samedi 25 novembre 2017

Une épouse pour cinq hommes (Zawga le-Khamsat Regal, 1970)

زوجة لخمس رجال
إخراج : سيف الدين شوكت




Seif El Din Shawkat a réalisé Une épouse pour cinq hommes en 1970.
Distribution : Magda Al Sabahi (Afaf), Imad Hamdi (Alsamnoudy Bey), Youssef Fakhr El Din (Ihsan Reffaat), Mohamed Reda (Tawfiq Mercedes), Samiha Mohamed (la première épouse de Tawfiq), Aziza Helmy (la mère d’Afaf), Abou Bakhr Ezzat (l’inspecteur Salah), Rushdy Abaza (l’inspecteur Saïf), Abdel Ghani El Nagdi (le paysan), Salah Mansour (le maire du village), Ahmed Morsi (le beau-père d’Afaf), Mohamed Abaza (le fou), Mumtaz Abaza (le médecin), Nour Al Sharif (le procureur)
Scénario : Abou Al Seoud Al Ebiary, Wagih Naguib, Seif Eddine Shawkat, Ehab Al-Azhari
Musique : André Ryder
Production : Magda Al Sabahi

Abou Bakhr Ezzat et Rushdy Abaza











Salah Mansour










Magda


















Ahmed Morsi









Youssef Fakhr El Din





















Résumé

Afaf vient d’épouser Alsamnoudy Bey et elle semble heureuse. Pourtant, alors qu’ils ont regagné la chambre de l’hôtel où ils passeront leur nuit de noce, la jeune femme s’enfuit . Elle est recueillie par un automobiliste qui l'invite chez lui. Le « sauveur » d’Afaf s’appelle Ihsan Reffaat . C’est un enseignant qui souhaiterait émigrer au Koweït. Pour cela, il faut d’abord qu’il trouve une fiancée et se marie, le Koweït refusant l’installation sur son sol des travailleurs étrangers célibataires. Afaf accepte de l’épouser. Après la cérémonie, ils se retrouvent seuls dans l’appartement d’Ihsan. Mais quand ce dernier tente d’embrasser sa jeune épouse, celle-ci s’échappe par la fenêtre. Elle tombe sur le toit d’un taxi. Le chauffeur, Tawfiq Mercedes, accepte de l’aider à fuir en échange de tous ses bijoux en or. Il la conduit dans son appartement mais son épouse refuse d’accueillir la jeune femme. Tawfiq passe outre et va même jusqu’à épouser sa protégée. Comme pour ses mariages précédents, Araf disparaît quand l’homme se présente dans sa chambre pour faire valoir ses droits.
Au commissariat, les inspecteurs Salah et Saïf reçoivent la mère d’Afaf très inquiète de la disparition de sa fille. Peu après, les trois époux abandonnés viennent apporter leur témoignage. Saïf et son collègue décident d’enquêter sur cette mystérieuse fugitive. Ils commencent par fouiller sa chambre dans l’appartement de sa mère. Ils comprennent vite qu’Afaf est une professionnelle de l’imposture. Ils retrouvent sa trace dans un hôtel. Pour l’approcher, Salah se fait passer pour un avocat. Ils dînent ensemble et dansent un peu. Leur tête-à-tête s’interrompt brutalement avec l’intervention d’un homme ivre mort. Une bagarre éclate. Des agents de police font irruption dans la salle. Effrayée, Afaf parvient à s’enfuir et se cache dans un champ. Elle finit par s’assoupir, morte de fatigue. Quand elle se réveille, elle s’aperçoit qu’on lui a changé sa robe et qu’elle est sous la surveillance d’un paysan armé. Ce dernier la conduit chez le maire du village, Khalil Abou Khalil qui la trouve à son goût. Il souhaiterait qu’elle rejoigne son petit harem. Il charge ses autres femmes de préparer Afaf pour la cérémonie des fiançailles. Evidemment, la captive tente de s’enfuir aussitôt. Elle est récupérée par Saïf et Salah qui avec leurs hommes l’avaient cherchée toute la nuit et patrouillaient dans les rues du village. Ils l'amènent chez le juge qui ordonne une expertise psychiatrique. Le médecin comprend que la jeune femme souffre d’un traumatisme infantile causé par les hommes de son entourage. Il la fait interner. Saïf ne l’abandonne pas et va la voir à l’hôpital. Ils tombent amoureux l’un de l’autre. Mais Afaf découvre qu’il n’est pas avocat mais policier. Elle se sent trahie. Elle ne veut plus le voir. Pourtant, Saïf s’obstine à l’aider dans son long chemin vers la guérison. Des souvenirs douloureux de son passé lui reviennent : on apprend qu’elle a vécu une enfance très malheureuse à cause de la cruauté et de la violence de son beau-père. Saïf quitte la police pour devenir avocat. Il veut se charger de la défense d’Afaf lors du procès qui s’annonce. Elle est accusée de détournements de fonds, de fraude et de polygamie. Lors de sa plaidoirie, Saïf montre qu’elle était psychologiquement malade mais qu'elle n'a jamais renoncé à sa vertu : elle est toujours vierge ! Le tribunal acquitte la jeune femme. Afaf et Saïf se marient.


