jeudi 30 avril 2026

Tous les trois l’aiment ( el talata yuhebbunaha, 1965)

الثلاثه يحبونها
إخراج: محمود ذو الفقار


Mahmous Zulficar a réalisé Tous les trois l'aiment en 1965.
Distribution : Soad Hosny (Ehman), Hassan Youssef (Kamal Azmi), Mary Ezz El Din (la mère d’Ehman), Youssef Chaban (Essam, le patron d’Ehman), Youssef Fakhr El Din (Adel Sabry), Nahed Sherif (Layla, l’amie et la collègue d’Ehman), Hussein Ismaïl (le portier du club)
Scénario : Amin Youssef Ghorab
Musique du générique : “the waltzing cat” de Leroy Anderson
Production : la Compagnie Cinématographique du Caire


Nahed Sherif, Soad Hosny, Youssef Fakhr El Din





Soad Hosny, Youssef Chaban





Hassan Youssef






Soad Hosny, Youssef Chaban






Soad Hosny, Hassan Youssef





 
Nahed Sherif, Soad Hosny


















Résumé

Ehman est une jeune femme moderne qui vit seule avec sa mère. Après la mort de son père, elle a dû interrompre ses études et accepter un poste de secrétaire pour subvenir aux besoins du foyer. Bien décidée à profiter de la vie sans se laisser enfermer par le qu’en‑dira‑t‑on, elle sort beaucoup, danse, s’amuse… mais garde une limite qu’elle ne transgresse pas : elle refuse de céder sa virginité pour une aventure sans lendemain.

Autour d’elle gravitent plusieurs prétendants.

Le premier est Essam, son patron, qui l’aide à préparer ses examens et lui a demandé sa main. Ehman refuse de s’engager tant qu’elle n’a pas obtenu son diplôme.

Le second est Adel Sabry, un camarade qu’elle retrouve au club qu’elle fréquente. Intellectuel, lecteur assidu, aspirant écrivain, il a tout pour plaire… mais Ehman le trouve trop sérieux, trop rigide. À l’inverse, Layla, amie et collègue d’Ehman, est secrètement amoureuse de lui.
Un jour, Adel adresse une lettre d’amour à Ehman. Cette dernière la montre à Layla et la laisse répondre à sa place. Touché par la sensibilité de cette réponse qu’il croit d’Ehman, Adel tombe encore plus amoureux, ignorant que c’est Layla qui a mis dans ces mots tout son cœur.

Le troisième soupirant est Kamal, un jeune employé récemment arrivé dans l’entreprise. Entre lui et Ehman, la complicité est immédiate : même goût pour la fête, même insouciance. Mais Kamal, déjà fiancé, se persuade que la jeune femme est une fille facile et qu’il pourra la séduire sans effort. Lors d’un séjour à la mer organisé par l’entreprise, il s’introduit dans la tente d’Ehman et tente d’abuser d’elle. Ses cris alertent leurs collègues qui interviennent à temps. Layla essaie alors de lui faire comprendre que son attitude très libre peut être mal interprétée par certains hommes.
De retour au bureau, Ehman refuse de dénoncer Kamal. Touché par sa générosité, le garçon lui voue dès lors une amitié sincère.

Décidée à tourner la page de ses imprudences, Ehman accepte finalement de se fiancer avec Adel. Essam, son patron, feint de s’en réjouir mais ne supporte pas l’idée de la perdre. Sous prétexte de l’aider à réviser, il l’attire chez lui, lui fait boire un verre contenant un puissant somnifère et abuse d’elle. Lorsqu’il découvre qu’elle était vierge, il réalise l’ampleur du mal qu’il vient de commettre.

Anéantie, Ehman rompt ses fiançailles avec Adel et encourage Layla à prendre sa place. Ils finiront par se marier. Essam demande sa mutation et rédige un rapport élogieux sur Ehman pour son successeur, ultime tentative de réparer l’irréparable.
Il ne reste auprès d’elle que Kamal, déterminé à la soutenir et à l’aider à reconstruire sa vie.


Critique

Le film s’ouvre comme une comédie légère avant de basculer progressivement vers le drame.

En 1965, Soad Hosny est devenue la jeune première la plus courtisée du cinéma égyptien, et son image a déjà beaucoup évolué depuis ses débuts au début des années 60. Longtemps cantonnée aux rôles de jeune fille sage issue d’un milieu aisé, elle incarne désormais la figure de la jeune Égyptienne moderne, avide de liberté et déterminée à mener sa vie selon ses propres règles, loin des traditions et du regard pesant de la société. Le personnage d’Elham s’inscrit pleinement dans cette nouvelle identité : une jeune femme active, indépendante, et surtout désireuse de profiter de la vie.

Cette représentation reflète sans doute les aspirations d’une partie de la jeunesse citadine dans une Égypte en pleine transformation sous Nasser. Pourtant, le film en propose un contrechamp sombre : Elham se heurte à un patriarcat que l’on croyait en recul, mais qui se révèle d’une brutalité intacte. Violée par son patron, elle perd sa virginité et se retrouve immédiatement rejetée par une société qui ne lui laisse aucune possibilité de rédemption.

Si l’on peut saluer la volonté des auteurs de s’éloigner de l’optimisme un peu artificiel du cinéma commercial de l’époque, le film n’échappe pas à une dimension moralisatrice ambiguë. Il laisse entendre que l’héroïne porte une part de responsabilité dans son malheur, comme si sa sociabilité et sa liberté d’allure avaient attiré le drame. Cette idée est d’ailleurs relayée par sa meilleure amie, dont la conduite plus « sage » est récompensée par un bonheur conjugal auquel Elham n’aura jamais accès.

Entre 1964 et 1969, Mahmoud Zulficar tournera quatre films avec Soad Hosny et Hassan Youssef. "Tous les Trois l’aiment" est le deuxième. Les deux acteurs, qui ont débuté la même année, en 1959, se connaissent bien et s’apprécient. Leur première collaboration remonte à « « Aucune entente » d’Atef Salem (1961) et, après une dizaine de films tournés ensemble dans les années soixante, leurs trajectoires finiront par diverger.

Leur complicité évidente apporte un charme certain à la première partie, mais elle ne suffit pas à compenser les scènes répétitives et les situations trop prévisibles qui jalonnent le film. Plus gênant encore : le jeu de Soad Hosny manque ici de nuances, et ses minauderies, d’ordinaire irrésistibles, finissent par fatiguer. Il faut dire que son personnage, comme la plupart des autres, souffre d’une cruelle absence de relief et de singularité, ce qui réduit d’autant la portée émotionnelle du récit.

Reste un détail savoureux : voir Nahed Sherif incarner une jeune fille sage et conventionnelle, elle qui deviendra dans les années soixante-dix l’un des sex-symbols les plus sulfureux du cinéma arabe, allant jusqu’à être l’une des rares actrices de la région à s’être entièrement dénudée devant une caméra.

Appréciation : 2/5
**

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire