenir la liste complète des conquêtes de son époux.

Grâce à lui, elle apprend qu’Aïda a donné rendez-vous à Khairy au restaurant panoramique de la toute nouvelle Tour du Caire. Hoda prévient le mari d’Aïda, qui surprend les deux amants et rosse Khairy. Le même jour, le père d’Elham, venu à l’étude, tabasse Dardir en croyant frapper Khairy. Quand il découvre son erreur, il poursuit le véritable coupable en voiture.

Notre Don Juan n’en peut plus : il décide de quitter Le Caire quelque temps pour se rendre avec sa femme dans une station balnéaire où il pourra enfin se reposer sans craindre un père ou un mari jaloux.

Mais sa nature reprend le dessus : il séduit l’épouse d’un partenaire de cartes. De retour en ville, il prévoit une soirée sur sa péniche avec cette nouvelle maîtresse. Problème : une ancienne amante a annoncé sa venue. Il demande alors à son ami Hamada de la recevoir à sa place et de la séduire pendant que lui sera loin d’ici avec sa nouvelle proie.

Hamada accepte, mais la femme ne vient pas. À l’aube, c’est Hoda qui apparaît, informée par Dardir. Hamada, persuadé qu’elle est l’ancienne maîtresse à conquérir, tente de l’embrasser après avoir dénigré Khairy. Celui-ci surgit et explose de colère en voyant sa femme dans les bras de son ami.

Peu à près, tout le monde se retrouve au domicile de Khairy où Dardir Effendi les a rejoints. Et voilà Hoda tiraillée entre trois hommes qui revendiquent son amour : Dardir qui croit qu’elle est la femme de chambre, Hamada qui croit qu’elle est l’ancienne maîtresse et enfin Khairy qui veut garder son épouse pour lui tout seul. Evidemment, c’est lui qui aura le dernier mot.

Après cette histoire, il renonce à ses frasques et devient un mari exemplaire et un père comblé : ils auront deux enfants.


Critique

Ce douzième film d’Houssam Al Din Mustafa est une toute petite comédie sur l’infidélité chronique de certains hommes qui au début de leur mariage rencontrent des difficultés à abandonner leurs habitudes de célibataires papillonnants. Ce qui frappe dans la comédie égyptienne des années soixante et soixante-dix, c’est la manière dont l’infidélité masculine n’est jamais présentée comme une faute rédhibitoire, susceptible de briser définitivement l’amour au sein du couple. Dans ce cinéma, pourtant populaire et commercial, la passion exclusive n’existe pas. Evidemment, dans la comédie égyptienne, on ne montre jamais une épouse trompant son mari (Il ne faut pas exagérer !), mais on la présente souvent flirtant gaiment avec un autre homme jusqu’au moment où l’époux intervient pour empêcher l’irrémédiable. Ici, le mari doit affronter deux concurrents sérieux, ce qui donne au récit une dynamique vaudevillesque assez réjouissante.

Dans le rôle de l’infidèle, on retrouve Rushdy Abaza, qui a souvent incarné ce type de personnage. Plus inattendue est la présence de Hind Rostom dans le rôle de l’épouse déterminée à récupérer son mari.

Ce film très divertissant ne brille pas par son originalité. C’est une comédie qui repose sur un certain nombre de situations chères au vaudeville avec quiproquos et rebondissements attendus. Il se laisse néanmoins regarder sans déplaisir grâce à une interprétation solide et un rythme enlevé. Houssam Al Din Mustafa y montre tout son savoir faire et on a bien tort de sous-estimer ce cinéaste qui a une place éminente dans l’histoire du cinéma égyptien même si on lui doit aussi d’incroyables nanars.

L’intérêt de ce film réside aussi dans le tournant qu’il marque pour Rushdy Abaza et Hind Rostom. Le premier a trente-cinq ans, la seconde trente et tous les deux comprennent qu’ils vont devoir se renouveler pour survivre dans la nouvelle décennie qui s’annonce. Dans les années cinquante, tous les deux étaient abonnés à des types de personnages bien définis. Hind Rostom, c’était la femme fatale dont la sensualité et la beauté ensorcelaient tous les hommes. Rushdy Abaza, c’était le latin lover, plus souvent amant que mari, yeux de velours et torse bronzé.

A l’aube des années soixante, Hind Rostom n’a rien perdu de sa beauté même si la silhouette s’est légèrement tassée. Mais l’arrivée d’une nouvelle génération d’actrices va lui ravir ses rôles de prédilection et menace de la ringardiser : on pense à Soad Hosny qui tourne son premier film en 1959 alors qu’elle vient juste d’avoir seize ans et surtout à Nadia Lotfy qui ressemble tant à Hind Rostom et qui sera la « bad girl » de la nouvelle décennie*.

Avec « la Crème des Filles » , Hind Rostom change de registre et d’emploi. Elle devient l’épouse légitime, celle qui lutte pour ramener au domicile conjugal un mari volage et le convaincre de fonder un foyer. La dernière scène, où elle tricote paisiblement tandis que son mari joue avec leurs enfants, scelle cette réorientation. Par la suite, dans des drames comme dans des comédies, Hind Rostom incarnera souvent les mères de famille.

Rushdy Abaza, lui aussi change de registre : dans ce film, il devient un personnage de comédie, un séducteur raté allant de déconvenue en déconvenue et se retrouvant par sa propre maladresse dans des situations ridicules. Cet emploi du mâle égyptien menteur impénitent et coureur balourd lui assurera un regain de notoriété. Reconnaissons qu’il fait preuve d’une sacrée dose d’autodérision en caricaturant ainsi les personnages qui furent longtemps sa marque de fabrique. Rushdy Abaza est un immense acteur, à l’aise dans tous les genres, capable de s’aventurer dans des territoires qui au départ ne lui étaient pas familiers au risque de brouiller son image auprès des spectateurs et surtout des spectatrices.

Bref, « la Crème des Filles » est un petit film sympathique qui constitua un jalon important pour ses deux interprètes principaux.

*En 1963, Houssam Al Din Mustafa tourne “Les Lunettes Noires », l’histoire d’une jeune femme oisive qui tente d’oublier son mal être dans la débauche. Au départ, le rôle devait revenir à Hind Rostom et, de manière significative, c’est Nadia Lotfy qui l’obtiendra.

appréciation : 3/5
***

Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

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