Critique

Dans la filmographie de Magda, ce film détonne. Certes, elle connaît bien le réalisateur, un Libanais d’origine roumaine, puisque c’est avec lui qu’elle a fait ses premiers pas au cinéma en 1949. Mais depuis, Seif El Din Shawkat s’est forgé une réputation sulfureuse et l’année précédente, en 1969, il signe l’un des films les plus audacieux de l’histoire du cinéma égyptien, Une Route Sans Fin, adaptation du roman américain, Le Facteur Sonne Toujours Deux Fois, avec l’incandescente actrice turque Özcan Tekgül. Pour ce nouveau film, non seulement Magda accepte d’en tenir le rôle principal, mais elle en assure également la production, signe évident qu’elle entend orienter sa carrière dans une direction nouvelle. Et le titre « une épouse pour cinq hommes » affirme sans ambiguïté la direction empruntée.

Le scénario, écrit à quatre mains par Shawkat lui-même, Abou Al Seoud Al Ebiary (le prolifique artisan des comédies d’Ismaïl Yassin) et deux autres auteurs, révèle une volonté claire : briser l’image trop lisse que Magda traînait depuis ses débuts. Elle se glisse ici dans la peau d’une jeune femme marquée par des traumatismes infantiles et qui souffre de troubles sexuels. Le schéma se répète : elle séduit les hommes, les mène au seuil de la relation charnelle, puis s’arrache à leur étreinte et disparaît, les laissant dans une frustration insupportable. C’est ainsi que Le réalisateur nous offre une galerie réjouissante de maris, revendiquant tour à tour la « propriété exclusive » de l’héroïne ; une satire du mâle égyptien qui fait mouche.

Une scène, en particulier, surprend par son audace : fuyant à nouveau, la jeune femme traverse un bois où les arbres eux-mêmes deviennent des agresseurs. Les branches arrachent les boutons de sa robe, puis la robe tout entière, dans un pastiche érotico‑fantaisiste de Blanche‑Neige. Un moment étrange qui témoigne de l’esprit inventif des auteurs.

La seconde partie du film est beaucoup moins trépidante que la première. L’héroïne est internée et nous passons à la dimension psychiatrique de son parcours. La comédie s’efface totalement pour laisser la place à l’étude psychologique. À la fin des années soixante et au début des années soixante‑dix, la psychanalyse est à la mode dans le cinéma égyptien : l’année précédente, en 1969, Soad Hosny incarne déjà des jeunes femmes perturbées sur le plan psychologique et sexuel dans deux drames, Un Peu de Souffrance de Salah Abou Seif et Le Puits de Privation de Kamal El Sheikh. Shawkat ne prétend pas rivaliser avec ces deux maîtres, mais la filiation est évidente. La force de son film réside peut‑être dans la modestie du propos et dans son souci constant de maintenir l’attention du spectateur en variant les effets visuels.

Magda, à trente-huit ans passés, a pris un risque et ce risque est payant. Le film lui offre l’un de ses rôles les plus singuliers et les plus stimulants.

appréciation : 3/5
***



Texte : © Ciné Le Caire/Philippe Bardin

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